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Fin du mois américain et début du mois italien

Publié le par Hélène

J'ai participé ce mois-ci au mois américain

organisé par Titine du blog Plaisirs à Cultiver.

J'ai choisi de présenter : 

Home de Toni Morrison

Le paradis des animaux de David James

 Terreur Apache W.R. Burnett 

Canada de Richard Ford

 Le saloon des derniers mots doux de Larry McMurtry

 Jackpot de Carl Hiaassen

Les marécages de Joe R Lansdale 

 

Vous trouverez ICI toutes les participations

 

Le mois prochain je me lance dans un mois italien avec Eimelle 

Voici la liste des lectures communes prévues :

 

1er octobre : De Luca

3 octobre :  Simonetta Agnello Hornby

5 octobre :  Camillieri

7 octobre : Milena Agus

9 octobre :   Alessandro Baricco

 11 octobre : du côté des classiques latins 

13 octobre :  Niccolò Ammaniti

15 octobre : un roman policier (auteur italien ou auteur d'un autre pays mais se déroulant en Italie)

17 octobre :  un livre lu en VO

19 octobre : Silvia Avallone

21 octobre : un  livre d'un auteur italien ou se déroulant en Italie paru en 2015 

23 octobre :  Francesca Melandri 

25 octobre : une pièce de théâtre

27 octobre :  Goliarda Sapienza

29 octobre : littérature de jeunesse auteur italien

31 octobre "italianissima" pour vos coups de coeur en rapport avec ce pays (film, musique, photos de voyage, expo... tout, sauf des livres cette fois-ci!) 

 

Et en Novembre nous partirons au Québec avec Karine...

 

De beaux voyages en perspective !

 
 

Publié dans Divers

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La ballade du calame d'Atiq RAHIMI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Une méditation sur ce qui reste de nos vies quand on perd sa terre d’enfance."

Atiq Rahimi livre en ces pages un portrait intime de son parcours en évoquant son exil, sa vie, son errance lui qui est "né en Inde, incarné en Afghanistan et réincarné en France". Ecrivain en mal d'inspiration, il évoque la difficulté de trouver ses marques dans son exil, et la nécessité de revenir vers ses origines qui l'ont construit pour mieux appréhender le présent. 

"Quand tu te perds dans un désert, disent les sages africains, cherche plutôt la trace des pas d'où tu viens.

L'origine est un repère, et non pas le but ni la fin." p. 59

Or quand les mots font défaut, l'auteur dessine avec ce calame, fin roseau taillé en pointe dont il se servait enfant pour tracer des lettres calligraphiées. La calligraphie a une immense influence sur sa vie, cet art a bercé son enfance. Lorsqu'il était élève à Kaboul, il devait déjà recopier des lettres divines que le jeune homme se plaisait déjà à déformer. Plus tard, quand l'inspiration fuyait, quand les mots se dérobaient le dessin, la calligraphie suppléait à ce silence intérieur. Il créera ainsi des callimorphies, dessins au fusain et au calame combinant la technique calligraphique perse et la gestuelle propre à la calligraphie japonaise, représentant des corps de femmes posés sur des lettres et des lettres sur les corps.

"En Chine, la calligraphie est en soi une religion, une spiritualité, parce que l'artiste, selon le grand maître François Cheng, "cherche à rejoindre l'immense par l'infime et à donner par là une présence à l'invisible."

Ou, comme confie Fabienne Verdier dans son entretien avec le sage Charles Juliet, c'est en pratiquant la calligraphie chinoise qu'elle a appris à peindre "la non-existence des choses"." p. 117

Essai autobiographique, réflexion sur l'exil, sur l'art et la calligraphie, La Ballade du Calame nous convie dans l'univers de cet auteur touchant dans ses hésitations. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Iconoclaste 

Du même auteur :  Terre et cendres Syngué sabour, pierre de patience

D'autres avis : Jostein 

 

 

La ballade du Calame, Atiq Rahimi, L'iconoclaste, août 2015, 185 p., 18 euros 

 

 

La maison de la poésie à Paris propose une exposition jusqu'au 25 octobre "Atiq Rahimi - "Callimorphies"" et une performance autour de cet essai le 10 octobre 2015 à 19h  

