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Longue sécheresse de Cynan JONES

Publié le par Hélène

                                            longue-secheresse-01

 ♥ ♥

« C’est une chose étrange à garder secrète : la force de notre désir l’un pour l’autre. » (p.16)

 

L’auteur :

Cynan Jones est un écrivain anglais également exploitant agricole et viticole. Longue sécheresse est son premier roman traduit en français.

L’histoire :

Ce matin-là, Gareth remarque la disparition d’une de ses vaches. Il part alors à sa recherche, distrait de son but par ses nombreuses pensées : l’avenir de ses terres, les migraines de sa femme et son dégoût d’elle-même qui se heurte à son désir à lui, toujours aussi vif…

Ce que j’ai aimé :

C’est un récit marquant qui nous mène sur ces terres rendues arides par la sécheresse, ces terres auxquelles Gareth tient tant, cette ferme qui donne la migraine à Kate, cette ferme que leur fils veut fuir mais vers laquelle il revient inexorablement, ces terres qui offrent des champignons qui ressemblent à des colombes à Emmy, leur petite-fille. Les descriptions de cette nature omniprésente sont magnifiques, l’homme n’étant que la partie d’un tout immense qu’il tente de s’approprier.

«  Au-dessus des collines, derrière la ferme, le jour pointait. Ce n’était qu’un éclaircissement de la nuit très noire qui ravivait l’éclat des étoiles, les faisait vibrer comme une gorge d’oiseau et produire une lumière très forte, pour leur taille minuscule. Il s’était aperçu que la vache avait disparu. » (p. 11)

Les êtres dans ce monde sont soumis aux forces de la nature, aux aléas du destin et des maladies qui provoquent des fausses couches chez les vaches comme chez les femmes.

Mais ce qui différencie les hommes des bêtes est cette capacité à transformer la mort en amour. Gareth reste persuadé que la mort de sa première femme a forgé son père plus sûrement que toute autre chose :

« C’était de là que venait la force d’aimer de son père, et sa capacité à être tellement heureux du simple fait d’avoir une famille. » (p. 99)

« Nous devons admettre notre amour immense pour les gens. Si nous n’avons jamais besoin de connaître sa profondeur, nous ne ferons que sentir la lumière à sa surface. » (p. 99)

Ainsi, Cynan Jones nous apprend que la beauté est aussi tapie derrière les larmes, au-delà de la tristesse et de la mort…

Ce que j’ai moins aimé :

-          La dureté de cette vie qui n’épargne personne est assez désespérante, et c’est seulement plus tard, après avoir reposé ce roman que j’en ai compris toute la force…

Premières phrases :

«             Elle lui trouve un goût de café. Le matin, quand il vient la réveiller.

«              La vache est partie, dit-il. La rouanne au pis lourd. Elle est partie. Je vais aller à sa recherche. »

Il sort et bien qu’il soit encore tôt il ya une promesse de chaleur dans le soleil. Ca fait des semaines que c’est comme ça. »

Vous aimerez aussi :

Là-haut tout est calme de Gerbrand BAKKER

 

Longue sécheresse, Cynan JONES, Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Mona de PRACONTAL, Editions Joelle Losfeld, septembre 2010, 131 p., 15.90 euros

Je remercie les éditions Joelle Losfeld pour cette belle découverte.

D’autres avis chez Keisha, Choco, Cathulu, Clara, Aifelle

 1pourcent   

  challenge voisins voisines 

 

Publié dans Littérature Europe

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Courir de Jean ECHENOZ

Publié le par Hélène

Echenoz.jpg

♥ ♥ ♥ 

Le portrait touchant d'un homme passionné emporté malgré lui dans une course sans fin.

   

L’auteur :

 

Jean ECHENOZ est un écrivain français  Il a publié son premier roman en 1979 et a depuis reçu une dizaine de prix littéraires.

