Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Déception et abandon du mois de juin

Publié le par Hélène

Le goût de la vie commune de Claude HABIB

Présentation :

« Je suis spontanément conjugaliste. J'apprécie que les amours durent, que les malentendus se dissipent et que les écarts se pardonnent. J'aime que les dépits se dépassent, que les séparés se retrouvent et que personne ne meure à la fin. Donc je suis souvent déçue. Les gens n'arrêtent pas de mourir ; cela ne les retient pas une seconde de se fâcher à mort auparavant.» Ce précis de l'attachement qui évoque la vie à deux se place à contre-courant de ce que la société moderne professe : Claude Habib défend avec humour et conviction les qualités de l'ennui et le principe de durée qui lui seul permet une familiarité et une intimité réelles dans une vie partagée avec quelqu'un.

Mon avis :

Claude Habib chante un culte de la vie à deux, en opposition avec le modèle de la femme ou de l'homme libre de toutes contraintes, qui peut être tentant pour certains. Malheureusement, la réflexion de l'auteur n'avance pas : on pourrait résumer en disant que la vie à deux c'est bien, la vie en solitaire, c'est triste ! Que de poncifs et de superficialités ! Comme l'auteur est lettrée, elle tient à le montrer en convoyant des auteurs divers et variés, mais les citations sont insérées de façon arificielle. Le sujet est survolé, le point de vue adopté est souvent uniquement celui de la femme et l'ensemble manque de profondeur. Un essai qui n'apporte rien ! 

"Ce que le couple rend possible, c'est l'expérience courante du souci d'autrui, la pratique habituelle de la gentillesse. Ce que le couple permet, dans le meilleur des cas, ce n'est pas la fierté d'être agréable à autrui, que la séduction peut fournir. Ce n'est pas la certitude d'être utile, que l'insertion professionnelle peut donner. C'est le sentiment d'être bon, même à petite échelle." 

                     

Bison de Patrick GRAINVILLE

Présentation : 

Philadelphie, 1828. Promis à une belle carrière d'avocat et de peintre mondain, George Catlin voit une délégation d'Indiens se rendre à Washington pour négocier des traités. Il est ébloui par la superbe des cavaliers. Bientôt, le peintre renonce à ses portraits de citadins huppés, il quitte sa femme, sa ville, son confort, enfourche son cheval pour galoper le long du Missouri et du Mississippi à la rencontre de dizaines de tribus. La grande prairie est vierge. Nuls colons, nuls cow-boys. Des millions de bisons. Catlin est le premier à saisir sur le vif, armé de sa palette et de son pinceau, l'épopée des Indiens. Il réalise d'inoubliables portraits, recueille une incroyable moisson d'objets, son fameux « musée indien » qui fascinera quelques années plus tard George Sand et Baudelaire.

Bison raconte le séjour de Catlin chez les Sioux, les aventures d'un village et de ses héros singuliers. L'imagination vient volontiers à la rescousse du document pour recréer, incarner le grand rêve de cet Américain sans préjugés, de ce fou d'Indiens, luttant pour sauvegarder leurs visages magnifiques et condamnés.

 

Mon avis :

J'aime l'auteur, je me souviens avec plaisir l'avoir découvert avec l'excellent roman Le lien, puis l'avoir invité quand j'étais responsable de bibliothèques dans le cadre d'un jury littéraire. Il avait accepté avec gentillesse et j'avais rencontré un homme ouvert et passionnant.

J'aime le sujet des Indiens d'Amérique, j'aime le peintre Catlin. 

Ce roman avait donc toutes les vertus pour me plaire.

Et pourtant, je me suis ennuyée face à un récit trop linéaire, très descriptif. Je n'ai pas réussi à m'intéresser aux destins des personnages et j'ai fini par abandonner ma lecture.

Pour la peine je vais relire Le lien cet été...

Partager cet article
Repost0

Fêtes galantes de Paul VERLAINE

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥ ♥

Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.