 

Maison de la Poésie

Passage Molière
157, rue Saint-Martin - 75003 Paris
M° Rambuteau - RER Les Halles

 

Infos et réservations

tél : 01 44 54 53 00
du mardi au samedi de 15h à 18h

accueil@maisondelapoesieparis.com

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Jackpot de Carl HIAASEN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le jackpot, ils sont deux à le toucher lors de ce tirage du loto : la première est JoLayne Chance, assistante vétérinaire en Floride, et les deuxièmes sont deux truands de bas étage. Ces derniers refusent de partager le magot avec qui que ce soit. qu'à cela ne tienne, ils décident de voler le billet gagnant de leur compaire. Vingt-huit millions seront toujours mieux que quatorze pour ces adeptes de la théorie du complot qui souhaitent ainsi financer leur projet de création d'une milice des "Aryens au blanc buccin" visant à s'opposer à l'invasion des Etats-Unis par les troupes de l'OTAN stationnées au Bahamas. Ils n'ont ainsi aucun scrupule à spolier  de son bien JoLayne, une Noire considérée comme l'ennemie à abattre. Heureusement cette dernière sera aidée par Tom Krone, journaliste au grand coeur envoyé en mission spécial pour son journal auprès de JoLayne pour écrire l'article du siècle. 

Ils ne seront pas trop de deux face aux deux truands à la petite semaine pas très futés que sont Bode Gazzer et Chub personnage atypique avec sa queue de cheval, son bandeau en pneu de bagnole sur l'oeil et un gros crabe accroché à sa main (Hiaasen est coutumier du fait, dans Queue de poisson il s'agissait d'un chien qui ne voulait pas lâcher sa prise). 

Des personnages déjantés, des situations improbables, bienvenue chez Carl Hiaasen ! Il se plaît également à fustiger ceux qui montent des arnaques religieuses pour profiter du "boom du marché religieux". Les habitants du petit village de Grange où habite JoLayne sont spécialistes en ce domaine : que ce soit Demencio et sa Madone qui pleure grâce à un ingénieux système de tuyaux, la femme qui a vu le visage du Christ dans une flaque d'eau sur la route, ou encore Amador qui se perce les paumes des mains, et les fait passer pour les stigmates du Christ, tous son rôdés dans l'art d'arnaquer les touristes en mal de miracles.

"Etonnant ! Les stigmates du Christ !

Venez voir le stupéfiant Dominic Amador

Le heumble charpentier quis 'est réveillé

un bô jour avec les blessures de la crussifiction

identiques ezactement à celles du Christ lui-même,

le Fils de Dieu !

Saignements chaque jour de 9 heures

du matin à 16 heures.

Le samedi de midi à 15 heures 

(les pomes seleument).

Visites ouvertes au publik. Offrandes bienvenues !

4834 Haydon Burns Lane

(La Croix est devant la maison)

 

A partissipé à l'émiion-télé de Pat Robertson

"Signes du Ciel" !!!"

Hiaasen n'oublie pas non plus son credo écologiste puisque JoLayne veut racheter avec son jackpot vingt-deux hectares d'un maquis luxuriant où les animaux batifolent librement pour l'arracher à des prometteurs immobiliers.

Jackpot est un roman policier explosif jubilatoire dans la lignée des meilleurs Hiaasen ! A mettre entre toutes les mains !

 

Du même auteur :  Mauvais coucheur ;  Cousu main Niak 

 

Jackpot, Carl Hiaasen, traduit par Yves Sarda, 10-18, 2005, 7.14 euros

 

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Regards sur le monde. Deux nouvelles contemporaines de Laurent GAUDE et Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

La seconde côte d'Adam de Sylvain Tesson

♥ ♥ ♥ ♥

"Un scientifique doit parfois mettre sa rigueur au service de l'imagination." 

