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Petits oiseaux de Yôko OGAWA

Publié le par Hélène

                     

♥ ♥ 

"Le son infiniment pur était sans faille. Porté par le vent froid du matin, il continuait à danser au-dessus de sa tête." 

Ce que j'ai aimé :

Quand meurt celui qui était surnommé "Le monsieur aux petits oiseaux",  les habitants du quartier se rendent compte que "presque aucun d'eux ne savait qui était ce monsieur aux petits oiseaux." Ils le connaissaient de vue, mais peu lui avaient vraiment adressé la parole. Seuls les oiseaux semblent rendre un hommage funèbre à cet homme hors norme qui savait si bien leur parler.

Il fut un temps où ce Monsieur aux petits oiseaux avait un frère qui pouvait converser avec les oiseaux, qui passait ses heures à les observer dans la volière du jardin d'enfants voisin, un frère qui parlait une autre langue, inconnue, étrange, que seul son cadet pouvait comprendre. Un langage proche de celui des oiseaux, un langage qui le rleie au monde mais l'éloigne des humains. Une relation tendre et privilégiée s'établit entre les deux frères.

"Il s'aperçut bientôt qu'il considérait son aîné comme un oiseau migrateur épuisé. Les mots inventés par son frère étaient semblables aux itinéraires suivis par les oiseaux. Personne ne comprenait pourquoi ils se mouvaient là, si leur forme avait une signification, ni où ils les menaient." (p. 121)

A la mort des parents, ils vivront ensemble, leur vie étant construite de rituels comme la sucette de pawpaw du mercredi, les voyages imaginaires, l'observation des oiseaux. Ils se construiront un monde à eux, préservé, heureux, leur différence et leur solitude les nourrissant l'un l'autre. 

Une tendresse infinie court dans ces pages, une poésie qui s'attache à l'infime, au pépiement des oiseaux, à la quiétude d'une roseraie ou au plaisir de lire.

"Il voulait connaître les formes des étoiles reliées entre elles et ce qui servait aux oiseaux de fil conducteur dans leurs yeux infinement noirs et profonds, qui ne reflétaient rien de superficiel. Il lui semblait que suivre ces formes le mènerait aux oiseaux de son aîné. L'unique embarcation que seul son frère pouvait manoeuvrer s'était éloignée de lui, finissant par disparaître au fil de l'eau. Si par hasard il restait un chemin qui pouvait le conduire jusqu'à son îlot, il ne le trouverait pas ailleurs qu'à travers le ciel. Seuls les oiseaux connaissaient l'itinéraire. Seuls les oiseaux savaient déchiffrer les signes." (p. 119)

Un très beau conte sur la différence. 

Ce que j'ai moins aimé :

Ne lisez pas la quatrième de couverture qui en dit trop et injustement.

Premières phrases :

"Lorsque mourut le monsieur aux petits oiseaux, sa dépouille et ses afffaires furent contrairement à l'usage promptement débarassées. Il vivait seul et son corps avait été découvert plusieurs jours après le décès."

Informations sur le livre :

Actes sud 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : La mer

D'autres avis :

Cachou

Page 

 

Petits oiseaux, Yôko Ogawa, roman traduit du japonais par Rose-Marie Maino-Fayolle, Actes Sud, septembre 2014, 272 p., 21.8 euros

 

Note : 3/5 

  • Qualité de l’écriture : 4/5 
  • Plaisir à la lecture : 2/5
  • Originalité du livre : 5/5

Publié dans Littérature Asie

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Kobra de Deon MEYER

Publié le par Hélène

                         

♥ ♥ ♥ 

"La vie n'est qu'une longue succession de désillusions, qui nous guérit des mythes et des fictions de l'adolescence." 

Ce que j'ai aimé :

Benny Griessel  s'est installé avec sa petite amie Alexa, mais doit faire face à ses assauts érotiques journaliers, lui dont la libido a été noyée dans l'alcool. Alcool qui l'appelle encore du fond des bars louches, et Griessel a bien du mal à résister à l'appel des sirènes... Une enquête l'éloigne un temps de ces préoccupations.

Les corps de trois gardes du corps sont en effet retrouvés dans une guest-house. Les hommes étaient chargés de surveiller un homme d'affaires anglais, Adair qui a mystérieusement disparu. Et les recherches que mènent Griessel et son équipe sur cet homme se heurtent à sa hierarchie et au consulat qui semblent peu enclins à dévoiler des informations sur lui. 

