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Rendez-vous à Crawfish Creek de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Nickolas Butler signe ici des nouvelles plus noires que le magnifique Retour à Little Wing même si on y retrouve sa foi en l'humanité et cet attachement viscéral pour le lieu de ses origines. Il peint des êtres bien souvent perdus dans un monde trop grand pour eux, un monde qui ne tourne pas toujours aussi rond qu'on pourrait l'espérer, non pas parce qu'il porte en lui la marque de sa déchéance, mais parce que l'être humain lui-même reste un être faillible. Il suffit d'un rien pour que tout bascule, une seconde d'inattention, un regard détourné de la route, une soirée arrosée aux conséquences irrémédiables, une faiblesse au fond relativement humaine. Pour oublier cette impression d'être sans cesse au bord du gouffre, il reste l'alcool, la drogue, ou plus lâchement la fuite, pour s'échapper ne fut-ce que temporairement. Reste  à savoir ce qui fonde notre être, ce qui fait que, dans nos errances, nous restons "quelqu'un de bien", de moral...

Qu'il évoque des couples vacillants ("Tronçonneuse party""Les restes"), des couples hésitants, tant accorder sa confiance est problématique ("Sous le feu de joie") ou des parents défaillants ("Un goût de nuage") , l'auteur n'oublie pas sa foi en l'amitié durable, certains personnages suppléant aux manquements des autres comme dans "Rendez-vous à Crawfish Creek" ou "Lenteur férroviaire".

Porté par un style très visuel, presque cinématographique, ce recueil de nouvelles confirme l'immense talent de son auteur : 

"Des nouvelles noires, ou plutôt gris foncé, mais toujours ce même espoir de rédemption, ces perdants au grand coeur qui restent des gens ordinaires prêts à tout sacrifier pour la magie de l'amour et des enfants." (Notes de la traductrice)

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

D'autres avis : Jostein  ; Marie Claude 

Du même auteur  Retour à Little Wing 

 

Rendez-vous à Crawfish Creek, Nicolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, octobre 2015, 19 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Oreiller d'herbe de SOSEKI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Réédition :

Picquier propose une nouvelle traduction pour ce texte que Soseki appelait son "roman-haïku", édition illustrée de peintures d'une infinie délicatesse, aux couleurs veloutées, chatoyantes, issues d'une édition japonaise de 1926 en trois rouleaux où figuraient le texte entièrement calligraphié et une trentaine de peintures, toutes reproduites ici.

 

Présentation de l'éditeur

Oreiller d’herbe occupe une place privilégiée dans l’œuvre de Sôseki, manifeste poétique et esthétique qui suit le voyage d’un jeune peintre à la montagne, loin des passions et de l’agitation de la cité. Une silhouette féminine aperçue au clair de lune, le murmure d’une chanson, la contemplation de la nature entraînent ce double de l’auteur à approfondir sa méditation sur l’art et la création. 
« Je ne crois pas qu’un tel roman ait déjà existé en Occident. Il ouvrira de nouveaux horizons à la littérature », prédisait Sôseki en l’écrivant.


 Ce que j'en disais

Un peintre se retire dans une auberge de montagne pour peindre et réfléchir sur son art. Il y rencontre une jeune femme Nami, fille du patron des lieux. Son histoire recoupe le destin de la Belle de Nagara, légende de la région  : aimée par deux garçons, elle ne choisit aucun des deux, compose un poème et se noie dans la rivière. Nami quant à elle était aussi aimée de deux garçons, mais "n'a heureusement pas recouru à la solution de la rivière." Elle choisit un des hommes, mais étant malheuruese, le quitte er revient vivre chez ses parents. Elle hante les lieux et est depuis soupçonnée de s'enliser dans la folie. 

Le narrateur est envoûté par la jeune femme et cherche son inspiration dans son chant. Son esprit erre dans des brumes oniriques, entre rêve et réalité, la poésie s'installe au delà du sentiment, provoqué et reconstruit par le poète. 

