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Sens dessus dessous de Milena AGUS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Parfois la vie est trop grande pour nous."

La narratrice habite dans un petit immeuble de la ville de Cagliari. Au-dessous de chez elle vivent Anna et sa fille Natasha et au-dessus, Monsieur Johnson, homme riche, ancien violoniste assez excentrique. Inévitablement, la route d'Anna va croiser celle de Monsieur Johnson, pour le meilleur et pour le pire.

"Toutes nos joies et tous nos malheurs résident dans les détails." dit un des personnages de cette joyeuse galerie de portraits. Aussi Milena Agus s'attache-t-elle à ces petits détails qui façonnent la vie, en laissant de côté les intrigues tonitruantes. Par le regard observateur de sa narratrice, son double, elle évoque juste les rapports humains, et la complexité de chacun. Les êtres se frôlent, chacun vient à l'autre avec son vécu, avec son passé et les leçons qu'il a pu en tirer. Ainsi après avoir vu plusieurs hommes de son entourage quitter leur femme pour une autre souvent plus jeune, la narratrice est persuadée que pour garder un homme il faut être une machine de guerre sexuelle. Mais les méfiances des uns et des autres se fondent et confondent dans les rencontres.

"Il dit que nous ne sommes jamais comme les autres voudraient que nous soyons. Nous pouvons en être très malheureux, jusqu'à en mourir. Ou bien accepter d'être à contre-courant, comme dans les comptines. (...) Etre bien avec soi-même, ne pas désirer être autre chose que ce que l'on est, ni plus ni moins." p. 76

Si les autres peuvent être sources de tristesse, ils sont aussi ceux qui peuvent nous sauver, des failles de chacun jaillit soudainement la lumière

"Bien sûr, j'imagine toujours l'immeuble en flammes, l'explosion d'une bonbonne de gaz, ou des assassins embusqués derrière la porte, mais je fais ce que Johnson junior m'a appris, un calcul de probabilités, en pourcentage. Il m'a fait remarquer que si les journaux racontent les faits divers, c'est bien parce qu'il est rare que des choses semblables se produisent. Sans quoi ils écriraient : "Aujourd'hui, aucun immeuble n'a explosé, rien n'a pris feu et personne ne s'est fait égorger en sortant de chez lui." Ce qui signifie que le monde est bon. Statistiquement bon." p. 78

Dans ce roman d'atmosphère, les petits riens de folie qui jalonnent la vie illuminent les vies des uns et des autres, entre rire et larmes. Puis quand la vie est trop lourde, reste la littérature, et sa capacité à transmuer tout cela en or.

 

Présentation de l'éditeur : Liana Levi

Du même auteur : Battements d’ailes ♥ ♥ ♥ ; Quand le requin dort ♥ ♥ ♥

Vous aimerez aussi : En attendant Bojangles d'Olivier BOURDEAUT 

 

Sens dessus dessous, Milena Agus, traduit de l'italien par Marianne Faurobert, Editions Liana Levi, 2016, 146, 15 euros

Publié dans Littérature Europe

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Grossir le ciel de Franck BOUYSSE

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

Les Doges, un hameau perdu au fin fond des Cévennes.  Gus et Abel ont toujours vécu dans cette région désertée et ce sont adaptés à la solitude. S'ils sont voisins, ils ne se cotoient pas pour autant, pas plus que nécessaires, et chacun passe cet hiver dans son domaine, isolé.

"Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l'année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qu disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tout à tout espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le coeur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles." p. 9

L'hiver se ressent au plus profond des êtres et des âmes, tant les humains là-bas s'adaptent à leur environnement, ne faisant qu'un avec la terre qu'ils labourent. Leur accord est tellement intense avec la nature, que le jour où Gus rencontre un jeune faon mourant, il reste à ses côtés jusqu'à la fin, en lui parlant. 

Mais ce jour-là, des évènements étranges vont déranger le quotidien routinier de Gus, et d'interrogations en interrogations, il se plonge alors dans son passé...

"Gus pensait que c'était décidément une drôle de journée, avec tous ces souvenirs qui s'amenaient, comme des vols de corneilles sorties du brouillard. Des souvenirs dont on ne sait jamais où ils mènent, ni même si ça fait du bien de les avoir, mais qui ressurgissent et s'imposent, sans crier gare"

Des secrets tapis dans les campagnes surgissent alors, sans crier gare, la violence s'invite, la rage palpite au milieu des solitudes. A trop rester esseulés, les êtres ont tendance à inviter la belle et traitresse imagination dans leur foyer, à leurs risques et périls. Même les visiteurs occasionnels planent tels des anges de l'apocalypse.

