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Chemins de Michèle LESBRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"La vie était ainsi, pleine de dangers, mais aussi de moments radieux qu'il fallait saluer comme tels."

La narratrice est entre deux maisons, errant dans un temps indéfini, entre passé et futur. Un homme lisant sous un reverbère la ramène des années en arrière vers son père, être insouciant à qui les aléas du couple ne convenait pas forcément. La jeune femme se souvient alors de loin en loin de scènes marquantes qui l'ont construite.

Elle se laisse porter par le rythme sporadique des souvenirs et avance doucettement dans cet espace temps vague, vivant au jour le jour. 

"J'ai soulevé le chien dans mes bras, il était lourd, chaud, je le serrais en enfouissant mon visage dans sa fourrure, dans cet état d'exaltation qui parfois me transporte au-dessus des mots que je ne trouve pas pour exprimer ces moments radieux où le corps exulte, où il n'est plus dans la retenue, l'apparence, où une joie secrète se déploie dans le silence. Il n'y a pas de mots pour ces instants-là." p. 94

Cette ouverture au présent lui permet de faire des rencontres lumineuses comme cet éclusier, rencontré puis quitté au matin, parce qu'il faut continuer à avancer sur ce chemin de halage, vers on ne sait quel futur. La quête est avant tout une quête personnelle, alliance subtile entre passé mélancolique et présent suspendu. La perte du passé n'est pas un malheur bien au contraire :

 "Je pensais  que les tas de pierre et de gravats, le bâtiment encore debout et tristement poussiéreux, faisaient partie de mes petites ruines intimes, de mes petites fins, de tout ce qui a été et qui n'est plus, comme dans toute vie. Il n'y avait aucune tristesse dans cette pensée, bien au contraire, c'était le sentiment d'éprouver tout le chemin parcouru depuis ces années où ces murs étaient mon univers. Leur disparition ne changeait rien. Je me sentais pleine de cette mémoire, de toutes ces longues années qui me ramenaient là." p. 128

Le rythme lancinant, indécis permet de vivre des interstices temporels dans lesquels se glissent subrepticement la lumière. La prose poétique rayonnante de l'auteur suit avec une délicatesse infinie les errances paisibles de la narratrice qui suit ses chemins, pas après pas. 

 

Présentation de l'éditeur : Sabine Wespieser

 

D'autres avis : TéléramaFrance Inter revue de presse 

SabineLeiloona 

 

Chemins, Michèle Lesbre, Sabine Wespieser éditeur, février 2015, 144 p., 16 euros

Lettres pour le monde sauvage de Wallace STEGNER

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Nous devons apprendre à écouter la terre, entendre ce qu'elle dit, comprendre ce qu'elle peut et ne peut pas faire à long terme." 

Dans ce recueil, Wallace Stegner, écrivain majeur de l'ouest américain, évoque son enfance nomade. Il a en effet vécu en divers endroits : à Whitemud au Saskatchewan, dans le village d'Eastend dans le Saskatchewan en passant par Great Falls dans le Montana, ou encore à Salt Lake City dans l'Utah. Difficile de trouver sa place quand son monde est tellement en mouvement permanent, en raison d'un père "aussi libre qu'un virevoltant dans une tempête". Malgré tout, il se définit comme un américain de l'Ouest "Je venais des contrées arides, et j'aimais l'endroit d'où je venais. J'étais habitué à une clarté sèche et à un air cristallin. Mes horizons, des étendues déchiquetées, bordaient le cercle géométrique du monde. J'étais habitué à voir au loin. J'étais habitué aux couleurs de la terre -brun, roux, blanc cassé -, et le vert infini de l'Iowa me heurtait. J'étais habitué à un soleil qui s'élevait au-dessus des montagnes et descendait derrière d'autres montagnes. Les couleurs et l'odeur de l'armoise me manquaient, tout comme la vue du sol nu." (Trouver sa place : une enfance de migrant)

S'il est émouvant quand il parle de son enfance (Lettre bien trop tard), ces souvenirs sont avant tout prétextes pour livrer une réflexion sur la nature et ses trésors, tellement délicats et éphémères qu'ils doivent absolument être protégés. Même s'il garde un souvenir ébloui par exemple d'une randonnée idyllique, il reste prêt à renoncer à ces visites au jardin d'Eden pour les préserver. Dans Au jardin d'Eden il parle de tempérance :

"Notre meilleure leçon, après environ cinq siècles de contact avec la vie sauvage en Amérique, est celle de la tempérance, la volonté de retenir notre main : visiter ces endroits pour le bien de nos âmes, mais ne pas laisser de traces." 

