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Les Editions Noir sur Blanc

Publié le par Hélène

Pour Un Mois un Editeur ce mois-ci nous parlons des Editions Noir sur Blanc

 

Leur présentation :

Bâtir des ponts entre Est et Ouest : une vocation de trente ans

Fondées en 1987 dans une Europe encore divisée par le rideau de fer, les Éditions Noir sur Blanc ont d’emblée l’ambition de créer des passerelles entre les cultures et les peuples.

Pour ce faire, elles ont à cœur de faire découvrir aux lecteurs francophones d’Europe occidentale la partie centrale et orientale de l’Europe à travers tous les aspects de la production éditoriale de pays à la culture foisonnante, en particulier la Pologne, mais aussi la Russie.

Romans et nouvelles symbolistes du début du XXe siècle, nouvelles satiriques des années 1930, récits contemporains, polars historiques, journaux intimes, mémoires de victimes et de dissidents, essais et biographies, livres de photographie… En trente ans d’existence, les Éditions Noir sur Blanc ont exploré l’âme russe et donné la parole à nombre de ses auteurs, exprimant toutes les sensibilités (Nina Berberova, Nicolas Bokov, Dmitri Bortnikov, Mikhaïl Chichkine, Oleg Pavlov, Roman Sentchine, Elena Tchijova, Boris Akounine…), mais aussi à des écrivains et photographes venus d’ailleurs et apportant un regard extérieur (Niels Ackermann, Giles Milton, Jacek Hugo-Bader, Owen Matthews, Dominique de Rivaz, Maurice Schobinger, Mariusz Wilk…).

2017, la Russie à l’honneur

Fidèles à nos buts initiaux, pour commémorer à notre manière la révolution russe et fêter nos trente ans, nous avons décidé de mettre la Russie à l’honneur en 2017.

Notre programme éditorial sera donc à l’image de cette vocation toujours d’actualité : une première traduction d’un romancier prometteur, Alexeï Nikitine (Victory Park, janvier 2017), une exploration de la vie quotidienne en URSS (février), le texte marquant dans l’histoire de la littérature russe de Nicolas Bokov, La Tête de Lénine, en mars, l’enquête photographique de Niels Ackermann, jeune photographe suisse installé en Ukraine, sur le devenir des statues soviétiques depuis la chute de l’URSS (Looking for Lenin, juin), et en septembre, le roman de l’écrivain tatare Gouzel Iakhina, Zouleikha ouvre les yeux, devenu d’emblée un best-seller à sa parution en Russie en 2015…

2017, des festivités d’anniversaire

Alexeï Nikitine, Nicolas Bokov et Elena Balzamo aux Journées du livre russe, de nombreuses rencontres en librairie, des rendez-vous à ne pas manquer aux Salons du livre de Paris et de Genève mais aussi de grandes fêtes à Lausanne (au théâtre de Vidy le 3 avril) et à Paris le 22 juin… !

Les titres lus ici (cliquez sur les couvertures) :

♥ ♥ ♥

 « Est-ce Dieu qui veut ça, ou est-ce l’homme qui fait lui-même sa vie ? Comment la vie se déroule-t-elle ? » (p. 120)

 

  ♥ ♥ 

  "Sur ce fond lugubre, ces heures passées avec des souvenirs sur Proust, Delacroix, me semblent les heures les plus heureuses."

 

Abandonné en cours de lecture...

 

Ce mois ci j'ai commencé le mois avec

« La logique ne provoque que des nuits blanches »

 

J'aimerais également découvrir un titre de Sophie Divry, et pourquoi pas "Le dernier gardien de Ellis Island" dont j'ai beaucoup entendu parler...

 

A suivre...
 

Publié dans Divers

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Vacances !!

Publié le par Hélène

 

 

Publié dans Divers

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Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie AZOULAI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"On dit qu'il faut un an pour se remettre d'un chagrin d'amour. On dit aussi des tas d'autres choses dont la banalité finit par émousser la vérité."

Prix Médicis 2015

Titus a quitté Bérénice, préférant rester avec sa femme Roma. Bérénice décide alors de rejoindre son homonyme racinienne et plonge corps et âme dans les tragédies  et dans l'oeuvre de Racine. Pour se consoler, pour oublier. La vie du dramaturge défile alors de sa jeunesse à Port Royal à sa mort en passant par le faste de Versailles. L'homme prend forme peu à peu, au-delà du créateur de génie, c'est un homme différent qui apparait, tiraillé entre son éducation religieuse et son attirance pour les lumières.