Dans ce roman atypique, chaque expression est travaillée, en relation avec la terre, les paysans. La psychologie affinée de ces deux bougres les rend attachants au-delà de leurs contradictions. Leur histoire nous porte plus loin qu'une simple intrigue policière, et nous parle de la vie et ses revers, de la vie et ses surprises, de la vie comme elle va, parfois, cahin-caha.

Ce que j'ai moins aimé : la fin, confuse et un peu précipitée, tout à coup tout se dénoue, alors que jusqu'ici les noeuds qui faisaient l'intérêt du roman étaient subtils et lentement amenés.

Bilan : un roman original.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

 

Dans la sélection du prix polar SNCF et il est possible ce mois-ci de le découvrir en format numérique ici  : https://e-livre.sncf.com/page/prix-polar-2017

 

Grossir le ciel, Franck Bouysse, Le livre de poche, 240 p., janvier 2016, 6.90 euros

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Les Editions Noir sur Blanc

Publié le par Hélène

Pour Un Mois un Editeur ce mois-ci nous parlons des Editions Noir sur Blanc

 

Leur présentation :

Bâtir des ponts entre Est et Ouest : une vocation de trente ans

Fondées en 1987 dans une Europe encore divisée par le rideau de fer, les Éditions Noir sur Blanc ont d’emblée l’ambition de créer des passerelles entre les cultures et les peuples.

Pour ce faire, elles ont à cœur de faire découvrir aux lecteurs francophones d’Europe occidentale la partie centrale et orientale de l’Europe à travers tous les aspects de la production éditoriale de pays à la culture foisonnante, en particulier la Pologne, mais aussi la Russie.

Romans et nouvelles symbolistes du début du XXe siècle, nouvelles satiriques des années 1930, récits contemporains, polars historiques, journaux intimes, mémoires de victimes et de dissidents, essais et biographies, livres de photographie… En trente ans d’existence, les Éditions Noir sur Blanc ont exploré l’âme russe et donné la parole à nombre de ses auteurs, exprimant toutes les sensibilités (Nina Berberova, Nicolas Bokov, Dmitri Bortnikov, Mikhaïl Chichkine, Oleg Pavlov, Roman Sentchine, Elena Tchijova, Boris Akounine…), mais aussi à des écrivains et photographes venus d’ailleurs et apportant un regard extérieur (Niels Ackermann, Giles Milton, Jacek Hugo-Bader, Owen Matthews, Dominique de Rivaz, Maurice Schobinger, Mariusz Wilk…).

2017, la Russie à l’honneur

Fidèles à nos buts initiaux, pour commémorer à notre manière la révolution russe et fêter nos trente ans, nous avons décidé de mettre la Russie à l’honneur en 2017.

Notre programme éditorial sera donc à l’image de cette vocation toujours d’actualité : une première traduction d’un romancier prometteur, Alexeï Nikitine (Victory Park, janvier 2017), une exploration de la vie quotidienne en URSS (février), le texte marquant dans l’histoire de la littérature russe de Nicolas Bokov, La Tête de Lénine, en mars, l’enquête photographique de Niels Ackermann, jeune photographe suisse installé en Ukraine, sur le devenir des statues soviétiques depuis la chute de l’URSS (Looking for Lenin, juin), et en septembre, le roman de l’écrivain tatare Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, devenu d’emblée un best-seller à sa parution en Russie en 2015…

2017, des festivités d’anniversaire

Alexeï Nikitine, Nicolas Bokov et Elena Balzamo aux Journées du livre russe, de nombreuses rencontres en librairie, des rendez-vous à ne pas manquer aux Salons du livre de Paris et de Genève mais aussi de grandes fêtes à Lausanne (au théâtre de Vidy le 3 avril) et à Paris le 22 juin… !

Les titres lus ici (cliquez sur les couvertures) :

♥ ♥ ♥

 « Est-ce Dieu qui veut ça, ou est-ce l’homme qui fait lui-même sa vie ? Comment la vie se déroule-t-elle ? » (p. 120)

 

  ♥ ♥ 

  "Sur ce fond lugubre, ces heures passées avec des souvenirs sur Proust, Delacroix, me semblent les heures les plus heureuses."

 

Abandonné en cours de lecture...

