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L'odeur du café de Dany LAFERRIERE

Publié le par Hélène

"Da boit son café. J'observe les fourmis. Le temps n'existe pas." p. 16

Le narrateur, petit garçon, évoque ses vacances passées à Petit-Goâve aux côtés de sa grand-mère, Da. Ses souvenirs d'enfance oscillent entre jeux entre camarades, discussions enflammées avec les voisins, maladies qui le clouent au lit, mais surtout observation avide de tout ce qui l'entoure et crée un univers qui résonnera à jamais par la suite dans son âme d'adulte.

"La mer
Je n’ai qu’à me tourner pour voir un soleil rouge plonger doucement dans la mer turquoise. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Je la vois scintiller entre les cocotiers, derrière les casernes.

La bicyclette rouge
Cet été encore, je n’aurai pas la bicyclette tant rêvée. La bicyclette rouge promise. Bien sûr, je n’aurais pas pu la monter à cause de mes vertiges, mais il n’y a rien de plus vivant qu’une bicyclette contre un mur. Une bicyclette rouge. "

L'auteur dit avoir écrit ce livre pour :

"Ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis.

Ni l'odeur de la terre.

Ni les pluies de Jamel.

Ni la mer derrière les cocotiers.

Ni le vent du soir.

Ni Vava, ce brûlant premier amour.

(...)

Mais j'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps : un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province."

"Je fuyais l’hiver montréalais en remontant le cours de ma mémoire jusqu’à la source chaude de mon enfance. Je quittais aussi le bruit et la fureur que génèrent les métropoles nord-américaines pour me réfugier, au pied de ma grand-mère, sur cette petite galerie de Petit-Goâve. Comme il m’était difficile, à l’époque, de songer à vivre en Haïti avec ma famille, je me suis arrêté à Miami. On a trouvé la maison, dans un quartier tranquille de la ville, devant laquelle j’ai tout de suite planté un bougainvillier. Puis j’ai posé ma machine à écrire en face de la fenêtre qui donne sur la cour. Je n’avais qu’à allonger le bras pour caresser les feuilles de l’arbre qui se trouvait dans l’embrasure de ma fenêtre et dont le vent dans les feuilles faisait une musique qui me berçait à l’heure de la sieste. C’est dans un moment pareil que surgit le visage à la fois doux et ridé de ma grand-mère qui me souriait et, tout à coup, un grand soleil illumina la pièce. C’est pour la garder plus longtemps avec moi que je me mis à écrire L’Odeur du café. Cette odeur s’était infiltrée dans tous les recoins de mon enfance. Chaque matin, à Miami, je partais faire le tour du petit lac, pas loin de chez moi, en tentant de ramener au retour quelques images lumineuses d’une époque magique. Je revenais parfois bredouille, d’autres fois avec une pêche miraculeuse. J’avançais par petites touches. Un matin j’essayais de faire remonter à la surface tout le bruit de la rue Lamarre un samedi matin. Quelques jours plus tard, je décrivais la maison, le 88, où je vivais avec ma grand-mère, quelques tantes et mon chien. Puis ce fut la galerie où nous passions le plus clair de notre temps. Cette galerie, je la connaissais bien. Je pouvais me rappeler tout ce monde si grouillant mais invisible aux yeux des adultes qui s’y agitait. Ma grand-mère buvait constamment du café. Comment restituer de tels moments en apparence si naïfs, mais plutôt complexes quand on y plonge ? J’ai décidé de ne plus chercher une forme particulière, mais de permettre à cette montagne de détails et d’émotions de trouver sa forme définitive. La réalité impose son style. Je me mets dans l’ambiance de mon enfance et j’essaie d’écrire sans faire attention aux mots. En fait, je n’écris pas, je peins. Tout en rêvant de l’art de ces peintres naïfs dont les tableaux aux traits parfois grossiers et aux couleurs chatoyantes dégagent une énergie si primitive qu’on oublie tout esprit critique pour vivre le moment. Pour ma part, je souhaite que le lecteur cesse de lire pour traverser la page et venir flâner dans les rues de Petit-Goâve. Je suis sûr que si ses pas l’amènent à la rue Lamarre, Da lui offrira une tasse de café pour fêter les vingt-cinq ans de L’Odeur du café, le roman de son petit-fils. Il me trouvera sur la galerie, toujours fasciné par l’agitation des fourmis. Le temps n’existe pas. Et l’éternité guette Da."Dany Laferrière

