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La saga de Grimr de Jérémie MOREAU

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Je n’ai pas de nom, pas de famille, pas de terres, pas de possessions. Pour eux, je ne suis personne. Mais je vais leur montrer qui je suis. Le temps d’une vie. Chacun de mes actes comme autant de pierres posées pour construire l’édifice final. Car ce qu’ils ne savent pas, c’est que j’ai un volcan dans l’âme."

1783, Islande. Grimr devient orphelin après l'éruption du volcan sur lequel dort ce pays âpre. Il doit se construire seul, mais sa force impressionnante ne passe pas inaperçue. Il rencontre Vigmar, un voleur de grand chemin qui le prend sous son aile et l'encourage à bâtir sa propre légende : "Tant qu'on n'est pas mort, il n'est jamais trop tard pour rattraper sa réputation." lui dit-il. Mais le destin s'acharnera sur cet être démuni en quête d'identité, incarné notamment par un émissaire de sa gracieuse Majesté du Danemark, pays dont l'Islande subit le joug arbitraire. Au-delà de ces dissensions, Grimr est doté d'une force herculéenne qui effraie et fascine à la fois. Est-il un troll ? L'incarnation du mal qui rôde ? Les grandes légendes se fabriquent aussi à partir des histoires qui courent... Grimr pourra-t-il être aussi remarquable qu'un héros de saga comme Erik Le Rouge ?

L'Islande gronde, se prépare la plus grosse éruption lavique de l'histoire de l'Islande, une éruption qui décimera un tiers de la population islandaise, il est temps que Grimr trouve sa place...

Un profond souffle épique parcourt les pages lumineuses de Jérémie Moreau. Le graphisme est magnifique, à l'image de cette île sauvage aux contrastes saisissants.

Un album coup de coeur qui vient de recevoir à juste titre le Fauve d'Or du meilleur album 2018 à Angoulême

 

Présentation de l'éditeur : Delcourt

D'autres avis : Découvert chez Noukette et Moka

Du même auteur : Le singe de Hartlepool

 

La saga de Grimr, Jérémie Moreau, Delcourt, septembre 2017, 25.50 euros

La Bd de la semaine est chez Moka

 

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Arrête avec tes mensonges de Philippe BESSON

Publié le par Hélène

♥ ♥

Barbezieux, 1984. Là où tout commence... Philippe Besson, a 17 ans, des résultats à la hauteur des attentes de son père, instituteur, des amis fidèles. Quelques rumeurs courent déjà sur son attirance pour les garçons et si Philippe ne les alimente pas, il ne les fuit pas non plus, secrètement ravi de se trouver différent des autres, s'éloignant ainsi du rôle d'un enfant modèle qu'on lui assigne... "Je n'aurai pas à suivre la meute. D'instinct, je déteste les meutes. Cela ne m'a pas quitté." Durant cette année de terminale, il tombe sous le charme de Thomas Andrieu, garçon sombre et ténébreux qui se rapproche de lui.  Thomas et Philippe s'organisent des rendez-vous discrets, vivant une parenthèse enchantée, en parallèle de leur vie connue. La fin de l'année de terminale et les routes divergentes risquent de briser cet élan si pur...

"J'écrirai souvent, des années après, sur l'impondérable, sur l'imprévisible qui détermine les évènements.

J'écrirai également sur les rencontres qui changent la donne, sur les conjonctions inattendues qui modifient le cours d'une existence, les croisements involontaires qui font dévier les trajectoires.

Ça commence là, dans l'hiver de mes dix-sept ans."

A l'orée entre autobiographie et fiction, Philippe Besson évoque ici son premier amour, Thomas à la source de des thèmes récurrents de son oeuvre, le manque, "la privation insupportable de l'autre", la tristesse, la folie qui menace, manque qui prend ces racines ici, dans cette première histoire d'amour. Il sèmera dans son oeuvre des allusions à ce Thomas adolescent. Avec délicatesse et subtilité, l'auteur se livre sur ses choix, sur son homosexualité "Mais jamais je ne dévierai. Jamais je ne penserai : c'est mal, ou : j'aurais mieux fait d'être comme tout le monde, ou : je vais leur mentir afin qu'ils m'acceptent. Jamais. Je m'en tiens à ce que je suis. Dans le silence certes. Mais un silence têtu. Fier."

