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Tu ne perds rien pour attendre de Janis OTSIEMI

Publié le par Hélène

Jean-Marc est devenu policier dans le but de rendre une justice qu'il juge essentiel. Il a perdu sa mère et sa soeur dans un accident de voiture et il espère aussi, un jour, pouvoir envoyer le chauffard, fils d'un ministre, sous les verrous.

En attendant, il arpente les rues de Libreville et traque les petits malfrats et les grands bandits. Un soir il ramène une jeune fille mystérieuse à son domicile pour lui éviter les mauvaises rencontres. Le lendemain, quand il s'enquiert de la jeune fille à son domicile, il lui est répondu que la jeune fille est morte assassinée deux ans plus tôt. Jean-Marc aurait donc rencontré son fantôme ? Pourquoi lui est-elle apparue précisément à lui ? Jean-Marc décide d'enquêter sur cette morte qui lui a envoyé comme un appel à l'aide en se faisant connaitre à lui au-delà des limbes de la mort.

Dans les romans de Janis Otsiemi, le contraste est marqué entre les puissants qui dirigent la ville avec violence, corruption et malversations, et les plus pauvres, qui s'oublient dans l'alcool et les femmes pour supporter une atmosphère misérable. Là encore, les politiques et les puissants agissent dans l'ombre, jonchant le bord des routes de cadavres de jeunes filles qui auront juste eu le malheur d'être présentes au mauvais moment au mauvais endroit.

Ce que j'ai moins aimé :

J'avais beaucoup apprécié dans les précédents romans de l'auteur les expressions gabonaises qui émaillaient le récit et lui apporter son originalité et son pittoresque. La langue était davantage travaillée qu'ici, où l'intrigue prend le dessus, mais est également rapidement expédiée. En effet, certaines pistes ne sont guère exploitées : la mort de la mère et la soeur disparait du paysage, elle n'est plus mentionnée par la suite, on peut supposer que cela sera le cas dans des prochaines aventures mettant en scène Jean-Marc. De plus, les personnages apparaissent relativement fades, sans contours.

Bilan : A trop vouloir aborder des sujets divers, j'ai eu l'impression que l'auteur se perdait sans réellement en approfondir aucun et perdait en route sa verve langagière... C'est dommage.

 

J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur lors d'une rencontre organisée par Babélio, j'en parle ICI.

Du même auteur La bouche qui mange ne parle pas    ;  African Tabloid  ♥ ; Le chasseur de lucioles  

 

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Rencontre Babélio avec Janis Otsiemi

Publié le par Hélène

Jeudi dernier, Babélio organisait une rencontre avec Janis Otsiemi à l'occasion de la sortie de son nouveau roman Tu ne perds rien pour attendre dans le tout récent label de Plon : Sang Neuf dirigé par Marc Fernandez qui souligne "Nous en sommes sûrs, pour comprendre la société actuelle, il faut lire noir."

Voici de quoi il a été question :

La superstition en Afrique :

En Afrique, la frontière entre le réel et l'irréel est tangente, il est tout à fait courant d'entendre des histoires comme celle du fantôme pris en stop par Jean-Marc. Ce sont des histoires qui existent, des faits divers, des fantasmes, des rumeurs.

Le personnage de Jean-Marc :

Je voulais un personnage nouveau qui soit dans la justice mais rebuté par les pratiques du pays. En Afrique la notion de mérite n'existe pas en tant que telle. Il faut avoir des fétiches, des marabouts pour réussir. Par exemple si votre fils va passer le bac et a des difficultés en cours, vous ne faites pas appel à un professeur particulier, vous prenez le bic et les cahiers et vous vous rendez chez le marabout. Ainsi, l'esprit de l'ancêtre viendra habiter l'élève et écrira à sa place le jour du bac.

Au début je voulais choisir un journaliste mais ce n'était pas possible le journalisme n'est pas objectif là-bas, soit il dépend du pouvoir, soit de l'opposition.

Les femmes :

Un bon gabonais a toujours un deuxième ou troisième bureau, plusieurs femmes.

