Petit Pierrot tome 3 Des étoiles plein les yeux de Alberto VARANDA

Publié le par Hélène

                                                                                                                                                           

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Petit Pierrot est un rêveur impénitent. Il a pour ami un petit escargot et ensemble, ils philosophent sur la vie, en observant Madame La Lune, si attirante car inaccessible.

Pierrot a rencontré une petite Emilie qui est devenue son amoureuse. Ils se promènent dans des tableaux de Monet, s'interrogent et partagent un même univers peuplé d'étranges animaux.

Et quand Petit Pierrot se retrouve devant une porte fermée, il préfère ne pas l'ouvrir car "une porte fermée est une porte ouverte sur l'imaginaire", et petit Pierrot conserve jalousement son âme d'enfant plongée dans la Lune, et est peu enclin à rejoindre le monde lucide des adultes qui ouvrent les portes et savent tout...

Cette fois-ci ALberto Varanda a inclus quelques pages du dico de Petit Pierrot.

                         

Un album original, hymne à l'enfance et aux univers riches et enchantés des enfants. A découvrir !

Infos sur la BD :

Blog de Alberto Varanda

Blog de Petit Pierrot

D'autres avis :

Chez Yaneck 

 

Petit Pierrot tome 3 Des étoiles plein les yeux, Alberto Varanda, Editions Soleil,  juin 2014, 17.95 euros

 

La vengeance du wombat et autres histoires du bush de Kenneth COOK

Publié le par Hélène

 

♥ ♥ ♥

"Puis un crocodile chargea..."

Ce que j'ai aimé :

Les anecdotes du narrateur, un écrivain flasque et faible, sont toujours hilarantes, qu'il se fasse attaquer par un wombat en colère et ensevelir dans une tombe, qui'il tente d'aider un kangourou pris dans une clôture de fils de fer, ou un quokka qu'il a malencontreusement empoisonné au gorgonzola. Il se retrouve dans des situations improbables pour le plus grand plaisir de ses lecteurs.

"Si l'on se méfie des situations étranges et qu'on les esquive soigneusement, on peut généralement éviter les ennuis. Ma grande expérience m'a enseigné que, confronté à une situation ou à une personne insolites, je devais tout abandonner et partir en courant. Malheureusement, ce n'est pas toujours possible."

Et c'est ainsi qu'il se retrouve relié avec sa voiture à un crocodile bien décidé à n'en faire qu'à sa tête, ou à bord d'un bateau tiré par un requin affamé. Il écoute les histoires toutes aussi rocambolesques des uns et des autres et suit de près les paris improbables qui voient le jour dans ces régions du monde pour qui capturer un buffle ou un serpent vénimeux est un jeu d'enfant. 

"C'est comme ça en Australie du Nord. Un maniaque vient vendre une caisse de grenades dans un bar et personne ne sourcille ; le mot "pari" est lâché et tout le monde est captivé."

Ce que j'ai moins aimé :

Le premier tome m'avait semblé plus drôle. QUoi qu'il en soit je ne pense pas qu'il soit nécessaire de lire les deux. Les anecdotes sont un peu répétitives au fil de la lecture...

Premières phrases :

"Un paisible cimetière chinois borde la route de Tumut à Jindabyne, dans une région aurifère au pied des monts enneigés du sud de la Nouvelle-Galles du Sud. Les chercheurs d'or chinois y ont enseveli leurs morts il y a plus d'un siècle, et aujourd'hui seules des tombes bancales et rongées subsistent, surmontant les vieux ossements de ces Asiatiques oubliés. Au clair de lune comme à l'aurore, l'endroit est serein, charmant, parfait pour le repos et la méditation.

Ne vous en approchez jamais.

Il est truffé de wombats redoutables."

Infos sur le livre :

Autrement

 Le livre de poche

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le koala tueur

Autre : Ma famille et autres animaux de Gérald DURELL

 

La vengeance du wombat et autres histoires du bush, Kenneth COOK, traduit de l'anglais Australie) par Mirelle Vignol, le livre de poche, janvier 2012, 6.10 euros

Thérèse Raquin de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

                                        

♥ ♥ ♥

"Les gens meurent quelquefois, murmura-t-elle enfin. Seulement c'est dangereux pour ceux qui survivent." 

