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Thérèse Desqueyroux de François MAURIAC

Publié le par Hélène

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"Elle incarne la difficulté d'être"

Thérèse Desqueyroux sort libre du Palais de Justice, un "Non lieu" décide de son destin. Sur la route qui la ramène vers son époux, elle prépare les mots qui expliqueront, peut-être, sa conduite et qui la rachèteront aux yeux de celui qu'elle a voulu empoisonner, mais qui l'a soutenue en vue de son acquittement. La narration plonge à la fois dans le passé, dans l'avenir et l'espoir, pour mieux auréoler ce présent en attente durant lequel tout est encore possible. Le trajet solitaire est propice à l'introspection, mais face à cet homme pétri de respectabilité, Thérèse se refermera sur elle-même.

"Les êtres que nous connaissons le mieux, comme nous les déformons dès qu'ils ne sont plus là !"

Thérèse Desqueyroux est cette femme traquée aperçue par Mauriac lors d'une audience d'un procès, la jeune Henriette Blanche Canaby, mais c'est aussi cette femme croisée un soir dans le salon d'une maison de campagne, cette femme enfermée entre un mari naïf et des parentes pressantes, et ce seront finalement toutes les femmes captives, derrière les "barreaux vivants d'une famille", ces femmes qui croulent sous le poids de la parentèle, de "l'esprit de famille".

"Je sais que le drame de Thérèse Desqueyroux, c'est le drame de l'inadaptation à la vie, le "nous ne sommes pas au monde."" dira l'auteur

Thérèse est différente de son milieu natal, il y a en elle ce quelque chose d'ardent et de brûlant qui s'oppose à la mollesse de la campagne. Cette ardeur se tourne un temps vers Anne, sa belle-soeur, avant d'être déçue, trahie, et renvoyée à sa solitude clairvoyante.

"Les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle. C'est beau, ce don total à l'espèce ; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement... Mais moi, mais moi..."

Ce roman et cette héroïne, profondément touchante dans son désoeuvrement, sont d'une intensité inoubliable...
 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

 

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Le bureau des jardins et des étangs de Didier DECOIN

Publié le par Hélène

  ♥ ♥

"Il y a toujours un sens à continuer d'agir comme on doit, dit Togawa Shinobu, même si l'on croit que cela ne sert plus à rien. "

Le pêcheur Katsuro du petit village de Shimae est chargé de pêcher, choisir et apporter les carpes qui nageront dans les bassins de la  ville impériale de Heiankyo. A sa mort, sa femme Miyuki décide de le remplacer pour porter ses dernières carpes au palais royal. Elle se pare de la lourde palanche à laquelle sont suspendus ses paniers à poissons et entreprend un long périple à travers forêts et montagnes. Au bout du chemin, l'attend Nagusa Watanabe, le directeur du Bureau des Jardins et des Etangs, en charge de l'entretien des plans d'eau des temples de Heiankyo.

L'auteur s'est nourri d'une documentation très approfondie de ce Japon du XIIème siècle, si bien qu'il parvient non seulement à nous faire voir cette époque, à nous plonger dans ses ramifications, mais il sait aussi s'en éloigner pour offrir un roman fascinant mâtiné d'érotisme et d'un univers onirique surprenant. Les aventures de la jeune Miyuki ne sont que prétexte pour évoquer un monde sensuel, dans lequel l'imagination tient le rôle principal.
Ainsi, le takimono awase, jeu de l'époque dans lequel les participants en compétition doivent obtenir le meilleur parfum à base d'encens est prétexte au déploiement splendide de l'imagination par les sens. L'empereur imagine un paysage auquel devra répondre le parfum créé par les participants :

"Nous imaginons un jardin, dit l'empereur, un jardin envahi par la brume matinale. Enjambant un cours d'eau, un pont-lune très escarpé relie le jardin de droite au jardin de gauche. Seule la partie surélevée du tablier émerge de la nuée. C'est alors que, surgissant du brouillard qui noie le jardin de droite, une demoiselle s'engage sur le pont. Elle marche vite. Parvenue au sommet du dos d'âne, elle s'arrête un cours instant. Puis, reprenant sa course, la voici qui dévale le pont pour rejoindre le jardin de gauche. Et aussi soudainement qu'elle avait éclos de la brume de droite, elle disparait dans la brume de gauche. Si je vais dans son sillage tout en haut du pont, qu'y trouverai-je ?"

