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La dernière nuit de Claude Eatherly de Marc DURIN-VALOIS

Publié le par Hélène

♥ 

"Nous avons réveillé le diable qui dormait dans la matière." p.225

Ce que j'ai aimé :

Le personnage de Claude Eatherly appartient aux coulisses de l'histoire. Cet aviateur de l'armée américaine a été missionné le 6 août 1945 pour partir en éclaireur afin de décider si les conditions météorologiques étaient propices au largage de la bombe qui allait détruire Hiroshima. Ce messager de l'enfer sombre ensuite dans la délinquance et la folie sans que l'on sache si ses exactions multiples sont dûes à des remords, à de la manipulation pour reprendre le devant de la scène occupé par Paul Tibbets, le pilote de l'Enola Gay, ou encore à une névrose de guerre, une psychose... 

"La folie des hommes tient à leur capacité infinie à tricoter des rapports entre des évènements dont le seul lien relève de la mécanique décérébré du temps et du hasard." p. 143

Dans ce roman, une femme s'intéresse à lui : photographe, Rose Calter attend son heure de gloire et pense être en possession d'un sujet atomique avec celui de cet homme. Mais elle vient trop tôt, puis trop tard, et se contentera de suivre Eatherly de loin en loin, durant plus de trente ans, fascinée par ce personnage qui fait montre d'une "rage d'autodestruction en raison de son implication dans le premier massacre nucléaire de l'histoire." Années après années, la façade de l'homme se lézarde, devenu "desperado nucléaire", il semble porter la culpabilité de toute une nation sur les épaules.

"Il me semblait que ce crime contre la vie s'inscrivait désormais dans l'identité génétique de chaque être avec la même irréversiblité que l'ombre des promeneurs japonais sur le pont Aioi s'était imprimée en négatif sur les pierres. Nous étions tous les assassins d'Hiroshima." p. 115

En s'intéressant à cet homme trouble, l'auteur a fourni un travail de documentation poussé en devant écarter les contre-vérités nombreuses dans son histoire. Il nous plonge dans les racines de notre histoire et retranscrit avec talent l'atmosphère d'une époque tourmentée. 

"Nous sommes partis avec l'innocence des enfants. De cette innocence où se nident les barbaries les plus féroces. Nous revenons vieux et fatigués." p.101

Ce que j'ai moins aimé :

Quelques longueurs.

Présentation de l'éditeur :

chez Plon 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Chamelle

Autre : un documentaire d'Alain Decaux Moi Claude Eatherly, j'ai détruit Hiroshima 

D'autres avis :

Ys ; Cathulu ; Gambadou ; Kathel ; Clara

Interview de l'auteur chez Clara 

 

Merci à l'auteur. 

 

La dernière nuit de Claude Eatherly, Marc Durin-Valois, Plon, 2012, 382 p., 21 euros

 

L'arabe du futur de Riad SATTOUF

Publié le par Hélène

Mon avis :

Que de stéréotypes !

Riad Sattouf est né d'une mère bretonne et un père syrien. Ce premier tome consacré à son enfance raconte ses premières années de 1978 à 1984. Il grandit d'abord à Tripoli, en Libye, avant de regagner la Syrie. Professeur, son père travaille pendant que Riad et sa mère restent à la maison. Il nous livre son ressenti "d'enfant" face à la découverte de son univers. 

Et voilà où je ne peux pas cautionner cet album : les ressentis en question sont une suite sans fin de clichés révoltants qui vont crescendo. 

Les femmes : sa mère est une personne effacée qui passe quasi inaperçue dans ce tome. Elle reste au foyer avec son fils. En Libye, elle travaille brièvement à la radio, mais une crise de fou rire en direct oblige le père à demander la démission de sa femme en justifiant le fou rire par ces mots : "C'est une femme... Elle est un peu hystérique... Haha." La mère retourne donc à ses fourneaux, ne se révoltant jamais face au père qui balance entre deux cultures. Le jour où il lui assène "C'est moi qui commande", elle se contente d'avoir des sueurs froides. La grand-mère maternelle est tout aussi ridiculisée : quand elle voit Kadhafi pour la première fois, son propos respire l'intelligence : "Dis donc, il est grandement bel homme Kadhafi". De même toutes les femmes que rencontrent Riad font preuve d'une superficialité unanime : elles ne sont capables que de s'extasier devant ses boucles blondes. 