 

Hommage touchant à une enfance simple entourée d'amour, ces scènes de vie nous rappellent combien les souvenirs d'enfant sont précieux...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

D'autres avis : Repéré chez Yves ; Télérama ; Nadael  nous parle de la version jeunesse ; Papillon ;

 

L'odeur du café, Dany Laferrière, Zulma, mai 2016, 240 p., 9.95 euros

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Almanach d'un comté des sables de Aldo LEOPOLD

Publié le par Hélène

"A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ?" p. 192

Cet almanach est un classique des écrits sur la nature, ancêtre de l'écologie. L'auteur y évoque "les êtres sauvages" pour qui "la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision, et la possibilité de trouver une pasque est un droit aussi inaliénable que la liberté d'expression." (Préface)

Le livre est divisé en trois parties :

- "Almanach mois par mois" l'auteur réfugié dans sa cabane au fond des bois nous raconte son expérience personnelle de retraite et d'accord avec la nature dans sa ferme de la région des sables du Wisconsin. Il évoque l'observation des hôtes sauvages des lieux.

- "Quelques croquis" dans laquelle il raconte quelques épisodes qui montrent l'évolution de ce lieu.

- puis "En fin de compte" qui tient plus de l'essai écologique, doté de questions plus philosophiques, plus pointues.

Aldo Leopold est un auteur né dans le rêve pionnier, il a vu l'évolution de son territoire : peu à peu les grands espaces ont été parsemés de fermes puis de routes, d'autoroutes, réduisant la vie sauvage et provoquant la disparition de certaines espèces. et pourtant il insiste sur la nécessité de l'appartenance, sur l'obligation de s'insérer dans le monde et la nature, d'appartenir à une terre et non pas l'inverse. Pour s'inscrire dans le monde, l'observation et la perception tiennent un rôle central : qu'il s'agisse d'admirer la danse céleste des bécasses ou de lire la mémoire des arbres inscrite dans leurs troncs, ou encore de vouer un culte à Draba, la plus petite fleur du monde à observer, chaque expérience permet à l'être humain de faire corps avec la nature et le monde et de justifier sa place.

"Les soirs d’avril, quand le temps nous permet de nous asseoir dehors, nous prenons plaisir à écouter la conversation en cours dans le marais. Il y a de longs moments de silence où l’on n’entend plus que le vannage des bécassines, le hou-hou d’une chouette au loin ou le gloussement nasillard d’un foulque amoureux. Puis, tout à coup, un coin-coin strident retentit et, l’instant d’après, c’est une cacophonie de battements d’aileron frénétiques, de proues sombres propulsées par des pagaies barattant l’eau, toute une clameur montant des rangs de l’assistance de quelque véhémente controverse. Quelqu’un finit par avoir le dernier mot, et le vacarme se réduit progressivement jusqu’à ce bavardage à peine audible qui ne s’interrompt que rarement chez les oies."

Cette observation permet aussi une meilleure compréhension du monde et de son rythme : les oies sont par exemple indicatrice de saisons :

"Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache confuse tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été." p. 94

La terre est vue comme une communauté qui convient d''utiliser avec amour et respect. Il serait bénéfique qu'un peu plus de mépris soit ressenti pour la pléthore de biens matériels au profit d'un amour du monde plus profond : "Un tel déplacement de valeurs peut s'opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné à l'aune de ce qui est naturel, sauvage et libre." (Préface)

Un bel enseignement...

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Folfaerie ; Keisha

 

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, traduit de l'américain par Anna Gibson, préface de JMG Le Clézio, Illustrations de Charles W. Schwartz, Flammarion, 2000, 8 euros

Publié pour la première fois à titre posthume en 1949

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Pur de Antoine CHAINAS

Publié le par Hélène

"Ce ne sont pas les races ni les religions qui nous posent problème, mais la misère."

