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Antigone de Henry BAUCHAU

Publié le par Hélène

antigone

♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

Henry Bauchau (1913-2012), psychanalyste, poète, dramaturge, essayiste, romancier, est l’auteur d’une des œuvres les plus marquantes de notre temps – publiée par Actes Sud.
Récemment : Déluge (roman, 2010), Dialogue avec les montagnes (1968-1971) (nouveau volume de son journal, 2010), L'Enfant rieur (récit, 2011), Tentatives de louange (recueil de poèmes, 2011), Temps du rêve (récit, 2012), Pierre et Blanche (Souvenirs et documents sur Blanche Reverchon et Pierre Jean Jouve, 2012) et Chemin sous la neige. L'Enfant rieur vol. 2 (récit, 2013).

En 2008, Le Boulevard périphérique (repris en Babel, n° 972) avait obtenu le prix du Livre Inter.

 L’histoire :

 Lumineuse, féminine, intrépide, l’Antigone d’Henry Bauchau nous est peut-être plus présente que celle des dramaturges. Et sans doute fallait-il un roman pour vraiment incarner les passions de la jeune mendiante qui, après avoir suivi son père, le roi aveugle, des années durant jusqu’au terme de son parcours, contre toute prudence prend le chemin de Thèbes avec l’espoir d’empêcher la guerre entre les fils de Jocaste, ses deux frères tant aimés. Commence alors pour elle une suite d’épreuves, de doutes, d’humbles joies et d’inexorables déchirements. Traversée d’épisodes sublimes où resplendissent la beauté des chevaux, l’éclat des armes et la vaine gloire des combats, l’Antigone de Bauchau n’en est pas moins une œuvre d’écoute et d’attention à la souffrance, qui chante les regrets de l’amour, l’apaisement des blessures, l’ambivalence des désirs, les mystères de la filiation. Dans une écriture limpide, semblant souverainement précéder toute rhétorique, Henry Bauchau traverse les âges de l’humanité jusqu’à atteindre un temps des origines, une matière première des passions et des arts, d’où il fait soudain jaillir cet événement merveilleux : la naissance du théâtre. Par-delà les éblouissements que nous procure parfois la littérature, il y a bel et bien dans ce livre quelque chose d’éternel. Comme est éternelle Antigone, figure laïque et rédemptrice, symbole de paix et de féminité, qui défie les lois viriles de la haine — et nous éclaire depuis des millénaires, face aux millénaires à venir. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Là où Sophocle et Anouilh commençaient la relation du mythe à la mort de Polynice et Etéocle, Bauchau choisit de remonter le cours du temps et de cueillir Antigone à son retour de Thèbes, quand ses deux frères sont encore vivants et qu’elle peut espérer, elle, la petite sœur, les sauver. Elle veut les empêcher de s’entredéchirer, elle veut la paix et le bonheur aux côtés d’Hémon. Elle refusera jusqu’au dernier instant de prendre parti pour l’un ou l’autre, fidèle à leur souvenir et à leur amour. Mais les deux jumeaux se battent pour Thèbes, pour l’amour perdu de leur lumineuse mère Jocaste, pour exister, parce que ce duel incessant les résume et les résumera jusqu’à la fin. Une surenchère incessante se joue entre eux. Antigone résistera jusqu'à la fin. 

  " Ils pensent tous que je vais échouer. On a bien le droit d’échouer. De tenter seulement de faire un peu de lumière et des ombres, comme la lampe dans l’escalier, et de s’éteindre ensuite sans bruit. 

Clios doit danser ce soir en regardant les étoiles. Peut-être qu’il pense un peu à Antigone et se dit, à sa manière, que tout a un sens qui nous donne parfois des instants, des instincts de bonheur. »  (p. 138)

L'Antigone de Bauchau est un personnage profondément humain, émouvant, elle soigne les blessures de l’enfance comme celles de la cité peuplée de pauvres affamés. Elle semble bien plus adulte et posée que chez Anouilh. Ismène joue un rôle important, sœur compréhensive et tout aussi combative tandis que Créon tire les ficelles dans l’ombre.  

