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Trois jours et une vie de Pierre LEMAITRE

Publié le par Hélène

Bienvenue dans un univers glauque ! L'auteur semble-t-il voulait s'interroger sur les conséquences de nos actes. Il a donc choisi un jeune garçon de douze ans responsable de la mort d'un autre petit garçon de 6 ans. En proie à la panique après avoir tué le petit Rémi dans un accés de colère, Antoine décide de cacher le corps et de se taire. Les recherches pour retrouver le petit Rémi s'organisent alors dans le petit village de Beauval,  microcosme dans lequel les conflits s'exacerbent... Observant de loin les uns et les autres s'agiter pour résoudre le mystère de la disparition du petit garçon, Antoine tremble...

Si Pierre Lemaître maîtrise indéniablement l'art de la narration, l'ensemble de son roman m'a semblé creux, basé sur un fait divers somme toute sordide. Le suspens demeure l'élément principal qui nous laisse accroché aux pages : Antoine sera-t-il découvert ? Mais la construction reste bancale, puisque au moment où les recherches battent leur plein, une tempête violente inopinée sévit sur Beauval, plaçant soudainement au second plan la disparition. Tempête artificielle, placée ici pour permettre à l'auteur de s'abstraire rapidement du présent. Que faire après la tempête si "brillamment" trouvée ? Deux ellipses temporelles permettent un autre retournement de situation tout aussi soudain, la première nous lance en 2011, puis la deuxième en 2015, aussi vides de sens l'une que l'autre.

Alors oui, la peinture d'une petite vie de province étriquée est plutôt bien rendue, ainsi que cette volonté de fuir chevillée à Antoine mais je n'ai guère compris où voulait en venir l'auteur ! Une déception, un roman inabouti après l'excellent Au revoir là-haut.

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : Au revoir là-haut ; Mise en BD avec Christian DE METTER : Au revoir là-haut

D'autres avis : Jérôme ; Alex  ; Sandrine ; Delphine  ; Clara 

 

Trois jours et une vie, Pierre Lemaître, Albin Michel, mars 2016, 288 p., 19.80 euros 

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Martin Eden de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"En vain il se demandait : où sont les grandes âmes ? Et parmi la foule d'êtres indifférents, informes, stupides qu'il évoquait, il ne trouvait rien." p; 294

Martin Eden vient de débarquer d'un bateau de pêche quand  il vole au secours d'un homme élégant malmené par des voyous dans une bagarre. Pour le remercier, Arthur Morse l'invite dans l'opulente demeure familial où il rencontre la soeur d'Arthur, Ruth. Martin est fasciné par le milieu qu'il découvre et il tombe immédiatement amoureux de Ruth. Il décide alors de s'instruire en audodidacte pou intégrer la communauté des intellectuels qui gravitent autour de la jeune femme, et pour, peut-être, espérer lui plaire un jour. Fasciné par le savoir, il progresse très rapidement, supplantant bien vite ces bourgeois aux idées conformistes. Ruth n'estime que les valeurs établies, incapable de réfléchir par elle-même, elle n'estime que  ceux qui ont réussi et rejette ceux qui échouent. Elle se laisse néanmoins séduire par la vitalité de Martin, l'exhortant à se fondre dans la société bourgeoise en prenant un travail honorable. Mais Martin n' a qu'une ambition : il veut écrire et vivre de la littérature. 

S'il est obligé de retourner travailler régulièrement pour gagner de l'argent, sa dernière expérience en blanchisserie le dégoûte définitivement de cette vie de labeur qui pousse les hommes vers la boisson et les transforme en brutes. Le travail l'aliène. 

Mais son ascension intellectuelle ira de pair avec une désillusion poignante.

"Autrefois, il s'imaginait naïvement que tout ce qui n'appartenait pas à la classe ouvrière, tous les gens bien mis avaient une intelligence supérieure et le goût de la beauté ; la culture et l'élégance lui semblaient devoir marcher forcément de pair et il avait commis l'erreur insigne de confondre éducation avec intelligence." p. 286

Martin se réclame de Nietzsche pour lui "Le monde appartient aux forts, à ceux qui allient la force à la noblesse d'âme, qui ne se vautrent pas dans les mares croupies des compromissions, dans les pots-de-vin et les affaires plus ou moins véreuses. " "Il ne faut être esclave que de la beauté". Il veut être aimé pour lui-même, par lui-même et non pas pour sa notoriété ou son argent. 

