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Quelques jours dans la vie de Tomas Kusar de Antoine CHOPLIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Tomas est un jeune cheminot dans la ville de Trutnov en Tchécoslovaquie au début des années 70. Son chemin croise celui de Vaclav Havel, alors que celui-ci n'est encore qu'un artiste de théâtre. Une amitié se noue entre les deux hommes, amitié de coeur mais aussi amitié d'idées. Face au régime communiste qui se durcit et poursuit les dissidents comme Vaclav, Tomas fait rapidement son choix. Il reste résolument du côté de la liberté et de la culture, centrale, "comme un outil de savoir et de plus grande conscience sur le monde."

Avec tact et retenue, Antoine Choplin évoque la montée au pouvoir de Vaclav Havel, des premières heures hésitantes jusqu'au succès, et ceci par l'intermédiaire de cet acolyte de l'ombre, Tomas, un  cheminot ordinaire amoureux des écorces et des oiseaux, un homme que rien ne prédestinait à jouer un rôle dans l'histoire, mais  qui décide simplement de suivre ses préceptes moraux et d'accomplir ce qui lui semble juste aux côtés de personnes qu'il apprécie. L'amitié qui relie les deux hommes est touchante, discrète, de ces liens solides qui ne nécessitent pas une effusion disproportionnée quand on sait que l'essentiel nous rassemble.

A travers le destin de Tomas Kusar, Antoine Choplin nous offre un roman tout en délicatesse retraçant l'engagement de ces hommes qui se battent pour des valeurs, et qui passent au travers des épreuves inhérentes à leurs positions, par conviction, par passion pour la vie et la liberté indissociables dans un monde qui chancèle.

 

D'autres avis : Caroline ; Yves ; Leiloona ; Jostein ;

Du même auteur : La nuit tombée ; Le héron de Guernica Radeau  ; L'incendie Une forêt d'arbres creux

 

Quelques jours dans le vie de Tomas Kusar, Antoine Chopli, La fosse aux ours, janvier 2017, 18 euros

 

La fosse aux ours est l'éditeur du mois pour Un mois un éditeur

 

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Le port des marins perdus de Teresa RADICE et Stefano TURCONI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je crois que chaque poème désire trouver la voie qui mène au coeur de celui qui l'écoute et qui se l'approprie ! Quand cela arrive... Le poète a rempli sa tâche non ? La tâche du semeur d'émotions."

Automne 1807. Un jeune homme est retrouvé amnésique sur les côtes au large du Siam. Il ne se souvient que de son prénom : Abel. Un navire de sa majesté le recueille et le capitaine du vaisseau prend soin de lui. Ce navire a une histoire particulière puisque son commandant s'est enfui avec le trésor du bord. De retour en Angleterre, Abel est accueilli par les trois filles du commandant déchu. Il fait aussi la connaissance de Rebecca, tenancière de maison close et de Nathan McLeod, son amant capitaine au grand coeur. Tous joueront un rôle essentiel dans le destin du jeune Abel, être perdu dans un monde qu'il ne connait plus. En navigateur aguerri il parcourt la vie comme les mers : en pratiquant ce qu'il nomme la "navigation à l'estime" : sans point fixe il vit dans une incertitude totale "Pas de cap précis, aucune terre en vue". Son seul horizon semble être ce "port des marins perdus" : « Il apparaît et disparaît dans la brume, mais il n'est pas donné à tout le monde de le voir. Parce que ce n'est pas toi qui choisis d'entrer dans le port, c'est le port qui te choisit. »

Le fil rouge du récit est la célèbre La Complainte du vieux marin, composée entre 1797 et 1799 par Samuel Taylor Coleridge, long poème qui décrit les aventures surnaturelles d'un capitaine de bateau qui fit naufrage. Ce poème romantique, tout comme les autres nombreux poèmes de l'ouvrage qu'ils soient de  William Blake, de Lord Byron ou de William Wordsworth permettent au jeune Abel de comprendre le monde, de percer petit à petit le mystère de son existence.

"La vie tend des fils invisibles... Les fils tressés vus de trop près, ne sont que confusion de lignes et de couleurs... Il faut du temps, et la juste distance, pour en deviner le dessin... et le sens."

Des questions essentielles surgissent au fil des textes, mais leur beauté éternelle enseigne également au jeune Abel à s'inscrire dans l'éternité du présent. Lecture après lecture, il apprend à vivre en sachant qu'il va mourir et à prendre confiance pour savourer le parfum et le goût du pain, sans remords ou regrets.
 
