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Code 1879 de Dan WADDELL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"On n'efface pas le passé aussi facilement."

Grant Foster enquête sur la mort d'un homme retrouvé dans un cimetière de l'ouest londonien, amputé de ses deux mains. Une étrange inscription a été taillée au couteau sur sa peau, et pour mieux en comprendre les implications, Foster fait appel à Nigel Barnes, généalogiste professionnel. Un deuxième corps est alors découvert, avec cette même inscription, prouvant que la plongée dans le passé est amplement justifiée : "On peut toujours démolir, changer les noms, essayer de tout faire pour gommer les évènements, le passé finit toujours par ressurgir."

Foster aidé de sa collègue Heather Jenkins, et de leur généalogiste attitré se retrouvent plongés dans les bas fond du Londres vctorien de la fin du XIXème siècle et suivent les méandres d'une enquête criminelle survenue à cette époque. D'autres meurtres risquent d'arriver, une course contre la montre commence alors, les pressant de découvrir les subtils liens qui unissent les deux enquêtes...

L'originalité de ce Code 1879 tient dans ce recours à la généalogie pour résoudre l'enquête. Néanmoins, il s'il met en avant l'importance de connaître son passé pour mieux se comprendre soi-même, il montre aussi les limites de cette théorie dans ce qu'elle peut avoir d'aliénant. Est-il nécessaire de courir après la vérité, et prendre alors le risque de découvrir des cadavres dans le placard ? (vous avez 4h) 

L'intrigue est bien menée, le suspens savamment dosé, les personnages suffisamment épais psychologiquement parlant, bref ce roman est plutôt une réussite. 

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : lecture commune avec Electra ; Babélio 

 

Code 1879, Les enquêtes du généalogiste, Dan Waddell, Actes sud, jenvier 2012, 368 p., 8.70 euros

 

Mois anglais : Meurtre à l'anglaise

Publié dans Roman policier Europe

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L'amour dans un climat froid de Nancy MITFORD

Publié le par Hélène

♥ ♥

L'amour dans un climat froid est la suite de La poursuite de l'amour mais les deux romans peuvent se lire séparément. Ils nous plongent dans le destin de deux familles aristrocratiques de l'entre-deux-guerres, les Montdore et les Hampton. La narratrice Fanny raconte dans le premier tome les difficultés de sa cousine Linda pour trouver l'amour, puis, une fois Linda mariée, elle s'intéresse dans ce deuxième opus aux mêmes difficultés de Polly, fille de Lord et Lady Montdore. L'auteure s'est inspirée de sa propre expérience pour brosser le portrait de ces jeunes filles désoeuvrées dans une aristocratie décadente. 

Le monde des jeunes filles tournent autour du sujet central du mariage, puisque on leur apprend très tôt que "Le mariage est la plus belle de toutes les carrières qui s'offrent à une femme." La tante de Fanny encourage d'ailleurs cette dernière à faire un mariage d'argent plutôt que d'amour puisque l'amour ne dure jamais alors qu'elle pourra jouir de la fortune toute sa vie. Elles passent leur jeunesse à courir après un mari pour ensuite se plaindre dudit mari et des aléas de la vie de couple : 

"Mais, bien entendu, j'avais franchi déjà ce seuil charmant et, plongeant dans la mer bleue des illusions, je nageais vers ce qui m'apparaissait comme les îles enchanteresses du bonheur et n'était, en réalité, que les soucis du ménage, les peines de la maternité, bref, la destinée habituelle des femmes." p. 113

Au-delà de cette vision relativement pessimiste du mariage qui oblige les unes et les autres à courir ensuite après des amants, ce roman tire surtout son intérêt de sa galerie de personnages rocambolesques. Si Fanny est quelque peu ennuyeuse, l'oncle Davey est excentrique à souhait, Jassy et Victoria, capricieuses et fantasques, Boy, vieux satyre qui se retrouve malheureusement piégé, ou encore Cédric, l'esthète héritier qui embellit son entourage apporte humour et légèreté au paysage. 

Peinture d'une époque et d'un milieu, L'amour dans un climat froid fait sourire par sa discrète excentricité.

Ce que j'ai moins aimé Des longueurs -surtout dans le début- et un ensemble assez décousu. De mémoire, j'avais préféré La poursuite de l'amour que j'avais trouvé plus piquant.

