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Les étoiles s'éteignent à l'aube de Richard WAGAMESE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On n'est rien d'autre finalement. Que nos histoires."

Quand Eldon appelle son fils Franklin à son chevet, il sait que ses jours sont comptés. Détruit par des années d'alcoolisme, il est rongé de l'intérieur et souhaite que son fils l'accompagne dans la montagne pour l'enterrer comme un guerrier. Pour les deux hommes qui n'ont jamais vécu ensemble, c'est aussi l'occasion d'explorer le passé. Franklin espère avoir des réponses aux questions qu'il se pose, lui qui a été élevé par un autre homme que son père et qui n'a jamais connu sa mère.

Arpentant les grands espaces dans lesquels Benjamin se meut avec aisance et harmonie, les hommes se réconcilient aussi avec leurs origines indiennes et avec "le Grand Tout".

"Jimmy disait tout le temps que nous étions un Grand Mystère. Tout. Il disait que les choses qu'ils faisaient, ces Indiens d'autrefois, c'était rien d'autre que d'apprendre à vivre avec ce mystère. Pas le résoudre, pas s'y attaquer, pas même chercher à le deviner. Juste être avec. J'crois que j'aurais aimé apprendre le secret qui permet de faire ça."

Leur identité s'est forgée au fil de leurs histoires, et si Benjamin peut ressentir de l'amertume face à ce père alcoolique, le récit des épreuves d'Eldon lui permettra de mieux comprendre qui il est et d'où il vient.

"Le vrai monde c'était un espace de liberté calme et ouvert, avant qu'il apprenne à l'appeler prévisible et reconnaissable. Pour lui, c'était oublier écoles, règles, distractions et être capable de se  concentrer, d'apprendre et de voir. Dire qu'il l'aimait, c'était alors un mot qui le dépassait, mais il finit par en éprouver la sensation. C'était ouvrir les yeux sur un petit matin brumeux d'été pour voir le soleil comme une tache orange pâle au-dessus de la dentelure des arbres et avoir le goût d'une pluie imminente dans la bouche, sentir l'odeur du camp Coffee, des cordes, de la poudre et des chevaux. (...) C'était aussi la sensation de l'eau qui jaillit d'une source de montagne. Aspergée sur ton visage comme un éclair glacé. Le vieil homme lui avait fait découvrir tout cela."

Richard Wagamese peint ici un magnifique roman sur ce qu'on transmet à ses enfants, sur la force qu'on leur inculque pour faire face aux évènements marquants de la vie, et de la vérité qui se tapit en eux, prête à resurgir, intacte, pure. Un roman profondément touchant.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Zoé

D'autres avis : Jérôme ; Sandrine

 

Les étoiles s’éteignent à l’aube de Richard Wagamese (traduit de l’anglais par Christine Raguet). Zoé, 2016. 285 pages. 21,00 euros

 

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Le lycée Pierre de Coubertin et le Goncourt des Lycéens

Publié le par Hélène

La documentaliste du lycée Pierre de Coubertin à Calais et la professeure Cécile Wallant ont souhaité faire participer leur classe cette année. Le lycée avait déjà participé au prix, et ce fut un franc succés si bien qu'elles ont souhaité proposer à nouveau leur candidature, pour ce "projet sympa qui permet aux élèves de découvrir la littérature contemporaine."

La documentaliste souligne que les élèves lisent de tout, même si en classe, ils ont plutôt tendance à lire de la littérature classique, au CDI ils empruntent beaucoup de littérature jeunesse. Le CDI a acheté un jeu de romans dés le début, ainsi les livres de la sélection ont été beaucoup lus, empruntés. Il semble que Summer plaise beaucoup, mais finalement chaque élève a trouvé un roman différent pour lui plaire...

 

Les lycéennes Léa Flavie, Océane et Eugénie et Léonie ont d'abord été surprises quand elles ont appris participer au prix, c'était assez inattendu, voire effrayant de se dire qu'il allait falloir lire 15 romans en peu de temps. Mais finalement, elles ont trouvé cela enrichissant, notamment le fait d'élargir leurs connaissances sur l'histoire par le biais de personnages et de points de vue différents. Cela leur a permis aussi de s'intéresser à des romans vers lesquels elles ne seraient pas allées volontairement.

Par la suite, elles vont élire des délégués dans chaque classe, qui iront ensuite défendre leurs choix. Pour l'heure, les livres les plus appréciés sont L'art de perdre / Un loup pour l'homme / Summer / et L'ordre du jour.