Mais il parle aussi d'un époque, de destins divergents à l'âge où l'avenir se profile, de ceux qui partent et ceux qui restent, dans leur ville natale, du hasard qui crée des trajectoires. Il touche à l'humain quand il parle d'identité, quand il effleure ce qu'il y a en nous que nous ignorons mais que les autres peuvent voir, par une soudaine fulgurance de l'esprit :  Thomas aura cette phrase visionnaire marquante sur Philippe  "Parce que tu partiras et que nous resterons." Il nous parle enfin de mensonges et de vérités, du pouvoir de la fiction et de sa force, face à une vérité rivée douloureuse.

Ainsi, Philippe Besson nous parle de lumière avec une mélancolie infinie ...
 

Prix obtenus : Prix Maison de la Presse 2017 et le Prix Psychologie du roman inspirant 2017. Il sera le président du jury du Prix Psychologies du roman Inspirant 2018, et j'ai la chance de faire aussi partie du jury cette année.

 

Présentation de l'éditeur : Julliard, 10-18

Du même auteur : L'arrière-saison

D'autres avis : Télérama ; Alex ; Sylire ; Benoît  ; Caroline ;

 

Arrête avec tes mensonges, Philippe Besson, 10-18, janvier 2018, 158 p., 6.90 euros

Le roman sera adapté au cinéma par Olivier Peyon.

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Sapho de Alphonse DAUDET

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Quel maléfice tenait donc, dans cette vie à deux ?"

Jean Gaussin tombe amoureux de Sapho dans les milieux interlopes du Paris bohème et s'attache à cette femme plus âgée que lui. Il découvre qu'elle est en fait une courtisane et comprend que cette femme issue d'un tout autre milieu que le sien fera son malheur, mais il se rassure en se disant qu'il la quittera, quand sa nomination à l'étranger arrivera. Mais les liens sont difficiles à couper quand l'amour s'invite...

Sapho, Moeurs parisiennes paraît pour la première fois sous forme de feuilleton dans l’Echo de Paris en 1884 puis chez G.Charpentier aussi en 1884. Ce roman permet de s'interroger sur les rouages du sentiment amoureux et du couple. Jean est un jeune amoureux impétueux, freiné souvent par Sapho, plus expérimentée. Il offre finalement une vision sans concession du couple avec notamment cette métaphore de la première montée des escaliers quand Jean choisit de porter sa femme jusqu'aux étages :

"Il monta le premier étage d'une haleine, heureux de ce poids que deux beaux bras, frais et nus, lui nouaient au cou.

Le second étage fut plus long, sans agrément. la femme s'abandonnait, se faisait plus lourde à mesure. Le fer de ses pendeloques, qui d'abord le caressait d'un chatouillement, entrait peu à peu et cruellement dans sa chair.

Au troisième, il râlait comme un déménageur de piano ; le souffle lui manquait, pendant qu'elle murmurait, ravie, la paupière allongée : "Oh ! m'ami, que c'est bon ... qu'on est bien..." Et les dernières marches, qu'il grimpait une à une, lui semblaient d'un escalier géant dont les murs, la rampe, les étroites fenêtres tournaient en une interminable spirale. ce n'était plus une femme qu'il portait, mais quelque chose de lourd, d'horrible, qui l'étouffait, et qu'à tout moment il était tenté de lâcher, de jeter avec colère, au risque d'un écrasement brutal."

Sapho est-elle une femme corruptrice ? La ville de Paris serait-elle corruptrice également, lieu de perdition, par rapport à la province, plus saine et  simple ? Pour écrire ce roman Alphonse Daudet se serait inspiré de son expérience tumultueuse qu’il vécut, étant jeune, avec Marie Rieu. Il hantait également les milieux bohèmes de l'époque et sa peinture de Paris rayonne de réalisme.

