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Parade De YOSHIDA Shuichi

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

« Everyman is an island » (John DONNE)

 

L’auteur :

 

Yoshida Schuichi est un écrivain japonais. Park Life a été couronné en 2002 du prix Akutagawa, l'équivalent du Goncourt au Japon.

 

L’histoire :

 

Quatre jeunes gens vivent en colocation dans un appartement dans Tokyo. Tour à tour ils vont se raconter : quelle est leur vie, quelles sont leurs folies, leurs manies, leurs secrets, leurs amours… Un cinquième personnage va rapidement les rejoindre, apportant un éclairage nouveau sur cette cohabitation…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’alternance de points de vue permet de mieux connaître chacun des protagonistes. Chacun se cache derrière un masque dans cet appartement, se cantonnant à l’image qu’il souhaite renvoyer aux autres, mais sans se dévoiler plus avant.

 

« Pour bien vivre ici, il n’y a rien d’autre à faire que d’adopter le moi qui paraît le mieux adapté au lieu. (…) Le moi qui s’entend bien avec les autres colocataires (…) » dira Mirai.

 

Satoru, le cinquième locataire qui s’est greffé on ne sait comment dans cette petite communauté, est l’exemple – type de ce processus :

 

« Au fond, koto et Ryösuke projettent sur Satoru l’image de la personne avec laquelle ils veulent être. ( …) Je ne peux m’empêcher de comparer son existence à une flaque d’eau qui se formerait au sein de l’eau elle-même. » (p. 150)

 

-          Les relations que les colocataires ont instaurées presque naturellement restent superficielles, chacun respectant l’espace de liberté et d’opacité de l’autre. L’une des protagonistes compare leur colocation aux relations nouées sur Internet par l’intermédiaire de forums. Les internautes ont l’impression de se connaître, mais cela reste un leurre confortable pour chacun d’eux.

 

Dans la postface Gérard SIARY exprime brillamment ces ambivalences :

 

« La petite musique de Yoshida Shuichi, qui s’entend si bien à orchestrer le drame latent jusque dans la répétition stylistique appuyée et quasi formulaire du monde comme il va, nous ramène constamment au mystère de l’autre, celui que nous côtoyons et pensons connaître, celui que nous jouons vis-à-vis d’autrui et de nous-mêmes et qui s’impose à nous, comme si nous nous attachions à démultiplier nos sphères d’existence au sein d’une monde désarticulé. » (p.261)

 

Une analyse très fine des rapports humains... 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Je n’ai pas l’impression que ce roman me marquera durablement, malgré son charme indéniable.

 

Premières phrases :

 

« Quel étrange spectacle, vraiment ! Le balcon de notre troisième étage donne sur l’ancienne route de Kôshû ; il a beau y passer des milliers de voitures par jour, il n’y a jamais le moindre accident. Juste en bas, un passage piéton. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Park life de Shuichi YOSHIDA

  Autre : Les années douces de Hiromi KAWAKAMI

 

 

Parade, YOSHIDA Shuichi, Editions Philippe Picquier, traduit du japonais par Gérard SIARY et Mieko NAKAJIMA-SIARY, 2010, 19.50 euros

 

Je remercie Manu pour le prêt.

D’autres avis chez Manu, Ankya

 

 

challenge-In-the-mood-for-Japan 

 

 

Publié dans Littérature Asie

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Tag des 15 auteurs

Publié le par Hélène

Taguée par La Ruelle Bleue sur le jeu des 15 auteurs qui consiste à citer le plus rapidement possible quinze auteurs qui vous ont marqués,

spontanément, je dirais :

 

 

Jorn RIEL pour le rire

Galsaan TSCHINAG pour le dépaysement

Marcel PROUST pour la perfection

Louis ARAGON pour son amour pour Elsa et pour son engagement

Christian BOBIN pour sa lumière

Jacques POULIN pour sa douceur

Milan KUNDERA pour réfléchir

Mario RIGONI STERN pour sa force

Virginia WOOLF pour sa promenade

Jane AUSTEN pour mon cœur de midinette

Dennis LEHANE pour frissonner

Rick BASS pour se perdre dans les grands espaces américains

Wilkie COLLINS pour me captiver

Charlotte BRONTE pour les souvenirs

Barbara KINGSOLVER pour me divertir

Et tous les autres pour le plaisir de la découverte

 

 

Publié dans Tags - challenges...

