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Printemps des poètes - 2

Publié le par Hélène

A qui tue par idéal

Ne sais-tu pas combien Dieu s’est vêtu de silence
Et n’ordonne plus
Que cherches-tu dans le bruit et la fureur
Dans l’arrêt du voilier par ton rêve
Insensible insensé
Qu’existe-t-il hors la vie
Les départs les aubes recommencées
Les carreaux de givre sur la vitre
Te souviens-tu du souffle sur ton berceau
Du pas frêle de ton amoureuse un matin de neige
Dis que sais-tu de cet amour
Qui se donne et ne reprend pas
De cette perte et de la porte
Que sais-tu de la liberté qui jamais ne meurt
Même sous le boisseau
Sais-tu combien Dieu s’est vêtu de silence
Et t’appelle à plus haut soleil
Que le sang renversé
A présence tremblée
A chuchotement dans les reflets
Ne sais-tu pas mon frère
Qu’il n’est de gloire que d’abord effacée
Puis d’étoiles sans nuit
Observe ta victime aux mains blanches
Immolée dans le calme tant t’enivrent tes raisons
Et le visage angélique du mal
Dans victime il y a vie
Tu as servi la mort et pourtant tendu au vent semences d’avenir
Debout serons-nous
Dans l’assurance du jour
Et rirons
De son éclat sans brisure

Tu te croyais exilé du destin je sais
Avril avili
Et les réclames qui pavoisent aujourd’hui
Enfonçaient dans le corps du monde
Le refus du poème
Je sais
Mais ton destin était d’être
A peine
Roseau sur le bord du chemin
Aquarelle envolée
Un presque rien qui s’étonne
Et devient univers

Ne sais-tu pas combien Dieu s’est vêtu de silence
Et t’appelle à vie

Que notre douleur de ce jour
Soit ce cristal éteint
Où renaîtra matin debout

Marc Desombre 
10 janvier 2015

Publié dans Poésie française

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Nous sommes tous des féministes suivi des Marieuses de Chimamanda NGOZI ADICHIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Mon avis :

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.» 

Ce folio rassemble deux textes sur le même sujet du féminisme : l'un est un discours direct énoncé par Chimamanda Ngozi Adichie au TEDxEuston en 2012, modifié pour sa réédition, l'autre est une nouvelle fictive mettant en scène une femme nigériane victime d'un mariage arrangé. Les deux se complètent parfaitement.

Les hommes sont au pouvoir bien que la société ait évoluée. Nos idées sur le genre ont malheureusement stagné, enserrant les femmes dans des carcans démodés. Les hommes eux-mêmes peuvent souffrir de cette culture qui crée des êtres selon une théorie du genre ancestrale. Les mentalités doivent évoluer.

"La culture ne crée pas les gens. Les gens créent la culture. S'il est vrai que notre culture ne reconnaît pas l'humanité pleine et entière des femmes, nous pouvons et devons l'y introduire."

Comme souvent dans les discours de TED, l'ensemble est vivant et dynamique, agrémenté d'exemples issus de la vie de la jeune auteure. 

Néanmoins, j'ai trouvé plus fort le recours à la fiction. 

Les "marieuses" est tiré de l'excellent recueil de nouvelles Autour du cou. Chinaza a été mariée à un "mari tout neuf", nigérian émigré aux Etats-Unis pour devenir médecin. Elle le rejoint à son tour, mais se heurte à un homme bien loin de ses aspirations... Cette courte nouvelle nous fait vivre de l'intérieur la différence notoire qui peut exister entre les deux époux, en rendant palpable le désarroi de cette jeune femme prise au piège d'un mariage décevant.

Ainsi ce petit livre indispensable nous rappelle combien ce combat pour les femmes doit être celui de tous !