Mon avis :

Dans ce second recueil, Verlaine s'inspire des fêtes galantes du XVIIIème siècle. Les fêtes galantes évoquent l'insouciance, la frivolité du XVIIIème entre badinage amoureux, recherche avide du bonheur et du plaisir. Mais ces fêtes sont un leurre de la grande comédie de la vie : le monde féérique n'est qu'un mirage, l'amour une mascarade et la vie un artifice davantage joué que rééellement vécu. 

          

Ses poèmes penchent quelquefois vers le Parnasse qui affirme le primat absolu de la forme plutôt que toute volonté de délivrer un message politique ou de formuler des confidences personnelles. Verlaine a foi en l'existence d'un monde spirituel en route vers un ailleurs plus beau aux accents baudelairiens. Il se réfugie dans des légendes, dans le passé, dans le libertinage du XVIIIème. Il témoigne ainsi d'un penchant pour les ruines et les cloitres, les cimetières et autres lieux solitaires qui expriment l'angoisse romantique de cette génération face à la fuite du temps et à la fragilité de la vie humaine. Il nourrit le rêve nostalgique d'un monde ancien aussi romantique. 

De nouvelles conceptions du rythme et de l'harmonie voient le jour, dans la mouvance du mouvement symboliste : le symbole moitié visible d'une réalité supérieure est à découvrir. Des "correspondances" relient les choses entre elles par les liens secrets. 

Promenade sentimentale

Le couchant dardait ses rayons suprêmes
Et le vent berçait les nénuphars blêmes ;
Les grands nénuphars entre les roseaux
Tristement luisaient sur les calmes eaux.
Moi j'errais tout seul, promenant ma plaie
Au long de l'étang, parmi la saulaie
Où la brume vague évoquait un grand
Fantôme laiteux se désespérant
Et pleurant avec la voix des sarcelles
Qui se rappelaient en battant des ailes
Parmi la saulaie où j'errais tout seul
Promenant ma plaie ; et l'épais linceul
Des ténèbres vint noyer les suprêmes
Rayons du couchant dans ses ondes blêmes
Et les nénuphars, parmi les roseaux,
Les grands nénuphars sur les calmes eaux.

Initium

    Les violons mêlaient leur rire au chant des flûtes
    Et le bal tournoyait quand je la vis passer
    Avec ses cheveux blonds jouant sur les volutes
    De son oreille où mon Désir comme un baiser
    S'élançait et voulait lui parler, sans oser.

    Cependant elle allait, et la mazurque lente
    La portait dans son rhythme indolent comme un vers,
    - Rime mélodieuse, image étincelante, -
    Et son âme d'enfant rayonnait à travers
    La sensuelle ampleur de ses yeux gris et verts.

    Et depuis, ma Pensée - immobile - contemple
    Sa Splendeur évoquée, en adoration,
    Et dans son Souvenir, ainsi que dans un temple,
    Mon Amour entre, plein de superstition.

    Et je crois que voici venir la Passion.

L'amour par terre

Le vent de l'autre nuit a jeté bas l'Amour

Qui, dans le coin le plus mystérieux du parc,

Souriait en bandant malignement son arc,

Et dont l'aspect nous fit tant songer tout un jour !

Le vent de l'autre nuit l'a jeté bas ! Le marbre

Au souffle du matin tournoie, épars. C'est triste

De voir le piédestal, où le nom de l'artiste

Se lit péniblement parmi l'ombre d'un arbre,

Oh ! c'est triste de voir debout le piédestal

Tout seul ! Et des pensers mélancoliques vont

Et viennent dans mon rêve où le chagrin profond

Évoque un avenir solitaire et fatal.

Oh ! c'est triste ! - Et toi-même, est-ce pas ! es touchée

D'un si dolent tableau, bien que ton oeil frivole

S'amuse au papillon de pourpre et d'or qui vole

Au-dessus des débris dont l'allée est jonchée.

 

Exposition : 

Au Musée Jacquemart André

 

Publié dans Poésie française

Partager cet article
Repost0

La vérité sur l'affaire Harry Quebert de Joël DICKER

Publié le par Hélène

                    

♥ ♥

"Marcus, savez-vous quel est le seul moyen de mesurer combien vous aimez quelqu'un ?