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Un bûcher sous la neige de Susan FLETCHER

Publié le par Hélène

 

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 ♥ ♥ ♥ ♥

Un roman ensorcelant. Susan Fletcher est une grande magicienne…

  

L’auteur :

 

Susan FLETCHER est une écrivain anglaise. Un bûcher sous la neige est son troisième roman, après  Avis de tempête et  La fille de l'Irlandais (Plon 2006) qui a connu un immense succès en Angleterre (sélectionné par le célèbre talk-show " Richard and Judy "). 

 L’histoire :

 

Dans l’Ecosse du XVIIème siècle, Corrag, jeune fille accusée de sorcellerie et de trahison envers le roi Guillaume, attend le bûcher. Le révérend Charles Leslie vient d’Irlande pour tenter de comprendre qui a été l’instigateur du massacre de Glencoe. Il va alors rencontrer la jeune fille qui en fut témoin, et qui va accepter de lui raconter ce qu’elle sait, à condition qu’il écoute l’histoire de sa vie. Chaque jour, ce récit continue, comme une longue confession.

 Ce que j’ai aimé :

 

-         Le portrait de Corrag, archétype des êtres rejetés pour leur étrangeté, est subtilement peint : la jeune fille se livre à la première personne avec toute sa naïveté, sa jeunesse, et sa beauté, et parallèlement, dans les lettres qu’il écrit à sa femme Jane,  la voix de Charles donne un point de vue externe sur elle, point de vue qui va évoluer au fil du récit de cet étrange personnage.

Charles est finalement admiratif et fasciné par cette femme lumineuse :

 

« Jamais je ne me suis tenu immobile dans un marécage, ni n’ai entendu une chouette hululer. » (p. 308) dira-t-il, soudain ébranlé dans ses certitudes. Ce qu’il croyait vrai et juste n’était que l’ombre de préjugés insufflé par d’autres.

 

Mais Corrag ne sera plus la même après ce récit, elle qui a pourtant appris à se méfier des hommes :

 

« Tellement de haine dans le monde. Tellement de tristesse.

Ma mère disait toujours il n’y a pas de diable. Rien que les coutumes diaboliques de l’homme. Et elle allait là où étaient le vent, les hauteurs et l’herbe, car ces endroits-là ne pouvaient pas lui faire du mal, pas comme les gens. » (p. 306)

 

Elle aura rencontré quelques hommes irradiant la même lumière qu’elle, quelques hommes qu’elle s’autorisera à aimer, malgré l’avertissement désabusé de sa mère.

 

« Mais il y a aussi de la lumière. Elle est partout. Elle inonde ce monde, le monde en est rempli. Un jour, assise au bord de la Coe, je regardais des rayons de lumière tomber à travers les arbres, à travers leurs feuilles, et je me suis demandé s’il y avait quelque chose de plus beau que ça, ou de plus simple. Il y a maintes beautés. Mais toutes –depuis la neige jusqu’aux cheveux d’Alasdair, roux comme les fougères, jusqu’au ciel reflété dans l’œil de ma jument quand elle humait l’air sur la lande de Rannoch -, toutes ont de la lumière en elles, et elles valent la peine. Elles valent la peine de ce qui est sombre. » (p. 385)

 

-         Le souffle lyrique aère ces pages et leur offre une dimension supérieure. Jeune femme sauvage, Corrag vit en harmonie avec les éléments, et nous offre une vision pure de cette nature souvent ignorée au bénéfice des hommes et de leurs tourments. Nous parcourons les High lands à ses côtés, et comme pour Charles, c’est tout à coup une autre vision du monde qui s’offre à nous.