Les enfants : c'est simple, tous les enfants de ce tome sont des débiles ! Sauf Riad bien sûr qui conjugue toutes les qualités : doué en dessin, pacifiste, intelligent, presque "précoce". En Libye ses voisins sont Adnan, "yéménite à l'air endormi" et Abani "une indienne qui sentait une drôle d'odeur". Tous deux ont en commun -outre leur débilité-  "d'être totalement fascinés" par Riad. Les enfants français rencontrés en Bretagne sont tout aussi idiots "Je  n'arrivais pas à communiquer avec les enfants : beaucoup d'entre eux avait des comportements incohérents et frénétiques." Quant aux enfants syriens, en plus d'être fous -comme les autres enfants-, sont d'une violence inouïe, ses cousins étant des"brutes" à l'état pur. 

Les pays arabes sont des espèces de no man's land que ne mettent nullement en valeur les dessins de Riad Sattouf. Ce parti pris de choisir une couleur pour un pays crée une Libye jaunâtre peu accueillante, et une Syrie rosâtre tout aussi inhospitalière. Les bâtiments sont bien souvent fissurés, les chantiers abandonnés, les rues sales, domaine des rats, le fleuve pollué, etc... Les pays sont dirigés par des militaires lobotomisés. 

Les arabes eux-mêmes sentent la sueur ou l'urine, au choix... Ils passent leur temps à se battre et à s'insulter, et ce, depuis leur plus jeune âge. Ah et aussi, ils adorent les armes !

Antisémites dans l'âme, les enfants arabes pensent que Riad est juif à cause de ses cheveux blonds, et s'en prennent donc violemment à lui. Le père de Riad lui-même est contradictoire, pensant que l'homme arabe devait s'éduquer pour sortir de l'obscurantisme religieux mais qui n'hésite pas à comparer les noirs à des "gorilles". Professeur qui pourrait défendre des valeurs humaines, ses idéaux restent bassement matériels : il rêve de devenir multimilliardaire et de posséder une mercédès. 

A la fin du tome Riad a des sueurs froides à l'idée de retourner en Syrie, ce pays sanguinaire et inadapté. 

On le comprend tant toutes les personnes qu'il a pu croiser dans sa vie manque cruellement d'humanité ou de tendresse... De la bêtise, de la violence. Seulement ça. 

Qu'est ce qui justifie une accumulation de tels clichés dangereux ? La vision innocente du jeune Riad justifie-t-elle cette vision tellement stéréotypée ? Est-ce censé être drôle ? L'auteur a-t-il des comptes à régler avec son histoire et ses racines ? En souhaitant pointer le choc des cultures, Riad Sattouf finit par nous choquer par sa vision encourageant implicitement les arabophobes. 

Pourquoi un tel engouement pour cet album, la question mérite d'être posée : pouquoi un prix à Angoulême, des critiques élogieuses des médias, des lecteurs enthousiastes (cf babélio, avec une seule critique négative sur 61 critiques)

Je n'aurais qu'un seul mot : glaçant !

Présentation de l'éditeur :

Allary Editions

Vous aimerez aussi :

D'autres avis :

JérômeLaurieYaneck ; MiorPhilisine

Nouvel obsTélérama 

 

L'arabe du futur, Une jeunesse au Moyen Orient (1978-1984), Riad Sattouf, Allary Editions, mai 2014, 20.9 euros

 

Reçu dans le cadre de l'opération "la BD fait son festival" de Priceminister.   

 

Bd de la semaine, cette semaine chez Noukette 

Les luminaires de Eleanor CATTON

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Messieurs - (le titre rendait, certes, un son étrange, appliqué à la compagnie hétéroclite réunie dans la salle) - j'affirme qu'il n'y a pas de vérité entière, il n'y a que des vérités pertinentes... Or la pertinence, vous en conviendrez, est toujous une affaire de perspective."