L'intrigue :

Les corses : L'histoire banale est un prétexte pour dénoncer. Les corses sont très présents au Gabon, ils sont dans les jeux, les machines à sous. Moi-même je travaille dans l'aviation d'affaires et mon chef est un corse -qui n'a pas encore lu le roman, je ne sais pas s'il va me garder après l'avoir lu !- Le Gabon est la deuxième patrie des corses.

Les jeux : Les gabonais jouent beaucoup. Dans leur extrême misère, ils espèrent gagner des millions, surtout les retraités. C'est une machine à lessiver les gens.

La drogue : l'ancienne route de la drogue passait par le Sahel mais avec le terrorisme, ils ne peuvent plus passer par là, ils passent par chez nous car de plus le régime est facilement corruptible.

Mon rapport avec la langue :

L'africain a un rapport particulier avec la langue française  : c'est une langue que nous avons reçu en héritage, ce n'est pas une langue nationale nous avons plusieurs dialectes en fonction des ethnies. Le français est alors devenu langue nationale. Mais le problème étant que avec ses relents gaulois cette langue française ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Je triture le français, c'est une espèce de vengeance contre les colonisateurs, nous nous approprions leur propre langue. Par exemple motamoter signifie apprendre par coeur ou encore la sans-confiance est une babouche chinoise en qui on ne peut pas avoir confiance car elle peut vous lâcher à tout moment.

Notre langue est pleine de richesses, elle traduit notre vécu, notre réalité. Ce n'est pas pour paraitre exotique mais c'est MA langue.

Dans cet opus, mon travail sur le style est plus classique. En effet, j'ai été touché par les critiques qui me reprochaient auparavant une intrigue un peu faible. J'ai voulu privilégier l'intrigue cette fois-ci.

Libreville :

A Libreville le front de mer est beau, mais c'est l'intérieur qui m'intéresse, quelques encablures plus loin on rencontre le peuple de l'intérieur, qui vit dans la précarité et la misère. Personnellement j'habite les Etats-Unis d'Akébé, un quartier populaire.

Comment tout a démarré :

Mes copains ont dit que j'écrivais comme un bourgeois, mes amis m'ont demandé d'écrire quelque chose dans lequel ils pourraient se reconnaitre.

Le polar africain :

Le polar africain est calqué souvent sur le mode occidental avec des médecins légistes qui pourtant n'existent pas chez nous. je voulais un roman réaliste. Ce n'est pas la réalité à 100 % mais MA réalité, nourrie de mon imaginaire, de ma manière de voir les choses.

La prise de pouvoir de Bongo :

C'était difficile on se planquait tous... A cause de la susceptibilité de certains politiques africains, je m'autocensure. Je n'ai pas peur mais je protège aussi ma famille.

Par exemple un article est sorti dans le Point intitulé "Gabon maudit" qui a eu des conséquences, on m'a accusé de véhiculer une mauvaise image du Gabon. J'ai répondu que je n'étais pas fonctionnaire du tourisme.

Je crains des réprésailles, pour l'instant je ne suis pas inquiété par contre j'ai des pressions extérieures des voisins des collègues j'essaie de garder mon indépendance, je dis tout de même les choses.

Le rapport avec les services de la police ?

Pour les observer, je débarque dans leur commissariat et j'invente un histoire, je dis que mon frère a disparu, on m'envoie au sous-sol voir un enquêteur qui me laisse dans un coin le temps de régler d'autres affaires. L'enquêteur a encore une machine à écrire du temps de De Gaulle, il est là, il fait son truc, et j'observe.

Les bars

En Afrique, le Gabon et le Cameroun sont les pays où l'on consomme le plus d'alcool. mais on boit pour se saouler, non par goût comme en France. Par exemple le whisky frelaté marche bien chez nous.

L'édition au Gabon ?

Il existe quelques maisons d'édition à compte d'auteurs, mais cela reste rare. De même, il y a peu de librairies, il n'y a pas de réseau de distribution. Les librairies sont souvent des librairies scolaires, si je voulais diffuser mon livre là-bas je devrais le commander à perte en France. De fait pour être connu là-bas, un auteur doit être "blanchi" passé par la France. En plus le livre est cher, il n'y a pas de culture du livre.