 

« Je pense ça, et je lève les yeux.

C’est le soir. La lune est à son premier croissant. Il y a des étoiles, et le bruit d’un ruisseau, et dans l’obscurité j’entends même des ailes d’insectes. Je me dis quels présents nous recevons. Quels présents, chaque jour.

Je m’enveloppe dans votre manteau, je respire. Je souris.

Je vais devant moi sous le ciel, à travers la lande. » (p. 388)

 

    Ce que j’ai moins aimé :

-         Rien.

 

 Premières phrases :

 

« Jane,

Je ne me souviens d’aucun hiver qui fût aussi cruel ou me mît à si rude épreuve. Tempêtes de neige et gel sévissent depuis des semaines. Un féroce vent du nord s’infiltre dans ma chambre et tourmente la bougie à la lumière de laquelle j’écris. Par deux fois, elle s’est éteinte. Ce qui va m’obliger à être concis. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La fille de l’irlandais

 

Un bûcher sous la neige, Susan FLETCHER, traduit de l’anglais par Suzanne MAYOUX, Plon, Feux croisés, août 2010, 400 p., 22 euros

 

Merci à Jennyfer SOULAT des Editions Plon pour cette découverte ensorcelante.

 

D’autres avis chez Ys, Cathulu, Papillon, Fashion, Liliba, Clara...

 1pourcent

Publié dans Littérature Europe

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Syngué sabour, pierre de patience d’Atiq RAHIMI

Publié le par Hélène

syngué sabour

♥ ♥ ♥

 Un court roman qui se lit d'une traite et ne s'oublie plus jamais...

 

L’auteur :

 

Atiq RAHIMI est un romancier et réalisateur qui a la double nationalité afghane-française. Il fuit l’Afghanistan en 1984 et demande l’asile politique à la France. Il a obtenu le prix Goncourt en 2008 pour ce roman.

 

L’histoire :

 

Un homme est allongé dans une pièce vide. Il a reçu une balle dans la nuque et semble comme absent bien qu'il respire, comme engourdi dans une forme de coma.
Sa femme vient régulièrement lui rendre visite, quêtant en vain un signe de vie. Elle lui parle, elle confie son quotidien de femme musulmane bafouée dans ses droits, elle ne cesse de lui parler, ignorant s'il l'entend ou pas.

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Il s'agit d'un roman dramatique, de la confession d'une femme que trop d'années ont brimée : oppressée par son statut de femme musulmane, bafouée dans sa vie quotidienne, religieuse et sociale, elle se confie à celui qui représente tout ce qu'elle veut fuir.
C'est un roman sur l'Islam, sur la situation en Afghanistan, sur la guerre, c'est
un roman universel et incontournable.

 

- Le temps s'étire dans cette chambre unique lieu de l'action. La vie continue au dehors, il est fait mention des enfants de la femme, mais le lecteur reste enfermé dans cette chambre qui devient le sanctuaire des secrets de la femme. Cela crée une sensation d'enfermement prégnante et dérangeante chez le lecteur qui ressent plus âprement les soubresauts de la guerre qui sévit à l'extérieur. On peut penser que le danger vient de là, mais au fil du récit de la jeune femme, on se rend compte qu'il n'en est rien.

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Peut être dérangeant, le lecteur est souvent mal à l'aise.

- La fin est... mais chut découvrez par vous mêmes...

 

Premières phrases :

 

« La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses deux rideaux aux motifs d’oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d’un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras.