  Bauchau  nous livre un texte beau fort, à la fois  lyrique et épique dans ces combats puissants comme soumis à une chorégraphie céleste.

 « Dans sa lutte avec Créon elle ne conteste pas la loi de la cité qui est alors la loi des hommes. Elle affirme seulement qu’il y a une loi plus haute et qu’en tant que femme elle entend la suivre. Elle reste encore aujourd’hui un modèle de ce que pourrait être une pensée, une éthique, une action féminine délivrée des modèles masculins qui pèsent encore tant sur les femmes.

En face d’Antigone un homme peut entrer dans une colère meurtrière comme Créon, il ne peut plus craindre d’être victime de sa séduction ou de sa ruse » Henry Bauchau, JOURNAL d’Antigone (1989-1997), p. 256

 Ce que j’ai moins aimé :

 Je n’ai pas pu m’empêcher de comparer avec le texte d’Anouilh, et j’ai préféré ce dernier.

 Premières phrases :

 « Depuis la mort d’Oedipe, mes yeux et ma pensée sont orientés vers la mer et c’est près d’elle que je me réfugie toujours. A l’ombre d’un rocher, j’écoute la rumeur du port et des hommes et les cris des oiseaux de mer. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Œdipe sur la route, Diotime et les lions

Autre : Antigone de Jean ANOUILH  

D’autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub

 

blogoclub 

Antigone, Henry Bauchau, Actes Sud, Babel, août 1997, 7 euros

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Déceptions et abandons du mois de février

Publié le par Hélène

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  L'homme chauve-souris de Jo NESBO

 Quatrième de couverture :

 Parce qu'une jeune Norvégienne a été sauvagement jetée d'une falaise à l'autre bout du monde en Australie, l'inspecteur Harry Hole de la police d'Oslo est envoyé sur place par une hiérarchie soucieuse de l'évincer. Ce qui n'aurait dû être que routine diplomatique va se transformer en traque impitoyable au fur et à mesure de meurtres féroces qu'Harry Hole refuse d'ignorer. Autre hémisphère, autres méthodes... Associé à un inspecteur aborigène étrange, bousculé par une culture neuve assise sur une terre ancestrale, Hole, en proie à ses propres démons, va plonger au cœur du bush millénaire. L'Australie, pays de démesure, véritable nation en devenir où les contradictions engendrent le fantastique comme l'indicible, lui apportera, jusqu'au chaos final, l'espoir et l'angoisse, l'amour et la mort : la pire des aventures.

 

Mon avis :

 Le début de ma lecture était plutôt prometteur, j’apprenais des éléments intéressants sur l’Australie, sur les autochtones, l’intrigue se mettait en place lentement, bref tout allait bien. Puis, Harry Hole a eu rendez-vous avec une rousse et à partir de cet instant il est devenu tellement ridicule à mes yeux qu’il n’était plus du tout crédible et que le roman par la même occasion non plus :

 « Brigitta se pencha en avant, au-dessus de la table. Harry se supplia de ne pas plonger les yeux dans son décolleté. Ce fut tout juste s’ils sentit son léger parfum, et inspira avidement par le nez. Il ne fallait pas qu’il se laisse abuser. » (p. 81)

 Pendant et après ce rendez-vous qui l’a marqué durablement, Harry Hole passe son temps à « pouffer de rire » (p. 82, 87) Un homme qui pouffe moi je dis non.

 En plus je me suis rendue compte que j’avais déjà lu ce livre il y a quelques années, que je n’avais déjà pas aimé, et que je ne m’en souvenais absolument pas, ce qui est franchement mauvais signe !