"Parfois, à la nuit tombée, Jean est épuisé par cette ronde d'éclipses qui commence dès l'aube, cette alternance d'anneaux, où il doit faire entrer toute son âme et qui n'ont jamais la même diamètre, tantôt larges, confortables, tantôt étroits, jusqu'à l'étranglement. Tantôt clairs, tantôt obscurs. La gloire, l'ingratitude, la gloire, l'ingratitude, la gloire, ad nauseam..." p. 147

En étudiant son oeuvre centrée sur la passion et ses débordements, Bérénice espère peut-être comprendre ce qui l'a emportée et l'a laissée transie sur le rivage de la rupture.

"Si vous parvenez à saisir tout ce qui se passe dans l'annonce d'une séparation, vous êtes au coeur de la condition humaines, ses désirs, sa solitude. On peut disséquer la mort d'une âme sans verser une seule goutte de sang." p. 193

Mais :

"Vouloir comprendre ce qu'on appelle l'amour c'est vouloir attraper le vent" p. 288

Dans une langue travaillée, proche de la grâce, l'auteur livre un bel hommage à la littérature, à ces textes classiques essentiels, essentiels pour se sauver, pour pratiquer la catharsis, pour comprendre comment d'autres ont succombé aux passions ou s'en sont affranchis, pour s'échapper un temps d'une réalité trop lourde à porter, pour qu'un personnage nous aide à porter notre destin incertain à bout de bras... Elle évoque la littérature, comme consolation pour "quitter son temps, son époque, construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes." p. 20

Un texte magnifique !

 

Présentation de l'éditeur : P.O.L et Folio

Vous aimerez aussi : Phèdre de RACINE

 

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai, folio, février 2016, 304 p., 7.70 euros

Merci à l'éditeur

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Cadres noirs de Pierre Lemaitre

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

 Alain Delambre, est un cadre de 57 ans au chômage depuis quatre ans. Ainsi quand un beau jour il est convoqué à un entretien d'embauche, il décide de mettre toutes les chances de son côté. Et pourtant, l'entretient d'embauche d'un nouveau genre répugne à sa femme : il s'agit de participer à un jeu de rôle sous la forme d'une prise d'otages... Sa dignité est en jeu, Alain n'hésite pas.

Toute la première partie du roman présente le point de vue de Alain, cet homme désoeuvré pour qui le travail représente une voie vers le bonheur après tant d'années à errer et à courir après l'argent. Trouver un travail est pour lui une chance salvatrice car cela lui permettrait de payer les traites, "des vacances, des sorties, des inscriptions à la fac, les voitures et la certitude que notre travail appliqué, résolu, nous fournissait la récompense à laquelle nous avions droit." p. 105

Cette nécessité est tellement prégnante qu'Alain bascule peu à peu, et lance une machine qu'il ne peut plus freiner. Hanté par un sentiment d'humiliation ou d'injustice, reclus dans une extrême solitude, armé, Alain n'a plus rien à perdre...

Au moment où le récit s'alourdissait sous le poids des actions d'Alain, l'auteur opère un choix de maitre en quittant son personnage alourdi pour choisir un nouveau point de vue. Et il cumule ensuite les renversements, les surprises, les manipulations, prenant un malin plaisir à surprendre son lecteur. Incidemment, il le mène à porter un regard neuf et désabusé sur notre société moderne régie par des logiques absurdes...

"L'autre jour, il m'est revenu un truc que Charles m'avait dit (lui, avec ses sentences...) : "Si tu veux tuer un homme, commence par lui donner ce qu'il espère le plus. Le plus souvent, ça suffit." p. 441

Ce que j'ai moins aimé :

- Une première partie un peu longue.

- Un style peu travaillé : "Ils ont dû, commente la note, se rencontrer dans une circonstance professionnelle, genre séminaire, salon, etc." p. 165

Bilan : Un roman policier diablement efficace !

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : Trois jours et une vie, Au revoir là-haut, Au revoir là-haut en BD

 

Cadres noirs, Pierre Lemaître, Le livre de poche, mars 2011, 448 p. , 7.60 euros

 

Merci à Pauline pour le prêt !