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  L'hibiscus pourpre  Autour du cou Americanah 

Sur les combats des femmes :

En Iran : Un jour avant Pâques ; Broderies 

En Inde : La colère des aubergines ; Mangue amère ;  L’année des secrets ;  Mes seuls dieux

En Europe : La joueuse d’échecs ; La femme gelée ; Karitas 

En Afrique : Photo de groupe au bord du fleuve ; Aya de Yopougon tome 1 ; Blues pour Elise ;   Celles qui attendent ; La cruche cassée ; Une si longue lettre ;   Les recluses ;  A mon âge, je me cache encore pour fumer  ; Loin des mosquées  ; Notre force est infinie ;  Americanah 

 

Nous sommes tous des féministes, suivi des Marieuses, Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l'anglais (Nigéria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, 2015, Folio 2 euros

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Les (vraies) histoires de l'art - Le retour de Sylvain COISSARD, Marie-Fred DUPRE, Céline GUERIN et Yannick ROBERT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Le concept est ludique et intelligent : l'auteur choisit un tableau, et imagine ce qui a pu se passer dans les minutes qui ont précédé la scène. Que cherchent les glâneuses de Millet ? Pourquoi Napoléon met-il la main dans sa poche ?  

Un album lu et relu avec les enfants, pour en comprendre toutes les subtilités, ce qui leur permet incidemment de les sensibiliser aux oeuvres d'art de façon ludique !

Une réussite !

Les (vraies) histoires de l'art - Le retour de Sylvain COISSARD, Marie-Fred DUPRE, Céline GUERIN et Yannick ROBERT

Présentation de l'éditeur :

Editions Palette

Vous aimerez aussi :

Les (vraies) histoires de l'art - Le retour de Sylvain COISSARD, Marie-Fred DUPRE, Céline GUERIN et Yannick ROBERT

D'autres avis :

Le nouvel obs 

Babélio

 

Les vraies histoires de l'art (Le retour), éditions Palette, 2014, 48 p., 12.95 euros 

 

Lu dans le cadre du challenge Je lis aussi des albums initié par Sophie Hérisson.

Le thème du mois était l'art

Publié dans Document Jeunesse

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17ème Printemps des poètes - 1

Publié le par Hélène

17e Printemps des Poètes 

7 au 22 mars 2015

 

L'INSURRECTION POETIQUE

 


"La poésie peut encore sauver le monde en transformant la conscience" Lawrence Ferlinghetti

 

Fait de langue, la poésie est aussi, et peut-être d'abord, « une manière d'être, d'habiter, de s'habiter » comme le disait Georges Perros. 


Parole levée, vent debout ou chant intérieur, elle manifeste dans la cité une objection radicale et obstinée à tout ce qui diminue l'homme, elle oppose aux vains prestiges du paraître, de l'avoir et du pouvoir, le voeu d'une vie intense et insoumise. Elle est une insurrection de la conscience contre tout ce qui enjoint, simplifie, limite et décourage. Même rebelle, son principe, disait Julien Gracq, est le « sentiment du oui ». Elle invite à prendre feu. 

Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes 

Publié dans Poésie française

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Fragiles serments de Molly KEANE

Publié le par Hélène

♥♥

Ce que j'ai aimé :

Au manoir de Silverue, dans la campagne irlandaise, tous se préparent pour l'arrivée du fils aîné de la famille, John, de retour d'un séjour dans une maison de repos. Ainsi la famille sera réunie au grand complet : Olivia,  prête à illuminer la maison de sa jeunesse qu'elle veut éternelle, refusant de vieillir, Julian qui se contente d'évoluer dans l'ombre de sa femme, Sheena, jeune femme davantage occupée par ses échappées romantiques que par le retour de son frère, Markie, 7 ans, jeune garçon qui aime tyranniser son entourage en jouant de sa gueule d'ange. Est conviée également à ces retrouvailles Eliza, l'amie de toujours, célibataire sans enfants. Dans les coulisses, Miss Parker, la gouvernante du domaine oeuvre, bien souvent isolée. 

L'équilibre de ce petit univers de la noblesse d'entre-deux-guerre est ténu, chacun prend conscience qu'à tout instant tout peut basculer. La santé mentale des uns et des autres ne tient qu'à un fil, et un micro-évènement peut faire vaciller l'ensemble d'une pichenette. 