  

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 La bonne étoile d’Esther FREUD

 

Quatrième de couverture :

La timide Nell, Charlie la magnifique, Dan l’ambitieux, Jema la révoltée : tous croient en leur « bonne étoile ». Formés au très select Drama Arts de Londres, où ils se sont rencontrés, ils rêvent de devenir des stars. La réalité sera-t-elle à la hauteur de leurs espérances ? Auditions improbables, agents injoignables, tournées miteuses, tapis rouge sans lendemain ponctuent leur parcours semé d’embûches dans un monde dominé par l’ambition, la vanité et les faux-semblants. Seule Nell prendra le chemin de la réussite, mais à quel prix…

Dans cette comédie douce-amère, Esther Freud – qui fut elle-même actrice – pose un regard à la fois tendre et aigu sur ses personnages ainsi que sur les splendeurs et misères d’une profession aussi exaltante qu’impitoyable.

 Mon avis :

Ni plus ni moins High school musical : histoires de cœur de deux ou trois apprentis acteurs, leurs cours, leurs petits boulots, leurs amours, leurs déconvenus, leurs pleurs, leurs auditions... Trop c'est trop... 

 Autres avis : Télérama ; Lire ;   

Clara  

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   Quatre jours en mars de Jens Christian GRONDAHL

Résumé :

Au cours de quatre jours dramatiques, Ingrid Dreyer, architecte et mère divorcée, va être amenée à replonger dans les souvenirs de sa jeunesse solitaire et de son mariage raté, afin de comprendre pourquoi sa vie commence à ressembler à une impasse.

 Mon avis :

Un récit nostalgique très statique, très psychologique, et finalement assez déprimant il faut bien le dire. Ingrid revit son passé, teinté de regrets, son avenir semble tout aussi opaque, et quant à son présent, il n’est pas plus reluisant : elle apprend en effet que son fils s’est rendu complice d’une agression envers un jeune homme. L’écriture minutieuse  analyse au plus près ses sentiments, de façon trop détaillée à mon goût, créant une sensation lente, rapidement étouffante qui m’a poussée à abandonner ma lecture…

 Télérama  

 

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Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée de David LEFEVRE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

 « Et si je lève la tête pour un rien, c’est parce que j’ai besoin d’un monde qui m’étonne encore. » (p. 56)

 

 

L’auteur :

 

Né à Fougères en 1973, David Lefèvre interrompt ses études à 20 ans après une licence d’histoire-géographie. Après avoir travaillé un an comme gestionnaire dans une grande entreprise d’électronique, il boucle son sac avec l’idée d’aller chercher son université sur les routes. Un premier départ le conduit en Amérique du Nord. Après une traversée coast to coast des États-Unis, il randonne dans de nombreux parcs nationaux. Il parcourt notamment une partie de l’Arizona en compagnie d’un sculpteur de kashinas hopi qui cherche des racines de cotton wood dans les sables. En octobre 1994, il se rend au Mexique, dans la région du Chiapas alors en plein soulèvement zapatiste. Il côtoie les Indiens tzotzil en lutte contre le gouvernement central pour la défense de leurs droits. De retour à New York, il se retrouve sans argent et convoie des véhicules. Il parcourt plusieurs régions de France au rythme saisonnier des cueillettes et des récoltes de fruits (vignes dans le Beaujolais, pommes en Corrèze, mirabelles en Lorraine).

Il alterne ensuite divers petits boulots alimentaires dans l’idée de se frotter à la réalité précaire d’un monde pénible (opérateur sur presses à emboutir, peintre, chauffeur livreur) et des séjours en Asie (Turquie, Iran, Syrie, Ouzbékistan, Kirghizistan, Chine, Pakistan, Népal, Inde, Thaïlande, Malaisie). Il randonne en solitaire en Anatolie, au Rajasthan, dans le désert iranien du Dasht-e Kevir, réalise des treks classiques au Népal et excursionne sur d’anciens sentiers muletiers dans les monts Deosai, au nord du Pakistan. Une rencontre avec les aigliers des contreforts des Tian Shan constitue une autre expérience marquante.