Quand j'étais petit, je lisais des romans à l'eau de rose car j'avais neuf soeurs. Puis j'ai découvert "Le lac" de Lamartine et j'ai eu une révélation, j'ai appris à écrire en recopiant des pages de Balzac. La littérature m'a sauvé. Sans elle je serais peut-être devenu délinquant, bandit, dans les quartiers où j'ai grandi tout est fait pour que tu ailles dans le mur.

Mon parcours dans l'édition tient à une question de rencontres : j'avais publié un petit livre à compte d'auteur  et j'avais un blog de littérature africaine. Jigal a lu mon livre, m'a contacté et m'a demandé un manuscrit.

Ma vie là-bas :

Pour le moment j'ai fait le choix de rester au pays. Et puis "l'Afrique est un polar à ciel ouvert" Des histoires dingues nous arrivent en Afrique, si ton voisin meurt on peut t'accuser de l'avoir assassiné ! Pour moi c'est de la matière, c'est un filon en or.
 

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Une femme au téléphone de Carole FIVES

Publié le par Hélène

Charlène 62 ans est une mère qui trompe sa solitude en passant des appels à sa fille. Appels tour à tour enjoués, culpabilisants, désespérés ou excessifs. Pour cette femme cancéreuse, bipolaire à ses heures, ces appels sont le moyen de se raconter, de se livrer, de partager ses aventures liées à ses rencontres sur des sites de rencontre, de parler de son quotidien entre grisaille et rose bonbon.

"Meetic ? Ah non j'ai arrêté, c'est toujours les mêmes têtes. Ceux qui vont sur Meetic, c'est comme ceux qui vont chez Ikea, ils cherchent des choses standard. Et moi je suis pas standard." p. 15

Après sa visite chez un psy, elle commente : "Elle m'a dit tout ce que mon père m'avait fait, enfin, elle savait tout. C'était très dur, je suis complètement détruite. Maintenant, y a plus qu'à reconstruire. Un nouveau départ. Le problème c'est que le prochain rendez-vous c'est pas avant septembre. Dans deux mois. Je les passe comment juillet-août moi ? Je me colle un panneau "en chantier" ? " p. 44

Elle en profite pour insidieusement envoyer des piques à sa fille, dans une demande constante d'attention, d'amour conjuguée à une toxicité inébranlable.

"Comment ça, on ne fait pas des enfants pour les garder pour soi ? Ce sont des phrases toutes faites ça, qu'on dit quand on n'a pas de coeur. La vérité c'est qu'on fait les enfants pour soi, sinon c'est trop égoïste." p. 76

Au détour de ses critiques, elle distille toutefois des conseils avisés :

"Des disputes ? Mais il faut faire des efforts pour garder un homme voyons, ça ne va pas de soi. Mets-toi à la place de ce pauvre garçon, tu ne repasses pas, tu ne cuisines pas, tu vis dans un foutoir monstrueux, quel avantage a-t-il à vivre avec toi ? Maintenant que vous attendez cet enfant, tu ne peux plus tout envoyer bouler comme avant. Il faut mettre de l'eau dans son vin, bien sûr la vie à deux ce n'est pas toujours drôle, on préfèrerait rester seule bien tranquille, profiter de sa maison, manger une connerie quand on en a envie, regarder le programme qu'on préfère à la télé... Le couple, c'est dur, mais il faut s'accrocher, pour ne pas finir toute seule." p. 83

A travers ce portrait Carole Fives nous offre un texte drôle, intelligent, jubilatoire et profond à la fois, une vraie réussite !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur :Quand nous serons heureux ; C'est dimanche et je n'y suis pour rien

D'autres avis : Télérama

 

Une femme au téléphone, Carole Fives, L'arbalète Gallimard, janvier 2017, 112 p., 14 euros

 

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Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES

Publié le par Hélène

Pico Bogue est un petit garçon très attachant, espiègle et intelligent. Grâce à de courtes saynètes d'une demi-page, nous découvrons son quotidien entre ses parents, sa soeur et ses copains. Les dialogues sont enlevés, qu'il s'agisse de discussions avec sa soeur Ana-Ana, avec ses parents ou avec le marchand de bonbons, Pico Bogue a un sens très développé de la répartie, au grand damne de ses parents !