 

L’histoire :

 

Jean Echenoz nous livre un portrait vivant d'Emil Zatopek, l'homme le plus rapide au monde dans les années 50. C'est un homme attachant qui évolue dans le milieu de la course de fond, un peu par hasard dans la Tchécoslovaquie du XXe siècle. L'auteur dresse un portrait touchant et mélancolique d'un homme dépassé par la vie et ses avatars.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le style de Jean ECHENOZ : très minimaliste, il parvient à rendre parfaitement la course effrénée du jeune Emil. Le récit est vivant.

 

- Le portrait émouvant de cet homme. Il s'agit d'un roman basé sur un personnage réel. Si le récit puise ses sources dans la vie réelle d'Emil Zatopek, il n'est pas totalement biographique puisque des zones d'ombres demeurent. Jean Echenoz a épuré le récit de façon à ne garder de la biographie du coureur que les évènements principaux. Nous suivons la trajectoire de cet homme que l’on nommait « la locomotive » avec stupeur et tremblements… Quand va-t-il s’arrêter ? Va-t-il courir toute sa vie au risque de laisser sur le bas-côté un peu de lui-même ? Que va-t-il gagner ? Il ne s’agit pas simplement de trophées dans cette course infernale, mais d’une vie passée à courir presque malgré soi vers on ne sait quel ailleurs idéalement meilleur. Une course contre la montre, une course contre la mort…

 

- Le portrait d’une époque : L'histoire se déroule dans la Tchécoslovaquie communiste des années 40 et 50. Nous suivons donc en toile de fond l'occupation allemande puis la mise en place du régime stalinien à Prague. Emil Zatopek est aux prises avec les instances dirigeantes de son pays qui l'utilisent politiquement avant de l'abandonner quand ses performances ne sont plus aussi brillantes.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je n’ai rien à redire.

 

Premières phrases :

 

« Les Allemands sont entrés en Moravie. Ils y sont arrivés à cheval, à moto, en camion, mais aussi en calèche, suivis d’unités d’infanterie et de colonnes de ravitaillement, puis de quelques véhicules semi chenillés de petit format, guère plus. »

  

Vous aimerez aussi :

 

Un soir au club de Christian GAILLY

 

Courir, Jean ECHENOZ , Editions de Minuit, octobre 2008, 13.50 euros

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Le voyage de l’éléphant de José SARAMAGO

Publié le par Hélène

                                             voyage de l'éléphant

 **

Un périple historique truculent…

  

L’auteur :

 

José Saramago était un écrivain portugais (1922-2010), lauréat du prix Nobel en 1998.

 

 

L’histoire :

 

Salomon, le magnifique éléphant d’Asie, vit depuis deux ans à Belém. Le roi Joao III décide de l’offrir à l’archiduc Maximilien d’Autriche. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon traverse ainsi l’Europe, au gré des caprices royaux et des querelles militaires, soulevant sur son passage l’enthousiasme des villageois émerveillés.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Ce voyage d’un mastodonte à travers l’Europe est déjà en lui-même extraordinaire, mais José Saramago lui apporte une dimension supplémentaire en lui ajoutant son humour décapant ainsi que des réflexions philosophiques, sociales, historiques qui jalonnent le texte, l’enrichissant sans l’alourdir :

 

« Au fond, il faut reconnaître que l’histoire n’est pas uniquement sélective, elle est aussi discriminatoire, elle ne cueille de la vie que ce qui l’intéresse en tant que matériau socialement tenu pour historique et elle dédaigne tout le reste, précisément là où pourrait peut-être résider la vraie explication des faits, des choses, de cette putain de réalité. En vérité je vous dirai, en vérité je vous le dis, il vaut mieux être romancier, inventeur de fictions, menteur.» (p.192)

 

« On raconte beaucoup de choses qui ne sont pas toujours véridiques, mais l’être humain est ainsi fait qu’il est tout aussi capable de croire que les poils d’éléphant, après un processus de macération, font repousser les cheveux, que d’imaginer qu’il porte en lui une lumière unique qui le conduira sur les chemins de la vie, y compris dans les défilés. » (p. 201)

