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Théâtre

Samedi 23 juin 2012 6 23 /06 /Juin /2012 17:42

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« Je suis le dernier homme, je le resterai jusqu’au bout ! Je ne capitule pas ! » (p.246)

 

 

L’auteur :

 

Né à Slatina (Roumanie), le 13 novembre 1909. Né d'un père roumain et d'un mère française, Eugène Ionesco passa sa petite enfance en France. Il y écrivit à onze ans ses premiers poèmes, un scénario de comédie et un « drame patriotique ». En 1925, le divorce de ses parents devait le conduire à retourner en Roumanie avec son père. Il fit là-bas des études de lettres françaises à l'université de Bucarest, participant à la vie de diverses revues avant-gardistes.
En 1938 il regagnait la France pour préparer une thèse, interrompue par le déclenchement de la guerre qui l'obligea à regagner la Roumanie. C'est en 1942 qu'il devait se fixer définitivement en France, obtenant après la guerre sa naturalisation.
En 1950, sa première œuvre dramatique, La Cantatrice chauve, sous-titrée « anti-pièce », était représentée au théâtre des Noctambules. Échec lors de sa création, cette parodie de pièce allait durablement marquer le théâtre contemporain, et faisait de Ionesco l'un des pères du « théâtre de l'absurde », une dramaturgie dans laquelle le non-sens et le grotesque recèlent une portée satirique et métaphysique, présente dans la plupart des pièces du dramaturge. Citons, entre autres, La Leçon (1950), Les Chaises (1952), Amédée ou comment s'en débarrasser (1953), L'Impromptu de l'Alma (1956), Rhinocéros (1959), dont la création par Jean-Louis Barrault à l’Odéon-Théâtre de France apporta à son auteur la véritable reconnaissance. Viendront ensuite Le Roi se meurt (1962), La Soif et la Faim (1964), Macbeth (1972).
Auteur de plusieurs ouvrages de réflexion sur le théâtre, dont le célèbre Notes et contre-notes, Eugène Ionesco connut à la fin de sa vie cette consécration d'être le premier auteur à être publié de son vivant dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade.
Eugène Ionesco fut élu à l'Académie française le 22 janvier 1970, par 18 voix contre 9 à Jules Roy, au fauteuil de Jean Paulhan. Il fut reçu par le professeur Jean Delay, le 25 février 1971.
Mort le 28 mars 1994. (Source : Académie française)

 

L’histoire :

 

Rhinocéros est la pièce la plus riche de Ionesco. Elle ne perd rien de l'esprit d'innovation, de provocation, des premières pièces. Comme elles, celle-ci mélange les genres et les tons, le comique et le tragique. Mais l'innovation principale qui s'introduit ici est la réflexion sur l'Histoire, à travers le mythe. La pièce est une condamnation de toute dictature (en 1958, on pense au stalinisme). Ionesco condamne autant le fascisme que le communisme. C'est donc une pièce engagée : « Je ne capitule pas », s'écrie le héros.

Le rhinocéros incarne le fanatisme qui « défigure les gens, les déshumanise ». On sent l'influence de La Métamorphose de Kafka. Dans une petite ville, un rhinocéros fait irruption. Par rapport à lui, les personnages prennent diverses attitudes. Certains se transforment en rhinocéros ; un troupeau défile. Seul Bérenger résiste à la marée des bêtes féroces, symboles du totalitarisme. (Source : éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Les situations du début de la pièce et les conversations sont totalement absurdes, pointant également du doigt les errements liés au langage et les quiproquos que cela peut induire. Les scènes sont alors comiques, mais annoncent en filigrane le tragique à venir.

 

« JEAN : Vous rêvez debout !

BERENGER : Je suis assis.

JEAN : Assis ou debout, c’est la même chose.

BERENGER : Il y a tout de même une différence.