Tout commence par une sortie de route. Patrick Martin recouvre ses esprits après un accident de voiture qui a couté la vie à sa femme. Or les circonstances de l'accident restent vagues : ont-ils subi les tirs de deux arabes avec qui ils s'étaient disputés un peu plus tôt dans le voyage sur une aire d'autoroute ? Ont-ils été tué par "le tueur de l'autoroute" qui prend pour cible habituellement des arabes ? Se sont-ils violemment disputés ce qui aurait occasionné une sortie de route ? Dans ce monde aseptisé, les politiques s'empressent de récupérer l'accident pour créer un climat insurrectionnel propre à renforcer le rôle de la police judiciaire dans la ville.

Le point de vue des personnages alterne entre Durantal, flic obèse, Alice, jeune policière arriviste, Julien, jeune homme vivant dans l'ombre d'un père tyrannique, et Patrick, qui semble cacher des éléments.

Dans cette légère dystopie, les français vivent dans des résidences sécurisées, puisque la sécurité et l'ostracisme sont devenus des sujets de préoccupation essentiels. Chacun surveille son prochain par un système pointu de vidéosurveillance sur laquelle on peut se brancher en permanence chez soi pour encourager les dénonciations de ceux qui troubleraient cet ordre quasi totalitaire.

Un roman glaçant d'un monde perdu dans ses dérives...

Ce que j'ai moins aimé :

Je l'ai trouvé relativement long, doté de personnages peu attachants, assez froids. Le manque de lumière prégnant déshumanise et les personnages et l'intrigue.

Bilan : Un roman qui colle à l'actualité et est utile dans sa dimension politique, mais reste décevant dans sa dimension policière.

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

D'autres avis : Babélio ; Télérama

 

Ce roman appartient à la sélection du Prix SNCF du polar et il est accessible ce mois-ci en ligne en format numérique sur le site de la SNCF

Voici certains des autres titres :

Catégorie Roman :

Gravesend de William BOYLE

911 de Shannon BURKE

Catégorie Courts métrages :

Ici

Catégorie BD :

L'été Diabolik de Thierry Smolderen et Alexandre Clerisse

Watertown de Jean-Claude GOTTING

Chaos debout à Kinshasa de Thierry Bellefroid et Barly BERUTI

 

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Dojnaa de Galsan TSCHINAG

Publié le par Hélène

Dojnaa est la fille d'un lutteur de légende, jeune femme fière, solide et bien campée dans ce monde âpre des terres du Haut-Altaï en Mongolie.

"Elle était encore un jeune tremble verdoyant, portant une pousse, son enfant. Ses racines tenaient encore bon, résistant aux tempêtes sur le sol de la vie ; pleine de sève, elle s'élevait bien droite au milieu de la forêt des hommes. Quand viendrait la vieillesse, il se pourrait bien qu'elle devienne un temir terek, un tremble d'acier, comme dans les légendes ; elle en était sûre."

Mariée un peu par hasard à un homme qu'elle ne connait pas, sa vie de couple lui semble dans un premier temps "convenable et finalement même supportable." Mais peu à peu l'alcool et la violence s'invitent dans sa yourte et son mari finit par quitter le domicile conjugal.  Dojnaa doit alors puiser dans ses racines pour lutter seule pour élever ses enfants et leur fournir l'essentiel.

Dojnaa incarne un peuple puissant, instinctif, un peuple libre qui arpente les steppes mongoliennes en chantant la beauté du monde, un peuple voué à disparaitre happé par la civilisation tentaculaire.

"Pas le moindre souffle de vent, l'air était clair comme le gel. Le monde semblait en éveil. Les lointains se rapprochaient à mesure que le soleil s'élevait vers la voûte céleste et flamboyait de tous ses feux. On aurait dit que les confins de la terre étaient tout retournés, on en distinguait chaque détail. Il en allait de même dans le coeur de Dojnaa. Paix et lumière y régnaient."

A travers ce magnifique portrait de femme, Galsan Tschinag nous donne à voir un monde teinté de spiritualité et de chamanisme, un monde bien plus ancré dans la réalité qu'il n'y parait. Un monde qui ploie sous les appels de la modernisation mais ne rompt pas...