 

-          L’auteur n’hésite pas à venir au secours de ses personnages et de les défendre quand besoin est, commentant ce qu’il écrit parallèlement au récit :

 

« Ces observations seront peut-être jugées inutiles par des lecteurs davantage intéressés par la dynamique du texte que par des manifestations prétendument solidaires et d’une certaine façon œcuméniques, mais fritz, ainsi qu’on l’a vu, passablement découragé à la suite des derniers évènements désastreux, avait besoin que quelqu’un pose une main amie sur son épaule, et c’est exactement ce que nous avons fait, placer la main sur son épaule. » (p. 193)

 

- C’est donc un récit plaisant, vivant, érudit et dynamique que nous offre ce célèbre prix Nobel de littérature.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         La densité du texte est assez déroutante, même les dialogues sont inclus dans le paragraphe, sans tirets, sans guillemets, si bien qu’on ne respire qu’à la fin des chapitres…

 

Premières phrases :

 

« Pour incongru que cela puisse sembler à qui ne serait pas conscient de l’importance des alcôves, qu’elles soient sacralisées, laïques ou illégitimes, pour le bon fonctionnement des administrations publiques, le premier pas de l’extraordinaire voyage d’un éléphant vers l’Autriche que nous nous proposons de relater eut lieu dans les appartements royaux de la cour portugaise, plus ou moins à l’heure d’aller au lit. »

 

 

 

Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Seuil

POCHE : Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Points, août 2010, 6 euros

 

Un grand merci à Jérôme Lambert des Editions Points.

 

Cryssilda en parle aussi.

 

 

challenge voisins voisines

Publié dans Littérature Europe

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Tag d’Armande

Publié le par Hélène

5 livres à offrir à Noël à 5 personnes,

 

5 livres pour faire rire :

 La-vierge-froide-et-autres-racontars 

 1. Ceux qui pestent contre le froid et la neige

 La Vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL

  

 patience-des-buffles-09

  

  2. Ceux qui pestent contre leur conjoint

La patience des buffles sous la pluie de David THOMAS

 

41ze-mHs2CL. SL500 AA300 [1]

 

5. Ceux qui pestent contre les p'tites bêtes

 Ma famille et autres animaux de Gérald DURRELL

 

 lannee-du-jardinier

 

3. Ceux qui pestent contre la ville

L’année du jardinier de Karel CAPEK

  

 les-soeurs-brelan 

 

4. Ceux qui pestent contre leur famille

Les Soeurs Brelan de François VALLEJO

 

    Alors cessez de pester, lisez et riez...

   

Publié dans Tags - challenges...

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Cold in hand de John HARVEY

Publié le par Hélène

                                           cold in hand

 ♥ ♥ ♥ 

 

 

L’auteur :

 

John HARVEY est un écrivain britannique. Après avoir commencé sa carrière d’écrivain en publiant des pulps (des policiers et beaucoup de westerns), il lance écrit en 1989 un roman mettant en scène un policier d’origine polonaise du commissariat de Nottingham du nom de Charles Resnick. C’est le début de la célébrité. Son éditeur lui demande d’en faire une série. 10 aventures vont se succéder au rythme d’un roman par an entre 1989 et 1998. Resnick est un personnage très attachant, amateur de sandwiches, de jazz et de chats (il en a 4 avec des noms de jazzmen célèbres : Bud, Pepper, Dizzy et Miles) qui vit à Nottingham. (Source Wikipédia)

 L’histoire :

 Le jour de la Saint Valentin, Lynn Kellog, collègue et compagne de Charles Resnick, répond à un appel du central et se rend seule sur les lieux d’une rixe entre gangs rivaux. Une adolescente est tuée, Lynn est seulement blessée mais le père de la victime accuse Lynn d’avoir utilisé sa fille comme bouclier humain. Simultanément, l’enquête que menait Lynn sur une affaire d’homicide (le meurtre d’une jeune femme immigrée travaillant dans le monde interlope de Nottingham) s’enfonce dans une impasse : l’un des deux principaux témoins a disparu, alors que l’autre, craignant pour sa vie, refuse de parler.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le personnage de Charles Resnick  est toujours aussi émouvant : amoureux du jazz et de Lynn, il profite pleinement des instants miraculeux que lui offre la vie, toujours prêt à foncer tête baissée pour défendre sa belle. Les autres personnages sont tout aussi bien campés et chacun croit fermement à la cause qu’il défend.