Ce que j'ai aimé :

Tout commence dans le port de Hotokika sur la côte ouest de la Nouvelle Zélande en 1866, au temps de la ruée vers l'or. Après un éprouvant voyage, Walter Moody accoste dans le petit port, bien décidé à faire fortune sur ces terres prometteuses. Il rencontre en ce lieu une assemblée mystérieuse, réunie dans le fumoir de son hôtel. Douze hommes vont alors tour à tour lui raconter ce qui les réunit en ce lieu : ils cherchent à démêler certains mystères qui pèsent sur le port. Un riche notable a disparu, une jeune prostituée aurait tentée de se suicider, et une fortune a été retrouvée dans la cabane d'un homme qui vient de mourir. Fortune qu'une veuve émergeant de nulle part souhaite s'approprier. 

Chaque personnage raconte ce qu'il sait des faits, faits qui s'éclairent ou s'assombrissent au fur et à mesure du récit. Les personnalités évoluent au fil du temps, ceci en fonction des versions racontées, offrant ainsi plusieurs strates d'interprétations. Un concept original... 

Mais... 

Ce que j'ai moins aimé :

L'ensemble est beaucoup trop long (992 pages s'il vous plaît...), surtout dans la première partie. Les jalons posés, tout tournera désormais autour de ces mystères, l'intrigue ne consistant qu'en une réécriture incessante des mêmes évènements.  Bien sûr de nouveaux éléments sont découverts au fur et à mesure, mais cela n'efface pas l'effet de lassitude. La réécriture des évènements aurait pu être intéressante sur 300 pages, mais 992 c'est trop pour une seule intrigue qui finit par tourner en boucles. 

De plus, de trop nombreux personnages (une vingtaine) défilent si bien qu'on a rapidement tendance à se perdre.

L'astrologie est au centre du roman, mais il faut être spécialiste du sujet pour en saisir les nuances : chaque personnage représenterait un corps astral et chaque chapitre s'ouvre sur la position des astres à un moment donné... Et ? Et c'est tout. 

Un roman qui aurait gagné à être plus court et simplifié. 

Présentation de l'éditeur :

Buchet Chastel 

Vous aimerez aussi : 
Les romans de Wilkie Collins

D'autres avis :

Zarline

 

Les luminaires, Eleanor Catton, traduit par Erika Abrams, Buchet Chastel, janvier 2015, 992 p., 27 euros

 

L'hiver aux trousses de Cédric GRAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Contempler la nature devrait être la religion de tous les hommes." p. 85

Ce que j'ai aimé :

Cédric Gras est un écrivain géographe. Pour lui l'écriture suit le rythme du voyageur, il pratique ainsi la "géographie narrative. Cette littérature est une manière de mêler ses trouvailles savantes à la relation de ses tribulations. Elle a ses lettres de noblesse dans le domaine de l'ethnologie. Il s'agit de confier ses observations au gré de ses péripéties dans un style mêlant érudition soutenue et mésaventures les plus lamentables. C'est un ton à la fois sincère et initié. C'est une harmonie entre le su et le vécu. J'ai renoncé à tout diplôme de docteur pour reprendre l'école du voyage." p. 15

Amoureux inconditionnel des automnes, de leur lenteur décadente, il décide de courir après la saison déclinante en voyageant dans des contrées plus septentrionales. 

"Si quelque génie m'avait offert de prononcer un voeu, j'aurais souhaité poursuivre les crépuscules et aller avec les orages." p. 22

"Il y a dans le déclin une tristesse d'une grande beauté, ce passé qui s'étiole, ces gloires enfuies, ces lumière qui s'éclipsent : géographie du domaine des souvenirs." p. 84

De la mer d'Okhotsk à celle du Japon, il dresse un portrait de la Russie du Pacifique. Il passe son premier automne à Yakoutsk aux côtés des Yakoutes, des Talgas, puis il part à la lisière du Japon, à Khabarovsk, se rend sur l'île de Sakhaline et au bord du Fleuve Amour. Enfin, pour son troisième automne il part aux confins de la Chine et des Corées.