 

Du même auteur : Ciel bleu  ; Chaman 

Présentation de l'éditeur : Editions Philippe Picquier

 

Dojnaa, Galsan Tschinag, roman traduit de l'allemand par Dominique Petit et Françoise Toraille, Picquier poche, 2006, 187 p., 6.50 euros

 

Un mois, un éditeur est consacré aux Editions Philippe Picquier ce mois-ci

http://yspaddaden.com/lire-le-monde/

 

Publié dans Littérature Asie

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Tu ne perds rien pour attendre de Janis OTSIEMI

Publié le par Hélène

Jean-Marc est devenu policier dans le but de rendre une justice qu'il juge essentiel. Il a perdu sa mère et sa soeur dans un accident de voiture et il espère aussi, un jour, pouvoir envoyer le chauffard, fils d'un ministre, sous les verrous.

En attendant, il arpente les rues de Libreville et traque les petits malfrats et les grands bandits. Un soir il ramène une jeune fille mystérieuse à son domicile pour lui éviter les mauvaises rencontres. Le lendemain, quand il s'enquiert de la jeune fille à son domicile, il lui est répondu que la jeune fille est morte assassinée deux ans plus tôt. Jean-Marc aurait donc rencontré son fantôme ? Pourquoi lui est-elle apparue précisément à lui ? Jean-Marc décide d'enquêter sur cette morte qui lui a envoyé comme un appel à l'aide en se faisant connaitre à lui au-delà des limbes de la mort.

Dans les romans de Janis Otsiemi, le contraste est marqué entre les puissants qui dirigent la ville avec violence, corruption et malversations, et les plus pauvres, qui s'oublient dans l'alcool et les femmes pour supporter une atmosphère misérable. Là encore, les politiques et les puissants agissent dans l'ombre, jonchant le bord des routes de cadavres de jeunes filles qui auront juste eu le malheur d'être présentes au mauvais moment au mauvais endroit.

Ce que j'ai moins aimé :

J'avais beaucoup apprécié dans les précédents romans de l'auteur les expressions gabonaises qui émaillaient le récit et lui apporter son originalité et son pittoresque. La langue était davantage travaillée qu'ici, où l'intrigue prend le dessus, mais est également rapidement expédiée. En effet, certaines pistes ne sont guère exploitées : la mort de la mère et la soeur disparait du paysage, elle n'est plus mentionnée par la suite, on peut supposer que cela sera le cas dans des prochaines aventures mettant en scène Jean-Marc. De plus, les personnages apparaissent relativement fades, sans contours.

Bilan : A trop vouloir aborder des sujets divers, j'ai eu l'impression que l'auteur se perdait sans réellement en approfondir aucun et perdait en route sa verve langagière... C'est dommage.

 

J'ai eu la chance de rencontrer l'auteur lors d'une rencontre organisée par Babélio, j'en parle ICI.

Du même auteur La bouche qui mange ne parle pas    ;  African Tabloid  ♥ ; Le chasseur de lucioles  

 

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Rencontre Babélio avec Janis Otsiemi

Publié le par Hélène

Jeudi dernier, Babélio organisait une rencontre avec Janis Otsiemi à l'occasion de la sortie de son nouveau roman Tu ne perds rien pour attendre dans le tout récent label de Plon : Sang Neuf dirigé par Marc Fernandez qui souligne "Nous en sommes sûrs, pour comprendre la société actuelle, il faut lire noir."

Voici de quoi il a été question :

La superstition en Afrique :

En Afrique, la frontière entre le réel et l'irréel est tangente, il est tout à fait courant d'entendre des histoires comme celle du fantôme pris en stop par Jean-Marc. Ce sont des histoires qui existent, des faits divers, des fantasmes, des rumeurs.

Le personnage de Jean-Marc :

Je voulais un personnage nouveau qui soit dans la justice mais rebuté par les pratiques du pays. En Afrique la notion de mérite n'existe pas en tant que telle. Il faut avoir des fétiches, des marabouts pour réussir. Par exemple si votre fils va passer le bac et a des difficultés en cours, vous ne faites pas appel à un professeur particulier, vous prenez le bic et les cahiers et vous vous rendez chez le marabout. Ainsi, l'esprit de l'ancêtre viendra habiter l'élève et écrira à sa place le jour du bac.