 
Kawase Hasui - Neige à Shinkyo, Nikko

Dans ce Japon fantasmé, les sens jouent un rôle essentiel, comme une porte vers la connaissance de soi et du monde...

"Quelle connaissance profonde avons-nous des odeurs ? Nous disons que ça sent bon ou que ça empeste, et nous n'allons pas plus loin. Au fond, nous n'en savons guère plus sur la suavité et sur la puanteur que sur le Bien et le mal. Nous traversons la vie en sautillant d'une ignorance à l'autre. Des crapauds, Atsuhito, nous sommes des crapauds."
 
Avec délicatesse et sensualité, Didier Decoin nous emporte dans un autre monde pour faire chanter nos sens et nous enchanter...
 
 

Présentation de l'éditeur : Stock

D'autres avis : Télérama

 

Le bureau des jardins et des étangs, Didier Decoin, Stock, 392 p., 20,50 €

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Ör de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

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"On essaie de faire de son mieux, dit-elle. En tant qu'être humain."

Jonas Ebeneser est un homme à bout. Il sait qu'il ne peut attendre de réconfort ni de sa mère, devant sénile de jour en jour, ni de son ex-femme, ni de sa fille, dont, il vient de l'apprendre, il n'est pas le père génétique. Cherchant le meilleur moyen de se supprimer, et après avoir envisagé plusieurs options insatisfaisantes, il décide de se rendre dans un pays ravagé par la guerre, avec comme seule arme, sa caisse à outils et sa perceuse... Enfermé dans sa douleur, il appréhende le monde différemment dans ce pays ravagé où chacun a été touché par la perte d'un proche. L'urgence de la mort qui l'avait saisi s'éloigne peu à peu, remplacée par l'humanité, l'entraide et le réconfort.

"Les gens ont des rêves simples, m'avait dit Svanur. Ne pas tomber sous une balle perdue et rester vivant dans la mémoire de leurs enfants." p. 112

Il côtoie là-bas des hommes et des femmes qui, malgré la mort qui rode, continuent d'aimer, de vivre, de survivre, envers et contre tout. Ör veut dire “cicatrices” en islandais, "Le terme s'applique au corps humain, mais aussi à un pays, ou un paysage, malmené par la construction d'un barrage ou par une guerre. Nous sommes tous porteurs d'une cicatrice. (...) Or dit que nous avons regardé dans les yeux, affronté la bête sauvage, et survécu." (Note de l'auteur)

Vivre avec des cicatrices est possible, et c'est ce miracle quotidien de l'existence que connait cet homme qui s'en va, en quête de réparations.

Tels le nymphéa qui s'épanouit sur la poitrine de Jonas, les mots de Audur Ava Olafsdottir trouvent leur chemin pour se fixer durablement sur notre coeur de lecteur...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteur :  Rosa candida ♥ ♥ ♥ ♥ ;  L’embellie  ♥ ♥ ♥ ; L'exception ♥ ♥ ♥ ♥ ; Le rouge vif de la rhubarbe ♥ ♥ ♥ 

D'autres avis : Jostein ; Cathulu ; Kathel ; Cuné ; Laure ; Jostein

 

Ör, Audur Ava Olafsdottir, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma, octobre 2017, 240 p., 19 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

Publié dans Littérature Europe

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Bonne année !

Publié le par Hélène

 

Publié dans Divers

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Coups de coeur 2017

Publié le par Hélène

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Joyeuses fêtes !

Publié le par Hélène

 

Publié dans Divers

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Et le Grand Prix des Blogueurs Littéraires revient à...

Publié le par Hélène

Bakhita de Véronique OLMI

Dans ce roman qui faisait partie de mes favoris, Véronique Olmi ressuscite cette magnifique Bakhita canonisée en l'an 2000 par le pape Jean-Paul II, et lui offre en cadeau ses mots bouleversants, qui l'inscrivent une nouvelle fois dans l'éternité de l'humanité. Par la puissance de son écriture, Véronique Olmi nous transporte aux côtés de cette éternelle enfant traversant des épreuves innommables, cette enfant esclave qui, même adulte, donne l'impression de garder intact en elle cette candeur insouciante connue avant ses sept ans, ne comprenant pas bien le monde qui l'entoure, mais gardant la foi en l'amour et en la générosité envers et contre tout. 