La conclusion de ce combat solitaire ne pouvait qu'être tragique, "La vie n'est, je crois, qu'une gaffe et une honte. C'est vrai, une gaffe et une honte." p. 396

S'il est certain que Martin Eden partage avec Jack London certains points communs, l'auteur ayant connu cette misère pour se consacrer lui aussi à la littérature, pour l'amour d'une femme, les deux hommes avaient deux conceptions de la vie bien différentes puisque Jack London était résolument socialiste, croyant en l'homme et fustigeant cette individualisme. Pour l'auteur, un individu seul ne peut l'emporter face à la société, le manque de solidarité poussant les hommes à leur perte.

Le récit de la trajectoire tragique de ce jeune ouvrier qui fait l'épreuve de l'incompréhension, de la misère du désespoir,  constitue à juste titre le chef d'oeuvre de Jack London.

 

Martin Eden, Jack London, traduit de l'anglais par Claude Cendréé, 10/18, 

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Une putain d'histoire de Bernard MINIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Prix Cognac du meilleur roman francophone

Henry, 17 ans, vit avec ses deux mères adoptives sur l'île de Glass Island dans l'état de Washington, lieu battu par les vents, cerné par la brumes 360 jours par an et uniquement accessible par ferry. C'est sur une de ses plages que la petite amie de Henry, Naomi, est retrouvée morte, assassinée. Les soupçons se portent immédiatement sur le jeune homme, d'autant plus que peu de temps avant sa disparition, une violente dispute a éclaté entre les deux amoureux. Accompagnés de ses amis, Charlie, Johnny, KaylaHenry décide de mener lui aussi l'enquête afin de se disculper. Commence alors une plongée dans l'univers intime des habitants de l'île, plongée fascinante tant chacun cache des secrets inavouables... 

"Nous sommes tous des menteurs. Nous déguisons, nous falsifions, nous modifions, nous comblons les vides. Nous sommes tous des mythomanes ; il n'y a que le degré de mythomanie qui change." p. 398

Sur cette île coupée du monde, balayée par les vents et par une pluie insidueuse qui s'immisce dans les esprits et dans les coeurs, les identités des uns et des autres sont fluctuantes et dans ce contexte, le coupable sera difficile à cerner...

http://alexavancouver.blogspot.fr/

Parallèlement, Henry est recherché par son vrai père qui use de tous les moyens modernes pour traquer ce fils qu'on lui a enlevé. Ainsi, sont pointés du doigt les dangers du net et la surveillance de l'état omniprésente incluant l'absence de vie privée de plus en plus prégnante, et la possibilité d'espionner qui on le souhaite, même en n'étant qu'un hacker débutant, par l'intermédiaire de nos téléphones, ordinateurs... 

"Les gens sont naïfs... La plupart évoluent dans le cyberespace comme des touristes américains qui, dans un rade mexicain, poseraient leurs portefeuilles, leurs clés de voiture et leurs cartes bancaires sur la table." p. 483

Malgré quelques invraisemblances, cette putain d'histoire au suspens haletant est difficile à lâcher !!

 

Présentation de l'éditeur : Pocket 

D'autres avis : Alex 

Du même auteur : Le cercle

Site de l'auteur http://bernard-minier.com/

 

Une putain d'histoire, Bernard Minier, Pocket,  mai 2016, 598 p., 8.20 euros

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Les maraudeurs de Tom COOPER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

A Jeanette, en Louisiane, après le passage de Katrina, la marée noire sévit à son tour, ruinant de nombreux pêcheurs. Parmi ces derneirs, Gus Lindquist, pêcheur manchot accro aux anti-douleurs et traînant à ses heures perdues sur les îles avoisinantes, à la recherche du trésor caché de Jean Lafitte, célèbre flibustier. Wes Trench a subi aussi de plein fouet ces catastrophes naturelles puisqu'il a perdu sa mère dans l'ouragan. Il aide désormais son père sur son bateau, jusqu'à ce que la rupture entre les deux hommes soit définitivement consommée.  "Rita, Gustav et Katrina avaient fait sonner les trompettes de l'apocalypse, mais cette fois c'était la bonne. (...) La quantité de mazout et de poison dans la mer, les millions de dollars perdus pour l'industrie de la pêche." Les pêcheurs de crevettes sont parmi les premiers touchés, les restaurateurs préfèrant désormais servir des crevettes provenant de Chine, bien plus grosses que les minuscules crevettes de Louisiane, atrophiées par la marée noire...