Au début je voulais choisir un journaliste mais ce n'était pas possible le journalisme n'est pas objectif là-bas, soit il dépend du pouvoir, soit de l'opposition.

Les femmes :

Un bon gabonais a toujours un deuxième ou troisième bureau, plusieurs femmes.

L'intrigue :

Les corses : L'histoire banale est un prétexte pour dénoncer. Les corses sont très présents au Gabon, ils sont dans les jeux, les machines à sous. Moi-même je travaille dans l'aviation d'affaires et mon chef est un corse -qui n'a pas encore lu le roman, je ne sais pas s'il va me garder après l'avoir lu !- Le Gabon est la deuxième patrie des corses.

Les jeux : Les gabonais jouent beaucoup. Dans leur extrême misère, ils espèrent gagner des millions, surtout les retraités. C'est une machine à lessiver les gens.

La drogue : l'ancienne route de la drogue passait par le Sahel mais avec le terrorisme, ils ne peuvent plus passer par là, ils passent par chez nous car de plus le régime est facilement corruptible.

Mon rapport avec la langue :

L'africain a un rapport particulier avec la langue française  : c'est une langue que nous avons reçu en héritage, ce n'est pas une langue nationale nous avons plusieurs dialectes en fonction des ethnies. Le français est alors devenu langue nationale. Mais le problème étant que avec ses relents gaulois cette langue française ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Je triture le français, c'est une espèce de vengeance contre les colonisateurs, nous nous approprions leur propre langue. Par exemple motamoter signifie apprendre par coeur ou encore la sans-confiance est une babouche chinoise en qui on ne peut pas avoir confiance car elle peut vous lâcher à tout moment.

Notre langue est pleine de richesses, elle traduit notre vécu, notre réalité. Ce n'est pas pour paraitre exotique mais c'est MA langue.

Dans cet opus, mon travail sur le style est plus classique. En effet, j'ai été touché par les critiques qui me reprochaient auparavant une intrigue un peu faible. J'ai voulu privilégier l'intrigue cette fois-ci.

Libreville :

A Libreville le front de mer est beau, mais c'est l'intérieur qui m'intéresse, quelques encablures plus loin on rencontre le peuple de l'intérieur, qui vit dans la précarité et la misère. Personnellement j'habite les Etats-Unis d'Akébé, un quartier populaire.

Comment tout a démarré :

Mes copains ont dit que j'écrivais comme un bourgeois, mes amis m'ont demandé d'écrire quelque chose dans lequel ils pourraient se reconnaitre.

Le polar africain :

Le polar africain est calqué souvent sur le mode occidental avec des médecins légistes qui pourtant n'existent pas chez nous. je voulais un roman réaliste. Ce n'est pas la réalité à 100 % mais MA réalité, nourrie de mon imaginaire, de ma manière de voir les choses.

La prise de pouvoir de Bongo :

C'était difficile on se planquait tous... A cause de la susceptibilité de certains politiques africains, je m'autocensure. Je n'ai pas peur mais je protège aussi ma famille.

Par exemple un article est sorti dans le Point intitulé "Gabon maudit" qui a eu des conséquences, on m'a accusé de véhiculer une mauvaise image du Gabon. J'ai répondu que je n'étais pas fonctionnaire du tourisme.

Je crains des réprésailles, pour l'instant je ne suis pas inquiété par contre j'ai des pressions extérieures des voisins des collègues j'essaie de garder mon indépendance, je dis tout de même les choses.

Le rapport avec les services de la police ?

Pour les observer, je débarque dans leur commissariat et j'invente un histoire, je dis que mon frère a disparu, on m'envoie au sous-sol voir un enquêteur qui me laisse dans un coin le temps de régler d'autres affaires. L'enquêteur a encore une machine à écrire du temps de De Gaulle, il est là, il fait son truc, et j'observe.

