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Rivière Mékiskan de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Lauréate au prix France-Québec 2011

Ce que j'ai aimé :

Alice est une jeune femme métisse blanche-amérindien. Quand son père devenu clochard est retrouvé mort sur un banc, dans un premier élan, elle décide de jeter ses cendres dans une décharge publique. En effet, la jeune femme a des comptes à rendre avec le disparu qui s'est si peu occupé d'elle enfant, a fini par dériver à cause de l'alcool, représentant  "tout ce que les autres pensent des Amérindiens. Isaac était un fainéant, un alcoolique fini.", et a poussé sa mère à quitter le village et à couper tous les ponts avec cette famille paternelle. Sa fille est en colère "parce qu'Isaac l'avait abandonnée, colère parce qu'il s'était détruit jusqu'à en mourir, colère parce qu'elle avait honte, colère parce qu'elle aurait voulu vivre autre chose, colère parce qu'elle n'avait pas pu le sauver." Contre toute attente, Alice revient sur sa décision première : "Elle retournerait son père d'où il venait. Elle irait à Mékiskan, à douze heures de train de Montréal. Un petit village perdu et oublié, effacé de la carte, le lieu où Alice avait vu le jour et où Louise avait emmagasiné de la rancoeur pour le reste de sa vie." 

Dans le petit village de Mékiskan, elle rencontre Lucy, une cousine de sa grand-mère qui vit dans une cabane et s'occupe de ses petits-enfants quand sa fille Jeannette se saoule à l'hôtel avec un blanc. Partie pour vingt-quatre heures, Alice reste finalement une semaine, semaine qui la transforme profondément. Elle découvre ainsi une autre facette de l'histoire amérindienne, les difficultés pour ce peuple de s'adapter aux moeurs des blancs qui veulent les parquer dans des réserves, et surtout, leur volonté vivace de préserver leur culture malgré tout. Cette confrontation avec son autre culture rendra la jeune métisse entière dans sa recherche d'identité. Malgré ses peurs quant à l'hérédité et au destin qui peut-être l'accompagne, elle osera aller de l'avant, portée par son amour des autres.

Un récit profondément humain, à découvrir !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, j'ai adoré ! 

Présentation de l'éditeur :

Editions XYZ 

site de l'auteur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Histoires nordiques 

D'autres avis :

Anne Karine ; Marilyne ;  Claire Jeanne ; Lili 

 

La rivière Mékiskan, Lucie Lachapelle, Editions XYZ, 2010, 23.55 euros

 

Mon ami Jim de Kitty CROWTHER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Jack est un merle noir qui rencontre un beau jour une mouette blanche, Jim. Tous les deux se lient d'amitié et deviennent inséparables. Jim emmène Jack dans son village mais les villageois n'acceptent pas Jack, l'enjoignant à rentrer chez lui. Jack reste malgré tout car il apprécie la compagnie de son nouvel ami. Un jour, il découvre une caisse de livres chez Jim.. livres qui servent à allumer le feu, car dans le village personne ne lit. Jack prend l’habitude de lire une histoire tous les soirs à Jim. 

 

Le jeune Norbert, qui les écoute en cachette, en parle à sa mère... qui en parle à ses amies... si bien que de plus en plus de mouettes viennent écouter les histoires. Jack trouve ainsi progressivement sa place dans le village.

Un beau conte sur l'intégration, sur l'amitié et sur le pouvoir intemporel des histoires...

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

Présentation de l'éditeur :

Ecole des loisirs 

Vous aimerez aussi :

Album Jeunesse

 

Mon ami Jim, Kitty Crowther, Ecole des loisirs, 1996, 5.5 euros

 

Challenge je lis aussi des albums

Déception et abandon du mois d'avril

Publié le par Hélène

Amours de Leonor de RECONDO

Présentation :

"Nous sommes en 1908. Léonor de Récondo choisit le huis clos d’une maison bourgeoise, dans un bourg cossu du Cher, pour laisser s’épanouir le sentiment amoureux le plus pur – et le plus inattendu. Victoire est mariée depuis cinq ans avec Anselme de Boisvaillant. Rien ne destinait cette jeune fille de son temps, précipitée dans un mariage arrangé avec un notaire, à prendre en mains sa destinée. Sa détermination se montre pourtant sans faille lorsque la petite bonne de dix-sept ans, Céleste, tombe enceinte : cet enfant sera celui du couple, l’héritier Boisvaillant tant espéré.
Comme elle l’a déjà fait dans le passé, la maison aux murs épais s’apprête à enfouir le secret de famille. Mais Victoire n’a pas la fibre maternelle, et le nourrisson dépérit dans le couffin glissé sous le piano dont elle martèle inlassablement les touches.
Céleste, mue par son instinct, décide de porter secours à l’enfant à qui elle a donné le jour. Quand une nuit Victoire s’éveille seule, ses pas la conduisent vers la chambre sous les combles…
Les barrières sociales et les convenances explosent alors, laissant la place à la ferveur d’un sentiment qui balayera tout."