Dans les années 1950, trois scientifiques progressent depuis 15 jours dans l'Himalaya : Anatole zoologue, spécialiste des félins d'altitude et doyen du laboratoire de mammalogie comparée de l'université de Minsk en Biélorussie, sa femme Véra et Kolya scientifique ukrainien, ancien élève d'Anatole. Leur but : découvrir l'once des altitudes, le léopard des neiges dont on soupçonnait l'existence mais qui n'avait pas encore été approché ni photographié. Ils arpentent les contreforts de l'Himalaya, ses paysages sauvages, ses monastères perdus, rencontrent les habitants, dont ces  tibétains qui ont connu l'oppression chinoise. 

Peu à peu, des divergences apparaissent entre le maître et l'ancien élève, le conflit naissant entre les deux hommes autour de l'existence du yéti. Deux conceptions de la science s'affrontent : celle d'un homme plus âgé, Anatole, respecteux des traditions, de la population et de ses croyances, à l'écoute des autres et du monde, et celle du jeune Kolya qui souhaite faire coller le monde avec la représentation qu'il en a. 

"Vous êtes un religieux, Kolya. Comme tous vos collègues : un torquemada de la science. Le défenseur d'un credo, le dépositaire du savoir. Et vous honnissez la moindre brèche qui ferait vaciller l'édifice. Vous êtes comme ces savants du XVIIIè siècle qui poussaient des cris de vierges effarouchées quand sont apparues des bactéries dans l'oeilleton de leurs microscopes, parce qu'ils ne pouvaient accepter que Dieu ait créé des éléments vivants invisibles à l'oeil humain. Vous êtes comme ces aveugles de France à qui l'on montrait des fossiles recueillis au sommet des Alpes et qui décrétaient qu'il s'agisait des reliefs d'un festin de croisés. Vous ne voyez pas que ce que vous savez est une infime partie de ce qu'il y a à connaître. La science n'est pas un bras bâtisseur qui construit un système, c'est un pinceau d'archéologue qui déblaie une mosaïque." p. 15

Le jeune Kolya refuse d'admettre l'existence supposée du yéti, quand son aîné reste ouvert à toutes les infinies possibilités du monde : 

"En tous cas, Kolya Vassilievitch, ce que vous en pouvez pas flétrir, c'est la beauté de cette hypothèse, la force de cette croyance, l'universalité de cette vision ; et ce que vous ne pourrez jamais fermer dans le temple de la science, c'est le petit soupirail ouvert sur l'inconnu et sur le fantastique." p. 19

Photo (mise en scène !) de l'Abominable homme des neiges (1992). DICKINSON LEO/SIPA

@sciencesetavenir

La nouvelle est parfaitement ciselée, sa conctruction frise la perfection et sa chute est surpenante. La voix de l'auteur sonne juste, sans doute parce que lui même a découvert en 1997 des empreintes dans la neige, empreintes qui n'appartenaient ni à un homme ni à un ours, ceci pendant une expédition avec Alexandre Poussin dans l'Himalaya ! 

 

A lire sur le yéti : lewebpédagogique 

 

Le bâtard du bout du monde de Laurent Gaudé

♥ ♥

La deuxième nouvelle du recueil nous emmène dans un tout autre univers : celui de la Rome antique. Hadrien a chargé Lucius de tuer Caïus. Lucius se rend donc les confins de l'Empire pour accomplir sa mission. Son forfait accompli, il est pris de visions qui le poussent à quitter le fort pour faire route vers les barbares. Une gangrène le prend en chemin. 

Le lyrisme de Laurent Gaudé se retrouve en ces pages qui offrent une belle réflexion sur la barbarie. 

 

Les deux nouvelles sont suivies d'un dossier pédaggique pour étudier ces textes en classe,  les ressources sont nombreuses et les pistes de réflexion passionnantes.

 

Présentation de l'éditeur : Librio 

A lire aussi de Sylvainn Tesson : Une vie à coucher dehors Dans les forêts de Sibérie ;  Géographie de l’instant S'abandonner à vivre Aphorismes sous la lune 

A lire aussi de Laurent Gaudé :  Ouragan Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège ; La mort du roi TsongorDanser les ombres

 

Regards sur le monde, Sylvain Tesson et Laurent Gaudé, Librio, juin 2015, 3 euros

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Nouvelles graphiques d'Afrique de Laurent BONNEAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Muet comme le soleil

Brûlant comme le silence

La dureté de la terre

Prend le reflet du ciel

Si longtemps

Qu'elle pénètre le corps

La terre craquelée du crépuscule

Continûment

Fuit le vent

encore haut et brûlant

Plein de lumière

C'est dans ce ciel nu

Que le soleil luit

Au-dessus du sable gris

Puis nait la nuit."