"C'est un beau soir, calme et libre ;
Moment sacré, paisible comme une religieuse,
Souffle coupé d'adoration ; le soleil ample
se couche dans la quiétude ;
Le ciel très doux se recueille sur la mer." Wordsworth
 

Mes petits bémols :

L'absence de couleur et la longueur (plus de 300 pages)

Bilan : un très beau conte fantastique aux accents littéraires enchanteurs !

 

Présentation de l'éditeur : Glénat

D'autres avis : Découvert chez Noukette et Jérôme ; Tamara

Télérama

 

Le port des marins perdus, Teresa Radice et Stefano Turconi, Glénat, juin 2016, 22 euros

 

Ma Bd de la semaine, accueillie cette semaine chez Steph

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La vierge froide...ou les ravages d'Emma de Jorn RIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Mads Madsen aime raconter des histoires pour peupler les soirées longues d'hiver au pays du grand froid du nord-est du Groenland. Un soir, il invente Emma. La femme en ces lieux est "une entité lointaine et imaginaire, à laquelle on ne fait allusion qu'avec des tournures vagues et prudentes." Et ce soir-là, Emma va lui échapper et vivre sa propre vie.

"Emma, tiens, c'est comme si elle était faite rien qu'avec des beignets de pommes. Les fesses, les seins, les joues et tout et tout. Rien que des beignets, mon garçon. Et au milieu de toute cette pâtisserie, deux yeux bleu ciel et une moue rouge."

Après une telle description, William le noir commence à languir lui aussi après Emma et décide d'acquérir les droits sur elle contre vingt paquets de cartouche et un fusil. Emma et William peuvent alors vivre leur idylle.

Mais arrive Bjorken qui achète les droits à son tour...

"C'est quand même une fille magnifique.

- Tout à fait fantastique, pour ainsi dire vivante, soupira William."

Cette nouvelle fait partie des célèbres racontars celtiques de Jorn Riel, auteur danois qui a fait vécu 16 ans au Groenland. De ce voyage exceptionnel il a rapporté la série des racontars arctiques, suite de fictions brèves ayant pour héros les derniers trappeurs du nord-est du Groenland, série qui ravit les lecteurs grâce à un humour décapant ! L'auteur vit aujourd’hui en Malaisie. "Histoire de décongeler", dit-il...

Pour tout vous dire, ces racontars sont mon propre "remède à la mélancolie"... Jubilatoires et décalés ils constituent un pendant idéal à la morosité ambiante !

 

Le recueil : La vierge froide et autres racontars  qui existe aussi adapté en Bande dessinée

Les racontars dans l'ordre (il est préférable en effet de les lire dans l'ordre pour saisir toute la saveur des personnages) :

1) La vierge froide et autres racontars - 1993

2) Un safari arctique et autres racontars - 1994

3) La passion secrète de Fjordur et autres racontars - 1995

4) Un curé d'enfer et autres racontars - 1996

5) Le voyage à Nanga : un racontar exceptionnellement long - 1997

6) Un gros bobard et autres racontars - 1999

7) Le canon de Lasselille et autres racontars - 2001

8) Les ballades de Haldur et autres racontars - 2004

9) La circulaire et autres racontars - 2006

10) Le Naufrage de la Vesle Mari et autres racontars - 2009

 

Je vous parlerai aussi prochainement de Une vie de racontars dans lequel l'auteur se livre.

 

Publié dans Nouvelles

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Neh Manzer ou les Neuf-loges

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce recueil de neuf contes est issu du Kharezm, région d'Asie centrale qui se situe aujourd'hui dans les frontières de l'Ouzbékistan. Composé entre le XVème et XVIème siècle et porté à la connaissance des lecteurs français en 1808 grâce à la traduction du baron Daniel Lescallier, haut fonctionnaire au service de l'Empire et "orientalise", il présente neuf histoires orientales merveilleuses. Le prétexte au conte est le même que celui des Mille et une nuits : une condamnation à mort différée de jour en jour grâce à une série de contes. Chirzade est en effet marié à Goulchade mais il se doit de tuer le père de sa femme qui a tué sa propre mère. Chaque fois qu'il se rappelle la vengeance nécessaire qu'il doit accomplir, sa femme Goulchade commence une histoire qui éloigne Chirzade de son objectif.