 

Elèves et professeurs ont créé un blog pour parler de leurs lectures : http://le-goncourt-des-lyceens-2017-quelle-aventure.blog4ever.com/

 

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Publié dans Goncourt des lycéens

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Alice Zeniter et le Goncourt des Lycéens

Publié le par Hélène

Comment avez-vous vécu les rencontres avec les lycéens ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

J'ai vécu la série de rencontres tout d'abord comme une série de voyages en compagnie des autres auteurs et donc comme une sorte de colonie de vacances un peu étrange. Il y naît le même genre d'amitiés instantanées, que seule permet la fréquentation quotidienne, et je suis très heureuse d'avoir pu rencontrer certains d'entre eux dans ces conditions. Les salons ne nous auraient pas permis de telles discussions.

Quant aux rencontres avec les lycéens, ce qui est passionnant sur un tel format, c'est que l'on peut non seulement considérer les questions une par une mais aussi leur récurrence d'une rencontre à l'autre. On voit à la fois se dessiner des lecteurs très différents et des motifs de lecture qui pourtant se répètent. Par ailleurs, je n'ai pas pour ma part trouvé que les questions différaient tant de celles posées en librairie. Et je me suis rappelée que lorsque j'étais au lycée, je me pensais déjà comme une adulte, et qu'il n'y avait pas de raison que les lycéens nous posent donc des questions d'enfants.

Qu’avez-vous pensé de leurs questions ? Y a-t-il eu des questions surprenantes ? Lesquelles ?

Je pense qu'elles sont très encadrées par les professeurs, la plupart du temps. Pour cette raison, mes questions préférées ont été les questions surprenantes. Je pense notamment au fait que d'un jour à l'autre, j'ai eu deux questions opposées sur mon style. L'une posée à Lille et qui décrivait mon écriture comme « élégante et brutale », l'autre à Toulouse qui en faisait un processus « déroutant, long et trop compliqué ». On m'a aussi demandé à Marseille si mon livre était « une incitation à aimer la France », ce qui – passé l'étouffement instantané provoqué par une telle question – m'a amené à réfléchir à voix haute à l'arbitraire des naissances, au fait que l'injonction « la France, tu l'aimes ou tu la quittes » ne s'adressait qu'à une certaine partie de la population, et à l'étrangeté d'entendre le pouvoir exécutif parler le langage de l'amour… J'y pense encore.

Toujours à Toulouse, un groupe de lycéens m'a parlé d'un passage au tout début du livre : il s'agit en fait d'une seule ligne qui décrit la mort du père d'Ali « Il chute dans les rochers en poursuivant une chèvre fugueuse ». Les garçons trouvaient ça hilarant et m'ont mimé l'esquive de la chèvre au bord du rocher. Ils ont réussi à me persuader qu'il s'agit d'un passage hautement comique.

Quelle lycéenne étiez-vous ? Lisiez-vous ? Quels auteurs ?

J'étais très attirée par le mouvement hippie des années 60. Je cousais mes vêtements. Je parlais de vivre en autarcie avec mes copains dans une ferme ardéchoise.  J'avais l'impression qu'une manifestation de quelques centaines de personnes pouvait changer le monde. Et je lisais beaucoup, oui. Tolkien, Vian, Zola, Bradbury, Hugo (mon père était un grand lecteur de science-fiction et ma mère de romans naturalistes – ma bibliothèque était alors constituée principalement des livres que je leur chipais).

Auriez-vous aimé, adolescente, participer à ce type de jury littéraire ?

Je pense que oui. D'autant plus que j'ai passé un bac scientifique et je me morfondais de ne pas pouvoir consacrer plus de temps à la littérature.

Lisez-vous les Goncourt des lycéens ?

Pas vraiment. Ou disons que je ne les lis pas parce qu'ils ont reçu le prix. J'en lis certains parce qu'ils croisent ma route et m'intriguent. Ça a notamment été le cas pour « Petit pays » dont j'avais entendu beaucoup d'éloges venant d'amis aux goûts littéraires tout à fait opposés. 

 

Alice Zeniter a publié L'art de perdre aux éditions Flammarion.

