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Les survivants de Jane HARPER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Kieran revient de Sidney pour passer la basse saison dans sa ville natale Evelyn Bay, station balnéaire de Tasmanie. Il est accompagné de sa petite amie Mia et de leur fille Audrey. Il retrouve ses racines, ses amis, mais aussi les souvenirs douloureux : douze ans plus tôt il a perdu son frère dans une tragédie qui a secoué toute la communauté de la ville. De plus ce même jour, une jeune fille a disparu et n'est jamais reparue.

Aussi quand le cadavre d'une jeune femme est retrouvé sur la plage, des échos funestes se font entendre. Y aurait-il un rapport entre les deux drames ?

L'atmosphère de cette plage australienne est très bien rendue, les falaises, les grottes et ces statues de granit nommées les survivants sont un décor idéal que l'auteure donne à voir et ressentir.

L'intrigue est plus lente, moins prenante, avançant par à coups et sa résolution est assez alambiquée, somme toute décevante.

Bilan :

Une lecture divertissante à l'atmosphère envoûtante, mais plus faible pour moi que les précédents romans de l'auteur.

 

Présentation de l'éditeur : Calmann Lévy

Du même auteur : Sauvage ♥ ♥  ; Canicule ♥ ♥ ♥ : Lost man ♥ ♥ ♥ 

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Kafka sur le rivage de Haruki MURAKAMI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

« Dans la vie tout est métaphorique »

Hanté par une prédiction oedipienne, le jeune Tamura, quinze ans, fugue loin de son père. Il se réfugie dans une bibliothèque où il rencontre Oshima qui devient alors son guide. Parallèlement, un vieil homme étrange converse avec des chats...

Ce résumé succinct ne peut aucunement rendre compte de la complexité et de l'ampleur de ce roman qui aborde des pistes variées, emportant son lecteur dans un monde riche extraordinaire. Il nous interroge sur le destin, sur l'identité, le pouvoir de l'imagination, la tolérance...

“Parfois, le destin ressemble à une tempête de sable qui se déplace sans cesse. Tu modifies ton allure pour lui échapper. Mais la tempête modifie aussi la sienne. Tu changes à nouveau le rythme de ta marche, et la tempête change son rythme elle aussi. C'est sans fin, cela se répète un nombre incalculable de fois, comme une danse macabre avec le dieu de la Mort, juste avant l'aube. Pourquoi ? parce que la tempête n'est pas un phénomène venu d'ailleurs sans aucun lien avec toi. Elle est toi même et rien d'autre. Elle vient de l'intérieur de toi. Alors la seule chose que tu puisses faire, c'est pénétrer délibérément dedans, fermer les yeux et te boucher les oreilles afin d'empêcher le sable d'y entrer, et la traverser pas à pas. Au coeur de cette tempête, il n'y a pas de soleil, il n'y a pas de lune, pas de repère dans l'espace ; par moments, même, le temps n'existe plus. Il n'y a que du sable blanc et fin comme des os broyés qui tourbillonne haut dans le ciel. Voilà la tempête de sable que tu dois imaginer.” P8

Il nous parle de nous, il nous parle du monde, il nous parle des autres, pour finalement évoquer le sens de la vie.

« Moi, je recherche une force capable d’absorber les pressions de l’extérieur et qui me permette de les supporter. » dira le narrateur.

« Et c’est à force de s’impliquer comme ça dans de petites choses que tout prend sens naturellement. Plus tu entres en rapport avec les choses, plus tu prends conscience de leur sens. »

Il plonge ses racines dans la culture qu'elle soit japonaise, française, grecque. Il prouve combien l'art est universel et souple face aux multiples facettes de la réalité, combien il peut parler aux âmes des lecteurs qui construit alors sa propre interprétation du roman et du monde.