L'hiver aux trousses de Cédric GRAS

Partout, il entend l'hymne à la terre natale des russes "Et ce malgré l'infortune, les vaches maigres et la détresse." p. 153 Il dresse au fil des lignes l'histoire de ce peuple qu'il affectionne particulièrement. Marchant sur les pas des tribus de la région, il traverse des étés indiens, beaucoup de pluie de brouillard, pour arriver dans ces contrées lointaines du bout du monde. Peu importe le but quand le chemin est joie. "Le bonheur c'est quand le temps s'arrête." dit-il. Son voyage est lancinant, mais  "L'automne a ses apothéoses, ses grâces ineffables, et je n'avais jamais fait d'aussi ravissant voyage." p. 271

Ce que j'ai moins aimé :

- Un lenteur qui peut laisser le lecteur en bord de route...

Présentation de l'éditeur :

Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le coeur et les confins

 

L'hiver aux trousses, Cédric Gras, Stock, février 2015, 19.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

La disparition de Jim Sullivan de Tanguy VIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"D'une manière générale, il n'était pas question de déroger aux grands principes qui ont fait leur preuve dans le roman américain." 

Ce que j'ai aimé :

Parce que les romans américains sont des romans internationaux, quand les romans français restent nationaux, Tanguy Viel décide d'écrire un roman "américain", à la Philip Roth, Jim Harrison, Don Delillo. Il choisit alors avec application les ingrédients gagnants et nous concocte un roman voué à l'international. Il choisit ainsi une ville avec des gratte-ciels, des avenues qui n'en finissent pas, une ville "complexe et internationale", comme Détroit.

"Par exemple, à Détroit, d'après ce que j'ai lu sur Internet, un habitant peut percevoir dans son champ visuel jusqu'à trois mille deux cents vitres en même temps. Je n'ai jamais bien compris ce que ça voulait dire, trois mille deux cents vitres en même temps, mais, me suis-je dt, si j'écris une chose comme ça dans mon roman, alors, on pourra comprendre que mes personnages habitent une grande ville complexe et internationale, une ville pleine de promesses et de surfaces vitrées." p.12

Il opte ensuite pour un personnage cinquantenaire, professeur d'université, divorcé, avec une vie sentimentale compliquée. L'intrigue doit comporter un adultère, et si possible impliquer les personnages dans les problèmes de leur temps, en mentionnant des évènements récents qui ont eu lieu en vrai comme par exemple la destruction des tours, la crise financière ou l'intervention en Irak. Les détails abondent, et la psychologie elle aussi est relativement complexe :

"Ce sont surtout des choses comme ça, ai-je souvent pensé, que le romancier américain aurait écrites, je veux dire, pas seulement l'odeur des pins dans la nuit éclairée, pas seulement le bruissement des érables dans le vent du soir, mis de quoi déchiffrer sur les plissements des fronts, dans l'inquiétude des lèvres, ce qui se passait dans la tête de chacun, les pensées passagères et les désirs souterrains, là, dans le jardin des Koster, la façon de se pencher de Becky quand elle aidait Susan à mettre les choses sur la table - on aurait dit qu'elle avait calculé au détail près à partir de quel bouton mal fermé on pourrait deviner le départ de ses seins, la façon dont Alex souriait  un peu gêné, à Becky Amberson, et celle dont Susan la regardait se pencher pour qu'on puisse lire sur son visage à elle, Susan, dans le mouvement de l'oeil qui l'amenait aussi vite sur le regard fuyant d'Alex, qu'on puisse y lire, non pas qui était Becky, non pas qui était Alex mais peut-être qui était Susan, et toutes ces choses qui méritaient des pages et des pages pour qu'on comprenne ce qui allait se passer, ou qu'on croyait qui allait se passer, vu que certaines choses ne se passeraient pas et certaines autres, oui." p. 51

Les jalons posés, l'histoire avance sereinement...

Tanguy Viel nous entraîne dans les coulisses de la fabrication d'un roman. Avec humour et décalage, il nous livre les recettes qui font le succés des romans américains. Mais peu à peu narrateur et auteur s'effacent pour faire émerger l'univers mental ainsi créé. Après une première partie placée sous le signe de l'ironie, la deuxième partie du roman donne pleinement vie aux personnages et à leur histoire. Dwayne Koster prend vie, tapi dans sa Dodge blanche. Pourquoi guette-t-il ainsi son ex-femme Susan ? Comment en est-il arrivé là ? Quel rôle a joué Alex Dennis, le trop populaire professeur d'université dans la vie de Dwayne ? Quelle place tiendra l'Irak dans son histoire ?