En 2003, David Lefèvre se rend en Irlande sur les traces de Nicolas Bouvier qui y avait séjourné presque vingt plus tôt. Sur l’île d’Inishmore, il rencontre les deux personnages principaux du Journal d’Aran et recueille leurs souvenirs. Il se rend ensuite à la Bibliothèque publique de Genève et, sous l’égide d’Éliane Bouvier, explore les archives manuscrites et iconographiques de l’écrivain suisse. Cette escapade irlandaise associée à ce travail de recherche donne naissance à l’écriture d’un essai intitulé Dans le sillage d’un saumon genevois remontant à ses sources, qui sera publié dans la prestigieuse revue Europe en 2007. Auparavant, un autre séjour à Genève avait donné naissance à l’exposition Nicolas Bouvier, flâneur planétaire donnant à connaître à un large public le parcours multiple et l’œuvre de l’auteur genevois. Cette réalisation itinérante, toujours active à ce jour, a été régulièrement présentée dans divers espaces culturels, événements ponctuels et festivals à travers la France tels que les festivals Étonnants Voyageurs de Saint-Malo ou Artisans voyageurs à Angers.

Parallèlement, David Lefèvre continue à alterner voyages au long cours et sédentarité. Il exerce alors divers métiers. Il est initié aux techniques de la photographie à Udaipur, en Inde. Il est cuisinier en Angleterre et en Allemagne, barman puis berger en Irlande. Il commerce des pierres semi-précieuses.

De plus en plus attiré par les grands espaces, en 2003, il effectue un premier voyage en Amérique du Sud, au cours duquel il marche deux semaines dans les salars du Nord argentin et traverse le désert d’Atacama, au Chili, jusqu’à la côte Pacifique. En 2004, il se livre à une ascension du volcan Sajama, qui culmine à 6 542 mètres en Bolivie.
Entre 2005 et 2010, son attirance affirmée pour les forêts et les steppes argentines le pousse vers la Patagonie, où il effectue plusieurs séjours de trois à six mois. Depuis 2010, il réside au Chili, où il exerce d’abord une activité de photographe. Installé au bord d’un lac de l’île de Chiloé, dans une région où la nature demeure intacte, il s’adonne à une vie frugale proche de l’autosubsistance. Il s’interroge notamment sur les limites du concept de pauvreté volontaire. C’est une expérience propice à la réflexion, à la contemplation et donc à l’écriture. Parmi ses engagements, il entend sensibiliser le public aux dangers d’un projet de mégacentrales hydroélectriques par des entreprises privées sur les deux principaux fleuves de la Patagonie chilienne.

 

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Dans ses récits, David Lefèvre aime faire office de cueilleur de mémoire. Il privilégie l’enquête, le témoignage et, en particulier, la parole donnée aux anonymes.

(Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 

Lorsque David Lefèvre se retire seul dans une cabane au cœur de l’île de Chiloé, au Chili, son projet est simple : vivre une existence frugale et authentique, en harmonie avec les éléments. Au fil des saisons, il s’ancre entre lac et forêt, travaille la terre et retrouve le goût des tâches manuelles, de la pêche à la cueillette en passant par la charpenterie. Entre deux corvées de bois, le voyageur devenu sédentaire s’interroge sur son rapport au monde. Et si le bonheur consistait à se contenter de l’essentiel, en marge de la société consumériste ? La beauté et l’intensité de la vie sauvage deviennent une source inépuisable d’émerveillement. Le temps qui s’égrène, plus dense, consacre chaque geste, et de la solitude jaillit une ivresse qui demeure. Le récit de cette expérience, dans la pure tradition du nature-writing, est à la fois un hymne au Grand Dehors et une envoûtante méditation intérieure.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Loin de toute civilisation tonitruante et souvent aliénante, l’auteur a choisi de se retirer dans une cabane au bord d’un lac, avec comme seuls compagnons la faune et la flore environnante. Il choisit alors une petite île chilienne, l'île de Chiloé, et cette expérience lumineuse qui lui permet de retrouver le monde et de l’embrasser dans toute sa plénitude.