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La mort du roi Tsongor de Laurent GAUDE

Publié le par Hélène

                            

♥ ♥ ♥ 

"Il était comme un survivant stupide qui voit toute une génération d'hommes mourir et reste seul, hébété, au milieu d'un monde sans nom."

Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massala, doit marier sa fille Samilia à Kouame, Aux côtés de son fidèle Katabolonga, le roi n'aspire qu'à du repos après avoir mené tant de campagnes sanguinaires laissant sur son chemin multitude de cadavres. Malheureusement, la paix va être de courte durée puisque surgit un ancien prétendant de Samilia et que le vieux roi doit à nouveau se heurter à des dilemnes inextricables. La guerre est à sa porte...

Faut-il honorer ses promesses même si pour ce faire une guerre va décimer famille et patrie ? Samilia et sa famille sont pris entre deux feux et le vieux Tsongor ne pourra guère les aider à résoudre ce cruel dilemne. Mais les personnages de cette tragédie sont des êtres faillibles, qui font des erreurs humaines qui coûtent des vies. La guerre semble inévitable, voulue par tous, même par ceux qui ont les moyens de la stopper. La nature humaine serait-elle foncièrement belliqueuse ? 

Marchant sur les traces de son père, Souba, le fils du roi Tsongor va être le seul à devenir plus humain, il va connaître la honte qui lui permettra d'accéder à l'humilité qui rend les hommes plus vrais.

« Souba, même s’il n’a pas compris le sens de cette route longue et difficile que son père lui a offerte en héritage, a obéi. Il a pressenti que la vie est un voyage, une longue errance jamais terminée. Cette route était sagesse et pauvreté matérielle qui seules, pouvaient le sauver. Ainsi Souba sans s’en apercevoir, a transformé sa vie en offrande et en don de soi. Contre toutes les apparences, il est le seul à avoir réussi." 

Porté par un souffle épique hors du commun, digne des plus grandes tragédies grecques, Laurent Gaudé fait montre en ces pages d'un talent extraordinaire pour nous parler de sacrifice, de fierté, de l'envie de vivre qui quelquefois supplante la raison, de fidélité, d'identité. 

 

Présentation de l'éditeur : Actes sud 

Vous aimerez aussi : Du même auteur :  Ouragan  Le soleil des Scorta ;  Pour seul cortège 

Autre : Antigone de Henry BAUCHAU

D'autres avis : LilibaKathel Val 

 

La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé, Actes Sud, Babel, janvier 2005, 6.60 euros

Merci à Sandra...

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Le Mrozek de poche de Slawomir MROZEK

Publié le par Hélène

« La logique ne provoque que des nuits blanches »

Ce format de poche renferme 38 des meilleures nouvelles de l'écrivain polonais. Ses écrits sont décalés, frôlant l'absurde pour mieux mettre en lumière les rouages d'un monde abandonné à lui-même.

Dans "L'artiste", un coq qui veut rentrer dans un cirque se fait passer pour un lion, car il refuse de n'être qu'un coq. De fait, il n'est pas pris et quand on lui demande pourquoi il n'a pas voulu jouer au lion le renard répond à sa place ""Est-ce que tu as déjà vu un artiste sans ambition ?" Il peut s'agir aussi de fables écolo amères comme dans "L'arbre" : un arbre doit être coupé car il représente un danger pour les voitures; Pourtant le narrateur tient à cet arbre et il décide alors de le prémunir contre les accidents en tirant sur les voitures qui s'approchent de lui. Face aux logiques absurdes et aux raisonnements officiels souvent injustifiés, l'auteur offre une logique tout aussi décalée.

Subrepticement, cela lui permet de critiquer le pouvoir en place, souvent aux prises avec des logiques tout sauf morales et humaines. Pour l'auteur, quoi qu'il en soit la logique semble bel et bien absente de ce monde. La représentation que l'être humain se fait du monde est basée sur son expérience, sur des pré-requis qui peuvent s'avérer totalement erronés dans un monde qui n'a plus ni sens ni logique ! De fait un certain cynisme pessimiste se dégage de ces textes.

 

Les textes sont illustrés par Chaval, misanthrope notoire et dessinateur de talent  qui s'accorde parfaitement à l'esprit de Mrozek !

