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Antigone de Jean ANOUILH

Publié le par Hélène

                                                 antigone

 ♥ ♥ ♥ ♥

 « Il ne faut pas que je sois petite ce matin. » (p. 20)

  

L’auteur :

 

Jean ANOUILH est un dramaturge français. En 1944 il décide de réécrire la tragédie de Sophocle Antigone en lui offrant une résonance moderne :

« L'Antigone de Sophocle, lue et relue, et que je connaissais par cœur depuis toujours, a été un choc soudain pour moi pendant la guerre, le jour des petites affiches rouge. Je l'ai réécrite à ma façon, avec la résonance de la tragédie que nous étions alors en train de vivre. »[2]

 

L’histoire :

 

Antigone est la fille d'Œdipe et de Jocaste, souverains de Thèbes. Après le suicide de Jocaste et l'exil d'Œdipe, les deux frères d'Antigone, Étéocle et Polynice se sont entretués pour le trône de Thèbes. Créon, frère de Jocaste et – à ce titre – nouveau roi, a décidé de n'offrir de sépulture qu'à Étéocle et non à Polynice, qualifié de voyou et de traître. Il avertit par un édit que quiconque osera enterrer le corps du renégat sera puni de mort. Personne n'ose braver l'interdit et le cadavre de Polynice est abandonné à la chaleur et aux charognards.

Seule Antigone refuse cette situation. Malgré l'interdiction de son oncle, elle se rend plusieurs fois auprès du corps de son frère et tente de le recouvrir avec de la terre. Ismène, sa sœur, informée de sa décision, refuse de la suivre, craignant sa propre mort. (Source Wikipédia)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le personnage d’Antigone : Jean Anouilh aurait pensé à elle suite à l’action d’un jeune résistant, Paul Collette, qui, en 1942, tire sur un groupe de dirigeants collaborationnistes au cours d’un meeting de la Légion des Volontaires français, blessant ainsi Pierre Laval et Marcel Déat. Paul Collette n’appartient à aucun réseau de résistance, à aucun mouvement politique, son geste héroïque est isolé et vain.  Ainsi, Créon représenterait le pouvoir, et peut-être même le maréchal Pétain, et Antigone serait comme une allégorie de la Résistance Française.

 

Elle incarne la pureté des valeurs, plus reine que Créon car elle est libre de défendre ce qu’elle croit vrai, quand lui doit sans cesse se plier à ses prérogatives et faire respecter l’ordre.

 

-          Cette pièce est aussi un magnifique témoignage de la difficulté de quitter l’enfance doucereuse pour un monde qui refuse les compromissions. Antigone est une jeune femme qui oscille entre l’enfance et la maturité, et qui n’est pas encore prête à affronter les vicissitudes de l’âge adulte.

 

« Moi, je veux tout, tout de suite, -et que ce soit entier, - ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite – ou mourir. » (p. 95)

 

« Il faudrait ne jamais devenir grand. » dira Créon à son page à la fin de la pièce. (p. 122)

 

-          C’est un texte fort admirablement bien écrit, un texte qui résonne ensuite en chacun de nous pour de longues années. Un chef d’œuvre tout simplement.

 

« La vie n’est pas ce que tu crois. C’est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu’on grignote, assis au soleil. (…) Tu l’apprendras toi aussi, trop tard, la vie c’est un livre qu’on aime, c’est un enfant qui joue à vos pieds, un outil qu’on tient bien dans sa main, un banc pour se reposer le soir devant sa maison. Tu vas me mépriser encore, mais de découvrir cela, tu verras, c’est la consolation dérisoire de vieillir, la vie, ce n’est peut-être tout de même que le bonheur ! » (p.91)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières répliques :

 

« Un décor neutre. Trois portes semblables. Au lever du rideau, tous les personnages sont en scène. Ils bavardent, tricotent, jouent aux cartes.

Le Prologue se détache et s’avance.