- Non.

- C'est de le perdre."

 

Mon avis :

Le point fort de ce roman est indéniablement l'intrigue. Haletante, pleine de rebondissements elle rend le lecteur addict, le poussant à prolonger sa lecture jusque tard dans la nuit.

Harry est-il coupable de la disparition de la jeune Nola en 1975 dont on vient de retrouver le cadavre dans le jardin même de Harry. Le narrateur est bien décidé à prouver son innocence et il va aller de découvertes en découvertes...

L'intrigue policière est cohérente et palpitante et elle constitue le squelette du roman, ce qui lui permet de tenir debout. Otez-lui cela, il n'en restera pas grand-chose : des réflexions mièvres sur l'amour, une vision désabusée du monde de l'édition devenu une vaste entreprise marketing, les conclusions superficielles s'enchaînent, que l'on pourrait résumer ainsi :

"L'amour, c'est beau" = "Dans notre société, Marcus, les hommes que l'on admire le plus sont ceux qui bâtissent des ponts, des gratte-ciel et des empires. Mais en réalité, les plus fiers et les plus admirables sont ceux qui arrivent à bâtir l'amour. Car il n'est pas de plus grande et de plus difficile entreprise."

Mais "l'amour c'est compliqué" : « Vous essayez de me parler d'amour, Marcus, mais l'amour, c'est compliqué. L'amour, c'est très compliqué. C'est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L'amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l'amour, c'est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C'est pour ça que souvent, on pleure après »

"Ecrire, c'est beau aussi" mais "la vie, c'est dur" : "Ecrire c'est être dépendant. De ceux qui vous lisent, ou ne vous lisent pas. La liberté c'est de la foutue connerie ! Personne n'est libre. J'ai une partie de votre liberté dans les mains, de même que les actionnaires de la compagnie ont une partie de la mienne entre les leurs. Ainsi est faite la vie, Goldman. Personne n'est libre. Si les gens étaient lires, ils seraient heureux. Connaissez-vous beaucoup de gens véritablement heureux ?"

"Le monde de l'édition, c'est pas bien" : " Il considérait que sa stratégie n'était ni pire ni meilleure que celle des autres, que le monde des livres était passé du noble art de l'imprimerie à la folie capitaliste du XXI ème siècle, que désormais un livre devait être écrit pour être vendu, que pour vendre un livre il fallait qu'on enparle, et que pour qu'on en parle il fallait s'approprier un espace qui, si on ne le prenait pas soi-même par la force, serait pris pat les autres. Manger ou être mangé."

Les personnages ne sont pas crédibles : comment le narrateur parvient-il à s'immiscer si facilement dans une enquête policière, comment le grand Harry a-t-il pu tomber amoureux de cette "Nola chérie" si mièvre, pourquoi le chargé de l'enquête accepte-t-il le narrateur brusquement après l'avoir rejeté au début du roman, et j'enpasse, autant de questions qui mettent l'accent sur des ficelles grossières, toutes au service de l'intrigue, sans cohérence. De surcroit le style est plat, enfonçant davantage le roman dans une superficialité prégnante. 

Je rejoins donc le choeur de ceux qui se demandent pourquoi et comment ce roman a-t-il pu obtenir le Grand Prix de l'Académie Française ? Pour le prix du Goncourt des Lycéens je le conçois car les lycéens ont dû retrouver le fonctionnement et les problématiques de certaines séries à succés efficaces, mais pour l'Académie française, je m'interroge...

Un bon roman de plage, mais ne cherchez pas plus loin !

Premières phrases :

"Tout le monde parlait du livre. Je ne pouvais plus déambuler en paix dans Manhattan, je ne pouvais plus faire mon joging sans que des promeneurs me reconnaissent et s'exclament : "Hé, c'est Goldman ! C'est l'écrivain !". 