Un grand roman qui méritait ce prix de la communauté des blogueurs !

Voici les romans arrivés en tête du vote de plus de 300 blogueurs :

 

Pour rappel le grand prix des blogueurs littéraires a été créé par Agathe du blog Agathe The Book.  Ce prix est un prix annuel, décerné fin décembre, cette année le 20 décembre 2017, attribué à un roman de littérature française publié durant l’année en cours, (hors polar et romans jeunesse ou young adult, et hors poche dans un premier temps) le plus apprécié et partagé par les blogueurs.

Un grand merci à l'équipe pour cette belle initiative : Agathe The Book, Livresse Littéraire, Au fil des Livres, Bricabook, Sarahcontedeshsitoires, Carobookine, Mes Echappées Livresques, Loupbouquin, Julie Vasa

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Eclipses japonaises de Eric FAYE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Je me dis qu'on peut obtenir n'importe quoi d'un être humain qui espère."

Plusieurs disparitions simultanées ont lieu en 1965 et 1970 : qu'il s'agisse d'un GI américain évaporé lors d'une patrouille dans la zone démilitarisée, entre les deux Corées, ou de jeunes filles japonaises, tous disparaissent sans laisser de traces, au grand désarroi de leur famille.

En 1987, le vol 858 de la Korean Air explose en plein vol. Une des terroristes responsable de l'attentat ne parvient pas à fuir, elle est arrêtée, interrogée, et la police finit par l'identifier comme étant une espionne de Corée du Nord, s'exprimant pourtant dans un japonais parfait. 

Le lien entre les disparitions et ces êtres maitrisant parfaitement les codes japonais, se dessinent peu à peu.

Eric Faye met en lumière un pan d'histoire peu connu, mais au-delà de l'aspect historique, il nous parle également de la capacité d'adaptation des êtres humains, qui peuvent se formater en fonction des besoins ou des idéologies. Que signifie appartenir à un pays quand on a été arraché très tôt à sa vie pour être emporté dans un autre monde ?  Ces êtres pourront-ils ensuite faire le chemin inverse et revenir vers leurs origines ?

Ce que j'ai moins aimé : Le choix de la narration ne permet pas de véritablement s'attacher aux destins individuels : Eric Faye choisit en effet d'alterner les points de vue à chaque chapitre, si bien que à peine le portrait d'un personnage est-il esquissé, qu'il s'efface devant un autre, laissant le lecteur démuni, et perdu face à tant de personnalités différentes. De plus certains chapitre sont à la première personne du singulier, d'autre à la troisième personne, accentuant ainsi le côté décousu du roman.

Enfin, la fin du roman, qui cherche à résoudre le sort de chaque personnage, rompt la narration, s'accélérant, puis proposant plusieurs épilogues à des époques différentes.

Bilan : Ce roman a le mérite de livrer des faits réels méconnus, mais, pour moi, il reste bancal dans sa construction et sa narration.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil, Points

D'autres avis : Télérama ;

Du même auteur : Nous aurons toujours Paris ♥ ♥ ♥ ♥

 

Eclipses japonaises, Eric Faye, Points, septembre 2017, 240 p., 7 euros

 

Il s'agit de ma première lecture pour le jury du prix du meilleur roman Points

 

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Huis clos de Jean-Paul SARTRE

Publié le par Hélène

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"Tu n'es rien d'autre que ta vie."

Dans un salon empire, débarquent trois personnages, trois pécheurs, Garcin, Inès et Estelle. Ils en se connaissent pas, ne se sont jamais croisés, sont issus de milieux différents, mais vont devoir apprendre à vivre ensemble, dans cette pièce. Chacun des trois personnages sera jugé par les deux autres sur les actes qui ont constitué son existence. La pièce ne comporte pas de miroir, de fait c'est le regard de l'autre qui sert de jugement. Pas de bourreau dans cette antichambre des enfers, l'autre se chargera bien assez facilement du travail !