JEAN : Il ne s’agit pas de cela. » (p. 35)

 

Le langage stéréotypé ne peut rendre fidèlement compte des pensées des personnages, piégé, il n’est souvent qu’automatisme :

 

« Autre syllogisme : tous les chats sont mortels. Socrate est mortel. Donc Socrate est un chat. » (p. 46)

 

Le débat qui sévit sur scène est le reflet de celui qui hante ceux qui ont connu la montée des idéologies totalitaires en Europe : confrontés à un débat idéologique grave, ils peuvent ou suivre la masse et devenir tous rhinocéros, ou résister comme Bérenger en prenant le risque d’être les seuls…

 

« Peut-on savoir où s'arrête le normal, où commence l'anormal ? Vous pouvez définir ces notions, vous, normalité, anormalité ? Philosophiquement et médicalement, personne n'a pu résoudre le problème. » (p. 195)

 

« Vous ne pouvez nier que le racisme est une des grandes erreurs du siècle. » (p. 95)

 

L’absurde au sens large nous poussent à réfléchir sur le sens de l’existence et sur l'attitude à adopter face à l'hostilité du monde et à la mort inéluctable... Comme Bérenger, il faut apprendre à se révolter contre la rhinocérite, contre l'absurde d'une existence qui nous ailéne.

  

« Sentir sa vie, sa révolte, sa liberté, et le plus possible, c'est vivre et le plus possible. Là où la lucidité règne, l'échelle des valeurs devient inutile... Le présent et la succession des présents devant une âme sans cesse consciente, c'est l'idéal de l'homme absurde » (Camus)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Premières répliques :

 

« L’EPICIERE
Ah ! celle-là ! (A son mari qui est dans la boutique.) Ah ! celle-là, elle est fière. Elle ne veut plus acheter chez nous. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La cantatrice chauve

Autre : En attendant Godot de Samuel BECKETT

 

D’autres avis :

 

Canel

 

Rhinocéros, pièce en trois actes et quatre tableaux, Eugène Ionesco, Folio, 6.95 euros 

 

Par Hélène - Publié dans : Théâtre
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Jeudi 3 mai 2012 4 03 /05 /Mai /2012 08:00

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 « SAMIA - D’être avec vous comme ça, je me sens forte comme un homme.

NADIA - Une femme  Samia, une femme ! » (p. 103)

 

 

L’auteur :

 

Née dans le quartier de Bab el-Oued à Alger, Rayhana a suivi les cours de l’École des Beaux-Arts puis de l’Institut national d’Art dramatique et chorégraphique (Inadc) de Bordj el-Kiffan, avant de rejoindre la troupe du Théâtre de Béjaïa alors dirigée par feu Malek Bouguermouh. Comédienne sur plusieurs pièces et films pour la télévision et le cinéma, Rayhana a fait ses premiers pas d’auteure et de metteure en scène avec Fita bent el alouane, une pièce pour enfants créée en 1992, avant de quitter l’Algérie pour la France. A mon âge, je me cache encore pour fumer est sa première pièce écrite en français.

 

L’histoire :

 

A mon âge, je me cache encore pour fumer est une tragi-comédie qui rassemble 9 femmes d’âges et de conditions diverses dans un hammam à Alger. Dans l’intimité de cet espace protégé de l’extérieur, les regards et les points de vue se croisent, entre pudeur et hardiesse, dans le dévoilement violent, ironique, drôle et grave, des silences refoulés de femmes qui se sont tues trop longtemps. Peu à peu se révèlent leurs destins particuliers, à travers des histoires qui ont marqué et modelé leur chair, dévoilant progressivement la violence politique, sociale et sexuelle d’une Algérie en proie à la corruption, à la misère et à l’intégrisme meurtrier. Un enfant s¹apprête à venir au monde et par instinct et nécessité, toutes, d’une manière ou d’une autre se lèveront pour protéger et défendre cet être nouveau, symbole de leur foi inébranlable en l’avenir. Neuf femmes,neuf destins entre rébellion, rêve ou soumission, réunis au coeur de la matrice, le Hammam, ou le combat contre l’oppression, la violence, la guerre, se panse entre fous rires et pleurs, secrets et exaltation.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Parce que les femmes se retrouvent au hammam, les hommes sont exclus de l'espace de la pièce. Ils restent à la porte et ils auront beau cogner pour entrer, les portes de la féminité resteraont solides... Mais si ces hommes sont absents, ils sont de au coeur de toutes les conversations. Pour Samia, ils représentent l'espoir juvénile d'un amour torride et complet, pour les autres, ils sont bien souvent porteurs d'oppression et d'incompréhension. Latifa aura beau essayer de réconforter la jeune naïve en lui vantant les qualités de son propre mari, les hommes auront tout de même raison des rêves rosés de la jeune Samia qui n'en sortira pas indemne... 