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

 

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Rencontre avec Olivier Bourdeaut

Publié le par Hélène

Lundi dernier nous avons pu rencontrer Olivier Bourdeaut, le talentueux auteur de En attendant Bojangles et de Pactum Salis dans les salons de Ladurée Royale à Madeleine. La rencontre était organisée par La Fnac qui avait également convié certains de ses adhérents, et elle était menée par Karine Papillaud. Ce fut l'occasion de revenir sur le parcours atypique de cet écrivain au charme indéniable.

"Un jour je ferai un coup d'éclat"

Mauvais élève, je rassurais mes parents en leur certifiant qu'un jour, je ferai un coup d'éclat donnant un sens à toutes les lacunes accumulées. J'ai écrit En Attendant Bojangles en deux mois en Espagne. S'il a tout d'abord été refusé par les éditeurs, il a fini par rencontrer un succès foudroyant.

Pactum salis

Pactum salis signifie que l'amitié est un pacte de sel, et ce titre n'est pas représentatif du roman puisque les amitiés du roman sont fortement contrariées. J'ai personnellement des relations apaisées avec mes amis, contrairement aux personnages du roman !

Dans Pactum Salis les deux personnages s'opposent. Ils ont deux métiers antagonistes : l'un est agent immobilier et court après l'argent, l'autre est paludier, en accord avec la nature. Chacun a fait ses choix, et tous deux sont heureux, satisfaits de leur vie. Humour, étincelle, rugosité, voilà ce que j'attendais de cette rencontre et puis leur rencontre m'a échappé. Michel est moins sympathique a priori mais finalement son ridicule le rend attachant.

Le personnage d'Henri

Lui aussi est un personnage qui s'est imposé comme un "Dédé", c'est à dire un débauché de droite. J'en avais assez de cette scission entre deux groupes, les bobos et les beaufs, j'ai donc inventé les "Dédés" pour montrer qu'il y a d'autres tribus.

Des projets dans d'autres domaines ?

Non, je ne souhaite pas faire autre chose qu'écrire mes romans ! En France sitôt que vous faites quelque chose de bien, on vous propose de faire autre chose, d'écrire des articles pour les journaux, des pièces de théâtre. J'ai trouvé en quoi je suis bon, pourquoi aller ailleurs, je préfère me concentrer sur quelque chose que j'arrive à faire pas trop mal. Et puis j'aime l'écriture aussi parce que c'est une activité solitaire qui me convient très bien.

L'amour de la langue

J'aime le vocabulaire suranné, je déteste les anglicismes. Je dis cela et pourtant mon prochain roman aura un titre anglais mais j'ai réussi à justifier ce titre par une pirouette pour avoir la conscience tranquille.  Je suis admiratif de la façon dont ma grand-mère s'exprimait, ce vocabulaire châtié, ces tournures de phrases syntaxiquement parfaites. Cela a disparu. La langue n'est plus le support de l'élégance, il doit y avoir à notre époque plus de fond que de forme.  Je suis déçu par cet effondrement de la langue et de l'esprit. Un premier ministre fait maintenant des tweets avec ces émoticônes et c'est une grande défaite si une simple boule jaune donne le fond de la pensée. C'est catastrophique !

Le travail des éditeurs

Sur Bojangles les éditeurs ont enlevé dix lignes pour Pactum salis j'ai eu plus de travail, un mois et demi environ. L'éditeur dirige le travail, il nous guide avec honnêteté, par exemple je  rajoutais des fioritures à la fin de chaque chapitre et mon éditeur m'a conseillé de les supprimer pour un effet plus efficace. Dans En attendant Bojangles le garçon disait toujours "Et tout et tout et tout" et je ne m'en rendais pas compte. Néanmoins pour Pactum Salis je regrette une scène qui a : c'était une scène désuète avec un curé, je la trouvais charmante.

