Overblog
Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Créance de sang de Michael CONNELLY

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Une histoire de coeur...

Terry McCaleb, héros récurrent des romans de Connelly, a subi un infarctus, il y a deux ans de cela en traquant « le tueur au code ». Il a pu survivre grâce à une greffe de coeur. Deux ans plus tard, la soeur de sa donneuse lui demande d'élucider le meurtre de sa soeur. McCaleb accepte, son coeur lui dictant de le faire... 

McCaleb apparaît comme un être humain faillible derrière ses apparences fortes. Perdu dans le Los Angeles des années 90, il est aux prises avec une Amérique violente, dans laquelle vie et mort s'entrelacent étroitement, effaçant peu à peu les frontières de l'éthique. Après avoir flirté avec la mort, Terry laisse les affres de la culpabilité le ronger, puisqu''il doit sa vie à la mort d'une autre. Si la greffe sauve son coeur, son âme reste torturée...   

Il se lance à corps perdu dans la traque du criminel, le roman rejoignant alors les ficelles du roman américain classique avec sa violence sous-jacente, le FBI et ses mystères, ses rebondissements multiples, bref ce qu'il faut pour tenir le lecteur en haleine durant 400 pages... Michael Connelly est passé maître dans l'art du suspens et il nous offre ici un de ses meilleurs opus (avec "Le poète"). Si la construction reste assez classique, l'efficacité est indéniable ! 

Il a obtenu le grand prix de littérature policière en 1999 et a été porté à l'écran en 2002 par Clint Eastwood

 

Présentation de l'éditeur : Points 

D'autres avis : Babélio 

Du même auteurLes neuf dragons 

 

Lu en compagnie de Sandrine de Tête de Lecture avec qui nous fêtons aujourd'hui les 60 ans de Michael Connelly. Elle a lu La blonde en Béton. Quant à elle, Laure nous parle de La glace noire . Kathel a lu Les dieux du verdict. Le Bouquineur Le cinquième témoin

La poésie sauvera le monde de Jean-Pierre SIMEON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Qui se sent apte à la vaste polysémie du poème, se rend apte à la polysémie du monde qui n'est plus, comme dans le poème, un obstacle mais une chance."

Assertion percutante que celle développée ici par Jean-Pierre Siméon, mais si cette provocation étonne, au fil des mots de son essai, elle prend tout son sens. Car la poésie est une force. Une force oubliée, le déni de la poésie demeurant un fait et pourtant elle recèle en son sein une dimension sociale transgressive agissante notoire, elle peut constituer un véritable enjeu politique. Comment ? 

"La poésie relève d'abord d'un principe premier et fondateur d'incertitude. Elle est donc d'abord un scepticisme, je veux dire une quête de l'ouvert qui récuse l'immobilisation tant dans le pessimisme arrêté que dans l'optimisme béat. Elle naît du pressentiment que toute vue des choses, toute nomination, tout concept, toute définition, pour indispensables qu'ils soient, tendent à clore le réel et à en limiter la compréhension." p.  23

La poésie est à la fois mystère et ouverture, par le pouvoir d'un langage révélé, elle densifie ce qui doit l'être, à l'opposé de notre époque qui simplifie pour mieux abrutir les citoyens :

"Telle est la supercherie de nos démocraties : elles tiennent le citoyen informé comme jamais mais dans une langue close qui, annihilant en elle la fonction imaginante, ne lui donne accés qu'à un réel sans profondeur, un aplat du réel, un mensonge. C'est le règne d'une logorrhée qui noie le poisson du sens." p. 29

L'ère du divertissement aliène les esprits et la poésie serait alors un véritable acte de résistance contre cette oppression généralisée. Perversive, elle peut en effet l'être puisque qu'elle interroge et qu'en entendant la langue du poème, le lecteur sait "qu'une autre langue est possible qu'un autre énoncé du monde est possible, que d'autres représentations du réel sont disponibles." 