Les dialogues sont calibrés, intelligents et teintés d'humour, comme ces femmes qui pointent du doigt les aberrations de leur pays mais y sont néanmoins viscéralement attachées comme le souligne Fabien Chappuis, metteur en scène de la pièce :

« Même si des évènements récents ont donné toutes les raisons objectives de partir, la patrie reste le lieu de nos origines, de l’histoire dont nous sommes le fruit, de l’histoire de nos parents, de notre enfance. Une patrie qui a été source de souffrance mais que l’on ne peut s’empêcher d’aimer profondément. Une histoire difficile mais qui reste, malgré tout, notre histoire. Si Rayhana condamne certains aspects de l’histoire récente de l’Algérie, le portrait qu’elle fait de ces femmes est pour moi une déclaration d’amour. » (Préface de Fabian Chappuis)

En témoigne la dernière scène :

« VOIX OFF DE SAMIA – Moi, je ne fais pas comme ma mère, je ne me frappe jamais la tête quand je suis triste. Moi, je vais en haut, sur la terrasse de notre immeuble blanchi à la chaux, à l’occasion du grand nettoyage pour accueillir le printemps. Chez nous tout est blanc ; Alger la blanche, c’est comme ça que l’appellent les amoureux. Depuis ma terrasse je regarde, la mer, là-bas, au loin, coincée entre deux immeubles blancs eux aussi. Parfois il y a des bateaux, on dirait des goélands géants, chargés de poissons encore vivants dans leurs ventres, et je pense aux jeunes qui, tout comme ces poissons, se cachent dans les entrailles des bateaux qui rejoignent la France…

De ma terrasse, je regarde les autres terrasses, où d’autres femmes suspendent le linge de toutes les couleurs, délavé par la force des mains ! Ca ressort mieux, qu’elles disent : dix pantalons, douze chemises, vingt culottes… et des foulards surtout des foulards qui souvent se détachent et s’envolent, emportés par le vent, attirés vers la mer eux aussi.

Il y a aussi d’autres filles suspendues à leurs terrasses. On regarde, on se regarde, on s’épie, on rêve… Puis d’un seul coup, en même temps, un cri attire notre attention vers la rue en bas, au pied de l’immeuble : (comme si elle commentait un match de foot) des enfants qui courent de partout, ils crient, ils gigotent, ils sautent… Et But ! L’équipe des enfants de l’immeuble de gauche vient de marquer un but à l’équipe de l’immeuble de droite avec leur ballon de fabrication locale, fait d’un sac poubelle bourré de vieux journaux que leurs pères ont fini de lire, et que leurs mères ont déjà utilisé pour faire briller les vitres. Les petites filles à côté, jouent à la mariée, elles font la fête, elles chantent tout en tapant sur les bidons d’huile en guise de derbouka, que leurs mères a essoré jusqu’à la dernière goutte dans le couscous familial de la veille.

Et puis d’un seul coup, des cris, des rires, des sourires et des youyous, des milliers de youyous à vous percer les tympans, des youyous de joie qui s’échappent de chaque immeuble, de chaque fissure, de chaque femme, de chaque gorge : l’eau est revenue !

