Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La vie devant soi de Romain GARY (Emile AJAR)

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Dans la vie c'est toujours la panique."

Quartier de Belleville, années 70. Momo, 10 ans vit chez Madame Rosa, une ancienne prostituée qui a créé « une pension sans famille pour les gosses qui sont nés de travers », c'est à dire qu'elle accueille des enfants de prostituées pour les protéger de l'assistance publique ou des "proxinètes", comme dit Momo. Le jeune garçon raconte son quotidien à hauteur d'enfant émaillant son récit de réflexions sur la vie :

"Les gens tiennent à la vie plus qu'à n'importe quoi, c'est même marrant quand on pense à toutes les belles choses qu'il y a dans le monde."

"La vie fait vivre les gens sans faire tellement attention à ce qui leur arrive."

Si Momo a la vie devant lui, Madame Rosa, quant à elle, est hantée par ses souvenirs d'Auschwitz, se laissant gagner peu à peu par la maladie Si son médecin insiste pour qu'elle soit hospitalisée, elle le refuse catégoriquement, soutenue par Momo : 

"Moi je trouve qu'il n'y a pas plus dégueulasse que d'enfoncer la vie de force dans la gorge des gens qui ne peuvent pas se défendre et qui ne veulent plus servir."

L'enfance, la mort, la vieillesse, le milieu des prostituées et des émigrés s'entremêlent savamment pour former une oeuvre atypique, pimentée de trouvailles langagières hors norme, drôles et décalées. Le délabrement de Madame Rosa se niche au coeur du roman, sa dignité lui criant de ne pas finir à l'hôpital, reliée à des tubes, comme un simple légume. L'amour inconditionnel de Momo l'aidera à fuir cet hôpital synonyme de déchéance. 

L'amour fonde le monde de l'enfant et lui permet d'avancer en pensant qu'il a la vie devant soi. Même si la vie est cruelle, son humour et son innocence lui servent de bouclier. 

Les derniers mots du roman sonnent comme une promesse : "Il faut aimer". 

Pour la petite histoire  Romain Gary a reçu le prix Goncourt pour ce roman, sous le nom d'emprunt d'Emile Ajar. En effet Romain Gary s'est joué du Goncourt puisque le règlement n'autorise pas un auteur à recevoir le prestigieux prix deux fois, or il l'avait déjà obtenu en 1956 pour Les Racines du Ciel. Il voulait par cette mystification retrouver une certaine liberté d'expression, loin des critiques. L'affaire fut révélée à la mort de l'auteur en 1980. 

 

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : A propos des livres  ; Manou 

 

La vie devant soi, Emile Ajar, Folio, 7.70 euros

Partager cet article
Repost0

Des hommes de peu de foi de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Nelson 13 ans passe ses vacances dans le camp de scout Chippewa dans le nord du Wisconsin aux côtés de son père, un homme peu affable. Nous sommes à l'été 62, les camps scouts sont synonymes de camaraderie, veillées au coin du feu, courses d'orientation dans la forêt. En théorie. Mais Nelson a peu de camarades, il reste exclu et cette année-là des soirées clandestines peu orthodoxes ont lieu... Nelson aura des choix définitifs à faire. 

Nous retrouverons Nelson à trois étapes de sa vie : en 1962, 1996 et 2019, toujours avec en toile de fond ce camp Chippewa, fondateur des valeurs américaines. Ces différentes étapes mettront en valeur les difficultés d'être père, mari, ami,bon patriote dans une Amérique en pleine mutation.  

Si la décence et la générosité sont promues et récompensées : "La récompense est de ne pas avoir à mentir, de n'avoir rien à cacher, de n'avoir honte de rien. Vous n'aurez jamais besoin de présenter des excuses." , suivre une ligne de conduite rectiligne reste difficile. 

"Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ; les lâches par le cerveau? Ne l'oublie jamais. Les héros ne calculent pas, ne calibrent pas. Ils font le choix du bien." p. 284

Les années 2000 sont l'occasion d'une description assez pessimiste de l'Amérique actuelle :

"Les mariages ne durent pas, personne n'est innocent et les valeurs scoutes, à l'instar des autres valeurs morales, ne représentent au final que des Tables de la Loi archaïques, dont les mots se fondent dans l'obscurité, effacés par les pluies acides,la pierre retournant au sable qui la réduit en particules minuscules, sable à jamais mouvant sous nos pieds." p. 302

Dans un monde chaotique, comment garder la foi dans les valeurs fondamentales transmises par l'armée, le scoutisme ou l'éducation  ? Tel est sans doute le sens du titre tiré de l'Evangile selon Matthieu : "Jésus lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Il est souvent difficile de garder la foi...

Ce que j'ai moins aimé : La dernière partie consacrée à Rachel et notamment ce qu'il lui arrive à elle et Nelson semble un peu abrupt. L'auteur utilise cette expérience pour s'interroger sans doute sur le rapport hommes femmes en adoptant ici le point de vue féminin mais cela tombe malheureusement dans la caricature. C'est dommage ...

Bilan : Un magnifique roman profondément humain qui est prétexte à une myriade de questions essentielles : Qu'est ce qui fait de nous des gens bien ? Une belle personne ? Quel est le prix à payer pour être quelqu'un de bien ? A méditer...

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

Du même auteur Retour à Little Wing ; Rendez-vous à Crawfish creek 

D'autres avis :  SandrineEva Jostein ; Clara

Télérama

 

Des hommes de peu de foi, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, Autrement, août 2016, 535 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

Partager cet article
Repost0

Histoires nordiques de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lucie Lachapelle a fait plusieurs séjours au Nunavik  où elle a officié en tant qu'enseignante en 1975. Elle raconte dans ces nouvelles certaines de ses rencontres et expériences parmi les Inuits. Elle évoque avec tendresse son amie Kitty, les enfants à qui elle enseigne, les pères pas toujours très réceptifs à l'enseignement, Akinisie, la guérisseuse du village...

Avec amour et poésie, elle livre un beau récit - témoignage sur cette région du bout du monde. Aux côtés des habitants, elle pêche, elle chasse le phoque et l'outarde,  dort sous un igloo ou sous la tente, goûte les plats typiques comme le foie de phoque, le gésier d'outarde, la perdrix ou le béluga cru. Elle se laisse charmer par la douceur de ce pays du bout du monde : 

"Le soleil fait miroiter les mares d'eau laissées par les dernières pluies. Le vent fait claquer les vêtements sur les cordes tendues entre les maisonnettes et les gonfle comme des voiles de bateaux prêts pour le prochain voyage. Le ciel est sans nuages. Un enfant pleure, une mère sort sur le pas de sa cabane et le prend dans ses bras, l'embrasse, le console. Le rire du petit retentit et s'élève dans l'air frais de juillet." p. 17

Si dans un premier temps elle envisage de rester dans ce pays, elle saisit peu à peu les raisons qui, réciproquement, poussent les habitants à rêver du Sud, elle ressent alors dans les profondeurs de son être leurs terreurs : 

"Parfois, les nuits sont noires, sans lune, sans étoiles, sans ciel. Un plafond de nuages sombres. Ce sont des nuits d'angoisse.

Parfois, le jour se lève ainsi. Il sort de la nuit lourde, s'installe sans soleil. A peine une lueur. Une clarté. L'air ne circule pas. Les sons demeurent au sol.

Le ciel, la terre, la mer, tous trois confondus. L'enfant s'égare, le chasseur tombe dans une crevasse, le Blanc devient fou." p. 73 

Les années avançant, elle ouvre alors les yeux sur un climat social oppressant, une violence et un mal-être qui poussent beaucoup trop de jeunes au suicide. Son point de vue se fait plus nuancé, plus humain face à ce monde en suspens...

