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Epicure en Corrèze de Marcel CONCHE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Nous sommes nés une fois, il n'est pas possible de naître deux fois, et il faut n'être plus pour l'éternité : toi, pourtant, qui n'es pas de demain, tu ajournes la joie ; la vie périt par le délai, et chacun de nous meurt affamé." Epicure

Marcel Conche est né en 1922 en Corrèze dans une famille de paysans. Son enfance s'est déroulée dans les champs, dans une harmonie simple et limpide avec la nature et ses secrets. Les travaux des champs étaient son quotidien : s'occuper des vaches, arracher les pommes de terre ("Je suis peut-être le seul philosophe qui ait arraché les pommes de terre... ou du moins le seul encore vivant !" ironise-t-il à ce propos), faire les foins, s'occuper de la vigne... De ces expériences premières, il retire une sagesse millénaire : il apprend à faire les choses lentement, dans l'ordre, en temps et en heure. Ce sera sa première leçon de philosophie... 

Touche après touche, Marcel Conche nous livre ici ses souvenirs d'enfance pour revenir aux sources de son amour de la philosophie. Il en profite pour évoquer les philosophes qu'il affectionne comme les grecs Héraclite, Parménide, Epicure ou l'humaniste Montaigne. 

"La Nature est le Poète premier, ai-je souvent dit, et la philosophie a sa source dans la poésie." 

Il réfléchit sur le temps, l'espace et le sens de de la vie, nous livrant sa sagesse avec humilité. Il souligne à ce sujet que le titre est du fait de son éditeur, lui n'aurait jamais eu la prétention de se comparer à Epicure. Avec le temps il est devenu spécialiste de ce philosophe grec souvent mal compris pour qui la recette du bonheur est de ne pas craindre dieux, de savoir que la mort n'est rien, que le bonheur est facile à obtenir, la souffrance facile à supporter si nous maîtrisons nos désirs de sorte que les satisfaire ne nous crée aucune difficulté. Ainsi vivre selon la Nature cela signifie vivre sous le signe de la limite et non pas dans un relâchement journalier.

Dans ces pages, Epicure cotoie d'autres personnalités comme la femme du philosophe corrézien ou ses amies Chaïmaa et Emilie, prouvant ainsi combien la philosophie fait partie intégrante de la vie et ne constitue pas une discipline à part. Elle donne des directions vers "la vie bonne", libre à chacun ensuite de suivre les pas de Marcel Conche qui chante la beauté d'une vie simple : 

"Les fanes de pommes de terre sont assez sèches pour être brûlées... J'enfais des tas au pied desquels j'allume des torches de papier journal. La flamme s'élève bientôt, le vent la secoue dans un sens et dans l'autre ; quand son bruit de souffle s'apaise, le murmure de la Dordogne toute proche parvient jusqu'à moi, et je me sens environné d'amis. Ils sont rares chez les humains, mais la nature en est peuplée." 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Stock 

L'auteur Né en 1922, il est professeur émérite à la Sorbonne et membre de l’Académie d’Athènes. Outre lesLettres et Maximesd’Épicure, il a traduit, aux PUF, le Poèmede Parménide, lesFragmentsd’Anaximandre et lesFragmentsd’Héraclite. On lui doit une trentaine d’ouvrages, dont des essais classiques sur Lucrèce, Pyrrhon ou Montaigne. Il a développé son propre système, construit autour de l’idée de la Nature comme source spontanée de toutes choses – lire notamment le recueilPrésence de la Nature (PUF, 2001) etMétaphysique (PUF, 2012). Dernier ouvrage paru : Présentation de ma philosophie (HDiffusion, 2013). (source : Philosophie magazine )

D'autres avis : repéré dans Télérama  ; Le JDD ; BibliobsPhilosophie magazine 

 

Epicure en Corrèze, Marcel Conche, Stock, ocotbre 2014, 120 p., 17 euros

Les nuits de laitue de Vanessa BARBARA

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Ada vient de mourir laissant son mari Otto démuni dans un entourage qu'il ne comprend pas forcément. Il faut dire que si Ada se fondait à merveille dans ce quartier peuplé de personnages décalés, Otto, quant à lui peine à comprendre les délires des uns et des autres. Il écoute distraitement Nico, le préparateur en pharmacie lui décrire par le menu tous les effets indésirables les plus étonnants des médicaments :