A la fin de chaque pénurie on est tellement heureux ; et on en a des pénuries ! Il n’y a pas que de l’eau qui nous manque, l’électricité, la semoule, la patate et l’amour, surtout.

Moi je crois en l’amour.

C’est pour ça que je ne veux pas partir… »

Un magnifique cri d'espoir...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

D'avoir manqué sa représentation...

 

Premières répliques :

 

« FATIMA – Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe !

MYRIAM – (essouflée et en pleurs ; elle parle en arabe) El Babe, aghelqui el bab, rabbi yiaychak eghelkiha !

Fatima se dirige vers la porte.

FATIMA – Ne crie pas, je vais la fermer cette porte ! (grognant, à elle-même) Il n’y a plus nulle part où l’on peut fumer tranquille dans ce pays… »

 

D’autres avis :

 

Jeune Afrique ; Marianne 

A mon âge, je me cache encore pour fumer, Rayhana, Les cygnes, décembre 2009, 11 euros

 


 
Par Hélène - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 25 mars 2012 7 25 /03 /Mars /2012 08:00

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♥ ♥ ♥

 

« Evidemment, la vie est ratée, mais c’est très très bien, la vie. Evidemment rien ne va jamais, rien ne s’arrange jamais, mais parfois, avouez que cela va admirablement, que cela s’arrange admirablement… » (p. 94)

 

L’auteur :

 

Né à Bellac en 1882, Jean Giraudoux est reçu en 1903 au concours de l'Ecole Normale Supérieure, puis en 1910 au concours de « chancelleries ». Il deviendra chef du service de d'information et de presse du minisitère des Affaires étrangères. Dès 1909, il publie Provinciales, et mène de front carrière diplomatique et création littéraire. Son œuvre frappe par sa diversité : essais, romans, théâtre. La guerre de Troie n'aura pas lieu est créée en 1935. Jean Giraudoux meurt en 1944. (Source : librairie dialogues.fr)

 

L’histoire :

 

Agamemnon, le Roi des Rois, a sacrifié sa fille aux dieux. Son épouse, Clytemnestre, aidée de son amant, Egisthe, l’assassine à son retour de la guerre de Troie. Oreste, le fils, est banni. Reste Electre, la seconde fille. « Elle ne fait rien. Elle ne dit rien. Mais elle est là. » Aussi Egisthe veut-il la marier pour détourner sur « la famille des Théocathoclès tout ce qui risque de jeter quelque jour un lustre fâcheux sur la famille des Atrides ». Mais Oreste revient et désormais Electre n’est plus que haine, assoiffée de justice et de vengeance, au mépris de la menace qui pèse sur le royaume des siens.

 

Mon avis :

 

Electre est un personnage fascinant, qui, poussée par une haine contre les assassins et détracteurs de son père, va aller jusqu’au bout de sa passion, réclamant justice, même si un conflit sanglant doit en découler. Quand Oreste cherche à passer outre, à continuer son chemin pour ne pas avoir de sang sur les mains, Electre a soif de vérité et est prête à tout pour laver les affronts faits à son père :

 

« ELECTRE

Je le sais, ce que tu voudrais m’entendre dire.

ORESTE

Alors dis-le moi.

ELECTRE

Que les humains sont bons, après tout, que la vie après tout est bonne !

ORESTE

N’est-ce pas vrai ?

ELECTRE

Que ce n’est pas un mauvais sort que d’être jeune, beau et prince. D’avoir une sœur jeune et princesse. Qu’il suffit de laisser les hommes à leurs petites occupations de bassesse et de vanité, de ne pas presser sur les pustules humaines, et de vivre les beautés du monde !

ORESTE

Et ce n’est pas ce que tu me dis ?

ELECTRE

Non. Je te dis que notre mère a un amant. » (p. 111)

 

La question de la justice et de ce qu’il faut lui sacrifier est au cœur de cette pièce. Faut-il choisir la vérité alors qu’ « Il est des vérités qui peuvent tuer un peuple », comme le souligne Egisthe qui en tant que roi a des responsabilités politiques.