LE PROLOGUE

Voilà. Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone. Antigone, c’est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. Elle pense qu’elle va être Antigone tout à l’heure, qu’elle va surgir soudain de la maigre jeune fille noiraude et renfermée que personne ne prenait au sérieux dans la famille et se dresser seule en face du monde, seule en face de Créon, son oncle, qui est le roi. »

 

Vous aimerez aussi :

 

La guerre de Troie n'aura pas lieu de Jean GIRAUDOUX 

 

Antigone, Jean ANOUILH, La petite Vermillon, 1946 mai 2008 pour cette édition,123 p., 5.40 euros

 

challenge littérature au féminin

Publié dans Théâtre

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Une vie à coucher dehors de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

                                                 vie à coucher dehors2

 ♥ ♥ ♥ ♥

Prix Goncourt de la nouvelle 2009

 

L’auteur :

 

Sylvain Tesson est un journaliste, écrivain voyageur et alpiniste français. Ses expéditions sont financées par la réalisation de documentaires, par des cycles de conférences et par la vente de ses récits d'expédition, qui connaissent un certain succès.

 

L’histoire :

 

En Sibérie, dans les glens écossais, les criques de l’Egée ou les montagnes de Géorgie, les héros de ces quinze nouvelles ne devraient jamais oublier que les lois du destin et les forces de la nature sont plus puissantes que les désirs et les espérances. Rien ne sert à l’homme de trop s’agiter dans la toile de l’existence, car la vie, même quand elle ne commence pas très bien, finit toujours mal. Et puis une mauvaise chute vaut mieux qu’une fin insignifiante. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Ces nouvelles sont toutes admirablement bien construites, entrainant allègrement le lecteur dans des univers très différents pour finalement le surprendre par une chute brutale inoubliable.

 

Sylvain Tesson, écrivain-voyageur nous offre un pan de son expérience de voyageur en plantant le décor de ses nouvelles dans des régions diverses du monde : L’asphalte se passe en Géorgie dans un petit village, le personnage principal Edolfius se battant pour qu’une véritable route desserve son village, et non plus une simple piste de cailloux, Les porcs aborde le sujet de l’élevage intensif au pays de Galles, La statuette est celle trouvée près d’une mine par un démineur en Afghanistan…

Il nous permet ainsi non seulement de découvrir des paysages variés mais aussi de nous familiariser avec des modes de vie et de pensée autres. Par exemple dans Le bug, il nous livre en quelques lignes plusieurs révoltes de femmes à travers le monde, femmes qui un jour se sont révoltées contre leur condition, au même moment « De Sao Paulo à Libreville et d’Anvers à Johannesburg, au même moment, sans prodromes, des milliards de femmes, dans un élan commun, s’avancèrent vers l’inconnu, affranchies. » (p. 78)

 

Les thèmes abordés le sont toujours intelligemment et subtilement, servant un dessein plus large que la simple mission de raconter une histoire. Une morale se dessine souvent en filigrane derrière ces nouvelles, morales qui font la part belle au destin et aux forces de la nature auxquelles sont soumis les hommes…

 

La particule est peut-être la plus originale de ces nouvelles au charme bigarré : on y suit les pérégrinations d’une particule :

 

« Je roulai jusqu’au Gange dans un flot indistinct d’alluvions et d’ordures. A peine dans les eaux du fleuve, je fus filtrée par les ouïes d’une perche. (…) Je m’infiltrai dans les granules de sable et les cristaux d’argile. La radicelle d’un arbuste m’aspira et me propulsa dans la tige. La succion de la sève m’injecta dans la nervure d’une feuille. (…) Je coulai dans la trachée d’un jeune anglais et m’épanouis dans sa viande. (…) Et moi, misérable particule, cellule anonyme, pauvre poussière d’atome, je vous supplie, ô dieux du ciel, de me donner le repos, de me délivrer du cycle et de me laisser gagner le néant… » (p. 151)

 

Des nouvelles qui sont comme de petites pépites glaciales… A découvrir absolument...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Premières phrases :

 

« - Salaud !