Le prochain roman

Je l'ai en tête mais il n'est pas encore écrit. Il se passera aux Etats-Unis. Mais actuellement je suis dans une frénésie qui nuit à mon écriture. J'ai besoin de me retirer de cette vie trépidante et d'ingérer tout ce que j'ai vécu. Avant j'avais du temps mais pas d'argent maintenant c'est l'inverse. L'écriture vient aussi de l'ennui et de l'observation. De fait je pense que mon prochain roman ne sortira que dans trois ans.

Pour conclure

Je laisserai le dernier mot à la maman d'Olivier Bourdeaut qui était présente :

"Il ne faut jamais désespérer de ses enfants : Olivier était plutôt mauvais élève, puis il a éprouvé des difficultés à trouver sa voie, mais finalement, il n'a pas menti et il a fini par accomplir son coup d'éclat !"

 

A lire : En attendant Bojangles et Pactum Salis

 

A déguster : Le ISPAHAN de chez Ladurée

 

 

Merci à Julie et à la Fnac pour l'invitation et à Eva pour sa radieuse compagnie.

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Le loup en slip de LUPANO, ITOIZ, CAUUET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Où comment un slip peut changer une vie !

Le loup terrorise la forêt et ses habitants qui se sont organisés pour lutter contre ce fléau qui rode autour d'eux. Le loup peut survenir à tous moments, et chacun se prépare à cette éventualité, si bien qu'une véritable économie centrée sur la peur a vu le jour : brigades de surveillance, pièges anti-loups, clôtures sécurisées, mais aussi des conférences, des cours de self-défense, des gazettes qui se repaissent de la moindre pseudo-apparition, ou disparition mystérieuse, et puis l'écureuil qui propose de se réconforter en mangeant des noisettes ou des chips !  

Jusqu'au jour où le loup fait une descente ... affublé d'un charmant slip à rayures qui a tendance à plus le ridiculiser qu'à effrayer ses semblables. Et justement... si ce slip avait changé la mentalité du loup, qu'arriverait-il ?

Cet album hybride entre livre d'illustrations et bande dessinée parle aussi bien aux enfants pour relativiser leur peur du loup qu'aux adultes qui seront sensibles à ces problématiques sécuritaires si facilement ébranlables. Et si en plus ce sont les vieux fourneaux qui nous le présentent...

Une vraie réussite qui confirme le talent de ses auteurs !


Présentation de l'éditeur : Dargaud

D'autres avis : Découverte chez  Jérôme ; Ys ; Mo ; Leiloona ; Sabine

Du même auteur : Le singe de Hartlepool ; Un océan d'amour ; Les vieux fourneaux

A lire : Le deuxième tome : Le loup en slip se les gèle méchamment

 

BD de la semaine chez Mo

 

Publié dans Jeunesse BD

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Etre ici est une splendeur, vie de Paula M. Becker de Marie DARRIEUSSECQ

Publié le par Hélène

 ♥ ♥

1876 à 1907. Paula Modersohn-Becker est une artiste peintre allemande de la fin du XIXème siècle, célèbre en Allemagne et dans beaucoup d’autres pays au monde, mais à peu près inconnue en France bien qu’elle y ait séjourné à plusieurs reprises... Elle est précurseure de l’expressionnisme, et fut amie de Rilke et de son épouse, la sculptrice Clara Westhoff. Elle peint envers et contre tout, comme un besoin essentiel.

Elle se marie en 1901 avec Otto Modersohn, mais elle reste déçue par le mariage, ce qui la pousse à quitter son mari quelques années plus tard, préférant se consacrer corps et âme à son art.

"L'expérience m'a enseigné que le mariage ne rend pas plus heureuse. Il ôte l'illusion d'une âme soeur, croyance qui occupait jusque-là tout l'espace. dans le mariage, le sentiment d'incompréhension redouble. Car toute la vie antérieure au mariage était une recherche de cet espace de compréhension. est-ce que ce n'est pas mieux ainsi, sans cette illusion, face à face avec une seule grande et solitaire vérité ?"