"Dans un pareil moment, comment retrouver un point de vue poétique ? Eh bien, il suffit de placer devant soi un sentiment,  de reculer de quelques pas et de l'examiner avec calme comme s'il s'agissait de celui d'un autre. Le poète a le devoir de disséquer lui-même son propre cadavre et de rendre publics les résultats de son autopsie." p. 53

Des silhouettes fantômatiques peuplent son monde, telle la belle Ophélie de Millais.

Si la peinture le fascine, le narrateur rédige aussi des haïkus, artiste complet il est happé par le besoin de créer et ressent profondément les affres et doutes de la création artistique. Ses cheminements poétiques empruntent quelquefois des méandres difficiles à suivre pour un lecteur occidental qui doit se laisser bercer par le rythme lancinant de la littérature japonaise pour être touché. 

Bilan : 

Cette réédition enrichit le texte en l'embellissant. 

Chez Picquier 

 

Oreiller d'herbe, ou le voyage poétique, SOSEKI, traduction de Elisabeth Suetsugu, Picquier, ocotbre 2015, 200 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

Oreiller d'herbe de SOSEKI
Oreiller d'herbe de SOSEKI

Publié dans Littérature Asie

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Phèdre de Jean RACINE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; un trouble s'éleva dans mon âme éperdue"

Le roi Thésée s'est absenté depuis longtemps. En son absence, son fils Hippolyte est tombé amoureux de Aricie, captive ennemie de Thésée. La reine Phèdre se laisse mourir, avouant finalement à sa nourrice, Oenone qu'elle éprouve une passion incestueuse pour son beau-fils. L'annonce de la mort de Thésée délie les langues, chacun avouant enfin ses désirs secrets. C'est alors que Thésée réapparaît... 

Phèdre est la figure tragique par excellence : marquée du sceau de la fatalité puisque Vénus, décidée à se venger du Soleil et de sa descendance parce qu’il a révélé ses amours illicites avec le dieu Mars, condamne Phèdre à aimer son beau-fils Hippolyte. Phèdre a beau lutter contre ses sentiments, elle n’est pas de taille face à la force de l’amour et du destin. Aveuglée, désemparée, elle se tourne vers sa confidente mais sera mal conseillée.

Ce texte d’une grande beauté décrit le déchirement de la passion inassouvie et illicite. Le combat passion-raison est un leitmotiv de la tragédie classique : comment concilier pulsions passionnelles et honneur lié à la raison ? Sont-ils finalement conciliables ? Dans la lignée des perspectives jansénistes les personnages raciniens sont les enjeux d’une lutte entre forces du  bien et forces du mal. Ils aspirent à la lumière mais restent englués dans le péché.

« Les personnages de Racine sont semblables à ces dormeurs qui, plongés dans un épouvantable cauchemar, se voient courir au désastre, à la mort, sans pouvoir les éviter, se sentent poursuivis par des êtres effrayants, sans avoir la force de faire un geste pour leur échapper » Gide

 

Admirablement mis en scène par Chéreau

Sur Racine : Univers des lettres 

 

Publié dans Théâtre

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Prix BD Fnac

Publié le par Hélène

Plus que trois jours pour voter pour votre ouvrage coup de cœur parmi les 30 titres sélectionnés par les libraires de la Fnac, et trois jours pour essayer de remporter un des lots mis en jeu  (1 weekend pour 2 personnes à Bruxelles*, 2 lots de l’ensemble de la sélection, 5 BD dédicacées du lauréat, 1 enceinte, 1 paire d’écouteurs sport, 1 casque Audio, 2 lecteurs MP3, invitations à la soirée de remise du prix.)

Rendez-vous le 19 janvier pour connaître le lauréat de cette 4ème édition du « Prix de la BD Fnac ».

Plus de détails ici : http://www.fnac.com/prix-bd-fnac

Voici la sélection des 30 albums :

Personnellement, j'ai adoré "Le grand méchant renard"

A vos votes !

