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En étrange pays de Karel SCHOEMAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥  

"Chacun de nous doit supporter sa propre solitude." p.217

Sur les conseils de son médecin, Versluis, un bourgeois hollandais vient soigner sa maladie des poumons aux confins de l'Afrique, à Bloemfontein, en Afrique du Sud. Il est censé tirer profit de l'air sec du "veld". Il s'installe d'abord à l'hôtel avant de trouver refuge dans la pension de Mme Van der Vliet. Son univers se réduit à la communauté hollandaise et allemande de la petite ville. Il fréquente d'abord les Hirsch, une famille tonitruante, pour qui ce nouvel arrivant constitue un palliatif à leurs habitudes de colons. Mais Versluis ne tarde pas à se lasser de leurs conversations mondaines, le pays et l'approche de la mort réclament pour lui plus de calme et de paix. Ainsi, il se rapproche du pasteur Scheffler et sa famille qui lui apprennent peu à peu à apprivoiser le vide de cet étrange pays.

"Il aurait aimé trouver les mots afin d'évoquer pour eux l'éclat blanc de cette chaleur de l'après-midi. Il aurait aimé trouver des mots pour décrire l'aspect désolé du veld qui entourait la ville, et les sensations d'inquiétude et de joie qu'il éveillait en lui. Mais les mots existaient-ils ? Possédait-il le langage nécessaire à de tels récits ?" p. 78

Jour après jour, visite après visite, il tombe sous le charme du bonheur calme de cette famille et son univers s'éclaire en découvrant d'autres moeurs. 

"C'était ainsi que vivaient les gens, se dit-il - ils s'asseyaient ensemble dans la clarté des lampes pour boire du café, ils jouaient de la musique ensemble, ils parlaient ensemble, et ils n'avaient pas besoin de beaucoup de mots parce qu'ils connaissaient les mêmes choses et qu'ils partageaient un vaste espace commun de référence. Plus tard, dans le ville obscure et moribonde où il souhaita bonne nuit à Mme Van der Vliet avant de se retirer dans sa chambre, dans la nuit profonde où les animaux nocturnes hurlaient et où les aboiements des chiens se répondaient, il se rappellerait que d'autres gens vivaient leur vie, regardaient la pendule, écoutaient un instant pour vérifier s'ils entendaient un bébé pleurer, avant de se retourner en souriant vers leurs compagnons." p. 226

Le pasteur et sa soeur ont vécu au coeur du pays, au plus près des locaux et leur regard sur la colonisation est très opposé à ceux des hollandais et allemands de la communauté : 

"Parfois, je pense que nous avons échoué. (...) Nous avons apporté la civilisation ici ; nos maisons et nos églises ; nos meubles, nos livres et nos modes d'Europe : nous avons apporté ici sans qu'on nous le demande et nous l'avons entassé comme si l'Afrique était une sorte de tas d'ordures, et nous sommes venus vivre ici selon les modèles que nous ou nos parents avons apportés d'ailleurs. Nous vivons de souvenirs et nous nous entourons de fantômes, et quant à l'Afrique elle-même, nous ne la voyons que de loin, deriière les rideaux en dentelle que nous avons accrochés devant les fenêtres de nos salons. (...) Quant aux Noirs que ne leur avons-nous pas fait ? Nous leur avons fait des cadeaux douteux, les maisons et les églises européennes, l'argent, l'alcool et des maladies qui leur étaient totalement inconnues.D'un côté nous avons essayé de les élever, comme nous disons, sans qu'ils nous l'aient jamais demandé, et de l'autre nous les repoussons chaue fois qu'ils s'approchent trop et que nous nous sentons menacés. Qu'avons-nous fait de ce pays ? Et de quel droit ?" p. 248

Cette "histoire d'une âme en quête du dépouillement absolu" résonne dans nos âmes émues bien après la dernière page tournée... Elle nous parle philosophiquement de la mort non pas comme une fin, mais davantage comme une paix de l'âme et du corps. Les paysages désolés du veld s'accordent parfaitement avec l'esprit en délition de Versluis. L'étrange pays n'est-il pas l'aboutissement d'une vie que le vide envahit ?

http://southafricaphotoblog.tumblr.com/

"Ne plus faire qu'un avec cette terre, comme les dieux et les esprits dans d'autres pays, et dans le même temps lui permettre de ne plus faire qu'un avec soi, dans l'obscurité parmi les pierres, les racines et le gravier." p.254

Aux confins du monde et de sa vie, Versluis rencontrera peut-être enfin la plénitude de l'humanité...