Plus loin, il est même plus radical : 

"Même quand je ne peux me rendre dans la nature, la pensée des déserts colorés du sud de l'Utah, ou le réconfort de savoir qu'il existe encore des étendues de prairie où le monde peut instantanément figurer un disque ou une cuvette, et où, l'être humain, petit mais intensément important, se trouve exposé qux cinq directions et aux trente-six vents, est une consolation positive. cette seule idée suffit à me rassasier. (...) Nous avons simplement besoin que ce pays sauvage nous soit accesible, même si nous ne faisons jamais rien d'autre que de rouler jusqu'à sa bordure pour en contempler l'intérieur. Car ce peut être un moyen de nous rassurer quant à notre santé mentale, un élément d'une géographie de l'espoir."  Coda : lettre pour le monde sauvage. 

@http://www.mccowans.com/

L'homme doit s'adapter à son environnement et non l'inverse. Ainsi un architecte capable de construire une maison dans le désert reste immoral pour l'auteur : 

"Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours , un paradigme - plus qu'un paradigme, une caricature - de notre présence dans l'Ouest au cours de ma vie. Au lieu de nous adapter, comme nous avions commencé à le faire, nous avons tenté de faire correspondre la terre et le climat à nos habitudes et à nos désirs. Au lieu d'écouter le silence, nous avons hurlé dans le vide. Nous avons fait de l'Ouest aride ce qu'il ne fut jamais censé être et ne peut demeurer, le Jardin du Monde et le foyer de millions de personnes. " (Frapper le rocher)

Le risque en agissant ainsi est de perdre notre humanité en perdant contact avec la terre naturelle. D'où la nécessité d'enseigner aux enfants l'amour de la planète par des "initiations au monde sauvage", des voyages dans des sanctuaires préservés, plus pertinents que le service militaire ! 

"Nous devons garder à l'esprit ce que sont ces précieux endroits : des terrains de jeu, des salles de classe, des laboratoires, certes, mais avant tout des sanctuaires dans lesquels nous pouvons apprendre le monde naturel, apprendre sur nous-mêmes, et nous réconcilier, au moins à moitié, avec ce que nous voyons." (Des bienfaits du monde sauvage)

Pour finir il chante les bienfaits du monde sauvage :

"On aimerait entendre Thoreau disserter sur la question de savoir combien de temps l'optimisme, la liberté, l'égalité, la foi dans le progrés et la perfectibilité, voire l'assouvissement de l'avidité des entreprises et des individus, peuvent survivre aux ressources qui en sont à l'origine. Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres ? (...) "Thoreau croyait que les forêts autour des Grands Lacs demeureraient sauvages pendant de nombreuses générations. Elles ont été décimées en quarante ans. A l'exception de rares survivantes, comme celle de la réserve Menominee, dans le Wisconsin, il n'existe plus aucune des magnifiques forêts d'antan dans le Midwest." (Des bienfaits du monde sauvage)

Un manifeste touchant et essentiel ! 

 

Présentation de l'éditeur Gallmeister 

D'autres avis : Keisha ; Folfarie 

 

Lettres pour le monde sauvage, Wallace Stegner, traduit de l'américain par Anatole Pons, Gallmeister, mai 2015, 187 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur

Déception et abandon du mois de juillet

Publié le par Hélène

 

Le facteur émotif de Denis THERIAULT

Bilodo est un facteur atypique : poussé par la curiosité, il aime lire les courriers qu'il achemine. Il est surtout friand des courriers de Ségolène qui échange des haïkus avec un certain Gaston Grandpré. Quand un coup du sort frappe Gaston, Bilodo voit là l'occasion de se rapprocher de sa belle...