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 

 

L'amour dans un climat froid, Nancy Mitford, 10/18, juillet 2007, 352 p., 8.10 euros

 

Mois anglais.

Thème du jour : vieilles dames indignes ou indignées

 

Publié dans Littérature Europe

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La chute du British Museum de David LODGE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Mon premier Lodge ! Il fallait le mois anglais pour que je me lance ! Et ce fut un bon choix, un roman que j'ai trouvé drôle et intelligent. 

La chute du British Museum raconte une journée dans la vie d'Adam Appleby, jeune universitaire marié et père de trois enfants (et peut-être 4, il passera sa journée à en douter) Il prépare une thése sur "la structure des phrases longues dans trois romans anglais modernes", le seul souci étant qu'il n'a pas encore trouvé quels sont les trois romans en question ni quelle est la longueur d'une phrase longue... Il rejoint la bibliothèque du British Museum pour travailler sur ce sujet et se fond dans cette faune atypique : "des Américains compétents et consciencieux, vrombissant comme des dynamos, propulsés par des bourses du Musée Guggenheim ; des sikhs enturbannées, s'appelant tous Mr Singh et étudaient tous les influences indiennes sur la littérature anglaise ; des femmes boutonneuses, à lunettes, qui souriaient intérieurement avec cruauté quand elles relevaient une erreur faite par quelqu'un dans une note de bas de page ; et puis les phénomènes du Museum - le monsieur dont la barbe lui descendait jusqu'aux pieds, la dame en short, l'homme qui portait des chaussures dépareillées et une casquette de marin et qui lisait un journal en gaélique, un luth à une corde appuyé sur sa table, la femme qui prisait." p. 84 Son meilleur ami Camel fait partie de cette faune particulière car il prépare lui aussi une thése de doctorat sur les sanitaires -ou leur absence- dans les romans victoriens.  

Lors de cette journée délirante, Adam sera peut-être à l'origine du pseudo incendie du British Museum, il aura le privilège de découvrir un manuscrit rare, mais en échange il devra subir les assauts d'une jeune fille vierge, et d'autres aventures tout aussi rocambolesques échelonneront sa journée. Il évolue de surcroît dans ce milieu universitaire si particulier, avec ses rivalités, ses thèses improbables, ses recherches de toute une vie, ses luttes intestines. 

Malgré tout, la principale préoccupation d'Adam en ce jour, outre ses questions existencielles habituelles comme "où puis-je trouver un quatre pièces à 3 livres 10 shillings et 0 penny par semaine ? Quelle est la définition d'une phrase longue ? Voulez-vous acheter un scooter d'occasion ? Que faut-il que je fasse pour mon salut ?" p. 139, porte surtout sur la question de savoir si sa femme est oui ou non enceinte de leur quatrième enfant. Catholiques pratiquants, ils appliquent en effet les règles de l'Eglise concernant le contrôle des naissances et son interdiction officilelle d'user de contraceptifs artificiels. Pour éviter d'engendrer, ils appliquent la méthode rythmique, qui s'est avérée peu efficace. Elle brime surtout la vie érotique du couple, provoquant frustrations et angoisses. 

Roman comique avec de nombreuses aventures picaresques, La chute du British Museum a aussi la particularité de faire de chaque épisode l'écho -au moyen de la parodie, du pastiche et de l'allusion - de l'oeuvre d'un romancier moderne bien connu (ou pas). Ainsi Adam rencontre Clarissa Dalloway, évoque les souffrances d'un héros de kafka placé dans les dédales de la bureaucratie, imite le style de Conrad, de Graham Greene, d'Henry James, de James Joyce. Les allusions sont subtiles pour le lecteur français, mais peu importe, le sel du roman n'est pas seulement là...  

 

Présentation de l'éditeur : Payot Rivages 

D'autres avis : Lecture commune avec Electra

 

La chute du British Museum, David Lodge, traduit de l'anglais par Laurent Dufour, Rivages poche, 1965, 8 euros

 

Thème du Blogoclub de ce mois : Londres

 

Première participation pour le Mois anglais !