De son côté, Brady Grimes surfe sur la vague :  il est mandaté par la compagnie pétrolière pour convaincre les familles snistrées de renoncer à toute poursuite en échange d'un chèque. En marge, les frères Toup, jumeaux psychopathes, font pousser de la marijuana sur une des îles du marécage, drogue convoitées par Hanson et Cosgrove, deux losers prêts à tout pour s'enrichir.

Ces personnages torturés survivent comme ils le peuvent, tant bien que mal, avec leur conscience en berne ou leur culpabilité marquée, chacun trouve un échappatoire.

"Wes se disait que tout le monde, d'une manière ou d'une autre, cherchait un trésor. Un ticket de loterie, une carte de joueur de base-ball, la photo égarée d'un amour de jeunesse. Un bateau." p. 162

Malmenés par la vie et la nature, les uns et les autres font des choix aléatoires sur la route de la vie, conscients de la difficulté de prendre des décisions bancales pouvant sceller leurs destins. Au sein du bayou, la pression monte peu à peu. Si l'entraide perdure, ce qui les rive à cette région sinistrée est surtout leur amour inconditionnel pour ce lieu :

"Chez lui : la saveur amère des huïtres fraîches qu'on vient de tirer de l'eau. Les invasions de termites au début du mois de mai. La cacophonie des grenouilles des marais en été. Les grillons toute la journée. Les criquets pendant la nuit. Les averses éclairs de fin juillet, cinq minutes de pluie diluviennes. Les pick-up chargés de canne à sucre qui traversent la ville en bringuebalant, à l'automne. La joie du carnaval de Mardi Gras. La bénédiction de la flotte des bateaux de pêche. La guirlande des petites barques dans la baie. La minuscule constellation de leurs phares, brillant comme des lampions de Noël à l'horizon. L'étrange lueur verte, d'un éclat presque surnaturel, émanant des cyprès à l'heure du crépuscule au printemps. Le parfum terreux du ragoût d'écrevisses. Les pralines de pécan, le boudin, le gombo. Les alligators et les hérons et les sébastes et les crevettes. Les voix cajuns, profondes et rocailleuses. Les vieux visages aux rides étranges, sinueuses cmme des empreintes digitales. " p. 392

@easyvoyage

L'auteur voulait faire entendre la tonalité du lieu là bas à notre époque. Une tonalité sombre, seules quelques touches de lumière réussissent à percer à travers la végétation dense du bayou, mais elles sont d'autant plus précieuses... Un très beau roman !

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

D'autres avis : Blogs :  Jérôme Electra ; Presse : France Inter 

 

Merci à l'éditeur. 

 

Les maraudeurs, Tom Cooper, traduit de l'anglais (EU) par Pierre Demarty, Albin Michel, mai 2016, 398 p., 22 euros 

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L'étoile de Sagarmatha de Jean-Marie DEFOSSEZ

Publié le par Hélène

♥ 

Etienne est un jeune adolescent de 16 ans fasciné par une jeune fille népalaise de sa classe , la belle Thara. Petit à petit il parvient à s'approcher de la jeune fille et une relation forte naît entre eux deux. Cette relation mènera Etienne jusqu'au pied de Sagarmatha, déesse du ciel et montagne mythique plus connue sous le nom de mont Everest.

Si la première partie du roman consacrée à la mise en place de l'intrigue est un peu longue, laborieuse et frôle quelquefois la mièvrerie, la deuxième partie se déroulant au Népal est très belle. Etienne vit une expérience unique en tentant cette ascension mythique, mystique, aux dangers innombrables. Il se heurte à ses propres limites mais aussi à la force de la nature  et du hasard.

"Malgré ma fatigue et mon essoufflement croissant, le magnétisme du lieu m'a semblé extraordinaire : il y a d'abord eu la lumière, qui jouait d'une infinité de reflets sur la neige et la glace ; ensuite les parois autour de nous montant si vite et si haut qu'elles donnaient l'impression que les roches, ici, à l'image des hommes, se tenaient devout ; et enfin la force incroyable qu'ont soudain pris le vide, le silence et l'azur lorsque la pointe glacée du Lhotse a surgi tel un soleil deux kilomètres au-dessus de nos têtes." p. 124

Epaulé par son guide, il affronte les avalanches, les chutes de pierre, le froid, le mal des hauteurs dû au manque d'oxygène, et chaque pas est un effort surhumain. L'abandon n'est jamais loin, et pourtant il souhaite arriver en haut, sur le toit du monde, pour lui, mais surtout pour Thara... Parviendra-t-il à frôler les étoiles ?