Des génies, des musiciens des êtres maléfiques qui abusent des liqueurs soporifiques, des déguisements, des coups de foudre, des princesses plus belles que la lune, des serviteurs dévoués, des hommes qui se transforment en perroquet pour abuser des belles princesses, des fées, tout l'imaginaire des contes surgit des brumes de la nuit pour enchanter nos sens et notre imagination. S'ils n'ont pas la force des contes des Mille et Une nuits, ces neuf contes flattent néanmoins nos penchants orientalistes.

 

Présentation de l'éditeur : Libretto

 

Neh Manzer ou les Neuf Loges, contes traduit du persan par Le baron Daniel Lescallier Libretto, janvier 2017, 144 p., 7.70 euros

Publié dans Littérature Asie

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Eros émerveillé - Anthologie de la poésie érotique française

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La volupté est une syncope de l'âme dans un corps anesthésié, où le corps charcute l'âme, et l'âme embaume le corps pour un temps. La volupté, c'est l'état cataleptique double, où corps et âme, dans un cercueil unique de sensation, se parlent face à face." Malcolm de Chazal

Présentation de l'éditeur :

Du vertige libertin qui envahit la poésie française au XVIe siècle jusqu'aux blasons amoureux des surréalistes, de l'érotisme le plus feutré à la pornographie la plus exacerbée, on trouvera ici, en trois cent cinquante poèmes, une anthologie de la volupté sous toutes ses facettes. Un florilège du chavirement, explorant le territoire amoureux dans sa dimension toujours renouvelée.
De Ronsard à Rimbaud, de Verlaine à Genet, de Louise Labé à Joyce Mansour, de Sade à Bataille, de Jouve à Calaferte, de Pierre Louÿs à Franck Venaille, de Michel Leiris à Bernard Noël, quelque deux cents poètes, dont un grand nombre de modernes et de contemporains, disent ici l'incroyable besoin d'impudeur qui parfois les saisit. Ils disent les jeux de la langue et du sexe, avec toutes leurs saveurs, du sucré au salé, de l'implicite à l'explicite.
Cette anthologie, qui rassemble ce que la poésie a produit de plus érotique en cinq siècles, entraîne le lecteur à célébrer Éros en tous ses fastes, lumineux, sombres ou hilarants – Éros émerveillé.

Passages choisis :

"Au vrai, la vie créatrice est si proche de la vie sexuelle, de ses souffrances, de ses voluptés, qu'il n'y faut voir que deux formes d'un seul et même besoin, d'une seule et même jouissance." Rainer Maria Rilke

"Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guère
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires"

3 fév. 1915. Apollinaire Lettres à Lou

@Sieff

"En célébrant les noces du feu charnel et du silence, l'acte d'amour rend à l'opacité de l'ombre sa lumineuse transparence.

En délivrant l'homme de sa langue

l'amour délivre l'homme de soi

L'amour qui n'humilie jamais le sexe, s'éclaire à son feu secret." Michel Camus

 

"… Etroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.

Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire

Aux chambres closes du désir.


Entre l’Eté, qui vient de mer. A la mer seule, nous dirons

Quels étrangers nous fûmes aux fêtes de la Ville, et quel astre montant des fêtes sous-marines

S’en vint un soir, sur notre couche, flairer la couche du divin.


En vain la terre proche nous trace sa frontière. Une même vague par le monde, une même vague depuis Troie

Roule sa hanche jusqu’à nous. Au très grand large loin de nous fut imprimé jadis ce souffle…

Et la rumeur un soir fut grande dans les chambres : la mort elle-même, à son de conques, ne s’y ferait point entendre !

Aimez, ô couples, les vaisseaux ; et la mer haute dans les chambres !

La terre un soir pleure ses dieux, et l’homme chasse aux bêtes rousses ; les villes s’usent, les femmes songent…

Qu’il y ait toujours à notre porte

Cette aube immense appelée mer – élite d’ailes et levée d’armes, amour et mer de même lit, amour et mer au même lit –

et ce dialogue encore dans les chambres :


II

1 –

« … Amour, amour, qui tiens si haut le cri de ma naissance, qu’il est de mer en marche vers l’Amante ! Vigne foulée sur toutes grèves, bienfait d’écume en toute chair, et chant de bulles sur les sables… Hommage, hommage à la Vivacité divine !