Elle reviendra vers lui et tombera alors enceinte, mettant au monde une petite fille, Mathilde. Dix-huit jours après sa naissance, alors qu'on l'autorisait à se lever pour la première fois, elle s'écroula, victime d'une embolie pulmonaire. Son dernier mot sera "Schade" "Dommage".

AU-delà de son intérêt pour son art, Marie Darrieussecq s'est aussi intéressée à elle à cause de ce dernier mot :  "J'ai écrit cette biographie à cause de ce dernier mot. Parce que c'était dommage. Parce que cette femme que je n'ai pas connue me manque. parce que j'aurais voulu qu'elle vive. Je veux montrer ses tableaux. Dire sa vie. Je veux lui rendre plus que la justice : je voudrais lui rendre l'être-là, la splendeur."

Ce que j'ai moins aimé : le style et certains détails nous font balancer entre charme et vide des propos : par exemple au restaurant des détails tels que : "Paula y prend volontiers des asperges, et Rilke du melon." apparaissent bien peu nécessaires...

Bilan : Au-delà du personnage touchant de l'artiste, je n'ai pas été sensible au charme de cette biographie.

 

Présentation de l'éditeur : POL ; Folio

D'autres avis : TéléramaBabélio

 

Etre ici est une splendeur, Marie Darrieussecq, Folio, septembre 2017, 160 p., 6 euros

 

EXTRAIT DE REQUIEM POUR UNE AMIE
Rainer Maria Rilke, 1908

Proche de Paula Modersohn-Becker, le poète Rainer Maria Rilke est terriblement affecté par la disparition de la jeune femme. Les deux amis se sont toujours vouvoyés. Mais un an après son décès, il la tutoie dans un texte poignant à sa mémoire.

« Dis, dois-je voyager ? As-tu quelque part
laissé une chose qui se désole
et aspire à te suivre ? Dois-je aller visiter un pays
que tu ne vis jamais, quoiqu’il te fût apparenté
comme l’autre moitié de tes sens ?
Je m’en irai naviguer sur ses fleuves, aux étapes
je m’enquerrai de coutumes anciennes,
je parlerai avec les femmes dans l’embrasure des portes,
je serai attentif quand elles appelleront leurs enfants.
[…]
Et des fruits, j’achèterai des fruits, où l’on
retrouve la campagne, jusqu’au ciel.
Car à ceci tu t’entendais : les fruits dans leur plénitude.
Tu les posais sur des coupes devant toi,
tu en évaluais le poids par les couleurs.
Et comme des fruits aussi tu voyais les femmes,
tu voyais les enfants, modelés de l’intérieur
dans les formes de leur existence. »

 

Le musée d'Art Moderne de Paris lui consacre une exposition en 2016, exposition à laquelle a collaboré Marie Darrieussecq :

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Cassandra de Todd ROBINSON

Publié le par Hélène

♥ ♥

Boo et Junior sont videurs dans un club de Boston. Un beau soir, en lieu et place des habituelles bagarres, se présente à eux une belle jeune femme chargée à les amadouer pour qu'ils acceptent une requête particulière : retrouver la fille du procureur de Boston. Bien que charmés, ils hésitent, mais finissent par accepter soupçonnant que la jeune fille court un sérieux danger en fréquentant des milieux interlopes.

Cette mission les entraine de bastonnades en bastonnades, mais les deux mastodontes au coeur pur sont prêts à tout pour découvrir où se cache la jeune femme.

Peu de temps morts dans cette folle aventure tournant autour de deux personnages atypiques, et même si l'intrigue n'est pas très originale, les dialogues enlevés apportent du sel au roman.

Ce que j'ai moins aimé : Je n'ai pas été sensible à l'humour de Boo. Ni à son intrigue amoureuse dont on aurait pu se passer...