Ce que j'ai moins aimé : C'est vraiment dommage que l'aventure ne commence qu'à la page 80, soit presque à la moitié du livre...

 

L'étoile de Sagarmatha, Jean-Marie Defossez, Nathan aventure, 2007, 153 p., 4.95 euros

A partir de 12 ans.

 

Conseillé par ma copine Bénédicte ! Merci !

Publié dans Jeunesse Roman

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L'île Louvre de Florent CHAVOUET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Quel plaisir de retrouver l'inventivité de Florent Chavouet, ses dessins denses, ce sens du détail qui nous enjoint à regarder le monde d'un oeil plus vif !

Dans une coédition avec les éditions du Louvre, Futuropolis propose à des auteurs de livrer leur propre ressenti sur ce lieu mythique. Avant Florent Chavouet, ce sont livrés à l'exercice Jirô Taniguchi,  Enki Bilal, Etienne Davodeau, David Prudhomme, Christian Durieux, et Loo Hui Phang avec Philippe Dupuy. Florent Chavouet imagine que le musée du Louvre est devenu une île et c'est vers un autre monde insulaire que l'auteur se dirige pour passer quelques temps en observation auprès des habitants de l'île (gardiens, personnel du ménage..) et des visiteurs. 

Les gardiens du temple échangent avec bonheur autour de ce lieu de travail si particulier, avouant répondre souvent aux mêmes questions : "Où se trouve La Joconde / la Vénus de Milo / la Victoire de Samothrace / les toilettes ?" Détail incongru, on apprend aussi que les objets les pus volés du musée sont les doigts des statues... 

Pour nourrir ses pages, l'auteur se laisse surtout porter par la magie du lieu et par les discussions des visiteurs, une source d'inspiration sans fin...

"Ah voilà enfin les petits tableaux, je préfère, c'est moins prétentieux."

"Et par rapport à Orsay tu trouves ça comment ?

Oh c'est pareil mais c'est pas les mêmes peintures."

"Tu vois c'est Jacques Louis David pas Jean Louis David"

Les couples sans langue de bois constituent une cible de choix pour le dessinateur, comme cet homme qui dit à sa femme "Attends mets toi à côté des cruches je vais te prendre en photo."

 

Au centre de la bande dessinée, une vue panoramique du musée se déplie, élément ludique qui rappelle les plans immenses fournis dans les musées, clin d'oeil qui nous plonge encore davantage dans le plaisir de la visite !

C'est donc un pari réussi pour Florent Chavouet qui a su rendre un bel hommage au musée, principalement par le biais de ceux par qui vit l'art : les visiteurs, qu'ils soient esthètes ou amateurs.

Une réussite ! 

 

Présentation de l'éditeur : Futuropolis  ; Editions du Louvre 

D'autres avis : Mo ; Leiloona, Jérôme  France inter 

Du même auteur  Manabéshima Petites coupures à Shioguni 

Sur le même sujet :  Le chien qui louche ; La traversée du Louvre , Les gardiens du Louvre

Blog de l'auteurhttp://florentchavouet.blogspot.fr/

 

L'île Louvre, Florent Chavouet, Futuropolis, novembre 2015, 96 p., 20 euros

 

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Rien ne résiste à Romica de Valérie RODRIGUE

Publié le par Hélène

♥ 

"Il y a la pauvreté mais il y a aussi la famille, les enfants, l'amour. Sans tout cela, il n'y aurait que la pauvreté." p. 72

Après le discours de Nicolas Sarozy en 2010 dans lequel il stigmatisait les Roms et créait un amalgame dérangeant entre Roms, gens du voyage et délinquance, Valérie Rodrigue, journaliste dans des magazines féminins, s'insurge et décide de réagir, de militer. Dans un premier temps, elle s'investit auprès des enfants et propose de l'aide aux devoirs dans un village d'insertion rom roumain dans le 93. Puis, un beau jour, son chemin croise celui de Romica, une jeune rom enceinte faisant la manche avec son enfant. Touchée par la détresse mêlée de colère de la jeune femme, elle s'intéresse à elle et une amitié improbable voit alors le jour. Délicatement, des liens profondément humains se tissent entre elles. Valérie devient "l'ange gardien" de Romica, lui rappelant qu'elle a des droits sur le sol français, et qu'elle a aussi le droit de croire à ses rêves "Enfin, parce qu'elle avait un rêve, Romica, celui de devenir médecin. Mais la vie de misère n'autorise pas les rêves, seulement le mariage à l'âge de la puberté et les grossesses non désirées à la suite. C'est ça naître fille et rom dans les Balkans." (Source http://www.huffingtonpost.fr/)