« Toi, l’homme avide, me dévêts : maître plus calme qu’à son bord le maître du navire. Et tant de toile se défait, il n’est plus femme qu’agréée. S’ouvre l’Eté, qui vit de mer. Et mon cœur t’ouvre femme plus fraîche que l’eau verte : semence et sève de douceur, l’acide avec le lait mêlé, le sel avec le sang très vif, et l’or et l’iode, et la saveur aussi du cuivre et son principe d’amertume – toute la mer en moi portée comme dans l’urne maternelle…

« Et sur la grève de mon corps l’homme né de mer s’est allongé. Qu’il rafraîchisse son visage à même la source sous les sables ; et se réjouisse sur mon aire, comme le dieu tatoué de fougère mâle… Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu’il te soit dans la nuit chaude fraîcheur d’amande et saveur d’aube, et connaissance première du fruit sur la rive étrangère.

« J’ai rêvé, l’autre soir, d’îles plus vertes que le songe… Et les navigateurs descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées, de grandes filles extasiées qu’elle couche en larmes dans leurs pagnes et dans leurs tresses dénouées.

« Et ce sont là figuration du songe. Mais toi l’homme au front droit, couché dans la réalité du songe, tu bois à même la bouche ronde, et sais son revêtement punique : chair de grenade, et cœur d’oponce, figue d’Afrique et fruit d’Asie… Fruits de la femme, ô mon amour, sont plus que fruits de mer : de moi non peinte ni parée, reçois les arrhes de l’Eté de mer… »

2 –

« … Au cœur de l’homme, solitude. Etrange l’homme, sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre…

« Et toi plus chaste d’être plus nue, de tes seules mains vêtue, tu n’es point Vierge des grands fonds, Victoire de bronze ou de pierre blanche que l’on ramène, avec l’amphore, dans les grands mailles chargées d’algues des tâcherons de mer ; mais chair de femme à mon visage, chaleur de femme sous mon flair, et femme qu’éclaire son arôme comme la flamme de feu rose entre les doigts mi-joints.

« Et comme le sel est dans le blé, la mer en toi dans son principe, la chose en toi qui fut de mer, t’a fait ce goût de femme heureuse et qu’on approche… Et ton visage est renversé, ta bouche est fruit à consommer, à fond de barque, dans la nuit. Libre mon souffle sur ta gorge, et la montée, de toutes parts, des nappes du désir, comme aux marées de lune proche, lorsque la terre femelle s’ouvre à la mer salace et souple, ornée de bulles, jusqu’en ses mares, ses maremmes, et la mer haute dans l’herbage fait son bruit de noria, la nuit est pleine d’éclosions…

« Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !…

« Etroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eut cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.

« Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !

« Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour. »

Saint John Perse Amers

 

Présentation de l'éditeur : Chez Gallimard

D'autres avis : Télérama

 

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L'amie prodigieuse tome 3 Celle qui fuit et celle qui reste d'Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Cette subordination, je sentis que je n'arriverais jamais à m'en libérer et cela me parut insupportable. Je désirai- et je ne réussis pas à tenir ce désir en respect-que le cardiologue se fût trompé, qu'Armando eût eu raison , qu'elle fût vraiment malade et qu'elle mourût."

Le troisième tome de L'amie prodigieuse recouvre "l'époque intermédiaire" : les deux amies sont toutes les deux mariées avec des enfants et l'une comme l'autre se heurte aux difficultés pour mener de front vie de famille, vie de couple, et vie professionnelle. Si Elena pensait encore une fois supplanter Lila sur ce plan, elle s'aperçoit rapidement que le statut de mère n'est guère l'enchantement de chaque instant qu'elle imaginait... La concurrence intrinsèque à leur relation continue, même à distance, puisque Lila est restée dans son quartier et Elena "a fui". 

Elena fréquente l'élite intellectuelle quand Lila est ouvrière dans une usine. Les contrastes s'affirment, avec toujours une Lenu frôlant le conformisme face à Lila passionnée et vraie, à l'intelligence affinée.

Le contexte historique et social de cette fin des années 60 est marquée par les combats. L'engagement des uns ou des autres peut couter cher quand le fascisme se tapit dans l'ombre. Mais c'est aussi le prix à payer pour sortir l'Italie de ses années de plomb...