L'auteur :

Sur le site de la BNF http://expositions.bnf.fr/zola/

L'histoire :

Par la volonté de sa tante, Thérèse épouse son cousin, homme médiocre et maladif. Bientôt, elle ne supporte plus sa vie de cloîtrée, ni cette ruelle noire du Pont-Neuf ou Madame Raquin a installé sa mercerie. Toute sa sensualité refoulée va alors s'éveiller au contact de Laurent, peintre raté dont elle devient la maîtresse.

Mon avis :

A travers le portrait de Thérèse et Laurent, Zola présente la peinture d'êtres gouvernés par la passion, par le physique guidés par "les fatalités de leur chair." "J'ai cherché à suivre pas à pas dans ces brutes le travail sourd des passions, les poussées de l'instinct, les détraquements cérébraux survenus à la suite d'une crise nerveuse." (Préface) L'attirance qui réunit Thérèse et Laurent est pure attraction physique, chimique qui les mène vers leur fin. Les chapitres brefs et le rythme régulier entraîne inéluctablement personnages et lecteurs vers un destin tragique. Tout concourt pour provoquer la fin du couple maudit, les éléments s'imbriquent un à un et ils ne trouveront plus le repos. Egoïstes et médiocres, les personnages n'ont aucun échapatoire face à leur nature tourmentée.

Cette histoire d'adultère pimentée par un meurtre crée des effets de suspense et de dramatisation qui ravissent le lecteur.

Il s'agit d'un des chefs d'oeuvre qui a inauguré le naturalisme en France. Dans sa préface de la deuxième édition, Zola dit vouloir "étudier des tempéraments et non des caractères" dans un "but scientifique" : "chaque cas est l'étude d'un cas curieux de physiologie. En un mot, je n'ai eu qu'un désir : étant donné un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bête, ne voir même que la bête, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces êtres." Lorsque paraît le roman, une controverse éclate entre les partisans de la morale, et ceux du réalisme qui recherchent la vérité, et qui pensent que la morale est dans cette recherche du réel et du vrai. "Un livre contesté est un livre remarqué" soulignera Taine, critique de l'époque, et le succés que connaîtra le réalisme lui donnera raison...

adaptation de Marcel Carné en 1953

Premières phrases :

"Au bout de la rue Guénégaud, lorsqu'on vient des quais, on trouve le passage du Pont Neuf, une sorte de corridor étroit et sombre qui va de la rue Mazarine à la rue de Seine. Ce passage  atrente pas de long et deux de large, au plus ; il est pavé de dalles jaunâtres, usées, descellées, suant toujorus une humidité âcre ; le vitrage qui le couvre, coupé à angle droit, est noir de crasse." 

Vous aimerez aussi :

Les nouvelles de Maupassant

D'autres avis : 

Claudia Lucia 

 

Voyage au pays des arbres de JMG LE CLEZIO

Publié le par Hélène

                                          

♥ ♥ ♥ ♥ 

"Les arbres ne sont pas immobiles"

 

Mon avis :

Un petit garçon s'ennuie et rêve de voyager. Il part alors se promener dans la forêt. Tout un monde s'ouvre alors à lui, il observe les arbres, les voit bouger, et même parler ! Il découvre la particularités de chaque arbre  : le chêne qui est sérieux, bouleau qui ne pense qu'à s'amuser, le vieil érable qui raconte son histoire, les sapins taciturnes... 

Il les écoute parler de "la pluie et du beau temps, des orages, de dernières nouvelles qui viennent de l'autre bout de la forêt."

Rejoignant leur monde onirique, il danse une folle farandole à leurs côtés, rompant ainsi sa solitude et son ennui.

Voyage au pays des arbres de JMG LE CLEZIO

A la fin de la journée, les arbres veillent sur l'enfant qui s'endort, heureux de sa journée.

Ce court roman destiné au 8-10 ans est une invitation à la rêverie née de l'ennui. Il prouve combien il est important pour l'enfant de s'ennuyer pour ouvrir son imagination au monde qui l'entoure :  le petit garçon comprend ainsi qu'il n'est pas nécessaire d'avoir des ailes ou des nageoires pour voyager...

 Les illustrations fines sont en harmonie avec le thème, sous la plume de Henri Galeron les arbres prennent vie.

Un beau voyage au coeur de la forêt...