"Elle referma la porte de la salle d'étude et alla à la fenêtre ce qui était chose dangereuse quand on a une tendance au vague désespoir. De nouveau, l'atmosphère singulière de l'automne remplissait le soir comme un bol. L'air était lourd et tranchant, changé, et semblait monter la garde. C'était là, derrière la fumée des feux. derrière les fleurs d'automne, guindées et charnelles. Derrière l'atténuation du vert de l'été. Mais même sans tout cela, cet intervalle fatal, cet intervalle excitant aurait existé." p. 245

Le désespoir rôde autour de la belle demeure, il est presque palpable, tant les faiblesses sont latentes. Les bals, tournois de tennis, et fêtes de charité ne cachent que temporairement les failles des personnages. La nature offre néanmoins un bel échappatoire à tant d'ambiguïté.

"Il y avait des fleurs sauvages sur les îles, des oeillets marins, du thym et bien d'autres, un air doux et de petits sentiers tracés par Dieu sait quoi, comme des passages de renard à travers les fleurs duveteuses, mais où étaient les renards ? Des rochers couverts de lichen, des pierres blanches, des oiseaux blancs et des touffes de thym qui faisaient comme des ressorts sous les pieds. Les îles sont tellement romantiques et préservées. Personne ne le sait." p. 145

Dans cette chronique familiale, les liens humains sont subtilement décrits, ceci grâce à une finesse d'écriture, et à une clairvoyance dans la psychologie des personnages qui illuminent ce récit.

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, je suis conquise, prête à lire d'autres romans de l'auteure !

Informations sur le livre :

Editions Quai Voltaire

Vous aimerez aussi :

Les romans de Virginia Woolf

D'autres avis :

Télérama Clara  ; Babélio 

 

Fragiles serments, Molly Keane, traduit de l'anglais par Cécile Arnaud, Editions Quai Voltaire, 2012, 290 p., 21 euros

Publié dans Littérature Europe

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Beauté parade de Sylvain PATTIEU

Publié le par Hélène

♥♥

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

Ce que j'ai aimé :

Dans un salon de coiffure et manucure du quartier Château d'eau à Paris, Lin Mei et six de ses collègues font grève. Leur patron est parti avec la caisse et soutenues par la CGT, elles ont décidé de lutter pour faire valoir leurs droits. Elles dorment sur place, mangent sur place, et continuent à coiffer et à soigner les ongles des clientes.

Sylvain Pattieu a suivi durant plusieurs mois ces femmes émigrées, africaines ou chinoises, sans papiers, luttant pour obtenir une reconnaissance dans ce pays étranger. Il tient la chronique de ce microcosme atypique, écoutant les témoignages des unes et des autres, éclairant son récit de données capillaires ou ongulaires.

"Il est recommandé de confier ses ongles à des professionnels. Il est recommandé de s'adresser aux spécialistes du stylisme ongulaire. Il est recommandé d'aller en institut, de vérifier les diplômes. Il est recommandé de faire attention, d'éviter les substances qui abîment, qui trouent, qui bossellent, qui déchaussent les ongles. Il est recommandé de se méfier des mathacrylates, des éthylmétacrylates, il est recommande d'être vigilant face aux risques respiratoires ou cutanés.

Il est recommandé mais on fait comme on peut.

Si on n'a pas d'argent on va à Château d'Eau." p. 118

Les femmes racontent leur quotidien, évoquent leurs conditions de travail, les 400 euros par mois qui ne permettent pas de vivre, les horaires à rallonge, les normes de sécurité non respectées, les patrons qui partent avec la caisse, les laissant démunies. Elles content  leurs joies, leurs peines, la douleur d'avoir dû quitter pays et famille pour gagner un peu plus d'argent ici, au coeur de Paris, dans des conditions indignes d'un être humain :

"Il a fallu tout quitter pour langer, bercer, changer, nourrir. Pour couper, vernir, peindre, coller. Pour payer les études, là-bas. Pour financer la vie quotidienne. Cruel dilemne, rester dans la pauvreté, partir pour assurer l'avenir. De la tristesse dans tous les cas. (...)