Parallèlement, nous suivons la piste de Tyrone, un jeune pickpocket qui finance de ses larcins les études de médecine de sa soeur,  et qui va se retrouver embarqué malgré lui dans cette histoire. 

L'enquête très rythmée va prendre rapidement la forme d'un contre la montre qui se joue minute après minute. 

Déon Meyer nous livre également un portrait d'une Afrique post-aprtheid en friche : le gouvernement se délite, la grangrène gagne du terrain, corruption, mauvaise gestion, cupidité, méfiance publique sont monnaie courante. "Le Service s'enfonçait de nouveau dans les sables mouvants de l'inefficacité." Un idéal de justice anime malgré tout Griessel, qui s'oblige à ne pas baisser les bras car la population compte sur ses services pour faire régner l'ordre. Ainsi, en preux chevalier,et ce malgré des baisses de régime, il avance envers et contre tout pour ne pas décevoir ceux qui croient encore en la justice et en l'équité. 

Un polar haletant efficace et intelligent !

Ce que j'ai moins aimé :

La quatrième de couverture en dit trop !

Premières phrases :

"La pluie tambourinait sur le toit de tôle ondulée. 8h10 du matin. Le capitaine Benny Griessel ouvrit la mallette de scène de crime posée sur le mur de la véranda, et en sortit des surchaussures de protection puis des gants de latex."

Informations sur le livre :

Seuil 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  13 heures A la trace  7 jours 

D'autres avis :

Le FigaroMarc VillardPage Jean- MarcMarianne 

 

Kobra, Deon Meyer, traduit de l'anglais (Afrique du Sud) par Estelle Roudet, Seuil policier, octobre 2014, 448 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Chasses furtives de Léon MAZZELLA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Et l'on se retrouve nu sur le chemin qui mène à soi, cerné par l'existence et serré dans son passé, cherchant la clarté à tâtons comme un aveugle dans la foule tourne sa main vers un corps et usant de son épuisement pour s'excuser auprès de la vie." 

Ce que j'ai aimé :

Jean se remémore les moments suspendus passés aux côtés de son grand-père, quand ils vivaient ensemble dans la maison du marais. A l'âge où ses camarades couraient les filles, lui préférait courir la campagne "Il était chasseur de toutes ses fibres. C'était un séducteur d'oiseaux." Il vivait heureux, "entre le presque rien et l'indicible"  habité par des rêves à sa mesure : 

"Voir, seulement, la bécassine double. Prendre un grand tétras au chant, un seul pour la vie, quelque part dans un pays d'Europe de l'Est. Et parvenir à toucher, de la main, un gros animal -sanglier, cerf, phacochère, antilope - peu m'importait..." 

 Avec ces Chasses furtives, Jean -alias Léon- souhaite rendre hommage à son grand-père qui s'en est allé trois ans plus tôt rejoindre les cieux aux côtés des oiseaux. Accompagné de son fidèle chien, compagnon de toujours, Jean arpente les marais de son enfance, à l'affût, plongé dans ses souvenirs mélancoliques, "Seul avec son esprit traqué par la disparition des êtres et par la transparence des choses."

Apparaissent quelques personnages derrière le grand-père : la "femme-renarde", le braconnier taiseux, mais les personnages qui survolent poétiquement ces pages et leur donnent tout leur sens restent les oiseaux. Ceux qui relient le passé et le présent, ceux qui planent avec son grand-père, ceux qui témoignent d'une vie harmonieuse avec le monde et la nature, et donnent soudain l'impression d'être à sa place. Ancré dans un monde qui a soudain du sens. 

L'émotion à fleur de peau caresse les pages de ces "Chasses furtives" et leur offre toute leur beauté. 

"Trente ans après, je me souviens bien de mon urgence à dire, à chacun de mes retours, les impressions intenses volées à l'aurore, les départs pressés pour la chasse, le givre qui habille l'herbe et les branches, le ciel bleu de novembre que le miroir brisé de joncs des marais reflète, la disparition de la dernière étoile, l'orangé timide de l'horizon, l'air qui glace les spoumons. L'insolente beauté de la nature qui me faisait parfois pleurer de bonheur, seul dans les barthes d'Orist, Siest, Pey et Saubusse. La joie gigantesque que cela me procurait. La seule vue d'un vol de vanneaux suffisait alors à me faire chavirer d'un plaisir que je savais étrange et que je renonçais à définir."