Vous aimerez aussi :

Les apparences de Gillian Flynn

D'autres avis :

Clara ; Violette ; Babélio 

Télérama

La vérité sur l'affaire Harry Quebert, Joël DICKER, De Fallois poche, 2014, 9.20 euros

Partager cet article
Repost0

Akiko la courageuse de Antoine GUILLOPPE

Publié le par Hélène

                       

♥ ♥ ♥ ♥

"Akiko aime la forêt

En hiver, la nuit tombe plus tôt.

Elle n'a jamais peur.

Au contraire, elle préfère."

Mon avis :

Akiko est une petite fille qui aime se promener seule dans la forêt en hiver. Elle n'a jamais peur. "Au contraire, elle préfère". Elle n'est jamais seule entourée de ses amis les arbres, les écureuils, les lapins, et autres créatures de la forêt. Tous veillent sur elle.

En peu de mots, cet album parle de courage, de beauté, de confiance, à l'image des haîkus qui savent dire l'essentiel en deux vers.

Les dessins sont magnifiques, le kimono de Akiko est la seule touche de couleur dans les paysages en noir et blanc de cet hiver japonais. Les arbres, les poils des animaux, la neige, s'entremêlent délicatement pour former une toile protectrice autour de la petite fille.

Informations sur le livre :

Chez Picquier 

Vous aimerez aussi :

Akiko l'amoureuse, Akiko la voyageuse, Akiko la curieuse, Akiko la rêveuse...

 

Akiko la courageuse, petit conte zen, Antoine Guilloppé, Picquier jeunesse, 2010, 9.50 euros

 

                              

 

 

challenge je lis aussi des albums

Publié dans Jeunesse Album

Partager cet article
Repost0

Eaux lentes sur Venise de Françoise CRUZ

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tant de choses importantes ne se disent qu'au moyen du silence."

Ce que j'ai aimé :

Leona Dal Contralto et Clemenzia Dal Violino sont deux orphelines recueillies par La Piéta, institution religieuse vénitienne au XVIIIème siècle Les deux jeunes femmes reçoivent les cours de musique de Vivaldi et deviennent deux musiciennes au talent exceptionnel. Mais quand l'une se perd dans les nuits vénitiennes, l'autre veille, sentinelle droite et intègre. L'alternance des points de vue, nous offrant les deux journaux intimes des jeunes femmes permettent de découvrir deux univers, l'un passionné, l'autre bien plus modéré. 

La Venise du XVIIIème siècle resplendit portée par une écriture poétique qui l'embellit : 

"Venise nous offre invariablement les plus beaux, les plus époustouflants spectacles : lumières d'or se déversant sur les toits, incendiant toutes les façades, les faisant glisser de l'oranger au pourpre, lumières blanches, mystérieuses, si complices de l'obscurité qu'elle nous enferme dans son énigme... Mais Venise, grisée de fêtes et de débauches, tire sur ses vêtements brodés d'or afin de cacher les guenilles qui la recouvrent. Ma Cité est envahie de vagabonds, garçons brutaux et sales, rôdant pieds nus, furetant et prêts à un mauvais coup en échange de vin aigre."

Leona se perd dans ses nuits d'or, dans ses orgies inoubliables et licencieuses. Carnaval de désirs et de plaisirs, ce sont aussi des nuits desquelles on se réveille désenchantée quand les masques tombent.

"A Venise on meurt tous les jours dans une immense fièvre de plaisir;"

La musique tient les jeunes femmes debout et leur offre un exutoire dans un monde tourmenté :

"La musique est un parfum tenace. Acre, suave, fort comme un alcool, long comme l'enfance. Un parfum qui s'insinue inexorablement par chacun des pores de notre peau. Avant que l'on ait pu dire un mot, le parfum de la musique nous a déjà submergés, épousés comme une seconde peau. Comme une marée, il nous étourdit et nous étreint avec ses effluves de sous-bois humides, de rivières transparentes, avec ses brassées printanières, ses souvenirs de la mer, ses chuchotemetns verts provenant des canaux. La musique est volutes, désirs. "

Un court roman qui nous plonge dans une Venise du XVIIIème morale et licencieuse à la fois...