-          Les intrigues sont subtilement menées et mêlées.

-          Enfin, John Harvey nous offre une image bigarrée de Nottingham, cette ville qu’il veut représentative du Royaume-Uni, avec sa violence toujours sous-jacente.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Les scènes de bonheur conjugal entre Charles et Lynn ont eu tendance à m’énerver, mielleuses à la limite du sirupeux, jusqu’à ce qu’elles prennent tout leur sens dans la deuxième partie du roman.

 

Premières phrases :

 

«  C’était ce moment étrange, ni jour ni nuit, ni même véritablement le crépuscule, ù la lumière commençait à décliner, les phares de quelques automobilistes trop prudents allumant un reflet pâle, fugace, sur la surface luisante de la route, l’itinéraire le plus direct pour regagner la ville. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Coeurs solitaires

Autre : Ténèbres, prenez-moi par la main de Dennis LEHANE

 

 

Cold in hand, John HARVEY, Traduit de l’anglais par Gérard de CHERGE, Rivages thriller, octobre 2010, 364 p., 20 euros

 

 

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Jean-Marc, Yann (Moisson noire) ont également aimé.

 

challenge voisins voisines

Publié dans Roman policier Europe

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Les sœurs Brelan de François VALLEJO

Publié le par Hélène

                                                              les-soeurs-brelan

 ♥ ♥ ♥ ♥

Un récit jubilatoire admirablement bien mené.

  

L’auteur :

 

François Vallejo est un écrivain français auteur de sept romans, romans pour lesquelles il a obtenu plusieurs distinctions littéraires.

 

L’histoire :

 

A la mort de leur père, les trois sœurs Brelan refusent la tutelle de leur tante Rosie et décident de s’assumer seules, l’aînée Marthe ayant atteint sa majorité. Et c’est envers et contre tous, toujours unies qu’elles vont revendiquer leur droit à vivre comme elles l’entendent.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Ce récit est mené tambour battant, pas un instant le lecteur ne s’ennuie tant l’écriture est vive, et tant les personnalités de ces sœurs hors du commun sont attachantes.

 

-          Ces quatre femmes (j’inclue la grand-mère qui le mérite bien…) sont époustouflantes. Marthe est un exemple de dévouement qu’un petit séjour au sanatorium délivrera d’une charge trop lourde pour ses maigres épaules ; Sabine prendra le relais, prête à tout pour subvenir aux besoins de ses sœurs ; et la plus jeune, Judith, est celle avec qui « Il fallait s’attendre à tout » (p. 198), la suite de l’histoire le prouvera. La grand-mère quant à elle s’amuse follement au milieu de cette joyeuse smala, et lance souvent son rire « descendant, ferme et bref » (p.25), tout en comptant ses napoléons d’or pour les offrir à ses petites-filles, encore persuadée qu’ils seront utiles pour financer leurs folles équipées parisiennes. Leurs liens demeureront indéfectibles :

 

 « Tant que nous sommes trois, nous ne sommes pas abandonnées. Il suffit de rester ensemble, vous ne croyez pas ? Nos sommes sœurs depuis le début, ça durera jusqu’à la fin, si nous le décidons. » (p. 24)

 

-          L’ensemble est drôle, enlevé, un vrai bonheur de lecture.

 

 « Le plus simple serait que les sœurs Brelan acceptent la tutelle officielle de Pierre Ledru, même s’il est dirigé par sa femme.