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien

Premières phrases :

"Jean s'étira et planta son regard au plafond. Il mit ses mains derrière la tête et pensa fort à son grand-père qui faisait toujours la sieste dans cette position, en respirant fort avec le nez à cause de son rhume des foins et qu'il surprenait souvent étendu ainsi sur son lit." 

Présentation de l'éditeur :

Editions Passiflore 

Sur l'auteur :

http://leonmazzella.hautetfort.com/

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les bonheurs de l'aube

Autre : Les romans de Mario RIGONI STERN dont Hommes, bois, abeilles

D'autres avis :

Mango 

 

Chasses furtives, Léon Mazzella, Editions Passiflore, 2012, 13 euros

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Le vieil homme aux dix mille dessins. Le Roman de Hokusaï de Aude FIESCHI

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Au printemps 1849, Oei, la fille de Hokusaï est au chevet de son père mourant. Elle entrerepend de classer les vieux papiers de son père et découvre alors des mémoires dont elle ne soupçonnait pas l'existence. L'occasion pour elle d'en apprendre un peu plus sur ce père énigmatique qui se livrait très peu. 

De la découverte de sa vocation au succés, des différentes écoles qu'il a fréquentées à l'affirmation d'un style qui lui sera propre, des premières commandes aux changements de noms et de trajectoires, des estampes aux peintures du temple Ganshoin, Aude Fieschi revisite avec ces mémoires fictives ce que l'on sait de la vie mouvementée du célèbre artiste japonais. 

Oei étant elle-même artiste, quelques réflexions sur l'art émaille le récit :

"Oei prenait plaisir à imaginer une vie où ses seuls devoirs auraient été de s'occuper de sa famille et du ménage et dans laquelle l'art et la quête permanente de l'excellence n'auraient pas eu la place centrale. Elle pensait qu'une telle vie devait être beaucoup plus facile, mais ensuite elle n'en était plus aussi sûre. L'idée des mêmes tâches ingrates, répétées quotidiennement jusqu'à la mort, lui faisait alors horreur et elle repensait aux moments merveilleux où, seule devant son papier, elle sentait monter en elle ce désir de créer la beauté et que le pinceau, comme mû de sa propre force, se faisait complice de ses moindres fantaisies. Quel que soit le prix à payer pour cela, elle ne pourrait jamais y renoncer."

                    

temple de Ganshoin

Le récit enchâssé offre un apreçu original sur l'artiste, même si...

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque une profondeur qui en ferait autre chose qu'un récit plaisant mais nullement marquant. Nous ressentons finalement le vide des informations liées à Hokusai qui crée un portait plutôt plat. En effet, l'auteur le souligne en fin de livre, les informations sur Hokusaï sont lapidaires, les interrogations restent nombreuses autant sur l'homme que sur l'artiste. De fait ces mémoires fictives s'en ressentent. 

J'ai lu une excellente bd sur le même sujet que je vous conseille davantage : Hokusaï de Shotaro Ishinomori

Premières phrases :

"Père dort. Et moi, je veille. Très bientôt, dans quelques jours, quelques heures peut-être, il va mourir. Je le sais, et lui aussi le sait. Il est très faible, mais son esprit est intact. Je ne veux pas qu'il se sente seul. Je veux qu'il me voie lorsqu'il ouvre les yeux. Et je veux être auprès de lui lorsqu'il les fermera pour toujours. J'ai peur. J'ai froid." 

Informations sur le livre :

Picquier 

Vous aimerez aussi :

Hokusaï de Shotaro Ishinomori  (Bande dessinée)

L'exposition au grand palais :

             

D'autres avis :

A girl  ; Loo

 

Le vieil homme aux dix mille dessins. Le roman de Hokusaï, AUde Fieschi, Picquier poche, 2014, 8 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Asie

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Bulles et nacelle de Renaud DILLIES

Publié le par Hélène

                      

♥ ♥ 

"Les aventures de Charlie la souris ou les vicissitudes du muridé solitaire"

Ce que j'ai aimé :

Charlie est une petite souris écrivain en mal d'inspiration qui aime gratouiller sa guitare dans sa grande maison vide en écoutant Django, Plutôt solitaire, elle rencontre par hasard une girafe qui accroche des guirlandes en vue du carnaval et reçoit également la visite dun petit oiseau bleu nommé Monsieur Solitude.