 

Publié dans Littérature Europe

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Douze nouvelles contemporaines. Regards sur le monde

Publié le par Hélène

♥ ♥

Trois parties divisent ce recueil de nouvelles d'auteurs contemporains :

Portraits des hommes et des femmes d'aujourd'hui, de la naissance à la mort

Claude Bourgeyx Lucien

Sylvain Tesson La crique couple qui mouille dans une crique hantée

Pascal Mérigeau Quand Angèle fut seule enterrement

Frédric Brown Cauchemar en gris homme alzheimer

Sylvain Tesson La particule 

Regards sur l'histoire du XXème siècle 

Dino Buzzati Pauvre petit garçon 

Antonio Skarmeta La rédaction chili

Jean Christophe Rufin Garde Robe 

Critique de la société contemporaine

Romain Gary J'ai soif d'innocence 

Sylvain Tesson Le courrier

Didier Daeninck Le reflet 

Jacques Sternberg Le credo

 

Les nouvelles sont assez pessimistes prouvant que l'homme qui ne maîtrise pas son destin, emporté par le cycle de la vie. Les êtres sont en quête d'absolu comme le narrateur de Romain Gary qui part à l'autre bout du monde pour rechercher la pureté des rapports humains, mais rencontre là-bas les mêmes faiblesses de la nature humaine "Dans les grandes capitales comme dans le plus petit atoll du Pacifique, les calculs les plus sordides avilissent les âmes humaines." (J'ai soif d'innonence). Les défauts humains s'accumulent au fil des histoires : cupidité, jalousie, intolérance, racisme... 

De la société du XXème siècle, ce choix de nouvelles ne retient que les abus de pouvoir, le totalitarisme, le terrorisme ou de façon plus légère l'enfer de la société de consommation... Ces nouvelles constituent une véritable critique de la société contemporaine, avec juste quelques minces lueurs d'espoir comme le petit garçon de La rédaction qui résiste malgré les idées que l'on cherche à lui inculquer.

Ce recueil a nénamoins l'avantage de permettre de découvrir le genre de la nouvelle à chute, au travers d'écrivains de renom, mais il assombrit sincèrement la vision de la société contemporaine ...

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

 

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A la lumière d'hiver de Philippe JACCOTTET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce recueil regroupe "A la lumière d'hiver", "Chants d'en bas", "Pensées sous les nuages", et « Leçons ». Une note de Jaccottet lui-même précise que « Leçons » et « Chants d’en bas » sont deux livres de deuil. On n’apprendra qu’en 1994 dans un petit volume intitulé Tout n’est pas dit que le disparu était Louis Haestler, beau-père de Jaccottet, « un homme simple et droit » et dont la droiture même l’a inspiré pour dire « la douleur de sa fin ».

Cette tonalité mélancolique, réflexion sur la perte, se fond dans un lyrisme qui chante aussi la beauté du monde et l'immense pouvoir de transfiguration du réel de la poésie. 

 

"Plus aucun souffle.

Comme quand le vent du matin

a eu raison

de la dernière bougie.

Il y a en nous un si profond silence

qu'une comète

en route vers la nuit des filles de nos filles

nous l'entendrions." (Leçons)

 

"Plutôt, le congé dit, n'ai-je plus eu qu'un seul désir :

m'adosser à ce mur pour ne plus regarder à l'opposé que le jour,

pour mieux aider les eaux qui prennent source en ces montagnes

à creuser le berceau des herbes,

à porter sous les branches basses des figuiers,

à travers la nuit d'août,

les barques pleines de brûlants soupirs." ( Leçons)

 

"Ce matin, il y avait un miroir rond dans la brume,

un disque argenté près de virer à l'or,

il eût suffi d'yeux plus ardents pour y voir

le visage de celle qui en efface avec un tendre soin

les marques de la nuit...

 

Et dans le jour encore gris

courent ici et là comme la crête d'un feu pâle

les branchages neufs des tilleuls..." (Le mot joie)

 

"Cette montagne a son double dans mon coeur.

Je m'adosse à son ombre,

je recueille dans mes mains son silence

afin qu'il gagne en moi et hors de moi,

qu'il s'étende, qu'il apaise et purifie.

Me voici vêtu d'elle comme d'un manteau.

Mais plus puissante, dirait-on, que les montagnes

et toute lame blanche sortie de leur forge,

la frêle clef du sourire." (Le mot joie)

 

"Tu es assis

devant le métier haut dressé de cette harpe.