« Nous perdons tous sans cesse des choses qui nous sont précieuses... des occasions précieuses, des possibilités, des sentiments qu'on ne pourra pas retrouver. C'est cela aussi vivre. Mais à l'intérieur de notre esprit - je crois que c'est à l'intérieur de notre esprit - il y a une petite pièce dans laquelle nous stockons le souvenir de toutes ces occasions perdues. Une pièce avec des rayonnages, comme dans cette bibliothèque, j'imagine. Et il faut que nous fabriquions un index, avec des cartes de références, pour connaitre précisément ce qu'il y a dans nos cœurs. Il faut aussi balayer cette pièce, l'aérer, changer l'eau des fleurs. En d'autres termes, tu devras vivre dans ta propre bibliothèque. "

Un grand roman !

 

Présentation de l'éditeur : 10/18

Du même auteur :  Autoportrait de l'auteur en coureur de fond ♥ ♥ ♥ 1Q84 1 ♥  ; 1Q84 livre 2 

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Chroniques de Tahiti tome 1 L'arbre à pain de Célestine HITIURA VAITE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Alors qu'il est rentré ivre, le compagnon de Materena l'a demandé en mariage. Même s'il n'en a plus reparlé par la suite, Materena commence à planifier ce mariage, achetant même un lit qui devrait être son cadeau de mariage.

Ce mariage est l'occasion de dresser la chronique d'une famille polynésienne des quartiers populaires de Tahiti. Grâce à ce texte atypique, l'immersion est totale et dépaysante.

Ce que j'ai moins aimé :

Il faut se laisser porter par ces petites anecdotes détachées les unes des autres, reflet de la vie quotidienne des polynésiens, entre discussion avec une cousine que l'on croise, un mari qui se laisse aller à la paresse, un congélateur qui tombe en panne...

Bilan :

Ce petit roman est frais et original. Il est le premier d'une série de trois romans

 

Présentation de l'éditeur : Au vent des îles ; 10/18

Publié dans Littérature Océanie

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Le voyage d'Octavio de Miguel BONNEFOY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Octavio est un analphabète vénézuélien qui fait partie d'une bande de brigands. La belle Vénézuela entreprend de lui apprendre à lire et écrire et un nouvel univers s'offre à lui. Mais  les évènements risquent de les éloigner quand Octavio débute un grand voyage.

Ce premier roman de Miguel Bonnefoy à l'univers si particulier est agrémenté de personnages mythiques au charme indéniable. A la fois conte, récit de voyage, aventures poétiques, son lyrisme nous emporte vers des rivages enchantés. 

"Sa peau prit une couleur de sable, comme si on l'avait taillée dans un bloc de quartz. Aux hommes, il ne racontait jamais son histoire. Il évitait la compagnie des bavards, préférant celle des perdrix et des ramiers, dans l'ombre vaste des samanes. A l'aube, il marchait dans les rues en quête d'un bonheur. AU crépuscule, il se trainait jusqu'à un abri que la charité lui avait offert. Il avait cette attitude recueillie, désœuvrée. La nuit, il ne rêvait pas."

"La terre était noire, lourde, grasse. Des hectares entiers séchaient au vent, fertiles et épais, que personne ne cultivait. Octavio y lisait là l’oiseau à la trace de ses pattes, la souris à ses débris, la mule à l’empreinte du sabot. Il voyait le sillon d’herbes que laissait le cheval dans sa marche du pré à l’écurie. Plus loin, entre les pins, des fougères étaient couchées par des couples pendant l’amour, des prénoms gravés sur l’écorce des hêtres et des arbres à pluie, aux coupes vastes et étranges, peignaient leurs ombres sur les pâturages. Effacés par le vent, des dessins sur le sable faisaient comme un retour aux premiers gestes, à l’encoche taillée, à la corde nouée. Un retour à un monde où l’on désignait les choses en les pointant du doigt et où l’on comptait les heures au déplacement de la lumière."

Ce premier roman a remporté de nombreux prix, parmi lesquels le prix de la Vocation et le prix Fénéon.