Publié dans Goncourt des lycéens

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Olivier Guez et le Goncourt des lycéens

Publié le par Hélène

Comment avez-vous vécu les rencontres avec les lycéens ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

J’ai vécu ces rencontres avec intérêt et curiosité. Il est rare de rencontrer autant de lecteurs en une seule fois, qui plus est des adolescents. C’est un autre public, plus direct, plus spontané. Avant les rencontres, je ne savais pas trop à quoi m’attendre, je n’ai pas d’adolescents dans mon entourage. Dix jours plus tard, j’ai trouvé ces rencontres très réconfortantes : c’est magnifique de voir des ados se passionner pour la lecture ! En somme, j’ai vécu une magnifique expérience.

Qu’avez-vous pensé de leurs questions ? Y a-t-il eu des questions surprenantes ? Lesquelles ?

Ils étaient bien préparés. Souvent leurs questions ne diffèrent guère de celles des journalistes. Rien ne m’a vraiment surpris : du travail de pros !

Quel lycéen étiez-vous ? Lisiez-vous ? Quels auteurs ?

Je m’ennuyais au lycée parce que j’ai suivi une filière scientifique alors que j’étais déjà passionné par la littérature et l’histoire. Les cours de biologie et de mathématiques étaient une souffrance ! J’ai toujours beaucoup lu, depuis ma petite enfance. L’une de mes plus grandes joies, enfant, était d’aller à la librairie avec ma mère. Au lycée, je lisais les grands auteurs russes, notamment Dostoievski, L’enfant de Jules Valles, Solal et Mangeclous d’Albert Cohen…

Auriez-vous aimé, adolescent, participer à ce type de jury littéraire ?

J’aurais adoré. J’imagine que c’est très excitant à 15, 16 ans de rencontrer des auteurs, de lire leur livre et d’élire le meilleur !

Lisez-vous les Goncourt des lycéens ?

Oui, bien sûr, ça m’est arrivé.

Lequel vous a particulièrement marqué ?

Le rapport de Brodeck, de Philippe Claudel, Charlotte de David Foenkinos, et Le testament français de Makine.

 

Olivier Guez a publié La disparition de Joseph Mengele chez Grasset

Voici son site internet http://www.olivierguez.com/

 

Publié dans Goncourt des lycéens

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Summer de Monica SABOLO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Où sont les êtres que l'on a perdus ? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l'intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l'intérieur de nos corps, ils inspirent l'air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l'oreille d'un nouveau-né."

Au bord du lac Léman, Summer et son frère cadet grandissent dans un milieu privilégié. Si Summer rayonne et illumine son entourage, son frère est plus taciturne. Mais un beau jour, après un pique-nique au bord du lac, la jeune femme disparait mystérieusement, laissant sa famille désemparée.

"Les gens disparaissent de nos vies, c'est ainsi que cela se passe. Certains sont là pour toujours, d'autres, généralement ceux que vous aimez le plus, se volatilisent les uns après les autres, sans explication, ils sont là ensuite ils ne le sont plus, et le monde poursuit sa route, indifférent, à la façon d'un organisme primaire constitué d'eau et de vide se propulsant dans un espace également constitué d'eau et de vide, ou d'un coeur aveugle, translucide, entièrement dédié à sa pulsation." p. 185

Vingt-quatre ans plus tard, cette disparition demeure toujours aussi nébuleuse, hantant Benjamin qui décide de se pencher à nouveau sur les tréfonds de son âme et de son passé. Des brides de souvenirs affluent, mais leur signification reste vague et décousue. Pourra-t-il trouver des réponses à ses questions ?

Monica Sabolo nous plonge dans les limbes fantasmagoriques de l'âme torturée de ce jeune homme démuni devant la disparition de sa soeur. Elle analyse avec profondeur et poésie les scories laissées par l'adolescence et les rapports familiaux, les sacrifices des uns et des autres pour garder la face et ne pas fissurer une image trop lisse. Les réveils seront brutaux...

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès

D'autres avis : Télérama ; L'express , Jostein ; Leiloona ;

 

Summer, Monica Sabolo, JC Lattès, août 2017, 320 p., 19 euros

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Rencontre avec Claudie Gallay

Publié le par Hélène

Jeudi dernier avait lieu une rencontre avec Claudie Gallay initiée par Aliette Armel dans le cadre du Livre forum

Claudie Gallay a évoqué son dernier roman La beauté des jours 

Aller au bout de soi et de ses décisions

Voici la leçon de Marina Abramovic dont je parle dans ce roman. Elle parle de ses passions avec son corps. J'ai découvert cette artiste grâce à un article dans Télérama, et je suis "tombée en amour". Marina a vécu 17 ans de passion avec Ulay, même pour se séparer, ils se sont mis en danger. Comment une artiste en danger fascine-t-elle quelqu'un qui est du côté de la sécurité ? Jeanne n'est pas du tout dans l'audace, elle est dans la prudence retenue. Marina est un miroir de ce qu'elle aimerait être ou faire.