 

La forme de la nouvelle, peu usitée en Bd permet à Laurent Bonneau d'exposer une vision touchante de l'Afrique contemporaine. 

Il peint un continent magnifique, aux couleurs ocre et pastel lumineuses, continent riche de ses ressources naturelles, continent aux hommes altiers. Mais continent pillé par les occidentaux, et maintenant aussi par les chinois. L'instabilité politique règne dans tous les pays, à chaque instant tout peut partir en fumée et la guerre s'installer durablement. L'argent tient tout, et c'est l'économie de nos pays qui finance les guerres là-bas et qui envoie de fait des enfants-soldats au front. Et pourtant, alors que nous savons ce qui se passe "Nous savons, mais nous n'apprenons pas." 

"Dans le fond, le véritable danger pour l'état ne se situe pas tant dans les actions armées comme aujourd'hui, qu'à travers les relations avec les entreprises occidentales. Ce sont elles qui imposent de manière sous-jacente l'économie du pays. On nous fait croire que tout va bien, mais ça peut exploser à tout moment."

Face à cette situation, certains se résignent : 

"Est-ce seulement possible de photographier l'extrême patience de ceux qui attendent toute leur vie dans ce vent de poussière emportant tel un souffle les bruits et les odeurs âcres sans que rien n'arrive jamais ?"

D'autres prennent le risque de fuir, comme ce migrant qui quitte son pays en pirogue avec ces mots à la résonance macabre :

"Au vu de ce périple interminable, je ne sais quand tu pourras lire cette lettre que je garde sur moi, mais je tente de me convaincre que ce temps est proche pour alimenter l'espoir."

Comment de fait alimenter l'espoir pour ce continent ? La réponse vient d'un vieux sage lucide :

"La seule véritable arme de l'homme est la parole."

Un album incontournable sur ce continent millénaire qui a tant à nous apprendre.

 

Présentation de l'éditeur : Des ronds dans l'O 

D'autres avis : Découvert chez Jérôme et Noukette

 

Nouvelles graphiques d'Afrique de Laurent Bonneau, Des ronds dans l'O, 25 euros

 

Aujourd'hui chez Jacques

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Le saloon des derniers mots doux de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

♥ ♥

 "Cette dernière ne regardait rien en particulier ; et il y avait beaucoup de rien à regarder sur cette vaste plaine ventée." p. 38

A la fin du XIXème siècle, à Long Grass, petite bourgade du bout du monde située entre le Kansas et le Nouveau-Mexique. Wyatt Earp et Doc Holliday traînent leur carcasse en regardant d'un oeil désabusé le monde qui les entoure. Le temps des cow boys et des indiens s'efface, à leur grand damne et ils se voient réduits à se donner en spectacle dans des foires. Ils regrettent les bisons qui arpentaient les plaines, le temps du Pony Express, et surtout les saloons peuplés de cow-boys prêts à se tirer dessus au moindre prétexte. Ainsi, ils se promènent avec leur enseigne de saloon à la recherche d'un endroit idéal pour l'accrocher, pour recréer un bon vieux bar pour cow-boys qui aiment le whiskey et les putains.

 

"Le saloon des derniers mots doux est une ballade en prose dont les personnages flottent dans le temps ; leur légende et leur vie réelle correspondent rarement. En écrivant cet ouvrage, j'avais en tête le grand réalisateur John Ford : il est connu pour avoir déclaré qu'à choisir entre la légende et la réalité, mieux vaut écrire la légende. C'est donc ce que j'ai fait." (Larry McMurtry)

Le monde ne tourne plus très rond dans cette Amérique de carton dans laquelle les femmes prennent peu à peu le pouvoir. Cette "comédie postmoderne", comme le dit très bien Joyce Carol Oates, dégage un charme mélancolique indéfinissable...