Publié dans Sélection BD

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Cette nuit-là de Linwood BARCLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥

Cette nuit-là, Cynthia avait fait le mur pour passer quelques heures supplémentaires avec son petit ami de l'époque. Cette nuit-là, Cynthia avait quatorze ans et pensait, dans la toute-puissance de son adolescence, être invincible. Cette nuit-là, toute sa famille disparut. Au petit matin, plus aucune trace de ses parents, ni de son petit frère. Comme si la nuit les avait engloutit. Aucune explication, ni mot, ni conclusion probante après enquête. Le mystère de cette nuit-là est resté entier. 

Vingt-cinq ans plus tard, Cynthia est toujours hantée par cette disparition et elle décide de lancer un appel par le biais d'une émission de télévision. Et l'improbable se produit, un appel téléphonique relance l'enquête...

Un suspens haletant qui nous pousse à tourner frénétiquement les pages pour qu'enfin le mystère se lève, des rebondissements, un mystère qui s'épaissit, quelques cadavres, des doutes sur le personnage principal incidemment insufflés, tous les ingrédients sont bien là pour offrir un roman policier prenant digne de Harlan Coben ! 

Mais le roman souffre des écueils habituels des "page-turners" : une psychologie sommaire, des situations quelquefois peu crédibles, bref, rien d'autre ne tient le roman que cette intrigue prenante. 

Néanmoins, "Cette nuit-là" a rempli sa mission de divertissement, ce qui est, somme toute, déjà pas si mal !

 

Présentation de l'éditeur : Belfond 

D'autres avis : Géraldine 

 

Cette nuit-là, Linwood Barclay, J'ai Lu, 475 p., 7.5 euros

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Elle et nous de Michel JEAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

La famille de Jeannette est réunie pour ses funérailles. Cette femme d'exception d'origine innue évoquait peu sa vie passée au sein des chasseurs et des trappeurs de la forêt boréale. Son petit-fils présent aux funérailles regrette de ne pas avoir cherché à percer les secrets de celle qu'on surnommait dans sa langue Shashuan Pileshish, l'Hirondelle. Il décide alors de partir sur les traces de son passé et de ses propres origines indiennes. 

Deux récits s'ébauchent alors en parallèle : celui de Jeannette qui raconte sa vie dans les bois, puis plus sédentaire en raison de ses choix, et celui de Jean, ce petit-fils qui suit ses pas. 

Jeannette évoque sa jeunesse lovée dans une nature protectrice " Le calme de la forêt au coucher du soleil, le frisson d'un rapide, l'odeur du lièvre qui grille sur le feu. Le goût des bleuets fraîchement cueillis." Dans sa communauté le rôle des aînés est primordial, ce sont eux qui enseignent aux plus jeunes leur savoir, qui dictent comment lire le temps dans les nuages, qui expliquent comment survivre dans la forêt, qui édictent des règles de vie à adopter comme le respect de Nitassinan "toutes les formes de vie réunies", l'équilibre naturel du monde. Ils apprennent à la jeune fille le respect de la nature, l'harmonie avec le grand tout. Quand ils vieillissent, les plus jeunes se font en devoir de leur venir en aide. La jeunesse de la jeune fille est bercée par ces paroles. Au fil des années, elle constate des changements de valeurs, les réserves aparaissent, seul le le lac reste immuable. Puis l'amour bousculera ses propres valeurs et priorités...

Lac Saint Jean 

Jean de son côté hante les réserves, à la recherche du fantôme de cette grand-mère fascinante. 

« Il est difficile de se reconnaître chez les autres et de savoir sa vraie place quand on n'arrive pas à définir sa propre identité. Il y a trop d'intersections pour s'orienter, se situer. J'ai parfois l'impression de tourner en rond, de me perdre dans un labyrinthe où je suis seul à marcher. J'aurais dû demander mon chemin à ma grand-mère quand je le pouvais encore. J'aurais dû lui demander quelle voie emprunter pour m'y retrouver. »

Un beau récit sur la quête d'identité de deux êtres qui se heurtent aux préjugés et au racisme et qui apprendront pas après pas à trouver leur propre voie vers la sagesse. 