"Il y a des problèmes, c'est vrai. Mais il y a de l'espoir. Le monde nordique a changé, évolué, mais sa beauté est intacte. Elle l'a vu, encore une fois, dans toute sa grandeur et avec tous ses malheurs. Il y a des vieilles au sourire moqueur et des vieux à la peau burinée, des enfants aux yeux rieurs et d'autres qui se suicident, des parents bienveillants et d'autres qui se soûlent, des filles amoureuses et d'autres qui sont violentées, des ciels lumineux, des coups de vent et des tempêtes." p. 125

Scène de vie au Nunavik. (Photo fournie par Lucie Lachapelle)

 

Présentation de l'éditeur : Editions XYZ

D'autres avis : Karine ; Lecture commune avec Yueyin 

Du même auteur : Rivière Mékiskan 

Vous aimerez aussi : Les romans de Jorn Riel

 

Histoires nordiques, Lucie Lachapelle, XYZ Editeur, 2013, 133 p., 17 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0

Festival Paris en Toutes Lettres 2016

Publié le par Hélène

 

Festival littéraire de la ville de Paris, Paris en toutes lettres est fondé sur les hybridations entre les genres littéraires et les formes artistiques ainsi que sur les résonances entre la géographie parisienne et sa vie littéraire. À partir de la Maison de la Poésie- Scène littéraire, il se déploie dans une quinzaine de lieux alentours. Revisitant l’actualité littéraire, le festival fait aussi la part belle aux créations mettant en regard littérature et musique. Parmi plus de cinquante lectures, rencontres ou concerts littéraires, on trouve également d’insolites conférences et de curieuses performances. À travers ce foisonnement de lieux et de propositions, c’est à un Paris vivant et traversé de littérature que le festival donne voix.

 

"Il revisite l’actualité littéraire en lectures (Gaël Faye, Laurent Gaudé, Philippe Vasset, Véronique Ovaldé, David Vann, Yasmina Reza…) et rencontres (Sylvain Tesson, Marie NDiaye, Jonathan Coe, Javier Cercas…).

Il fait une large place aux créations mêlant musique et littérature (Robi & Sylvia Plath, O et Histoire d’O, Brigitte Fontaine & Kateb Yacine, Radio Elvis & Jack London, Bertrand Belin, Maissiat…), s’ouvre au rap (création rap & littérature, présentation d’une anthologie du rap) et, bien entendu, donne rendez-vous pour son fameux bal littéraire.

Le festival est aussi une façon d’explorer Paris et de découvrir des formes parfois étonnantes : un banquet houellebecquien à La Bellevilloise, « Revoir Paris » avec Schuiten & Peeters, « se perdre à Paris » durant une promenade vers un lieu tenu secret, entendre Paris par cœur de Ludovic Janvier par Jacques Bonnaffé, prendre le bus 72 avec Vincent Josse et ses photos volées, écouter Jaurès au Panthéon durant une lecture-concert sous casques…

Enfin, nous ne pouvions ignorer le premier anniversaire des attentats. Avec l’Institut du Monde Arabe, nous proposerons donc aux parisiens une « Nuit de la Poésie » qui débutera le 12 novembre à 19h et nous emmènera jusqu’au lever du soleil, le 13 novembre.

Après cette période festivalière, nous poursuivrons avec la chanteuse L,  Arlt & Christophe Manon, Pascal Comelade, les Sonnets de Shakespeare (par Frédéric Boyer, Denis Podalydès et Clémence Poesy), Pierre Reverdy (par Patrick Mille et Florent Marchet), Virginia Woolf (par Anna Mouglalis), Onuma Nemon, Gonçalo M. Tavares & Mathias Énard, Florence Noiville & Hédi Kaddour, des explorations (la « ville du futur » avec des chercheurs et des auteurs, Detroit avec Marianne Rubinstein et l’Institut Français), des revues (Feuilleton, IntranQu’îllités)…"

Olivier Chaudenson, directeur

Télécharger le programme 

 

Pour ma part, j'assisterai :

- A la lecture musicale de Gaël FAYE Accompagné de Samuel Kamanzi (guitare, chant) le jeudi 10 novembre à 20h

- A la rencontre avec Sylvain Tesson le vendredi 18 novembre à 21h

- Au parcours littéraire  "Se perdre dans Paris" déambulation poétique vers un lieu secret par et avec Léon Bonnaffé  le dimanche 20 novembre à 15h

 

Qui vais-je retrouver ?