Avoir les papiers, pour les Chinoises, pour les Ivoiriennes, ça veut dire pareil. Ca veut dire revenir. Un mois, deux mois, pour rattraper le temps perdu. Tâche impossible. Retrouver les proches, raconter les années, retrouver les enfants qui n'en sont plus, les parents ridés, voûtés, retrouver l'autre, le mari, en partie étranger, peut-être désormais. Difficile d'imaginer, difficile de se faire une idée." " p. 151

Sylvain Pattieu met en lumière des vies précaires qui évoluent à côté de nous, des femmes qui sont nos voisines, nos pareilles, et qui pourtant souffrent chaque jour. 

"Château-d'Eau zone de non-droit, comme on dit des cités terribles. En plein coeur de Paris. Non-droit du travail. Non-droits humains. Sous le regard de tous." p. 89

A notre époque, il est impossible de fermer les yeux sur cette misère, et il devient nécessaire de se battre à  leurs cotés pour espérer qu'un jour, enfin, ces femmes et ces hommes de l'ombre recouvrent leur dignité humaine ! 

Les salariées grévistes du salon de coiffure

Ce que j'ai moins aimé :

La construction au jour le jour inclut des répétitions qui auraient sans doute pu être évitées. A moins qu'elles ne soient voulues pour appuyer sur le combat sans fin de ces émigrées... 

Présentation de l'éditeur :

Editions Plein jour 

Plus d'informations sur le combat des femmes du "57" :

CGT ; France 24 ; Le monde ; 20  minutes

Malheureusement, cet article récent de Libération montre que le combat doit continuer, rien n'est gagné !

Vous aimerez aussi :

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

D'autres avis :

L'express  ; France culture ;

Clara 

 

Beauté parade, Sylvain Pattieu, avec la participation de Ya-Han Chuang, Plein jour, 2015, 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Ceux qui restent - Mars

Publié le par Hélène

Une fable marquante dans un village africain qui hésite entre moeurs ancestrales et modernité.

 

Des nouvelles au coeur de l'Inde en pleine évolution.

 

Un classique qui reste inoubliable.

 

Une réécriture du mythe d'Antigone parfaitement maîtrisée.

 

Un album jeunesse touchant.

 

Un roman policier scandinave passionnant.

 

Un récit très original autour d'un concours de "guetteurs de plumes"

 

Un album jeunesse très drôle avec une pointe d'écologie.

Un roman policier au charme durable.

 

Un classique !

 

Une de mes premières lectures de cette auteure islandaise que j'apprécie beaucoup.

 

Un court roman que je ne me lasse pas d'offrir !

 

Une de mes plius belles découvertes poétiques !

 

Une Bd que la vie mouvementée du Quai d'Orsay.

 

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Dimanches d'août de Patrick MODIANO

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Jean, le narrateur déambule dans les rues de Nice, tentant de se construire un futur quand tout le ramène au passé. Et notamment ce Villecourt, croisé un jour de marché. Pourquoi insiste-t-il pour que tous deux évoquent le fantôme de Sylvia, pourquoi revient-il sur leur relation ? Le narrateur se plonge alors dans ses souvenirs nimbés de mystère. Au fil de ses réminiscences, paradoxalement, le passé se densifie

"Tout finit par se confondre. Les images du passé s'enchevêtrent dans une pâte légère et transparente qui se distend, se gonfle et prend la forme d'un ballon irisé, prêt à éclater." p. 49

Pourquoi Sylvia et Jean ont-ils quitté précipitamment les bords de Marne ? Comment se sont-ils procuré ce magnifique diamant qui ne quitte pas le cou de Sylvia ? Qui étaient les Neal, ce couple mystérieux rencontré à Nice ?

Les fils ténus s'entrelacent pour former un écheveau dans lequel se débat le narrateur et le lecteur. 

"Le jour, tout se dérobait. Nice, son ciel bleu, ses immeubles clairs aux allures de gigantesques pâtisseries ou de paquebots, ses rues désertes et ensoleillées du dimanche, nos ombres sur le trottoir, les palmiers et la Promenade des Anglais, tout ce décor glissait, en transparence." p. 107

En quelques mots, Modiano parvient à nous prendre dans les filets de l'intrigue et à nous envoûter.  En quelques pas nonchalants, il nous plonge dans une atmosphère comme suspendue, saisissant cette sensation éphémère et vaporeuse si difficile à capturer et à enserrer dans des mots.