 

Présentation de l'éditeur : Phébus ; Libretto

Du même auteur : Cette vie

 

En étrange pays, Karel Schoeman, traduit de l'anglais par Jean Guiloineau, Phébus, février 2007, 20.30 euros, 11.80 en libretto

 

Je remercie Sandrine et son Lire le Monde consacré aujourd'hui à Karel Schoeman et sans qui je n'aurais sans doute pas relu cet auteur pourtant si profond !

 

Meurtres à Willow Pond de Ned CRABB

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sur les rives d'un petit lac dans le Maine, Alicia et Six Godwin coulent des jours tranquilles que vont venir troubler leurs voisins et cousins les Seldon. Leur cousine Iphigénie les convie en effet dans son lodge voisin, lui aussi au bord d'un lac, parce qu'elle souhaite modifier la répartition de sa fortune entre ses enfants dans son testament. Cette femme autoritaire mène d'une main de fer son lodge consacré à la pêche et elle est peu appréciée de sa famille. Les passions vont se déchaîner lors de cette soirée sous l'égide d'un orage d'une extrême violence. Iphigénie galvanise la haine et chaque membre de sa famille ressent à son contact des envies de meurtre irrépréssibles...

Dans ce huis clos à la Agatha Christie les relations familiales régies par l'argent volent en éclat, menées par des égoïsmes contradictoires. Au sein d'une nature préservée le trouble s'installe, provoqué par l'avidité pécuniaire des hommes. 

Six se transforme en Hercule Poirot pour aider le shérif à résoudre ces meurtres à Willow Point, entraînant son lecteur ravi dans une intrigue bien mené aux multiples rebondissements.

Mes réticences : La psychologie des personnages est un peu sommaire, voire caricaturale. La fin m'a déçue, un peu trop tonitruante à mon goût, j'attendais quelque chose de plus subtil ... 

Lac Winnipesaukee - New Hampshire - Etats-Unis

http://www.voyageursdumonde.fr/

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis : Mary 

 

Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb, traduit de l'américain par Laurent Bury, Gallmeister, Noire, février 2016, 432 p., 24.30 euros

 

Merci à Ekaterina.

 

Le pique-nique des orphelins de Louise ERDRICH

Publié le par Hélène

Lors d'une fête foraine, Adélaïde s'envole vers de nouveaux horizons, laissant à terre ses trois enfants, Jude, Karl et Mary. Jude n'est encore qu'un nouveau-né et il est miraculeusement volé par un couple en mal d'enfant, quand Karl et Mary se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ils décident de rejoindre leur tante dans la ville d'Argus dans le Dakota du Nord. Malheureusement Karl se perd en chemin et c'est seule que Mary arrive chez sa tante Fritzie qui tient une boucherie. Là, elle devient amie avec Célestine, une indienne qui était déjà l'amie de Sita, sa cousine. Les enfants vont grandir et évoluer dans ce nouvel environnement et par la suite Mary reprendra la boucherie aux côtés de Célestine quand Karl retrouvera finalement son chemin jusqu'à Argus, pour le meilleur et pour le pire.

Cette chronique familiale qui court sur plusieurs années alterne les narrateurs de façon à densifier le monde décrit. Les épreuves ne manquent pas sur le chemin de la matûrité, et chacun utilisera ses propres ressources pour grandir et s'épanouir, bon an mal an...

Mes réticences : Je ne suis pas parvenue à m'intéresser réellement au sort des protagonistes ni à comprendre où voulait en venir l'auteur. 