La chambre est vide. Vide de tout ornement. Sauf sur le mur qui sépare les deux fenêtres où on a accroché un petit kandjar et, au-dessus du kandjar, une photo, celle d’un homme moustachu. Il a peut-être trente ans. Cheveux bouclés. Visage carré, tenu entre parenthèses par deux favoris, taillés avec soin. Ses yeux noirs brillent. Ils sont petits, séparés par un nez en bec d’aigle. L’homme ne rit pas, cependant il a l’air de quelqu’un qui refrène son rire. Cela lui donne une mine étrange, celle d’un homme qui, de l’intérieur, se moque de celui qui le regarde. La photo est en noir et blanc, coloriée artisanalement avec des teintes fades."

 

Vous aimerez aussi :

 

Un jour avant Pâques de Zoyâ PIRZAD

 

Syngué Sabour, Atiq RAHIMI, POL, août 2008, 164 p., 15 euros

Syngué Sabour, Atiq RAHIMI, Folio, Gallimard, mars 2010, 5.60 euros

Publié dans Littérature Asie

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Le roi de kahel de Tierno MONENEMBO

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Prix Renaudot 2008

 

L’auteur :

 

Tierno Monénembo est un écrivain guinéen. Il a quitté son pays à la fin des années 60 pour fuir la dictature de Sekou TOURE. Il est l’auteur d’une dizaine de romans, parmi lesquels « Les crapauds brousse » (1979) et « Peuls » (2004)

 

L’histoire :

 

Au début des années 1880, Aimé Victor Olivier rêve de conquérir une région d’Afrique. Il se rend donc au Fouta-Djalon (situé dans l’actuelle Guinée), bien décidé à convaincre les Peuls qui peuplent la région de la nécessité de construire un chemin de fer et de signer quelques traités de commerce. Il va se heurter à quelques personnages plutôt rétifs à ses projets…

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Le portrait cocasse de cet homme persuadé que ses rêves d’enfant pourront voir le jour dés qu’il posera les pieds en Afrique. Sa vision de ce continent est plus qu’idéalisée :

 

« Ce serait un pays tout nouveau, tout vierge, avec des fleurs partout et des fruits étranges ; peuplé de bêtes eet de tribus éparses, joviales et pacifiques. Un pays embryonnaire qui n’attendrait que sa petite étincelle pour s’irradier et jaillir des ténèbres. » (p. 236)

 

La réalité à laquelle ce vaillant aventurier va se heurter sera bien plus prosaïque :

 

« Sa petite tête de gamin ne pouvait, bien sûr, deviner les fringales et les insolations, les blessures, les demi-morts, encore moins les deux terribles écueils à présent dressés devant lui : Les Peuls et Bayol, Bayol et Peuls, Charybde et Scylla, peut-être ! » (p.236)

 

C’est un homme qui ne se rend pas compte de son ridicule quand il soutient par exemple sa théorie sur la glaciation :

 

« Oui, vous n’ignorez pas que la glaciation s’accentue, que dans quelques décennies le Languedoc sera aussi gelé que le pôle Nord. Alors, les Inuits et les Lapons descendront chez nous. Et nous, nous courrons nous abriter sous les climats rafraîchis de l’équateur. » (p. 162)

 

Le ton humoristique rend ce conte africain aux accents philosophiques truculent et dynamique.

 

- C’est un roman très documenté : Tierno Monénembo s’est appuyé sur les notes de voyages de Aimé Victor Olivier de Sanderval pour établir ce récit très réaliste. C’est une vision très nuancée du personnage et de la colonisation que nous offre ce talentueux écrivain. Historiquement, sa vision est également très juste : la description des conquêtes coloniales et du déclin des pouvoirs traditionnels en place s’appuie sur un travail d’analyse minutieuse. Il nous laisse voir ce qu’aurait pu être la colonisation ourdie par des personnages plus sages et proches des peuples africains…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Quelques longueurs.

 

Premières phrases :

 

« Alors qu’il sortait de chez lui pour aller prendre le bateau, la voix cinglante de sa femme immobilisa Olivier de Sanderval au milieu de l’escalier :

- Mon pauvre Aimé, regardez ce que vous avez oublié !