"- Je vais faire un tour en vélo maman !
- Ne passe pas par la rue de Létan !
- Pourquoi?
- Elle est déserte. Tu risques d'y faire de mauvaises rencontres.
- Si c'est désert, je risque pas d'y faire de rencontres du tout.
- Je te demande quand même de ne pas passer par cette rue.
- Mais c'est pas logique, s'il n'y a personne...
- Oh ! Tu veux toujours avoir raison. C'est fatiguant à la fin. "

Les situations peuvent être tout à fait absurdes, voire philosophiques et l'acuité d'observation de Pico Bogue embellit son quotidien.

Un héros de bande dessinée prêt à s'installer dans l'éternité artistique aux côtés des Mafalda et confrères !

Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES
Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES
Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES

Présentation de l'éditeur : Dargaud

Et la bonne nouvelle est qu'à l'heure actuelle il y a 9 tomes !

Merci Enna chez qui j'ai repéré l'album !

C'était ma Bd de la semaine accueillie par Stephie

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Printemps des poètes - Jim Harrison

Publié le par Hélène

Crépuscule

 

Pour la première fois

là, dans le très lointain

il vit son crépuscule

développer la verte colline

où naissent trois rivières,

glisser en bas vers lui

d'arbre en arbre jusqu'au

maris aux myrtilles où il cessa,

il dit pars, pas maintenant,

pas pour cette heure encore.

 

Tiré du recueil L'éclipse de lune de Davenport de Jim Harrison.

Publié dans Poésie étrangère

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Elles sont parties pour le nord de Patrick LECOMTE

Publié le par Hélène

1917 la petite Wilma 11 ans vit dans une cabane avec son père trappeur dans le Grand nord canadien. Un jour, de retour d'une expédition dans la ville, son père lui ramène un livre qui va changer sa vie Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. La jeune fille, proche de la nature s'intéresse alors de plus près aux grues blanches qu'elle observe d'un promontoire près de la cabane. Elle aperçoit alors celle qu'elle prénommera Akka, une grue boiteuse qu'elle retrouvera saisons après saisons. Mais les années passant, Wilma comprend que cette espèce à laquelle elle est tant attachée est en voie de disparition. Elle décide alors de lutter pour la préservation de l'espèce.

Ce récit s'inspire de la véritable histoire du déclin de la grue blanche d'Amérique, il suit les différentes grandes étapes de la conservation. Aujourd'hui la situation s'est améliorée mais la menace rôde encore dans l'ombre car il n'en reste que 300.

https://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque un souffle romanesque à l'histoire : le début était prometteur dans le grand froid canadien, puis les grandes étapes de la préservation prennent le devant de la scène au détriment de l'histoire de la jeune fille. Les sauts temporels annihilent toute tentative pour rentrer dans l'histoire car au moment où l'on s'attache au personnage et aux lieux, l'ellipse temporelle nous amène des années plus tard.

Bilan : Un premier roman qui reste prometteur malgré ses maladresses.

 

Présentation de l'éditeur : Préludes

D'autres avis : Babelio

 

Elles sont parties pour le nord, Patrick Lecomte, Préludes, mars 2016, 288 pages, 14.30 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Printemps des poètes - Akendengué

Publié le par Hélène

Gabon, Libreville, 2001

Gabon, Libreville, 2001

Publié dans Poésie étrangère

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Recherche femme parfaite de Anne BEREST

Publié le par Hélène

Emilienne, photographe trentenaire décide de se lancer dans un projet ambitieux en vue d'exposer aux rencontres de Arles. Elle traque pour ce faire la femme parfaite, chaque femme photographiée devant lui donner le nom d'une autre femme qu'elle considère comme la femme parfaite. Cette quête lui permet d'amorcer une réflexion sur la femme moderne, sur les pressions sociales qu'elle subit notamment avec l'image de Julie, la voisine de Emilienne, traumatisée par son accouchement et son nouveau rôle de mère. Elle rencontre également une jeune femme libre, Georgia, par qui elle est irrésistiblement attirée.