Marina n'a pas choisi sa façon de vivre, elle s'est appuyée sur son enfance, sur ses parents autoritaires, elle voulait prouver qu'elle était capable de réussir. Et elle réussit. Il y a un an dans un entretien, alors qu'elle était au summum de son art, elle a dit qu'elle donnerait beaucoup pour se lever le matin, être là avec quelqu'un, boire un café, lire le journal et juste parler de ce qu'on va faire aujourd'hui. Elle rêve d'un quotidien banal en somme. Et Jeanne a cela, cette monotonie, ce quotidien réglé.

L'art fait résonner la vie

L'art contemporain est présent dans d'autres de mes romans, par exemple dans Seule Venise avec le peintre Zoran Music, l'auteur de peintures et gravures fascinantes. Il a connu l'expérience des camps de concentration.

J'ai écrit aussi sur Opalka dans Détails d'Opalka.

Ce sont des artistes partis de situations extrêmes qui ont eu besoin de les transmuer dans des oeuvres extrêmes. Dans mes romans, ils font écho avec des personnages  qui n'ont pas de rapport avec ces situations, mais trouvent quelqu'un qui leur parle et ils grandissent ainsi. Ils éprouvent le besoin d'approcher les artistes.

L'art fait résonner la vie, il embellit.

Jeanne a découvert Abramovic à l'école, elle qui n'est pas une intellectuelle a compris ce langage, ce langage de corps, de chair, de ressenti. Pendant 20 ans, elle ne l'a pas oublié, c'était toujours là. Vingt ans plus tard, un cadre tombe, la mémoire rend Marina. Jeanne est disponible à ce moment-là, il est temps pour elle de faire remonter à la surface ce qui est en elle.

Jeanne est née de ses manques

La ferme était aussi dans L'office des vivants. Jeanne est issue d'une famille de taiseux, ses parents sont paysans et Jeanne est issue de ce silence. C'est pour cela qu'elle a compris Abramovic, cela résonne en elle, tous ces manques. Elle est au mi-temps de sa vie et elle fait le point. Alors quelqu'un surgit.

Dans mes romans souvent, quelqu'un surgit, quelqu'un qui va tout mettre en déséquilibre. C'est important de se faire bousculer. Martin est un amour d'adolescente laissé en suspens. Que se passe-t-il quand vingt ans plus tard on recommence ? Peut-on retrouver l'émotion de l'adolescence ?

Jeanne n'est pas une intellectuelle, elle ressent les choses. Elle a envie d'aimer. Rémi, son mari, voit tout, sait tout, mais il l'aime intangiblement. Martin est celui qui fait battre son coeur et emmène ses battements de coeur de l'autre côté de l'océan. Il est celui qui lui parle de Giono, il est celui qui éveille la curiosité de Jeanne. Il la réveille en tant que femme.

De la difficulté d'écrire une lettre d'intention

Au début, j'écris beaucoup, pour arriver ensuite à cerner, au début le texte faisait trois fois le volume du texte. Après, comme un sculpteur qui enlève petit à petit, j'épure. Comme Giacometti, pour arriver à des personnages filiformes. Le travail final demande de retirer ce qui est inutile, pour que ne reste que ce qui est essentiel. Au début l'écriture importe peu, ce qui est essentiel ce sont les personnages et l'histoire.

A la fin je lis aussi l'histoire à haute voix pour encore épurer, tailler.

Je commence à vraiment comprendre mon roman maintenant, quand j'en parle en librairie. Mon éditeur m'avait demandé d'accompagner mon texte d'une lettre d'intention, mais j'ai été désemparée, j'ai été incapable de l'écrire. Maintenant je pourrais le faire. J'ai besoin d'un temps de pause, je comprends mes livres une fois que j'en ai parlé.

Aujourd'hui ma lettre d'intention serait : "Montrer comment l'art peut sauver, aider, traverser, émerveiller quelqu'un qui a une vie toute simple. Comment deux mondes si différents peuvent s'entrechoquer."

