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Celles qui attendent de Fatou DIOME

Publié le par Hélène

                                           Celles-qui-attendent

                                            

♥ ♥

 « Parce qu’elles savent tout de l’attente, elles connaissent le prix de l’amour ; mais seuls leurs soupirs avouent ceux qui nous font languir nous assassinent ! »

 

L’auteur :

Fatou Diome est une écrivain sénégalaise. Son premier roman Le ventre de l’Atlantique lui a valu une grande notoriété.

 

L’histoire :

 Arame et Bougna, mères de Lamine et Issa souhaitent le meilleur pour leur enfant. Elles ne voient aucun avenir pour eux s’ils demeurent dans leur pays, aussi décident-elles de les envoyer en Europe, clandestinement. Les deux fils acceptent bien volontiers cette envolée vers l’espoir. 

 

Ce que j’ai aimé :

-          Dans les départs, souvent le projecteur éclaire ceux qui partent, rarement ceux qui restent. Fatou Diome a eu la prescience de s’intéresser à « celles qui restent »

en chien de faïence dans leur pays, osant à peine imaginer ce qui peut arriver à leurs fils partis si loin… Elle nous décrit avec beaucoup de tendresse leur vie quotidienne, leurs angoisses, mais aussi leur espoir inconsidéré de voir un jour revenir leur aimé les bras emplis de richesse, nous offrant ainsi de magnifiques portraits de femmes.

   - Fatou Diome n'hésite pas à poser les bonnes questions en peignant le quotidien misérable de ces hommes et de ces femmes qui n'ont pas d'autres choix que de subir cette situation que d'autres plus puissants se plaisent à faire perdurer.

 « Seigneur ! Qu’on nous cache les yeux ! Voir ce que la pauvreté fait des humains est une torture infligée à l’âme. » (p. 152)

  

« Devraient entrer en résistance tous ceux qui sont d’accord pour dire qu’il n’est pas éthique de vider l’Afrique de sa force humaine. Que l’Europe, avec ses cyniques accords de partenariat, fasse de l’Afrique sa bétaillère de réserve n’est pas acceptable ! » (p. 241)

    

Ce que j’ai moins aimé :

-          Fatou Diome écrit avec tellement de facilité et de fluidité qu’elle finit par en jouer et j’ai trouvé dans ce roman qu’elle avait « sur-écrit », de la même façon que les acteurs « sur-jouent »… Au lieu d’aller à l’essentiel et de dire les choses simplement, elle les répète différemment plusieurs fois, leur adjoint des comparaisons, des métaphores qui allongent considérablement le propos.

 « Ce que les gens appellent l’éternité, qu’ils s’imaginent telle une ligne de mire lointaine, n’existe pas. La véritable éternité, c’est un bref instant, volé à la vacuité du quotidien, où, soudain, une intense beauté se concentre et s’ancre si profondément en nous que le temps à venir ne peut en éroder le souvenir. L’éternité, c’est cette pleine présence à soi et aux autres lors de ces moments inoubliables. Si le corps se laisse ruiner par le temps, il existe en nous des endroits où la beauté ménage un espace hors d’atteinte. (…) » (p. 285)

 J’ai souvent perdu le fil de la narration au détour de ces considérations, au point, souvent, de passer des lignes pour plus vite retrouver nos chères héroïnes…

 

Premières phrases :

« Aram, Bougna, Coumba, Daba, mères et épouses de clandestins, portaient jusqu’au fond des pupilles des rêves gelés, des fleurs d’espoir flétries et l’angoisse permanente d’un deuil hypothétique ; mais quand le rossignol chante, nul ne se doute du poids de son cœur. Longtemps, leur dignité rendit leur fardeau invisible. Tous les suppliciés ne hurlent pas. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Eldorado de Laurent GAUDE

 

D’autres avis : Yves, (Merci) Clara, Catherine

 

Je remercie Gilles Paris qui m’a permis de découvrir le destin de ces femmes attachantes… 

 

Celles qui attendent, Fatou Diome, Flammarion, août 2010, 336 p., 20 euros

 

defi Afrika Choupynette

Publié dans Littérature Afrique

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Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants de Mathias ENARD

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 Prix Goncourt des lycéens en 2010

 

L’auteur :

 

Mathias Enard est un écrivain français. Son roman Zone a obtenu le Prix décembre en 2008 et le prix du livre Inter en 2009.