Il toucha ses oreilles échauffées et son dos frémissant, puis tourna un regard suppliant vers le doux petit monstre qui venait de le martyriser. »

 

Vous aimerez aussi :

 

L’étrange destin de Wangrin de Amadou HAMPATE BA

 

Le roi de kahel, Tierno MONENEMBO, Seuil, avril 2008, 261 p., 19 euros

POCHE : Le roi de kahel, Tierno MONENEMBO, Points, 335 p., 7 euros

 

Alex l'a lu aussi.

 

Publié dans Littérature Afrique

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Triste flic de Hugo HAMILTON

Publié le par Hélène

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  ♥ ♥

 A ne pas laisser passer...

 

L’auteur :

 

Hugo Hamilton est un écrivain irlandais et accède à la consécration avec son roman autobiographique Sang impur, récompensé en France par le prix Fémina Etranger en 2004.

 

L’histoire :

 

Abandonné par sa femme, mis en congé à durée indéterminé après un incendie qui a failli lui coûter la vie, Pat Coyne mène une bien triste vie, remâchant ses diatribes réactionnaires entre deux pintes de Guiness. Mais lorsque son fils se retrouve impliqué dans une sordide affaire d’immigration clandestine, l’ex-flic reprend du service.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’humour est « déjanté » (qui était d’ailleurs le titre des premières aventures de Pat Coyne, tout aussi savoureuses)

-          Le personnage de Pat Coyne est attachant et atypique : perdu, dépassé et souvent imbibé, il essaie de vaincre ses démons résistants avec l’aide d’une thérapeute motivée. Mais c’est loin d’être gagné : il persécute un pauvre banquier, reste convaincu qu’il est « inextricablement lié » à sa femme Carmel qui l’a pourtant quitté (il constate d’ailleurs très finement « C’est pas de la tarte d’être amoureux » (p. 68)), n’hésite pas à déloger quelques lions dans la maison de son rival, et aime pester contre les adeptes de « l’irlanditude »… Il est le centre de son monde, le centre du roman, et ceci pour notre plus grand plaisir…

 

« Pat vous faites une fixation sur la vérité.

Bien sûr. Je veux la vérité.

Oui, mais vous ne pouvez pas vivre avec. Nous vivons de symboles. Nous avons besoin de rêves. De fiction. […]

Tour est affaire d’invention. Les vies sont des histoires. » (p. 180)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          L’intrigue policière est vite expédiée, elle n’est que secondaire.

 

 

Premières phrases :

 

« Coyne sirotait sa pinte. S’occupait de ses oignons. A l’instar de beaucoup d’autres solitaires assis au bar un peu partout dans Dublin, on l’aurait cru aux commandes d’un gros engin. Perché sur un tabouret ; en train de manœuvrer une grue, un camion à plate-forme, ou encore un bus bondé de passagers à moitié soûls. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Déjanté

Autres : les romans de Ken BRUEN

 

Merci à Jérôme LAMBERT des Editions Points pour cette lecture.

 

D’autres avis Keisha, Jean-Marc

 

Triste flic, Hugo HAMILTON, Phébus, novembre 2008, 18.53 euros

POCHE : Triste flic, Hugo HAMILTON, Points, septembre 2010, 253 p., 6.50 euros

Publié dans Roman policier Europe

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Féroces de Robert GOOLRICK

Publié le par Hélène

féroces 

  ♥ ♥

Un très grand roman.

 

L’auteur :

 

Robert Goolrick est un écrivain américain dont Féroces est le premier roman.

 

L’histoire :

 

Le narrateur porte un regard aiguisé sur sa famille, les Goolrick. Dans les années 50, tout le monde enviait ce couple uni qui courait les cocktails et fêtes en tous genres, toujours sophistiqués, toujours gais, toujours brillants. Leurs trois enfants semblaient eux aussi promis à un bel avenir.