 

Présentation de l'éditeur : Rivages poche

Du même auteur : Sucre noir ♥ ♥ ♥ ♥ ; Héritage ♥ ♥ ♥

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Conférence avec Scholastique MUKASONGA

Publié le par Hélène

Hier avait lieu une conférence avec Scholastique Mukasonga au centre des arts d'Enghien les Bains, avec la médiathèque George Sand d'Enghien 

Envahie par l'émotion, l'auteure a répondu aux questions avec le souffle court, comme si les mots ne pouvaient pas aller jusqu'au bout du souffle, comme si la suffocation créée par ce génocide l'empêchait de s'exprimer. L'écrit a sans doute permis de dire ce que la parole n'autorisait pas...

LES VOIX MULTIPLES DU RWANDA


Scholastique Mukasonga est née en 1956 au sud-ouest du Rwanda, dans la province de Gikongoro. En 1960, sa famille est déportée, avec d’autres Tutsi. Elle réussit à survivre en dépit des persécutions et des massacres à répétition. En 1973, elle part en exil au Burundi. Elle achève ses études d’assistante sociale et travaille pour l’UNICEF.

Animé par Pierre Edouard Peillon

 

Pouvez-vous nous présenter Notre Dame du Nil et Kibogo est monté au ciel ?

J'ai  écrit mon premier roman Notre Dame du Nil parce que j'avais une histoire à raconter, plus douloureuse que ce que ce que j'ai vécu. Cette histoire est inspirée de de ma propre expérience, j'ai créé ces personnages pour me décharger de cette histoire.

Kibogo se passe dans les années 40 que je n'ai pas connues. Je suis partie en quête du passé, j'ai consulté pour ce faire le livre du père Pagès et celui du père Delmas. J'ai alors découvert l'histoire de Kibogo déjà racontée par ma mère dans mon enfance. Il s'est sacrifié pour sauver son peuple de la sécheresse. Au Rwanda, à cette époque, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population. Souvent, ces baptêmes à la chaîne, pour beaucoup opportunistes, aboutirent à un syncrétisme qui constituait une forme de résistance. Le roman s'attache à montrer de façon satirique cette jonction difficile entre la culture ancestrale et l'évangélisation imposée.

 

Pourquoi ce passage de l'autobiographie à la fiction avec Notre Dame du Nil ?

Au départ je ne voulais écrire qu'un livre Inyenzi ou les Cafards,

Il s'agissait d'un devoir de mémoire, j'avais été choisie pour être la mémoire. Le drame du génocide est que l'on a des morts sans corps et sans sépulture. Inyenzi était un tombeau de papier, un lieu où je mettrai les miens. Je ne pensais pas écrire autre chose, j'écrivais juste pour sauver la mémoire, j'étais survivante, c'était comme un devoir.

J'ai souhaité publier à nouveau pour recruter d'autres gardiens de la mémoire. Vous, les lecteurs. L'écriture et les rencontres avec les lecteurs m'ont soulagée, il n'existe pas d'autre thérapie possible.

Après La femme aux pieds nus, hommage à ma mère, j'ai repris des forces, je revivais, parce que c'était un récit tendre, que j'ai écrit avec plaisir. Après je ne pouvais pas ne pas écrire.

Dans Inyenzi il y avait des passages que je n'avais pas pu écrire, dans Iguifou mon recueil de nouvelles, la première nouvelle est autobiographique, je ne pouvais pas parler de cette petite dans Inyenzi, j'en ai parlé dans la nouvelle.

Je voulais ensuite écrire un roman qui ne serait pas moi.

AInsi j'ai atteint la résilience.
 

Pourquoi ce choix du pensionnat dans Notre Dame du Nil ?

Ce pensionnat est comme un microcosme de tout le Rwanda, de tout ce qui va l'embraser. J'ai pris ce lycée pour montrer la préparation du génocide, ce huis clos montre que ce n'étaient pas des massacres mais un génocide, pas de la folie, mais un crime préparé.