Ce que j'ai moins aimé :

J'ai regretté le manque de consistance dans l'intrigue.

Premières phrases :

"Comment fait-on pour commencer à vivre ? Un cri, à ce que l'on nous dit, douleur, plaisir, nosu baptise, des ténèbres aux lumières.

La lagune m'a déposée au bord du monde."

Infos sur le livre :

Chez l'éditeur

Vous aimerez aussi :

 

 

Eaux lentes sur Venise, Françoise Cruz, Naïve, 2011, 250 p., 

Partager cet article
Repost0

Mon vieux et moi de Pierre GAGNON

Publié le par Hélène

                                     

♥ ♥

"Si tu l'aimes, pourquoi tu la prends pas avec toi, ta tante ? Tu serais pas obligé de faire tout ce trajet..."

Mon avis :

Tout commence avec cette simple question : pourquoi ne pas prendre chez lui sa vieille tante qui périclite en maison de retraite ? Quand sa tante décède, le narrateur décide d'adopter un autre vieux qu'il a rencontré en maison de retraite en rendant visite à sa tante : Léo. Léo s'installe alors chez lui et au début la cohabitation est harmonieuse. Le narrateur se sent utile, enrichit par cette relation. Mais rapidement, Léo a beau être formidable, il n'en est pas moins vieux, avec tout ce que cela implique. 

L'histoire est simple, courte (92 pages) et directe en racontant une expérience humaine qui se heurte à ses propres limites. L'idée est belle et profondément humaine, elle est une leçon de vie et d'humanité à méditer en ces temps relativement égoïstes. Toutefois l'auteur ne fait pas l'impasse sur les limites de ce système qui semble pourtant évident à première vue. Mais pour quelques temps, deux solitudes se seront rejointes, et deux âmes se seront épanouies au contact l'une de l'autre. C'est déjà beaucoup...

Un récit charmant.

Premières phrases :

"Je viens d'adopter...

Pensionné, je vivias seul, sans enfant ni parent. J'ai des amis, bien sûr, que je vois à l'occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout."

Infos sur le livre :

chez Babélio

D'autres avis :

DominiqueChocoClaraNouketteDominique.

Télérama 

Vous aimerez aussi :

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyn Saucier

 

Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, J'ai Lu, 2010, 4.50 euros

Partager cet article
Repost0

Sombre tango d'un maître d'échecs de Jean-François BOUCHARD

Publié le par Hélène

                                       

♥ ♥

"Les échecs sont la traduction sur une planchette de bois de la vie et de la mort, du sang et de la haine, de la colère et de la force. Et le sang, la mort et la haine débordent si souvent de l'échiquier..."

Ce que j'ai aimé :

1927. La Havane. Deux maîtres d'échec s'affrontent : José-Paul Capablanca, enfant prodige cubain, et le russe Alexandre Alekhine, qui tente ici d'acquérir  le titre de champion du monde détenu par Capablanca. Sur fond de réalité historique l'auteur installe sa trame : Capablanca est accompagné par un vieux professeur, le narrateur, aux premières loges pour raconter la partie qui se joue dans l'ombre : en effet Capablanca reçoit de mystérieuses lettres anonymes qui sous-entendent qu'il pourrait empêcher le meurtre d'innocents. Piqué dans son orgueil de joueur, Capablanca se précipite dans les bas-fonds de la Havane pour lutter contre son ennemi anonyme.

 Le suspens est discret, laissant la part belle aux personnages aux personnalités bien marquées : le russe terrassé par ses démons et par l'enjeu des parties, Capablanca, bon viveur grand amoureux des femmes, et le vieux professeur que la vieillesse rattrape inexorablement avec ses lots de regrets et de remords. Les univers de ces êtres sont diamétralement opposés, et pourtant, ils vont s'affronter, s'entraider, se jauger et se juger. Les lecteurs peu amateurs de polar pourront de fait parfaitement apprécier le récit qui oscille entre intrigue vaguement policière et portrait psychologique affûté des deux joueurs et de ceux qui gravitent dans leur ombre.