On entendait tinter les bouteilles longtemps avant d’apercevoir le livreur. Chaque soir, la scène était la même : Edolfius se rangeait pour laisser passer le camion et se protégeait le nez avec son foulard, mais la poussière lui fourrageait les muqueuses et lui laissait un goût d’emplâtre dans la bouche. »

 

Vous aimerez aussi :

 

  Chucho de Grégoire POLET

 

Une vie à coucher dehors, Sylvain TESSON, Gallimard, mars 2009, 196 p., 16.90 euros

Une vie à coucher dehors, Sylvain TESSON, Folio, septembre 2010, 206 p., 5.60 euros

 

Je remercie Lise CHASTELOUX des éditions Folio pour cette très agréable lecture !

 

D’autres avis chez Cuné, Clara...

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Broderies de Marjane SATRAPI

Publié le par Hélène

                                                        broderies

 ♥ ♥ ♥ ♥

« Laisse-la se ventiler le cœur. Il n’y a rien de mieux que de parler. »

« Et ainsi nous débutions une longue séance de ventilation du cœur. »

 

L’auteur :

 

Marjane SATRAPI est une auteur de bande dessinée française d’origine iranienne. Elle publie Broderies en 2003, après la publication de Persépolis.

 

L’histoire :

 

Il s’agit d’une bande dessinée mettant en scène des femmes iraniennes qui, à la fin d'un repas, préparent le thé et desservent la table à l'écart des hommes, qui eux font la sieste. Elles peuvent donc parler librement de ce qui leur tient à cœur (le sexe, l'amour, mais pas seulement), loin des clichés sur les femmes soumises du Moyen-Orient.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          C’est un album doté d’une liberté de ton très humoristique. Les sujets abordés sont plutôt graves (notamment la condition des femmes en Iran, les mariages forcés, la virginité) mais Marjane Satrapi leur instille son humour caustique si bien que l’ensemble paraît léger.

-          Ces femmes apparaissent comme des femmes fortes, capables de résister au plus retors des hommes. Comme le dit justement le grand-père de Marji à la fin du volume : « Quand le serpent vieillit, la grenouille l’encule. »

 

 broderies1

  Elles ont une vision très juste du mariage, même si au fond de leur âme elles continuent de croire en l’amour…

 

« Je n’ai jamais vraiment compris comment c’était possible de se marier trois fois. Moi, un seul mariage m’a suffit pour me rendre compte que vivre avec un homme était impraticable ! 

 

- Marjane Satrapi nous offre un petit bijou d’intelligence et d’humour

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Persepolis

  

Broderies, Marjane SATRAPI, L’association, 2003, 15 euros

 

D’autres avis : Papillon, Damien (Onirik.net)

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BONNE ANNEE 2011 !

Publié le par Hélène

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L’art d’écosser les haricots de Wieslaw MYSLIWSKI

Publié le par Hélène

 

art d'écosser haricots

 

♥ ♥ ♥

Un grand roman philosophique

« L’imagination est le terreau de notre existence. » (p. 249)

 

L’auteur :

 Wieslaw Mysliwski est un écrivain majeur de la littérature polonaise qui a reçu par deux fois le prix Nike, la récompense littéraire la plus prestigieuse en Pologne, une fois pour son roman L’horizon (1997) et une autre fois en 2006 pour L’art d’écosser les haricots. Ce roman est le premier traduit en français.

 

L’histoire :

 Le narrateur, vieux gardien d’un village de vacances, reçoit un jour la visite d’un inconnu qui souhaite lui acheter des haricots. Pendant qu’ils écossent ensemble, le maître des lieux raconte, dans une sorte d’improvisation savante, les évènements et les rencontres qui ont marqué sa vie.

Orphelin de guerre et simple électricien sur les chantiers staliniens, musicien autodidacte, saxophoniste dans un groupe de jazz à l’étranger, le héros de cette épopée fait défiler un demi-siècle d’histoire polonaise et européenne.