"Ouvrez ! Ouvrez donc ! J’accepte tout : les brodequins, les tenailles, le plomb fondu, les pincettes, le garrot, tout ce qui brûle, tout ce qui déchire, je veux souffrir pour de bon. Plutôt cent morsures, plutôt le fouet, le vitriol, que cette souffrance de tête, ce fantôme de souffrance, qui frôle, qui caresse et qui ne fait jamais assez mal."

L'enfer c'est le regard que nous portons sur les autres, du fait de l'image que nous leur renvoyons. cela ne signifie pas que tout rapport à l'autre est impossible,  mais qu'il faut s'abstraire de cette dépendance au jugement d'autrui.

"- Estelle, est-ce que je suis un lâche ?

- Mais je n'en sais rien, mon amour, je ne suis pas dans ta peau. C'est à toi de décider."

L'enfer, ce sera de trop porter attention au moindre haussement de sourcil de l'autre, au moindre mot à double sens, alors qu'au fond, notre vérité est en nous et non pas en l'autre.

"Alors c'est ça l'enfer. je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres."

L'homme est englué dans sa mauvaise foi, Garcin dans la pièce est lâche quand Estelle n'assume aucunement ses actes. Inès seule assume l'entièreté de ses actes, elle est la seule "authentique" de la pièce. Et sans ce réveil nécessaire, nous sommes des morts vivants, des "encroutés", nous sommes libres de nous détacher de ces contingences

"On est ce qu'on veut. (...) Seuls les actes décident de ce qu'on a voulu"

Nous pouvons changer des actes par d'autres actes, nous pouvons briser le cercle infernal, l'homme est libre et responsable de son existence, comme le répète les existentialistes. L'homme existe et se construit ensuite, et de fait, il est responsable de ses actes.

Un texte terriblement d'actualité au regard des réseaux sociaux, l'Autre par excellence...

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Huis clos, Jean-Paul Sartre, Folio, 256 p., 7.80 euros

 

Publié dans Théâtre

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Souvenirs de la marée basse de Chantal THOMAS

Publié le par Hélène

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"L'espace est grand ouvert devant nous. Nous courons. Nos pied tapant contre une mince surface d'eau la font jaillir en étincelles.

Rien ni personne ne nous dépasse, sauf l'ombre des nuages qui court sur le sol."

 

Chantal Thomas fait revivre en ses pages sa mère, Jackie, cette femme qui s'épanouit dans la légèreté des vagues, se laissant porter, aérienne par la mer qui l'accueille. Jackie est cette jeune femme désinvolte, qui, après une promenade en vélo vers Versailles, décide de se rafraichir dans le grand Canal des jardins de Versailles et de faire quelques brasses, sans même être inquiétée par le gardien qui n'a pas même le temps de remarquer cette belle nymphe qui se fond dans le décor. Années après années, elle transmet cette passion pour la nage à sa fille Chantal. 

"De même que Colette écrit de Sido, sa mère, qu'elle a deux visages : son visage de maison, triste, et son visage de jardin, radieux, ma mère a deux visages : son visage de maison, obscur, et son visage de natation, lumineux." p.70

D'Arcachon à Menton et Nice, Chantal Thomas peint le charme de la mer en toutes saisons, les étés lumineux avec les amies de plage, les histoires que l'on se raconte devant les châteaux de sable, les hivers langoureux, tous les interstices dans lesquels se glisse le bonheur, à la fois évident et insaisissable.

"Nous sommes les chiffonnières de la mer, les glaneuses de varech, les parleuses de la princesse. Nous allons de l'avant sans nous retourner." p. 112

Dans ce beau récit, de petits riens en petits riens, Chantal Thomas peint le portrait touchant de cette Jacky fantasque et chante son amour pour la mer et la mère avec tendresse et pudeur.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil

D'autres avis : Télérama ; Nouvel Obs ; Magazine Littéraire

Blogs : Caroline Laure

 

Elu Meilleur Récit 2017 par le Magazine Lire

 

Souvenirs de la marée basse, Chantal Thomas, Seuil, août 2017, 224 p., 18 euros

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