Mon avis :

Autant j'avais aimé "Pietra viva", autant celui-ci m'a ennuyé. La froideur que de nombreux lecteurs reprochent à l'auteur m'est ici apparue clairement. Rares sont les émotions qui  transparaissent derrière le vernis des convenances, et pourtant le thème aurait pu être l'objet d'une psychologie plus fine. L'auteure s'attache surtout au langage du corps reflet des désirs sans doute mais ne témoignant pas nécessairement des sentiments. J'ai trouvé certains thèmes relativement prévisibles : comme cet amour maternel qui sauve l'enfant, car un enfant non câliné dépérit, de même qu'une femme non aimée meurt doucettement. De même cette image facile du corset qu'on serre et que l'on desserre par envie de liberté ? Et cette photographie qui glace les convenances n'est-elle pas un cliché de plus ?... Et cette fin encore plus convenue... Bref...Je suis passée à côté.

 

Si le rôle de la mer est de faire des vagues de KIM Yean-Su

Présentation :

Un jour, Camilla reçoit six cartons de vingt-cinq kilos qui contiennent toute son enfance. Entre un ours en peluche et un globe terrestre, la photo d’une jeune fille, petite et menue : celle de sa vraie mère avec un bébé dans les bras. Camilla a été adoptée peu après sa naissance par un couple d’Américains. Aujourd’hui elle a vingt et un ans et décide de partir en Corée à la recherche de sa mère.
Au fil d’une enquête aux multiples bifurcations, chacun livre sa version de l’histoire bouleversante de cette lycéenne de seize ans devenue mère, les rumeurs, les secrets, les tragédies, le mystère de l’identité du père. Peu à peu Camilla remplit les blancs de son passé, qui se confond avec celui de cette petite ville portuaire où elle est née, et toute sa vie s’en trouve changée.
Un roman riche en harmoniques, à l’imaginaire poétique et émouvant, enraciné dans la réalité sociale de la Corée d’aujourd’hui.

Mon avis :

Je n'ai rien trouvé d'extraordinaire dans le destin de cette enfant adoptée qui cherche ses origines, sujet lu et relu. De plus la narration à la première personne aplatit le propos en raison d'une absence de style.

 

Moi, Cheeta de James LEMER

Présentation :

Quand Cheeta prend la plume pour raconter ses mémoires, il est le plus vieil animal de cinéma vivant (76 ans et des poussières…) : pensionnaire d’une maison de retraite de luxe à Palm Springs (Californie), il a entamé une carrière de peintre abstrait, mais n’a rien oublié de son enfance dans la jungle africaine ni de sa carrière à Hollywood.

Devenu une star dès le premier Tarzan (1934), Cheeta porte un regard caustique et sans concession sur Hollywood, dont il va rendre compte des moindres travers. Ses années de gloire, les potins des stars, les studios et leurs mœurs dissolues, son addiction à l’alcool ou à la drogue (sa première banane lui rappelle a posteriori sa première dose de cocaïne). Drôle, léger, rythmé, divertissant, c’est le Hollywood Babylon de Kenneth Anger vu par un singe.

Cette saga est aussi le récit d’une « ascension sociale », avec son lot d’amertumes, de cruautés et d’humiliations, subies par un enfant perdu qui restera toujours un parvenu (troublant parallèle entre le singe et l’acteur Weissmuller, unis par une amitié quasi amoureuse !) L’auteur de cette fresque caustique sur les rapports hommes-animaux, dans la lignée de Vercors (Les Animaux dénaturés) ou de Roy Lewis (Pourquoi j’ai mangé mon père) parvient même à faire oublier qu’il s’agit des paroles d’un singe !