 

L’histoire :

 

13 mai 1506, un certain Michelangelo Buonarotti débarque à Constantinople. A Rome, il a laissé en plan le tombeau qu'il dessine pour Jules II, le pape guerrier et mauvais payeur. Il répond à l'invitation du Sultan qui veut lui confier la conception d'un pont sur la Corne d'Or, projet retiré à Leonardo da Vinci. Urgence de la commande, tourbillon des rencontres, séductions et dangers de l'étrangeté byzantine, Michel Ange, l'homme de la Renaissance, esquisse avec l'Orient un sublime rendez-vous manqué. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         Le style est ciselé, lyrique, poétique et il nous emporte en deux mots sur les rives de l’histoire avec une facilité déconcertante :

 

« Je sais que les hommes sont des enfants qui chassent leur désespoir par la colère, leur peur dans l’amour ; au vide, ils répondent en construisant des châteaux et des temples. Ils s’accrochent à des récits, ils les poussent devant eux comme des étendards ; chacun fait sienne une histoire pour se rattacher à la foule qui la partage. On les conquiert en leur parlant de batailles, d’éléphants, de rois et d’êtres merveilleux ; en leur racontant le bonheur qu’il y aura au-delà de la mort, la lumière vive qui a présidé à leur naissance, les anges qui leur tournent autour, les démons qui les menacent, et l’amour, l’amour, cette promesse d’oubli et de satiété. » (p.66)

 

-         Tel un poète, Michel Ange veut sublimer le monde, lui apporter de la beauté pour que la nuit ne triomphe pas. Ce n’est pas seulement un pont qu’il souhaite construire, mais une véritable œuvre d’art inscrite dans l’éternité. La vie et ses contingences auront raison de ses projets…

 pont.JPG

 

-         Michel Ange est saisi dans l’immédiateté de son histoire personnelle mais aussi de la grande Histoire. Le fait d’ancrer ce court récit dans une réalité historique apporte un souffle de magie supplémentaire aux instants fugaces saisis dans la vie de cet homme illustre.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- La légèreté de ce petit roman me laisse penser qu’il ne me laissera pas une impression durable…

 

Premières phrases :

 

« La nuit ne communique pas avec le jour. Elle y brûle. On la porte au bûcher à l’aube. Et avec elle ses gens, les buveurs, les poètes, les amants. Nous sommes un peuple de relégués, de condamnés à mort. Je ne te connais pas. Je connais ton ami turc ; c’est l’un des nôtres. Petit à petit il disparaît du monde, avalé par l’ombre et ses mirages ; nous sommes frères. »

 

 

D’autres avis : Griotte (Merci, merci), Leiloona, Amanda, Dominique, Pickwick, La Ruelle Bleue, Alex

  

Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants, Mathias ENARD, Actes Sud, août 2010, 153 p., 17 euros

 

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Un monde ouvert de Kenneth WHITE

Publié le par Hélène

monde-ouvert.jpg

 

 

 

♥ ♥ ♥ ♥

 

 « Quand le crépuscule tombera sur la terre et sur la mer

Des roussettes voleront dans l’air du soir

 

La nuit venue je m’étendrai sous les étoiles

La grande Voie presque à portée de mes pieds

Et j’écouterai les longues annales de la houle

Tandis que des tortues sans âge se traîneront sur la plage. » (Equatoriales)

 

L’auteur :

 

Kenneth White naît à Glasgow en Ecosse juste avant la seconde guerre mondiale. Il fait ses études de lettres françaises et allemandes, de lettres latines ainsi que de philosophie à l'université de Glasgow. Grand lecteur, il se passionne pour Ovide, Rimbaud, Hölderlin, Nietzsche. Refonder radicalement notre culture, tel est, résumé d'une manière assez lapidaire, le dessein de poète, de théoricien de la « géopoétique », d'auteur de récits qu'est Kenneth White. Kenneth White, a écrit plus de trente livres en anglais et en français depuis Les Limbes incandescents (1976). Nous pouvons les classer en récits : Le rodeur des confins (Albin Michel 2006), poésie : Mahamudra, le grand geste (Mercure de France, 1979), Le passage extérieur (Mercure de France, édition bilingue, 2005) et Un monde ouvert : anthologie personnelle dans la prestigieuse collection Poésie/Gallimard en 2007. Enfin, il y a les essais, recherches, entretiens où l'on rencontre l'esprit nomade, Antonin Artaud ou Hokusaï. Kenneth White vient de faire paraître Les Affinités extrêmes (Albin Michel, 2009). (Source : France Culture)