 

Ce mois ci j'ai commencé le mois avec

« La logique ne provoque que des nuits blanches »

 

J'aimerais également découvrir un titre de Sophie Divry, et pourquoi pas "Le dernier gardien de Ellis Island" dont j'ai beaucoup entendu parler...

 

A suivre...
 

Publié dans Divers

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Vacances !!

Publié le par Hélène

 

 

Publié dans Divers

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Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie AZOULAI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"On dit qu'il faut un an pour se remettre d'un chagrin d'amour. On dit aussi des tas d'autres choses dont la banalité finit par émousser la vérité."

Prix Médicis 2015

Titus a quitté Bérénice, préférant rester avec sa femme Roma. Bérénice décide alors de rejoindre son homonyme racinienne et plonge corps et âme dans les tragédies  et dans l'oeuvre de Racine. Pour se consoler, pour oublier. La vie du dramaturge défile alors de sa jeunesse à Port Royal à sa mort en passant par le faste de Versailles. L'homme prend forme peu à peu, au-delà du créateur de génie, c'est un homme différent qui apparait, tiraillé entre son éducation religieuse et son attirance pour les lumières.

"Parfois, à la nuit tombée, Jean est épuisé par cette ronde d'éclipses qui commence dès l'aube, cette alternance d'anneaux, où il doit faire entrer toute son âme et qui n'ont jamais la même diamètre, tantôt larges, confortables, tantôt étroits, jusqu'à l'étranglement. Tantôt clairs, tantôt obscurs. La gloire, l'ingratitude, la gloire, l'ingratitude, la gloire, ad nauseam..." p. 147

En étudiant son oeuvre centrée sur la passion et ses débordements, Bérénice espère peut-être comprendre ce qui l'a emportée et l'a laissée transie sur le rivage de la rupture.

"Si vous parvenez à saisir tout ce qui se passe dans l'annonce d'une séparation, vous êtes au coeur de la condition humaines, ses désirs, sa solitude. On peut disséquer la mort d'une âme sans verser une seule goutte de sang." p. 193

Mais :

"Vouloir comprendre ce qu'on appelle l'amour c'est vouloir attraper le vent" p. 288

Dans une langue travaillée, proche de la grâce, l'auteur livre un bel hommage à la littérature, à ces textes classiques essentiels, essentiels pour se sauver, pour pratiquer la catharsis, pour comprendre comment d'autres ont succombé aux passions ou s'en sont affranchis, pour s'échapper un temps d'une réalité trop lourde à porter, pour qu'un personnage nous aide à porter notre destin incertain à bout de bras... Elle évoque la littérature, comme consolation pour "quitter son temps, son époque, construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes." p. 20

Un texte magnifique !

 

Présentation de l'éditeur : P.O.L et Folio

Vous aimerez aussi : Phèdre de RACINE

 

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, folio, février 2016, 304 p., 7.70 euros

Merci à l'éditeur

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Cadres noirs de Pierre Lemaitre

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

 Alain Delambre, est un cadre de 57 ans au chômage depuis quatre ans. Ainsi quand un beau jour il est convoqué à un entretien d'embauche, il décide de mettre toutes les chances de son côté. Et pourtant, l'entretient d'embauche d'un nouveau genre répugne à sa femme : il s'agit de participer à un jeu de rôle sous la forme d'une prise d'otages... Sa dignité est en jeu, Alain n'hésite pas.

Toute la première partie du roman présente le point de vue de Alain, cet homme désoeuvré pour qui le travail représente une voie vers le bonheur après tant d'années à errer et à courir après l'argent. Trouver un travail est pour lui une chance salvatrice car cela lui permettrait de payer les traites, "des vacances, des sorties, des inscriptions à la fac, les voitures et la certitude que notre travail appliqué, résolu, nous fournissait la récompense à laquelle nous avions droit." p. 105

Cette nécessité est tellement prégnante qu'Alain bascule peu à peu, et lance une machine qu'il ne peut plus freiner. Hanté par un sentiment d'humiliation ou d'injustice, reclus dans une extrême solitude, armé, Alain n'a plus rien à perdre...

Au moment où le récit s'alourdissait sous le poids des actions d'Alain, l'auteur opère un choix de maitre en quittant son personnage alourdi pour choisir un nouveau point de vue. Et il cumule ensuite les renversements, les surprises, les manipulations, prenant un malin plaisir à surprendre son lecteur. Incidemment, il le mène à porter un regard neuf et désabusé sur notre société moderne régie par des logiques absurdes...