"Propager la poésie, c'est contester l'assimilation du populaire au vulgaire. Rendre la poésie populaire, la plus distinguée poésie, c'est venger le peuple de la vulgarité à quoi on le réduit, par le partage de la distinction." p. 76 

Elle permet l'émergence de l'inconnu, et constitue également un lien essentiel entre les hommes "traversant l'évidence du fait pour rejoindre l'universel" :

"Tout poème est un concentré d'humanité, qui révèle à chacun son altérité, c'est-à-dire son affilnité avec l'autre et l'arrachant ainsi à sa petite identité personnelle de circonstance, le relie." p. 26

En éveillant la conscience, cette poésie millénaire permet de lutter contre l'"infractus de la conscience", la plus grave maladie qui guette le citoyen selon l'auteur. 

"On rêve d'une minute de silence universel où le monde se tiendrait soudain immobile et muet, les yeux clos, attentif au seul respir du vent dans les arbres, au chuchotement clair d'un ruisseau, au déploiement d'une herbe dans la lumière, à l'unanime pulsation du sang dans les coeurs, une minute pour que le monde reprenne conscience  et se réajuste à la seule réalité qui vaille, le pur sentiment d'exister un et multiple, entre deux néants, sur la terre perdue dans les cieux innombrables." p. 60

Appelant à une insurrection poétique, Jean-Pierre Siméon insuffle l'espoir dans nos coeurs, parce qu'il sait que "Quand on n'est pas capable de donner du courage, on doit se taire." Franz Kafka

Un texte essentiel !

 

D'autres avis :

Interview dans Le Nouvel Obs

"J’entends par poésie non pas le charmant ornement qu’on y voit généralement, mais la manifestation radicale et intransigeante d’une façon d’être au monde et de penser le monde qui a des conséquences dans tous les ordres de la vie, sociale, morale et politique. Poésie désigne cet état de la conscience à vif qui, jouissant de l’inconnu et de l’imprévu, récuse toute clôture du sens, c’est-à-dire toutes ces scléroses, concepts péremptoires, identifications fixes, catégorisations en tout genre qui répriment la vie, ce mouvement perpétuel, et nous font manquer la réalité telle qu’elle est vraie et telle que le poète et l’artiste la perçoivent et la restituent : d’une insolente et infinie profondeur de champ. Elle est donc, la poésie, un dynamisme, un appétit sans bornes du réel qu’elle questionne dans le moindre de ses effets (tout poème est la formulation de ce questionnement), bref une espérance : rien n’est fini, dit-elle. " L'humanité 

 

Merci à l'éditeur.

 

La poésie sauvera le monde, Jean-Pierre Siméon, Le passeur éditions, janvier 2016, 96 p., 13 euros

L'ami retrouvé de Fred UHLMAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Ce court roman, entre nouvelle et roman, raconte l'amitié entre le narrateur Hans Schwartz, d'origine juive et Conrad von Hohenfels, jeune aristocrate, ceci pendant la montée du nazisme à Stuttgart. Les deux enfants s'apprécient sans se soucier de leur classe sociale ou de leur religion mais parce qu'ils ont les mêmes centres d'intérêt, les mêmes passions. Leurs échanges  sont riches et s'ils abordent la religion, c'est dans un échange d'opinion constructif, au sein d'une discussion harmonieuse. Ce sont les autres, la mère de Conrad notamment, qui s'insinuent entre eux et brandissent le statut de juif de Hans. L'idéologie nazie s'infiltre peu à peu dans les discours des professeurs également, montrant ainsi les mécanismes d'endoctrinement des lycéens. Au début du roman les lycéens vivent en harmonie, puis peu à peu l'idéologie nazi s'iinfiltre et change les mentalités. 

Fred Uhlman a vécu dans sa propre vie les ravages du nazisme : contraint à l’exil, subissant la déportation de ses parents, la mort de sa sœur et de son bébé ainsi que la disparition de ses proches, L'auteur n’a plus jamais écrit en allemand, sa langue maternelle, jugeant que l’Allemagne avait trahi ses idéaux.