Elle offre ici le témoignage de cette rencontre et de cette communauté stigmatisée. Ce sont des hommes et des femmes qui doivent toujours reconstruire, ailleurs, encore et encore parce qu'ils sont chassés, expulsés, parce que leurs camps sont incendiés. Des êtres touchants qui se heurtent pourtant aux préjugés, aux phrases toutes faites, à la méfiance collective, résonnant des discours habituels ""Qu'ils travaillent au lieu de faire la manche." "Dans une situation pareille on ne fait pas d'enfants." "Ils ont des enfants pour les faire mendier." "Ils viennent ici pour les prestations sociales." "Encore faut-il qu'on leur donne le droit de travailler et la possibilité d'engager une nounou pour garder leurs enfants ...

"S'ils mendient, c'est qu'ils n'ont rien, ni argent, ni nourriture, ni bien à échanger. Si les mères mendient avec leurs enfants, c'est qu'elles n'ont pas d'autre choix, à moins de les laisser tout seuls dans la cabane du bidonville. Elles n'ont qu'à les confier ? A qui ? A une nourrice agréée ?

Pour obtenir des prestations sociales (CAF, CMU), il faut pouvoir justifier d'un domicile, d'un séjour régulier et de ressources déclarées. Autant dire que cela concerne des gens qui ont déjà des acquis. Autant dire une infime minorité.

L'Aide médicale d'Etat est rarement accordée, seulement dans 7% des cas éligibles. Parce qu'il est difficile de comprendre la paperasse française, sauf à avoir été scribe dans une autre vie, parce qu'il faut avoir une domiciliation, parce qu'il faut attendre la réponse environ trois mois, sans se décourager malgré les expulsions et les ordres de quitter le territoire français." p. 62

Valérie Rodrigue peint des réalités là où ne règne que des préjugés, elle s'est intéressée à ces êtres humains démunis en suivant la jeune Romica. Elle raconte les aberrations administratives, le parcours du combattant pour obtenir un bout de papier nécessaire à la survie et à l'intégration, la difficulté de se faire comprendre pour des populations qui ne parlent pas toujours le français, mais elle montre aussi que l'espoir peut être au bout du chemin. 

Ce récit d'une vraie rencontre, entre deux femmes d'univers opposés, résonne profondément dans nos esprits. "Romica, c'est Dora, jeune femme rom roumaine de 25 ans, arrivée en France en 2008 par le circuit des passeurs. Elle ne s'attendait ni à cette misère ni à faire la mendicité. Venant d'un ancien pays communiste où la contraception était interdite, elle a eu quatre enfants (mariée à 14 ans) et plusieurs avortements sauvages sur les bidonvilles."

@Le Parisien

Ce que j'ai moins aimé :

Le style est assez basique, très journalistique, décrivant un état de fait sans aucune fioriture. 

Bilan : Un beau témoignage brut qui met en avant l'importance des liens humains et la foi en l'humanité. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Plein Jour

D'autres avis : Antigone ; Clara ; Paolina

Revue de presse 

 

Merci à l'éditeur.

 

Rien ne résiste à Romica, Valérie Rodrigue, Plein jour, mars 2016, 176 p., 17 euros

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L'inespérée de Christian BOBIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"L'intelligence est la force, solitaire, d'extraire du chaos de sa propre vie la poignée de lumière suffisante pour éclairer un peu plus loin que soi -vers l'autre là-bas, comme nous égaré dans le noir." 

Dans ces courts textes lumineux, Christian Bobin nous invite à porter attention au monde qui nous entoure. 

Dans le premier il écrit "Une lettre à la lumière qui traînait dans les rues du Creusot , en France, le mercredi 16 décembre 1992, vers quatorze heures.", louant ainsi un monde personnifié vivant qui répandrait la joie dans le coeur de celui qui aura su saisir la beauté de l'instant. 