 

Ce que j’ai aimé :

-          La dimension philosophique est très présente dans l’oeuvre de cet auteur. Rien n’est certain pour le narrateur, tout est sans cesse soumis à interrogations dans ce monde mouvant qui n’offre aucune certitude. Tout est sujet à philosophie : le monde existe-t-il vraiment ou est-il l’objet de notre imagination ? Quel est le rôle exact du hasard par rapport au destin ?  

-          Le narrateur apparaît comme un héros universel sans identité précise, comme si la guerre avait anéanti en lui toute possibilité de se connaître soi-même.

 « C’est vrai que se trouver soi-même n’est pas chose facile. Qui sait si ce n’est pas la plus difficile des tâches que l’homme doit accomplir sur cette terre ? » (p. 275)

 Les mots qu’ils prononcent le dessinent au fur et à mesure, il acquiert une identité à travers son récit :

 « Est-ce seulement possible de raconter quoi que ce soit ? Les choses racontées ne sont au fond qu’un récit, rien d’autre. Cela n’a strictement aucun rapport avec ce qui a été, qui est, ou qui sera. Elles mènent leur propre vie. Au lieu de se figer à jamais, elles vagabondent, se déploient, s’éloignant de plus en plus de ce qui a été ou de ce qui sera. C’est peut-être leur façon d’atteindre la vérité, qui sait ? (…) Nous vivons dans le récit. Le monde n’est qu’un récit. » (p. 69)

 -          Aussi le pouvoir des mots et par extension le pouvoir de l’art sont mis ici en avant. Cet homme simple, paysan, va se construire dans et par l’art. Le pouvoir de l’imagination est immense.

« Les livres, m’avait-il confié un jour, alors que je l’avais rejoint en haut de l’échafaudage, sont le seul moyen pour l’homme de ne pas oublier son humanité. Lui, en tous cas, n’aurait pas pu exister sans livres. Selon lui, les livres, c’était aussi un monde, celui que l’homme se choisit et non celui qui le voit naître. » (p. 152)

 « Le passé, ce n’est que notre imagination, et l’imagination a besoin de nostalgie, elle s’en nourrit. (…) Et pour en revenir au passé, il est toujours là puisque nous le recréons indéfiniment. C’est notre imagination qui le crée, c’est elle qui fonde notre mémoire, lui donne ses marques, lui dicte ses choix, et non pas l’inverse. L’imagination est le terreau de notre existence. La mémoire n’est qu’une fonction de l’imagination. » (p. 249)

 Ce que j’ai moins aimé :

 -          Pas très gai…

 Premières phrases :

 « Vous êtes venu acheter des haricots ? Chez moi ? Alors qu’on en trouve dans n’importe quel magasin. Mais entrez, je vous en prie. Vous avez peur des chiens ? Il ne faut pas. Ils vont juste vous renifler. C’est parce que vous venez pour la première fois. Non, ce n’est pas moi qui leur ai appris. Ils font ça naturellement. Allez savoir pourquoi. Un chien, c’est insondable, comme un homme. Vous avez un chien ? Vous devriez. On peut beaucoup apprendre d’un chien. Assis, Rex ! Assis Laps ! Ca suffit. »

 

Je remercie les Editions Actes Sud pour cette belle plongée introspective.

 L’art d’écosser les haricots, Wieslaw MYSLIWSKI, Traduit du polonais par Margot CARLIER, Actes Sud, novembre 2010, 383 p., 23.80 euros

 

challenge voisins voisines

Publié dans Littérature Europe

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Casco bay de William TAPPLY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥
« Casco Bay » est un roman à découvrir absolument.
Situant son action dans le Maine, il allie un goût prononcé pour les espaces sauvages et la vie en plein air (pêche, promenades...) et une intrigue policière prenante.
 