A l'image du jeu mythique, le roman brille par sa construction calibrée. Un bon moment de lecture !

Ce que j'ai moins aimé :

Les allusions aux évolutions technologiques de l'époque (le téléphone, l'ascenseur...) sont un peu trop marquées.

Infos pour le livre :

Chez Max Milo

Premières phrases :

"La Havane. 1942.

Il arrive que certains hommes soient des miracles de Dieu. Je distrais mes vieux jours en faisant leur connaissance au cours de s longues heures que je passe à la bibliothèque municipale de la Havane. Je lis leur histoire dans les lovres qui leur sont consacrés."

Vous aimerez aussi :

Le duel de iNDRIDASON

D'autres avis :

Yves 

 

Sombre tango d'un maître d'échecs, Jean-François Bouchard, Max Milo, 18 euros

Partager cet article
Repost0

L'Italie si j'y suis de Philippe FUSARO

Publié le par Hélène

                                     

 ♥ ♥ ♥

"Je ne pense qu'à filer, porté par le vent du soir et ma tristesse s'écoule sous le châssis, goutte sur l'asphalte." 

 

Ce que j'ai aimé :

Sandro est "né de la côte d'un poète et mon ciel, aujourd'hui, n'est pas bleu." En effet il se retrouve à la porte de chez lui, ses affaires éparpillées sur le trottoir : "Les objets de ma vie sont éparpillées sur le trottoir, sur une ou deux tables du Café de la Mairie où les gens sont resté immobiles, la tasse à café suspendue entre deux doigts et leurs corps recouverts de mes habits qui leur sont tombés dessus. Davantage que lorsqu'ils sont rangés dans l'appartement, je remarque une dominante rouge dans tout ce qui m'entoure et je trouve cela beau et dramatique, à l'image de ce que je vis." 

La phrase couperet tombe le lendemain, comme ses habits tombés du ciel : sa femme a besoin de "prendre de la distance". De la distance c'est finalement Sandro qui va en prendre, décidant de descendre en Italie accompagné de son fils.

Commence alors un périple pour les deux hommes, Sandro homme perdu et délaissé, et Marino petit être affublé d'un déguisement de cosmonaute, réplique du costume de Youri Gargarine lorsqu'il a accompli son premier vol dans l'espace. Marino est peu rassuré mais prêt à suivre et à consoler son père si triste. La route leur ouvre de nouvelles perspectives. 

       

http://fr.best-wallpaper.net/

L'écriture particulière de Philippe Fusaro, à chemin entre la poésie et la prose, installe une simplicité qui devient peu à peu une évidence au fil des pages. L'auteur peint avec talent un instant de vie suspendu entre un avant vacillant et un après inconnu, l'interstice du voyage permettant l'espoir d'un renouveau. 

"Il m'aura fallu descendre toute l'Italie, nous perdre dans le Sud, quitter la terre ferme et me réfugier plus tard sur l'île. Il m'aura fallu du temps, des kilomètres de superstrada pour parvenir à ce constat. Il m'aura fallu toutes ces semaines, des bains de mer, un traghetto jusque en Sicile. Il m'aura fallu consoler Marino, être retenu entre ses bras aussi."

Ce texte subtil qui tient sur un fil s'allume peu à peu, en harmonie avec la renaissance de Sandro. Un très beau texte.   

Ce que j'ai moins aimé :

Il m'a manqué un petit quelque chose pour être totalement conquise, 

Premières phrases :

"Mon nom est Sandro.

Sandro, parce que c'était celui d'un poète qui vivait dans la Rome d'après guerre et que mon père le lisait, le relisait, me le récitait à voix haute tandis que moi, la poésie, je n'y comprenais pas grand-chose."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le colosse d'argile

Autre : Seule Venise de Claudie GALLAY

D'autres avis :

LireMagazine littéraire ; Télérama

MidolaCatherine 

 

L'Italie si j'y suis, Phiippe Fusaro, La fosse aux ours, 2010, 17 euros

Partager cet article
Repost0

Ma grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases de Philippe DELERM

Publié le par Hélène

                                     ma-grand-mere-avait-les-memes.jpg

"On ne possède pas les autre. On ne détient jamais le secret des autres avec soi."