 

Ce que j'ai moins aimé : Plus je plonge dans la littérature de l'est, moins je m'y reconnais... Question de goût...

Bilan : D'un cynisme éclairant pour celles et ceux qui sont sensibles à cet esprit slave.

 

Présentation de l'éditeur : Les Editions Noir sur blanc

D'autres avis : conseillé par Eva Bester

Sur l'auteur : http://blog.lefigaro.fr/theatre/2013/08/slawomir-mrozek.html

 

Le Mrozek de poche, un abécédaire inutile illustré par Chaval, Slawomir Mrozek, Les Editions Noir sur Blanc, 2009, 201 p., 10.15 euros

 

Un mois un éditeur est consacré ce mois-ci aux Editions Noir sur Blanc

 

 

Publié dans Littérature Europe

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L'étrangleur d'Edimbourg de Ian RANKIN

Publié le par Hélène

L'inspecteur John Rebus, personnage récurrent des romans de Ian Rankin apparaît ici pour la première fois. Il est confronté à un homme qui enlève les petites filles de 11 ans et craint pour la sécurité de sa propre fille Sammy, elle-même âgée de 11 ans. Dans l'ombre le journaliste Jim Stevens enquête lui aussi, cherchant des liens entre les milieux de la drogue que semblent fréquenter le frère de John Michael et l'inspecteur placé sous les feux des projecteurs par cette enquête. Rebus va également faire la connaissance de la jeune inspectrice chargée des relations avec la presse, Gill Templer. Il reçoit étrangement des messages anonymes mentionnant des noeuds, messages qui s'avèrent être en relation avec les disparitions.

Tous les éléments sont en place pour captiver le lecteur, et pourtant, je n'ai guère accroché à cette enquête que j'ai trouvée longue et fastidieuse. Il ne suffit pas de mettre les bons ingrédients pour réussir ...

Bilan : Je me suis ennuyée, je dois avouer ne pas avoir sympathisé avec cet inspecteur Rebus dont j'avais tant entendu parler...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

D'autres avis : Electra

 

Ce fut ma seule et unique participation au challenge "Kiltissime" consacré à l'Ecosse et organisé par Cryssilda et pour lequel pourtant j'avais toute une liste de lectures...

Publié dans Roman policier Europe

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Père et fils Intégrale de Erich OHSER

Publié le par Hélène

Fauve d'Angoulême 2016 Prix du patrimoine

Un père et son fils, aussi espiègles l'un que l'autre parcourt la vie avec désinvolture et bonheur dans cette bande dessinée muette, classique de la littérature jeunesse en Allemagne.

L'auteur est d'abord connu pour ses caricatures politiques puis pour ces aventures du père et du fils relevant de l'observation amusée du quotidien. A partir de 1935 la dimension critique et l'humour grinçant débordent, même s'ils restent cachés pour éviter la censure. Par exemple dans L'aventure au poisson rouge qui n'en était pas un, le poisson de plus en plus vorace finit par faire exploser le maison des protagonistes et peut être vu aussi comme une métaphore de la montée du nazisme qui, de petit parti sans importance, a crû jusqu'à détruire l'Allemagne. En 1937  les aventures de  Père et fils prennent une nouvelle tournure : grâce à un héritage les deux compères deviennent riches. Ils apprennent alors que l'argent ne fait pas le bonheur :  faute de savoir décortiquer un homard, le père et le fils quittent le château en colère et se retrouvent autour d'une simple saucisse dans la rue, comme au bon vieux temps. Enfin, dans la seconde série ils échouent sur une île déserte et vivent en Robinson.

L'auteur a sciemment renoncé à la parole pour insister sur la force des liens au-delà du langage, non verbalisables ce qui permet aussi de décupler la force des sentiments.

Une bande dessinée que l'on peut lire aussi bien comme des aventures désinvoltes que comme un manifeste politique d'un dessinateur devant écrire sous le nazisme...

Un petit bijou !

 

Ma bd de la semaine chez Mo cette semaine

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L'odeur du café de Dany LAFERRIERE

Publié le par Hélène

"Da boit son café. J'observe les fourmis. Le temps n'existe pas." p. 16

Le narrateur, petit garçon, évoque ses vacances passées à Petit-Goâve aux côtés de sa grand-mère, Da. Ses souvenirs d'enfance oscillent entre jeux entre camarades, discussions enflammées avec les voisins, maladies qui le clouent au lit, mais surtout observation avide de tout ce qui l'entoure et crée un univers qui résonnera à jamais par la suite dans son âme d'adulte.