"Et puis l'air est quelquefois si doux sur la côte d'Azur en hiver, le ciel et la mer si bleus, si légère la vie par un après-midi de soleil le long de la route en corniche de Villefranche, que tout vous semble possible : les chèques des banques anglaises de Monaco qu'on vous fourre dans les poches et Errol Flynn tournant sur le manège du jardin Albert 1er." p. 111

De ce roman se dégage un charme nonchalant évocateur. L'art de Modiano transpose la réalité, la poétise, et la modèle en oeuvre d'art. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Folio 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'herbe des nuits L'horizon ; Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier

D'autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub sur le conseil de Galéa 

 

Dimanches d'août, Patrick Modiano, Folio, 1989, 192 p., 6.4 euros

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Max et les poissons de Sophie ADRIANSEN

Publié le par Hélène

♥♥♥♥ / ♥♥♥

Un poisson pour bonne étoile

Mon avis :

♥♥♥♥

Quelle délicatesse pour aborder un sujet aussi difficile ! Quelle intelligence !

Max est un petit garçon qui ne se préoccupe pour l'heure que de son poisson rouge prénommé Auguste et de son anniversaire prochain. Peut-être aura-t-il un second poisson rouge pour tenir compagnie à Auguste... La guerre prend néanmoins de plus en plus de place dans sa vie, même s'il ne parvient pas encore réellement à comprendre sa signification. Ses mots d'enfant essaient de la cerner : 

"La guerre, ça fait marcher les Allemands dans les rues et serrer fort les mains des petits garçons." 

"La guerre, ça commence l'été et ça empêche de faire des châteaux de sable.

La guerre, ça empêche d'aller se baigner dans l'eau salée." 

Le jour de son anniversaire arrive, mais c'est aussi le jour de la tristement célèbre rafle du Vel'd'hiv'... L'humour et l'innocence de Max atténuent l'horreur de la situation. La naïveté juvénile de Max et l'amour de ses parents permettent de le tenir à l'écart et de le préserver. Pas de pathos inutile pour évoquer cette période noire de l'histoire, tout est savamment dosé. 

En toile de fond, les sujets délicats de cette période sombre sont évoqués : le couvre-feu, les cartes d'alimentation, l'étoile juive, la rafle, puis Drancy. Max ressent alors la peur des grands.

"Et quand les grands ont peur, c'est comme une couverture toute râpée par laquelle passe le jour : ça ne protège plus de rien."

En fin de volume, un dossier explicatif présente une brève chronologie de la seconde guerre mondiale, et quelques pages pour mieux comprendre : l'antisémitisme et l'extermination des Juifs, la rafle du Vel' d'hiv', les camps, les cartes et tickets de rationnement, la résistance française, le Lutétia...

Pour parfaire le tout, la couverture de Tom Haugomat rend parfaitement le contraste entre l'ombre de la guerre et l'innocence du jeune Max.

Une réussite !

L'avis de Romain, 9 ans :

♥♥♥

J'ai aimé ce livre. C'est un livre bien, avec des poissons. C'est un petit peu drôle. Je l'ai lu rapidement. Par contre je n'avais pas bien compris la fin. Je n'ai pas non plus compris le dossier.

Ma conclusion :

La lecture nécessite bien sûr une explication, un éclaircissement, qui est aussi une bonne façon de partager avec nos enfants des questions difficiles de notre histoire.

Présentation :

Nathan

Site de Sophie Adriansen 

Vous aimerez aussi :

Dans la même collection : La trompette d'Alésia de Catherine Cuenca et illustré par Gilles Scheid, Le sang du serpent à plumes de Laurence Schaack, illustré par Julia Wanters

Du même auteur : en jeunesse : J’ai passé l’âge de la colo ! (Volpilière), Le souffle de l’ange(Nathan) et Drôles de familles ! (Nathan).

en adulte : Je vous emmène au bout de la ligne ;  Quand nous serons frère et sœur Grace Kelly 

 

D'autres avis :

 Mya’s books ;  LivresAdos ; Onirik ; Entre les pages

 

Merci à Sophie et à l'éditeur !