Mon avis :

J'avais déjà des réticences car un singe qui parle, cela va à l'encontre de mon esprit rationnel qui reste limité et hermétique à tout ce qui sort du naturel et du scientifiquement prouvé (les aliens, les elfes, Dieu, etc ...) Sauf que l'attachée de presse était enthousiasme et que sa fraîcheur m'a convaincue. Mais non, le singes qui parlent, ça ne fonctionne décidemment pas avec moi ! 

 

Lovestar de Andri Snaer Magnason

Présentation :

« Peu de temps après que les mouches à miel eurent colonisé Chicago, les papillons monarques furent saisis d’un étrange comportement. […] Au lieu d’aller vers le sud rejoindre leurs quartiers d’hiver, ils se dirigèrent vers le nord. » C’est ainsi que s’ouvre le roman, fable imaginative et pourtant étrangement familière, tenant à la fois de Calvino et des Monty Python.

Face à la soudaine déroute de toutes sortes d’espèces volantes, le génial LoveStar, vibrionnant et énigmatique fondateur de l’entreprise du même nom, invente un mode de transmission des données inspiré des ondes des oiseaux, libérant d’un coup l’humanité, pour son plus grand bonheur, de l’universelle emprise de l’électronique. Et développant au passage quelques applications aussi consuméristes que liberticides… Avec des hommes et des femmes ultra connectés payés pour brailler des publicités à des passants ciblés, le système ReGret, qui permet « d’apurer le passé », ou le rembobinage des enfants qui filent un mauvais coton. Autre innovation, et pas des moindres, en faveur du bonheur humain : les âmes sœurs sont désormais identifiées en toute objectivité par simple calcul de leurs ondes respectives.

Quand Indriði et Sigríður, jeunes gens par trop naïfs et sûrs de leur amour, se retrouvent « calculés », ils tombent des nues : leur moitié est ailleurs. Les voilà partis, Roméo et Juliette postmodernes contrariés par la fatalité, pour une série de mésaventures cocasses et pathétiques, jusqu’à ce que leur route croise celle de LoveStar lui-même, en quête de son ultime invention…

Mon avis :

Cette fois-ci c'est différent, il s'agit plus ou moins d'un romans d'anticipation, relatant des innovations qui pourraient voir le jour dans les siècles à venir. Mais là aussi je dois diagnostiquer une allergie prégnante... Laure avait beaucoup aimé, j'ai donc craqué. Je n'aurais pas dû, mon allergie est trop ancrée pour espérer guérir... 

Venice de Jiro TANIGUCHI

Publié le par Hélène

 

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Travel Books Louis Vuitton présentent des oeuvres d'art de différents artistes. Cet opus présente la Venise de Taniguchi. Le narrateur part sur les traces de son grand-père et erre dans la cité vénitienne. Ses déambulations lui permettent de découvrir et d'apprécier les lieux visités et de rendre hommage au temps présent.

Les aquarelles magnifiques rendent un hommage vibrant à la cité des Doges.

A la fin du livre un index nous liste les lieux mis en images dans ce magnifique album oscillant entre carnet de voyage, bande dessinée, guide touristique...

Un très bel objet à offrir !

Ce que j'ai moins aimé :

L'histoire est très mince, mais là n'est pas l'intérêt de ce très bel album. 

Présentation de l'éditeur :