 « C’était cela : être présent. Immobile. Comme une stèle au jardin des pierres. Laisser faire. Regarder. Ecouter. Avoir intensément désiré cet état. Se sentir décollé du sol, attiré comme une plante vers la clarté. » (p. 22)

 « Tant que les impératifs de l’âge de m’obligent pas à battre en retraite, je me tiens là, debout, et prends l’air du soir sous les variations du crépuscule. Dehors, un grillon grince, des mandibules mettent en pièces leurs victimes, des moucherons d’eau volettent au hasard, un bourdonnement s’enfuit vers le néant. » (p. 115)

 Occupé à retaper sa cabane, ses seules autres occupations consistent à chercher sa subsistance quotidienne, puis à observer ce qui l’entoure d’un œil neuf et émerveillé. A la fois soumis à ses sensations et à sa raison, cette expérience le pousse à une méditation intérieure florissante.

 « Faisons en nous la place au touchant, au léger, au sublime, au cosmique, à tout ce qui palpite et fait monter notre âme au ciel avant l’heure d’enterrer nos convictions, et de nous vautrer dans les habituels reniements de l’âge mûr une fois venue l’heure où le courage s’use, avant d’éprouver un jour cette fatigue de vieux soldats qui n’aspirent qu’au repos. » (p. 126)

  « Et pendant que l’homme exige un décorum à sa disposition, qu’il prend le monde comme une invention façonnée par lui, quel qu’en ait été l’architecte, des animaux franchissent les méridiens, engendrent leur descendance, s’éteignent sans qu’on s’inquiète de savoir s’ils ont assez vécu et si leur existence nous a été profitable. » (p. 51)

 Quelques écrivains l’accompagnent dans son monde : Giono et ses Vraies richesses, Henry Thoreau, Harry Martinson, Barry Lopez, John Haines, Annie Dillard… Autant de personnalités qui entretiennent un rapport fort à la nature et à la solitude. Néanmoins, il n’est pas sans rencontrer quelques chiliotes en chair et en os et c’est avec encore davantage d’ouverture et de plaisir qu’il partage alors quelques instants à leurs côtés.

 Quand il évoque sa vie d’avant, ses réflexions ont un arrière-goût désagréable :

 « Comme ceux que je côtoyais, j’étais moi aussi coupable de soumission volontaire. Naïf, j’ignorais que l’exploité se complaît parfois dans les griffes de l’exploitant et que chacun n’a pas envie de terrasser sa servitude et ses ignorances. Écueil de la modération : à force de s’effacer, on finit par disparaître. À cette époque, j’étais incapable de donner une direction à ma radicalité.

 Pour retrouver ma propre trajectoire, il me fallait d’urgence déserter cette mauvaise farce, faire le tri et regarder les solutions qui me restaient. Je décidai de ne plus disperser mon énergie dans le néant mais d’aller enfin ma pente naturelle : je voyagerais pour voir le monde et lui voler sa part de chaleur et d’humanité. Oui, c’était dit, j’irais rencontrer la planète, je disparaîtrais sous les cimes, je naviguerais sur le flot sauvage des cours d’eau avant de devenir un homme-machine, marqué et repéré. Je dévorerais l’espace à la poursuite de l’horizon. Comme un navire navigant à l’estime, je fouillerais l’inconnu démesuré. Cela répondait autant à une volonté profonde qu’à la nécessité de me mettre en retrait de mes aversions les plus indicibles. » (p.122-124)

 Dans un style digne des plus grands, David Lefevre partage avec son lecteur une existence frugale lumineuse, lui offrant un monde intact et fascinant. Les photographies au mitan du livre sont aussi là pour attester de ce petit miracle de bonheur.

  « N’est-il pas condamné à une certaine solitude l’être délicat qui sent le pouvoir du vent entre ses mains, la danse de l’abeille revigorante, le souffle de l’esprit qui habite le sous-bois. Qui croira ce que j’éprouve à écouter le chant d’un oiseau nocturne ou à passer une  nuit à marcher sous la pleine lune ? » p.143)

 Un récit inoubliable, fort, un indispensable du nature writing.