Même invisible, je t'ai reconnu,

tisserand des ruisseaux surnaturels." (A Henry Purcell)

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

 

A la lumière d'hiver, suivi de Pensées sous les nuages, Philippe Jaccottet, Poésie Gallimard, 1977-1994, 7.20 euros

Publié dans Poésie française

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Jardin de printemps de Tomoka SHIBASAKI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Tarô loge dans un immeuble voué à la destruction. Un à un ses voisins quittent le lieu. Tarô fait alors la connaissance d'une de ses voisines qui résiste et passe ses heures à observer une maison située dans leur rue, fascinée et aimantée par ce lieu. Elle possède un livre de photographies ayant été prises dans cette maison, et rêve d'entrer dans les lieux pour admirer la décor. 

Dans un style léger, comme aérien, Tomoka Shibasaki évoque une atmosphère douce et frôlant l'inutilité du quotidien. Les êtres s'attachent à des chimères, à des images glacées d'un livre photo dans lequel un couple d'acteur se met en scène. Ils sont comme déconnectés de la réalité, dans une période transitoire, un âge indécis. Des êtres solitaires qui se frôlent.

Ce que j'ai moins aiméJardin de printemps possède le charme discret des romans japonais qui suggèrent plus qu'ils n'assènent... Cette discrétion diffuse peut laisser le lecteur indécis, interloqué par la légèreté de l'histoire et des propos. Un roman qui risque de s'évaporer rapidement de ma mémoire...

 

Présentation de l'éditeur : Picquier 

 

Jardin de printemps, Tomoka Shibasaki, traduit du japonais par Patrick Honnoré, Picquier, 2016, 141 p., 16.50 euros

Publié dans Littérature Asie

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La maison du bout du monde de Ake EDWARDSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Laissé pour mort au fond de la piscine en Espagne, Winter ressuscite sous nos yeux. Il quitte cette Espagne rédemptrice qu'il habite depuis deux ans pour retrouver sa Suède glaciale et son travail. Plongé en plein cauchemar, il doit enquêter sur le meurtre d'une jeune femme et de ses deux enfants. Seul un bébé a survécu au drame. Winter se plonge dans cette enquête au rythme lancinant, se remettant doucement au diapason du pays. S'il reprend goût à la vie, profite des crevettes de Göteborg, et trouve le goût du sel unique, il souffre aussi d'acouphènes et son angoisse s'est accrue par l'expérience qu'il a vécue. Mais il est aussi devenu plus humain suite à son congé forcé : 

"Nous faisons de notre mieux, répéta Winter.

- Pour l'écrouer ?

- Pour rétablir la justice, dit Winter en se levant. Pour amener la paix sur terre. Pour nous délivrer du mal. Pour nous apprendre à nous aimer les uns les autres." p. 234

Winter rôde autour du lieu du drame, cette maison du bout du monde, s'en éloignant pour mieux y revenir, à la fois dépité et fasciné par ce lieu à part... 

Ce que j'ai moins aimé : Le meurtrier était bien celui que je suspectais depuis le début. 

En conclusion : La maison du bout du monde est plus un roman d'atmosphère qu'un roman que l'on lit pour le suspens ou la résolution de l'intrigue. Il offre une peinture très juste de la Suède, entre montée du racisme ordinaire et douceur de vivre. 

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès

D'autres avis : Babelio

Du même auteurJe voudrais que cela ne finisse jamais   ; Presque mort  ; Le ciel se trouve sur terre ; Ce doux pays

Série Erik Winter

  1. Dans med en ängel, 1997 (*) / Danse avec l'ange, 2002Death Angels, 2009
  2. Rop från långt avstånd, 1998 / Un cri si lointain, 2003 / The Shadow Woman, 2010
  3. Sol och skugga, 1999 / Ombre et soleil, 2004 / Sun and Shadow, 2005
  4. Låt det aldrig ta slut, 2000 /   Je voudrais que cela ne finisse jamais , 2005 / Never End, 2006
  5. Himlen är en plats på jorden, 2001 (*) / Le ciel se trouve sur Terre, 2011 / Frozen Tracks, 2007
  6. Segel av sten, 2002 / Voile de pierre, 2006 / Sail of Stone, 2011
  7. Rum nummer 10, 2005 / Chambre numéro 10, 2007
  8. Vänaste land, 2006 / Ce doux pays, 2007
  9. Nästan död man, 2007 / Presque mort, 2009
  10. Den sista vintern, 2008 / Le dernier hiver, 2010
  11. La maison du bout du monde, 