 

Les thèmes :

 

 - La nature,

 

- La  géopoétique : "La géopoétique est une théorie-pratique transdisciplinaire applicable à tous les domaines de la vie et de la recherche, qui a pour but de rétablir et d’enrichir le rapport Homme-Terre depuis longtemps rompu, avec les conséquences que l’on sait sur les plans écologique, psychologique et intellectuel, développant ainsi de nouvelles perspectives existentielles dans un monde refondé."

 

« Je suis las de lieux

Où l’homme se donne en spectacle

J’ai assez vu le théâtre humain

Les gesticulations de ses pantins

Toutes leurs petites histoires

Ce qui m’intéresse à présent

Ce sont les champs silencieux

Qui s’étendent alentour

Les mouvements de la mer

Le ciel semé d’étoiles

Le rapport entre mon corps et l’univers

Entre les nébuleuses et mon cerveau. » (Le testament d’Ovide)

 

Ce que j’ai aimé :

 

- L'auteur chante le monde, la nature, les éléments et surtout les bords de mer, qu'ils soient écossais, bretons, canadiens... Il encense tous les lieux dans lequel la quintessence du monde prend vie. L'auteur cherche à se fondre dans les éléments pour ne plus faire qu'un avec le monde. Accéder à une compréhension intuitive.



« Fleurs jaunes

Qui dansent au vent

Un corbeau sur une branche

Qui croasse

Le ruisseau

Qui reflète le ciel

Dans ses rides gris-bleu

Plage blanche, varech

La démarche hautaine

Des huîtriers

Un crabe bleu qui tâtonne dans une flaque

Coquille luisante. » (La maison des marées)

  

 

« Entre une question et une question

Entre un silence et un silence

Le murmure de la rivière. » (La rivière qui traverse le temps)

 

  photo-mer.jpg

« Assuré

Que la visée vitale

De l’art

C’est de jeter à la ronde

Images

Témoignages

Preuves

D’une puissance de synthèse

Accordée à la vie

Et qui préserve la vie

Contre la solitude

Le morcellement

Les agressions froides

De l’espace et du temps. » (Le grand rivage, 11)

 

 

- Un chant mélodieux inoubliable qui nous enjoint à mieux observer ce qui nous entoure pour nous éloigner des contingences matérielles et, enfin, flirter avec le spirituel...

 

« Je suis las de lieux

Où l’homme se donne en spectacle

J’ai assez vu le théâtre humain

Les gesticulations de ses pantins

Toutes leurs petites histoires

Ce qui m’intéresse à présent

Ce sont les champs silencieux

Qui s’étendent alentour

Les mouvements de la mer

Le ciel semé d’étoiles

Le rapport entre mon corps et l’univers

Entre les nébuleuses et mon cerveau. » (Le testament d’Ovide)

 

 

« Par-delà ce tumulte

Qu’est vivre, aimer et mourir

Le ciel soudain s’éclaircit

 

Balayé par un grand vent blanc. » (Le mistral blanc)

 

- La dimension écologique n'est pas absente de ces pages :

 

"Colloque à la Hague :

"En 1900 l'Himalaya avait 10 000 glaciers

à présent 2000 de moins

 

au cours du dernier siècle et demi

la masse glaciaire des Alpes s'est réduite de moitié

 

les glaciers de l'Alaska

ont diminué de vingt pour cent ces cinquante dernières années."

 

ils disent que le planète se réchauffe

ils prévoient des tempêtes et des inondations

 

de nombreuses terres basses vont disparaître

 

assis en ce lieu

sur un promontoire rocheux de l'Europe

je regarde passer les nuages

et j'écoute la rumeur de la mer." (Deux lettres de montagne) 

 

photo-montagne.jpg

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Rien, je suis définitivement tombée en amour…

 

Premier poème :

 

« Marche matinale

 

C’était un froid un lent brouillard agglutiné

Autour du soleil, accroché

Au petit soleil blanc, la terre

Etait seule et délaissée et un grand oiseau

Jetait son cri rauque de la héronnière

Tandis que le garçon s’en allait sous les hêtres

Voyant les débris bleuâtres des coquillages

Et les moites amas de feuilles pourrissantes. »

 

Vous aimerez aussi :

 

http://www.kennethwhite.org/ 

 

Un monde ouvert, anthologie personnelle, Kenneth WHITE, Traductions de Marie-Claude White, Patrick Guyon, Philippe Jaworski et Pierre Leyris, Poésie gallimard, janvier 2007, 10 euros

 

challenge voisins voisines   

Publié dans Poésie étrangère

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Les leçons du mal de Thomas H. COOK

Publié le par Hélène

                                              leçons du mal

  

  

 L’auteur :

 

Thomas H. Cook est un écrivain américain, auteur d’une vingtaine de romans.