 

Giraudoux lui-même, dans une interview avec Kleber Haedens (L'Insurgé, 12 mai 1937) a dit :

 

« Electre, c'est pour moi, le mythe de la vérité. Dans une ville gorgée de plaisirs, abandonnée, tout entière aux joies fades, Electre est seule à souffrir . . . je crois qu'il est nécessaire de faire revenir de temps en temps les grandes figures ; je crois que de grandes héroïnes comme Electre et Jeanne d'Arc doivent revenir vers nous. Il faut épousseter de temps en temps les statues éternelles. »

 

A la fin de la pièce Electre triomphante clame : "J'ai la justice, j'ai tout," et pourtant sa patrie Argos est en flammes, son frère a tué Clytemnestre et Egisthe et est pétri de remords, si bien qu’il va finir par la haïr…

 

Premières répliques :

 

PREMIERE PETITE FILLE

Ce qu’il est beau, le jardinier !

DEUXIEME PETITE FILLE

Tu penses ! C’est le jour de son mariage.

TROISIEME PETITE FILLE

Le voilà, monsieur, votre palais d’Agamemnon !

L’ETRANGER

Curieuse façade !... Elle est d’aplomb ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La guerre de Troie n'aura pas lieu

Autre :  Antigone de Jean ANOUILH

  Electre, Jean Giraudoux, Le livre de poche, novembre 1967, 122 p., 4 euros

 

Par Hélène - Publié dans : Théâtre
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Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 08:00

 

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 ♥ ♥ ♥

 

 

 L’auteur :

 

Nathalie Sarraute (Nathalie Tcherniak) est née en juillet 1900 en Russie (à Ivanovo).
La jeune Nathalie, à l’âge de huit ans, arrive à Paris avec sa mère. Régulièrement, la jeune fille se rend en Russie pour voir son père.
Au début des années 20, elle étudie la chimie et l’histoire à Oxford, la sociologie à Berlin et commence des études de droit à Paris, dès 1922, où elle rencontre Raymond Sarraute avec qui elle se marie en 1925. Elle devient avocate au barreau de Paris.
Tropismes paraît en 1939, après avoir été refusé par Gallimard et Grasset.
En 1941, elle est
radiée du barreau« La guerre venue, Nathalie Sarraute — qui, en application des lois antisémites de Vichy, fut radiée du barreau — dut se réfugier à Janvry, dans la vallée de Chevreuse, où elle hébergea un moment Samuel Beckett et sa femme. Dénoncée par un commerçant du village — elle avait refusé de porter l’étoile jaune —, elle échappa de peu à l’arrestation et vécut sous l’identité de Nicole Sauvage — initiales identiques à celles de son identité réelle — à Parmain (Val-d’Oise), se faisant passer pour l’institutrice de ses filles. »
(
Le Robert des grands écrivains de langue française) ; elle se réfugie à Janvry puis à Parmain.
1948 est l’année de parution de
Portrait d’un inconnu avec une préface de Jean-Paul Sartre. En 1953, Martereau a plus de succès, tout comme Le Planétarium (1959).
En 1956, c’est la parution de
L’Ère du soupçon, qui est un ensemble d’essais contre le roman traditionnel. En 1959, Le Planétarium remporte un grand succès. Viennent ensuite Les Fruits d’or (1963), Le Silence (1964), Entre la vie et la mort (1968), Vous les entendez (1972), C’est beau (1975), Enfance (1983), Tu ne t’aimes pas (1988), Ici (1995).
Nathalie Sarraute meurt en 1999 à Paris.

