Veilles et merveilles créoles, contes du pays Martinique de Patrick CHAMOISEAU

Publié le par Hélène

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Les contes et conteurs martiniquais datent de la période esclavagiste et coloniale. Le peuple à cette époque est "enchaîné, affamé, vivant dans la peur et les postures de la survie". Le soir à la nuit tombée, l'art du conteur lui permet de s'abstraire de ce quotidien pesant, pour voyager par le biais des mots. 

Le conte créole ne travestit pas la réalité, il la sublime, il dit "que la peur est là, que chaque brin du monde est terrifiant, et qu'il faut savoir vivre avec ; le conte créole dit que la force ouverte est le fourrier de la défaite, du châtiment, et que le faible, à force de ruse, de détours, de patience, de débrouillardise qui n'est jamais péché, peut vaincre le fort ou saisir la puissance au collet : le conte créole éclabousse le système de valeurs dominant, de toutes les sapes de l'immobilité, que dis-je : de l'amoralité du plus faible." 

Les contes entremêlent ainsi savamment le bestiaire africain (tigre, baleine, éléphant) et les personnages humains ou surnaturels (Diable, Bondieu...). On croise en ces pages des soeurs rivales convoitant le même homme, des vieilles acâriâtres, un petit bonhomme qui envoûte tous les monstres de sa musique -ou presque-, des frères dévoués, des diables trompeurs, des malédictions déroutantes... La faim est un thème lancinant, qui revient comme une mauvaise carie dont on ne peut se débarasser car la nourriture est pour ces esclaves un "obsessionnel trésor" : "il n'a pas fallu moins d'une loi, d'une ordonnace, d'une circulaire ministérielle et d'un arrêté du gouverneur (1845-1846) pour que les maîtres-béké se décident à distribuer à chaucun de leurs esclaves quelques livres de farine-manioc et deux-trous bouts de morue hebdomadaires." 

L'univers chamarré de la Martinique et son imaginaire évocateur éclatent, portés par des dessins colorés et, page après page, le lecteur se laisse envoûter par le charme millénaire de ces contes :

"La voir, c'était voir ces libellules de matins frais que fascine la rosée. Et les prétendants la voyaient belle plus belle qu'une rumeur de pluie inventée en sécheresse par la soif des feuillages, et plus belle qu"une nacre intime dans les brisures d'un coquillage, et (pour précision) ils la voyaient beauté des étincelles du sel quand la mer reste docile au talon de lumière des chaleurs impossibles." p. 44

 

Veilles et merveilles créoles, Contes du pays Martinique, Patrick Chamoiseau, Editions le Square, 2014, 16 euros

 

Publié dans Jeunesse Album

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Luocine 05/12/2015 16:02

J'ai beaucoup de mal à lire l'oeuvre de cet auteur, je me perds dans un imaginaire qui ne me correspond pas du tout. J'ai entendu un de ses écrits lu à la radio par un comédien, et cela m'a beaucoup plu.

Hélène 07/12/2015 08:53

J'ai tenté quelques romans effectivement, sans succés, mais cette fois ci j'ai été conquise !

Yv 05/12/2015 14:13

malgré plusieurs essais, je ne parviens pas à lire P. Chamoiseau ni dans le roman, ni dans le polar...

Hélène 07/12/2015 08:53

Essaie dans les contes...

Bernieshoot 05/12/2015 09:16

voici un livre qui sort un peu de l'ordinaire, je retiens

Hélène 07/12/2015 08:53

Très chouette lecture !