Mes réticences : Dans cet univers comme figé, l'engourdissement a tendance à gagner le lecteur. Le manque de souffle prégnant entraîne une certaine frustration...

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

Du même auteur Lonesome dove  La dernière séance  ; Texasville 

D'autres avis : Electra

 

Merci à l'éditeur.

 

Le saloon des derniers mots doux, Larry McMurtry, traduit de l'américain par Laura Derajinski, Gallmeister, 2015, 211 p., 22.2 euros

 

 

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Un repas en hiver de Hubert MINGARELLI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Pendant la seconde guerre mondiale trois soldats décident d'échapper aux fusillades matinales éprouvantes en acceptant en contrepartie de partir à la chasse à l'homme juif au fin fond de la forêt polonaise. Il leur faut revenir avec un prisonnier au camp. Le narrateur, Emmerich et Bauer arpentent alors la région, tétanisés par le froid qui règne en cet hiver rigoureux. 

En chemin chacun partage un peu de sa vie avec les autres, dans un élan fraternel consolateur. Ainsi Emmerich avoue s'inquièter pour son fils resté là bas et sur le fait qu'il pourrait prendre un mauvais chemin en apprenant à fumer. Les autres se penchent sur cette épineuse question et réfléchissent aux solutions possibles, permettant ainsi à leur esprit de s'évader loin de cette guerre meurtrière. 

La réalité se rappellent à eux par hasard quand ils trouvent un juif dont le sort semble scellé. Tiraillés par la faim ils s'installent dans une ferme abandonnée avant de ramener leur prisonnier au camp, et se préparent alors un repas avec le peu qu'ils ont. Survient un polonais qui bouscule le fragile équilibre du repas. Profondément antipathique, sa haine contre le juif entraîne chez les soldats un élan protecteur, presque malgré eux. Cette trêve durera-t-elle ?

Il n'est guère évident pour ces hommes d'appréhender le meurtre, et un détail infime peut leur rappeler qu'ils ont face à eux avant tout un homme, qui pourrait être leur fils, leur frère, leur père. Le narrateur est ému par un détail sur le bonnet du juif : un flocon, preuve qu'une mère aimante a tricoté pour lui ce petit dessin minuscule qui le rend pourtant humain.

Ce repas en hiver qu'ils partagent met en lumière les contradictions de ces soldats réduits à n'être que des demi-hommes à cause de cette guerre qu'ils n'ont pas choisie. Ce ne sont ni des bons ni des méchants, ni des anges, ni des brutes, juste des victimes d'une logique implacable absurde. 

 

Présentation de l'éditeur : Stock 

Du même auteur : Une rivière verte et silencieuse ; L'incendie

D'autres avis : Jérôme  ; Clara ; Cathe 

 

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli, Stock, 2012, 144 p., 17 euros

Un repas en hiver, Hubert Mingarelli, J'ai Lu, 2014, 7.20 euros

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Canada de Richard FORD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles que soient les évidences d'une vie, la personne qu'on croit être, ce qu'on a à son actif, ce dont on est fier, ce dont on tire sa force vitale, tout peut toujours arriver à la suite de tout et du reste." p. 362

Great Falls Montana 1960. Dell Parsons et sa soeur jumelle Berner ont 15 ans quand se produit un évènement sismique qui influence leur vie de façon irrémédiable : leurs parents braquent une banque et se font arrêter. Pourtant rien ne prédispose ce couple à commettre l'irréparable : leur père est un ancien de l'Air force et leur mère est institutrice. Si l'un a tendance à se lancer dans des combines peu claires, l'autre semble avoir les pieds sur terre, et pourtant, une spirale difficilement contrôlable les mène vers l'illégalité. Le talent de Richard Ford est de décrire pas après pas, minutieusement, comment les êtres peuvent atteindre un point de non-retour, alors que rien ne les prédisposait à suivre cette direction. Il prend son temps pour suivre ses personnages, les décrire, les aimer malgré leurs failles, et les accompagner vers l'irrémédiable, laissant leurs deux enfants démunis, définitivement marqués par la destinée tragique de leurs parents. 