"L'autre jour, il m'est revenu un truc que Charles m'avait dit (lui, avec ses sentences...) : "Si tu veux tuer un homme, commence par lui donner ce qu'il espère le plus. Le plus souvent, ça suffit." p. 441

Ce que j'ai moins aimé :

- Une première partie un peu longue.

- Un style peu travaillé : "Ils ont dû, commente la note, se rencontrer dans une circonstance professionnelle, genre séminaire, salon, etc." p. 165

Bilan : Un roman policier diablement efficace !

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : Trois jours et une vie, Au revoir là-haut, Au revoir là-haut en BD

 

Cadres noirs, Pierre Lemaître, Le livre de poche, mars 2011, 448 p. , 7.60 euros

 

Merci à Pauline pour le prêt !

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La mort du roi Tsongor de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

                            

♥ ♥ ♥ 

"Il était comme un survivant stupide qui voit toute une génération d'hommes mourir et reste seul, hébété, au milieu d'un monde sans nom."

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massala, doit marier sa fille Samilia à Kouame, Aux côtés de son fidèle Katabolonga, le roi n'aspire qu'à du repos après avoir mené tant de campagnes sanguinaires laissant sur son chemin multitude de cadavres. Malheureusement, la paix va être de courte durée puisque surgit un ancien prétendant de Samilia et que le vieux roi doit à nouveau se heurter à des dilemnes inextricables. La guerre est à sa porte...

Faut-il honorer ses promesses même si pour ce faire une guerre va décimer famille et patrie ? Samilia et sa famille sont pris entre deux feux et le vieux Tsongor ne pourra guère les aider à résoudre ce cruel dilemne. Mais les personnages de cette tragédie sont des êtres faillibles, qui font des erreurs humaines qui coûtent des vies. La guerre semble inévitable, voulue par tous, même par ceux qui ont les moyens de la stopper. La nature humaine serait-elle foncièrement belliqueuse ? 

Marchant sur les traces de son père, Souba, le fils du roi Tsongor va être le seul à devenir plus humain, il va connaître la honte qui lui permettra d'accéder à l'humilité qui rend les hommes plus vrais.

« Souba, même s’il n’a pas compris le sens de cette route longue et difficile que son père lui a offerte en héritage, a obéi. Il a pressenti que la vie est un voyage, une longue errance jamais terminée. Cette route était sagesse et pauvreté matérielle qui seules, pouvaient le sauver. Ainsi Souba sans s’en apercevoir, a transformé sa vie en offrande et en don de soi. Contre toutes les apparences, il est le seul à avoir réussi." 

Porté par un souffle épique hors du commun, digne des plus grandes tragédies grecques, Laurent Gaudé fait montre en ces pages d'un talent extraordinaire pour nous parler de sacrifice, de fierté, de l'envie de vivre qui quelquefois supplante la raison, de fidélité, d'identité. 

 

Présentation de l'éditeur : Actes sud 

Vous aimerez aussi : Du même auteur :  Ouragan  Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège 

Autre : Antigone de Henry BAUCHAU

D'autres avis : LilibaKathel Val 

 

La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé, Actes Sud, Babel, janvier 2005, 6.60 euros

Merci à Sandra...

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Le Mrozek de poche de Slawomir MROZEK

Publié le par Hélène

« La logique ne provoque que des nuits blanches »

Ce format de poche renferme 38 des meilleures nouvelles de l'écrivain polonais. Ses écrits sont décalés, frôlant l'absurde pour mieux mettre en lumière les rouages d'un monde abandonné à lui-même.

Dans "L'artiste", un coq qui veut rentrer dans un cirque se fait passer pour un lion, car il refuse de n'être qu'un coq. De fait, il n'est pas pris et quand on lui demande pourquoi il n'a pas voulu jouer au lion le renard répond à sa place ""Est-ce que tu as déjà vu un artiste sans ambition ?" Il peut s'agir aussi de fables écolo amères comme dans "L'arbre" : un arbre doit être coupé car il représente un danger pour les voitures; Pourtant le narrateur tient à cet arbre et il décide alors de le prémunir contre les accidents en tirant sur les voitures qui s'approchent de lui. Face aux logiques absurdes et aux raisonnements officiels souvent injustifiés, l'auteur offre une logique tout aussi décalée.