La maison du bout du monde, Ake Edwardson, Traduit du suédois par Rémi Cassaigne, Jc Lattès, septembre 2015, 450 p. 21.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Rencontre avec Tracy Chevalier

Publié le par Hélène

Grâce à l'agence de presse D'Anne et Arnaud nous sommes plusieurs blogueuses a avoir eu le plaisir de rencontrer Tracy Chevalier, une auteure très accessible et agréable. Voici le compte rendu de cette rencontre : 

 

Pourquoi cette chronologie ?

Pour entretienir le mystère. Je ne voulais pas une saga-western très longue, j'ai donc choisi d'entremêler deux époques : celle de l'Ohio et celle du Robert adulte. Les lettres sont un pont, un lien entre l'Ohio et la Californie.

 

Comment vous est venue l'idée de ce roman ?

Qunad j'ai effectué des recherches sur La dernière fugitive j'ai lu un livre sur les relations entre les humains et plantes pour me documenter sur des détails sur la vie dans l'Ohio au XIXème siècle.Dans ce livre il y avait un chapitre sur les pommes et sur Appleseed, un commerçant. J'ai été amusée par la différence entre ce que l'on apprend sur cet homme aux enfants, qu'il donnait des pommes pour promouvoir la santé, alors qu'en fait il les vendait pour faire de l'alcool. La différence entre la réalité et la fiction m' a amusée. Puis j'ai eu l'image de ce couple qui se déchirerait parce que l'un voudrait cultiver des pommes sucrées et l'autre des pommes acides pour faire de l'alcool.

C'est l'histoire de gens qui bougent, ceux qui émigrent mais aussi le mouvement des arbres. On pense que les arbres ne bougent pas mais en fait c'est faux, les gens les font voyager. Les pommiers sont originaires du Kazakstan par exemple. L'arbre est le miroir de la migration humaine. 

 

Sur quel projet travaillez vous actuellement ?

Un roman qui se passe aussi aux Etats-Unis en rapport avec le projet Shakespeare : une maison d'édition en Angleterre a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce de Shaespeare et d'écrire un roman inspiré par cette pièce. Margaret Atwood a choisi la Tempête et pour ma part j'ai choisi Othello. Cela se passera dans une école américaine en 1974. Tous les écoliers seront américains sauf un jeune enfant noir qui arrive un jour dans l'école venant d'Afrique. 

 

Pourquoi avoir choisi d'offrir le point de vue de Sadie à la première personne quand les autres personnages sont présentés à la 3ème personne ?

AU début j'avais pensé que ce serait l'homme l'ivrogne puis je me suis dit que cela était trop stéréotypé et j'ai choisi la femme. Dans ma tête j'entendais sa voix et sa manière de parler. J'ai pensé qu'elle était si forte que j'ai su qu'elle devait s'exprimer à la première personne. Si l'histoire était à la troisième personne uniquement, le personnage serait devenu nul. Inversement tout le roman avec seulement son point de vue aurait été trop. Un petit peu c'était mieux. Sadie est un personnage que l'on déteste ou que l'on adore. Il ne faut pas que tous les personnages soient gentils dans un roman. Elle est forte mais elle a ses raisons : elle perd un enfant chaque hiver, elle est isolée, n'a pas d'amis, elle est un peu égoïste. 

 

Pourquoi était-ce la première réelle fois que le héros était masculin ?

Ce qui m'intéresse sont les effets qu'ont pu avoir la famille sur les enfants. Il fallait la réaction d'un des enfants qui partirait vers l'Ouest. Il fallait un homme car pour une fille cela aurait été trop difficile de partir seule à travers le pays.

 

Pourquoi des histoires d'amour tourmentées ?

Parce que l'amour est compliqué. Robert est influencé par la relation de ses parents. Il faut toujours des compromis.

 

Quelles sont vos relations avec Faulkner ?