 

Publié dans Festival

Partager cet article
Repost0

Laëtitia ou la fin des hommes de Ivan JABLONKA

Publié le par Hélène

♥ ♥

Prix Médicis 2016

Par une nuit sombre de janvier 2011, la jeune Laëtitia disparaît, laissant ses proches désemparés. Enlevée et assassinée, son corps n'est retrouvé que plusieurs semaines plus tard. Ce sordide fait divers est le prétexte pour Ivan Jablonka de lancer une enquête policière, mais aussi sociologique. Il justifie ainsi son recours au fait divers :

"Je voudrais montrer qu'un fait divers peut être analysé comme un objet d'histoire. Un fait divers n'est jamais un simple "fait", et il n'a rien de "divers". Au contraire, Laëtitia dissimule une profondeur humaine et un certain état de la société : des familles disloquées, des souffrances d'enfant muettes, des jeunes entrés trop tôt dans la vie active, mais aussi le pays au début du XXIème siècle, la France de la pauvreté, des zones périurbaines, des inégalités sociales. On découvre les rouages de l'enquête, les transformations de l'institution judiciaire, le rôle des médias, le fonctionnement de l'exécutif, sa logique accusatoire comme sa rhétorique compassionnelle. Dans une société en mouvement, le fait divers est un épicentre."

Il explique que Laëtitia est un fait social : "Elle incarne deux phénomènes plus grand qu'elle : la vulnérabilité des enfants et les violences subies par les femmes."  En parlant d'elle, l'auteur nous parle du désarroi du père à qui on retire la garde de ses enfants, décrit le processus de placement dans les foyers ou familles d'accueil, pas toujours très pertinent "Comme leurs enfants, les parents ne comprennent pas très bien ce qui leur arrive. Mais ils ont saisi l'essentiel : "J'aurais préféré les garder, mais j'avais pas le droit." "Une fois que la justice a retiré les enfants "en danger", elle ne les rend plus. L'idée que les parents sont en trop reste gravée dans le cerveau reptilien des institutions." Il aborde aussi la question de la récidive et du suivi judiciaire des délinquants en mettant l'accent sur le conflit entre l'exécutif et les magistrats. Fondamentalement, il évoque enfin les rapports de domination des hommes sur les femmes. Les ramifications sont effectivement multiples, comme une hydre, le fait divers s'étend dangereusement au-delà de ses frontières pour toucher tous les domaines.

Ce que j'ai moins aimé : Il s'agit pour moi davantage d'un documentaire sur ce fait divers que d'un réel roman. Le jury Médicis, présidé par Alain Veinstein a primé cette oeuvre qui revendique "des choix à la fois d'hybridation des genres et qui rappellent ce qu'on peut faire face à l'histoire et au réel." Soit. Personnellement, j'adhère difficilement à ces frontières entre fiction et réel...

Bilan : Laëtitia est une analyse sociologique d'un fait divers dotée de qualités indéniables. L'auteur souhaite avant tout rétablir la petite Laëtitia dans son statut de jeune fille. Il témoigne pour elle, retrace sa vie et son parcours et à travers ses pages, lui redonne peu à peu vie. Très médiatisée, en 2011 cette affaire avait été comme volée par tous les protagonistes satellites, notamment par les politiques, Nicolas Sarkozy en ayant profité pour s'attaquer au travail de la justice et durcir la législation pénale. Aujourd'hui sous nos yeux, la jeune femme fragile redevient Laëtitia, non plus un fait divers, mais un être de chair et de sang.

 

Présentation de l'éditeur : Seuil 

D'autres avis : Télérama ; Séverine 

 

Laëtitia ou la fin des hommes, Ivan Jablonka, Seuil, août 2016, 21 euros

 

Partager cet article
Repost0

Le rouge vif de la rhubarbe de Audur Ava OLAFSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Agustina est une jeune fille au destin atypique : conçue dans un champ de rhubarbe, elle est venue au monde dans une voiture. Cette dernière mésaventure lui vaut un handicap : ses jambes ne pourront pas la porter, elle devra sa vie durant s'aider de béquilles pour marcher. Elle puise alors la force d'avancer dans l'amour de ses proches : celui de sa mère, pourtant partie à l'autre bout du monde pour étudier les oiseaux migrateurs, mais l'inondant de lettres lumineuses, celui de Nina, à qui elle a été confiée durant l'absence de sa mère, celui des habitants du village, protecteurs, et enfin celui de Salomon, le fils de la nouvelle chef de choeur. Puisant dans leur expérience et dans ses lectures, elle se fortifie : 