"La mer
Je n’ai qu’à me tourner pour voir un soleil rouge plonger doucement dans la mer turquoise. La mer des Caraïbes se trouve au bout de ma rue. Je la vois scintiller entre les cocotiers, derrière les casernes.

La bicyclette rouge
Cet été encore, je n’aurai pas la bicyclette tant rêvée. La bicyclette rouge promise. Bien sûr, je n’aurais pas pu la monter à cause de mes vertiges, mais il n’y a rien de plus vivant qu’une bicyclette contre un mur. Une bicyclette rouge. "

L'auteur dit avoir écrit ce livre pour :

"Ne jamais oublier cette libellule couverte de fourmis.

Ni l'odeur de la terre.

Ni les pluies de Jamel.

Ni la mer derrière les cocotiers.

Ni le vent du soir.

Ni Vava, ce brûlant premier amour.

(...)

Mais j'ai écrit ce livre surtout pour cette seule scène qui m'a poursuivi si longtemps : un petit garçon assis aux pieds de sa grand-mère sur la galerie ensoleillée d'une petite ville de province."

"Je fuyais l’hiver montréalais en remontant le cours de ma mémoire jusqu’à la source chaude de mon enfance. Je quittais aussi le bruit et la fureur que génèrent les métropoles nord-américaines pour me réfugier, au pied de ma grand-mère, sur cette petite galerie de Petit-Goâve. Comme il m’était difficile, à l’époque, de songer à vivre en Haïti avec ma famille, je me suis arrêté à Miami. On a trouvé la maison, dans un quartier tranquille de la ville, devant laquelle j’ai tout de suite planté un bougainvillier. Puis j’ai posé ma machine à écrire en face de la fenêtre qui donne sur la cour. Je n’avais qu’à allonger le bras pour caresser les feuilles de l’arbre qui se trouvait dans l’embrasure de ma fenêtre et dont le vent dans les feuilles faisait une musique qui me berçait à l’heure de la sieste. C’est dans un moment pareil que surgit le visage à la fois doux et ridé de ma grand-mère qui me souriait et, tout à coup, un grand soleil illumina la pièce. C’est pour la garder plus longtemps avec moi que je me mis à écrire L’Odeur du café. Cette odeur s’était infiltrée dans tous les recoins de mon enfance. Chaque matin, à Miami, je partais faire le tour du petit lac, pas loin de chez moi, en tentant de ramener au retour quelques images lumineuses d’une époque magique. Je revenais parfois bredouille, d’autres fois avec une pêche miraculeuse. J’avançais par petites touches. Un matin j’essayais de faire remonter à la surface tout le bruit de la rue Lamarre un samedi matin. Quelques jours plus tard, je décrivais la maison, le 88, où je vivais avec ma grand-mère, quelques tantes et mon chien. Puis ce fut la galerie où nous passions le plus clair de notre temps. Cette galerie, je la connaissais bien. Je pouvais me rappeler tout ce monde si grouillant mais invisible aux yeux des adultes qui s’y agitait. Ma grand-mère buvait constamment du café. Comment restituer de tels moments en apparence si naïfs, mais plutôt complexes quand on y plonge ? J’ai décidé de ne plus chercher une forme particulière, mais de permettre à cette montagne de détails et d’émotions de trouver sa forme définitive. La réalité impose son style. Je me mets dans l’ambiance de mon enfance et j’essaie d’écrire sans faire attention aux mots. En fait, je n’écris pas, je peins. Tout en rêvant de l’art de ces peintres naïfs dont les tableaux aux traits parfois grossiers et aux couleurs chatoyantes dégagent une énergie si primitive qu’on oublie tout esprit critique pour vivre le moment. Pour ma part, je souhaite que le lecteur cesse de lire pour traverser la page et venir flâner dans les rues de Petit-Goâve. Je suis sûr que si ses pas l’amènent à la rue Lamarre, Da lui offrira une tasse de café pour fêter les vingt-cinq ans de L’Odeur du café, le roman de son petit-fils. Il me trouvera sur la galerie, toujours fasciné par l’agitation des fourmis. Le temps n’existe pas. Et l’éternité guette Da."Dany Laferrière

 

Hommage touchant à une enfance simple entourée d'amour, ces scènes de vie nous rappellent combien les souvenirs d'enfant sont précieux...