"Ce qu'il fallait faire, c'était s'en aller. Partir définitivement, loin de la vie que nous avions connue depuis notre naissance. S'installer dans un lieu bien organisé où tout était vraiment possible. Et en effet, j'avais décampé. Mais seulement pour découvrir, dans les décennies suivantes, que je m'étais trompée, et qu'en réalité nous étions prises dans une chaîne dont les anneaux étaient de plus en plus grands : le quartier renvoyait à la ville, la ville à l'Italie, l'Italie à l'Europe, et l'Europe à toute la planète. Et aujourd'hui, c'est ainsi que je vois les choses: ce n'est pas notre quartier qui est malade, ce n'est pas Naples, c'est le globe tout entier, c'est l'univers, ce sont les univers! Le seul talent consiste à cacher et à se cacher le véritable état des choses. "

Une saga au succès et à la qualité indéniable et qui fera prochainement l'objet d'une adaptation sur le petit écran, dans une coproduction entre Fremantle Media's Wildside et Fandango Productions. Chacun des quatre livres de la saga sera décliné en huit épisodes, dont les droits de diffusion ont été acquis, en France, par le groupe Canal +. Les deux femmes seront incarnées par des actrices italiennes, détaille la production, qui précise également qu'Elena Ferrante a participé à l'écriture de l'adaptation.

Le quatrième tome L'enfant perdue devrait paraître quant à lui à l'automne, il est déjà publié en Italie et aux Etats-Unis... Vivement !

 

Vous aimerez aussi : Le tome 1 ; le tome 2

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Télérama

 

L'amie prodigieuse tome 3 Celle qui fuit et celle qui reste, Elena Ferrante, Gallimard, janvier 2017, traduit de l'italien par Elsa Damien, 23 euros

 

Publié dans Littérature Europe

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Gravesend de William BOYLE

Publié le par Hélène

A Gravesend, quartier pauvre italien de Brooklyn, Conway attend la sortie de prison de Ray Boy, l'homme qui a tué son jeune frère seize ans plus tôt. Il est bien décidé à rendre justice en tuant froidement Ray Boy. Mais les choses ne se passent exactement comme prévu...

Parallèlement, la belle Alessandra revient sur les lieux de son enfance, dans ce quartier pauvre, retrouvant Stéphanie, qui, elle, n'a jamais quitté sa maison d'enfance. Eugène, neveu de Ray Boy, rêve lui de devenir un chef de bande comme son oncle.

Le destin de ces personnages va s'entrecroiser pour un final explosif !

Ce millième numéro de la collection Rivages Noir est davantage un roman d'ambiance qu'un roman tenant par un suspens haletant. La tension monte crescendo, cristallisée par la frustration des personnages qui n'ont pas pu ou su s'extraire de ce quartier qui leur colle à la peau. Même les jeunes restent parce que leur avenir est déjà tronqué, amputé par un contexte social sombre. Les uns et les autres doivent s'occuper de parents ou malades ou fous, désespérément isolés, des êtres rivés à leur maison et qui ne peuvent s'assumer seuls. Pour certains, le poids de cette parenté se fait lourd...

Ce que j'ai moins aimé : L'intrigue n'est pas condensée, elle part vers différents personnages.

Bilan : Une lecture pas désagréable mais pas non plus inoubliable...
 

Présentation de l'éditeur : Rivages noir

 

Pour le lire durant le mois de février, c'est ICI : https://e-livre.sncf.com/page/prix-polar-2017

Sélection Prix SNCF du Polar

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Courts métrages sélectionnés pour le Prix SNCF DU POLAR

Publié le par Hélène

Du 3 au 11 février, se déroule le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand. La SNCF est partenaire de ce festival, et met en place cette année pour la première fois, un évènement en ligne pour permettre à tous les amateurs de films et de polar de vivre le Festival du Court Métrage de Clermont-Ferrand partout en France ! 


À partir du 8 février 00h00 et jusqu’au 12 février, les 8 courts métrages sélectionnés pour le Prix SNCF DU POLAR sont visibles en ligne gratuitement.


À l’issue de leur séance, les internautes peuvent voter pour leur court métrage préféré qui sera peut être désigné au printemps PRIX SNCF DU POLAR 2017 dans la catégorie Court Métrage.

Pour voir les courts métrages cliquer ici

 

Voici ma brève présentation des courts-métrages, par ordre de préférence : 

Hasta que la celda nos separe / Jusqu'à ce que la prison nous sépare De MARIANA & JOSERRO EMMANUELLI

Deux cambrioleurs pourchassés décident de se marier. Pour ce faire, ils enlèvent le prêtre, les témoins, la demoiselle d'honneur et même ceux qui font office de pères. Puis la police sonne à la porte...