Une déception...

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : La malédiction des colombes 

D'autres avis : Léa  ; Jérôme  ; Cathulu  ; Clara  ; Aelys 

 

Le pique-nique des orphelins, Louise Erdrich, traduit de l'anglais (EU) par Isabelle Reinharez, Albin Michel, janvier 2016, 

 

Merci à l'éditeur. 

Le monde jusqu'à hier - Ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles de Jared DIAMOND

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

L’ouvrage se décompose en onze chapitres, eux-mêmes répartis en cinq parties, dans lesquelles Jared Diamond aborde successivement les thèmes de la délimitation de l'espace et les rapports avec les autres groupes, amis, ennemis et inconnus ; la résolution des conflits, tant au sein d’une société que dans ses relations avec les autres ; le traitement des enfants et des personnes âgées ; les manières de faire face aux dangers ; et enfin la religion, la diversité linguistique et la santé. L’auteur compare donc comment sont traitées ces thématiques par les sociétés modernes et les sociétés traditionnelles. Il ne prétend pas en mettre une en avant, il montre simplement ce que nos sociétés modernes pourraient tirer comme enseignement de l'observation du fonctionnement de ces sociétés traditionnelles. Il propose d'incorporer certaines pratiques qui ont fait leurs preuves depuis des millénaires. 

"Ce que nous apprend le monde d'hier, c'est, entre autres choses,d'être conscients de certains bienfaits de nos sociétés contemporaines, si dénigrées par ailleurs : les individus y sont débarassés de la guerre chronique, des infanticides et de l'abandon des personnes âgées. (...)"

Nous pourrions par exemple prendre exemple sur les sociétés traditionnelles concernant les liens sociaux établis, si loin de nos solitudes modernes, avoir un plus juste usage des personnes âgées et leur assurer des vies meilleures car "Concevoir d'autres conditions de vie appropriées au monde moderne en évolution pour nos anciens demeure un défi majeur pour notre société." p; 371, mettre en valeur les langues minoritaires... 

Certaines actions sont réalisables à notre échelle comme ne pas rajouter systématiquement du sel dans nos plats, mais d'autres demandent un changement profond de la société. 

Que pouvons nous faire à notre échelle ? Nous pouvons oeuvrer pour la santé : faire de l'exercice, manger lentement, bavarder avec des amis lors d'un repas, choisir des aliments sains. Nous pouvons également élever nos enfants en bilingues ou polyglottes car cette éducation bénéficie à leur réflexion et enrichit également leur existence. Dans le domaine de l'éducation des enfants, de nombreux points sont à retenir de l'obervation des sociétés traditionnelles comme : "l'allaitement à la demande, le sevrage tardif, le contact physique entre le bébé et un adulte, dormir ensemble, transporter le bébé verticalement et le regard tourné vers l'avant, accepter beaucoup l'alloparentage, réagir rapidement aux pleurs d'un enfant, éviter les châtiments corporels, laisser la liberté à votre enfant d'explorer, avoir des groupes de jeux d'âges différents, et aider vos enfants à se divertir par eux-mêmes plutôt que de les étouffer avec des "jeux éducatifs" tout fabriqués, des jeux vidéos et d'autres amusement préemballés." Ceci car "Autonomie, sécurité et maturité sociale des enfants dans les sociétés traditionnelles impressionnent tous les visiteurs qui ont eu l'occasion de les connaître."

Nous pouvons aussi adopter une paranoïa constructive : ne pas craindre les accidents d'avion, les terroristes, mais plutôt avoir peur des voitures, de l'alcool, des escabeaux et des douches glissantes... Nous devrions aussi être honnête sur ce que la religion signifie réellement pour nous. 

Au niveau gouvernemental il faudrait repenser le système des retraites et les règlements de litige par exemple.

En résumé, de nombreuses pistes de réflexion sont à tirer de ce monde jusqu'à hier...