 

L’histoire :

 

Jack Branch est un fils de bonne famille, professeur dans le petit lycée de Lakeland, Mississippi. Très impliqué dans son métier, soucieux de justice dans un pays encore marqué par la guerre de Sécession, il se prend d’affection pour un élève taiseux et renfrogné du nom d’Eddie Miller. Eddie se tient à l’écart de la communauté, résigné, écrasé par le poids de son ascendance : il est le fils du « tueur de l’étudiante », mort en prison quinze ans plus tôt. Le mal se donne-t-il en héritage ? Peut-on sauver les gens d’eux – mêmes ?
Pour libérer Eddie de son fardeau, Jack lui suggère de mener une enquête sur son père. Le maître et l’élève découvrent peu à peu un monde où le bien et le mal se confondent, chargé de violence et de mirages : un monde de ténèbres. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Une attente est savamment créée tout au long du roman par des prolepses incessantes : Jack Branch raconte les évènements qui se sont déroulés en 1957, mais il le fait à la fin de sa vie, ayant ainsi une vision d’ensemble sur son récit et sur les êtres dont il est question. Il fond ainsi les époques, instillant au fur et à mesure des informations sur le devenir des personnages, intriguant le lecteur avec cet évènement mystérieux qui changera leur destin et les mènera au procès dont des extraits sont retranscrits…

 

-          Les références culturelles sont érudites puisque Jack est professeur, il survole l’histoire traquant le mal à travers des personnages historiques ou fictionnels pour raconter leur histoire.

 

-          Le style est précis, tout comme la construction, nous prenant incidemment dans ses rets.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          J’ai attendu avec impatience pendant le récit cet évènement violent, extraordinaire qui a changé la vie des personnages. De fait, j’ai trop attendu, et j’ai été déçue quand, enfin, la relation de cette scène évoquée à moults occasions tout au long du roman, est enfin relatée. Pour moi, le suspens est tombé à plat.

 

-          Le propos de l’auteur n’était évidemment pas seulement dans l’intrigue policière, il s’applique à décrire la psychologie des personnages avec tellement de minutie, que l’on peut penser que là est l’essentiel de son propos. Pourquoi dans ce cas instiller cette jalousie pernicieuse cadrant peu avec la personnalité de Jack à la fin du roman ? Je ne l’ai pas trouvée cohérente.

 

Premières phrases :

 

« Gâté par le sort, je n’ai pas su voir les ténèbres ni ce qu’elles dissimulaient. Jusqu’au moment fatidique, le mal s’est tenu à distance, circonscrit à de simples notes de cours sur les crimes perpétrés par des armées, des foules et des individus sanguinaires, auteurs d’actes abominables que j’exposais avec passion à mon auditoire d’élèves captifs. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Seul le silence de Roger John  ELLORY

 

Lu dans le cadre du jury Babélio-Seuil Policiers

jury-babelio.jpg

Vous trouverez d’autres avis plus positifs que le mien sur Babélio

  

Les leçons du mal, Thomas H.COOK, Traduit de l’anglais (EU) par Philippe LOUBAT-DELRANC, Seuil policier, mars 2011, 356 p., 21.50 euros

 

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Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques, tome 1 de BLAIN et LANZAC

Publié le par Hélène

                                        Quai-dOrsay-Blain-Lanzac.jpg

♥ ♥ ♥ ♥

A ne pas manquer...

 Les auteurs :

Le scénariste de cet album se cache derrière le pseudonyme de  « Abel Lanzac ». Il a été lui-même membre de plusieurs cabinets ministériels et souhaitait témoigner et restituer en images l’univers sans concessions de la politique et de la diplomatie. Sa collaboration avec Christophe Blain lui a permis d’atteindre son but.