Charlie nous parle des difficulté des rapports humains, des êtres qui se frôlent, se manquent avant de retourner à leur solitude presque salvatrice et pourtant terriblement aliénante. De temps en temps, Charlie a besoin de prendre l'air quand trop de sensations l'assaillent. Il redoute et aime sa solitude à la fois, craint de n'avoir rien à raconter sur sa page blanche et est finalement condamné à tourner sur une grande roue aux côtés de ses peurs et angoisses sans parvenir à en descendre. Prisonnier de ses aspirations, de ses habitudes, de cette recherche éternelle de la beauté.

"-Vous savez quel est le point commun entre vous et l'enfant qui souffle des bulles, là-bas ?

- C'est exactement ce que je n'arrive pas à faire !

- Vous, vous décorez les quatre coins de la ville de centaines de guirlandes... Tandis que lui lâche quelqeus bulles de savon qui flottent un instant au gré du vent... Tout ça pour quoi ?... Juste pour, ne serait-ce qu'un moment, rendre les choses plus jolies... en fin de compte, plus supportables... J'aimerais écrire la vie de cette manière-là. Mes phrases seraient des guirlandes et mes mots des bulles... Tisser l'étoffe d'un voile translucide brodé de rêves.... Hisser mes sensations au plus haut mât d'un bateau de papier... Et laisser le vent souffler. Respirer."

Comment écrire quelque chose d'utile pour soi ou pour les autres ? Comment retranscrire la légèreté et le bonheur émanant naturellement d'une bulle de savon ou d'une guirlande ? Comment vivre avec et sans les autres ? 

                          

Sans apporter de réponses, ce magnifique album tracera sur votre chemin un faisceau de questionnements rayonnant sur la beauté des pages.

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

Informations sur la BD :

Dargaud 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Abélard, Betty Blues

D'autres avis :

Mo ; Noukette ; Antigone ; Sandrine

 

Bulles et nacelle, Renaud Dillies, Dargaud, 16.45 euros

 

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Ceux qui restent

Publié le par Hélène

Une nouvelle rubrique intitulée "ceux qui restent" verra le jour chaque mois sur mon blog : il s'agira d'attirer votre attention sur des livres que j'ai aimé et dont je garde un très bon souvenir, mais qui malheureusement à cause de la forme du blog sont tombés dans les profondeurs abyssales des pages passées.

Ainsi en novembre, je vous présente mes coups de coeur de novembre 2013, 2012, 2011 et 2010. 

 

2013

Un printemps à Tchernobyl de Emmanuel LEPAGE, une BD saisissante qui revient sur cette catastrophe et montre que derrière les ruines, la vie palpite encore.

La lettre à Helga de Bergsveinn BIRGISSON, un roman déroutant, chant d'amour poétique qui chante et enchante le monde.

Le mambo des deux ours de Joe R. LANSDALE un roman policier comme un coup de poing qui évoque le racisme ambiant et malheureusement prégnant en Amérique. Porté par deux héros profondément humains, ce roman est pour l'heure mon préféré de l'auteur.

Yeruldelgger de Ian MANOOK : un policier certes violent, mais atypique puisqu'il se situe sur les terres de Mongolie, partagées entre modernité et moeurs ancestrales. Une belle réussite !

 

2012

La nuit tombée de Antoine CHOPLIN : un roman qui évoque là encore Tchernobyl mais qui chante surtout l'amour, la fraternité, l'importance des souvenirs, des témoignages, des mots qui offrent un mausolée inoubliable à ceux qui ont disparu.

« Il y a eu la vie ici

Il faudra le raconter à ceux qui reviendront

Les enfants enlaçaient les arbres

Et les femmes de grands paniers de fruits

On marchait sur les routes

On avait à faire

Au soir

Les liqueurs gonflaient les sangs

Et les colères insignifiantes

On moquait les torses bombés

Et l’oreille rouge des amoureux

On trouvait le bonheur au coin des cabanes

Il y a eu la vie ici

Il faudra le raconter

Et s’en souvenir nous autres en allés. » (p. 71)

Tout seul de CHABOUTE : 376 pages d'émotion pure pour cette magnifique BD sur la solitude. L'une de mes BD préférées !

Nature morte de Louise PENNY : pas un coup de coeur pour ce policier, mais une atmosphère particulière qui a le mérite de marquer : plongée dans l'ambiance ouatinée d'un petit village québecois. 

En route pour le Goncourt de Jean-François KIERZKOWSKI : Cette petite BD est une perle croquant avec justesse et humour le monde des jeunes écrivains en herbe... 