Les bars

En Afrique, le Gabon et le Cameroun sont les pays où l'on consomme le plus d'alcool. mais on boit pour se saouler, non par goût comme en France. Par exemple le whisky frelaté marche bien chez nous.

L'édition au Gabon ?

Il existe quelques maisons d'édition à compte d'auteurs, mais cela reste rare. De même, il y a peu de librairies, il n'y a pas de réseau de distribution. Les librairies sont souvent des librairies scolaires, si je voulais diffuser mon livre là-bas je devrais le commander à perte en France. De fait pour être connu là-bas, un auteur doit être "blanchi" passé par la France. En plus le livre est cher, il n'y a pas de culture du livre.

Quand j'étais petit, je lisais des romans à l'eau de rose car j'avais neuf soeurs. Puis j'ai découvert "Le lac" de Lamartine et j'ai eu une révélation, j'ai appris à écrire en recopiant des pages de Balzac. La littérature m'a sauvé. Sans elle je serais peut-être devenu délinquant, bandit, dans les quartiers où j'ai grandi tout est fait pour que tu ailles dans le mur.

Mon parcours dans l'édition tient à une question de rencontres : j'avais publié un petit livre à compte d'auteur  et j'avais un blog de littérature africaine. Jigal a lu mon livre, m'a contacté et m'a demandé un manuscrit.

Ma vie là-bas :

Pour le moment j'ai fait le choix de rester au pays. Et puis "l'Afrique est un polar à ciel ouvert" Des histoires dingues nous arrivent en Afrique, si ton voisin meurt on peut t'accuser de l'avoir assassiné ! Pour moi c'est de la matière, c'est un filon en or.
 

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Une femme au téléphone de Carole FIVES

Publié le par Hélène

Charlène 62 ans est une mère qui trompe sa solitude en passant des appels à sa fille. Appels tour à tour enjoués, culpabilisants, désespérés ou excessifs. Pour cette femme cancéreuse, bipolaire à ses heures, ces appels sont le moyen de se raconter, de se livrer, de partager ses aventures liées à ses rencontres sur des sites de rencontre, de parler de son quotidien entre grisaille et rose bonbon.

"Meetic ? Ah non j'ai arrêté, c'est toujours les mêmes têtes. Ceux qui vont sur Meetic, c'est comme ceux qui vont chez Ikea, ils cherchent des choses standard. Et moi je suis pas standard." p. 15

Après sa visite chez un psy, elle commente : "Elle m'a dit tout ce que mon père m'avait fait, enfin, elle savait tout. C'était très dur, je suis complètement détruite. Maintenant, y a plus qu'à reconstruire. Un nouveau départ. Le problème c'est que le prochain rendez-vous c'est pas avant septembre. Dans deux mois. Je les passe comment juillet-août moi ? Je me colle un panneau "en chantier" ? " p. 44

Elle en profite pour insidieusement envoyer des piques à sa fille, dans une demande constante d'attention, d'amour conjuguée à une toxicité inébranlable.

"Comment ça, on ne fait pas des enfants pour les garder pour soi ? Ce sont des phrases toutes faites ça, qu'on dit quand on n'a pas de coeur. La vérité c'est qu'on fait les enfants pour soi, sinon c'est trop égoïste." p. 76

Au détour de ses critiques, elle distille toutefois des conseils avisés :

"Des disputes ? Mais il faut faire des efforts pour garder un homme voyons, ça ne va pas de soi. Mets-toi à la place de ce pauvre garçon, tu ne repasses pas, tu ne cuisines pas, tu vis dans un foutoir monstrueux, quel avantage a-t-il à vivre avec toi ? Maintenant que vous attendez cet enfant, tu ne peux plus tout envoyer bouler comme avant. Il faut mettre de l'eau dans son vin, bien sûr la vie à deux ce n'est pas toujours drôle, on préfèrerait rester seule bien tranquille, profiter de sa maison, manger une connerie quand on en a envie, regarder le programme qu'on préfère à la télé... Le couple, c'est dur, mais il faut s'accrocher, pour ne pas finir toute seule." p. 83

A travers ce portrait Carole Fives nous offre un texte drôle, intelligent, jubilatoire et profond à la fois, une vraie réussite !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur :Quand nous serons heureux ; C'est dimanche et je n'y suis pour rien