L’auteur :
William G. Tapply a écrit une vingtaine de romans policier ayant pour héros Brady Coyne. Il est également spécialisé dans les ateliers d'écriture et la pêche à la mouche. Les Editions Gallmeister ont choisi de traduire une série avec un autre héros, Stoney Calhoun. Trois volets sont publiés, malheureusement, ce sera tout pour cette série car Wiliam Tapply est décédé en 2009... A quand la traduction de l'autre série ?
 
L’histoire :

Stoney Calhoun est guide de pêche dans le Maine. Il tient également une boutique d'articles de pêche avec son associée Kate Balaban. Un mystérieux accident a effacé de sa mémoire il y a sept ans de cela sa vie antérieure. Il essaie vainement de reconstituer les morceaux qui lui permettront d'en savoir plus sur sa vie d'avant et sur l'accident.
Quand il trouve lors d'une excursion un cadavre carbonisé, des instincts d'enquêteur le poussent à en apprendre davantage...

 

Ce que j’ai aimé :

-          La nature   L'action se passe dans le Maine, dans le calme d'une bourgade lovée au coeur de lanature. L'auteur mène une réflexion intéressante sur le contraste entre ces lieux a priori calmes, intouchés, en pleine nature, et la violence omniprésente avec les autres, mais aussi en nous. La maison de Stoney est l'emblème de cette opposition, cachée dans les bois, elle fera l'objet de multiples attaques.

-          L’intrigue prenante : Autant l'intrigue en question n'était pas totalement aboutie dans le premier roman de Tapply « Dérive sanglante » (à lire aussi, ne serait-ce que pour connaître l'origine de la relation entre Stoney et Kate), autant ce roman-là réussit avec brio à intégrer le policier au « nature writing ».
-          Les personnages sont profonds, ils ont en eux la juste part de mystère nécessaire à instaurer l'intérêt du lecteur.

Ce que j’ai moins aimé :
-           Rien

Premières phrases :

"Il était trois heures moins cinq lorsqu'une sonnerie se déclencha dans la tête de Stoney Calhoun, cinq minutes avant celle du réveille-matin, bien inutile, posé près de son lit. L'horloge interne de Calhoun ne lui avait pas encore fait défaut, pourtant il n'arrivait pas encore à lui faire entièrement confiance."  
 Vous aimerez  aussi :

La rivière de sang de Jim TENUTO

 

Casco bay, William TAPPLY, Gallmeister, juin 2008, 312 p., 22.9 euros

D'autres avis : chez Jean-Marc, Choco, Keisha, Yann

challenge nature writing

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Surprises de Noël de Andreï KOURKOV

Publié le par Hélène

surprises-de-noel.gif

♥ ♥ ♥

Trois nouvelles de saison

 

L’auteur :

 

Andreï KOURKOV est un écrivain russe qui vit en Ukraine. L’auteur du célèbre Pingouin est aujourd’hui traduit en 32 langues…

 

L’histoire :

 

Trois nouvelles très originales se succèdent avec en commun le thème des fêtes de Noël  :

« Surprise de Noël » : un couple cherche une façon originale de fêter Noël. Le frère  la jeune femme, spécialisé dans le tourisme extrême, va les mener dans une drôle d’aventure…

« Ma différence préférée » : une nuit de désoeuvrement, un homme se souvient de Iya, la seule femme qu’il ait aimé. Il va l’appeler et la suivre dans ses pérégrinations nocturnes.