Il offre ici un récit court et puissant doté d'une fin qui donne tout son sens au titre du roman et chante ainsi l'universalité de l'amitié !

 

La vallée des poupées de Jacqueline SUSANN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

En 1945 Anne Welles quitte sa Nouvelle Angleterre natale pour rejoindre les fastes de New York. Elle est embauchée comme secrétaire par un cabinet d'avocats spécialisé dans le théâtre et trouve une chambre dans une pension. Elle rencontre alors Neely, qui se destine à la chanson, et Jennifer, une femme sublime bien décidée à se servir de sa beauté pour réussir dans le milieu du show-biz. 

Les poupées pourraient désigner ces jeunes filles si parfaites qu'elles semblent artificielles, mais dans le langage codé du showbiz, ce sont des tranquilisants, excitants et somnifères qui aident les trois héroïnes à tenir émotionnellement et physiquement face à la pression exercée sur elles. Devenues des icônes, elles deviennent grisantes aux yeux des autres, mais portent en elle ce grain de folie hors norme qui fait aussi partie intégrante des artistes. Arrivées en haut de l'affiche,  le monde étant à portée de leurs mains, elles perdent l'espoir qui alimentait leur jeunesse et errent de déception en déception. L'amour pourrait constituer un espoir, mais les hommes eux mêmes se révèlent peu à la hauteur, souvent lâches et tyranniques, déstabilisés par ces femmes carnassières. 

Publié en 1966, ce roman résonne comme une critique virulente du rêve américain faisant rêver les jeunes filles, cet Hollywood, ce Broadway, ces cabarets où coule l'argent et où règne la puissance de la notoriété. Mais tout a un revers, et les jeunes héroïnes vont en faire la cruelle expérience. L'auteure a elle-même tenté sa chance dans le showbiz comme actrice à New York, expérience qui s'est révélée éprouvante et lui a inspiré son roman.

Ce que j'ai moins aimé :

Une petite lassitude vers la fin, en raison de la répétition des désillusions des jeunes femmes. Neely semble un personnage assez improbable, elle qui tombe dix fois et se relève tout autant de fois. 

Malgré tout, les pages se tournent vite, portée par un style simple très dialogué. 

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 

D'autres avis : Babelio

 

Merci à l'éditeur 

 

La vallée des poupées, Jacqueline Susann, traduit de l'anglais (EU) par Michèle Lévy-Bram, 10-18, juin 2016, 480 p., 8.80 euros 

 

Le roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1968

En attendant Bojangles de Olivier BOURDEAUT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Certains ne deviennent jamais fou...

Leurs vies doivent être bien ennuyeuses." 

Charles Bukowski

Le jeune narrateur observe avec tendresse ses parents enlacés danser sur "Monsieur Bojangles" de Nina Simone. Cette danse est à l'image de leur vie, une fête perpétuelle menée tambour battant par la mère, feu follet qui veut faire virevolter la vie, danser et rire, toujours... Cette femme extravagante se moque des conventions, refusant d'ouvrir les courriers désagréables, changeant de nom tous les jours au rythme de ses humeurs, achetant un château en Espagne parce qu'elle a pris l'expression au pied de la lettre, adoptant un superbe oiseau exotique nommée Mlle Superfétatoire, faisant définitivement un pied de nez à la normalité. Quand l'école de son fils demande à ce que ce dernier respecte les horaires et autres obligations scolaires, elle répond du haut de sa superbe : "Mais vous voulez quoi ? Qu'il devienne fonctionnaire ? Mon fils est un érudit oiseau de nuit qui a déjà lu trois fois le dictionnaire, et vous voulez le transformer en mouette couverte de cambouis se débattant dans une marée noire d'ennuis !" p. 118