 

2011 :

Inconnu à cette adresse de Kresmann TAYLOR : un roman épistolaire devenu un classique sur la seconde guerre mondiale. Incontournable !

L'amant de Marguerite DURAS : là encore un classique qu'il est inutile de présenter.

Sang impur de Hugo HAMILTON« Lire Sang impur, c’est se rappeler pourquoi les grand écrits ont à nos yeux tant d’importance. C’est aussi voir tous les clichés de l’Irlande du XXème siècle subtilement dénoncés et détruits. Voilà un ouvrage riche de sève, dont la force rare opère comme une délivrance – ce qui ne l’empêche pas d’être dénué du moindre soupçon de prétention. Un livre pour notre temps, et sans doute pour tous les temps. » (Joseph O’CONNOR, préface)

 

2010 :

Purge de Sofi OKSANEN : une vision juste et abrupte des pays de l'Est.

Passage du désir de Dominique SYLVAIN : un roman policier qui brille par son humour et son originalité. Avec deux enquêtrices de choc et de charme !

Un bûcher sous la neige de Susan FLETCHER : Un récit palpitant au coeur de l'Ecosse du XVIIème siècle autour de Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie et de trahison envers le roi.  

« Mais il y a aussi de la lumière. Elle est partout. Elle inonde ce monde

, le monde en est rempli. Un jour, assise au bord de la Coe, je regardais des rayons de lumière tomber à travers les arbres, à travers leurs feuilles, et je me suis demandé s’il y avait quelque chose de plus beau que ça, ou de plus simple. Il y a maintes beautés. Mais toutes –depuis la neige jusqu’aux cheveux d’Alasdair, roux comme les fougères, jusqu’au ciel reflété dans l’œil de ma jument quand elle humait l’air sur la lande de Rannoch -, toutes ont de la lumière en elles, et elles valent la peine. Elles valent la peine de ce qui est sombre. » (p. 385)

Syngué Sabour de Atiq RAHIMI : le quotidien d'une femme musulmane bafouée dans ses droits. Un livre puissant qui ne s'oublie pas !

 

 

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Grimoire de sorcières de Benjamin LACOMBE et Sébastien PEREZ

Publié le par Hélène

                         

♥ ♥ ♥ 

« Enfin, ne vous fiez jamais aux apparences, elles sont souvent trompeuses. Et rappelez-vous que l’histoire est sans fin tant que le don est transmis… »

Ce que j'ai aimé :

"Si ce livre est tombé par erreur entre vos mains, refermez-le immédiatement et fuyez. Si toutefois vous décidez de le lire, réfléchissez bien car ce grimoire est un livre maudit !"

C'est ainsi à vos risques et périls que vous allez ouvrir ce grimoire, survoler les époques et les pays pour découvrir ces treize portraits de sorcières : Lilith celle par qui tout commença, Isis celle qui était prête à tout pour sauver son époux, Méduse, celle qu'on ne pouvait plus regarder, Yama Uba celle qui avait une dent contre les hommes, Gretchen celle qui aimait trop les enfants, Jehanne celle qui sauva la France et qui fut trahie, Lisa celle qui devint le visage le plus célèbre du monde, Malvina celle qui voulait être la plus belle, Leonora celle qui avait trop d'esprit, Mary et Anny celles qui étaient inséparables, Mambo celle qui emmêlait les gens, Olga celle qui fit sombrer le Titanic, et enfin Lisbeth celle qui savait tout avant tout le monde.

Ainsi Benjamin Lacombe puise ses portraits dans la mythologie de l'Egypte antique (Isis), japonaise (Yama Uba), grecque (Méduse), vaudou (Mambo), dans les contes populaires comme Hansel et Gretel (Gretchen), ou Blanche Neige (Malvina). 

Mais il raconte également l'histoire de femmes qui ont réellement existé et qui ont été accusées de sorcellerie, au point pour certaines de mourir sur un bûcher. La plus célèbre est  bien sûr Jeanne D'Arc (Jehanne), mais il mentionne également Leonora Dori (ou Dosi) dite Galigaï, confidente de Marie de Médicis sur laquelle elle avait une forte influence, morte sur l'échafaud pour avoir été soupçonnée de l'avoir ensorcelée (Leonora). "Lorsque, sur son bûcher, ses juges lui demandèrent de confesser quel sort elle avait usé pour gouverner l'esprit de Marie, sa réponse fut : "Mon charme fut celui des âmes fortes sur les esprits faibles !""