Christophe Blain est un dessinateur et scénariste français de bandes dessinées.

 

L’histoire :

Le jeune Arthur Vlaminck est embauché en tant quequai-d-orsay-grand-prix-rtl-bd-2010-image-l440-h235.jpg chargé du "langage" par le ministre des Affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms. En clair, il doit écrire les discours du ministre ! Mais encore faut-il se faire une place entre le directeur du cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d'Orsay où le stress, l'ambition et les coups fourrés ne sont pas rares... Inspiré de l'expérience d'Abel Lanzac qui fut conseiller dans un ministère, cet album restitue une vision de la politique à la fois pleine d'acuité et d'humour. Un pur régal ! (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

jpg_bd-chroniques-diplomatiques.jpg-          Le personnage du ministre Taillard, pauvre humain assailli par les crises mondiales et raisonnant dans un monde parallèle pour les résoudre est époustouflant. La difficulté pour ses collaborateurs étant de le suivre dans ces mondes parallèles et plus difficile encore, de retranscrire pour ses discours ses pensées aux allures disparates :

«-  Mais notez. C’est ça qu’il faut dire. Votre boulot, c’est de la faire comprendre.

-          Mais on ne peut pas écrire ça…

 

-          Il faut qu’il y ait du cœur. A travers une histoire. A travers une anecdote. De l’amour.  Et puis d’un coup, PLAF ! » (p. 29)

Taillard cite Tintin mais utilise aussi les citations d’Héraclite pour régler la guerre de l’anchois avec l’Espagne.

« C’est comme ça qu’on gouverne le monde. Par la pensée. Par la culture. Qui forge une vision. C’est pas compliqué quand même. » (p. 69)

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L’un de ses conseillers résume en ses mots sa façon de faire et d’être :

 «  Il lance la boule, il dit un truc, c’est n’importe quoi en apparence, mais quand tu comptes les points, c’est complètement dingue.  Sa boule est toujours à 1 cm du cochonnet de la vérité. (…) Mais par contre, qu’est-ce qu’il est chiant ! C’est X-or ce mec. Tu ne peux pas discuter avec lui. Il est constamment dans une dimension parallèle.» (p. 31)

Ce ministre Taillard est en réalité une incarnation cocasse de Dominique de Villepin.

-          Tout est drôle et intelligent dans cet album haut en couleurs, magnifiquement illsutré par Christophe Blain dont j’avais déjà beaucoup apprécié le travail dans Isaac le pirate. Les personnages prennent réellement vie sous nos yeux, se mouvant avec une prestance impressionnante au sein de ces cases aux dessins colorés.

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Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Isaac le pirate

 

Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques, tome 1 Le conseiler,  Abel LANZAC et Christophe BLAIN, Dargaud, mai 2010, 96 p., 15.95 euros

 rire copie 

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Allah n’est pas obligé d’Ahmadou KOUROUMA

Publié le par Hélène

allah n'est pas obligé

♥ ♥

Prix Renaudot 2000

Prix Goncourt des Lycéens 2000

Prix Amerigo Vespucci 2000

  

L’auteur :

 

Ahmadou Kourouma est un romancier ivoirien. Au moment de sa mort, il travaillait à la rédaction d’un nouveau livre Quand on refuse on dit non, une suite d’Allah n'est pas obligé : le jeune héros, enfant soldat démobilisé retourne en Côte d’Ivoire à Daloa et vit le conflit ivoirien. Ce roman sera publié après sa mort.

 

L’histoire :

 

Birahima est un enfant ivoirien d’une dizaine d’années. Sa mère, gravement malade, meurt et Birahima devient orphelin. Il part à la recherche de sa tante au Libéria. Sur la route, il rencontre Yacouba, un féticheur musulman, qui se dit multiplicateur de billets. Pris au piège par la guerre civile, ils s’engagent tous les deux auprès du Front National Patriotique du Libéria dirigé par le colonel Papa le Bon. Yacouba devient féticheur professionnel et Birahima se retrouve enrôlé comme enfant-soldat. Le livre raconte leur périple à travers des pays dévastés par la guerre (Libéria, Guinée, Sierra Leone) et dénonce la cruauté des conditions de vie de ces enfants-soldats. (Source : Wikipédia)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’originalité dans la façon dont le sujet est traité : en faisant parler Birahima, l’auteur met l’accent sur la déshumanité intrinsèquement inculquée à ces enfants soldats pour qui la guerre est un jeu comme un autre.