Mon avis :

 Un recueil peu marquant présenté sous forme d'une suite de petites anecdotes sans grand intérêt autour de phrases toutes faites :"On ne vous fait pas fuir, au moins ?" "C'est pas vrai !" "Y a pas d'souci", "J'ai une contrainte"

Philippe Delerm tire sur la corde des "Gorgées de bière" et nous resserre du réchauffé, en plus banal .

Quelques remarques poétiques toutefois comme ce « J’vais rentrer. V’là l’bord d’la nuit qui vient. » (p. 99)

 "V‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
Celle-là, c’est la marque d’une seule personne. Une belle personne. Madame Hermier était l’épicière. Elle est morte depuis quinze ans au moins. C’est elle qui régentait le quartier, avec, sous son apparence revêche, un sens de l’équité sans concession. Première rencontre un jour de panne d’électricité :
-Mon pauv’ monsieur, j’veux bien vous vendre trois bougies, mais pas la boîte. Il en faut pour tout le quartier.
Au fil des ans, elle était devenue une amie, venait à la maison partager la galette des rois, bavardait un peu, et disait tout à coup :
-J’vais renter. V’là l’bord d’la nuit qui vient.
Des mots entendus, des mots qu’elle inventait ? Peu importe. Les mots de Madame Hermier. J’aime les soirs précoces à cause d’elle, la sagesse solitaire de ses dimanches d’hiver. Rien ni personne ne l’attendait, mais il fallait rentrer avant la nuit. Peut-être une manière de ne pas vouloir nous importuner trop longtemps, de couper court à nos mais vous avez le temps. Comment la retenir, puisque le bord de la nuit venait ?
Le bord de la nuit. La nuit devient une matière, un tissu, les heures s’installent et nous mettent un manteau. Nos mouvements doivent suivre, s’envelopper dans cette amplitude du ciel, marcher à l’amble. Madame Hermier ne redoutait guère les deux cents mètres nocturnes de trottoir qui l’eussent ramenée chez elle sous les réverbères. Mais c’était aussi une politesse de suivre le rythme du jour. Jehan Rictus appelait le crépuscule « le furtif ». Voilà. Madame Hermier voulait rentrer à la lisière du furtif.
Plus tard, quand elle nous quitterait pour un plus long voyage, ce serait avec la même discrétion, le même souci de ne pas déranger, de se glisser dans l’ombre sans crainte et sans regret. Pas difficile pour elle en apparence de quitter le cercle des lampes basses, les flammes orange et bleues de la cheminée. Une jolie manière de dire adieu comme elle disait au revoir, à quoi bon proteste, il faut bien s’en aller, v ‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient."

Le style reste plat, les idées s'essouflent et finalement le lecteur finit par se dire qu'il ferait mieux de relire "La gorgée de bière"...

 

Premières phrases :

 « Ce ne sont pas des passionnés de la brocante. Celle-ci leur a juste servi de but de promenade, un dimanche après-midi. Ils déambulent, mains dans le dos, satisfaits de l’ampleur inattendue de la manifestation, qui les dispensera de chercher un autre passe-temps, satisfaits de la douceur de l’air, de l’absence de pluie. »

 

Infos sur le livre :

Babélio

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La première gorgée de bière

 

D’autres avis :

Babélio 

 

Ma grand-mère avait les mêmes, Philippe Delerm, Points, 5.50 euros

Partager cet article
Repost0

La boîte aux lettres du cimetière de Serge PEY

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"La poésie doit être simple. Elle défait les noeuds de la pensée. "

Ce que j'ai aimé :

Dans une écriture poétique hors du commun le jeune narrateur évoque ses souvenirs d'enfance autour d'une école libertaire située dans une ancienne porcherie. Il évoque sa tante Hirondelle borgne, sa mère qui boîte à cause de religieuses intolérantes et cruelles, sa grand-mère philosophe à ses heures, le maître d'école, les amis qui éveillent les enfants à la poésie, au monde. Les principes éducatifs permettent en effet un éveil au monde, au monde des mots, par lequel il appréhende ensuite un monde plus vaste. Le rapprochement sémantique de certains mots comme "boudin" et "bon dieu", "Moscou" et "mouscous" (les mouches) sont autant d'étrangetés qui peuvent faire sens. Les mots signifient et l'enfant, avec l'aide des adultes comprend combien ils sont précieux. 