 

Présentation de l'éditeur : Zulma

D'autres avis : Repéré chez Yves ; Télérama ; Nadael  nous parle de la version jeunesse ; Papillon ;

 

L'odeur du café, Dany Laferrière, Zulma, mai 2016, 240 p., 9.95 euros

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Almanach d'un comté des sables de Aldo LEOPOLD

Publié le par Hélène

"A quoi bon la liberté, sans espace vide sur la carte ?" p. 192

Cet almanach est un classique des écrits sur la nature, ancêtre de l'écologie. L'auteur y évoque "les êtres sauvages" pour qui "la possibilité de voir des oies est plus importante que la télévision, et la possibilité de trouver une pasque est un droit aussi inaliénable que la liberté d'expression." (Préface)

Le livre est divisé en trois parties :

- "Almanach mois par mois" l'auteur réfugié dans sa cabane au fond des bois nous raconte son expérience personnelle de retraite et d'accord avec la nature dans sa ferme de la région des sables du Wisconsin. Il évoque l'observation des hôtes sauvages des lieux.

- "Quelques croquis" dans laquelle il raconte quelques épisodes qui montrent l'évolution de ce lieu.

- puis "En fin de compte" qui tient plus de l'essai écologique, doté de questions plus philosophiques, plus pointues.

Aldo Leopold est un auteur né dans le rêve pionnier, il a vu l'évolution de son territoire : peu à peu les grands espaces ont été parsemés de fermes puis de routes, d'autoroutes, réduisant la vie sauvage et provoquant la disparition de certaines espèces. et pourtant il insiste sur la nécessité de l'appartenance, sur l'obligation de s'insérer dans le monde et la nature, d'appartenir à une terre et non pas l'inverse. Pour s'inscrire dans le monde, l'observation et la perception tiennent un rôle central : qu'il s'agisse d'admirer la danse céleste des bécasses ou de lire la mémoire des arbres inscrite dans leurs troncs, ou encore de vouer un culte à Draba, la plus petite fleur du monde à observer, chaque expérience permet à l'être humain de faire corps avec la nature et le monde et de justifier sa place.

"Les soirs d’avril, quand le temps nous permet de nous asseoir dehors, nous prenons plaisir à écouter la conversation en cours dans le marais. Il y a de longs moments de silence où l’on n’entend plus que le vannage des bécassines, le hou-hou d’une chouette au loin ou le gloussement nasillard d’un foulque amoureux. Puis, tout à coup, un coin-coin strident retentit et, l’instant d’après, c’est une cacophonie de battements d’aileron frénétiques, de proues sombres propulsées par des pagaies barattant l’eau, toute une clameur montant des rangs de l’assistance de quelque véhémente controverse. Quelqu’un finit par avoir le dernier mot, et le vacarme se réduit progressivement jusqu’à ce bavardage à peine audible qui ne s’interrompt que rarement chez les oies."

Cette observation permet aussi une meilleure compréhension du monde et de son rythme : les oies sont par exemple indicatrice de saisons :

"Le troupeau émerge des nuages bas. C'est une bannière dépenaillée d'oiseaux, montant et descendant, s'écartant, se rapprochant, avançant tout de même, sous le vent qui lutte amoureusement avec chaque aile vanneuse. Quand le troupeau n'est plus qu'une tache confuse tout là-haut, j'entends sonner le clairon des funérailles de l'été." p. 94

La terre est vue comme une communauté qui convient d''utiliser avec amour et respect. Il serait bénéfique qu'un peu plus de mépris soit ressenti pour la pléthore de biens matériels au profit d'un amour du monde plus profond : "Un tel déplacement de valeurs peut s'opérer en réévaluant ce qui est artificiel, domestique et confiné à l'aune de ce qui est naturel, sauvage et libre." (Préface)

Un bel enseignement...

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

D'autres avis : Folfaerie ; Keisha

 

Almanach d'un comté des sables, Aldo Leopold, traduit de l'américain par Anna Gibson, préface de JMG Le Clézio, Illustrations de Charles W. Schwartz, Flammarion, 2000, 8 euros

Publié pour la première fois à titre posthume en 1949

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