 

Présentation de l'éditeurGallimardFolio 

Du même auteur : Effondrement, comment les sociétés décidement de leur disparition ou de leur survie 

 

Le monde jusqu'à hier, ce que nous apprennent les sociétés traditionnelles, traduit de l'anglais (EU) par Jean-François Sené, Folio essais, janvier 2015, 768 p., 10.40 euros

 

Grizzly Park de Arnaud DEVILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Be bear aware

Arnaud Devillard partage ici le voyage qu'il a effectué avec sa compagne Cécile de Denver dans le Colorado à Glacier National Park, au nord du Montana. Le couple arpente les routes et visite les parcs nationaux avec toujours en tête la bearanoia. Là réside l'ambivalence des touristes des grands espaces américains : avides d'aventure, ils viennent voir des animaux sauvages sans penser que lesdits animaux sont effectivement sauvages et peuvent les réduire en pièces en cinq minutes. Les park rangers essaient de raisonner les touristes, en vain, ceux ci n'hésitant pas à s'agglutiner dés qu'un ours pointe son nez, et ce au péril de leur vie. Arnaud et Cécile suivent quant à eux les instructions des park rangers à la lettre : faire du bruit en marchant, éviter toute odeur forte, et si on se retrouve nez à nez avec un ours au détour d'un chemin ne surtout pas partir en courant, mais bomber le torse pour impressionner l'animal sauvage... Plus facile à dire qu'à faire me direz-vous ? Arnaud et Cécile en ont bien conscience, raison pour laquelle ils redoutent à chaque pas de rencontrer LA Bête ! 

Pour l'heure, point d'ours, mais des marmottes, des tamias, des biches, et surtout des paysages à couper le souffle ! Mais là encore le paradoxe du tourisme fait rage :  

"Avant d'y pénétrer, j'avais une vision très extrémiste du système des parcs ; naïve, je le reconnais. Des espaces inviolés, difficiles d'accés, où il serait aisé de se perdre, loin de tout et sans sa voiture. En réalité, il y a des routes, dans les parcs nationaux. Des parkings, des navettes, des abribus, des campings, des hôtels et la queue aux douches." p. 51

"C'est le paradoxe des parcs nationaux américains. Ils ont été inventés pour préserver des écosystèmes et des paysages de l'activité humaine, empêcher les forages, les exploitations minières et forestières. Or les zones naturelles alentour sont laides, saccagées. Mécaniquement, prolifère aux lisières des parcs nationaux tout ce qui est interdit à l'intérieur." p. 48

Les deux voyageurs peignent avec humour les moeurs américaines, ces hommes toujours en mouvement pour qui la voiture a tant d'importance : 

« La première chose qu’un touriste américain nous demande en arrivant à Yellowstone, c’est jusqu’où il doit rouler pour voir un ours ; la première chose que me demande un touriste européen, c’est où il doit aller marcher pour voir un ours »

Les passages humoristiques alternent avec des pages plus lyriques : 

"En reprenant la route, je ressens partout la torpeur crépusculaire qui s'est emparée du parc. L'impression est trompeuse. Plutôt que de torpeur, il s'agit de la sauvagerie véritable qui reprend ses droits et impose son rythme après avoir cédé à celui des hommes durant la journée. Les bruits du soir et de la nuit seront les siens. Les mouvements seront les siens. Les ours pourront arpenter les parkings qui, pour tout dire, n'existeront plus. Cette heure que j'apprécie tant envoie le message que nous n'appartenons pas à ce monde. En saisir quelques bribes me remplit d'une jubilation muette." p. 133

Le récit se teinte d'émotion quand l'auteur évoque ses souvenirs d'enfance de fils d'instituteurs et ses rapports privilégiés avec son père. C'est un peu pour lui qu'il continue à voyager, par fidélité pour cette passion qu'il lui a léguée. 

Un récit drôle et intelligent, placé sous l'égide de Pete Fromm et de Doug Peacock...

Mes réticences : un peu lassant sur la fin : promenade, peur de l'ours, voiture, puis repos bienvenu, camping déserté, pizza et bière, nuit agitée par la peur de l'ours, etc...

