Les caprices de Marianne de Alfred de MUSSET

Publié le par Hélène

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"-Que tu es heureux d'être fou !
- Que tu es fou de ne pas être heureux !"

Le jeune Coelio est amoureux de la belle Marianne, mariée au vieux juge Claudio. Coelio ne sachant pas manier l'art de la langue, demande de l'aide à son ami Octave pour plaider sa cause auprès de sa belle. Marianne se laisse attendrir par les mots d'Octave et se décide à prendre un amant... Mais lequel ?

Coelio est un être sincère, simple, représentant du héros romantique mélancolique trouvant difficilement sa place dans ce siècle. Pour l'aider, Octave, libertin qui profite des plaisirs de la vie sans croire à grand chose mais reste fidèle à Coelio.

"OCTAVE. - Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre ; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans ; toute une légion de monstres se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. il continue sa course légère de l'orient à l'occident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne ; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne, voilà ma vie, mon cher ami ; c'est ma fidèle image que tu vois."

Illustrations pour les oeuvres d’Alfred de Musset / Eugène Lami, peintre ; Adolphe Lalauze, graveur. 1883. Source : BnF/Gallica

Marianne quant à elle est une femme décidée, peu encline à se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit, portant sa liberté comme un étendard.

"Marianne : N'est-ce pas une chose bien ridicule que l'honnêteté et la foi jurée ? Que l'éducation d'une fille, la fierté d'un cœur qui s'est figuré qu'il vaut quelque chose, et qu'avant de jeter au vent la poussière de sa fleur chérie, il faut que le calice en soit baigné de larmes, épanoui par quelques rayons de soleil, entrouvert par une main délicate ?
(...) Qu'est-ce, après tout, qu'une femme ? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme ! C'est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire quand on en rencontre une: voilà une belle nuit qui passe ?"

"MARIANNE- [...]
Si je me rends, que dira-t-on de moi ? N'est-ce pas une femme bien abjecte que celle qui obéit à point nommé, à l'heure convenue, à une pareille proposition ? Ne va-t-on pas la déchirer à belles dents, la montrer au doigt et faire de son nom le refrain d'une chanson à boire ? Si elle refuse, au contraire, est-il un monstre qui lui soit comparable ? Est-il une statue plus froide qu'elle, et l'homme qui lui parle, qui ose l'arrêter en place publique son livre de messe à la main, n'a-t-il pas le droit de lui dire : vous êtes une rose du Bengale sans épines et sans parfum ?"

Quel plaisir de retrouver la langue de Musset, ces joutes verbales si savamment menées ! L'art du langage est porté à son apogée à travers les échanges entre Octave et Marianne. Ce drame oscillant entre comédie et tragédie est à relire encore et encore pour nous rappeler que "on ne badine pas avec l'amour"...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : On ne badine pas avec l'amour

Les Caprices de Marianne sur le site de l’INA

Mise en scène pour la télévision par Claude Loursais, en octobre 1962. Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Mise en scène pour la télévision par Georges Vitaly, en juin 1970.
Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Dossiers pédagogiques

Dossier Pièce (dé)montée à propos de la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia n° 202 – mars 2015. Lien vers le site de Canopé

Lien vers le dossier de presse du Théâtre de la Tempête,  mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia (2016). Lien vers le site du théâtre.

Publié dans Théâtre

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maggie 06/10/2018 23:40

Je préfère les proverbes d eMusset mais j'adoooore cette pièce. Oui, son écriture est brillante :-)

Cleanthe 06/10/2018 20:26

Quelle belle langue en effet. Tu viens rappeler à propos le plaisir de lire Musset.