Mais l’envers du décor est rarement aussi clinquant que l’endroit…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La puissance de l’écriture nous emmène allègrement sur les traces de cette famille si tourbillonnante. Le récit est passionnant, envoûtant, drôle quelquefois, tragique souvent, décalé tout le temps.

-          Le narrateur entre dans le vif du sujet de façon subtile et délicate : il plante le décor, parle de lui avec sincérité, peint quelques scènes familiales pour permettre au lecteur de cerner sa famille avant de véritablement ouvrir la porte qui mène aux vérités effrayantes… Ces vérités sont alors d’autant plus puissantes qu’il ne se perd pas dans le pathos et nous livre un récit très pur de ce qu’il a vécu.

-          C’est un homme qui souffre profondément et souhaite si ce n’est panser, du moins penser ses blessures pour que d’autres souffrent moins. Un grand homme…

 

« Ce que j’achetais ce jour-là ne changea strictement rien, et j’ai passé ma vie entière à en parcourir, des kilomètres à pied, à chercher une chose ou une autre, la chose qui ferait la différence entre ce que j’étais et ce que je voulais être. […] Quelque chose qui me dirait qu’enfin je n’étais plus sans espoir, que je n’étais ni petit, ni faible, ni laid, ni pauvre […].

Quelque chose qui viendrait apaiser la terrible beauté et l’inconsolable tristesse de la vie.

Je ne l’ai jamais trouvé. Je ne cesserai jamais de la chercher. » (p. 169)

 

« Je la raconte [cette histoire] parce que j’ai dans le coeur une douleur poignante en imaginant la beauté d’une vie que je n’ai pas eue, de laquelle j’ai été exclu, et cette douleur ne s’estompe pas une seconde.

[…]

Je la raconte pour tous les garçons, pour la vie qu’ils n’ont jamais eue.

Je la raconte car je tente de croire, car je crois de tout mon cœur, que toujours demeure l’écho obstiné d’une chanson. » (p. 249)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je dois avouer avoir quand même reçu un coup au cœur quand la « férocité » fut dévoilée. Mais une fois le temps du choc passé, je ne peux que m’incliner devant la puissance de ce texte essentiel.

-          Le titre français est mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman : La fin du monde telle que je l’ai connue : scènes d’une vie, bien loin de ce « Féroces »…

 

Premières phrases :

 

« Mon père est mort parce qu’il buvait trop. Six ans auparavant, ma mère était morte parce qu’elle buvait trop. Il fut un temps où moi-même je buvais trop. Les chiens ne font pas des chats. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Sukkwan island de David VANN

 

 

 

Un très beau billet de La Ruelle Bleue 

 

Féroces, Robert GOOLRICK, Traduit de l’anglais (EU) par marie DE PREMONVILLE, Editions Anne Carrière, août 2010, 20.50 euros

 

 

Merci à Julia GALLET des Editions Anne Carrière pour m'avoir permis de découvrir ce très beau roman. 

 

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Sonietchka de Ludmila OULITSKAIA

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 Le doux portrait d’une femme ordinaire.

Prix Médicis étranger ex-aequo en 1996

  

L’auteur :

 

  Ludmila OULITSKAIA est une écrivain russe. Elle est l'auteur de plusieurs romans et nouvelles ainsi que de plusieurs scénarios de films.