"La collection de "Travel book" éditée par Louis Vuitton invite au voyage, qu'il soit mobile ou immobile, nourri du plaisir de l'évasion intellectuelle ou émotionnelle. Au fil des pages, les oeuvres d'artistes de renom et de jeunes talents racontent les villes et les pays parcourus, leurs chemins escarpés et leurs architectures rectilignes, les lumières, les jours et les vies qui s'y déploient. 
Héritiers des "carnets de voyage Louis Vuitton" qui ont saisi durant près de vingt ans les aventures urbaines d'une poignées d'illustrateurs et aquarellistes, les Travel Books proposent une nouvelle vision du départ. Une vision contemporaine, où l'on explore aussi bien les mégalopoles sans sommeil que les contrées sauvages et lointaines. Une vision inédite, où l'on ose croiser les cultures en confrontant le regard des artistes à des mondes qui ne leur sont en rien familiers. Paris vue par le congolais Chéri Samba, l'Ile de Pâques sous le trait de l'américain Daniel Arsham, New York dépeinte par le français Jean-Philippe Delhomme ou encore Londres contemplée par la jeune japonaise Natsko Seki, Venise sublimée par l'illustre mangaka Jirô Taniguchi, le Vietnam revisité par l'Italien Lorenzo Mattotti : chaque artiste part à la rencontre d'une histoire qu'il n'a jamais écrite. Son oeil s'aiguise, piqué par la surprise de l'inconnu ou stimulé par le plaisir de la redécouverte. Le lieu devient page blanche, vierge de tout repère. Les points de vue se transforment alors en véritables propos à la fois narratifs, tendres, pittoresques, voire satiriques. 
Au-delà de la vocation iconographique de ces carnets de route, la collection souligne la richesse des horizons esthétiques dont recèle l'art actuel, les univers créatifs proposés répondent d'ailleurs à une même exigence de diversité : au cours de leurs voyages, ces artistes venus du monde entier choisissent librement leur mode d'expression. Le dessin, la peinture, le collage, l'art contemporain, l'illustration, la bande dessinée ou le manga sont autant de prismes à travers lesquels retranscrire leurs regards sur l'ailleurs. Figuratives ou plus épurées, les oeuvres originales nées de ces voyages font l'objet, pour certaines d'entre elles, d'une démarche d'acquisition de la part de la maison Louis Vuitton. Elles intègrent ainsi le fonds d'oeuvres d'artistes contemporains que constitue le malletier enrichissant cette collection par la diversité des visions convoquées."

Louis Vuitton 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L’homme qui marche  ;  L’orme du Caucase  ; Les années douces ; Un zoo en hiver  ; Furari  ; Seton tome 1

 

D'autres avis :

L'express

 

Venise, Jiro Taniguchi, Louis Vuitton travel book, mai 2014, 45 euros

 

BD de la semaine  aujoud'hui chez Jacques

Meursault contre-enquête de Kamel DAOUD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"La mère, la mort, l'amour, tout le monde est partagé, inégalement, entre ces pôles de fascination."

Ce que j'ai aimé :

Haroun est le frère de "l'arabe" tué par Meursault dans le célèbre roman de Camus. Ayant vécu dans l'ombre de ce grand frère disparu, il souhaite redonner un nom à celui qui n'était pas seulement "l'arabe", mais Moussa, mort sur une plage ensoleillée. Hantant les bars, ce vieil homme rencontre "un jeune universitaire à l'oeil sceptique" à qui il va raconter son histoire et celle de son frère. Lui aussi est étranger au monde et à lui-même, condamné comme son frère à n'être qu'un "arabe" à cause de l'histoire torturée de son pays l'Algérie et de ses rapports avec la France.

 "Ce détail est un incommensurable mystère et donne le vertige, quand on se demande ensuite comment un homme peut perdre son prénom, puis sa vie, puis son propre cadavre en une seule journée. Au fond, c'est cela, oui. Cette histoire - je me permets d'être grandiloquent - est celle de tous les gens de cette époque. On était Moussa pour les siens, dans son quartier, mais il suffisait de faire quelques mètres dans la ville des Français, il suffisait du seul regard de l'un d'entre eux pour tout perdre, à commencer par son prénom, flottant dans l'angle mort du paysage." p. 72

La guerre d'Algérie couplée à la mort de son frère ont fait basculer Haroun qui ne peut qu'interroger le monde qui l'entoure et cet homme qu'il rencontre un soir de désoeuvrement dans un bar. Que siginifie notre présence au monde, quel sens lui donner ? La religion ? Comme Camus, il refuse sa facillité "La religion pour moi est un transport collectif que je ne prends pas. J'aime aller vers ce Dieu, à pied s'il le faut, mais pas en voyage organisé." p.76

Il interroge ses liens à sa terre, sa relation à la mère, le traumatisme de la mort du frère, les femmes qui passent, font semblant de s'arrêter, prennent la fuite, plus volatiles que la plus infime des fumées. Il interroge le mystère de la vie et cherche une identité.  

"Pardonne au vieillard que je suis devenu. c'est d'ailleurs un grand mystère. Aujourd'hui je suis si vieux que je me dis souvent, les nuits où les étoiles sont nombreuses à scintiller dans le ciel, qu'il y a nécessairement quelque chose à découvrir quand on vit aussi longtemps. Autant d'efforts à vivre ! Il faut qu'au bout, nécessairement, il y ait une sorte de révélation essentielle. Cela me choque, cette disproportion entre mon insignifiance et la vastitude du monde. Je me dis souvent qu'il doit y avoir quelque chose, quand même, au milieu, entre ma banalité et l'univers !" p. 147

La frontière entre fiction et réalité devient floue, la puissance littéraire de Kamel Daoud agit comme par magie. Puissance de l'idée de ce premier roman, puissance du style, puissance des mots qui signifient au-delà des frontières temporelles et géographiques, puissance des fantômes qui hantent les vivants, puissance de lecture...  Un grand roman !