« Les champignons de la liberté » : Un homme se retrouve en prison à la suite d’une soirée un peu trop arrosée. Dans son cachot humide, il décide de cultiver des champignons et d’apprendre le finnois.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-        Ce sont des histoires loufoques, décalées, de bon augure en cette période de Noël… L’univers de Kourkov est intelligent, lumineux, il nous emmène au-delà du commun pour que nous rompions la monotonie d’une vie sans folie : "Pour revenir à la norme, il faut passer par l’extrême. » dira  justement Iya (p.39)

-        Le romantisme hante ces couples qui cherchent leur bonheur dans une vie déstructurée. Ainsi ce personnage qui avait promis à sa bien-aimée « Je viendrai sous ta fenêtre, une nuit d’hiver, à bord d’un tank d’une blancheur de neige » (p. 27) tiendra bien sa promesse car au fond « A mon âge, on ne trouve plus guère d’intérêt à tirer des fusées ni même à organiser des feux d’artifice privés. Un char d’assaut, ça en impose en effet davantage que n’importe quel pétard. » (p. 41) 

-        Nous découvrons avec plaisir un Noël typiquement ukrainien :

 

« Marina alluma la grande bougie dressée au milieu des trois kalatchi empilés. Les vieilles récitaient d’une voix chantante une prière de Noël. Puis la cadette ôta le couvercle du grand pot de terre et déposa dans l’assiette de chacun un peu de koutia : une bouillie de millet au miel et au pavot. Ensuite vinrent le bortsch aux champignons et les dix autres plats. Et enfin l’ouzvar, une soupe froide, préparée avec une douzaine de fruits séchés différents. Et quand nous fûmes repus, on entendit la neige crisser au-dehors. Quelqu’un s’arrêta au seuil de la maison, et au même moment s’éleva une koliadka, une de ces chansons teraditionnelles ukrainiennes qu’on chante pour Noël. »

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-        Trop court, on aurait voulu d’autres nouvelles encore..

 

Premières phrases :

 

« Il neigeait. Une neige duveteuse, pelucheuse, indolente, pareille à une touriste irlandaise ayant abusé de l’hospitalité ukrainienne. Et c’est sous cette neige matinale, si pure et si gaie, qua sans hâte nous nous baladions. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Laitier de nuit

Autre : L’année du jardinier de Karel CAPEK

 

 

Surprises de Noël, Andreï KOURKOV,  traduit du russe par Paul Lequesne, Liana Levi, Piccolo, novembre 2010, 63 p., 4 euros

 

D'autres avis chez Cryssilda, Leiloona

 

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Longue sécheresse de Cynan JONES

Publié le par Hélène

                                            longue-secheresse-01

 ♥ ♥

« C’est une chose étrange à garder secrète : la force de notre désir l’un pour l’autre. » (p.16)

 

L’auteur :

Cynan Jones est un écrivain anglais également exploitant agricole et viticole. Longue sécheresse est son premier roman traduit en français.

L’histoire :

Ce matin-là, Gareth remarque la disparition d’une de ses vaches. Il part alors à sa recherche, distrait de son but par ses nombreuses pensées : l’avenir de ses terres, les migraines de sa femme et son dégoût d’elle-même qui se heurte à son désir à lui, toujours aussi vif…

Ce que j’ai aimé :

C’est un récit marquant qui nous mène sur ces terres rendues arides par la sécheresse, ces terres auxquelles Gareth tient tant, cette ferme qui donne la migraine à Kate, cette ferme que leur fils veut fuir mais vers laquelle il revient inexorablement, ces terres qui offrent des champignons qui ressemblent à des colombes à Emmy, leur petite-fille. Les descriptions de cette nature omniprésente sont magnifiques, l’homme n’étant que la partie d’un tout immense qu’il tente de s’approprier.

«  Au-dessus des collines, derrière la ferme, le jour pointait. Ce n’était qu’un éclaircissement de la nuit très noire qui ravivait l’éclat des étoiles, les faisait vibrer comme une gorge d’oiseau et produire une lumière très forte, pour leur taille minuscule. Il s’était aperçu que la vache avait disparu. » (p. 11)

Les êtres dans ce monde sont soumis aux forces de la nature, aux aléas du destin et des maladies qui provoquent des fausses couches chez les vaches comme chez les femmes.