 

L'histoire :

 

Sonietchka est une bibliothécaire passionnée par la lecture. Aussi, le jour où Robert la demande en mariage, elle n’ose y croire, trop habituée aux destins tragiques des personnages qui peuplent ses romans. Et pourtant, elle épousera ce peintre plus âgé qu’elle et aura une fille avec lui, Tania. Des années plus tard, elle n’ose toujours pas croire à son bonheur…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          J’ai apprécié le charme douceâtre de ce court récit. Sonietchka est émouvante dans sa simplicité. Heureuse, elle ne laisse finalement aucun aléa de la vie troubler ce bonheur planté à l’ombre de sa famille. Elle passe tel un ange sur les pages du roman, virevoltante, pour plus vite retourner à sa lecture :

 

« Le soir, chaussant sur son nez en forme de poire ses légères lunettes suisses, elle plonge la tête  la première dans ses profondeurs exquises, des allées sombres et des eaux printanières. » (p. 109)

 

Sonietchka est de ces personnages romanesques que l’on n’oublie plus après les avoir rencontrés…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières pages :

 

« Dès son plus jeune âge, à peine sortie de la prime enfance, Sonietchka s’était plongée dans la lecture. Son frère aîné, Ephrem, l’humoriste de la famille, ne se lassait pas de répéter la même plaisanterie, déjà démodée au moment de son invention : « A force de lire sans arrêt, Sonietchka a un derrière en forme de chaise, et un nez en forme de poire ! »

 

Vous aimerez aussi :

 

L’accompagnatrice de Nina BERBEROVA

 

 

Sonietchka, Ludmila OULITSKAIA, traduit du russe par Sophie BENECH, Gallimard, Du monde Entier, 1996, 120 p., 12.20 euros

POCHE : Sonietchka, Ludmila OULITSKAIA, traduit du russe par Sophie BENECH, Folio, mai 1998, 108 p., 4 euros

 

 

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Où on va papa de Jean-Louis FOURNIER

Publié le par Hélène

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♥ ♥ 

Prix Fémina 2008

 

 

 

L’auteur :

 

Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision. Il a obtenu le prix Fémina en 2008 pour ce roman.

 

L’histoire :

 

Jean-Louis Fournier raconte des tranches de vie aux côtés de ses deux enfants handicapés. Au fil des pages il livre des réflexions autour de leur vie quotidienne, toujours sur un ton drôle et décalé, même si la souffrance est sous-jacente.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Ce livre permet une approche très originale du handicap, sans pathos ni revendications. Le ton est toujours drôle et distancié, tendre et attentionné.
C'est un livre qui se lit très rapidement et duquel on ressort grandi, admiratif, nourris d'une nouvelle vision du handicap. Jean-Louis Fournier réussit à nous passionner en juxtaposant seulement des moments de vie. L'ensemble est traité avec humour tout en nous faisant sentir la souffrance et les difficultés liées à une telle situation.

 

« Mathieu fait souvent 'vroum-vroum' avec sa bouche. Il se prend pour une automobile. Le pire, c'est quand il fait les Vingt-Quatre Heures du Mans. Qu'il roule toute la nuit sans pot d'échappement. »

 

« Thomas essaie de s'habiller tout seul. Il a déjà mis sa chemise, mais il ne sait pas la boutonner. Il est en train maintenant d'enfiler son pull-over. Il y a un trou à son pull-over. Il a choisi la difficulté, il s'est mis dans l'idée de l'enfiler en passant sa tête non pas par le col, comme l'aurait fait un enfant normalement constitué, mais par le trou. Ce n'est pas simple, le trou doit mesurer cinq centimètres. Ca dure longtemps. Il voit qu'on le regarde faire, et qu'on commence à rire. A chaque essai, il agrandit le trou, il ne se décourage pas, il en rajoute d'autant qu'il nous voit rire de plus en plus. Après dix bonnes minutes, il a réussi. Son visage radieux sort du pull, par le trou.
Le sketch était terminé. On a eu envie d'applaudir. » (p.42)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- La construction est un peu éclatée.