 

Max et les poissons, Sophie Adriansen, Illustrations de Tom Haugomat, Nathan, 2015, 64 p., 5 euros

Dès 9 ans, adapté au programme scolaire.

 

Publié dans Jeunesse Roman

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Cristal noir de Michelle TOURNEUR

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

Pearl est une jeune américaine venue à Paris pour découvrir la vieille Europe. Ivre de la liberté que lui offre ce voyage à Paris, elle parcoure ses rues, les quartiers emblématiques, Montparnasse et ses peintres, les brasseries, tout en capturant ces instants : 

"Photographier, se répétait-elle, au moins ça. Les rues et leur hasard. La charrette du vitrier chargée à s'écrouler, qu'un coup de lumière transforme en carrosse. Les globes des reverbères, loupes géantes posées que le gris argenté du fleuve, le long du pont Alexandre III. Et la fine poussière sur les tranches des livres, à la librairie. Clients cassés en deux dans leur lecture, comme si une maladie mortelle allait les terrasser. Etre là. Saisir. En quelques secondes, sauter sur le sujet, armer, appuyer, garder l'émotion. Par surprise et par morceaux, par bouts qui se rejoindront un jour, tout arracher à cette ville pour tout emporter." p. 58

Mais un sujet l'intrigue particulièrement : le restaurant le Paquebot, son chef impérial Charles-Henri Chelan et son ami Robert. Elle doit en effet réaliser pour son éditeur de New York, friand des échos de Paris, un livre sur la gastronomie française. Mais son projet artistique s'élargit au fil des jours, elle décide alors de s'attacher au lieu plus qu'aux plats.

Chaque personnage vibre d'une fibre artistique le sublimant pour atteindre une certaine forme de perfection : que ce soit Pearl et ses photographies, Charles-Henri et sa cuisine, ou encore un pianiste au talent émouvant, tous recherchent la beauté cristalline qui transforme leur savoir-faire en oeuvre artistique. Par leur pouvoir d'évocation, ils cherchent à toucher les sens de leurs invités, le goût, l'ouïe, la vue. 

"En salle, les clients avaient plébiscité l'entremets indochinois, servi avec deux vers en langue hmong, dans l'envol d'une fumée qui évoquait la moiteur des rizières et es troupeaux de buffles. Avec, par-dessus la blancheur, le pourpre des framboises en purée servies à la louche, légèrement tièdes." p. 134

Le monde se trouve sublimé par leur art, la photographie permet ainsi de contempler ce qui nous entoure différemment, la grande cuisine exaltant l'acte primitif de manger, la musique transportant l'âme au-delà de la réalité. Enfin, l'écriture de Michelle Tourneur exalte également le rendu des saveurs, des couleurs, des décors, de l'atmosphère particulière des lieux.

"Fin septembre déposait ses buées, le soir, sur la ville. Un vent d'ouest apportait des pluies pénétrantes qui n'étaient plus d'orage. Les crépuscules étaient d'un froid coupant. L'humidité avait envahi les allées du jardin des Tuileries, les enfants y passaient sans s'attarder et, à la villa de Pigalle, le catalpa pleurait de lourdes cosses sombres." p. 269 

La délicatesse de l'histoire diffuse un charme envoûtant indéniablement efficace.

Ce que j'ai moins aimé :

Rien.

Présentation de l'éditeur :

Fayard 

Vous aimerez aussi :

Sur la cuisine : La colère des aubergines ; Le cuisinier ; En cuisine avec Alain Passard ; Mãn Le restaurant de l’amour retrouvé ;  L’école des saveurs

Sur la photographie : Ce jour-là  ; L’enchantement des lucioles

Sur la musique : La double vie d’Anna Song ; Chico et Rita ;  Novecento : pianiste ; La nuit des femmes qui chantent ; L'appel des origines tome 1 ; Le temps où nous chantions ; Concerto pour la main morte WOOD Benjamin Le complexe d'Eden Bellwether 

D'autres avis :

Luocine 

Babélio

 

Cristal noir, Michelle Tourneur, Fayard, janvier 2015, 280 p., 18.50

 

Lu dans le cadre d'une opération Babélio.

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