"En tous cas, ce médicament provoque des démangeaisons terribles. Avec ou sans éruption cutanée. Du coup, vous prenez un truc pour atténuer les démangeaisons et vous vous retrouvez avec un glaucome. ALors vous appliquez un collyre pour traiter le glaucome et voilà que vos yeux bleus deviennent marron. Je vous jure ! Certaines gouttes augmentent la pigmentation de l'iris. Imaginez un peu le drôle d'effet. Ah, et votre peau peut aussi devenir légèrement bleutée, surtout si vous vous exposez au soleil." p. 32

Il peste contre Anibal le facteur qui  aime se tromper dans sa distribution de courrier pour créer du lien social, il observe avec méfiance ses voisines Iolanda et ses chihuahuas hystériques, et Mariana, l'anthropologue chevronnée. Il s'entendait bien avec Monsieur Taniguchi un centenaire japonais persuadé que la Seconde guerre mondiale n'est pas terminée et qu'on lui ment, jusqu'à ce que la folie du vieil homme le rattrape.  Ada et sa vivacité virevoltante lui manque, elle qui prenait soin de son entourage avec amour, et aimait partager avec lui reportages animaliers, orgie de chou-fleurs et tisane de laitue pour soigner les insomnies.

Désoeuvré, Otto observe son entourage de loin, et comme il lit beaucoup de romans noirs, il se persuade qu'on lui cache des choses.

Truffés de trouvailles rocambolesques ce petit roman possède un charme indéniable. Comme Nico, le lecteur est tenté de compter ses doigts pour vérifier qu'il est bien dans la réalité tant les évènements et personnages dépassent l'entendement. Le décalage entre le bougonnement incessant de Otto et la fraîcheur des autres habitants du quartier accentue encore la folie de ce petit monde. 

Cocasse, drôle, Vanessa Barbara est parfaite dans sa première partie. Pourquoi avoir voulu coller une pseudo intrigue policière par la suite, comme si la description de ce petit monde atypique ne se suffisait pas en soi ? Cet aspect pollicier est comme adjoint artificiellement à l'intigue et n'adhère pas harmonieusement au roman. 

Passé cette petite réserve, il n'en reste pas moins que Les nuits de laitue est un roman à savourer absolument pour son originalité optimiste ! 

 

Présentation de l'éditeur : Zulma 

D'autres avis : Ollie ; Nadael ; Cathulu

 

Les nuits de laitue, Vanessa Barbara, premier roman traduit du portugais (Brésil) par Dominique Nédellec, Zulma, août 2015, 224 p., 17.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Dans l'oeil du faucon de Kathleen JAMIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Kathleen Jamie est avant tout une poète, elle a reçu de nombreux prix littéraires pour sa poésie (22 à ce jour). Dans ce premier livre traduit en France, elle nous invite dans son univers dans le nord de l'Ecosse, dans le comté de Fife et nous éveille au monde qui nous entoure, nous éclairant sur des détails qui souvent nous échappent, "les choses secrètes, modestes, à demi cachées au milieu des toits, comme les animaux dans la forêt." p. 195 Son âme de poète illumine le monde qui l'entoure de ses mots simples et directs, le halo de beauté de la terre apparaissant alors, pages après pages. Elle dit peu, ses chapitres courts relatent des randonnées, des observations naturalistes, elle peut rester une journée entière à s'émerveiller devant des saumons persévérants. 

Tel le prince des nuées, elle se laisse porter par le vent de ses errances et de ses rencontres. C'est avec curiosité et amour qu'elle parcoure sa région, ses pas la portant aussi bien à Maes Howe, tumulus abritant une sépulture collective de la période néolithique, que dans les glens (en Ecosse petite vallée étroite et encaissée) à la recherche de shielings, anciennes habitations d'estive rencontrées dans les zones insulaires des îles britanniques et dont les plus anciens spécimens remontent à l'époque viking. 