Présentation de l'éditeur :

Gallimard

Vous aimerez aussi : 

GIONO L'homme qui plantait des arbres

 

 Voyage au pays des arbres, JMG LE CLEZIO, illustré par Henri Galeron, Gallimard, Folio cadet, première parution en 1978, 6 euros

 

Le livre d'un été de Tove JANSSON

Publié le par Hélène

                                        

♥ ♥ ♥ 

Ce que j'ai aimé :

 Le temps d'un été, la jeune Sophie partage quelques mois avec son père et sa grand mère fantasque sur une petite île, loin de tout, en suspens entre deux mondes, deux périodes floues qui l'ont laissées orpheline. Complices, la grand-mère et sa petite fille arpentent l'île, écoutent les hareldes, les oiseaux peuplant le lieu, sculptent des animaux avec des branches et des morceaux de bois, fabriquent des palais en allumettes, et discutent de Dieu, de respect d'autrui, de la vie qui palpite à leurs côtés.

Elles se fondent dans le paysage de cet été, en harmonie avec le lieu et ses habitants.

"Elle ressemblait à un énorme bécasseau quand elle se promenait, ella vançait lentement sur ses jambes raides, s'arrêtait souvent, tournait la tête à doite et à gauche, et examinait tout avant de continuer." 

La grand-mère est à l'orée entre la vie et la mort, et peu à peu elle rend hommage à cette vie qui palpite encore en elle, elle prend soin du monde et des personnes qui l'entourent, allant même jusqu'à faire le tour de l'île pour arroser ses plantes préférées quand le temps est à la sécheresse.  S'il lui arrive de perdre son dentier dans les pivoines, et de se disputer avec Sophie, elle est néanmoins celle qui éclaire l'île de sa présence révélatrice. 

"La grand-mère gravit le rocher tout en réfléchissant sur les oiseaux en général. Il lui semblait qu'aucun autre animal ne possédait leur pouvoir de dramatiser et de parfaire un évènement -les changements de temps et de saison, les multiples états d'âme que traversent les individus."

Ce court roman est une véritable hymne à "la beauté du paysage final de notre vieillesse dans un été qui s'achève ! Le silence se fait autour de nous, chacun part de son côté, et cependant nous nous retrouvons tous devant la mer, dans la paix du soir au coucher du soleil." 

Il évoque magnifiquement le bonheur qui s'immisce dans les interstices du temps et de la vie.

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, j'en redemande !

Premières phrases :

"C'était en juillet, un matin de bonne heure, il faisait très chaud et il avait plu pendant la nuit. La roche nue fumait, mais la mousse et les crevasses baignaient d'humidité et les couleurs étaient plus intenses."

Infos sur le livre :

Le livre de poche

 

Le livre d'un été, Tove Jansson, traduit du suédois par Jeanne Gauffin, Le livre de poche, 1978, 5.60 euros

La clandestine du voyage de Bougainville de Michèle KAHN

Publié le par Hélène

                                  

♥ ♥ ♥

"Ainsi vécut la femme aimante et sage qui se voulait libre d'accompagner l'homme aimé jusqu'au bout du monde."

Ce que j'ai aimé :

Michèle Kahn retrace le destin atypique de Jeanne Barret, première femme à faire le tour du monde. Quand son compagnon le botaniste Philibert Commerson rejoint l'expédition de Bougainville en 1766, ils décident tous deux que Jeanne fera partie également de l'aventure, déguisée en garçon censé être le valet de Commerson. Commence alors une folle aventure sur les mers du monde à bord de l'Etoile. La traversée sera longue ponctuée par les maladies, le scorbut, le chanvre, par les tempêtes, la peur d'être découverte, les douleurs, la souffrance de ne pouvoir vivre son amour au grand jour... Néanmoins Jeanne tient bon, s'efforçant de mettre ses dons d'herboriste au service de l'expédition, soignant les uns, aidant les autres. Elle a conscience de vivre une expérience unique :

"A l'âge où ses parents ont disparu, elle s'apprête à vivre une expérience que bien peu d'êtres ont connue. Nulle femme, en tout cas. Malgré les conditions ardues - la plus dure est de devoir masquer son amour pour Philibert-, et l'épreuve traversée ces derniers jours, elle ne regrette pas d'avoir désiré comprendre l'envie des hommes d'aller si loin dans le monde. La vie concédée aux femmes est si étriquée, si mesquine, en comparaison."

Puis vient la rencontre avec les sauvages, les échanges, heureux ou malheureux, qui poussent quelquefois Jeanne à se demander qui sont réellement les sauvages en ce bas-monde : "Les gens de chez nous sont plus cruels que les Sauvages."

                                   

Tahitiens présentant des fruits à Bougainville, 1768

Elle cotoiera à bord Ahutoru, le jeune tahitien volontaire décidé à découvrir Paris. L'auteur se concentre sur le voyage, balayant rapidement la fin de sa vie après son retour à terre.