Bilan : Je veux y aller....

Parc national du Grand Teton

http://www.revamericatours.com/programmes/authentiques/ouest-sauvage/

 

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste 

D'autres avis : Repéré chez Keisha ; ChinoukLa buvette des alpagesNathalie 

 

Grizzly park, Arnaud Devillard, Le mot et le reste, 2013, 331 p., 20 euros

Une femme simple et honnête de Robert GOOLRICK

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Il est des choses qui attendent, se dit-elle. Tout ne meurt pas. Vivre prend du temps." 

Après plusieurs années de célibat, Ralph Truitt décide de se remarier et pour ce faire passe une petite annonce dans un journal de Chicago. Catherine Land répond à cette annonce, et en cet automne 1907, Ralph l'attend sur le quai  de gare, impatient. Son désir est simple :

"Ce qu'il avait voulu, c'était une femme simple et honnête. Une vie tranquille. Une vie dans laquelle tout pourrait être préservé et où personne ne deviendrait fou." p. 49

La belle Catherine entre alors dans sa vie, semblant correspondre à celle qu'il attendait. Mais les apparences peuvent être trompeuses...

Dans un Wisconsin sous la neige trois vies entremêlées vont s'aimer et s'entredéchirer. Chaque être a sa propre histoire, son passé à porter comme un fardeau, chacun a son objectif, clair. Puis, la vie s'en mêle et "Tout était devenu confus, dans la masse du quotidien ordinaire, dans la vie des gens, dans cette fâcheuse tendance du coeur à attirer et repousser ce qu'il désire et redoute." p. 362

Au fil du temps, l'âme des protagonistes se dévoile, se transforme et alors la rédemption sera peut-être possible... Portée par un style époustouflant, cette histoire de sexe et d'amour sous couvert de trahison emporte irrémédiablement le lecteur dans cette campagne gelée, aux côtés de ces êtres torturés.

"C'était une histoire banale, où le froid pénétrait dans les os des êtres pour ne plus jamais les quitter, où les souvenirs s'enfonçaient dans leur coeur pour ne plus jamais le laisser en paix. C'était l'histoire de la douleur et de l'amertume qu'on endurait dans l'enfance, quand on était sans défense mais capable de reconnaître le visage du mal, de secrets maudits qu'on ne pouvait raconter à personne, de la vie qu'on s'inventait contre sa douleur et la douleur des autres, impuissant à changer quoi que ce fût, l'histoire de la fin déjà écrite." p. 359

Un roman magnifique !

 

Présentation de l'éditeur : 10/18

Du même auteur Féroces Arrive un vagabond 

 

Une femme simple et honnête, Robert Goolrick, traduit de l'anglais (EU) par Marie de Prémonville, 10/18, janvier 2016, 373 p, 7.10 euros

L'élevage des enfants de Emmanuel PRELLE et Emmanuel VINCENOT

Publié le par Hélène

♥ ♥

Tout a commencé avec un post trouvé sur Facebook sur la méthode Montessori 

1-  Les enfants apprennent de ce qui les entoure. Les parents sont donc leur meilleur modèle. 2- Si les parents critiquent leur enfant, la première chose qu’il apprendra à faire, c’est juger. 3- Si au contraire les parents complimentent régulièrement leur bambin,il apprendra à valoriser. 4- Si les parents manifestent de l’hostilité à leur enfant, il apprendra à se battre et à se disputer. 5- Si les parents ridiculisent leur enfant de façon habituelle, il sera une personne timide. 6- Si votre enfant grandit en se sentant sûr de lui, il pourra apprendre à faire confiance aux autres. 7- Si vous méprisez fréquemment votre enfant, il développera un sentiment négatif de culpabilité. 8- Si vous montrez à votre enfant que ses idées et opinions sont toujours acceptées, il se sentira bien. 9- Si votre enfant évolue dans une atmosphère où il se sent protégé, intégré et aimé, il apprendra à trouver l’amour dans le monde. 10- Ne parlez pas mal de votre enfant. Ni en sa présence, ni même en son absence. 11- En tant que parent, valorisez ses bons côtés de telle façon qu’il n’y ait plus jamais de place pour les mauvais. 12- Ecoutez toujours votre enfant et répondez-lui à chaque fois qu’il vous posera une question ou qu’il fera un commentaire. 13- Respectez toujours votre enfant, même dans les moments où il commet des erreurs. Soutenez-le. Il réparera ses erreurs un jour ou l’autre. 14- Si votre enfant cherche quelque chose, vous devez être disposé à l’aider, tout comme vous pouvez lui permettre de trouver par lui-même ce qu’il cherche. 15- Lorsque vous vous adressez à votre enfant, offrez-lui le meilleur de vous. Source : Info Bébés 