Bilan : Un roman policier bien rythmé efficace !

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

D'autres avis : Encoredunoir

Vous aimerez aussi : Les Lansdale

 

Cassandra, Todd Robinson, Traduit par Laurent Bury, Gallmeister, Totem, mars 2017, 336 pages, 9.80 euros

 

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Derniers feux sur Sunset de Stewart O'NAN

Publié le par Hélène

♥♥♥

"Tel était bien le problème avec Hollywood : tout se transformait en scénario."

1937. Francis Scott Fitzgerald ne le sait pas encore mais il vit ses dernières années.

Zelda est internée et si elle espère sortir, ses crises constantes n'oeuvrent pas en ce sens... Scott a beau lui rendre visite avec ou sans Scottie, il ne peut que constater le fossé qui s'installe entre eux et les sépare irrémédiablement. Zelda vit dans un autre univers, et même si elle le surnomme encore "mon bécasseau" et que tous les deux tentent de se rassurer avec des "te souviens-tu", ils s'éloignent indubitablement l'un de l'autre. Scott part alors pour Hollywood acculé par ses dettes et ses problèmes avec l'alcool, acceptant le métier peu glorieux de scénariste à La Metro Goldwyn Mayer. Là-bas, il rencontre la jeune Sheilah Graham, journaliste au charme irrésistible !

Dans les décors en carton pâte d'Hollywood, Francis Scott Fitzgerald évolue en titubant, la plupart des projets de scénarios qu'on lui confie tombe à l'eau, il doit repartir de zéro et donner de la consistance à des intrigues et des personnages qui en sont initialement dépourvus. La plupart de ces scénarios ne sera pas tourné, à l'exception de Trois camarades. Il hante les fêtes de la ville mythique, aux côtés de ses collègues Dorothy Parker et Robert Benchley, croisant ses stars si facilement déchues, ces acteurs mythiques de l'époque, de Marlène Dietrich à Clark Gable, ou ses écrivains comme Hemingway.

Portrait d'une époque et de ce milieu des scénaristes, Derniers feux sur Sunset évoque avec brio malgré quelques longueurs "l'envers du paradis", évoquant aussi la montée du nazisme, et dressant le portrait émouvant de cet homme qui, sentant ses derniers instants venir avec ses problèmes cardiaques, s'attelle sans relâche à la rédaction de son dernier roman Le Dernier Nabab, qu'il laissera inachevé.

 

Présentation de l'éditeur : Points ; Editions de l'Olivier

D'autres avis : Télérama ; La cause littéraire

Du même auteur : Emily

 

Derniers feux sur Sunset, Stewart O'NAN, Points, août 2017, 456 p., 8 euros

 

Sélectionné pour le prix du meilleur roman Points 2018

 

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L'histoire du lion Personne de Stéphane AUDEGUY

Publié le par Hélène

♥♥

Alors qu'il quitte son village pour se rendre à Saint Louis, Yacine rencontre un jeune lionceau abandonné. Touché par la solitude de l'animal abandonné par sa mère, il décide de l'emmener avec lui. Et c'est ainsi que commence l'incroyable épopée de ce lion qu'il appellera Personne, en hommage à la ruse d'Ulysse sur l'île du Cyclope. Jean-Gabriel Pelletan directeur de la compagnie royale du Sénégal chez qui se rend Yacine accepte de garder le lionceau qui grandit dans un univers protégé. Mais un jour il blesse un jeune garçon et Pelletan doit l'éloigner du Sénégal. Il décide de l'envoyer à Paris, à la ménagerie royale de Versailles.

Ce court roman permet de découvrir ce fascinant animal qui a réellement vécu de 1786 à 1796.

Woira le lion et son chien, 1794-1796 © MNHN - Bibliothèque centrale

Lion Woira et le chien Braque à la ménagerie du jardin des Plantes

Son histoire originale permet de sonder les rapports entre les hommes et les animaux oscillant entre maltraitance et bienveillance.