"C'est fou jusqu'où va la normalité. On peut ne pas la perdre de vue pendant très longtemps, tel le radeau qui quitte la côte et la voit s'amenuiser. Telle la montgolfière, happée par un courant ascendant au-dessus de la Prairie, d'où l'on voit le paysage s'agrandir, s'aplatir et perdre ses contours. On s'en rend compte ou pas. Mais on est déjà trop loin, tout est perdu. A cause des choix désastreux de nos parents, la "vie normale" me laisse sceptique, en même temps que j'y aspire désespérément. J'ai beaucoup de mal à faire coexister l'idée d'une vie normale avec la fin qui fut la leur." p. 111

En quoi les évènements influencent-ils nos destinées ? Le jeune Dell, enfant ordinaire passionné par les échecs et les abeilles va devoir apprendre à se construire loin de cette normalité, en laissant derrière lui cet évènement terrible qui n'a comme origine "qu'une déviation infime de la vie quotidienne."  Ce petit rien transforme pourtant sa vie. Il échoue au Canada, auprès d'un homme trouble, Arthur Remlinger, auquel il souhaite s'attacher, pour retrouver un point fixe, pour garder l'espoir qu'une vie normale est possible, que le bonheur est encore à portée de mains. Et contre toute attente, sa destinée mystérieuse suivra son cours...

"Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-entend Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intéger en un tout où le bien ait sa place, même si, avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie, comme disait ma soeur. On essaie, tous autant que nous sommes. On essaie." p. 476

Nombre de réflexions philosophiques se cachent dans les instestices des phrases et de l'histoire, bien plus grave, intense et enrichissante qu'elle n'y paraît au premier abord. Les faits bruts ne parlent pas, c'est comment l'être se construit, ce qu'il en fait qui crée l'humain. De la même façon que le lecteur construit son roman à l'aune des évènements racontés. En s'interrogeant sur les ressorts de l'être humain, sur son mystère, Richard Ford nous offre avec ce Canada une belle leçon d'humilité " Pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi — de tout ce bois, le feu d'une vie. » 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier  ; Points

D'autres avis : Télérama ; France CultureL'express Bibliobs 

BabélioSylireKathelClaire Jeanne 

 

Canada, Richard Ford, Editions de l'Olivier, août 2013, 480 p., 22.50 euros 

Canada, Richard Ford, traduit de l'anglais (EU) par Josée Kamoun,  Points, août 2014, 504 p. 8.5 euros

 

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L'ange de l'oubli de Maja HADERLAP

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Je suis fichée dans l'enfance comme un pieu dans une cour où on le secoue tous les jours pour vérifier qu'il supporte bien les secousses." p. 80

Maja Haderlap raconte l'histoire d'une fillette et de sa famille slovène dans les montagnes de Carinthie au lendemain de la seconde guerre mondiale. Chacun porte les stigmates de cette guerre qui a laissé des traces inaltérables : la grand mère a connu les camps de concentration et le père était partisan et est désormais dépressif. Comment se construire dans cet univers construit sur des fondations branlantes? 

"La guerre est un sournois pêcheur d'hommes. Elle a jeté son filet vers les adultes et le retient captifs avec ses débris de mort, son bric-à-brac de mémoire. Une seule petite imprudence, une brève baisse d'attention et elle resserre son filet.  (...) Elle surgit inopinément dans les phrases dites à la va-vite, tapie dans l'obscurité elle attaque." p. 75

L'histoire de ces slolvènes et de leurs rapports difficiles avec l'Autriche durant la seconde guerre mondiale est peu connue, et pour cause, le silence a été fait sur leur histoire. La Carinthie est pourtant un des neuf Lander de l'Autriche actuelle à la frontière de l'Italie et de la Slovénie. C'est une région biculturelle marquée par une double culture allemande et slovène, et un des seuls bastions autrichiens qui a organisé une résistance anti-hitlérienne. Cela s'explique par un conflit de nationalités hérité du XIX ème siècle. Pourtant, l'histoire amenuise et distord l'image des partisans slovènes alors que cette résistance est un élément constitutif de l'identité de ce peuple.  Il existe un "no man's land" entre l'histoire de l'Autriche telle qu'elle est proclamée et l'histoire effective. C'est ce gouffre dont souhaite témoigner l'auteur dans ce roman, à la recherche de sa propre identité :