 

Présentation de l'éditeur :Editions libre expression  

D'autres avis : Découvert chez Karine 

 

Elle et nous, Michel Jean, Libre Expression, mars 2012, 240 p., 24.95

 

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Les livres prennent soin de nous. Pour une bibliothérapie créative de Régine DETAMBEL

Publié le par Hélène

♥ ♥

Régine Detambel propose à Montpellier une formation en bibliothérapie créative. Cet essai présente les grandes lignes de la bibliohérapie. 

"La bibliothérapie est l'utilisation d'un ensemble de lectures sélectionnées en tant qu'outils thérapeutiques en médecine et en psychiatrie. Et un moyen de résoudre des problèmes personnels par l'intermédiaire d'une lecture dirigée." 

"Le travail discret du bibliothérapeute est simplement de pousser son lecteur à devenir le propre lecteur de soi-même, selon cette théorie de Marcel Proust, qui prône que "l'ouvrage de l'écrivain n'est qu'une espèce d'instrument d'optique qu'il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que, sans livre, il n'eût pas vu en soi-même. La reconnaisance en soi-même, par le lecteur, de ce que dit le livre est la preuve de la vérité de celui-ci." p. 110

L'auteure s'insurge contre les livres de psychologie grand public ou livres d'"auto-traitement" et propose de se plonger dans la littérature, dans les romans, les poèmes, le théâtre pour apaiser les douleurs. Elle commence par proposer un état des lieux, puis explique pourquoi cela peut fonctionner, comment la lecture permet de s'armer pour la vie, et quels sont les bienfaits de la lecture à voix haute, de la poésie. 

"A quels auteurs Guillet emprunte-t-elle les fragments qui soulagent ? A Corneille, pour son côté stimulant, tonique, ses vers rythmés et mémorisables ; à Racine, dont la bonne musique équilibre les irritables ; à Boileau, remarquable régulateur pour instables et agités ; à La Fontaine, elle réclame un sursaut d'énergie, idéal pour le déprimé, lui permettant de recouvrer maitrise et ordre. Victor Hugo a une oeuvre toujours radiante d'énergie ; Lamartine a le pouvoir d'équilibrer la douleur, par son bercement doux et gracieux, par la caresse amoureuse de ses sonorité. (...) Baudelaire est un coup de fouet, qui agit sur l'atonie." p; 46

"Quels maux soignent les livres ? ils sont innombrables : l'ignorance, la tristesse, l'isolement, le sentiment de l'absurde, le désespoir, le besoin de sens, parmi quelques autres. C'est que l'écriture est aussi un scalpel, un outil de compréhension de soi-même et du monde, d'accouchement de la pensée même qui s'élabore dans le texte. Il faut déchiffrer. Critiquer. Juger. Interroger la langue." p. 123

La polémique récente a mis en lumière ce qui a retenu mon enthousiasme dans cette lecture. Bien sûr le principe est évident, pour nous, blogueurs lecteurs de la première heure. Notre expérience le prouve, la lecture a un pouvoir thérapeutique. Mais le propos de Régime Detambel, passé cette remarque, tourne en rond, et ne fait que répéter des thèses prises ailleurs et notamment des passages entiers de livres de l'anthropologue Michèle Petit qui a obtenu qu'une nouvelle édition lui rende justice. (Source : télérama)  

De fait, je suis désormais plus tentée d'aller lire les livres de Michèle Petit, pour remonter "à la source" ! 

 

Interview Sur My boox 

Présentation de l'éditeur : Actes sud 

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Veilles et merveilles créoles, contes du pays Martinique de Patrick CHAMOISEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Les contes et conteurs martiniquais datent de la période esclavagiste et coloniale. Le peuple à cette époque est "enchaîné, affamé, vivant dans la peur et les postures de la survie". Le soir à la nuit tombée, l'art du conteur lui permet de s'abstraire de ce quotidien pesant, pour voyager par le biais des mots. 

Le conte créole ne travestit pas la réalité, il la sublime, il dit "que la peur est là, que chaque brin du monde est terrifiant, et qu'il faut savoir vivre avec ; le conte créole dit que la force ouverte est le fourrier de la défaite, du châtiment, et que le faible, à force de ruse, de détours, de patience, de débrouillardise qui n'est jamais péché, peut vaincre le fort ou saisir la puissance au collet : le conte créole éclabousse le système de valeurs dominant, de toutes les sapes de l'immobilité, que dis-je : de l'amoralité du plus faible." 