 

Quelle est l'origine de votre nom ?

Au Rwanda, chaque nom a une signification. Le prénom n'a pas de sens, il est choisi pas le prêtre, mais le nom est donné par le père. Il y a un message dans le nom.

Maman a déjà eu une fille. Or les filles sont souhaitables au Rwanda pour l'ainée et la cadette : l’ainée parce qu'elle va seconder la mère, la cadette comme bâton de vieillesse. Alors Mukasonga veut dire "encore une fille", c'est un reproche à ma mère. Mais j'ai transformé mon nom avec tout ce que j'ai fait, cela signifie maintenant culminant, "muka" c'est "la femme de" et "songa" c'est "le point culminant  la haute colline", je ne suis plus la fille de trop mais celle qui a accompli sa mission.

 

Est-ce que vous vous imposez l'humour dans vos livres ?

L'humour fait partie de la tradition rwandaise, c'est l'élégance rwandaise. Les choses graves passent plus facilement surtout avec une histoire aussi lourde. Le lecteur saisit mieux le message.

De plus quand j'ai voulu publier, j'ai dû retravailler mes manuscrits, or quand on écrit sur le génocide on se doit de préserver les lecteurs pour qu'ils ne souffrent pas, C'est pour ça que dans chacun de mes livres il y a des plages de répit, de plaisir, par exemple j'inclus des recettes de cuisine.

 

Voyez-vous une embellie dans les relations franco rwandaises ?

Pendant longtemps il n'y a pas eu d'ambassadeur français au Rwanda, or il vient d'être nommé, c'est plutôt bon signe.

De plus le déplacement de notre président Emmanuel Macron le 27 mai 2021 était attendu depuis 27 ans. Sarkozy est venu en 2010, il a parlé d'"aveuglement", un mot peu clair pour nous. Mais cette fois-ci Macron a initié une commission pour chercher la vérité de ce qui s'est passé au Rwanda durant la présence de la France au Rwanda. Lors de son discours, il a dit "je viens reconnaitre les responsabilités accablantes et lourdes de la France pendant le génocide des tutsis au Rwanda". Il a dit utiliser le mot "nuit", il a dit "Seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent nous faire le don du pardon". Il a dit "Ibuka"  (souviens toi) puis  il a dit "Diibuka" (je me souviens), ça veut dire qu’il était là avec nous, c’est un bon début.

Maintenant nous attendons les actes, nous avons besoin de la communauté internationale. Il a inauguré le nouveau centre culturel francophone pour les trois pays des grands lacs, je suis française et rwandaise, je voudrais que ces eux pays se donnent la main.

Les rwandais attendent que la justice puisse se suivre aussi.

 

Que pense la jeunesse de ces rapports franco-rwandais ?

La jeunesse veut que la justice fasse le travail contre les génocidaires. Sans rancœur. Si la France avait réagi en 1994 il n'y aurait pas eu de génocide, des massacres sans doute mais pas de génocide. Nous ne sommes pas rancuniers, les jeunes veulent que la vérité soit dite et que les actes soient posés.

 

A lire : L'iguifou ♥ ♥ ♥ ♥ ; Notre-Dame du Nil ♥ ♥ ♥ ; Un si beau diplôme ♥ ♥ 

Publié dans Littérature Afrique

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Déception et abandon du mois

Publié le par Hélène

Un manoir en Cornouailles de Eve CHASE

Pitch :

Cornouailles, 1968. Pencraw, un grandiose manoir en ruine dans lequel les Alton élisent domicile l’été. Le temps semble s’y être arrêté et défile sans encombre. Jusqu’au drame qui vient bouleverser leurs vies et arrêter le temps à jamais.Cinquante ans plus tard, avec son fiancé Jon, Lorna roule à la recherche du manoir des Lapins noirs, cette maison où elle a séjourné enfant. Elle rêve d’y célébrer son mariage. Tout dans cette vieille demeure l’appelle et l’attire. Mais faut-il vraiment déterrer les sombres mystères de ce manoir en Cornouailles ?