Au-delà des femmes, l'auteure ausculte aussi notre société moderne, enferrée dans un culte à l'image que propagent les publicités ou encore les réseaux sociaux. Ceux-ci créent des cadres  dans lesquels les êtres essaient de rentrer, ils fantasment l'image qu'ils renvoient aux autres, enfantant un être factice "Aujourd'hui tout le monde met en scène sa vie dans le seul but que cela soit "cool" sur les photos.", "C'est pas ça être libre. Etre libre, c'est faire des choses sans être regardé." La vraie marginalité serait alors de ne pas être référencé sur Google...

Sur un ton plaisant, non dénué d'humour l'auteur use du second degré pour aborder ces problématiques modernes.

Ce que j'ai moins aimé : la bluette sentimentalo-sexuelle qui transforme la jeune femme en adolescente...

Bilan : un bon moment de lecture assez plaisant, surtout dans sa première partie.

 

Présentation de l'éditeur : Grasset ; Folio

D'autres avis : Caroline ; Violette ;

 

Recherche femme parfaite, Anne Berest, folio, janvier 2016, 240 p., 7.20 euros

Merci à l'éditeur.

 

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Printemps des poètes - 120 nuances d'Afrique

Publié le par Hélène

L'éphémère et la silhouette de Mariem Mint Derwich

 

Je te danserai l'éphémère sur la dune endormie

L'imperceptible de la trace

Le vent qui efface, caresse chuchotée,

Les notes envolées, fugitives des histoires d'antan

 

Je te danserai la lumière de la lune

La lumière tremblotante

Au feu assoupie,

Ce que murmure l'homme quand il rêve

 

Je te danserai les palmiers au ciel découpés

Le nuage dans le regard des bergers,

Les gestes esquissés et qui s'en sont allés,

La paume au sol posée, disparue

 

Je te danserai l'entre souffle,

Les crépuscules, l'instant parfait,

La plénitude d'ici

Quand d'autres parlent de demain

 

Je te danserai l'ailleurs, l'horizon en renaissance,

Le lieu secret de l'homme qui s'expire,

Il y aura cet à peine visible,

Silence

 

Je te danserai les pistes et les déserts,

Un mot balbutié sur la paupière de la nuit,

Que tout s'enfuit, que tout reste,

Qu'il n'est de battement que celui que l'on porte

 

Je te danserai la flamboyance de la mer,

La goutte d'eau puisée,

La vague qui fait les mondes,

L'empreinte de ton pied sur le sable mouillé

 

Je te danserai les brumes qui rendent aux yeux la fulgurance,

Les silences des choses, les chants des mondes,

Les animaux de l'aube et les premiers frisson,

La beauté de ce qui est et la silhouette tremblée de toi homme

 

Je te danserai les couleurs à peine rencontrées,les livres qu'on n'écrira jamais,

La poésie enfermée dans la main,

Les mots,et les oiseaux la trace et le rien

 

Et, au milieu de la nuit du monde,

L'heure bleue, celle des hommes en prières,

L'immensité de ce qui s'écoute,

 

Je te danserai l'éphémère et la silhouette...

 

Mariem Mint Derwich L'éphémère et la silhouette, texte inédit, 2016

 

Poésie tirée de 120 nuances d'Afrique

 

 

 

 

Publié dans Poésie étrangère

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Habiter poétiquement le monde - Anthologie manifeste

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"La Poésie, c'est l'Enthousiasme cristallisé" Alfred de Vigny

Sont réunis dans ce recueil plus de cent auteurs qui tous rappellent la nécessité d'"habiter poétiquement le monde" pour reprendre l'expression d'Hölderlin.

Autour de cinq grandes périodes sont rassemblés des textes essentiels sur la poésie :

- Le monde romantique avec Schlegel, Holderlin, Novalis, Keats, Shelley, Wordsworth, Leopardi, Hugo, Lamartine, Sand.

- Le monde post-romantique avec Emerson, Whitman, Poe, Baudelaire, Rimbaud.

- Le monde moderne avec Apollinaire, Yeats, Rilke, Proust.

- Le monde du renouveau avec Breton, Reverdy, Jouve.

- Le monde contemporain avec Deguy, Bonnefoy, Jacottet, White, Cheng, Bobin.

Chacun expose sa conception de la poésie et explique pourquoi elle est essentielle à notre âme...