-          La violence et l’absurdité des guerres est ainsi placée sur le devant de la scène, sans pour autant que la narration soit insoutenable.

-          Les réflexions sous-jacentes sur la religion sont habilement amenées grâce à ce leitmotiv que se répète le jeune garçon comme un mantra « Allah n’est pas obligé d’être juste avec toutes les choses qu’il a créées ici-bas. »
 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je me suis lassée à la mi-parcours : à cause du style, très répétitif, et devenu lourd au fil des pages avec ces définitions qui jalonnent le texte, ces jurons qui clôturent les paragraphes ;  lassée aussi à cause des rappels historiques sur l’histoire du Libéria qui m’ont ennuyée ; lassée à cause de l’histoire même de Birahima qui n’évolue pas…

 

Premières phrases :

 

« Je décide le titre définitif et complet de mon blablabla est Allah n’est pas obligé d’être juste dans toutes ses choses ici-bas. Voilà. Je commence à conter mes salades.

 

Et d’abord… et un… M’appelle Birahima. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel DONGALA

 

 

blogoclub

   Lu dans le cadre du Blogoclub

    Les avis sont sensiblement identiques au mien : la deucième partie a eu tendance à lasser les blogolecteurs...

 

 

POCHE : Allah n’est pas obligé, Ahmadou KOUROUMA, Points, 2002, 6 euros

 

defi Afrika Choupynette

Publié dans Littérature Afrique

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La rivière noire de Arnaldur INDRIDASON

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

 Un roman captivant.

  

L’auteur :

 

Arnaldur Indridason est un auteur islandais, également journaliste et critique de cinéma.

 

L’histoire :

 

Un homme est retrouvé mort dans son appartement avec dans ses poches un flacon de Rohypnol, médicament également connu sous le nom de drogue du viol. Tout porte à croire que l’homme a violé une femme qui a cherché ensuite à se venger de lui. L’inspectrice Elinborg n’a en sa possession pour retrouver la jeune fille en question qu’un châle qui dégage un parfum d’épices indiennes…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’intrigue aborde avec beaucoup de tact la question des femmes violées et des hommes violeurs qui s’en tirent généralement en Islande avec seulement un ou deux ans de prison, quand leurs victimes, elles, restent marquées à vie.

 

« C’est triste de voir que ces hommes peuvent se comporter comme des bêtes sauvages sans écoper d’une peine digne de ce nom. » (p. 57)

 

-          Le récit est captivant, il retient indubitablement le lecteur dans ses rets, agencé d’une main de maître et mené sans temps mort.

 

-          L’inspectrice Elinborg n’est pas seulement inspectrice, elle est aussi femme et mère de famille, et elle est appréhendée dans des moments plus intimes, en proie à d’autres situations compliquées à gérer liées à ses enfants adolescents. Ces scènes apportent de la profondeur à ce personnage qui, dans les précédents romans, restait souvent dans l’ombre d’Erlendur, notre inspecteur préféré qui profite de ses vacances pour se ressourcer.

 

-          Mais la fin du roman sème tout à coup le doute sur l’absence d’Erlendur, obligeant le lecteur à patienter jusqu’au prochain opus pour savoir ce qui est réellement arrivé à notre héros islandais…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         La quatrième de couverture dévoile trop l’intrigue.

 

Premières phrases :

 

« Il enfila un jeans noir, une chemise blanche et une veste confortable, mit ses chaussures les plus élégantes, achetées trois ans plus tôt, et réfléchit aux lieux de distraction que l’une de ces femmes avaient évoqués. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur, dans l’ordre : La cité des jarres, La femme en vert, La voix, L'homme du lac, Hiver arctique, Hypothermie

Autre : Roman policier nordique

 

 D’autres avis : Cuné, Cathulu, Jean-Marc

 

  La rivière noire, Arnaldur Indridason, Traduit de l’islandais par Eric Boury, Métailié noir, février 2011, 350 p., 19 euros

 

Je remercie Valérie GUITER des Editions Metailié pour cette lecture passionnante.

   

challenge voisins voisines

 

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Danses de guerre de Sherman ALEXIE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Sherman Joseph Alexie est un romancier, poète et scénariste américain qui écrit principalement sur les populations amérindiennes. Il s'est fait connaître pour son roman Indian Killer en 1997, un drame contemporain sur la légende d'un tueur indien.