Le jardin est beaucoup plus grand chez nous, il aurait de quoi faire pousser ses rosiers… Mais nous, on n’est pas des rosiers. » (p. 16)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« Trois, elles étaient trois et partageaient trois habitudes : s’accorder d’un coup d’œil, se taire au même moment et parler toutes à la fois. Séparées, elles se sentaient perdues, on pouvait s’imposer à elles. Si elles osaient prendre la parole, les sœurs Brelan, c’était ensemble. On ne s’entendait plus, elles parlaient trois fois plus fort, elles n’avaient peur de rien. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Ouest

Autre : Jim Glass de Jim EARLEY

 

Les sœurs Brelan, François VALLEJO, Viviane Hamy, septembre 2010, 286 p., 19 euros

 

1pourcent

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Une étrange et sublime adresse de Amit CHAUDHURI

Publié le par Hélène

                                                étrange et sublime adresse

 ♥ ♥

  

L’auteur :

 

 Amit CHAUDHURI est un écrivain indien. Il a obtenu le Commonwealth Writers Prize en 1992 pour Une étrange et sublime adresse qui est son premier roman.

 

L’histoire :

 

Un jeune garçon de Bombay vient à passer ses vacances en famille à Calcutta. Il y fait chaud, bien sûr, sa mère et sa tante passent de longues journées allongées sur le grand lit. Sandeep et ses cousins chahutent sur le petit, un lézard lorgne un moustique égaré, le temps semble arrêté.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-         Ce récit a beaucoup de charme, il nous peint des scènes vivantes d’une vie somme toute banale, sans soucis, vie qui s’étire langoureusement comme un chat au soleil.

 

« L’écho des fenêtres fermées par Sarasvati dans l’autre pièce, celui des pas de sa tante qui monte l’escalier, deux tasses de thé à la main, et la conversation de deux adultes qui parlent, se taisent, parlent, se taisent, comme le flux et le reflux d’une marée. » (p. 131)

 

-         C’est un récit qui chante les louanges du bonheur au quotidien et s’intéresse davantage au moment, à l’instant plus qu’à la globalité d’une histoire.

 

« Seul importait pour les dieux et les mortels l’accomplissement de ce moment riche et sans fin dans la petite chambre, ce moment de communion secrète, presque clandestine, où celui qui priait et celui qui recevait la prière échappaient à l’ingrate responsabilité du monde. Restaient les oranges, les batashas blanches, les concombres. » (p. 51)

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Bizarrement, alors que je suis une adepte des récits qui chantent le quotidien, je n’ai pas été totalement emportée par celui-ci. Peut-être lui manque-t-il justement une histoire dans laquelle sertir les petits bonheurs… Je pense que c’est un roman que je relirai, pour voir si mon manque d’enthousiasme était dû au texte lui-même ou à d’autres facteurs…

-         Je n’ai pas bien compris pourquoi neuf autres récits avaient été ajoutés en fin de recueil. Le premier fragment centré autour du jeune Sandeep se suffisait à lui-même.

 

Premières phrases :

 

« Il aperçut la ruelle. De petites maisons sans beauté, sans intérêt, plantées face à face. La maison de Chhotomama avait un pomélo dans sa cour minuscule et des plantes grimpantes aux fenêtres. Un gamin se cramponnait au portail rouillé, un autre le faisait osciller d’avant en arrière. Ensemble, ils traçaient dans l’espace un petit arc de cercle. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 La colère des aubergines de Bulbul SHARMA

 

Je remercie les Editions Picquier.

 

Une étrange et sublime adresse et neuf histoires, Amit CHAUDHURI, traduit de l’anglais (Inde) par Simone MANCEAU, Picquier poche, août 2010, 263 p., 7 euros

Publié dans Littérature Asie

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Blacksad de DIAZ CANALES et GUARNIDO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

 

« Pour moi l’enfer c’est le néant. Un endroit sans mes amis, sans musique, sans paroles qui stimulent l’imagination, sans beauté qui exalte les sens. »

 

blacksad-un.jpg

 

Les auteurs :

 

Juanjo Guarnido est un dessinateur espagnol qui travaille beaucoup dans le domaine de l’animation

Juan Diaz Canales est un scénariste de bandes dessinées espagnol. Il travaille également pour la télévision.