Faulkner et ses structures narratives ont indubitablement influencé de nombreux auteurs. J'ai étudié Faulkner à l'université, j'ai lu tout ce qu'il a publié et j'ai adoré Le bruit et la fureur et Tandis que j'agonise. J'ai été impressionnée, c'est toujours là, je pense. J'ai aussi eu d'autres influences comme celle de Toni Morrison, par Beloved et le Chant de Salomon. Elle aussi utilise les différents points de vue des personnages. 

 

Quels sont vos rapports avec votre traductrice ?

Je ne lis jamais les traductions. Quand c'est fini, c'est fini, le livre est pour vous, lecteurs, pas pour moi. Pour la traduction, je regarde quelques pages par ci et par là, mais je ne peux pas juger la traduction. On m'a dit que c'était bon. Anouk - la traductrice- a rencontré quelques problèmes en raison de l'utilisation de beaucoup de vocabulaire spécifique à la culture des pommes, et quelquefois elle m'a posée des questions.

 

Avez-vous des romans en cours d'adaptation cinématographique ?

Un producteur a acheté les droits de Prodigieuses créatures il y a 5 ans mais a finalement refusé de tourner l'adaptation. On a décidé que peut-être quelqu'un d'autre aura cette chance. C'ets diffcile de faire un film, il y a tant de monnaie en jeu. Quand on publie un livre il n'y a que moi et le lecteur, c'est simple. Avec un film il y a les différentes compagnies, les différents pays, il faut plusieurs personnes les acteurs, producteurs, etc... Il est difficile que tout ce monde se mette d'accord. Sans doute que cette adaptation n'a pas vu le jour car le roman est très anglais et que le producteur intéressé était australien.

A l'orée du verger est difficile à adapter à cause des différentes époques, il faudrait des flashbacks, ce serait compliqué. 

Je n'imagine pas en écrivant que ce que j'écris pourra devenir un film. Il faut écrire pour le lecteur pas pour quelqu'un qui va voir un film. Néanmoins quelques scènes restent très visuelles comme celle durant laquelle Robert est avec Nancy et Marthe et descend la montagne et voit à distance Molly et son parapluie jaune et rouge. C'était un film dans ma tête. Cela ne signifie pas que cela ferait un bon film.

 

Avez-vous été influencée par Les soeurs Brontë ?

J'ai travaillé sur un projet pour célébrer le bicentenaire de Charlotte Brontë avec des expositions et des livres. J'ai beaucoup lu les soeurs Brontë et j'ai remarqué que Jane Eyre ressemblait un peu à ma jeune fille à la perle. 

 

Merci à Anaïs et Arnaud pour cette soirée très enrichissante et merci à Tracy Chevalier pour sa proximité et sa gentillesse !

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A l'orée du verger de Tracy CHEVALIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Des pommes de la discorde aux arbres de l'espérance...

En 1838, dans l'Ohio, James Goodenough cultive des pommes. Mais les malheurs s'accumulent sur sa famille : à chaque fin d'hiver un de ses enfants meurt à cause de la fièvre des marais, les caprices du temps peuvent détruire en un instant ses récoltes, sa femme, Sadie, a tendance à trop apprécier l'eau de vie, les voisins sont rares bref, la vie est rude pour cette famille de cultivateurs... Les dissenssions s'exacerbent au sein du couple, James souhaitant cultiver avant tout une variété de pommes chère à son coeur la reinette dorée, pomme sucrée "au parfum de noix, de miel avec une note finale d'ananas" quand sa femme préfère les pommes à cidres qui lui permettent de fabriquer son eau de vie, encouragée en cela par John Chapman, vendeur d'arbres fruitiers itinérant. Leurs conflits permanents impacteront durablement leurs enfants. 

Enfants que l'on retrouve des années plus tard, après l'éclatement de la famille. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il suit William Lobb, un exportateur chargé de prélever des pousses de séquoia pour les envoyer en Angleterre. Martha, quant à elle sillonne le pays à la recherche de son frère tant aimé.

Dans ce roman foisonnant très documenté, les arbres, tout comme les hommes voyagent : les pommiers à reinettes dorées viennent d'Angleterre et les séquoias géants ainsi que les redwoods font le chemin inverse. Mêlant savamment personnages fictifs et personnages réels, Tracy Chevalier rend hommage à la mémoire de ces pionniers venus construire l'Amérique. Si les êtres qui parcourent A l'orée du verger parlent peu, leur silence dit l'essentiel. Les rapports humains, amoureux ne coulent pas de source et demandent eux aussi des sols fertiles. Chacun est méfiant, comme pour se protéger d'un monde trop grand. 