 

L’histoire :

 

Nos relations avec les autres ne seraient-elles en fin de compte que de petites guerres ? Pour se préserver, pour assumer ses responsabilités ou prendre des initiatives ? Avec Sherman Alexie, tout est sujet d’inspiration : être parent, le divorce, la guerre des sexes, celle des races, l’alcool et la drogue, la société de consommation, le terrorisme et bien entendu la guerre...

Ses personnages sont des hommes ordinaires sur le point de connaître de grands changements, des artistes, des ouvriers, des pères, des amants, des maris ou des fils. Par leurs choix, simples et considérables à la fois, ils transforment radicalement leurs univers personnels. Un écrivain célèbre doit s’occuper de son père alcoolique et diabétique, avec qui les relations n’ont jamais été évidentes, au moment même où on vient de lui diagnostiquer une tumeur au cerveau. Un homme, dont le mariage est un naufrage, s’éprend d’une femme rencontrée dans un aéroport. Le fils d’un homme politique en vue commet un crime homophobe. Un jeune garçon découvre sa propre valeur en rédigeant des notices nécrologiques... Un père de famille tue sans le vouloir un jeune cambrioleur, et découvre qu’il est noir...


Drôles, douces-amères ou émouvantes, ces nouvelles explorent la condition humaine avec davantage de force que bien des romans. (Quatrième de couverture)

 

  Ce que j’ai aimé :

 

-          Sherman Alexie ne nous offrent pas seulement des nouvelles qui sont déjà comme de petites pépites ciselées, son recueil comporte aussi des poèmes, ainsi que des réflexions décousues, dialogues fictifs :

 

« Que pensez-vous de Dieu ?

Je suis devant la fenêtre de ma cuisine, et je regarde trois corbeaux perchés sur le fil du téléphone. Je crois qu’ils racontent des conneries sur moi. » (p. 73)

 

« Pourquoi les poètes s’imaginent-ils

Qu’ils peuvent changer le monde ?

La seule vie que je puisse sauver

C’est la mienne. » (p.10)

 

Un ensemble cohérent qui aborde les sujets chers à Sherman Alexie : l’identité raciale de ces amérindiens plongé dans un monde qui a voulu les exterminer, mais aussi des thèmes plus universels comme le mariage, la filiation, la solitude, la maladie et la mort.

 

-          Malgré ces sujets graves, le ton est drôle, acerbe et poétique à la fois. Entre les pages comme dans la vie,  se glissent quelquefois des petits moments d’éternité :

 

« Je n’avais pas chanté depuis des années, rien de tel en tout cas, mais je joignis ma voix à la sienne. Je savais que ce chant ne ramènerait pas les pieds de mon père. Ni ne réparerait sa vessie, ses reins, ses poumons et son cœur. Il ne l’empêcherait pas de vider une bouteille de vodka dès qu’il serait capable de s’asseoir dans son lit. Il ne vaincrait pas la mort. Non, songeais-je, ce chant est temporaire, mais en de pareilles circonstances, le temporaire suffit. Et c’était un bon chant. Nos voix résonnaient dans le couloir. Les malades et les bien-  portants s’arrêtèrent pour écouter. Les infirmières, y compris la Noire à l’air distant, firent inconsciemment quelques pas vers nous. La Noire soupira et sourit. Je lui rendis son sourire. Je savais ce qu’elle pensait. Parfois, même après toutes ces années, il lui arrivait encore d’être surprise par son travail. Elle s’émerveillait encore devant la foi infinie et ridicule des gens. » (p. 44)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

  -          Trop court…

 

Premières phrases :

 

« Limites

J’ai vu un type donner un coup de volant

Pour essayer d’écraser un chien errant,

Mais le corniaud agile a plongé

Entre deux voitures en stationnement

 

Et il a filé.

Merde, ai-je pensé, ai-je bien vu

Ce que j’ai cru voir ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Indian Killer

Autre : La malédiction des colombes de Louise ERDRICH

 

Danses de guerre, Sherman ALEXIE, Traduit de l’américain par Michel Lederer, Albin Michel, février 2011, 195 p., 19 euros

 

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La délicatesse de David FOENKINOS

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ 

  « L’art d’aimer ?