Le père fasciné est fou amoureux de cette nymphe qui embellit la vie, même s'il se doute qu'ils marchent sur un fil. Peut-on s'abstraire ainsi de la réalité éternellement ? Le monde extérieur ne risque-t-il pas de s'immiscer pour faire chanceler la joie ? Il connaissait les risques. Et pourtant, quand il se livre dans son journal, il souligne "Je ne regrettai rien, je ne pouvais pas regretter cette douce marginalité, ces pieds de nez perpétuels à la réalité, ces bras d'honneur aux conventions, aux horloges, aux saisons, ces langues tirées aux qu'en dira-t-on." p. 122

Sous l'oeil admiratif du fils, la vie bat son plein. Dans ce tourbillon de la vie, tout n'est que "fêtes, voyages, excentricité et extravagante gaieté" et tant pis si la réalité vient y mettre son grain de sel. Tant pis. Ca valait quand même le coup... 

 

Présentation de l'éditeur : Finitude 

D'autres avis : un roman qui fait l'unanimité  comme en témoignent ses nombreux  prix : Grand Prix RTL / Lire, Prix Roman France Télévision, Prix Emmanuel Roblès, Prix de l'Académie de Bretagne, Prix du roman des Etudiants France Culture/Télérama, et je pense qu'il en reste à venir ... 

 

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Finitude, 2015, 158 p., 15.50 euros

Le grand marin de Catherine POULAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Risquer de perdre la vie mais au moins la trouver avant..." p. 163

Un beau jour, Lili décide de larguer les amarres et de partir au bout du monde. Elle échoue à Kodiak en Alaska et s'embarque sur un bateau de pêche Le Rebel. Les conditions de vie sont difficiles, le travail très physique et dangereux, les hommes aux côtés de qui elle travaille crient beaucoup, mais Lili s'attache à ce monde rude qui la met sans cesse à l'épreuve. 

"Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui !" p. 37

Surnommée "le moineau" par les hommes d'équipage, elle se fait peu à peu sa place dans cet univers masculin. Comme eux, elle a besoin de braver la mort pour se sentir vivante, c'est aux confins de sa vie, quand elle teste sa propre finitude qu'elle se sent vivre. Comme eux, à terre, elle erre désoeuvrée dans les docks, tentant de retrouver l'ivresse de la mer dans l'alcool qu'offrent les bars. 

Quand elle rencontre le grand marin, c'est comme par inadvertance, cela ne cadre pas avec ses projets, elle qui veut aller à Point Barrow, au bout du monde, et souhaite "M'asseoir au bout, tout en haut du monde. J'imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide... Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai." p. 99 Pour elle, le couple et ses clichés semble être à l'opposé de ce qui la fait vibrer, bien trop statique pour lui convenir. Se laissera-t-elle apprivoiser ? 

Catherine Poulain signe là son premier roman inspiré de sa propre expérience puisqu'elle est elle aussi partie pêcher durant 10 ans en Alaska. Il a obtenu le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le prix Henri Quéffelec, deux prix des Gens de mer et le prix Ouest-France Etonnants Voyageurs. Un beau succés pour ce magnifique portrait d'une femme qui veut juste être debout, vivante et se battre pour sa vie "C'est la seule chose qui compte, non ? Résister, aller au-delà, surpasser. Tout." p. 333

Ce que j'ai moins aimé :

- Quelques longueurs et répétitions

- Une petite baisse de régime se fait sentir quand on rentre dans l'aspect sentimental et/ou sexuel de la relation entre Lili et le grand marin. 

- Il faut adhérer au style, très minimaliste, à la Claudie Gallay. 

- Et une dernière question essentielle : pourquoi toutes les trois pages les protagonistes passent-ils leur temps à se moucher dans leurs doigts ???

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier

D'autres avis : Repéré chez Clara 

Vous aimerez aussi : Les déferlantes de Claudie Gallay

 

Le grand marin, Catherine Poulain, Editions de l'Olivier, 2016, 19 euros

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 200 > >>