Ce que j'ai moins aimé : Dans la première partie l'alternance de point de vue est déconcertante : d'abord celui de James à la troisième personne, puis celui de Sadie le personnage le plus détestable du roman -selon moi, d'autres comme Séverine l'ont adorée- qui, elle, parle à la première personne, dans un style qui se veut le sien. 

La construction est elle aussi déconcertante, avec des retours en arrière, des échanges épistolaires entrecoupant l'action et permettant des ellipses temporelles de plusieurs années.

En conclusion : Même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de La dernière fugitive, il aborde d'un point de vue original l'histoire de ces nomades anonymes qui ont contruit les Etats-Unis. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

Du même auteur : Mon préféré La dernière fugitive ;  Prodigieuses créatures

D'autres avis : Séverine

Télérama

 

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, éditions la Table Ronde, mai 2016, 336 p., 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Ma rencontre avec l'auteure est ICI : rencontre avec Tracy Chevalier

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Va et poste une sentinelle de Harper LEE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"J'ai besoin d'une sentinelle à mes côtés qui me montre la différence entre ce que les hommes disent et ce qu'ils veulent dire, qui trace une ligne de partage et me montre qu'ici a cours telle justice et là telle autre et me fasse comprendre la nuance." p. 22

Comment est-il possible qu'Atticus, l'homme qui défendait le droit des opprimés dans le magnifique Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, le père exemplaire qui tentait de transmettre des valeurs essentielles à ses enfants, le modèle de tant d'avocats, cet homme bon, moral et intègre, comment est-il possible disais-je que cet homme soit devenu raciste 25 ans plus tard ? 

Michiko Kakutani, critique littéraire du  New York Times a résumé, dans son article consacré au roman, la stupeur ressentie par le lecteur américain face à cette métamorphose d'Atticus : « De manière choquante, dans le roman tant attendu de Mrs Lee, [...] Atticus est un raciste qui a déjà assisté à une réunion du Ku Klux Klan, qui dit des choses comme "notre population noire est arriérée", ou demande à sa fille : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?" [...] Dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Atticus était un modèle pour ses enfants, Scout et Jem [le frère de Scout, NDLR] — leur étoile Polaire, leur héros, la force morale la plus puissante dans leurs vies. Dans La Sentinelle, il devient source de douleur et de désillusion pour la Scout de 26 ans (ou Jean Louise, comme on l'appelle à présent). » De fait, les critiques de la presse américaine étaient souvent mitigées, mais le livre a connu néanmoins un beau succés, comme si chaque lecteur voulait vérifier, comme si on continuait à penser qu'il devait y avoir une erreur, que les autres n'avaient pas bien compris...  Et pourtant... 

Il faut savoir que si Va et poste une sentinelle se passe 25 ans après l'intrigue de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, dans les années 50, il a été ecrit avant Ne tirez pas mais refusé, si bien que l'éditirice conseilla à l'auteur de déplacer son intrigue vingt ans plus tôt. Et elle aurait dû s'en tenir là... 

Bref, que dire de cet opus ? Que Scout découvre tout aussi attérée que nous, lecteurs les thèses ségregationnistes de son père et dans un premier temps, elle se perd dans des souvenirs d'enfance pour se rassurer. Puis, petit à petit, cet ébranlement violent lui permet de mûrir et d'assumer ses choix de vie. En tant que New-yorkaise, elle brandit sa soif de liberté et ne se reconnaît plus dans les valeurs de son petit village natal d'Alabama. Chacun défend ses thèses, et là encore la déception se fait ressentir, quand dans Ne tirez pas, tout était suggéré, subtilement, ici tout est assené, maladroitement... Alors oui, compréhension et respect sont encore au coeur du roman, mais la démonstration est tellement forcée qu'elle en devient artificielle. Rendez-nous notre Atticus et replacez-le sur son piédestal, s'il vous plaît... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Babélio 

 

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, roman traduit de l'anglais (Eu) par Pierre Demarty, Grasset, octobre 2015, 336 p., 20.90 euros 

 

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