 

blacksad-tome-1.jpg

 

 

Tome 1 « Quelque part entre les ombres »

 

 « Blacksad » est une très belle bande dessinée mettant en scène un chat détective. Il s'agit ici de sa première enquête qui le mène vers l'univers de la mafia et de la corruption. Bel hommage aux romans ou films noirs des années 30 ou 50, cette BD réussit à recréer un univers sombre et intense. Les réflexions sont fines et intelligentes, l'ensemble est bien rythmé, nous avons là une BD incontournable...

 

L’histoire :

 

Blacksad est un détective privé qui se retrouve cette fois-ci devant le cadavre d'une ancienne petite amie. Par respect pour sa mémoire il va chercher à découvrir qui a pu perpétuer un tel meurtre. Il va alors plonger dans le passé de la jeune femme et rencontrer ses fréquentations pas toujours très fréquentables...

 

Mon avis :

 

 « Blacksad » est une série de Bd policière mettant en scène des animaux changés en hommes. Blacksad est un chat noir au museau blanc, rusé et romantique. Souvent les personnages ont les qualités des animaux qui les représentent.
Chaque tome présente une nouvelle enquête de Blacksad, dans l'univers du New York des années 50. On pense à Chandler, Irish, à tous ces auteurs de romans noirs sachant si bien rendre une atmosphère policière intense.

 

Les dessins sont très précis, les animaux admirablement bien dessinés. L'utilisation de l'aquarelle apporte une touche plus douce à cet univers sombre et violent. Les couleurs sont utilisées avec talent pour rendre au mieux cette atmosphère de roman noir des années 50. L'ensemble est très harmonieux.

 

blacksad-tome-2.jpg

 

 

Tome 2 « Arctic-nation »

 

L’histoire :

 

Blacksad, le chat détective, se livre ici à une nouvelle enquête : dans le quartier interlope de « The Line », miss Grey l'institutrice demande à Blacksad d'enquêter sur la disparition d'une fillette. Aidé par un journaliste Weekly, notre héros va mener son enquête, plongeant au coeur d'un quartier et d'une organisation profondément raciste.

 

Les problématiques abordées dans ce tome tournent autour du racisme avec une allusion au Ku Klux Klan.

 

Mon avis :

 

La deuxième enquête du chat enquêteur est plus fouillée que la première, plus travaillée, brouillant les pistes. Le thème est également plus grave puisqu'il s'agit du racisme et de ses organisations sophistiquées. L'action est plus rythmée, les réflexions de Blacksad passant au second plan.

Les animaux sont dessinés de façon très fine, chaque détail est travaillé. Ce tome met en scène de nombreux animaux blancs tels que le renard blanc, la fouine, l'ours blanc... Ceux-ci s'opposent aux animaux sombres dans une réaction nazie. En harmonie avec le scénario, la neige tombe, travestissant la ville de blanc. Les dessins de la ville sous la neige sont magnifiques, le plus beau étant le dessin final montrant New York vu de haut avec la voiture rouge de Blacksad filant vers d'autres aventures.

 

blacksad-3.jpg

 

Tome 3 « Ame rouge »



L’histoire :

 

Blacksad travaille désormais pour Hewitt Mandeline en tant que garde du corps et encaisseur. Il est basé à Las Vegas, mais une lubie de son patron le ramène à New York. Il en profite pour assister à une conférence d’Otto Lieber un ancien de ses professeurs auquel il est attaché. Quand il apprend que son ami est menacé, il décide de le protéger et d'enquêter sur les motivations de ses ennemis.