C’est savoir joindre à un tempérament de vampire

La discrétion d’une anémone. » (Cioran) (p. 82)

 

L’auteur :

 

David Foenkinos est un écrivain et scénariste français. Il a publié son premier roman en 2002.

 

L’histoire :

 

« Il passait par là, elle l'avait embrassé sans réfléchir.   Maintenant, elle se demande si elle a bien fait.   C'est l'histoire d'une femme qui va être surprise par un homme.   Réellement surprise. » (Présentation de l'éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         J’ai croisé David Foenkinos en juin dernier lors de la remise du prix orange du livre (il appartenait au jury), et j’avais envie de voir si l’œuvre ressemblait à l’homme : spirituel, drôle, gai… Eh bien oui, pari réussi, cette Délicatesse a tenu ses promesses. C’est effectivement un roman drôle, spirituel et gai.

 

-         Les  chapitres sont entrecoupés de brèves digressions : « Définition du mot « délicatesse » dans le Larousse », « Résultats de ligue 1 le soir où Charles comprit qu’il ne plairait jamais à Nathalie », « Ingrédients nécessaires pour le risotto aux asperges »… Elles apportent un voile léger et décalé au roman en désamorçant l’intrigue.

 

« Pensée d’un philosophe polonais

 

Il y a des gens formidables

Qu’on rencontre au mauvais moment.

Et il y a des gens qui sont formidables

Parce qu’on les rencontre au bon moment. » (p. 88)

 

-         L’analyse des sentiments est intelligente et subtile. David Foenkinos décrit avec tendresse ces instants fragiles durant lesquels tout peut basculer, aussi bien dans le positif que dans le négatif si l’on n’y prend pas garde.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Le tout reste très léger, sans grande prétention.

 

Premières phrases :

 

« Nathalie était plutôt discrète (une sorte de féminité suisse). Elle avait traversé l’adolescence sans heurt, respectant les passages piétons. A vingt ans, elle envisageait l’avenir comme une promesse. Elle aimait rire. Elle aimait lire. »

 

Vous aimerez aussi :

 

  Le traducteur amoureux de Jacques GELAT

 

Une adaptation de ce roman devrait voir le jour en 2012.

   

D’autres avis : Sophie, Amanda, Karine

 

La délicatesse, David Foenkinos, Gallimard, août 2009, 200 p., 16 euros

POCHE : La délicatesse, David Foenkinos, Folio, janvier 2011, 209 p., 6.20 euros

 

Je remercie Lise Chasteloux pour cette lecture rafraichissante...

 

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Manabé Shima de Florent CHAVOUET

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

Une bande dessinée aux allures de carnet de voyages très originale.

Sélectionnée pour le festival d'Angoulême 2011

 

L’auteur :

Florent Chavouet est un jeune auteur de bandes dessinées. Cet album-ci est son deuxième album.

L’histoire :

Un jeune français décide de s’embarquer pour un voyage spécial : découvrir l’une des petites îles qui composent le Japon. Son choix se porte alors sur Manabéshima. Durant ses vacances d’été il va apprendre à connaître les drôles d’habitants qui peuplent cette île.

Voici la présentation qu'en fait l'auteur sur son blog : ICI

 Ce que j’ai aimé :

 

- Cette bande dessinée est très originale : le lecteur s'embarque pour une aventure palpitante qui lui permettra de découvrir les moeurs des habitants de l'île, mais aussi les moeurs des animaux de l'île, mais aussi les moeurs du dessinateur... Un récit très complet, souvent drôle, et innovant.

- Les dessins grouillent dans tous les sens, la page est envahie et chaque détail a son importance. Je précise qu'il faut avoir une bonne vue pour tout lire et tout voir, car quelques dessins et écrits sont tellement minuscules qu'ils mériteraient l'usage d'une loupe. Mais cela permet au lecteur de se fondre dans la peau d'un aventurier prêt à passer au crible l"intégralité de la page pour y trouver la pépite qui fera sa fortune...

- Florent Chavouet nous propose de prolonger cette lecture rafraichissante par la lecture de son blog : http://florentchavouet.blogspot.com/

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien

 

Manabé Shima, Florent CHAVOUET, Picquier, 2010, 23 euros

 Je remercie Isabelle LACROZE pour m’avoir permis de découvrir cette petite pépite.

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 Dans mon challenge "Rire et Humour", Caroline mentionne Tokyo Sanpo du même auteur.

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