D'autres avis : Télérama

 

Une femme au téléphone, Carole Fives, L'arbalète Gallimard, janvier 2017, 112 p., 14 euros

 

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Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES

Publié le par Hélène

Pico Bogue est un petit garçon très attachant, espiègle et intelligent. Grâce à de courtes saynètes d'une demi-page, nous découvrons son quotidien entre ses parents, sa soeur et ses copains. Les dialogues sont enlevés, qu'il s'agisse de discussions avec sa soeur Ana-Ana, avec ses parents ou avec le marchand de bonbons, Pico Bogue a un sens très développé de la répartie, au grand damne de ses parents !

"- Je vais faire un tour en vélo maman !
- Ne passe pas par la rue de Létan !
- Pourquoi?
- Elle est déserte. Tu risques d'y faire de mauvaises rencontres.
- Si c'est désert, je risque pas d'y faire de rencontres du tout.
- Je te demande quand même de ne pas passer par cette rue.
- Mais c'est pas logique, s'il n'y a personne...
- Oh ! Tu veux toujours avoir raison. C'est fatiguant à la fin. "

Les situations peuvent être tout à fait absurdes, voire philosophiques et l'acuité d'observation de Pico Bogue embellit son quotidien.

Un héros de bande dessinée prêt à s'installer dans l'éternité artistique aux côtés des Mafalda et confrères !

Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES
Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES
Pico Bogue Tome 1 La vie et moi de Alexis DORMAL et Dominique ROQUES

Présentation de l'éditeur : Dargaud

Et la bonne nouvelle est qu'à l'heure actuelle il y a 9 tomes !

Merci Enna chez qui j'ai repéré l'album !

C'était ma Bd de la semaine accueillie par Stephie

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Printemps des poètes - Jim Harrison

Publié le par Hélène

Crépuscule

 

Pour la première fois

là, dans le très lointain

il vit son crépuscule

développer la verte colline

où naissent trois rivières,

glisser en bas vers lui

d'arbre en arbre jusqu'au

maris aux myrtilles où il cessa,

il dit pars, pas maintenant,

pas pour cette heure encore.

 

Tiré du recueil L'éclipse de lune de Davenport de Jim Harrison.

Publié dans Poésie étrangère

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Elles sont parties pour le nord de Patrick LECOMTE

Publié le par Hélène

1917 la petite Wilma 11 ans vit dans une cabane avec son père trappeur dans le Grand nord canadien. Un jour, de retour d'une expédition dans la ville, son père lui ramène un livre qui va changer sa vie Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède. La jeune fille, proche de la nature s'intéresse alors de plus près aux grues blanches qu'elle observe d'un promontoire près de la cabane. Elle aperçoit alors celle qu'elle prénommera Akka, une grue boiteuse qu'elle retrouvera saisons après saisons. Mais les années passant, Wilma comprend que cette espèce à laquelle elle est tant attachée est en voie de disparition. Elle décide alors de lutter pour la préservation de l'espèce.

Ce récit s'inspire de la véritable histoire du déclin de la grue blanche d'Amérique, il suit les différentes grandes étapes de la conservation. Aujourd'hui la situation s'est améliorée mais la menace rôde encore dans l'ombre car il n'en reste que 300.

https://www.registrelep-sararegistry.gc.ca/

Ce que j'ai moins aimé :

Il manque un souffle romanesque à l'histoire : le début était prometteur dans le grand froid canadien, puis les grandes étapes de la préservation prennent le devant de la scène au détriment de l'histoire de la jeune fille. Les sauts temporels annihilent toute tentative pour rentrer dans l'histoire car au moment où l'on s'attache au personnage et aux lieux, l'ellipse temporelle nous amène des années plus tard.

Bilan : Un premier roman qui reste prometteur malgré ses maladresses.

 

Présentation de l'éditeur : Préludes

D'autres avis : Babelio

 

Elles sont parties pour le nord, Patrick Lecomte, Préludes, mars 2016, 288 pages, 14.30 euros

 

Merci à l'éditeur.

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