"Le privilège spécifique de la poésie est un certain pouvoir qu'elle a d'interpréter les choses. Entendez par là, non pas le pouvoir de tracer, avec du blanc sur du noir, une explication du mystère de l'Univers, mais le pouvoir de nous présenter les choses d'une telle façon que s'éveille en nous un sentiment merveilleusement riche, original, intime des choses et de nos relations avec elles. Que ce sentiment s'éveille ne nous à l'endroit des objets qui nous sont extérieurs, et aussitôt nous nous sentons en contact avec la nature même, avec l'essence de ces objets ; ils ne nous causent plus d'angoisse, ils ne nous accablent plus ; nous tenons leur secret ; l'harmonie s'est faire ente nous et eux. Sentiment qui nous apaise, qui nous comble comme nul autre ne pourrait faire." Matthew Arnold

De l'importance de regarder et interroger la beauté des choses :

"De là vient que la plupart des gens ignorent que le monde est beau et que les plus petites choses, la moindre fleur, une pierre , une écorce, une feuille de bouleau, manifestent une splendeur. Les adultes, qui ont des affaires et des soucis et qui se tourmentent de ces riens, cessent bientôt complètement de voir ces richesses que ces enfants, s'ils sont attentifs et bons, ont tôt fait de découvrir et d'aimer de tout leur coeur. Le plus beau serait pourtant que chacun s'efforçât de rester toujours, à cet égard, comme un enfant attentif et bon, candide et pieux de coeur, et ne perdît jamais le don de tirer autant de joie d'une feuille de bouleau, d'une plume de paon ou d'une aile de corneille mantelée que d'une haute montagne ou d'un magnifique palais. Le petit est aussi peu petit que le grand est grand. Une grande beauté éternelle imprègne le monde tout entier, équitablement répartie sur les petites choses et les grandes ; car, pour l'important, pour l'essentiel, il n'est pas sur terre d'injustice." Rainer Maria Rilke

"Car il n'est pas nécessaire d'écrire pour être poète. Il faut et il suffit d'être en état de grâce et de contemplation." Léon-Paul Fargue

"Le rôle du poème et du poète c'est d'aider l'autre à trouver sa poésie, à faire en sorte de vivre sa vie dans cette présence à soi et aux choses au cours des actes les plus quotidiens : préparer son café,seul le matin dans une cuisine, aller au travail, regarder un pigeon qui passe, une pierre qui roule..(...)

La poésie, c'est la sensation de nos rapports avec les choses les plus humbles comme les plus grandes, sensation qui fait de la vie un perpétuel madrigal de Monteverdi.

Trouver à la vie -sa vie- une certaine tonalité, un certain prolongement, une certaine exaltation ; vivre tout évènement quotidien dans les coordonnées de l'éternité, c'est pour moi la poésie." Eugène Guillevic

"La poésie serait ces moments chargés de clarté et de mystère, qui par leur inflexion naturelle nous prennent au passage en nous convainquant, le temps d'une extase à la fois passagère et durable, d'une sorte de surcroît de l'être." Michael Edwards

"Disons : la poésie illimite le réel, elle rend justice à sa profondeur insolvable, à la prolifération infinie des sens qu'il recèle. Inquiétant ? Oui. La poésie est inquiétante, elle récuse par principe la quiétude du sens, elle est même davantage : une leçon d'inquiétude. Or cette inquiétude est une sauvegarde puisqu'elle objecte à toute pesée arrêtée, à l'insolence des certitudes, au figement des dogmes, aux absolutismes et fanatismes subséquents. Elle est donc le gage d'une liberté insolvable, de cette "liberté libre" que nommait Rimbaud qui revendique une autonomie sans compromis de la conscience face aux décrets de toutes sortes qui enjoignent des chemins d'existence. On comprend que dans un temps plus obsédé que jamais de prise et de maîtrise, d'ordre et de sécurité, toutes choses qui ne s'obtiennent qu'en réprimant justement la part d'inconnu, d'imprévisible, d'indécidable que porte immanquablement le réel, la poésie soit tenue pour intempestive." Jean Pierre Siméon qui conclue :

"La poésie nous sauvera, si rien ne nous sauve."

 

Présentation de l'éditeur : Poésis éditions

Vous aimerez aussi : La poésie sauvera le monde de Jean-Pierre Siméon

 

Publié dans Poésie française

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