Voilà.

J'ai échoué.

Mes enfants seront des monstres.

Ils jugeront parce que j'ai dit que la maîtresse était une vieille C... incompétente,

Ils se sentiront dévalorisés parce que j'ai crié un peu fort quand j'ai appris que 3 fois 6 égal 21 (et que j'en ai rajouté sur la maîtresse c... et incompétente), 

Ils seront timides parce que j'ai dit que Chica Vampira franchement c'était pour les pouffes sans cervelle jeunes filles de 16 ans pas de 7 ans, 

Ils se sentiront mal parce que j'ai dit que non décidemment l'idée de manger des hamburgers à tous les repas était débile, non recevable,  

Ils ne seront jamais aimés parce que je n'ai pas écouté le sempiternel pourquoi du comment de pourquoi Déborah n'a pas voulu se ranger avec moi dans le rang, 

Je n'ai pas répondu au classique "comment on fait des bébés", préférant esquiver par un "bon et sinon tu comptes vraiment devenir une pouffe sans cervelle en continuant à regarder Chica Vampira ?" 

Je n'ai pas offert le meilleur de moi, ou rarement, parce que, franchement, je le cherche encore.

Voilà. Mes enfants sont des futurs Hitler.

Heureusement pour moi, alors que j'allais m'auto-dénoncer au 119-enfance maltraitée, Emmanuel est arrivé ! Avec un mail très gentil il m'a proposé de lire son livre, il avait dû sentir mon désarroi à distance... C'est beau la solidarité des parents qui trouvent que franchement Montessori sa méthode il peut se la carrer bip bip loosers ! 

J'ai donc dévoré son petit livre "guide professionnel pour parents amateurs" hier soir, et quel plaisir de se sentir moins seuls ! 

Déjà ça commence comme ça "Vous élevez déjà un ou plusieurs enfants, et vous avez le sentiment d'être un mauvais parent ? Soyons honnêtes : c'est sans doute le cas. (...) Elever un enfant est d'ailleurs une tâche tellement compliquée que Dieu lui-même n'en a eu qu'un seul." Mais oui mais c'est bien sûr je ne suis ni Dieu ni croyante -malgré les efforts de ma belle-mère qui m'a parlé en long large travers des miracles de Fatimah (vous savez l'hallucination collective)- d'où mon échec !

Les auteurs divisent leur guide en 5 parties "L'âge adorable (0-3 ans), l'äge pénible (3-6 ans) l'âge idiot (6-10 ans) l'âge bête (11-15 ans) et l'âge insupportable (16-18 ans) et répondent ainsi à des questions passionnantes et existentielles comme "Doit-on abandonner son enfant après la naissance ?" "Vaut-il mieux faire un deuxième enfant ou adopter un chien ?" Ils vous apprennent comment faire des économies : "Faire croire à vos enfants que leur anniversaire tombe le 29 février." ou comment décrypter les bulletins scolaires de son enfant :

L'élevage des enfants de Emmanuel PRELLE et Emmanuel VINCENOT

Ils vous aident à embaucher une baby-sitter  avec des questions pertinentes comme "Avez-vous déjà été condamné pour kidnapping ?", vous indiquent comment savoir qu'on s'est fait repérer à lire le journal intime de notre fille (le jour où vous lisez cette phrase "J'ai beaucoup de respect pour mes parents qui sont de vrais modèles pour moi" passez alors au plan B : soudoyer le petit frère pour qu'il balance), comment repérer le discours hypocrite de votre fils qui demande un smartphone parce que :