Mais ce qui différencie les hommes des bêtes est cette capacité à transformer la mort en amour. Gareth reste persuadé que la mort de sa première femme a forgé son père plus sûrement que toute autre chose :

« C’était de là que venait la force d’aimer de son père, et sa capacité à être tellement heureux du simple fait d’avoir une famille. » (p. 99)

« Nous devons admettre notre amour immense pour les gens. Si nous n’avons jamais besoin de connaître sa profondeur, nous ne ferons que sentir la lumière à sa surface. » (p. 99)

Ainsi, Cynan Jones nous apprend que la beauté est aussi tapie derrière les larmes, au-delà de la tristesse et de la mort…

Ce que j’ai moins aimé :

-          La dureté de cette vie qui n’épargne personne est assez désespérante, et c’est seulement plus tard, après avoir reposé ce roman que j’en ai compris toute la force…

Premières phrases :

«             Elle lui trouve un goût de café. Le matin, quand il vient la réveiller.

«              La vache est partie, dit-il. La rouanne au pis lourd. Elle est partie. Je vais aller à sa recherche. »

Il sort et bien qu’il soit encore tôt il ya une promesse de chaleur dans le soleil. Ca fait des semaines que c’est comme ça. »

Vous aimerez aussi :

Là-haut tout est calme de Gerbrand BAKKER

 

Longue sécheresse, Cynan JONES, Traduit de l’anglais (Pays de Galles) par Mona de PRACONTAL, Editions Joelle Losfeld, septembre 2010, 131 p., 15.90 euros

Je remercie les éditions Joelle Losfeld pour cette belle découverte.

D’autres avis chez Keisha, Choco, Cathulu, Clara, Aifelle

 1pourcent   

  challenge voisins voisines 

 

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Courir de Jean ECHENOZ

Publié le par Hélène

Echenoz.jpg

♥ ♥ ♥ 

Le portrait touchant d'un homme passionné emporté malgré lui dans une course sans fin.

   

L’auteur :

 

Jean ECHENOZ est un écrivain français  Il a publié son premier roman en 1979 et a depuis reçu une dizaine de prix littéraires.

 

L’histoire :

 

Jean Echenoz nous livre un portrait vivant d'Emil Zatopek, l'homme le plus rapide au monde dans les années 50. C'est un homme attachant qui évolue dans le milieu de la course de fond, un peu par hasard dans la Tchécoslovaquie du XXe siècle. L'auteur dresse un portrait touchant et mélancolique d'un homme dépassé par la vie et ses avatars.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le style de Jean ECHENOZ : très minimaliste, il parvient à rendre parfaitement la course effrénée du jeune Emil. Le récit est vivant.

 

- Le portrait émouvant de cet homme. Il s'agit d'un roman basé sur un personnage réel. Si le récit puise ses sources dans la vie réelle d'Emil Zatopek, il n'est pas totalement biographique puisque des zones d'ombres demeurent. Jean Echenoz a épuré le récit de façon à ne garder de la biographie du coureur que les évènements principaux. Nous suivons la trajectoire de cet homme que l’on nommait « la locomotive » avec stupeur et tremblements… Quand va-t-il s’arrêter ? Va-t-il courir toute sa vie au risque de laisser sur le bas-côté un peu de lui-même ? Que va-t-il gagner ? Il ne s’agit pas simplement de trophées dans cette course infernale, mais d’une vie passée à courir presque malgré soi vers on ne sait quel ailleurs idéalement meilleur. Une course contre la montre, une course contre la mort…

 

- Le portrait d’une époque : L'histoire se déroule dans la Tchécoslovaquie communiste des années 40 et 50. Nous suivons donc en toile de fond l'occupation allemande puis la mise en place du régime stalinien à Prague. Emil Zatopek est aux prises avec les instances dirigeantes de son pays qui l'utilisent politiquement avant de l'abandonner quand ses performances ne sont plus aussi brillantes.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je n’ai rien à redire.