Mon avis :

J'ai tellement peu adhéré au style et aux personnages que je n'ai pas même cherché à connaître quel était le mystère ou le lien entre les deux époques !

 

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Le salon de beauté de Melba ESCOBAR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Karen est esthéticienne à La Maison de la Beauté, luxueux institut de la Zona Rosa, l'un des quartiers animés de Bogota. Elle tente d'économiser pour faire venir son fils de quatre ans qui habite chez sa mère, loin de Bogota. Ses clientes aiment se confier à elle, comme cette jeune fille Sabrina, si heureuse de se préparer pour son premier rendez-vous galant. Le lendemain, la jeune fille est retrouvée morte et l'affaire est enterrée avec la jeune femme.

A travers le portrait de Karen, l'auteur dresse un tableau très juste de la misère humaine, de ces espoirs sabordés parce que l'on se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment. Ces êtres livrés à eux-mêmes ne peuvent pas compter sur une police corrompue, ni sur les élites et les puissants tout aussi achetés. Ils doivent s'épauler, s'entraider s'ils espèrent sortir de leur marasme. Le salon de beauté apparait comme un havre de paix dans cette ville tourmentée, loin des désillusions de la vie. Mais c'est un univers régi par ses propres règles, ses conflits inévitables et garder sa place s'avère tout aussi difficile que de s'établir dans la société.

Derrière les paillettes du salon, se profile un roman social puissant, à la fois roman d'apprentissage, roman urbain et roman policier. 

Un très bon polar colombien !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

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Rendez-vous à Parme de Michèle LESBRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Nos vies sont peuplées d'ombres flottantes. "

Alors qu'elle ouvre un carton de livres ayant appartenu à un ami qui vient de mourir, la narratrice retrouve un exemplaire de La chartreuse de Parme de Stendhal, roman qui la replonge dans son passé. Lors d'un été, alors qu’elle n'avait que quatorze ans, elle avait rencontré un homme meurtri par la vie qui lui lisait à voix haute des romans et qui lui avait dit « Quand vous serez plus grande, vous irez à Parme, il faut lire ce roman de Stendhal à Parme. »

Elle décide alors, sur un coup de tête, de partir pour l'Italie. Elle se laisse porter par le temps, jamais seule puisque ses lectures et sa passion pour le théâtre l'habitent et nimbent son voyage d'une aura particulière, évanescente.

Le charme de ce roman est ténu, il tient sur un fil, le fil tout aussi mince de cette intrigue qui n'en est pas une. Mais tout se passe justement en coulisses, dans les interstices de la mélancolie. Cette écriture aux accents nostalgiques évoque quelquefois celle de Modiano et nous emporte dans un monde doux et voluptueux.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Chemins ♥ ♥ ♥ 

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Les cris de l'innocente de Unity DOW

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Y a-t-il un monstre qui dort en chacun de nous ? Et si nous sommes tellement paralysés par la peur, si nous n'osons pas affronter ce mal, qui prendra garde aux cris de l'innocente ?"

Amantle désire devenir médecin et elle est envoyée au dispensaire d'un petite village de brousse proche du delta de l'Okavango au Botswana, pour effectuer son service national. Elle reçoit un accueil glacial des infirmières auprès desquelles elle est censée se former et se retrouve à effectuer des rangements. C'est ainsi qu'elle découvre les vêtements couverts de sang d'une petite fille disparue cinq ans plus tôt. A l'époque la disparition avait été classée sans suite, la police prétendant qu'elle avait été attaquée par un lion, mais la découverte de ces vêtements risque de remettre en cause ce verdict, et semble corroborer les soupçons de la famille et du village qui croit à un crime rituel orchestré par des hommes puissants.