L'intrigue est attrayante, originale, centrée sur la rédaction d'haïkus avec de nombreux détails techniques. Pour autant, dés le début de ma lecture j'ai eu l'impression que ce roman manquait d'âme. Le style m'a laissé en dehors et le destin du jeune Bilodo ne m'a pas passionnée. Beaucoup de pirouettes artificielles m'ont définitivement perdue en route...

Présentation de l'éditeur : Anne Carrière

D'autres avis : CathuluClara ;  Hélène ; Antigone ; Noukette 

 

Un cirque passe de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Jean le narrateur, jeune homme de 18 ans est interrogé par la police car son nom apparaît dans une enquête. Juste après lui, une jeune femme est également convoquée. Ce maigre lien intrigue le narrateur qui se lie avec la jeune femme. Autour d'eux, gravitent des êtres louches, fantasmagoriques. Le père du narrateur s'est enfui en Suisse pour une obscure raison, et son appartement est occupé par Grabey, un ami aux activités tout aussi nébuleuses. La jeune Gisèle cache des valises au contenu lourd chez Jean et elle fréquente des milieux interlopes. Chacun garde ses secrets tapis au fond de sa mémoire, ne distillant les informations que sporadiquement. Ainsi Jean évolue dans une atmosphère cotonneuse, trouble, en gardant en ligne de mire un ailleurs mythique, Rome, comme un échappatoire à une réalité désoeuvrée. 

Comme toujours chez Modiano, l'histoire est accessoire, l'atmosphère prend le pas dans ce roman datant de 1992. Les héros déambulent entre Paris et Boulogne, villes-personnages essentielles. La petite musique de Modiano se fait entendre au cours de cette lecture fluide et comme un air entêtant, elle ne vous quitte plus.

 

Lecture commune organisée par Ys pour Modiano qui fête aujourd'hui ses 70 ans 

 

Du même auteur :  L'herbe des nuits  ; L'horizon  ; Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier Dimanches d'août 

Présentation de l'éditeur Gallimard 

Deux étés de Erik ORSENNA

Publié le par Hélène

♥ 

Le grand conteur Erik Orsenna nous emmène sur l'île de Bréhat, son fief, pour nous livrer une histoire qu'il a lui-même vécue : dans les années 70 débarque sur l'île Gilles avec ses 47 chats. Traducteur, il suit son rythme de croisière pour traduire, sans être inquiété puisqu'il préfère les auteurs défunts. Il se laisse ainsi porter par le balancement de l'île, travaillant de moins en moins. Jusqu'au jour où il accepte de traduire Ada de Nabokov, et les exigences et les délais changent radicalement. Quatre ans plus tard Gilles n'a toujours rien envoyé et l'éditeur se fait de plus en plus pressant. Les îliens - dont l'auteur- lui propose leur aide et, durant deux étés, vont s'investir dans ce projet fou et devenir des corsaires : 

"Quel est le travail du corsaire ?

Quand un bateau étranger lui plaît, il l'arraisonne. Jette l'équipage à la mer et le remplace par des amis. Puis hisse les couleurs nationales au sommet du plus haut mât. Ainsi fait le traducteur. Il capture un livre, en change tout le langage et le baptise français." p. 26

Tous se heurtent alors aux limites inhérentes à la traduction : comment rendre perceptible les envolées lyriques d'un auteur, sa légèreté ?

"Comment rendre en français la promenade ailée de la narration dans ce bric-à-brac, comment faire passer cette légèreté, cette liberté, cette fantaisie de papillon butinant le monde ?" p. 53

De ses lignes déborde un amour inconditionnel pour la langue française et pour la littérature au travers de Nabokov, personnalité particulière, exigeant, visant le Nobel, et capable d'envolées lyriques à la sensualité communicative...