L’histoire :

 

Dans une action concentrée, où tout ce qui compte est ce qui n'est pas dit, deux hommes s'affrontent, prennent à tour de rôle la position du dominant ou du dominé, deux amis se brouillent - peut-être - "pour un oui ou pour un non". La tension qui existe sous les mots les plus simples, les mouvements physiologiques et psychiques souterrains communiquent au public une sensation de malaise, en même temps qu'ils le fascinent. Car cette dispute est la nôtre, ces mots, nous les avons prononcés, ces silences, nous les avons entendus. Tout un passé refoulé se représente, une profondeur inconsciente, des pulsions agressives. Par les mots, nous nous déchirons nous-mêmes, et nous déchirons les autres. Mais le silence est pire. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Le rôle des mots, figés, rarement innocents, souvent meurtriers est ici au coeur du conflit qui règnent soudain entre les deux hommes.  Ici les mots condamnent une relation amicale d’un revers, avec seulement quelques syllabes « C’est bien…ça », parce que le ton était condescendant, de vieilles querelles et distorsions de points de vue refont surface et balaient la relation établie finalement sur des bases fragiles. Nathalie Sarraute pointe du doigt avec talent les « tropismes », ces émotions infimes, ces petits malaises innommables, « cause de la déflagration souterraine ».

 

L’opposition qui naît alors entre les deux hommes en scène s’avèrera insurmontable :

 

« Cette opposition est celle, somme toute classique, entre l’homme public et la personne privée, celui qui vit dans le siècle et celui qui vit dehors, celui qui accepte la société et celui qui la refuse au profit d’une vie intérieure riche, d’une existence d’artiste pauvre et méconnu. L’originalité de la pièce consiste à confronter dramatiquement ces deux tendances en montrant comment chaque monde aspire aussi à s’approprier l’autre. H1 veut percer le secret de son ami, avoir accès à l’art, aux sensations ; H2 cherche à nommer, à apprivoiser le monde social extérieur, en mettant un peu d’ordre dans son monde intérieur. Mais ni la mondanité superficielle, ni le retrait du monde ne sont satisfaisants ou possibles ; ils sont plutôt – et telle est la leçon de leur combat – complémentaires comme le oui et le non, comme les deux plateaux de la balance ou les deux côtés d’un tourniquet. » Le théâtre contemporain, Patrice Pavis, Armand Colin 2011

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières répliques :

 

« H.1 : Ecoute, je voulais te demander… C’est un peu pour ça que je suis venu… je voudrais savoir… que s’est-il passé ? Qu’est-ce que tu as contre moi ?

H.2 : Mais rien… Pourquoi ?

H.1 : Oh, je ne sais pas… Il me semble que tu t’éloignes… tu ne fais plus jamais signe… il faut toujours que ce soit moi… »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Enfance

Autre : Art de Yasmina REZA

 

Pour un oui ou pour un non, Nathalie Sarraute, Folio Théâtre, 1999, 5.10 euros 

 

 

Par Hélène - Publié dans : Théâtre
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Vendredi 20 janvier 2012 5 20 /01 /Jan /2012 08:00

 

voyageur sans bagages

 

 

♥ ♥ ♥

 

 

 

L’auteur :

 

Fils d'une famille franco-basque installée à Paris, Jean Anouilh commence des études de droit puis débute une carrière de publicitaire. Mais sa rencontre avec les pièces de Jean Giraudoux sont une révélation : il vivra par et pour le théâtre. Après avoir été secrétaire de Louis Jouvet jusqu'en 1932, il sort une première pièce, 'L' Hermine'. Le succès et la célébrité viennent avec sa deuxième pièce, 'Le Voyageur sans bagage', en 1937. Dès lors, il ne cesse de travailler et de rencontrer le succès auprès du public, malgré des critiques parfois sévères. Il a de plus participé à vingt-deux films, traduit sept pièces de dramaturges étrangers, et mis lui-même en scène onze pièces. Une trentaine de ses pièces ont été montées, notamment par George Pitoëff au théâtre des Mathurins, et interprétées par les plus grands comédiens, français ou étrangers. Ses pièces qu'il a catégorisées (pièces noires, roses, grinçantes, brillantes.. .) donnent une image constante et pessimiste de la nature humaine, rongée par la nostalgie d'une pureté perdue.