Ce que j'ai moins aimé :

- rien.

Présentation de l'éditeur :

Actes sud

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le Minotaure 504

Autre : L'étranger de FERRANDEZ d'après l'oeuvre de Albert Camus

D'autres avis :

Marilyne, Jérome, Luocine

Merci à Valérie et aux autres acolytes du salon du livre pour ce beau conseil !

 

Meursault contre-enquête, Kamel Daoud, Actes sud, 2014, 19 euros

 

Le père Goriot de Honoré de BALZAC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

« Mes filles, c’était mon vice à moi. » (p. 306)

L’auteur  et l’histoire :

Larousse : Balzac et L'oeuvre

Mon avis :

Deux destins en parallèle évoluent en ces pages.

D'une part celui de Eugène de Rastignac, jeune ambitieux qui veut arriver dans le monde et se sert des femmes pour y parvenir. Tenté un temps par Vautrin pour qui « Il faut entrer dans cette masse d’hommes comme un boulet de canon, ou s’y glisser comme une peste. L’honnêteté ne sert à rien. », il choisit plutôt la voie de la sagesse « Qu’y a-t-il de plus beau que de contempler sa vie et de la trouver pure comme un lis ? ». Eugène va apprendre les règles et les désillusions de cette société parisienne à laquelle il rêve d’appartenir, faisant ainsi l'apprentissage de la vie. Il en sortira grandi, prêt à conquérir le monde.

Puis, celui du père Goriot, Christ de la Paternité, entièrement dévoué à ses filles, qui ne lui sont pas redevables des sacrifices qu’il fait pour elles. Il n’est pas dupe et sait que sa pauvreté le dessert, et pourtant c’est pour elles qu’il se sacrifie. « L’argent donne tout, même des filles. » « Si j’avais des trésors à laisser elles me panseraient, elles me soigneraient, je les entendrais, je les verrais. » mais  "elles ont toutes les deux des cœurs de roche. »

L'argent apparaît comme un monstre puissant qui régit la société parisienne, permet à la fois de réussir socialement comme Rastignac, mais est aussi à l'origine du naufrage du père Goriot qui meurt seul alors qu'il était le seul personnage du roman à éprouver un sentiment sincère et désintéressé pour ses filles. Balzac dénonce ici un monde avide en s'approchant au plus prêt du réel : « Ce drame n’est ni une fiction, ni un roman. « All is true », il est si véritable, que chacun peut en reconnaître les éléments chez soi, dans son cœur peut-être. » ouvrant ainsi les portes du roman réaliste.

Un classique à redécouvrir !

Premières phrases :

« Madame Vauquer, née de Conflans, est une vieille femme qui, depuis quarante ans, tient à Paris une pension bourgeoise établie rue Neuve-Sainte-Geneviève, entre le Quartier Latin et le faubourg Saint Marceau. »

Vous aimerez aussi :

Bel Ami de Guy de MAUPASSANT

 

La présentation du boloss des Belles  Lettres

Les nuits de Reykjavik de Arnaldur INDRIDASON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Retour sur les premières heures d'Erlendur, 28 ans, entré récemment dans la police. Affecté au service de nuit il arpente les rues de la capitale islandaise aux côtés de ses deux acolytes. Accidents de la circulation, violences conjugales, et vols sont son lot quotidien. Le jeune Erlendur se laisse charmer par ce rythme décalé permettant de découvrir la capitale isalndaise sous un autre angle.