Elle en profite pour observer les habitants de ces espaces naturels, prenant plaisir à suivre les pérégrinations des faucons pélerins et des balbuzards pêcheurs. La présence de ces beautés ailées à la périphérie de son monde l'apaise,  comme s'ils étaient la garantie d'un monde harmonieux :

"Le pélerin vacille à la limite de nos sens, au bord du ciel, aux confins de l'existence même." p. 64 

Sur l'île de Coll, elle écoute le râle des genêts et rencontre les garde réserves qui partagent avec elle leur amour du métier :

"Cette vie en vaut la peine, c'est une excellente situation, compter les râles des genêts la nuit et étudier les nids des vanneaux huppés dans un champ marécageux le jour -c'est quand même mieux que d'être claquemurée dans un bureau."

Au fil de ses rencontres animalières ou humaines, cette amoureuse de la nature puise la force d'avancer de d'aimer le monde pour mieux le protéger. En filigrane, avec délicatesse et respect, elle nous invite à exercer notre regard de poète sur les beautés qui nous entourent. 

 

Présentation de l'éditeur : Hoebëke 

D'autres avis : Dominique

 

Dans l'oeil du faucon, Kathleen Jamie, traduit de l'anglais par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 248 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

Danser les ombres de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

♥ 

Ce jour-là Lucine revient sur les traces de son passé à Port au Prince pour annoncer la mort de sa jeune soeur. Elle a quitté la capitale pour Jacmel pour s'occuper de sa soeur et de ses enfants, mais comprend en parcourant ces routes qu'elle souhaite désormais rester ici. Elle se souvient de l'élan qui la portait dans sa jeunesse pour défendre son pays, de l'élan de vie qui l'animait et est bien décidée à reconquérir son bonheur après ces années de sacrifice pour sa famille. 

Saul lui aussi a laissé derrière lui les années de luttes auprès de sa soeur Emeline. Parti à Cuba pour étudier la médecine, il revient sans diplôme mais pratique tout de même son métier en dilettante. 

Leurs routes vont se croiser à la lignée des chemins. 

Cette première partie avant le tremblement de terre est belle, avec cette simplicité de Laurent Gaudé qui sait planter des décors et les personnages. Malheureusement au mitan du roman (précisément) tout bascule : le bonheur est exagéré, indécent, point culminant et l'on sait qu'il va être détruit par le séisme. Puis viennent les secousses meurtrières qui renversent le monde. Tout devient sans dessus dessous, les morts dansent avec les vivants dans une atmosphère surnaturelle. On n'y croit plus. Le pathétique fait son entrée, lui qui était jusqu'ici savamment contenu. 

Une déception ! 

 

Présentation : Actes Sud 

D'autres avis : CarolineAproposdes livresLaure ; Noukette 

Du même auteur Ouragan  Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi Tsongor 

 

Danser les ombres, Laurent Gaudé, Actes Sud, janvier 2015, 256 p., 19.80 euros

Chasse au trésor de Molly KEANE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, après la mort de Sir Roderick, du patriarche du domaine de Ballyroden, le bilan n'est guère reluisant : les héritiers sont ruinés et doivent reconcer au champagne, aux courses, aux mets raffinés. Son fils Sir Philip décide de reprendre les choses en main et pour cela choisit une option qui se veut salvatrice : transformer le château en maison d'hôtes.

Aidé par sa fidèle cousine Véronica, il reçoit donc ses premiers hôtes, trois londoniens fortunés, un homme, sa soeur et sa fille qui veulent goûter au charme de la campagne irlandaise. Mais les autres habitants du château, Consuelo et Hercules, frères et soeurs de Sir Roderick, sont bien décidés à contrecarrer les projets de Philip et ils vont s'organiser pour tenter de chasser les nouveaux locataires et retrouver leur ancien train de vie dispendieux. Pour cela ils intercepteront les télégrammes, proposeront gentiment des bouillotes qui fuient aux locataires, se lieront d'amitié avec les souris et chatons envahissants, feront agoniser les feux de cheminée et soustraieront toute forme de biscuit appétissant. Consuelo et Hercules sont en effet deux adultes agissant comme des enfants, prenant plaisir à patauger dans les flaques pour faire enrager la gouvernante, et fomentant des plans fumeux pour s'échapper aux courses.

Envers et contre tout les locataires résisteront : Eustace est en effet fasciné par tante Anna Rose qui continue d'arpenter le monde en avion privé, recluse dans son univers. Elle soutient de surcroît qu'elle a caché des rubis dans la maison sans se souvenir de l'emplacement de la cachette, ce qui intrigue notre londonien. Quant à sa soeur Dorothy et sa fille Yvonne, elles ont formé des projets de mariage depuis qu'elles ont découvert que Sir Philip est répertorié dans l'annuaire de la noblesse et dans le Bottin Mondain. Yvonne va ainsi mettre beaucoup de bonne volonté pour s'intéresser au calendrier de gestation des animaux de la ferme pour espérer enserrer le bel noble héritier dans ses filets. 