"L'ange de l'oubli a dû oublier d'effacer de ma mémoire les traces du passé. Il m'a fait traverser une mer où flottaient vestiges et fragments. Il a fait s'entrechoquer mes phrases avec des ruines et des débris charriés par les eaux pour qu'elles se blessent, pour qu'elles s'affûtent. Il a définitivement chassé l'image de l'angelot accrochée au-dessus de mon lit. Je ne le verrai pas, cet ange. Il restera sans forme. Il disparaîtra dans les livres. Il sera un récit." p. 227

L'importance de la mémoire est primordiale pour cette écrivaine qui nous offre ici un témoignage poignant. 

Pourquoi seulement deux coeurs : Si l'enfance de la narratrice est romancée et emporte son lecteur dans cet univers peu connu, par la suite, le récit s'émousse pour devenir témoignage, et l'intensité, l'émotion s'en ressentent.

 

Présentation de l'éditeur : Métailié 

D'autres avis : Page  ; Micmag  ; Initiales  ; Electra ; Cathulu

 

L'ange de l'oubli, Maja Haderlap, traduit de l'allemand par Bernard Banoun, Métailié, août 2015, 240 p., 20 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

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Les marécages de Joe R. LANSDALE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans les années 30 au Texas Harry treize ans et sa famille vivent au bord des marécages et il lui arrive de s'y promener avec sa petite soeur. Ce jour-là il croise non seulement "l'homme chèvre", légende locale qui hanterait les marais, mais plus angoisssant encore, il découvre le cadavre d'une jeune noire baillonnée avec des barbelés. Comme son père est le représentant local de la loi. c'est lui qui s'occupe de cette affaire difficile à résoudre puisque  peu de personnes s'intéressent au meurtre d'une femme de couleur... Le Klan domine toujours et les lynchages sont monnaie courante. Mais quand le cadavre d'une femme blanche est découvert, la communauté s'enflamme ! Se fondant dans le décor, le jeune Harry suit comme son ombre son père qui enquête, et il ne sera plus le même après cette confrontation brutale au racisme ambiant. 

"Entre-temps, j'avais appris que les personnes que je connaissais -ou croyais connaître- avaient des problèmes et des vies particulières. Mes parents avaient un passé. (...) Des gens que je croisais régulièrement s'étaient révélés étranges et féroces." p. 329

Enfant blanc, ami des noirs éduqué dans une famille aux idées ouvertes, il ne comprend pas bien la violence du monde qui l'entoure. Il observe caché derrière l'ombre des adultes. Quand lesdits adultes sont eux-mêmes désarçonnés, c'est lui qui va prendre les rennes de l'enquête avec sa grand-mère. 

L'atmosphère n'est pas sans rappeler celle de "La nuit du chasseur" avec cette ambiance en clair obscur et cette lutte entre le bien et le mal. Les apparences sont trompeuses et ce qui effraie le plus n'est pas le plus dangereux. Le mal est tapi, attendant insidieusement son heure. 

Beaucoup plus sombre que la série des Hap et Lee parce qu'il n'y a pas de soupape de décompression avec l'humour des deux compères, Les marécages résonne longtemps dans l'âme du lecteur.

"Tu vois, Harry, à la façon dont il fonctionne, le monde d'aujourd'hui n'a aucun avenir. Il faut que ça change si on veut que les Américains vivent ensemble dans ce pays. La guerre de Sécession est terminée depuis plus de soixante ans et quelques années, et il y a encore des gens qui en haïssent d'autres parce qu'ils sont nés dans le Nord ou dans le Sud des Etats-Unis..." p. 183

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : France Culture ; Dasola 

Vous aimerez aussi : Du même auteur : la série des Hap et Lee dont L'arbre à bouteilles  Le mambo des deux ours Bad chili ; Les mécanos de Vénus

Autre :  Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper LEE

 

Les marécages, Joe R. Lansdale, traduit de l'américain par Bernard Blanc, Folio Gallimard, mars 2006, 400 p., 9 euros

 

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