Subrepticement, cela lui permet de critiquer le pouvoir en place, souvent aux prises avec des logiques tout sauf morales et humaines. Pour l'auteur, quoi qu'il en soit la logique semble bel et bien absente de ce monde. La représentation que l'être humain se fait du monde est basée sur son expérience, sur des pré-requis qui peuvent s'avérer totalement erronés dans un monde qui n'a plus ni sens ni logique ! De fait un certain cynisme pessimiste se dégage de ces textes.

 

Les textes sont illustrés par Chaval, misanthrope notoire et dessinateur de talent  qui s'accorde parfaitement à l'esprit de Mrozek !

 

Ce que j'ai moins aimé : Plus je plonge dans la littérature de l'est, moins je m'y reconnais... Question de goût...

Bilan : D'un cynisme éclairant pour celles et ceux qui sont sensibles à cet esprit slave.

 

Présentation de l'éditeur : Les Editions Noir sur blanc

D'autres avis : conseillé par Eva Bester

Sur l'auteur : http://blog.lefigaro.fr/theatre/2013/08/slawomir-mrozek.html

 

Le Mrozek de poche, un abécédaire inutile illustré par Chaval, Slawomir Mrozek, Les Editions Noir sur Blanc, 2009, 201 p., 10.15 euros

 

Un mois un éditeur est consacré ce mois-ci aux Editions Noir sur Blanc

 

 

Publié dans Littérature Europe

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L'étrangleur d'Edimbourg de Ian RANKIN

Publié le par Hélène

L'inspecteur John Rebus, personnage récurrent des romans de Ian Rankin apparaît ici pour la première fois. Il est confronté à un homme qui enlève les petites filles de 11 ans et craint pour la sécurité de sa propre fille Sammy, elle-même âgée de 11 ans. Dans l'ombre le journaliste Jim Stevens enquête lui aussi, cherchant des liens entre les milieux de la drogue que semblent fréquenter le frère de John Michael et l'inspecteur placé sous les feux des projecteurs par cette enquête. Rebus va également faire la connaissance de la jeune inspectrice chargée des relations avec la presse, Gill Templer. Il reçoit étrangement des messages anonymes mentionnant des noeuds, messages qui s'avèrent être en relation avec les disparitions.

Tous les éléments sont en place pour captiver le lecteur, et pourtant, je n'ai guère accroché à cette enquête que j'ai trouvée longue et fastidieuse. Il ne suffit pas de mettre les bons ingrédients pour réussir ...

Bilan : Je me suis ennuyée, je dois avouer ne pas avoir sympathisé avec cet inspecteur Rebus dont j'avais tant entendu parler...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

D'autres avis : Electra

 

Ce fut ma seule et unique participation au challenge "Kiltissime" consacré à l'Ecosse et organisé par Cryssilda et pour lequel pourtant j'avais toute une liste de lectures...

Publié dans Roman policier Europe

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Père et fils Intégrale de Erich OHSER

Publié le par Hélène

Fauve d'Angoulême 2016 Prix du patrimoine

Un père et son fils, aussi espiègles l'un que l'autre parcourt la vie avec désinvolture et bonheur dans cette bande dessinée muette, classique de la littérature jeunesse en Allemagne.

L'auteur est d'abord connu pour ses caricatures politiques puis pour ces aventures du père et du fils relevant de l'observation amusée du quotidien. A partir de 1935 la dimension critique et l'humour grinçant débordent, même s'ils restent cachés pour éviter la censure. Par exemple dans L'aventure au poisson rouge qui n'en était pas un, le poisson de plus en plus vorace finit par faire exploser le maison des protagonistes et peut être vu aussi comme une métaphore de la montée du nazisme qui, de petit parti sans importance, a crû jusqu'à détruire l'Allemagne. En 1937  les aventures de  Père et fils prennent une nouvelle tournure : grâce à un héritage les deux compères deviennent riches. Ils apprennent alors que l'argent ne fait pas le bonheur :  faute de savoir décortiquer un homard, le père et le fils quittent le château en colère et se retrouvent autour d'une simple saucisse dans la rue, comme au bon vieux temps. Enfin, dans la seconde série ils échouent sur une île déserte et vivent en Robinson.

L'auteur a sciemment renoncé à la parole pour insister sur la force des liens au-delà du langage, non verbalisables ce qui permet aussi de décupler la force des sentiments.

Une bande dessinée que l'on peut lire aussi bien comme des aventures désinvoltes que comme un manifeste politique d'un dessinateur devant écrire sous le nazisme...

Un petit bijou !

 

Ma bd de la semaine chez Mo cette semaine

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