Les personnages cocasses campés par Molly Keane illuminent ces pages vivifiantes. Une fraîcheur souffle sur ce château délabré au lendemain de la seconde guerre mondiale et le rythme endiablé de l'intrigue réchauffe une atmosphère humide d'Irlande hivernale. Molly Keane porte un regard ironique sur son monde : elle-même élevée dans une grande demeure isolée de la campagne irlandaise, son destin était tout tracé : « On attendait de moi que je remplisse mon rôle de jeune fille de la maison, prenne soin des vases de fleurs et m'estime heureuse de chasser à courre trois fois par semaine. » Pour lutter contre l'ennui, elle écrivit des petits romans charmants ainsi que des pièces de théâtre, d'abord en adoptant le pseudonyme de M. J. Farell. Elle porte un regard décalé et écrit ainsi des pages réjouissantes qui reflètent le plaisir d'écrire de leur auteur !

 

Présentation de l'éditeur : Quai Voltaire

Du même auteur : Fragiles serments

D'autres avis : Télérama ; Jérôme ; Clara

 

Chasse au trésor, Molly Keane, traduit de l'anglais (Irlande) par cécile Arnaud, Quai Voltaire,  mai 2014, 272 p., 14.98 euros

Vacances

Publié le par Hélène

@lecturissime

 

« Quand le crépuscule tombera sur la terre et sur la mer

Des roussettes voleront dans l’air du soir

 

La nuit venue je m’étendrai sous les étoiles

La grande Voie presque à portée de mes pieds

Et j’écouterai les longues annales de la houle

Tandis que des tortues sans âge se traîneront sur la plage. »

 

Kenneth White Un Monde ouvert, Equatoriales

Temps glaciaires de Fred VARGAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Etranger, toi qui foules cette terre, prends garde aux vices immondes des hypocrites infâmes."

Tout commence par le suicide d'une vieille dame. L'affaire pourrait être classée si un signe étrange n'apparaissait pas à ses côtés, signe qui tenderait à prouver que la vieille dame n'était pas seule pour quitter le monde. L'inspecteur en charge de l'enquête fait appel à Adamsberg et son équipe de fins érudits pour déchiffrer le signe en question et valider ses doutes. D'autres meurtres-suicides suivent alors. Adamsberg et ses collègues se trouvent ainsi plongés dans une nouvelle enquête aux ramifications multiples, enquête que l'on pourrait qualifier d'une "pelote d'algues" "c'est une grosse pelote d'algues enchevêtrées. Et sèches. Il n'y a pas de route dans ces trucs-là. Et c'est lui qui l'as fabriqué. Et quand on croit qu'on y trouve un sens, il réembobine la pelote autrement." 

Deux pistes distinctes se profilent en effet : la première rejoint l'Islande, pays où la vieille dame a vécu un aventure traumatisante, et l'autre piste les mène en plein Paris, le Paris de la Terreur instaurée par Robespierre, période qu'une étrange association se plaît à faire revivre lors de reconstitutions historiques plus vraies que nature. Adamsberg ne se décidera pas à trancher entre l'une ou l'autre piste, déstabilisant ses collègues par ses va-et-vient incessants :  

"0n a laissé tombé l'Islande, rappela Mercadet avec fermeté.

- Totalement, approuva Adamsberg. Justin, faites tout de même vérifier son passeport." p.192

Un appel venu d'ailleurs le mènera jusqu'aux rives islandaises : l'afturganga, sorte de fantôme islandais a fait entendre son appel et Adamsberg a rappliqué parce que "quand un afturganga te convoque, t'as drôlement intérêt à obéir." et "L'afturganga ne convoque jamais en vain. et son offrande conduit toujours sur un chemin." Il faudra nénamoins un ou une colosse humaine pour venir à bout de cet afturganga..