L'élevage des enfants de Emmanuel PRELLE et Emmanuel VINCENOT

Ils vous aiguillent pour comment savoir si votre fils se drogue (si il rit à vos histoires drôles ou range sa chambre ce qui dénoterait d'un comportement inhabituel) (et sinon "créez un faux profil facebook. Inventez-vous un nom de rappeur (au hasard, "MC Daddy"), puis proposez de la drogue à votre enfant.")

Ils nous offrent des comparaisons intelligentes : "Le petit garçon est comme un chien : toujours obéissant, joyeux dès qu'il vous aperçoit, désespéré quand vous le laissez. L'adolescent, pour sa part, ressemble à un chat : il est ingat, hypocrite et méprisant, on ne sait jamais ce qu'il pense, il vient manger quand bon lui semble et repart on ne sait où. En revanche, le chat, lui, fait sa toilette tous les jours." 

Ils proposent même des bilans de compétence pour vous auto-évaluer et si je ne donnerai pas ici mon résultat, je suis fière quand même de vous dire que j'ai eu plus de 2 points ! 

L'élevage des enfants de Emmanuel PRELLE et Emmanuel VINCENOT

Voilà, après cette lecture, j'ai repris espoir.

Peut-être que mes enfants seront quand même des gens bien...

Merci Emmanuel. 

Notre-Dame du Nil de Scholastique MUKASONGA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Prix Renaudot 2012, Prix Océans 2013, Prix Ahmadou Kourouma 2012

"Il faut toujours rappeler aux Tutsi qu'ils ne sont que des cafards, des Inyenzi, au Rwanda."

Rwanda début des années 70. Le lycée Notre-Dame du Nil est perché sur une colline. En son sein, sous le calme appparent, la lutte raciale couve entre Tustis et Hutus. Le président hutu Kayibanda a commencé à lancer des opérations punitives contre l'ethnie rivale qu'il menace de mort ou condamne à l'exode. Dans ce lycée perché sur la colline, un quota "etnhique' limite le nombre d'élèves tutsis à 10 %. Parmi les jeunes filles qui suivent l'enseignement, Gloriosa, fille de ministre hutu se dresse face à Véronica et Virginia, deux jeunes filles tutsis. Peu à peu la tension monte...

Véronica et Virginia trouvent refuge chez Monsieur Fontenaille, un homme blanc des environs qui se plait à fréquenter les tutsis, parce qu'il reste persuadé que ce sont les descendantes de reines égyptiennes. Il les met en scène dans des tableaux vivants tirés de l'Egypte ancienne. Si les jeunes filles sont méfiantes dans un premier temps face à cet homme un peu fou, elles comprennent rapidement qu'il est leur seul allié dans ce lieu où tous les mensonges deviennent politiques et sont tolérés pour faire accuser les tutsis. Les soeurs belges et les enseignants français du lycée ferment les yeux, invisibles, introuvables quand des troubles éclatent. 

Scholastique Mukasonga nous emmène dans l'antichambre du massacre. Dans un récit tout en retenue, en finesse, elle livre l'émotion pure ressentie face à cette lutte ethnique injustifiable. Avec une intelligence rare, elle sait en quelques personnages, en quelques scènes, témoigner de cette horreur qu'elle a subie elle-même de plein fouet. Un roman essentiel ! 

 

Présentation de l'éditeur : GallimardFolio 

D'autres avisLe PointLe Magazine Littéraire Bibliobs Le Monde 

Vous aimerez aussiQuelques photos pour illustrer le roman ; le site de l'auteure 

Du même auteurL'iguifou

 

Notre-Dame du Nil, Scholastique Mukasonga, folio, février 2014, 7.49 euros

 

Lu dans le cadre de Lire le monde consacré aujorud'hui à Scholastique Mukasonga

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