L'auteur nous offre ici encore un récit ciselé, dans le cadre idyllique de cette île à laquelle il est tant attaché : 

"Pour notre famille de moyenne bourgeoisie assez ennuyeuse, il y avait un élément de rêve, de dépassement, de voyage, c'était Bréhat. Enfants, adultes, nous ne pensions qu'à ça toute l'année. Bréhat, c'est la mer, le port, la lecture, le rendez-vous du bonheur, de la liberté de mouvement et de penser. On a treize mètres de marnage, c'est un des records du monde. D'heure en heure le paysage change. Une île est par définition fragile, nomade. Tout le monde a peur qu'elle se dissolve à un moment donné ou parte à la dérive. Alors on navigue, d'un morceau de terre à un autre, d'un livre à l'autre, d'une langue à une autre. Je suis de plus en plus frappé par la similitude entre le fait d'écrire «il était une fois» et celui de hisser la voile. " (source : L'Express)

Sa parfaite connaissance du lieu et son acuité d'observation lui permettent de brosser des portraits cocasses et vivants des habitants et de l'atmosphère de l'île. L'harmonie et la complicité prévalent durant ces deux étés lumineux. 

Un beau récit fantaisite et optimiste. 

 

D'autres avis : Blogs : Caroline, Géraldine / Presse : Libération 

Présentation de l'éditeur : Fayard ; Le livre de poche

 

Deux étés, Erik Orsenna, Le livre de poche, 1998, 192 p., 4.90 euros

Ce qui reste en forêt - Une enquête du capitaine Anato en Amazonie française de Colin NIEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Aux abords de la station scientifique de Japigny, en Amazonie Française, un naturaliste est retrouvé noyé. Qui a pu souhaiter sa mort ? Alors que les premiers soupçons se portent sur les orpailleurs dont le chantier clandestin jouxte la station scientifique, le lieutenant Gibral tente d'établir un lien entre le meurtre et la découverte d'un albatros mort sur la plage, oiseau qui aurait dû se trouver dans les terres australes. 

Le capitaine Anato enquête tout en menant de front une quête plus personnelle : il se découvre en effet l'existence d'un frère inconnu. 

Roman passionnant et dépaysant Ce qui reste en forêt nous emmène sur des terres éloignées de la Guyane aux côtés de scientifiques qui tentent de préserver ses espaces sauvages .

"Cette station est bien plus que quelques carbets perdus au milieu de la jungle. C'est trente ans de travail et l'avenir de l'écologie tropicale qui est en jeu. C'est ici que l'on comprend l'importance des forêts dans la lutte contre le réchauffement climatique, que l'on découvre les dernières espèces de mammeifères inconnues, que l'on étudie le cycle permanent de l'écosystème le plus complexe de la planète, que se joue le sort réservé à l'Amazonie par les grands de ce monde." p. 416

@rfi 

L'enquête poliière est prétexte pour aborder le milieu de l'orpaillage clandestin et de ses garimpeiros : "Chaque jour, de nouveaux Brésiliens pénétraient clandestinement sur le territoire de la Guyane, prêts à tout pour gagner leur vie en exploitant l'or. Voilà qu'on en retrouvait perdus au milieu de la jungle, affamés, à peine vivants. Des déchets recrachés par les chantiers qui dévoraient la forêt." p. 94 

A travers l'histoire personnelle de chacun, l'auteur met également en lumière les moeurs et croyances du pays, offrant ainsi un tableau complet très documenté du pays.

Une belle réussite pour ce roman alliant suspense et intérêt documentaire. Il s'agit du deuxième roman de l'auteur, un troisième est prévu en octobre 2015, pour mon plus grand bonheur.

 

Pour en savoir plus sur l'orpaillage clandestin : sur France Info 

Présentation chez l'éditeur : Actes sud, Babel noir 

D'autres avis sur Babelio

Oreiller d'herbes de Natsumé SOSEKI

Publié le par Hélène

♥ 

"Un village d'eaux isolé... l'ombre de fleurs par un soir de printemps... un chant à mi-voix au clair de lune... une silhouette dans une nuit de pénombre... ce sont des thèmes de prédilection des artistes." 