L'hsitoire vraie de cette jeune femme téméraire est passionnant, mettant en scène des personnages historiques qui apportent densité et intelligence au récit. Un beau destin de femme !

"Au cours du voyage, Commerson lui dédie un arbuste de la famille des Meliaceae, Baretia bonnafidia. Néanmoins, l'espèce changera, par la suite, de nom pour devenir Turraea floribunda, synonyme de Turraea heterophylla7. Il faudra attendre plus de 200 ans pour qu'un nouveau taxon commémore le nom de Jeanne Barret : en 2012, une nouvelle espèce de Solanaceae découverte en Amérique du Sud est nommée Solanum baretiae en son honneur." (source : wikipédia)

                              Ce que j'ai moins aimé :

- Quelque longueurs durant la traversée, ponctuée d'évènements assez répétitifs, alors que l'après-voyage est mentionné très rapidement, en quelques pages.

- Les personnages manquent un peu de profondeur.

Premières phrases :

"La brise tournait du nord-est à l'ouest. Au-dessus de la rade semblable à un lac immense, une vapeur légère tamisait le bleu du ciel. L'air résonnait du roulement des charrettes, du piaffement des chevaux, de cris et d'appels en tous sens."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Shanghaï la juive

Autre : La bougainvillée de Fanny DESCHAMPS

 

La clandestine du voyage de Bougainville, Michèle KAHN, Le passage, 2014, 19 euros

Indian Roads de David TREUER

Publié le par Hélène

                             

♥  ♥ ♥

"Comprendre les Indiens d'Amérique, c'est comprendre l'Amérique."

Ce que j'ai aimé :

David Treuer a grandi sur une réserve au nord du Minnesota et c'est donc de l'intérieur qu'il nous livre son expérience. Mais il reste dans la mesure et adopte les points de vue alternativement des indiens et des blancs de façon à mettre à jour les logiques et origines de la difficile cohabitation. 

"Les opinions sont présentées comme des opinions, et les faits comme des faits. Lorsque la frontière entre les deux devenait floue, je me suis efforcé de faire la part des choses au mieux."

"Comme les réserves elles-mêmes; ce livre est hybride. Il contient des éléments journalistiques, historiques et autobiographiques.  A ce titre, il se veut plus évocateur qu'exhaustif. Son but est de saisir une part d'histoire et une part de vérité que la vie des réserves - phénomène multiple et non unique; qui dépend de l'angle de vue et des personnes auxquelles on parle."

Ainsi David Treuer entremêle ses propres souvenirs à des données historiques, à des expériences précises, des situations concrètes qui permettent de comprendre les enjeux. Son analyse est éclairée, intelligente. Les idées reçues volent en éclat.  

Il aborde des sujets variés comme le fonctionnement du gouvernement tribal, les réticences et méfiances des nombreux indiens face au gouvernement américain, la violence qu'elle soit due à la drogue ou pas. Mais il s'attache surtout à ce qui fonde l'identité des indiens, le lien parents/enfants indiens et la recherche de ce que sigbifie une appartenir à une culture. En effet, les cultures indiennes se meurent malgré l'accroissement démographique des indiens, preuve en est dans la disparition des langues : 

"La mort culturelle est une chose grave, car si la culture meurt nous aurons raté l'occasion non seulement de vivre selon les termes que nous avons choisi (et nos ancêtres se sont battus longtemps, avec acharnement pour cela), mais aussi de vivre nos propres termes."

Il faut être un militant de la langue et comprendre que si l'assimilation a été forcée il y a nécessité de fonder son identité. 

"Si la langue meurt, nous perdrons quelque chose de personnel, un degré de compréhension qui, pour les locuteurs qui parlent couramment, relève de l'inconscient. Nous perdrons la perception que nous avons de nous-mêmes et de notre culture."

"Quand des cultures disparaissent, nous perdons avec elles la pluralité de l'Amérique, le délicieux malaise productif qu'apporte une authentique conscience."

David Treuer présente un livre intelligent qui cherche à démeler l'écheveau des rivalités, la logique des conflits, sans s'arrêter aux préjugés, il expose globalement la situation, les tenants, les aboutissants et éclaire ainsi cette histoire indienne d'un oeil neuf et spirituel. Parce que "Comprendre les Indiens d'Amérique, c'est comprendre l'Amérique."