"Je sais bien que tu as envie de courir, de faire du vélo et plein de choses qui te sont interdites, mais il y a une foule de gens qui passent leur vie à courir et n'en sont pas plus avancés. Est-ce que tu n'as pas eu de chance ? Personne ne peut dire à l'avance qui a de la chance et qui n'en a pas dans cette vie." p.65

Elle décide alors d'entreprendre l'ascension de la montagne voisine haute de 850 m.

Tout premier roman de l'auteure, ce conte porte déjà en lui tout l'univers qui fera le succès du magnifique Rosa Candida. La jeune Agustina est une jeune fille qui s'attache à la beauté du monde,  se glissant dans ses interstices, à l'affût de la pureté de l'instant. Elle aime observer les fleurs de givre sur les fenêtres ou encore s'allonger dans les pousses de rhubarbe, se délectant des mots écrits par sa mère dans ses missives. Dans ce court roman, ce qui ne se passe pas résonne plus que ce qui se passe.

Audur Ava Olafsdottir nous offre une ode à la vie résolument optimiste, portée par une simplicité et un éloge de la liberté rédempteur. 

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

Du même auteurRosa candida ;  L’embellie L'exception

D'autres avis : Jostein  ; Cathulu

 

Merci à l'éditeur. 

 

Le rouge vif de la rhubarbe, Audur Ava Olafsdottier, roman traduit de l'islandais par Catherine Eyjolfsson, Zulma, septembre 2016, 160 p., 17.50 euros

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Continuer de Laurent MAUVIGNIER

Publié le par Hélène

Sibylle voit son univers de déliter peu à peu : un divorce, puis son fils qui part à la dérive. Sur un coup de tête elle décide d'entreprendre un voyage à cheval dans les montagnes du Kirghizistan avec ce fils qui frôle dangereusement la délinquance. Pour le sauver, pour le retrouver, pour se sauver elle-même, peut-être. Petit à petit le fils comprend que aimer et accepter est bien plus difficile que haïr et rejeter. Et pourtant, aller vers les autres s'avère nécessaire à plus d'un titre !

Ce que j'ai moins aimé :

- Le style avec ces phrases courtes qui, à mes yeux, n'apportent rien :

"Alors elle pose le verre, renverse trois gouttes de vin sur son pull -noir heureusement-, s'essuie tout en allant rapidement dans la cuisine. Elle se précipite vers le four, l'éteint et cherche la manique qui devrait être sur le plan de travail mais n'y est pas, elle cherche, trouve, ouvre la porte du four et doit reculer pour éviter le nuage de buée brûlante. Elle sort le plat, un rôti de porc qu'elle accompagnera des légumes préparés plus tôt" p. 33

- Ces bons sentiments : 

"Pourquoi tous on a peur de quelque chose ?" p.120

"Aller vers les autres, c'est pas renoncer à soi." p. 138

- La fin convenue, peu crédible

- Mauvignier s'inspire encore d'un fait divers et j'ai trouvé cela dérangeant dans le sens où en mai 2016 le père Renaud François sortait effectivement un récit de son voyage avec son fils Tom : "Dans les pas du fils", par Renaud&Tom François et Denis Labayle, chez Kero; Seulement quelques mois plus tard, Mauvignier écrit une version romancée, et par sa notoriété  fait de l'ombre au récit du père. Dans cet article passionnant de Nicolas Gary dans Actualitté Renaud François parle d'un viol comme si l'écrivain s'était immiscé dans leur intimité pour voler le rapport précieux du père et du fils. Alors cette utilisation du faits divers est-elle une vision de la littérature assumée ou ici un manque de délicatesse prégnant ?

Voici la page Facebook du périple du père et du fils : Dans les pas du fils

L'avis de Chinouk sur le récit de Renaud et Tom

Bilan : Décevant et dérangeant !