Un peintre se retire dans une auberge de montagne pour peindre et réfléchir sur son art. Il y rencontre une jeune femme Nami, fille du patron des lieux. Son histoire recoupe le destin de la Belle de Nagara, légende de la région  : aimée par deux garçons, elle ne choisit aucun des deux, compose un poème et se noie dans la rivière. Nami quant à elle était aussi aimée de deux garçons, mais "n'a heureusement pas recouru à la solution de la rivière." Elle choisit un des hommes, mais étant malheuruese, le quitte er revient vivre chez ses parents. Elle hante les lieux et est depuis soupçonnée de s'enliser dans la folie. 

Le narrateur est envoûté par la jeune femme et cherche son inspiration dans son chant. Son esprit erre dans des brumes oniriques, entre rêve et réalité, la poésie s'installe au delà du sentiment, provoqué et reconstruit par le poète. 

"Dans un pareil moment, comment retrouver un point de vue poétique ? Eh bien, il suffit de placer devant soi un sentiment,  de reculer de quelques pas et de l'examiner avec calme comme s'il s'agissait de celui d'un autre. Le poète a le devoir de disséquer lui-même son propre cadavre et de rendre publics les résultats de son autopsie." p. 53

Des silhouettes fantômatiques peuplent son monde, telle la belle Ophélie de Millais.

Si la peinture le fascine, le narrateur rédige aussi des haïkus, artiste complet il est happé par le besoin de créer et ressent profondément les affres et doutes de la création artistique. Ses cheminements poétiques empruntent quelquefois des méandres difficiles à suivre pour un lecteur occidental qui doit se laisser bercer par le rythme lancinant de la littérature japonaise pour être touché. 

 

D'autres avis chez Babélio 

Présentation de l'éditeur chez Payot et Rivages. 

 

Debout payé de GAUZ

Publié le par Hélène

 ♥ 

Je n'ai pas bien saisi l'origine de l'engouement des médias et lecteurs pour ce livre. Je pense que cela tient au sujet en lui-même plus que dans son traitement. Il est en effet rare que soient mis en lumière ces hommes de l'ombre qu'on salue à peine dans les boutiques, ces vigiles qui passent inaperçus en se fondant dans le paysage consumériste. Ils sont africains pour la plupart, comme si "A Paris, la concentration élevée de mélanine dans la peau prédispose particulièrement au métier de vigile." C'est ce que l'auteur appelle la "théorie PSG général." (Pigmentation de la peau, Situation sociale et Géographie). 

"Partout dans le monde, situations administratives, idées reçues, niveau d'éducation, racisme assumé ou refoulé, contraintes économiques, etc., finissent toujours par imposer à des hommes possédant des situations pigmentaires particulières des situations sociales particulièrement peu flatteuses." 

Pour illustrer son propos, Gauz choisit deux types de narration : d'une part il livre les anecdotes vues et entendues par un vigile durant ses longues heures de piétinement statique, et parallèlement il suit la trajectoire de quelques immigrés ivoiriens sans papiers dont Ossiri et Kassoun, également vigiles de génération en génération aux Grands Moulins de Paris. 

Malheureusement, si la pertinence de son propos donne du relief au métier, il n'en reste pas moins que ces remarques ne révolutionnent pas la littérature, les observations frôlent souvent la platitude d'une journée ennuyeuse.

"GROSSES. Souvent, les femmes grosses commencent d'abord par essayer des habits plus petits... avant de disparaitre avec la bonne taille dans les cabines d'essayage." p.20

"JEAN . Un jean nommé Jane." p. 32

Dans l'autre partie du livre qui s'intéresse aux immigrés et à leur statut qui a évolué au cours des années, avant, après la crise, il m'a semblé que les personnages manquaient cruellement de profondeur. 

La construction de l'ensemble est décousue, si bien que, là encore, l'impression de survoler le sujet prédomine. C'ets bien dommage !

S'il a le mérite d'ouvrir les yeux de certains sur la condition des immigrés en France, tant mieux, et à ce titre je veux bien l'encenser également. Mais le sujet ne fait pas tout, j'aurais simplement aimé plus de consistance.

J'ai préféré récemment sur ce sujet par exemple Beauté parade ou encore sous la forme du roman Americanah.

 

Présentation de l'éditeur Le nouvel Attila  

D'autres avis : Jérôme ; Keisha ; Violette ; Sophie ont aimé, Malika et Athalie sont plus réservées

 

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