 

L’histoire :

 

À la fin de la Première Guerre mondiale, Gaston est retrouvé amnésique. Il est recueilli par le directeur d'un hôpital qui l'emploie comme jardinier. Il est cependant réclamé par plusieurs familles, dont la famille Renaud, à laquelle il est confronté. D'un caractère gentil, Gaston découvre avec horreur l'identité qu'on lui attribue : personnage violent et sans scrupule. Il ne se reconnaît pas dans ce portrait de l'enfant et l'adolescent qu'il aurait été. (Source : Evene)

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Cette pièce est une belle reflexion sur l'identité, sur ce qui fonde l'être humain et sa personnalité : est-ce que le passé nous détermine ou peut-on s'en abstraire et devenir un autre, une personne neuve, différente, meilleure sans doute. Peut-on choisir d'être qui l'on veut ? Gaston a la chance de pouvoir choisir entre différentes vies, entre différentes familles, amours... Mais ce choix ne peut se faire que parce que la mémoire lui fait défaut. est-ce à dire que la mémoire est ce qui nous fonde ?

   

« Des obligations, des haines, des blessures… Qu’est-ce que je croyais donc que c’était, des souvenirs ? » (p. 66)

 

« Ecoute, Jacques, il faut pourtant que tu renonces à la merveilleuse simplicité de ta vie d’amnésique. Ecoute, Jacques, il faut pourtant que tu t’acceptes. Toute notre vie avec notre belle morale et notre chère liberté, cela consiste en fin de compte à nous accepter tels que nous sommes… Ces dix-sept ans d’asile pendant lesquels tu t’es conservé si pur, c’est la durée exacte d’une adolescence, ta seconde adolescence qui prend fin aujourd’hui. Tu vas redevenir un homme, avec tout ce que cela comporte de taches, de ratures et aussi de joies. Accepte-toi et accepte-moi, Jacques. » (p. 78)

  

Le voyageur sans bagages appartient au cycle des "pièces noires" d'Anouilh car le choix que Gaston doit faire reste tragique, synonyme de rédemption pour lui, mais d'abandon pour les autres...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

 

-          Rien.

 

Premières répliques :

 

« Le salon d’une maison de province très cossue, avec une large vue sur un jardin à la française. Au lever du rideau la scène est vide, puis le maître introduit la duchesse Dupont-Dufort, M Huspar et Gaston.

LE MAITRE D’HOTEL

Qui dois-je annoncer, madame ?

LA DUCHESSE

La duchesse Dupont-Dufort, M Huspar, avoué et Monsieur…

Elle hésite.

Monsieur Gaston.

A Huspar.

Nous sommes bien obligés de lui donner ce nom jusqu’à nouvel ordre. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Antigone de Jean ANOUILH

 

Le voyageur sans bagages, Jean Anouilh, Editions Gallimard (5 juillet 2007), 217 pages, 6.20 euros

Par Hélène - Publié dans : Théâtre
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Présentation

A méditer

"- Tu te rappelles, le reptile préhistorique qui est sorti pour la première fois de la vase, au début du primaire ? Il s'est mis à vivre à l'air libre, à respirer sans poumons, en attendant qu'il lui en vienne ?

- Je ne me rappelle pas, mais je l'ai lu quelque part.

- Bon... Eh bien ! Le gars-là, il était fou, lui aussi... complètement loufdingue. C'est pour ça qu'il a essayé. C'est notre ancêtre à tous, il ne faudrait tout de même pas l'oublier. On serait pas là sans lui. Il était gonflé, il n'y a pas de doute. Il faut essayer, nous aussi, c'est ça, le progrès. A force d'essayer, comme lui, peut-être, qu'on aura à la fin les organes nécessaires, par exemple, l'organe de la dignité, ou de la fraternité..."

(Les racines du ciel, Roman GARY)

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