 

Mon avis :

 

Le personnage de Blacksad prend ici de l'épaisseur au travers d'une histoire d'amour peu simple.
Mon seul bémol tient pour cet opus à l'abondance de thèmes et à leur complexité (le nazisme, le communisme, le maccarthysme, la science à cette époque et notamment la fabrication de la bombe H...)

 

Les personnages sont nombreux si bien qu'on ne sait pas toujours de qui on parle. Néanmoins l'histoire avec la belle Alma rachète ces petites dérives.

 

L'illustration est très fine, comme d'habitude, après le blanc de l'opus précédent, c'est cette fois-ci le rouge qui est à l'honneur (un des thèmes est en effet le communisme). Les clairs obscurs sont à l'honneur avec de formidables effets d'ombres rasantes. Les animaux dessinés sont toujours plus nombreux et détaillés, en adéquation parfaite avec leur caractère ou attributs. Les scènes sensuelles sont elles aussi très réussies.

 

Blacksad-tome4-pg00.jpg

 

Tome 4 « L’enfer, le silence »

 

L’histoire :

 

Dans l’ambiance particulière de La Nouvelle-Orléans, en pleine célébration de mardi Gras, John Blacksad enquête sur la disparition de Sébastian, un pianiste de jazz consommateur de drogues. Son producteur, un certain Faust, s’inquiète de son sort mais aussi des conséquences que sa mort ne manquerait pas d’entraîner sur l’avenir de sa maison de disques.

 

Mon avis :

 

Ce tome 4 est un très bel opus bercé par un jazz triste et mélancolique. Pour cette raison, je pense qu’il est mon préféré. La violence est moins présente, la noirceur lui succédant en se parant de ses atours abandonnés. Condensé, ramassé, il dit l’essentiel en quelques planches et peint la détresse d’êtres humains perdus dans ce monde aux allures de carnaval…

Les auteurs rendent un bel hommage à la Nouvelle-Orléans : « sa musique et son âme imprègnent chaque recoin de cette histoire » (JDC et JG)

 

 

 

Je remercie l’éditeur pour m’avoir permis de découvrir le 4ème opus…

 

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Blacksad, Diaz Canales et Guarnido, Dargaud, 13.50 euros environ par tome

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Je vous emmène au bout de la ligne de Rodolphe MACIA et Sophie ADRIANSEN

Publié le par Hélène

                                                           je vous emmène au bout de la ligne

 ♥ ♥ 

 Un voyage au coeur de la ligne 2

 

Les auteurs :

 

Rodolphe Macia est devenu conducteur sur la ligne 2 après avoir effectué divers jobs dans les couloirs du métro (vendeur de confiseries, guichetier, contrôleur…)

Sophie Adriansen écrit sous plusieurs formes depuis plusieurs années. Elle a recueilli le témoignage de son conjoint, Rodolphe Macia. Elle tient par ailleurs un blog de lecture Sophielit.

 

L’histoire :

 

Rodolphe, conducteur de métro sur la ligne 2 nous entraîne dans son univers. Il nous raconte ce territoire tel qu’il se livre à l’homme dans la cabine : les créatures qu’il y croise, les rituels qu’il observe, les aventures les plus inattendues qui ébranlent la routine…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          C’est un récit vivifiant qui nous plonge dans l’univers peu connu des conducteurs de métro. L’usager y puise l’explication logique de nombreuses situations qui pouvaient l’intriguer auparavant, et regarde ensuite d’un autre œil ce personnage de l’ombre auquel il pense si peu durant son trajet.

-          Les thèmes sont variés : si les sujets attendus comme les grèves, les suicides, les belles rencontres, sont abordés, des thèmes plus insolites apparaissent également dans ces pages vibrantes, comme cette mention d’un calendrier des conducteurs nus, à la façon des rubgymens, vendu malheureusement uniquement entre conducteurs… 

-          Chaque fin de chapitre est agrémentée d’un volet plus technique autour du thème abordé dans ledit chapitre : des chiffres, statistiques, détails sur le fonctionnement du service…

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         J’aurais aimé que les situations soient plus cocasses, quitte à les inventer.