Les inconditionnels de Fred Vargas retrouveront avec plaisir la joyeuse équipe de Adamsberg : Danglard l'hypermnésique érudit, Rétancourt, colosse humain, Veyrenc et sa chevelure atypique, Mercadet qui s'endort soudainement n'importe où, n'importe quand, Vaisenet, Mordent et Noël. Ceux qui ne connaissaient pas cette auteure originale découvriront des personnages cocasses, tels Célestine et son sanglier, des dialogues truculents dignes de Audiard et surtout un univers érudit documenté. Qu'il s'agisse de Robespierre et des séances de l'assemblée nationale ou de l'Islande et ses légendes, l'intrigue se nourrit de la culture et de l'intelligence de l'auteure. 

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

D'autres avis : sur Babélio

 

Temps glaciaires, Fred Vargas, Flammarion, mars 2015, 490 p., 19.90 euros

Vers Compostelle de Antoine BERTRANDY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Saint Jacques, c'est celui qui, par la magie du sillon de poussière qui mène à sa vérité, rend les choses possibles."

Antoine Bertrandy a lui aussi cédé aux appels des sirènes et a quitté son confort franciilen pour affronter les aléas du chemin de Compostelle. Il décide de relier Compostelle depuis Saint-jean-Pied-de Port en empruntant le Camino real francés. Il ne sait pas très bien pourquoi il part, mais peu à peu, au fil de ses rencontres, un chemin intérieur se dessine en lui. Il s'agit d'opérer en marchant un travail "d'introspection et de clarté, démêler la vérité du mensonge, séparer ce qui est important de ce qui ne l'est pas et, en définitive, pour pouvoir avancer, trouver ma propre voie." p. 25

Le sous-titre met en avant les rencontres que l'auteur a pu faire durant sa route. Il met l'accent sur ceux que l'on recroise souvent, peut-être pas par hasard, ceux que l'on fuit, ceux qu'on aimerait connaître davantage. Tous ont en commun "une petite fêlure et une quête." et apportent quelque chose, une présence, une lumière, un conseil :  

"Tu sais, moi, chaque jour, je m'arrête une demi-heure ou une heure au bord du chemin, un peu à l'écart. Je m' assois par terre et je regarde l'Espagne belle tout autour de nous. Et alors je me dis : "The way is a gift."" p; 206

Ils aident aussi le pélerin à accomplir son propre chemin intérieur, en effet en se livrant, il pratique la maïeutique chers aux antiques et s'enrichit ainsi.

"-Si je comprends bien, tu marches vers Compostelle pour arrêter de regarder derrière toi en somme ? 

-C'est ça. Je marche pour avancer. Pour me remettre en route. Au fond, c'est très simple." p. 112

@le blog de Marc-Elie

Mais les pélerins ont aussi un caractère narcissique dont il est peu question dans les autres récits:  "S'inventer un destin de pélerin, se comparer aux voyageurs déguenillés du Moyen Age, c'est être coupable de vanité, la vanité suprême de celui qui a la prétention de s'en être affranchi. Certains jours, rien n'a plus d'importance que nos ampoules aux pieds, le poids de notre sac à dos et le temps qu'il fait. Que nous importent l'histoire récente de l'Espagne et la destinée des Syriens, des Ukrainiens et de Centrafricains ? Nos pieds nous portent et nous ne désirons rien voir d'autre. Le "moi" objet égotiste, prend le dessus sur le "je", sujet de l'expérience intérieure. Ca n'est plus une libération de l'âme mais le triomphe exquis et conformiste de notre individualité. (...) A prétendre mener un chemin spirituel et prétendument désintéressé, nous risquons en permanence de tomber dans le fossé de l'obsession narcissique, de nous retrancher du monde, de devenir parfaitement acosmiques." p. 149

Prendre conscience de ses limites d'homme fait aussi partie du chemin. Le voyage ouvre sur d'autres réalités et met en avant l'importance du cheminement qui prévaut rapidement sur le but !

Un très beau récit qui allie cheminement intérieur et extérieur dans une harmonie parfaite !

 

Présentation de l'éditeur :  Transboréal 

D'autres avis : Keisha Chinouk  ; Saxaoul 

Sur le même sujet : Immortelle randonnée de Jean-Christophe Rufin  ; En avant, route ! de Alix de Saint André 

 

Merci à Keisha pour le prêt !

 

Vers Compostelle, drôles de rencontres, Antoine Bertrandy, Transboréal, avril 2015, 11.90 euros

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