Ainsi la poésie se rencontre au centre de son univers, par sa capacité à re-créer le monde : 

"La poésie commence quand on revient vivant d'un voyage pour le raconter. C'est la fraternité terrible que la poésie et la mort entretiennent ensemble. Orphée, c'est uniquement cleui qui est capable de revenir. Le poète ets toujours un vivant." 

"La poésie est l'irruption, dans le présent, de tout ce qui a été absent. Elle est la capacité de saisir en plein vol les moments en train de disparaître."

Mais les mots sont aussi importants pour vaincre l'oubli, d'où cette boite aux lettres installée dans le cimetière pour établir un dialogue avec la mort. écrire à un mort suppose en effet que celui qui est sous la tombe "n'est pas tout à fait mort ou peut-être encore vivant." La boîte aux lettres existe réellement, elle est placée sur la tombe de Antonio Machado, poète, à Collioure. L'auteur en parle ici. 

           

@Panoramio

"La mort du poète est celle de la poésie qui doit sans cesse renaître de ses cendres pour se réinventer." 

L'éducation est aussi l'occasion de mettre en avant des valeurs : 

"Grand-mère avait dessiné un Christ à la peinture noire sur les pales du ventilateur fixé au plafond de bois de la salle commune. Quand le ventilateur tournait à fond, le Christ disparaissait. Elle disait que Dieu était une illusion d'optique, la même que celle provoquée par le ventilateur. Grand-mère le démontrait. Quand elle arrêtait le ventilateur, elle faisait récupérer au Christ son apparence d'homme. Quand elle el rallumait, il disparaissait. Grand-mère disait que la religion c'était ainsi : lorsqu'on fait tourner un homme ou son image rapidement il devient un dieu."

Valeurs humaines, valeurs liées à une histoire perturbée par la guerre d'Espagne. De niombreuses images permettent ainsi de comprendre la nécessité de l'action et ses moyens, comme celle du saumon qui remonte les rivières :

"Il faut transformer la fragilité que nous avons en un lieu de force qui fera trébucher l'ennemi."

Hymne à la poésie et à l'engagement, ce recueil d'une figure emblématique de la poésie-action est à découvrir pour porter un regard neuf sur le monde. Poésie et société sont intimement liés, le poème doit être déplacé hors du livre pour chanter sa puissance !

“ Jamais je n’ai cherché la gloire
Ni voulu dans la mémoire
des hommes
Laisser mes chansons
Mais j’aime les mondes subtils
Aériens et délicats
Comme des bulles de savon

J’aime les voir s’envoler,
Se colorer de soleil et de pourpre,
Voler sous le ciel bleu, subitement trembler,
Puis éclater.

Antonio Machado ,Chant XXIX, Proverbios y cantarès,

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Nous étions cinq. Et maman nous dit que nous allions être sept avec ceux descendus de la montagne. Et quand nosu avons vu arriver Francisco le camionneur et Hélios l'aiguiseur de couteaux, Maman a ajouté que nous erions neuf. On traîna alors la table de la cuisinequ'on installa à côté de al table du séjour. Mon frère disposa de nouvelles assiettes et des verres autour du bouquet de fleurs."

L'auteur :

http://sergepey.tumblr.com/

Écouter ici son portrait sur France-Culture.

Infos sur le livre :

chez Zulma 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le trésor de la guerre d'Espagne

D'autres avis :

Yves 

 

La boîte aux lettres du cimetière, Serge Pey, Zulma éditions, mai 2014, 17 euros

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0