-         Le style reste un peu trop oral à mon goût.

 

Premières phrases :

 

« Aurélien, dit Chouchou, a quatre ans tout juste. Aujourd’hui il fait un tour complet de la ligne avec moi, dans la loge de conduite. Baptiste, alias Bilou, son frère de sept ans, a déjà fait cette expérience et lui en a dit beaucoup de bien. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le quai de Ouistreham de Florence AUBENAS

 

 

Je vous emmène au bout de la ligne, Tribulations et secrets d’un conducteur de métro, Rodolphe MACIA, écrit avec Sophie ADRIANSEN, Max Milo Editions, novembre 2010, 187 p., 16 euros

 

Site : http://www.auboutdelaligne.fr/

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En attendant Babylone de Amanda BOYDEN

Publié le par Hélène

En-attendant-babylone

♥ ♥ ♥

« Nous aimons un lieu qui ne peut être sauvé par des digues. » (p. 13)

  

L’auteur :

 

Amanda Boyden est une écrivaine américaine enseignante à l’université de la Nouvelle-Orléans. Elle vit là-bas avec son mari Joseph BOYDEN, l’écrivain canadien. En attendant Babylone est son deuxième roman, le premier traduit en français.

 

L’histoire :

 

Le véritable personnage de ce roman est la ville elle-même, La Nouvelle-Orléans, vue à travers la vie d’une dizaine d’habitants d’un des quartiers populaires, Orchid Street, pendant un an. Un an avant l’ouragan Katrina.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le portrait vivant de ces habitants aux contours variés dynamise la narration : la famille de Fearius, jeune délinquant vendant de la drogue, le couple de retraités Roy et Cerise, la famille indienne nouvellement arrivée dans la rue, le couple étrange formé par Joe, malade, et sa femme Prancie, et enfin la famille d’Ariel, gérante d’un hôtel, et de Ed, homme dévoué à sa famille. Tous habitent dans la même rue, ils se côtoient, se jaugent, se jugent, et des  liens subtils se nouent au fil de l’année. Le récit est réaliste, la psychologie de tous ces personnages attachants est finement travaillée au sein d’une construction ample et carrée.

-          En refermant le roman, le lecteur se rend compte que c’est la ville elle-même qu’il a appris à connaître au travers de la vie des personnages évoqués. Par leur intermédiaire, Amanda Boyden rend hommage à cette ville capable du meilleur comme du pire.

 

« Si nous le souhaitons, nous pouvons vous dire qui est La Nouvelle Orléans. La Nouvelle Orléans, c’est ce vieil homme qui ne sait pas lire mais achète quand même le journal tous les jours. Il touche le visage des criminels et le grave dans sa mémoire. Et c’est cette femme à la mâchoire pendante, trop gavée pour quitter la table après le repas  du dimanche, fixant dans son assiette une meule de petits os de dinde. Et c’est aussi, toujours, l’enfant terrible, notre enfant terrible, celui qui ne rentre jamais à l’heure, celui à qui les parents ne demandent jamais d’explications. Des paroles de chanson injurieuses, une bagarre à l’épicerie du coin. Musique et violence. L’enfant raffole des deux. » (p.13)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Quelques longueurs peut-être, liées à la nonchalance qui rythme la vie des habitants comme celle du récit.

 

Premières phrases :

 

« Nous avons choisi La Nouvelle-Orléans.

Nous avons choisi de vivre à Uptown, sur orchid Street, dans le grand lasso du fleuve, bien que nous regardions rarement ses vastes eaux brunes tumultueuses. »

 

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La malédiction des colombes de Louise ERDRICH

 

Je remercie Judith OTT des Editions Albin Michel pour cette immersion dans cette ville tonitruante…

 

En attendant Babylone, Amanda BOYDEN, Traduit de l’américain par Judith ROZE et Olivier COLETTE, Albin Michel, Terres d’Amérique, août 2010, 438 p., 22 euros

 

1pourcent

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