 

 

Premières phrases :

 

 

« Cher Mathieu,
Cher Thomas,
Quand vous étiez petits,j'ai eu quelquefois la tentation, à Noël, de vous offrir un livre, un Tintin par exemple. »

 

Où on va papa, Jean-Louis FOURNIER, Stock, août 2008, 15 euros

POCHE : Où on va papa, Jean-Louis FOURNIER, Le livre de poche, mars 2010, 149 p., 5.50 euros

 

A noter que ce livre a créé une polémique autour de la façon dont Jean-Louis Fournier parle de ses enfants. Leur mère a réagi en créant ce site : http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr/index.html  

 

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Le cuisinier de Martin SUTER

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 Soirée aphrodisiaque au menu

 L’auteur :

Martin Suter est un écrivain suisse. Depuis 1991 il se consacre uniquement à l’écriture après un passage dans l’univers de la publicité et du journalisme. Ses romans connaissent un beau succès.

 

L’histoire :

Maravan, jeune réfugié tamoul est employé dans un restaurant suisse, le Huwyler. Il y est chargé de couper les légumes, de faire la vaisselle, alors qu’avec ses connaissances culinaires, il pourrait assurer un poste beaucoup plus important au sein de ce restaurant spécialisé dans la « nouvelle cuisine ». Il se contente donc de faire ses expériences de cuisine moléculaire chez lui. Or, Andrea, une collègue serveuse également au Huwyler rêve de s’installer à son compte. Aussi propose-t-elle à Maravan dont elle connaît le talent, de s’associer avec elle pour offrir des menus privés aphrodisiaques aux couples dont la passion s’use.

Ce que j’ai aimé :

-          Comme dans tous les romans de Martin Suter, le récit coule de source, avec la juste dose de péripéties, des rencontres qui tombent à propos, un brin d’amour, un peu de violence…

-          La toile de fond culinaire est originale, on y apprend les base de la cuisine ayurvédique et celles de la cuisine moléculaire. En fin de roman, l’auteur propose les recettes concoctées par Maravan, pour ceux qui souhaiteraient organiser une soirée aphrodisiaque… Voici le menu :

 

« Mini-chapatis à l’essence de feuilles de caloupilé,

De cannelle et d’huile de coco

Cordons de haricots urad en deux consistances

Ladies-fingers-curry sur riz Sali à la mousse d’ail

Curry de jeune poulet sur riz sashtika

Et sa mousse à la coriandre

Churaa Varai sur son riz nivara à la mousse de menthe

Espuma gelé au safran et à la menthe,

Aves ses textures de safran

Sphères de ghee à la cannelle et

A la cardamone douce-amère

Petites chattes de poivre glacé,

Aux pois chiches et au gingembre

Phallus gelés au ghee et aux asperges

Esquimaux au ghee de miel et de réglisse. » (p.130)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Si les explications concernant les préparations culinaires de Maravan très détaillées sont quelque peu complexes pour une cuisinière de base, d’autres sujets sont seulement survolés trop sommairement à mon goût : les personnages restent fantômatiques, peu creusés, la situation au Sri Lanka sert uniquement de toile de fond, et les tractations commerciales pour la vente d’armes m’ont franchement ennuyée. Alors, comme le dit très bien Nelly Kaprièlian dans « Les Inrockuptibles » (5 mai 2010) : « A trop vouloir être sympathique, Martin Suter signe des romans très agréables, mais rate toujours le cran au-dessus : signer un vrai grand roman. »

 

Premières phrases :

 

« - Maravan ! Siphon !

Maravan posa d’un geste rapide le couteau affûté à côté des fines lamelles de légumes, se rendit à l’armoire chaude, y prit le siphon en acier inoxydable et l’apporta, avant qu’il ne refroidisse, à Anton Fink.

Le siphon contenait la pâte du sabayon à l’ail des ours que l’on servait avec les maquereaux marinés. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le dernier des Weynfeldt de Martin SUTER

Autre : La fortune de Sila de Fabrice HUMBERT

 

 Le cuisinier, Martin SUTER, Traduit de l’allemand par Olivier MANONI, Christian Bourgois Editeur, mai 2010, 322 p., 20 euros

 

  1pourcent

Publié dans Littérature Europe

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