Et Jim Sullivan dans l'histoire ? Jim Sullivan, chanteur de la beat génération a disparu en 1975 dans le désert du Nouveau Mexique, probablement enlevé par les extra-terrestres... Mais ceci est une autre histoire...

 

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien 

Présentation de l'éditeur :

Editions de minuit 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'absolue perfection du crime

D'autres avis :

Keisha ; Mango ; Yves

 

La disparition de Jim Sullivan, Tanguy Viel, Editions de minuit, 2013, 160 p., 14 euros

Petit miracle et autres essais de Barbara KINGSOLVER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Indispensable !

Ce que j'ai aimé :

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, Barbara Kingsolver a été sollicitée pour partager ses émotions et réflexions. Face à l'horreur indicible, incompréhensible et inexplicable, elle se tourne vers une vie réfléchie, pensée, active.

"Le désespoir que je crains le plus n'est plus la peur, mais le désespoir - la sensation oppressante, sombre, que plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ; que chacun de nous, avec un coeur glacé "comme un sauvage de l'âge de pierre armé", va continuer à se mouvoir dans l'obscurité, soulevant des rochers, patrouillant aux firmaments de la colère et de la discorde." p. 31

Mettre en avant des valeurs matérielles n'est qu'un leurre, seules les valeurs spirituelles la sauvent.

"Les trésors que je porte au plus près de mon coeur sont des choses que je ne peux pas posséder : la courbe du front d'une petite fille de cinq ans, de profil, et l'espérance vulnérable de la main qui prend la mienne pour traverser la rue. Le chant matinal des oiseaux dans une forêt. L'intensité de la lumière un quart d'heure avant la fin du jour ; la nuance d'un coucher de soleil sur la montagne ; la sphère mûre de ce même soleil bas dans un ciel poussiéreux, dans une photographie saisissante prise en Afghanistan." p;  37

Aimer le monde et ses merveilles inclut un profond respect pour la nature. Ainsi cette amoureuse de la nature a choisi de vivre de mai à août avec sa famille dans une cabane en rondins dans une profonde vallée boisée de Walker Mountains au sud des Appalaches. Elle réapprend la place de l'homme dans l'univers et milite pour la protection de cette nature millénaire si fragile, et tente de sensibiliser ses filles au sujet. Elle leur apprend notamment les principes d'une consommation responsable, et glorifie le magnifique ordonnancement de la nature que corrompent les OGM :

"Réfléchissez à la chose suivante : en moyenne, un produit alimentaire servi à un consommateur américain a parcouru deux mille kilomètres pour arriver jusqu'à lui. SI l'individu moyen mange à peu près dix produits par jour (et la plupart d'entre nous en mangent plus), en l'espace d'une année sa nourriture aura parcouru presque huit millions de kilomètres sur la terre, sur la mer et dans les airs. Représentez-vous un camion chargé de pommes, d'oranges et de laitues iceberg qui ferait dix fois l'aller-retour de la Terre à la Lune rien que pour vous. Multipliez par le nombre d'Américains qui aiment manger -représentez-vous cette flotte de 285 millions de camions en route pour la Lune - et osez me dire que ce n'est pas le moment de revoir le scénario !" p. 166

Au travers de ses textes, elle aborde également des sujets très divers tels que sa haine de la télévision "la boîte à cons" qui fait pénétrer le meurtre dans notre salon, le massacre de Columbine, la peur de l'avion, les sans abris, et prend également des positions jugées "non patriotiques", menant ainsi une croisade contre la guerre en Irak.

Barbara Kingsolver nous invite à sortir de notre zone de confort et à prendre conscience des mouvements nécessaires et vitaux. Des choses ont été accomplies et le sont encore, le progrés est possible, les solutions existent pour espérer une vie et un monde meilleur, à nous de faire le nécessaire. Se pose en effet la question de ce que l'on souhaite léguer à nos enfants : à quoi ressemblera leur planète ? Quelles valeurs seront les leurs ?

"J'ai des enfants qui me sont plus précieux que ma vie, et chaque molécule en moi veut leur promettre que nous nous en sortirons."

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Payot et Rivages

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Un autre monde L'arbre aux haricots

 

Petit miracle et autres essais, Barbara Kingsolver, traduit de l'anglais (EU)par Valérie Morlot, Rivages poche, août 2010, 352 p., 9.15 euros

 

Barbara Kingsolver a 60 ans aujour'hui.