 

Présentation de l'éditeur : Les éditions de Minuit

D'autres avis : Babélio ; Mior

 

Continuer, Laurent Mauvignier, Editions de Minuit, 2016, 240 p., 17 euros

Partager cet article
Repost0

Histoire d'Awu de Justine MINTSA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Obame Afane est marié à Bella, mais malheureusement celle-ci ne peut pas avoir d'enfants, ce qui oblige Obame à se remarier avec la jeune Awa, plus jeune que lui. Mais son coeur reste attaché à Bella et Awu souffre de cette situation. Elle s'attache néanmoins à mener son destin coûte que coûte, en femme aimante et attentionnée.

Suivre le destin de la belle Awu, c'est plonger au coeur des contradictions du Gabon, entre modernité et traditions absurdes, voire cruelles. Qu'il s'agisse du sort réservé aux femmes qui ne peuvent enfanter, ou des luttes familiales, des jalousies, des humiliations, ces femmes gabonaises traversent mille épreuves ! A la mort de son mari Awu est soumise aux jalousies, et aux sévices de sa belle-sœur. Elle se doit de subir ces épreuves docilement pour honorer la famille. Elle sera dépouillée, considérée comme une chose, une possession comme les autres "En conséquence, elle avait l'impression d'avoir cousu sa vie au point de chaînette, sans faire de nœud au bout. Et, comme par jeu, on venait de tirer sur le fil. Et c'était le néant." p. 103

Sa force de caractère lui permet malgré tout de garder la tête haute, dans l'adversité comme dans les rares moments de bonheur. Cette femme instruite, dynamique et dotée d'une sagesse supérieure incarne l'avenir du Gabon. Comme le disait Justine Mintsa dans une interview en 2003 pour Amina par Pascaline Mouango : 

« Ignorer l'héritage culturel, le tenir pour inutile, c'est s'interdire la compréhension profonde du présent et toute activité authentiquement créatrice »

    Ce que j'ai moins aimé : Histoire d'Awu manque malheureusement d'un souffle romanesque qui aurait permis de s'attacher davantage à la jeune héroïne.

     

    Présentation de l'éditeur : Gallimard

    Sur le Gabon La bouche qui mange ne parle pas de Janis OTSIEMI ; African Tabloid de Janis OTSIEMI  Ceci n’est pas l’Afrique, récit d’une française au Gabon de Anne-Cécile MAKOSSO-AKENDENGUE

    D'autres avis

     

    Lire le monde avec Sandrine Tête de Lecture 

     

    Histoire d'Awu, Justine Mintsa, Gallimard, Continents noirs,120 p., 15.25 euros

    Publié dans Littérature Afrique

    Partager cet article
    Repost0

    Evanouies de Megan MIRANDA

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥ 

    "Ce que dit la philosophie est fort juste : la vie ne peut être comprise qu'en se tournant vers le passé. Mais elle ne peut être vécue qu'en se projetant vers l'avenir. " Soren Kierkegaard

    Nicolette revient à Cooley Ridge, sa ville natale dix ans après la disparition de sa meilleure amie Corinne, dont le corps n'avait jamais été retrouvé. Or le père de Nic affirme avoir vu Corinne. Quand ? Où ? Nicolette décide de rentrer chez elle pour le découvrir et s'occuper de ce père atteint de la maladie d'Alzheimer. Mais à peine est-elle rentrée qu'une autre jeune fille disparaît. Pendant les deux semaines qui vont suivre la tension va monter... L'auteure choisit de nous raconter ces deux semaines haletantes à rebours : en commençant par le jour 15 pour revenir petit  à petit au jour 1. 

    "Cette histoire, je ne peux la raconter que par fragments. En la retraçant petit à petit. En remontant petit à petit le cours des évènements. Pour vous montrer sa beauté, avant son ignominie" 

    Les frontières entre mensonge et vérité s'estompent au fil de la narration, la disparition des jeunes filles étant filtrée par le biais de la rumeur de cette petite ville de province. Or la rumeur prend bien souvent  ses sources dans le réel : 

    "Une graine semée dans l'humus, qui prend vie d'elle-même. Tout s'entremêle - la vérité, la fiction - et, parfois, il est difficile de faire la part des choses - Donc se rappeler de ce qui relève de la Vérité." p. 138

    Mais quelquefois, le mensonge reste la plus sûre façon de se prémunir contre le réel, la seule façon de survivre face à une vérité destructrice.