Les contes entremêlent ainsi savamment le bestiaire africain (tigre, baleine, éléphant) et les personnages humains ou surnaturels (Diable, Bondieu...). On croise en ces pages des soeurs rivales convoitant le même homme, des vieilles acâriâtres, un petit bonhomme qui envoûte tous les monstres de sa musique -ou presque-, des frères dévoués, des diables trompeurs, des malédictions déroutantes... La faim est un thème lancinant, qui revient comme une mauvaise carie dont on ne peut se débarasser car la nourriture est pour ces esclaves un "obsessionnel trésor" : "il n'a pas fallu moins d'une loi, d'une ordonnace, d'une circulaire ministérielle et d'un arrêté du gouverneur (1845-1846) pour que les maîtres-béké se décident à distribuer à chaucun de leurs esclaves quelques livres de farine-manioc et deux-trous bouts de morue hebdomadaires." 

L'univers chamarré de la Martinique et son imaginaire évocateur éclatent, portés par des dessins colorés et, page après page, le lecteur se laisse envoûter par le charme millénaire de ces contes :

"La voir, c'était voir ces libellules de matins frais que fascine la rosée. Et les prétendants la voyaient belle plus belle qu'une rumeur de pluie inventée en sécheresse par la soif des feuillages, et plus belle qu"une nacre intime dans les brisures d'un coquillage, et (pour précision) ils la voyaient beauté des étincelles du sel quand la mer reste docile au talon de lumière des chaleurs impossibles." p. 44

 

Veilles et merveilles créoles, Contes du pays Martinique, Patrick Chamoiseau, Editions le Square, 2014, 16 euros

 

Publié dans Jeunesse Album

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D'après une histoire vraie de Delphine De VIGAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Le point de démence de quelqu'un, c'est la source de son charme."

Delphine, la narratrice, raconte rétrospectivement la relation particulière qui s'est ébauchée entre elle et L. rencontrée dans une soirée. Cette  L. la séduit peu à peu et les deux femmes deviennent amies, L. sachant se rendre indispensable. Nécessaire. Toujours là quand on a besoin d'elle. L'incarnation vivante de l'amie parfaite. Avec un côté inquiétant, presque aliénant, peut-être la marque indélébile de la véritable amitié ?

"Peut-être était-ce d'ailleurs cela, une rencontre, qu'elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent." p. 178

Les deux amies sont souvent en harmonie sauf sur un point : Delphine est une  écrivain entre deux romans, elle a connu le succés avec son roman précédent très autobiographique, et aimerait maintenant revenir à la fiction, ce à quoi s'oppose fortement L : 

"Les gens s'en foutent. Ils ont leur dose de fables et de personnages, ils sont gavés de péripéties, de rebondissements. Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements. Les gens en ont assez des marchands de sable ou de soupe, qui multiplient les histoires comme des petits pains pour leur vendre des livres, des voitures ou des yaourts. Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini. Les lecteurs, tu peux me croire, attendent autre chose de la littérature et ils ont bien raison : ils attendent du Vrai, de l'authentique, ils veulent qu'on leur raconte la vie, tu comprends ? La littérature ne doit pas se tromper de territoire."  sinon les personnages "seront comme des mouchoirs en papier, on les jettera après usage dans la première poubelle venue." p. 139

Pour Delphine sonner juste suffit : 

"Je crois que les gens savent que rien de ce que nous écrivons ne nous est tout à fait étranger. Ils savent qu'il ya toujours un fil, un motif, une faille, qui nous relie au texte. Mais ils acceptent que l'on transpose, que l'on condense, que l'on déplace, que l'on travestisse. Et que l'on invente. " Elle ne croit pas que le réel suffise : "Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction." p. 331