Il se penche aussi sur des énigmes non résolues, dont celle de la très célèbre Joconde : était-elle Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo, qui a commandé son portrait, combien de temps Leonard de Vinci y travailla-t-il, comment le conserva-t-il,  d'où vient cette perfection qui a fait son succés ? 

            

Paradoxalement, une infinie humanité se dégagent de l'histoire de ces femmes exceptionnelles, qu'elles aient utilisé leurs dons à bon ou mauvais escient. Loin des clichés véhiculés sur les sorcières, cet album permet d'amorcer une vraie réflexion sur l'altérité et l'étrange.

Servi par des illustrations magnifiques, finement travaillées, ce grimoire vous ensorcelera sans nul doute. Alors réfléchissez- bien avant de l'ouvrir ! 

  

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

Informations sur le livre :

sur le blog de Benjamin Lacombe

D'autres avis :

Liliba

 

Grimoire de sorcières, Benjamin Lacombe, seuil jeunesse, octobre 2009, 19.80 euros

 

Pioché à la médiathèque.

 

***

Ce que j'ai aimé :

Lilith celle par qui tout commença, isis celle qui était prête à tout pour sauver son époux, Méduse, celle qu'on ne pouvait plus regarder, yama Uba celle qui avait une dent contre les hommes, Gretchen, celle qui aimait trop les enfants, Jehanne, celle qui sauva la France et qui fut trahie, Lisa celle qui devint le visage le plus célèbre du monde, Malvina celle qui voulait être la plus belle, Leonora celle qui avait trop d'esprit, Mary et Anny, celles qui étaient inséparables, Mambo celle qui emmêlait les gens Olga celle qui fit sombrer le Titanic, Lisbeth, celle qui savait tout avant tout le monde

mythologie Egypte antique, japonaise (Yama Uba) grecque (Méduse)

contes populaires Hansel et Gretel, Blanche Neige (Malvina)

personnages réels :

Léonora Dori (ou Dosi1) dite Galigaïmaréchale d’Ancre, née vers 1571 à Florence (Italie), morte sur l'échafaud le 8 juillet 1617 à Paris, est la confidente2 de Marie de Médicis sur laquelle elle a une forte influence.

Jeanne d'arc

Lisa Gherardini, épouse de Francesco del Giocondo.

religion vaudou 'Mambo)

olga Lundin survivante du naufrage du titanic

Ce que j'ai moins aimé :

Informations sur le livre :

D'autres avis :

Grimoire de sorcières, 

 

Pioché à la médiathèque.

 

challenge je lis aussi des albums

Publié dans Jeunesse Album

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Gouverneurs de la rosée de Jacques ROUMAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

 "Nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force, tous les habitants, les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle."

Ce que j'ai aimé :

A l'ombre de sa case, la vieille Délira sent planer la misère au-dessus d'elle. Une sécheresse dévastatrice désespère les habitants affamés de son petit village de Fonds Rouge en Haïti. Délira espère juste le retour de Manuel, son fils parti à Cuba couper la canne à sucre il y a plusieurs années de cela. 

Quand Manuel revient, il ne reconnaît plus son village, enlisé dans la résignation, dans les rivalités claniques et fort de son expérience cubaine, décide de lutter contre l'enlisement ambiant, contre la sécheresse, contre la pauvreté en rassemblant les hommes :

"C'est traître la résignation ; c'est du pareil au même que le découragement. Ca vous casse les bras ; on attend les miracles de la Providence, chapelet en main, sans rien faire. On prie pour la pluie, on prie pour la récolte, on dit les oraisons des saints et des loa. Mais la Providence, laisse-moi te dire, c'est le propre vouloir du  nègre de ne pas accepter le malheur, de dompter chaque jour la mauvaise volonté de la terre, de soumettre le caprice de l'eau à ses besoins ; alors la terre l'appelle : cher maître, et l'eau appelle : cher maître, et il n'y a pas d'autre Providence que son travail d'habitant sérieux, d'autre miracle que le fruit de ses mains." 

Il part à la recherche de l'eau et rencontre en chemin la belle Anaïse, tous deux synonyme de rédemption : 

"L'eau. Son sillage ensoleillé dans la plaine ; son clapotis dans le canal du jardin, son bruissement lorsque dans sa course, elle rencontre des chevelures d'herbes ; le reflet délayé du ciel mêlé à l'image fuyante des roseaux ; les négresses remplissant à la source leurs calebasses ruisselantes et leurs cruches d'argile rouge ; le chant des lessiveuses ; les terres gorgées, les hautes récoltes mûrissantes."