    L'enquête avance par touches, de secrets en secrets, les personnages se dessinent...

    Ce que j'ai moins aimé :

    Si cette construction a le bénéfice d'être originale, elle reste assez déstabilisante pour un esprit cartésien qui avance linéairement sur l'échelle du temps. 

    La psychologie des personnages reste somme toute assez sommaire. 

    Bilan : Un bon page-turner !

     

    Présentation de l'éditeur : Editions de la Martinière

    D'autres avis : Lecture que je partage avec Sandra de Bellepage

     

    Evanouies, Megan Miranda, Editions de la Martinière, octobre 2016, 448 p., 21 euros

     

    Merci à Arnaud de l'agence Anne et Arnaud.

     

    Partager cet article
    Repost0

    Le garçon de Marcus MALTE #MRL16

    Publié le par Hélène

    ♥ ♥ ♥

    Prix Fémina 2016

    Le garçon n'a pas de nom,  il ne parle pas. Élevé en pleine nature, coupé du monde, il ne connaît que sa mère et son univers se borne aux alentours de la cabane où il habite à ses côtés. Jusqu'à ce que sa mère quitte le monde, l'obligeant ainsi à prendre la route, instinctivement. Nous sommes en 1908. Le garçon part à la rencontre du monde et de ses habitants, de la civilisation, incarnée par les habitants d'un petit hameau, puis de Brabek l'ogre des Carpates, philosophe et lutteur de foire, de qui il tirera des leçons de vie :

    "Il parle du cœur. Il dit que c'est ici qu'elle repose, la beauté. A l'intérieur. C'est ici qu'elle palpite et irradie. Il dit qu'il est toujours étonnant de découvrir sur quel immonde terreau s'épanouissent les fleurs les plus resplendissantes. (...) Le cœur, fiston. Pas de muscle plus tendre. Une éponge. Il pourrait tout absorber. Il pourrait tout contenir. Et cependant, dit-il, ce qui est le plus étonnant encore, c'est que les hommes passent l'essentiel de leur existence à l'endurcir et à l'assécher." p. 160

    Après cette errance des premier temps, il rencontre Emma, celle qui sera son grand amour. Débute alors la deuxième partie du roman, ouverture à la sensualité et là l'érotisme. Si le garçon comprend que les ravages sont le lot de l'existence, il perçoit aussi la possibilité d'être heureux, quelquefois, par intermittence. La jeune femme le forme à sa manière, loin des moules traditionnels souvent rigides qui façonnent les mêmes hommes alors que selon Emma "La civilisation est ailleurs." A deux, ils chantent l'amour de la vie, l'amour de l'autre bercé par la littérature et l'art, seuls échappatoire à une réalité terrifiante. 

    "C'est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l'existence : nombre de ravages et quelques ravissements." p. 174

    Malheureusement l'Histoire les rattrapera avec la grande guerre qui bouleversera ce fragile équilibre.

    Porté par une écriture poétique, Le garçon résonne comme un roman d'initiation à l'apprentissage cruel : au fil des pages, le jeune homme côtoie peu à peu l'inhumanité des hommes corrompus par la civilisation. Originellement êtres purs, en se civilisant, ils deviennent capables du pire. 

    Ce que j'ai moins aimé : quelques longueurs. 

    Bilan : Une épopée vivante qui se démarque indéniablement ! 

     

    Présentation de l'éditeur : Zulma 

    D'autres avis : Zazy ; Kathel ; Yves ; Lecture commune avec Noukette ; Mog Lug ; Isabelle Asphodèle

    Vous aimerez aussi : Le site de l'auteur  ;  Les harmoniques 


    Le garçon, Marcus Malte, Zulma, août 2016, 544 p., 23.50 euros

     

    Matchs de la rentrée littéraire PriceMinister roman choisi par Moka

     

    Partager cet article
    Repost0