Un magnifique travail sur la lumière, à l'image de l'amour des deux protagonistes prêts à tout pour s'unir avant la prison ou la mort. Leur union illumine ce court-métrage non dénué d'humour. Une belle réussite !

 

Over. Au-dessus de nos têtes De JÖRN THRELFALL

Over présente une scène de crime. Au cours de 9 plans larges, nous observons le déroulement d'une histoire intrigante, racontée à rebours.Que s'est-il passé dans cette discrète rue pavillonnaire ? Un meurtre ? Un délit de fuite ? Un accident ? La réalité est tragique et tout-à-fait inattendue.

La construction est très originale puisque elle fonctionne à rebours, on remonte le temps, ce qui permet d'accentuer l'opposition entre ce cadavre et la tranquillité du quartier. L'incongruité du corps apparait d'autant plus que les plans rappellent combien ce quartier d'Heathrow est dépourvu de danger. La chute est remarquable dans tous les sens du terme...

 

Un petit côté drive De YOANN LUIS

Un père tourmenté accompagne son fils en voiture. Ce dernier va profiter du trajet pour lui annoncer une nouvelle importante…

Une mise en scène très esthétique avec des plans magnifiques qui offre une réflexion sur la tolérance et l'acceptation. Assez glaçant !

 

Simon Parker De YOUNG MIN KIM

Un homme rentre chez lui où l'attend une avalanche de messages vocaux laissés par son ami. Tous évoquent la disparition de sa petite amie.

Un court métrage très froid, à l'image de son personnage principal qui reste de marbre alors que les messages affolés du répondeur s'enchainent à une vitesse vertigineuse. La tension dramatique monte crescendo, pour une fin glaciale !

 

The man from the council / Le syndic De BARNABY SOUTHCOMBE

Un tueur à gage voit sa journée, déjà mal commencée, empirer. Tous ses principes sont mis à l'épreuve par un gamin de 10 ans, une femme au foyer peu coopérative et un voisin indiscret.

Beaucoup d'humour dans ce court, avec ce personnage atypique aux principes fondamentalement humains... Une belle réflexion aussi sur la violence allant crescendo.

 

Premier jour De YOHANN CHARRIN

Safia, jeune policière de 25 ans, réalise son rêve et intègre le prestigieux  36 quai des Orfèvres après 5 années de service à Clichy-sous-Bois. Elle se retrouve confrontée, dès son premier jour, à un dangereux criminel qui met sa droiture à rude épreuve.

Des plans serrés pour un huis clos somme toute assez étonnant, même si je n'ai pas été sensible à l'humour des collègues de Safia, ni au jeu de l'actrice.

 

Hit De DANIEL & JARED DAP

Shane, 24 ans, est recruté par un ami pour cambrioler une usine située dans le voisinage. Rien ne se passe comme prévu.

De hasards en mauvais choix, comment la vie peut voler rapidement en fumée...
 

The Fly la mouche De OLLY WILLIAMS

Au cours d’un braquage, un chauffeur attend dans sa voiture le retour de ses complices pendant 3 minutes insoutenables et dévastatrices. Son boulot, c'est de rester concentré, mais un ennemi implacable va l'attaquer : une mouche  !

Un court-métrage mettant en scène un homme sur les nerfs, rapidement violent tant ses nerfs sont mis à vif par la perversité de son ennemi. L'humour est gâché à mes yeux par la violence des détails...

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Pour Primo Levi de Mario RIGONI STERN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce court recueil rassemble trois petites nouvelles en honneur de Primo Levi et d'un autre ami cher à l'auteur : Nuto Revelli. Ils sont trois garçons d'une vingtaine d'année en 1939 avec de nombreux points communs : l'expérience de la guerre, les camps pour Primo Levi et Rigoni Stern, la libération et les pérégrinations multiples avant le retour au pays. Tous trois éprouvent aussi une attirance magique pour la montagne. Mais surtout, tous trois ont choisi de témoigner, parce que l'écriture s'est imposée à eux comme une nécessité.