"Ecrire des lettres d'amour est, certes, un travail peu sérieux et sans grande importance économique. Mais si plus personne ne l'exerçait, si personne ne rappelait à cette vie combien elle est pure, elle finirait par se laisser mourir -vous ne croyez pas ?" p. 16

Vivre pleinement l'instant, cela signifie aussi lutter contre les maux de notre époque comme cette fuite en avant du temps,  "La vraie vulgarité de ce monde est dans le temps, dans l'incapacité de dépenser le temps autrement que comme des sous, vite, vite, aller d'une catastrophe aux chiffres du tiercé, vite glisser sur des tonnes d'argent et d'inintelligence profonde de la vie, de ce qu'est la vie dans sa magie souffrante, vite aller à l'heure suivante et que surtout rien n'arrive, aucune parole juste, aucun étonnement pur." p. 21 Le Mal

La légèreté de l'instant se retrouve dans l'innocence de l'enfant qui vit seulement ici et maintenant, et peut par l'imagination s'évader au-delà des frontières closes du réel. Dans "Le thé sans le thé", l'écrivain s'évade d'une conférence soporifique pour aller jouer avec des enfants, et dans 'Une fête sur les hauteurs', les enfants tutoient les anges de la mort, instinctivement, en lançant les conventions par dessus tête, ils rendent un dernier hommage fleuri à une aïeule décédée.

Par le pouvoir de l'écriture qui évoque plus que les images, l'écrivain grave dans les mots la beauté transcendante de ses rencontres, et les plaisirs minuscules qui embellissent la vie, comme celui de nager dans un étang, en se laissant porter par le courant, comme en apesanteur ("Elle ne vous fait plus peur")

"Il nous faudrait apprendre à compter un par un chaque visage, chaque vague et chaque ciel, en donnant à chacun la lumière qui lui revient dans cette vie obscure." p. 111 "L'inespérée"

 

Présentation de l'éditeur : Folio 

D'autres avis : Babelio 

Du même auteurLes ruines du ciel  ♥ ♥  ; La part manquante ♥  ; L’homme-joie ♥ ♥ ♥ ;  Eloge du rien ♥ ♥ ♥ ; La dame blanche ♥ ♥ ♥ ; La grande vie ♥ ♥ ; L'épuisement  ♥ ♥ ♥ ♥ ; L'inespérée ♥ ♥ 

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Créance de sang de Michael CONNELLY

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Une histoire de coeur...

Terry McCaleb, héros récurrent des romans de Connelly, a subi un infarctus, il y a deux ans de cela en traquant « le tueur au code ». Il a pu survivre grâce à une greffe de coeur. Deux ans plus tard, la soeur de sa donneuse lui demande d'élucider le meurtre de sa soeur. McCaleb accepte, son coeur lui dictant de le faire... 

McCaleb apparaît comme un être humain faillible derrière ses apparences fortes. Perdu dans le Los Angeles des années 90, il est aux prises avec une Amérique violente, dans laquelle vie et mort s'entrelacent étroitement, effaçant peu à peu les frontières de l'éthique. Après avoir flirté avec la mort, Terry laisse les affres de la culpabilité le ronger, puisqu''il doit sa vie à la mort d'une autre. Si la greffe sauve son coeur, son âme reste torturée...   

Il se lance à corps perdu dans la traque du criminel, le roman rejoignant alors les ficelles du roman américain classique avec sa violence sous-jacente, le FBI et ses mystères, ses rebondissements multiples, bref ce qu'il faut pour tenir le lecteur en haleine durant 400 pages... Michael Connelly est passé maître dans l'art du suspens et il nous offre ici un de ses meilleurs opus (avec "Le poète"). Si la construction reste assez classique, l'efficacité est indéniable ! 

Il a obtenu le grand prix de littérature policière en 1999 et a été porté à l'écran en 2002 par Clint Eastwood

 

Présentation de l'éditeur : Points 

D'autres avis : Babélio 

Du même auteurLes neuf dragons 

 

Lu en compagnie de Sandrine de Tête de Lecture avec qui nous fêtons aujourd'hui les 60 ans de Michael Connelly. Elle a lu La blonde en Béton. Quant à elle, Laure nous parle de La glace noire . Kathel a lu Les dieux du verdict. Le Bouquineur Le cinquième témoin

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La poésie sauvera le monde de Jean-Pierre SIMEON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Qui se sent apte à la vaste polysémie du poème, se rend apte à la polysémie du monde qui n'est plus, comme dans le poème, un obstacle mais une chance."