L'art permet de revenir sur la beauté qui est, montre les choses qui sont là.

 

 

Mes livres ce n'est rien d'autre que la vie

Mon intention première était d'écrire sur Marina parce que j'avais ressenti une grande émotion que je voulais partager. Mais je me suis rendue compte que ce partage n'était pas utile. Jeanne est née ensuite. Jeanne n'existe pas dans la vraie vie, mais elle existe aussi.

Jeanne a mis en sourdine ses passions pendant vingt ans et soudain, cela ressurgit et éclate. Marina a permis à Jeanne d'oser, elle ose prendre une décision, elle va dire non pour retrouver une fidélité à elle-même. Elle  pense que le ciel va lui tomber sur la tête parce qu'elle a osé faire quelque chose seule, mais non. Elle reprend sa vie en mains.

Accéder à la pureté

Dans Détails d'Opalka, je parle de Tom Friedman qui a affiché une feuille blanche dans laquelle il avait placé toutes ses pensées, tout son ressenti. De même Marie-Hélène Lafon affirme dans "Traversée" vouloir aller vers la pureté. On veut arriver au silence. Il existait un livre avec juste des notes de bas de page, c'était au lecteur de reconstituer l'histoire à partir des notes de bas de page. (Vengeance du traducteur de Brice Matthieussent chez POL ? )

Ce qui est beau dans l'écriture c'est que l'on peut retravailler à l'infini, pas comme l'oral. L'écrit est au plus près de ce que l'on ressent.

Des paysages qui nous habitent

Les déferlantes est né de la Hague, il est né d'un paysage, qui est un personnage à part entière. Je me souviens d'un jour passé à Auderville en octobre, il y avait de la brume. J eme souveins être là-bas dans une atmosphère brumeuse avec ce phare qui pulsait. Un vieil homme sortait de chez lui, il s'éloignait le long de la rue. Théo, le gardien de phare est né comme cela. Le poème de Prévert m'a aussi inspiré :

Des oiseaux par milliers volent vers les feux
Par milliers ils tombent par milliers ils se cognent
Par milliers aveuglés par milliers assommés
Par milliers ils meurent.

Le gardien ne peut supporter des choses pareilles
Les oiseaux il les aime trop
Alors il dit tant pis je m’en fous
Et il éteint tout

Au loin un cargo fait naufrage
Un cargo venant des îles
Un cargo chargé d’oiseaux
Des milliers d’oiseaux des îles
Des milliers d’oiseaux noyés.

Mon roman est né d'un endroit à nul autre pareil, un endroit incroyable.

 

D'autres avis : Aliette Armel

D'autres titres de l'auteur : Les déferlantes  ♥ ♥  ; L'amour est une île  ♥ ; Une part du ciel  ♥ ♥  ♥ ; Dans l'or du temps ♥ ♥  ; Seule Venise ♥ ♥ ♥ ; La beauté des jours ♥ ♥  

 

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Le royaume des oiseaux de Marie GAULIS

Publié le par Hélène

♥ ♥

Marie américaine mariée avec un français vole au-dessus de ce qui a été, légère comme un oiseau, elle observe le château qui tombe en ruines, la chapelle qu'elle a faite construire et, par-delà la mort, elle revient sur ce passé qui l'a forgée.

Mariée jeune à un ami de son père, elle a surtout été choisie pour son rang et sa fortune, son mari Max ancré dans le souvenir d'une jeune épouse morte prématurément. Max a tendance à se couper de sa famille, se réfugiant alors dans la nouvelle salle de bains, installée par Marie.

Au-delà des dissensions et des incompréhensions, seuls les lieux restent immuables, juste altérés par le temps qui passe, quand les âmes des défunts, elles, flottent, désoeuvrées au-dessus des propriétés abandonnées. Ces propriétés ancrées sur le seuil savoyard ne signifient plus rien pour les nouvelles générations et leur perte résonne aussi comme la perte de tout un monde. Mais l'héritage immatériel signifie au-delà des murs : " "Nous transportons avec nous, où que nous soyons, des traces visibles de toute cette accumulation, dispersée certes, parfois vendue, perdue ou volée, mais tout de même, il nous reste un héritage, anachronique, inutile, en partie immatériel, pesant et rassurant." p. 78

Restent des lieux, des atmosphères, des pierres fidèles aux siècles :