Pour eux écrire signifie continuer à résister "en s'acharnant pourtant à préserver, jusqu'à la limite de ses forces, l'étincelle sans cesse remise en cause d'une incertaine espérance." (Post-face de François Maspero)

Leur témoignage résonne dans l'âme du lecteur :

"Dans la présentation de l'édition scolaire, Primo écrit : "Je serais heureux si je sais que ne serait-ce qu'un seul de mes nouveaux lecteurs a compris combien il est dangereux, le chemin qui part du fanatisme nationaliste et de l'abdication de la raison." p. 24

Les nouvelles insistent sur la force de l'amitié reliant les hommes, la solidarité, l'amour du prochain qui sauve l'âme. Les pages de Mario Rigoni Stern rendent magnifiquement hommage à ses amis de coeur, sa ferveur leur redonne vie...

Ce que j'ai moins aimé : J'avais eu ce livre en cadeau, "pour célébrer le dixième anniversaire de La Fosse aux Ours, ce livre nous été gracieusement offert pour l'achat de deux livres Fosse aux ours". Aujourd'hui il est en vente 8 euros, ce que je trouve excessif pour un petit livre qui fait 49 pages, 59 si on compte la postface !

 

Du même auteur : Les saisons de Giacomo ; Hommes, bois, abeilles 

De Primo Levi : Si c'est un homme ; La Trêve

De Benvenuto Revelli : Le monde des vaincus ; Le disparu de Marburg

 

Pour Primo Levi, Mario Rigoni Stern, Traduction et postface de François Maspero, La fosse aux ours, 2012, 8 euros

Un mois un éditeur : La Fosse aux ours

 

 

 

La bonne Nouvelle du lundi chez Martine

Publié dans Littérature Europe

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Eugène Onéguine de Alexandre POUCHKINE

Publié le par Hélène

Ce roman-poème atypique écrit en vers raconte le destin de Eugène Onéguine personnage assez glacé, doté d'un spleen quasi baudelairien. Rien ne le satisfait, il erre loin de toute passion. La jeune Tatiana tombe sous son charme mais Eugène, le coeur glacé, la rejette. Il se lie avec un jeune voisin Lenski, jeune homme exalté et romantique. Mais un drame vient entacher leur relation.

"Par quel hasard être venu ?

Dans mon désert, dans mon silence,

Je ne vous aurais pas connu,

J'aurais pu vivre sans souffrance,

Le feu d'un coeur sans expérience,

Avec le temps, se serait tu,

Quelqu'un aurait compris mon âme,

Je serais devenue sa femme,

Mère et modèle de vertu."

Plusieurs années plus tard, Eugène recroise Tatiana, mariée, et les regrets s'invitent en son coeur... Mais Tatiana est douée d'une dignité toute aristocratique qui récuse l'adultère.

Roman d'un amour impossible, l'intrigue d'Eugène Onéguine reprend les thèmes des rendez vous manqués, de l'amour qui passe trop tôt ou trop tard... Les commentaires ironiques de l'auteur-narrateur qui juge les actions de ses personnages, mais évoque aussi les questions de langue et de style, apportent une certaine légèreté à cette oeuvre.

"Placé du côté de la légèreté, du sourire,le roman de Pouchkine est unique dans la littérature russe : il n'apprend pas à vivre, ne dénonce pas, n'accuse pas, n'appelle pas à la révolte, n'impose pas un point de vue, comme le font, chacun à leur façon, Dostoïevski, Tolstoï, ou, plus près de nous, Soljénitsyne et tant d'autres, Tchekhov excepté. Il nous appelle à vivre, dans notre propre langue, dans une espèce d'anonymat joyeux de la mémoire qui nous ramène, nous aussi, à la légèreté de notre absence." André Markowicz traducteur

Ce que j'ai moins aimé : La traduction ne peut que rendre difficilement hommage à une telle oeuvre. Je n'ai pas été sensible à la poésie du style. De plus, les références littéraires (à Byron et aux romantiques notamment) me sont restées étrangères.

L'âme slave ne m'habite pas, je suis restée fermée à toute éclosion de sentiments en moi à cette lecture.

Bilan :  Pour Nabokov, Eugène Onéguine est «une des œuvres les plus brillantes jamais composées, un classique international aussi grand que Hamlet, ou Moby Dick».

A vous de juger...

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

D'autres avis : Moka  ; Madame Lit ; L'or des livres

 

Lu dans le cadre du week-end russe organisé par Cryssilda en marge du Festival "Journées du livre Russe et des littératures russophones" qui se tient à Paris ce week-end. 

 

Publié dans Littérature Europe

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