Jacques Roumain clame ici un magnifique chant d'amour, amour de ses semblables, amour de son pays, amour de la lutte, amour de l'espoir qui palpite en nous.

"Ce que nous sommes ? Si c'est une question, je vais te répondre : eh bien, nous sommes ce pays et il n'est rien sans nous, rien du tout. Qui est-ce qui plante, qui est-ce qui arrose, qui est-ce qui récolte ? le café, le coton, le riz, la canne, le cacao, le maïs, les bananes, les vivres, et tous les fruits, si ce n'est pas nous, qui les fera pousser ? Et avec ça nous sommes pauvres, c'est vrai. Mais sais-tu pourquoi, frère ? A cause de notre ignorance : nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force, tous les habitants, les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle."

Cet auteur hors du commun écrivit ce texte en 1944 :

"Président fondateur de la Ligue de la Jeunesse patriotique, Président d'honneur de la Fédération des Jeunesses haïtiennes, dirigeant du Comité de Grève qui sonna le glas de l'occupation et de la dictature de Borno, Jacques Roumain marchait à la tête de toutes les manifestations et participait à l'action directe des masses."

"Les peuples sont des arbres qui fleurissent malgré la mauvaise saison, à la belle saison notre arbre continue à vivre. Un peuple qui vient de produire un Jacques Roumain ne peut pas mourir. Roumain est une immortelle qui fertilise nos ramures par son amour universel. Tous les grands Haïtiens qui fleuriront désormais sur notre sol ne pourront pas ne pas lui devoir quelque chose." (Jacques Stéphen Alexis) 

Lisez-le !

                    

http://www.saintmarconline.com/

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien.

Premières phrases :

"Nous mourrons tous... - et elle plonge sa main dans la poussière ; la vieille Délira Délivrance dit : nous mourrons tous : les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants, ô Jésus-Marie la Saint Vierge ; et la poussière coule entre ses doigts. La même poussière que le vent rabat d'une haleine sèche sur le champ dévasté de petit-mil sur la haute barrière de cactus rongés de vert-de-gris, sur les arbres,ces bayahondes rouillés." 

Informations sur le livre :

Zulma 

D'autres avis :

Chez Babélio

 

Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain, Zulma, 2013, 224 p., 8.50 euros

Publié dans Littérature Antilles

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L'oeil du prince de Frédérique DEGHELT

Publié le par Hélène

                              

"Vivre, c'est chaque jour avoir de la chance."

Ce que j'ai aimé :

Voici le projet ambitieux de l'auteur :

"La place donnée au lecteur est celle d'être l'oeil du prince, c'est à dire d'occuper dans un théâtre cet angle de vue permettant de visualiser la perspective du décor sans déformation. (...) Et en l'occurence, dans le roman, seul le lecteur peut embrasser la perspective des vies successives des héros, des divers évènements à l'intérieur de leur destinée."

"Aucun évènement n'est en soi complètement positif ou totalement négatif. Il est chevillé à d'autres évènements qui vont en découler dans nos vies ou dans celles de nos proches."

Sur le papier le projet était prometteur. Autour de cinq destins, l'auteur brode son canevas.  Cinq  histoires prennent vie sous forme de journal intime : 

- Mélodie adolescente mature est intéressée par le cinéma, c'est une pauvre petite fille riche écoeurée par le monde de ses parents trop riches pour être profonds.

- Yann, endeuillé, part à l'autre bout du monde pour oublier, 

- Benoît, assiste au naufrage de son couple et retrouve simultanément un ami d'enfance

- deux résistants correspondent pendant la guerre et vont voir les liens s'intensifier.

- et enfin une vieille dame relie les récits entre eux, tel lecteur qui en sait plus long que les protagonistes.

Le lecteur est en effet le seul à connaître les liens qui unissent les personnages, et un autre secret de famille vient émaillier le récit dans le dernier chapitre.  

Ce que j'ai moins aimé :

Malheureusesement, l'auteur accumule les poncifs que ce soit sur :

- les riches, superficiels : riches à l'extérieur mais pauvres à l'intérieur, "Vides et comblés"

- la jeunesse, insouciante : "on n'est pas sérieux quand on a 17 ans."

- la guerre, méchante : "la guerre fait de bien vilaines choses des hommes, du souvenir et de l'aptitude au bonheur." "La guerre nous rend anormaux."