"Les bassins sont toujours là, j'imagine que l'eau y coule, la précieuse eau des fontaines, et que les nymphes viennent s'y baigner sous le regard distant et amusé des ancêtres, qui ne sentent plus aucun poids sur leurs épaules : tout s'est évaporé sauf la permanence ancienne et chaque jour rafraîchie des buis, des houx, des hêtres et du lierre." p. 125

Ce que j'ai moins aimé : Ce roman est assez déstabilisant concernant la narration : il n'est pas toujours simple de deviner qui parle, un à un les aïeux prennent la parole, venus de l'au-delà mais leurs paroles flottent presque immatériellement, tellement fantômatiques que l'on ne parvient plus à deviner qui ils sont.

Bilan : Par sa poésie et la richesse de son style, Marie Gaulis rend hommage aux vestiges d'un monde ancien qui s'efface peu à peu dans les arcades du temps.

 

Présentation de l'éditeur : Zoé éditions

D'autres avis : Babelio

 

Le royaume des oiseaux, Marie Gaulis, Zoé éditions, janvier 2016, 128 p., 14.50 euros

Lu pour Un mois un éditeur

 

Publié dans Littérature Europe

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Alexis Ragougneau et le Goncourt des lycéens

Publié le par Hélène

Des questions qui nous recentrent

Comment avez-vous vécu les rencontres avec les lycéens ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

J'ai trouvé intéressant d'avoir le regard de lecteurs que nous n'avons pas l'habitude de rencontrer. Dans les librairies et salons en général, ce ne sont pas les lycéens qui viennent vers nous, nous n'avons pas souvent l'occasion de parler à des adolescents. Ici, ils ont lu en profondeur avec des questions encadrées, posées, travaillées avec le professeur.

La diversité des classes est aussi intéressante, nous avons face à nous des profils très différents.

Qu’avez-vous pensé de leurs questions ? Y a-t-il eu des questions surprenantes ? Lesquelles ?

Les questions sont différentes de celles qui sont posées en librairie. Cela nous aide à prendre de la distance par rapport à notre propre livre. Après une longue période de travail solitaire, vient la période du partage et de l'explication, et ce n'est pas simple d'expliquer. Les questions des lycéens étaient souvent assez concrètes sur le travail d'écriture, des questions de fond, de base, que tout écrivain devait se poser. Cela nous recentre.

Auriez-vous aimé, adolescent(e), participer à ce type de jury littéraire ?

Oui, j'ai découvert à cet âge des écrivains comme Tournier, Knut Hamsun.

L'école a un rôle essentiel à jouer pour faire découvrir la littérature, la lecture. Il est intéressant de pouvoir faire lire plus de littérature contemporaine dans les lycées, de montrer des auteurs vivants. L'étude des auteurs classiques est aussi fondamentale, parce qu'il existe un enjeu atemporel, universel dans ces textes classiques. Il faut créer un lien avec la littérature contemporaine et la littérature classique car au fond les enjeux sont les mêmes

 

En résumé, ces rencontres permettent de revenir aux fondamentaux.

 

Alexis Ragougneau est l'auteur de Niels publié chez Viviane Hamy.

 

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François-Henri Désérable et le Goncourt des lycéens

Publié le par Hélène

Photo Francesca Mantovani © Éditions Gallimard

Une aventure unique

Comment avez-vous vécu les rencontres avec les lycéens ? Qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Comme une aventure unique, une tournée de rock-stars sans rock et sans stars mais avec des écrivains dont certains étaient déjà des amis, dont d’autres le deviendront sans doute, et ce grâce à la rencontre de quelques milliers de jeunes un peu partout en France.

Qu’avez-vous pensé de leurs questions ? Y a-t-il eu des questions surprenantes ? Lesquelles ?

Souvent pertinentes, parfois inattendues, rarement incongrues (mais il y en eut, et tant mieux – posez la question à Olivier Guez).

Quel lycéen étiez-vous ? Lisiez-vous ? Quels auteurs ?

J’étais le genre de lycéen qui attend toute la journée que la cloche sonne et le délivre pour qu’il puisse sauter sur la glace, une crosse de hockey dans les mains. Je lisais très peu, hormis (et pas toujours) les quelques auteurs (souvent morts) au programme.

Auriez-vous aimé, adolescent, participer à ce type de jury littéraire ?

J’aurais sans doute commencé par rechigner (non mais vous comprenez, nous, on n’a pas que ça à faire, on a une vie, en dehors du lycée !), avant d’y prendre goût.

