Poulet-bicyclette et cie de Florent COUAO ZOTTI

Publié le par Hélène

Poulet-bicyclette-et-Cie

♥ ♥

 Une plongée dans un univers africain peuplé de sorciers inquiétants…

  

L’auteur :

 

Florent Couao Zotti est un romancier béninois. Journaliste, scénariste, il se consacre depuis 2003 entièrement à l’écriture.

 

L’histoire :

 

Poulet-bicyclette et cie est un recueil de nouvelles qui met beaucoup en avant la sorcellerie, les croyances, la superstition présente dans certaines communautés béninoises :

Dans « Femelle de ta race », une femme veut récupérer son enfant qui subit une séance d’exorcisme orchestré par son père, dans « Barbecue blues » un garçon fait passer de la drogue dans de la viande du Bénin au Nigéria et se fait malheureusement voler sa marchandise, dans « La femme étoile » une femme revient d’entre les morts pour se venger de son beau-frère qui l’a assassinée…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le style : ces nouvelles sont admirablement bien écrites, très poétiques, le langage est peuplé d’images :

 

« Là-bas, derrière la cime des arbres aux feuillages moutonneux, le soleil faisait ses dernières parades dans le ciel. Un ciel immense et plat, presque enrobé dans les rayures dentelées de l’horizon. Effacées, les rumeurs des pluies de la veille avec ces filets de nuages encore chargés d’eau. Gommée, cette impression de lourdeur et d’humidité poisseuse. Il semblait que le vent avait tout nettoyé, tout balayé, ne laissant à l’œil que le spectacle d’un paysage avide d’enchantement et de voyage. Un paysage qui donne envie de déployer ses ailes pour connaître le vertige des espaces infinis. » (p.30)

 

-          Ces nouvelles sont le reflet d’une réalité dont il est rarement question : là-bas, des enfants et des femmes meurent, victimes d’actes de sorcellerie parfaitement justifiés dans l’esprit des assassins. Les enfants nés par le siège par exemple peuvent être tués car leur arrivée particulière serait signe de sorcellerie. Ces questions sont peu abordées en Occident. L’auteur ne porte pas de jugement, il énonce seulement les faits en les romançant.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          La dureté des sujets et des scènes.

-          L’absence d’espoir. La population semble embourbée dans cette violence sans aucune prise de conscience.

 

Premières pages :

 

« C’est à toi que je m’adresse, bout de femme, tout petit bout de femme, enchâssée dans les rets du temps.

C’est à toi que je parle, femme-lion, femme-énergie ; toi, étagée sur trois pommes vertes…

Ne te cache pas à la lame rayonnante du soleil. Ne te dissimule pas à l’humeur riante du soleil. Nos regards ont si rarement des choses à s’offrir que tu me fais injure en voulant t’enfouir dans l’ombre. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel DONGALA

 

 

Poulet bicyclette et cie, Florent COUAO ZOTTI, Gallimard, Continents noirs, avril 2008, 17.10 euros

Publié dans Littérature Afrique

Commenter cet article

Marie 10/09/2010 14:56



Je ne sais pas si j'aurai le courage de lire un livre aussi dur...


 



Hélène 10/09/2010 19:49



Je comprends tes réticences, mais encore une fois le style fait passer "la pilule"...



Lounima 09/09/2010 06:35



Les extraits choisis sont très beaux : cela me donne envie de le noter, malgré ton avis assez mitigé.



Hélène 09/09/2010 08:42



Je pense que c'est justement cette écriture poétique qui permet de faire passer des scènes tout de même violentes (j'ai quand même tiqué sur ce pauvre bébé condamné parce qu'il était arrivé par
le siège...)


Mais je pense que c'est important de connaître cette réalité-là, même si elle est sans doute cantonnée dans des villages restés à l'heure traditionnelle.



Yv 08/09/2010 15:38



Salut Hélène, j'entends parler de cet auteur aux titres assez improbables depuis un petit moment. Je n'ai pas encore acheté de ses livres, mais je suis vraiment très tenté.



Hélène 09/09/2010 08:39



Laisse toi tenter, c'est une découverte surprenante d'un visage de l'Afrique plutôt méconnu.


Je ne peux pas te le prêter, je l'ai emprunté à la biblio..



Hathaway 08/09/2010 10:45



Le titres ainsi que ceux des nouvelles ne laissent pas indifférents ! L'écriture me semble en effet très belle, je ne sais pas si j'accrocherais aux histoires mais je note tout de même, cela peut
être une découverte intéressante.



Hélène 08/09/2010 10:54



C'est effectivement intéressant à découvrir, cela change des romans bien pensants et plats que l'on peut lire quelquefois. Alors oui c'est assez dérangeant, mais sincèrement, je suis heureuse de
l'avoir lu et découvert...



keisha 08/09/2010 09:58



De l'auteur j'ai lu "si la cour du mouton est sale, ce n'est pas au porc de le lire", un roman qui nous promène dans un Cotonou bien glauque quand même... Là j'ai un peu peur de la violence! Pour
avoir vécu dans le coin, je confirme l'existence de croyances qui vraiment freinent pas mal les gens... (et on déterre les cadavres, etc...)



Hélène 08/09/2010 10:53



J'ai mis un certain temps à mettre mon billet en ligne car je voulais savoir si réellement ce type de pratiques existaient, or effectivement, dans les villages, cela se pratique.


Cela fait froid dans le dos, et je trouve intéressant qu'un roman nous éclaire sur ce sujet jamais abordé.


Dans ce roman l'auteur parvient par une écriture poétique et par une immersion dans l'univers magique, à aborder la violence des thèmes de façon presque douce dirais-je...