L'ange sur le toit de Russell BANKS

Publié le par Hélène

                      

♥ ♥

"Le temps est venu, le temps est passé, le temps ne reviendra jamais, voilà ce que je me dis. Et je conclus  que ce qui est devant moi, là, c'est tout ce que j'ai."

 

Mon avis :

Le point commun qui relient les nouvelles de ce recueil tient dans le fait que les personnages vont tous connaître un évènement qui constituera un point de non-retour, un bouleversement subtil ou évident qui changera à jamais leur existence. Ce tsunami intérieur peut avoir sa source dans le passé, et la prise de conscience ne survient alors que bien plus tard :

"Ca aurait pu se produire n'importe quel soir. Ca s'est même peut-être produit il y a longtemps, ais nous ne nous en sommes pas aperçus sur le coup. Comme une de ces étoiles qui s'embrasent et qui meurent, et on ne s'en rend compte que bien des années plus tard tellement elles sont loin.

- Il vaut peut-être mieux que nous ne l'ayons pas vu quand ça s'est produit, a dit Larry. Peut-être que comme ça on a davantage de paix." (Juste une vache)

Issu bien souvent su hasard des coïncidences, la vie prend sa revanche et ce qu'on croyait acquis, stable s'écroule. "Une chose en entraîne une autre, faut croire." dit un des personnages de "Juste une vache" au seuil d'une rupture du couple. Ce changement soudain de trajectoire est souvent rédempteur, même si sur le moment il est source de douleur. Synonyme de lâcher prise comme dans "Juste une vache" ou "Djinn", il permet ausssi une remise en question intérieure. Dans "Moments privilégiés", un père et sa fille constatent soudain le vide qui s'est installé entre eux : 

"Il voit qu'il a été quelqu'un de tout à fait à l'opposé de ceui qu'il avait cru être."

Mais d'autres évènements restent ancrés dans la souffrance, particulièrement quand ils ont eu lieu dans l'enfance. "La visite" est celle d'un homme à la maison de son enfance, prétexte pour se remémorer des souvenirs peu heureux en raison d'un conflit latent qui perdurait entre sa mère et son père, conflit dont les enfants payaient les conséquences. 

Les hommes sont souvent responsables, alcooliques, infidèles, ils font souffrir leur entourage et remettent en question insidieusement les relations fragiles qui existent entre les êtres. 

"L'une des choses les plus difficiles à dire à quelqu'un est celle-ci : j'espère que vous m'aimerez sans raison particulière. C'est pourtant ce que nous voulons tous dire les uns aux autres - à nos enfants, à nos parents, à nos copagnons, à nos amis et à des inconnus - en ne l'osant que rarement."

Les êtres se manquent, la vie passe et les éloigne irrémédiablement, les laissant sur le seuil de leur vie, dans une solitude désoeuvrée. Tout choix inclut un renoncement, et à l'aune de la vieillesse, les regrets ou les remords refont surface. Si nous pouvions réécrire le passé, agirions-nous à l'identique ? Vaut-il mieux tout savoir de son passé et des choix qui ont conditionnés notre existence, ou rester dans l'illusion qui nous a tenu debout jusqu'ici ? 

Le temps qui passe, la vieillesse, la recherche du bonheur souvent avortée avant l'heure, sont les thèmes inhérents à ce petit recueil comme à la vie...

Premières pages :

"Il y a quelques années, avant que je me marie et prenne un poste das une société dépourvue de succursale étrangère (avant que je rentre à la maison, en somme), j'étais employé par une entreprise de Hopewell, dans le New Jersey, laquelle appartenait à un consortium multinational dont le siège était à Amsterdam."

Infos sur le livre :

Actes sud 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : De beaux lendemains

 

L'ange sur le toit, Russell Banks, J'ai Lu (Actes Sud pour la première édition), traduit de l'anglais (EU) par Pierre Furlan, 156 p. 4.50 euros

 

Pioché chez Gibert Joseph

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Commenter cet article

Alex-Mot-à-Mots 21/08/2014 12:40

Tu arriverais presque à me convaincre de lire ces nouvelles.

hélène 21/08/2014 18:09

"presque" ;)

Ingannmic 20/08/2014 19:00

J'ai aimé tous les titres que j'ai lus de Banks -avec une préférence pour Affliction et American Darling-, y compris celui-là, dont j'ai apprécié l'atmosphère mélancolique... Il a un talent certain,comme tu l'écris, pour dépeindre ces fissures provoquées par les drames, grands ou petits, de l'existence.

hélène 21/08/2014 18:08

Je note tous ces titres, merci !

Manu 18/08/2014 22:40

Un très bon romancier mais je préfère lire les romans que les nouvelles.

hélène 21/08/2014 18:08

Comme de nombreux lecteurs. J'aime le genre de la nouvelle qui oblige à condenser en peu de pages intensité et réflexion, émotion...

Kathel 18/08/2014 16:04

Comme Athalie, j'ai adoré De beaux lendemains, mais un peu moins American darling et Trailepark, et pas trop La réserve... C'est un peu en dents de scie, entre Russell et moi ! ;-)

hélène 21/08/2014 18:07

Je me souviens avoir tenté "la réserve" sans succès aussi !

Mango 18/08/2014 14:29

J'ai un Russell Banks dans ma Pal mais je ne sais plus lequel. Dommage que celui-ci soit un recueil de nouvelles. Je peine à les lire!

hélène 21/08/2014 18:07

iL semble avoir écrit de très bons romans !

jerome 18/08/2014 13:19

Je n'ai jamais été sensible à la plume de cet auteur. Pas d'avoir essayé pourtant !

hélène 21/08/2014 18:07

Comme quoi. Sa plume me plaît, ses thèmes graves un peu moins..

Athalie 18/08/2014 10:17

Je garde de ce recueil le souvenir d'une infinie tristesse ... J'avais de loin, préféré "De beaux lendemains" ( qui n'est pas vraiment gai non plus, tu me diras), un livre marquant pour moi.

hélène 21/08/2014 18:06

Je le note j'aimerais en lire d'autres de cet auteur !

cristie 18/08/2014 10:07

Je vais passer cette fois ...

hélène 21/08/2014 18:06

des textes forts mais peu gais !

clara 18/08/2014 09:10

Je n'ai lu que Souvenir lointain de la peau, une lecture magistrale!

hélène 21/08/2014 18:06

Je reviendrai vers lui je suis preneuse de titres !