Ce que j'ai moins aimé : Il est difficile de s'attacher à un des personnages qui sont assez détachés, froids. Sitôt que l'on commence à s'attacher à l'un d'eux, le lion doit les quitter et nous les quittons également.

Bilan : Un tableau de l'époque intéressant et original.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil ; Points

D'autres avis : sur le site des Editions Points, l'avis des autres jurés du prix du Meilleur Roman Points

 

Histoire du lion personne, Stéphane Audéguy, Points, août 2017, 168 p., 6.50 euros

 

Roman sélectionné pour le Prix Meilleur Roman Points 2018

 

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La daronne de Hannelore CAYRE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tolérance zéro, réflexion zéro, voilà la politique en matière de stupéfiants pratiquée dans mon pays pourtant dirigé par des premiers de la classe."


Patience Portefeux, 53 ans, est une femme seule, veuve, devant assumer les frais couteux de sa mère à l'hospice. Elle a travaillé toute sa vie en ayant toujours des difficultés pour boucler les fins de mois. Son métier lui offre alors une opportunité décalée : alors qu'elle pratique des traductions d'écoutes téléphoniques dans les enquêtes des stups et du grand banditisme, un magot lui tombe soudain du ciel. De fil en aiguille, elle devient la Daronne...

Ce roman original et très bien écrit met en scène une héroïne au profit atypique, une femme de 53 ans qui rêvait enfant de collectionner les feux d'artifice, rêve fou que la vie a allègrement piétiné. A l'heure de prendre sa revanche, elle n'hésite pas un instant, tant elle est désabusée par la société et les politiques qui la régissent. L'amoralité du monde qui l'entoure, l'illogique d'un système qui fonctionne à l'envers la pousse à jouer ses propres cartes. Par exemple, si elle travaille pour la police, elle est payée au noir par le ministère. "C'est d'ailleurs assez effrayant quand on y pense, que les traducteurs sur lesquels repose la sécurité nationale, ceux-là mêmes qui traduisent en direct les complots fomentés par les islamistes de cave et de garage, soient des travailleurs clandestins sans sécu, ni retraite. Franchement comme incorruptibilité on fait mieux, non ?

Enfin, moi qui suis corrompue, je trouve ça carrément flippant."

De même, elle reste lucide sur la façon dont est menée la lutte contre la drogue en France : avec cette tolérance 0 et des moyens faramineux déployés pour lutter contre les délinquants, mais, parallèlement et paradoxalement, des français de souche loin d'être irréprochables terrés dans leur campagne et épargnés.

"Quatorze millions d'expérimentateurs de cannabis en France et huit cent mille cultivateurs qui vivent de cette culture au Maroc. Les deux pays sont amis et pourtant ces gamins dont j'écoutais à longueur de journées les marchandages purgeaient de lourdes peines de prison pour avoir vendu leur shit aux gosses de flics qui les poursuivent, à ceux des magistrats qui les jugent ainsi qu'à tous les avocats qui les défendent. Du coup ils deviennent amers et haineux. On ne m'enlèvera pas de l'esprit (même si mon ami flic m'affirme que je me trompe) que cette débauche de moyens, cet acharnement à vider à la petite cuillère la mer de shit qui inonde la France, est avant tout un outil de contrôle des populations en ce qu'elle permet de vérifier l'identité des Arabes et des Noirs dix fois par jour."

Ce que j'ai moins aimé : Le cynisme grinçant de cette anti-héroïne moderne est assez désespérant notamment en ce qui concerne la gestion de la vieillesse et la solitude dans laquelle se meuvent les êtres.

Bilan : Un roman percutant, marquant qui mérite amplement tous les prix obtenus :

Grand Prix de littérature policière - 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017 / Meilleur polar de l'année 2017, selon le Magazine Lire

 

Présentation de l'éditeur : Métailié

D'autres avis : Télérama ; Encordunoir ; Yves

 

La daronne, Hannelore Cayre, Métailié, mars 2017, 171 p., 17 euros

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