- La torture en temps de guerre, c'est mal : "Je ne pensais pas qu'on puisse ainsi torturer les femmes."

- Le mariage, qui s'érode inexorablement: "Les phrases du quotidien remplacent les vraies échanges."

"Depuis combien de temps n'avons-nous pas eu un fou rire ensemble ?"

- le deuil, long et douloureux

- l'infidélité, ravageuse

- l'amour, si rare "Y a-t-il encore une place pour l'amour dans ce monde ?"

- La vie éphémère quoi "Nos vies sont précaires."

De plus l'écriture est banale, plate, et n'est pas aidée par la forme du journal intime qui peut tomber facilement dans le mièvrerie adolescente.

Ainsi, le projet ambitieux du départ se retrouve avorté, enclumé par ces défauts. C'est dommage... 

Premières phrases :

"Je les ai brûlés. Je les ai relus d'abord, puis je les ai brûlés. Sans en oublier un seul. Je n'avais pas peur qu'on les trouve... Je voulais juste qu'ils disparaissent comme ont disparu les années pendant lesquelles je les ai écrits."

Informations sur le livre :

Babélio

D'autres avis :

Babélio

 

L'oeil du prince, Frédérique Deghelt, J'ai lu, septembre 2014, 14 euros

 

Merci à l'éditeur.

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La cantatrice chauve de Eugène IONESCO

Publié le par Hélène

                              

♥ ♥ ♥

"A propos et la cantatrive chauve ?

- Elle se coiffe toujours de la même façon."

Mon avis :

La cantatrice chauve est la première pièce d'Eugène Ionesco, représentée pour la première fois en 1950, son succés ne s'est jamais démenti puisqu'elle est jouée au théâtre de la Huchette depuis 1957 et est ainsi une des pièces comptant le plus de représentations en France. 

L'auteur s'est inspiré de la méthode Assimil pour l'apprentissage de l'anglais pour construire une pièce qui témoigne de la tragédie du langage : la parole s'est vidée de son contenu et est devenue absurde. Les notions elles-mêmes se sont vidés de leur sens, les gestes devenus sans signification. Ainsi les conversations des protagonistes débordent de clichés, créant un monde étrange, absurde. 

M. et Mme Smith sont des bourgeois anglais qui reçoivent à dîner un autre couple d'amis, Les Martin. S'invite également à la fête un pompier de passage, à la recherche de feux à éteindre. Ces bourgeois conformistes utilisent un langage préconçu qui ne veut  plus rien dire :

"Tout ce qui est humain est honorable." 

"Dans la vie il faut regarder par la fenêtre."

"Il faut toujours penser à tout."

"Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux !"

ils disent tout et son contraire, joyeusement :

"Le coeur n'a pas d'âge.

- C'est vrai.

- On le dit.

- On dit aussi son contraire.

- La vérité est entre les deux."

Les Smith et les Martin sont les archétypes de la bourgeoisie dépourvus de toute psychologie. Dans un entretien de l'auteur avec Claude Bonnefoy, Ionesco confie que ses personnages sont "vidés de toute substance, de toute réalité psychologique (...) disent n'importe quoi et ce n'importe quoi n'a pas de signification. C'est cela la pièce. (...) On a voulu donner de cela des interprétations psychologiques, sociologiques, réalistes, on a vu les personnages des petits bourgeois caricaturés. Peut-être. C'est un peu cela. Un peu." 

Ionesco critique les clichés de la conversation et de là crée une parodie du théâtre. 

La logique est elle aussi mise à mal : la théorie ne s'accorde pas toujours à la pratique. L'expérience elle-même peut être trompeuse comme en témoigne l'épisode de la sonnette : quand on entend sonner à la porte et que par deux fois il n'y a personne, faut-il en conclure que rien ne sert d'ouvrir quand on sonne ? Les faits supplantent-ils la théorie ? 

L'absurdité règne dans un monde déstructuré, et si le spectateur rit, il finit par comprendre le tragique de sa condition. 

Auteur :

Académie française ; Larousse

Entretien dans le Magazine Littéraire

Informations sur le livre et analyses :

L'Académie d'Aix-Marseille propose de nombreux liens

 

A voir :

Au théâtre de la Huchette à Paris

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Rhinocéros

 

La cantatrice chauve, Eugène ionesco, Folio théatre, 6.20 euros

Publié dans Théâtre

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