Amantle, une jeune femme au caractère bien trempé, décide de chercher elle-même la vérité, aidée par ses amies, même si elle se heurte aux autorités bien décidées à lui mettre des bâtons dans les roues.

L'immersion dans ce petit village est totale, truculente quand il s'agit de décrire la vie du village, mais glaçante quand l'auteure s'en prend aux arcanes du pouvoir corrompues et habitées par le mal à l'état pur. Face à ces puissances, les villageois ont bien peu de poids ! L'auteure est juge à la Cour suprême du Botswana et a rédigé plusieurs rapports sur la condition des femmes et des enfants dans son pays, elle maitrise parfaitement son sujet.

Ce que j'ai moins aimé :

Le personnage de Amantle manquait de subtilité pour moi, elle semble un peu trop sûre d'elle, caricaturale, tout comme ses amies.

D'autres personnages apparaissent un peu tardivement dans l'histoire. La construction aurait pu être mieux maitrisée : pourquoi par exemple cette digression avec la fille d'un des coupables ?

Pour finir, la fin est assez décevante.

Bilan :

Un bon roman si vous voulez découvrir le Botswana mais un roman plus faible en ce qui concerne les personnages et l'intrigue policière.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

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Tant qu'il reste des îles de Martin DUMONT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Ce pont, il a chuchoté, c'est la mort de la poésie. [...]
C'est pas rien, une île... C'est un bout de terre planté au milieu de l'océan. Un caillou peut-être, mais avec la mer autour. Un truc magique, un endroit d'où tu ne peux pas te barrer comme ça, juste sur un coup de tête. Et même pour la rejoindre d'ailleurs ! Une île, ça se mérite. Faut prouver qu'on est digne de l'atteindre, faut être à la hauteur. [...] Si tu construis un pont, tu détruis tout, non ? Moi, je dis que tu la tues, cette île. "

Léni travaille sur un chantier naval sur l'île. Il regarde de loin les conflits qui éclatent au sujet du pont en construction, conscient des facilités que ce pont engendrera, mais aussi comprenant les discours de ses amis qui veulent bloquer ce chantier qui brouille leur quotidien et risque de perturber l'île. Le béton avance pourtant inexorablement. Léni est concentré sur la garde de sa fille qu'il aimerait voir plus malgré le divorce, et se trouve aussi perturbé par l'arrivée de Chloé, une journaliste qui s'installe dans la région pour un temps souhaitant fuir la capitale. mais Léni pourra-t-il créer un pont entre elle et lui ?

Avec sensibilité et délicatesse, l'auteur évoque la fin d'un monde, accompagnée de son corollaire, la peur de la nouveauté et du changement. Les personnages lumineux incarnent réellement cette difficulté de s'attacher ou de se détacher que ce soit d'un continent, d'un travail, d'un couple. Reste la joie procurée par l'union et l'harmonie avec les autres, les hommes désœuvrés se retrouvant le soir dans le bar de Christine pour des soirées hors du temps autour de parties de cartes ou d'un air d' accordéon.

"J’aime la symbolique des ponts, tout ce qu’ils représentent en termes de liens, d’abolissement des frontières et des barrières. Même si la magie des îles tient en grande partie à leur inaccessibilité. On peut dire que j’écris sur la mer, les bateaux, ou même sur la maladie, comme dans mon premier roman. Mais le centre de mes textes, ce sont les gens. Pas d’histoires grandioses ou d’aventures particulières. Juste des personnes qui se débattent avec leur vie, qui font ce qu’elles peuvent pour s’en sortir dignement et être heureuses autant qu’il est possible de l’être. Voilà ce qui m’intéresse. Les gens, leur complexité, leurs réactions face à une situation perturbatrice, et surtout les relations qu’ils nouent entre eux." explique l'auteur.

Un pari réussi pour ce très beau roman !

 

Présentation de l'éditeur : Les avrils

Merci à Lecteurs.com pour cette très belle découverte

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