Assertion percutante que celle développée ici par Jean-Pierre Siméon, mais si cette provocation étonne, au fil des mots de son essai, elle prend tout son sens. Car la poésie est une force. Une force oubliée, le déni de la poésie demeurant un fait et pourtant elle recèle en son sein une dimension sociale transgressive agissante notoire, elle peut constituer un véritable enjeu politique. Comment ? 

"La poésie relève d'abord d'un principe premier et fondateur d'incertitude. Elle est donc d'abord un scepticisme, je veux dire une quête de l'ouvert qui récuse l'immobilisation tant dans le pessimisme arrêté que dans l'optimisme béat. Elle naît du pressentiment que toute vue des choses, toute nomination, tout concept, toute définition, pour indispensables qu'ils soient, tendent à clore le réel et à en limiter la compréhension." p.  23

La poésie est à la fois mystère et ouverture, par le pouvoir d'un langage révélé, elle densifie ce qui doit l'être, à l'opposé de notre époque qui simplifie pour mieux abrutir les citoyens :

"Telle est la supercherie de nos démocraties : elles tiennent le citoyen informé comme jamais mais dans une langue close qui, annihilant en elle la fonction imaginante, ne lui donne accés qu'à un réel sans profondeur, un aplat du réel, un mensonge. C'est le règne d'une logorrhée qui noie le poisson du sens." p. 29

L'ère du divertissement aliène les esprits et la poésie serait alors un véritable acte de résistance contre cette oppression généralisée. Perversive, elle peut en effet l'être puisque qu'elle interroge et qu'en entendant la langue du poème, le lecteur sait "qu'une autre langue est possible qu'un autre énoncé du monde est possible, que d'autres représentations du réel sont disponibles." 

"Propager la poésie, c'est contester l'assimilation du populaire au vulgaire. Rendre la poésie populaire, la plus distinguée poésie, c'est venger le peuple de la vulgarité à quoi on le réduit, par le partage de la distinction." p. 76 

Elle permet l'émergence de l'inconnu, et constitue également un lien essentiel entre les hommes "traversant l'évidence du fait pour rejoindre l'universel" :

"Tout poème est un concentré d'humanité, qui révèle à chacun son altérité, c'est-à-dire son affilnité avec l'autre et l'arrachant ainsi à sa petite identité personnelle de circonstance, le relie." p. 26

En éveillant la conscience, cette poésie millénaire permet de lutter contre l'"infractus de la conscience", la plus grave maladie qui guette le citoyen selon l'auteur. 

"On rêve d'une minute de silence universel où le monde se tiendrait soudain immobile et muet, les yeux clos, attentif au seul respir du vent dans les arbres, au chuchotement clair d'un ruisseau, au déploiement d'une herbe dans la lumière, à l'unanime pulsation du sang dans les coeurs, une minute pour que le monde reprenne conscience  et se réajuste à la seule réalité qui vaille, le pur sentiment d'exister un et multiple, entre deux néants, sur la terre perdue dans les cieux innombrables." p. 60

Appelant à une insurrection poétique, Jean-Pierre Siméon insuffle l'espoir dans nos coeurs, parce qu'il sait que "Quand on n'est pas capable de donner du courage, on doit se taire." Franz Kafka

Un texte essentiel !

 

D'autres avis :

Interview dans Le Nouvel Obs

"J’entends par poésie non pas le charmant ornement qu’on y voit généralement, mais la manifestation radicale et intransigeante d’une façon d’être au monde et de penser le monde qui a des conséquences dans tous les ordres de la vie, sociale, morale et politique. Poésie désigne cet état de la conscience à vif qui, jouissant de l’inconnu et de l’imprévu, récuse toute clôture du sens, c’est-à-dire toutes ces scléroses, concepts péremptoires, identifications fixes, catégorisations en tout genre qui répriment la vie, ce mouvement perpétuel, et nous font manquer la réalité telle qu’elle est vraie et telle que le poète et l’artiste la perçoivent et la restituent : d’une insolente et infinie profondeur de champ. Elle est donc, la poésie, un dynamisme, un appétit sans bornes du réel qu’elle questionne dans le moindre de ses effets (tout poème est la formulation de ce questionnement), bref une espérance : rien n’est fini, dit-elle. " L'humanité 

 

Merci à l'éditeur.

 

La poésie sauvera le monde, Jean-Pierre Siméon, Le passeur éditions, janvier 2016, 96 p., 13 euros

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