Débat sans fin durant lequel les passions de l'une et l'autre s'exacerbent, instillant le doute dans l'esprit de la narratrice comme du lecteur : L. aurait-elle un projet plus vaste en tête que de simplement conquérir l'amitié de Delphine ? Est-elle une jeune femme équilibrée rencontrée par hasard ou une manipulatrice de génie ? Qui est-elle vraiment ? Et finalement existe--t-elle réellement ? Dans quelle réalité ? celle du roman de Delphine de Vigan ? Dans la vie de l'auteur ? Dans la vie de la narratrice ? Les frontières s'estompent et la narratrice-auteure nous met au défi de démêler le vrai du faux "D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont out, ou presque, serait inventé." p.448 

Avec génie, Delphine de Vigan revisite le Misery de Stephen King et ce rapport intense qui s'établit entre le lecteur et l'auteur. Elle nous rappelle que l'important n'est pas de démêler le vrai du faux mais d'être pris par une histoire, emporté, coupé du monde pendant le laps de temps que l'on passe immergé dans les pages. Pari réussi !

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès  

D'autres avis : Babelio

Du même auteur Rien ne s’oppose à la nuit 

Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens. 

 

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Ma cousine Rachel de Daphné DU MAURIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Le jeune Philip est un  jeune homme impétueux qui ne trouve de l'apaisement qu'auprès de ses proches, notamment de son cousin Ambroise Aschley qui l'a pris sous sa coupe. De voyage en Italie, Ambroise tombe amoureux d'une comtesse italienne avec qui il se marie rapidement. Il tarde à revenir en Angleterre et s'il adresse au début de son mariage des lettre élogieuses sur son récent bonheur, peu à peu le ton desdites  lettres change imperceptiblement, laissant entendre que la belle comtesse chercherait à empoisonner son mari. Philip n'hésite pas alors à parcourir les kilomètres qui le séparent de son parrain pour apprécier la situation de visu. A peine arrivé il apprend la mort d'Amboise, sans savoir si sa jeune épouse est responsable ou non de cette mort si soudaine. Impulsif, il se persuade rapidement que la jeune femme a bel et bien provoqué le malheu et la mort de Ambroise. Il ne peut rencontrer la jeune veuve à ce moment-là, cette dernière ayant quitté la ville précipitamment. 

Plus tard, Rachel se présente toutefois en Angleterre, et le doute va assaillir Philip qui ne sait que penser des desseins de cette si attirante cousine...

Daphné Du Maurier sait jouer avec brio du suspens psychologique, tenant son lecteur en haleine d'un bout à l'autre du roman. Entre le jeune et innocent Philip naïf à l'excés et la mystérieuse Rachel, qui semble être une manipulatrice de génie, le lecteur se perd avec délices dans les évolutions de l'intrigue, cherchant à démêler le vrai du faux sans succés.  

Daphné du Maurier use de surcroît d'un lyrisme confondant pour décrire l'environnement de ses personnages perdus dans les affres de la passion :

"En décembre, les premières gelées arrivèrent avec la pleine lune, et mes heures de veille devinrent plus dures à supporter. Elles avaient une espèce de beauté froide et claire qui saisisait le coeur et me laissait émerveillé. De ma fenêtre, les longues pelouses se perdaient dans les prairies et les prairies dans la mer, et toute l'étendue était blanche de gel et blanche de lune. les arbres qui bordaient la pelouse s'élevaient, noirs et immobiles. Des lapins surgissaient, sautaient dans l'herbe puis couraient à leurs terriers, et , soudain, au milieu de ce calme et de ce silence, j'entendais l'aboiement aigu d'une renarde et le petit sanglot qui suit, reconnaissable entre tous les appels nocturnes, et je voyais la longue échine basse se glisser hors du bois sur la pelouse et se cacher sous les arbres. Plus tard, j'entendais de nouveau son cri au loin dans le parc. La pleine lune dominait les arbres et possédait le ciel, et plus rien ne bougeait sur les pelouses sous ma fenêtre." p. 244

Un roman passionnant qui témoigne de l'immense talent de cette auteure britannique majeure !

 

Présentation de l'éditeur : Livre de poche 

D'autres avis : Lu dans le cadre du Blogoclub ; Jérôme  ; Sylire 

 

 

Publié dans Littérature Europe

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