Pour découvrir d'autres titres de cette auteure, c'est aujourd'hui sur le blog de Sandrine, à l'initiative de cet anniversaire !

Sandrine nous parle Des yeux dans les arbres

Première neige sur le Mont Fuji de Yasunari KAWABATA

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Ce recueil présente six nouvelles inédites de Kawabata écrites entre 1952 et 1960.

Ces nouvelles ont en commun le thème du temps qui passe, des choix que l'ont fait ou que l'ont ne fait pas et qui déterminent nos vies à jamais. Dans Première neige sur le Mont Fuji Utako et Jirö se retrouve quelques années après s'être aimés. Elle a épousé un autre homme duquel elle divorce à présent. Les anciens amants se retrouvent pour un voyage à Hakone, "un voyage lourd d'arrières-pensées". Dans "Terre natale", un homme revient dans le village de son passé et les frontières entre passé et présent se brouillent. Le passé engloutit inexorablement un monde entier qui se perd dans les limbes du temps. 

Hokusaï Lac Shoji- Mont Fuji

La vieillesse et la mort rôdent aussi aux côtés des personnages, comme une angoisse diffuse. Dans "En silence" un écrivain rencontre un vieil écrivain âgé paralysé dont seule la main gauche fonctionne. Pourquoi ne l'utilise-t-il pas ? Le mystère des êtres reste entier.

De fait Kawabata nous invite à la contemplation, il faut regarder le monde et pas seulement le voir. Dans  "Une rangée d'arbres",  les personnages constatent un beau matin la perte des feuilles du gingko du jardin, et se demandent pourquoi les feuilles ne tombent-elles que d'un côté des arbres. 

« - (…) Quand même, je suis surprise de n'avoir rien remarqué alors que je suis censée les voir tous les jours.
- C'est qu'on se contente de les voir, sans vraiment les regarder ».

La simplicité pur des destins évoqués retentit dans nos âmes, faisant résonner nos sentiments bien après avoir refermé le livre. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Il m'a semblé manquer de clés pour comprendre toutes les subtilités de la pensée de l'auteur. 

Présentation de l'éditeur :

Albin Michel 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les belles endormies

D'autres avis :

LibérationTélérama 

Leiloona Choco 

 

Merci à l'éditeur.

 

Première neige sur le Mont Fuji et autres nouvelles, Yasunari Kawabata, Traduit du japonais par Cécile Sakai, Albin Michel, septembre 2014, 176 p., 16 euros

La cour couleurs de Jean-Marie HENRY, dessins de ZAÜ

Publié le par Hélène

ean-

♥ ♥ ♥ ♥

"Les couleurs

sont

les empreintes

digitales

du soleil."

Malcom de Chazal

 

Les juments blanches

En breton, pour dire "La jument blanche"

on dit : "Ar gazeg wenn".

En arabe, on dit : "El fâras lè bèda".

En anglais, on dit "The white mare".

En esquimau, on ne dit rien parce que chez eux

il n'y a pas de juments blanches.

En espagnol, on dit : "La yegua blanca".

En flamand, on dit : "De witte merrie".

 

Comme vous pouvez le voir

toutes ces juments sont très différentes.

 

Mais ce sont toutes des juments blanches."

Paul André

 

Divisions

"- Il y a cinq continents.

- Je ne suis pas doué.

- Pour quoi ?

- Pour les divisions."

Eugène Guillevic

 

La cour couleurs de Jean-Marie HENRY, dessins de ZAÜ

Marc

Au loin

"J'ai regardé au loin

J'ai vu quelque chose qui bougeait

Je me suis approché

J'ai vu un animal

Je me suis encore approché

Et j'ai vu que c'était mon frère."

Proverbe tibétain

La cour couleurs de Jean-Marie HENRY, dessins de ZAÜ

La cour couleurs, Anthologie de poèmes contre le racisme Préface d'Albert Jacquard, poèmes rassemblés par Jean-Marie Henry et Images de Zaü, Rue du monde, 1997

 

C'était ma participation au challenge Je lis aussi des albums avec comme thème ce mois-ci : Les couleurs

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