 

Premières phrases :

 

« Les Allemands sont entrés en Moravie. Ils y sont arrivés à cheval, à moto, en camion, mais aussi en calèche, suivis d’unités d’infanterie et de colonnes de ravitaillement, puis de quelques véhicules semi chenillés de petit format, guère plus. »

  

Vous aimerez aussi :

 

Un soir au club de Christian GAILLY

 

Courir, Jean ECHENOZ , Editions de Minuit, octobre 2008, 13.50 euros

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Le voyage de l’éléphant de José SARAMAGO

Publié le par Hélène

                                             voyage de l'éléphant

 **

Un périple historique truculent…

  

L’auteur :

 

José Saramago était un écrivain portugais (1922-2010), lauréat du prix Nobel en 1998.

 

 

L’histoire :

 

Salomon, le magnifique éléphant d’Asie, vit depuis deux ans à Belém. Le roi Joao III décide de l’offrir à l’archiduc Maximilien d’Autriche. De Lisbonne à Vienne, en passant par les plateaux de la Castille, la Méditerranée, Gênes et la route des Alpes, Salomon traverse ainsi l’Europe, au gré des caprices royaux et des querelles militaires, soulevant sur son passage l’enthousiasme des villageois émerveillés.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Ce voyage d’un mastodonte à travers l’Europe est déjà en lui-même extraordinaire, mais José Saramago lui apporte une dimension supplémentaire en lui ajoutant son humour décapant ainsi que des réflexions philosophiques, sociales, historiques qui jalonnent le texte, l’enrichissant sans l’alourdir :

 

« Au fond, il faut reconnaître que l’histoire n’est pas uniquement sélective, elle est aussi discriminatoire, elle ne cueille de la vie que ce qui l’intéresse en tant que matériau socialement tenu pour historique et elle dédaigne tout le reste, précisément là où pourrait peut-être résider la vraie explication des faits, des choses, de cette putain de réalité. En vérité je vous dirai, en vérité je vous le dis, il vaut mieux être romancier, inventeur de fictions, menteur.» (p.192)

 

« On raconte beaucoup de choses qui ne sont pas toujours véridiques, mais l’être humain est ainsi fait qu’il est tout aussi capable de croire que les poils d’éléphant, après un processus de macération, font repousser les cheveux, que d’imaginer qu’il porte en lui une lumière unique qui le conduira sur les chemins de la vie, y compris dans les défilés. » (p. 201)

 

-          L’auteur n’hésite pas à venir au secours de ses personnages et de les défendre quand besoin est, commentant ce qu’il écrit parallèlement au récit :

 

« Ces observations seront peut-être jugées inutiles par des lecteurs davantage intéressés par la dynamique du texte que par des manifestations prétendument solidaires et d’une certaine façon œcuméniques, mais fritz, ainsi qu’on l’a vu, passablement découragé à la suite des derniers évènements désastreux, avait besoin que quelqu’un pose une main amie sur son épaule, et c’est exactement ce que nous avons fait, placer la main sur son épaule. » (p. 193)

 

- C’est donc un récit plaisant, vivant, érudit et dynamique que nous offre ce célèbre prix Nobel de littérature.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         La densité du texte est assez déroutante, même les dialogues sont inclus dans le paragraphe, sans tirets, sans guillemets, si bien qu’on ne respire qu’à la fin des chapitres…

 

Premières phrases :

 

« Pour incongru que cela puisse sembler à qui ne serait pas conscient de l’importance des alcôves, qu’elles soient sacralisées, laïques ou illégitimes, pour le bon fonctionnement des administrations publiques, le premier pas de l’extraordinaire voyage d’un éléphant vers l’Autriche que nous nous proposons de relater eut lieu dans les appartements royaux de la cour portugaise, plus ou moins à l’heure d’aller au lit. »

 

 

 

Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Seuil

POCHE : Le voyage d’un éléphant, José SARAMAGO, traduit du portugais par Geneviève LEIBRICH, Points, août 2010, 6 euros

 

Un grand merci à Jérôme Lambert des Editions Points.

 

Cryssilda en parle aussi.

 

 

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Publié dans Littérature Europe

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