"Il pensait aux nuits de Reykjavik, si étrangement limpides, si étrangement claires, si étrangement sombres et glaciales. Nuit après nuit, ils sillonnaient la ville à bord d'une voiture de police et voyaient ce qui était caché aux autres : ils voyaient ceux que la nuit agitait et attirait, ceux qu'elle blessait et terrifiait. (...) C'était plutôt la nuit que la ville lui plaisait. Quand, dans les rues enfin désertes et silencieuses, on n'entendait plus que le vent et le moteur de leur voiture." (p. 59)

Il cotoie de près également les clochards de la ville et s'intéresse à la disparition de l'un d'eux, Hannibal dont le corps a été retrouvé noyé. L'enquête trop brève a conclu à un accident mais Erlendur reste persuadé que le mystère est plus épais qu'il n'y paraît. Il va mener sa propre enquête. Les disparitions mystérieuses le hantent irrémédiablement, les fantômes des disparus errants inlassablement dans son esprit, résurgence de sa propre expérience traumatisante :

"Il était évident qu'il s'intéressait aux disparitions. Au phénomène en soi, mais aussi au sort de ceux qu'on ne revoyait jamais et à ceux qui restaient. Il avait conscience que cette obsession plongeait ses racines dans le drame qu'il avait vécu dans sa chair sur les hautes landes des fjords de l'Est et dans ses lectures sur les gens qui se perdaient dans la nautre et les épreuves qu'ils enduraient en sillonnant ce pays âpre et impitoyable." p. 206

Une mélancolie lancinante émane de ces nuits à arpenter la ville et de ces êtres pour qui l'alcool fait souvent office d'anésthésiant pour circonscrire une réalité et un passé tonitruant.

Un très beau récit en clair obscur.

Ce que j'ai moins aimé :

Toujours cette atmosphère profondément triste.

Présentation de l'éditeur :

Métailié

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le duel ; La rivière noire

Autre : Romans policiers nordiques

D'autres avis :

ClaraLeiloona ; Athalie; Valérie ; Kathel ​ ; Cathulu ; Dasola

 

 

Les nuits de Reykjavik, Arnaldur Indridason, traduit de l'islandais par Eric Boury, Métailié, février 2015, 260 p., 20 euros

 

Merci à Anne-Charlotte !

Dans la lumière des saisons de Charles JULIET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Enfoui dans un état d'ineffable bien-être, les yeux le plus souvent clos, j'ai erré en moi, soumis aux intermittences du murmure."

Ce que j'ai aimé :

L'auteur écrit à une amie vivant au Canada et nous livre ces lettres. La douceur prévaut dans ces feuillets qui chantent la vie et convie la jeune femme à traverser sa nuit intérieure pour que perce la lumière.

"Dans l'état où je suis, la vie calmement ruisselle, m'inonde, m'emplit de confiance, de ferveur, accroît mon amour des êtres et ma foi en la vie. La culpabilité, les impatiences, les tourments, les peurs ont disparu, et je ne suis plus que ce flux, cette paisible et inépuisable coulée qui me convainc que la vie est bonne, simple, formidablement riche."

L'auteur évoque aussi son amour pour l'automne, "Une douceur est là, présente dans l'air, les lumières, les ciels qui pâlissent. En elle se profile la menace du déclin, et c'est peut-être cette menace qui donne tant de prix à la splendeur de ces journées où la vie jette ses derniers feux."

"De cet automne, je passe à celui de l'existence humaine. Pour nous aussi au long des années, se succèdent des nuits de gel, des vents dévastateurs, d'implacables journées de canicule, des orages, des sécheresses, des pluies torentielles, et c'est tout cela qui finit par produire la richesse d'une vie, la beauté d'un visage."

Il évoque son parcours personnel, jalonné d'épreuves pour atteindre une certaine forme de paix. Il reste en attente de "cette merveille qui eût apaisé la soif de ce qui manque à toute vie."

"Ce qui est susceptible de répondre à cette attente ne peut nous venir que de l'instant - cet instant qui est là, en avant de nos pas, et qui s'offre à notre convoitise. Mais souvent, nous le trouvons trop gris, trop banal, et parce qu'il ne nous paraît pas digne de véhiculer ce dont nous désirons nous rassasier, nous le franchissons sans chercher à recevoir ce qu'il recèle. Combien nous nous trompons. A tout moment la vie abonde, ruisselle, irrigue ce quotidien auquel nous ne savons pas nous arrêter. c'est du plus ordinaire que filtre l'eau de source."

Une petite merveille qui donne envie de se plonger à coeur perdu dans l'oeuvre de Charles Juliet ! 

Ce que j'ai moins aimé :

Trop court !

Présentation de l'éditeur :

Pol editeur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Lambeaux

D'autres avis ;

Repéré chez Aifelle ; Marilyne  

Esprits nomades

 

Dans la lumière des saisons, Charles Juliet, P.O.L, 1991, 96 p., 8.50 euros

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