Lisez-vous les Goncourt des lycéens ?

Oui, il m’est arrivé d’en lire plusieurs. J’ai lu les sept derniers, plus quelques autres.

Lequel vous a particulièrement marqué ?

Difficile à dire. Il y en a plusieurs, parmi lesquels Du domaine des murmures de Carole Martinez, qui est une remarquable conteuse ; mais aussi le très beau petit livre de Mathias Enard, Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants ; et enfin le Magnus de Sylvie Germain dont je connais certains passages par cœur.

 

François-Henri Désérable est l'auteur de Un certain Monsieur Piekielny aux éditions Gallimard

 

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L'art de perdre de Alice ZENITER

Publié le par Hélène

 ♥ ♥ ♥

"Dans l'art de perdre il n'est pas dur de passer maître." Elisabeth Bishop

Pour Naïma l'Algérie dont est originaire sa famille n'est qu'une toile de fond à laquelle elle s'est peu intéressée. Son grand-père Ali, kabyle, a été taxé de "harki" mais il est mort avant de pouvoir livrer son histoire à la jeune fille. Hamid, son père est arrivé enfant à l'été 1962 et il refuse de parler de ce passé qui l'empêche de remettre les pieds sur son territoire. Sa mère, française, n'en sait pas beaucoup plus. Naïma comble peu à peu les lacunes de son histoire.

"C'est pour cela aussi que la fiction tout comme les recherches sont nécessaires, parce qu'elles sont tout ce qui reste pour combler les silences transmis entre les vignettes d'une génération à l'autre." p. 19

La première partie du roman se déroule en Algérie dans les années 30 à 50. Le jeune Ali assiste à l'arrivée progressive du FLN, aux choix des uns et des autres, puis à la violence qui peu à peu s'invite, la brutalité du conflit, les tribunaux improvisés dans les villages, les embuscades sur les routes, les "veuves de la libération" qui fleurissent. Ali et sa famille doivent fuir pour la France et rejoindre dans un premier temps un camp de transit, puis un hameau de forestage, avant d'être parqués dans une cité HLM en Normandie.

"L'Algérie les appellera des rats. Des traîtres. Des chiens. Des apostats. Des bandits. Des impurs. La France ne les appellera pas, ou si peu. La France se coud la bouche en entourant de barbelés les camps d'accueil"

L'écriture s'incarne parfaitement avec les personnages, permet de vivre pleinement cette tranche de l'histoire et amène à une réflexion profonde. Réflexion pesée sur ce qui fonde l'identité, sur le rapport à nos origines, sur ce qui nous construit. Sur les femmes qui ne choisissent pas :

"- J'en veux aussi à mon mari parce que si ce n'était que moi, je serais restée là-bas. c'est lui qui a voulu fuir. Nous, jamais on nous demande notre avis. On nous trimballe. Ils font des conneries entre hommes et après, c'est nous qui payons.

- Pauvres de nous...

Et elles soupirent en broyant les amandes sur le pays perdu par la faute des hommes." p.211

Sur les enfants qui ne comprennent pas ce passé qui s'échappe et meurt avec chaque ancêtre qui s'éteint.

"Tu peux venir d'un pays sans lui appartenir. Il y a des choses qui se perdent... On peut perdre un pays. (...) Personne ne t'a transmis l'Algérie. Qu'est-ce tu croyais ? Qu'un pays, ça passe dans le sang ? Que tu avais la langue kabyle enfouie quelque part dans tes chromosomes et qu'elles se réveillerait quand tu toucherais le sol ?" p. 432

"Un pays n'est jamais une seule chose à la fois : il est souvenirs tendres de l'enfance tout autant que guerre civile, il est peuple comme il est tribus, campagnes et villes, vagues d'immigration et d'émigration, il est son passé, son présent et son futur, il est ce qui est advenu et la somme de ses possibilités." p. 441

Sur ces émigrés perdus dans un monde qu'ils ne reconnaissent pas. 

L'art de perdre c'est celui de perdre un pays, une langue, des illusions, des biens minuscules mais essentiels, perdre pour avancer, et fonder une nouvelle vie, une nouvelle oeuvre, un nouveau monde, pour, enfin, peut-être, se libérer.

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Télérama ; Babélio

 

L'art de perdre, Alice Zeniter, Flammarion, 16 août 2017, 22 euros

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