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Dans le nord du Minnesota, non loin des sources du Mississippi, vous verrez peut-être un panneau. Lorsqu'on passe en voiture, il est facile de le rater : l'été, le feuillage de arbres le long des champs et l'herbe des fossé en bordure de route menacent de l'engloutir ; en hiver, quand la neige a été déblayée, qu'elle comblre les fossés, le panneau se fond si bien dans le décor qu'on ne le voit plus du tout. Vu ou pas, on y lit ces mots : "BIENVENUE SUR LA RESERVE INDIENNE DE LEECH LAKE? TERRE DE LA BANDE DES OJIBWES DE LEECH LAKE. MERCI DE RESPECTER NOTRE ENVIRONNEMENT, DE PROTEGER NOS RESSOURCES NATURELLES, PAS BESOIN DE PERMIS POUR CHASSER, PECHER OU POSER DES PIEGES;"

Informations sur le livre :

Chez Albin Michel

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Little

Autre : La terre pleurera de James WILSON

D'autres avis :

France Inter ; Télérama

 

Indian Roads, Un voyage dans l'Amérique indienne, David Treuer, traduit de l'américain par Danièle Laruelle, Albin Michel, 2014, 419 p., 24 euros

 

Merci à l'éditeur

La fête de l'insignifiance de Milan KUNDERA

Publié le par Hélène

                           

♥ ♥ ♥

"L'insignifiance, mon ami, c'est l'essence de l'existence."

Ce que j'ai aimé :

"La peur de l'insignifiance nous rend fous" titrait un autre auteur récemment dans un essai qui s'interrogeait sur la place de l'individu dans notre société contemporaine. Ces interrogations se retrouvent dans le dernier roman de Kundera. A travers les déambulations parisiennes de quatre personnages, Alain, Ramon, Charles et Caliban, il lance des pistes de réflexion qui permettent au lecteur, dans la droite lignée de Socrate et de sa maïeutique, d'accoucher d'idées liées à son temps. Il ne nous raconte pas d'histoire à proprement parler mais offre des discussions, divagations, anecdotes, réflexions philosphiques qui donnent du corps à une philosophie de vie centrée sur la bonne humeur. 

"Nous avons compris depuis longtemps qu'il n'était plus possible de renverser ce monde, ni de le remodeler, ni d'arrêter sa malheureuse course en avant. Il n'y avait qu'une seule résistance possible : ne pas le prendre au sérieux."

L'armée des excusards  est en effet en place dans un monde centré sur le thème de la culpabilité : culpabilité de vivre pour un enfant non voulu, culpabilité de mentir pour se sentir plus vivant, pour ne pas être insignifiant "Se sentir ou ne pas se sentir coupable. Je pense que tout est là." Mais justement, pourquoi ne pas être insignifiant, pourquoi ne pas prôner "l'inutilité d'être brillant. Plus que l'inutilité. La nocivité." Pourquoi ne pas souhaiter une vie légère, sans trop se prendre au sérieux, une vie limpide, plongée dans la bonne humeur ?

"C'est seulement depuis les hauteurs de l'infinie bonne humeur que tu peux observer au-dessous de toi l'éternelle bêtise des hommes et en rire." 

"Respirez, D'Ardelo, mon ami, respirez cette insignifiance qui nous entoure, elle est la clé de la sagesse, elle est la clé de la bonne humeur..."

Les personnages observent celles et ceux qui les entourent et derrière la pseudo futilité de leurs déambulations, se cache un foisonnement philosophique enrichissant. La critique unanime a hissé ce court roman dans les meilleures ventes, aux côtés de Musso et Pancol ! Son universalité et son intelligence ravissent le lecteur loin des sentiers battus et l'élèvent vers des sphères aériennes... Osez l'insignifiance !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"C'était le mois de juin, le soleil du matin sortait des nuages et Alain passait lentement par une rue parisienne. Il observait les juenes filles qui, toutes, montraient leur nombril dénudé entre le pantalon ceinturé très bas et le tee-shirt coupé très court. Il était captivé ; captivé et même troublé  comme si leur pouvoir de séduction ne se concentrait plus dans leurs cuisses, ni dans leurs fesses, ni dans leurs seins, mais dans ce petit trou rond situé au milieu du corps." 

Infos sur le llivre :

Chez Gallimard

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La valse aux adieux 

D'autres avis :

TéléramaLireLe mondeLibération

JosteinLeiloona 

 

La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, Gallimard, mars 2014, 15.90 euros

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