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Ce que j’ai moins aimé :

-Rien

 Premières phrases :

 « J’avais une fois encore traversé la Cordillère pour retrouver le sud du Chili, son ciel glacial et ses villages endormis. L’hiver semblait malgré tout rendre ses derniers souffles. Il ne tarderait pas à passer la main. C’est en abandonnant les gelées blanches d’Aisen pour une remontée de la Carretera austral, face aux îles pluvieuses des Fuaitecas, que les semaines et les mois écoulés sont revenus à ma mémoire. »

 Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Aux quatre vents de la Patagonie, En route pour la Terre de Feu

Autre : Une année à la campagne de Sue HUBBELL  ; Indian creek : un hiver au coeur des Rocheuses de Pete FROMM  

 

D’autres avis :

 

Transboreal ;

Dominique Lire et Merveilles  

 

Solitudes australes, chronique de la cabane abandonnée, David LEFEVRE, Transboréal, novembre 2012, 18.9 euros

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Publié dans Récits de voyage

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Revue Bonbek tome 6 an 3000

Publié le par Hélène

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♥ ♥

La revue pour enfants qui rend jaloux les parents... 

  

Présentation :

 

Bonbek, la revue pour enfants qui rend jaloux les parents.

Des histoires pas gnagnans, des jeux marrants,

des ateliers créatifs géants pour les enfants

de 5 à 10 ans…. et leurs parents.

Pour lire, rire, jouer, cuisiner, danser, rêver,

inventer, créer…en famille.

Site http://www.bonbek.fr/

 

Le tome 6 :

 

Un numéro An 3000 !

Pourquoi ? Mais, parce que «ils» débarquent, «ils» reviennent... Qui ? Les enfants de 2999 et leur imagination débooordante (petite histoire) ; le vaisseau autocollant, là, au pied du lit de vos chérubins (Coller-décoller) ; id#445691735 depuis sa planète propre, après les «schwimp», «wuuuuuppp» puis «glourps !» de sa capsule intergalactique (grande histoire) ; Padmé et Dark Vador sur la musique de Star Wars (Choré) ; Pistache du 3ème type et Guimauvator, directement dans vos cuisines (À table !) ; les robots, tous les robots, en bataille (Cartes à jouer) ! ! ! ! Des (pré)visions signées Christophe Merlin, Laurent Bazart, Mark Verhaagen, Seb Niark..,
À lire, à regarder... pour être prêt.

L’équipe :


Sophie Cleyet-Marrel, Directrice de publication, et ex-productrice, journaliste et réalisatrice TV ;

 

Mari Pietarinen, Directrice Artistique pour la presse (Technikart Chine, WAD...) ;

Jérôme Berger, Rédacteur en chef et toujours chroniqueur gastronomique.

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Mon avis :

  

Cette revue est destinée aux enfants de 5 à 10 ans ce qui permet de toucher un éventail assez large d'enfants. Chacun y trouvera son compte entre les chorégraphies délirantes à la starwars, des coloriages qui permettent d'occuper les enfants pendant des heures -véridique, ma fille y a passé sa soirée hier soir et elle n'a colorié qu'un quart du dessin...-, des jeux de cartes à découper, des recettes de cuisine originales, des bandes dessinées incontournables à cet âge... Toutes ces activités sont regroupées autour d'un thème, pour ce tome-là l'an 3000, pour permettre à l'enfant de se projeter dans le futur et de développer son imagination foisonnante... 

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D’autres avis :

 

Le Figaro ;  Sophie ;  Yves 

  

Merci à Gilles Paris.

 

Publié dans Jeunesse Album

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La campagne de France de Jean-Claude LALUMIERE

Publié le par Hélène

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   "- Chateaubriand. C'est mon nom. René.

- Comme l'écrivain, souligna Otto en souriant.

- Non, comme le steack, corrigea l'homme en s'engouffrant dans l'autocar." (p. 48)

  

L’auteur :

 « Monsieur Lalumière, vous n’en êtes pas une ! » lui répète son professeur de mathématiques. Sans doute faut-il voir là une des raisons qui poussent le jeune Jean-Claude Lalumière vers les études de lettres. Il multiplie ensuite les expériences dans des domaines aussi variés que la papeterie industrielle, le sport, le transport de champignons, l’enseignement, le bâtiment, la radio et bien sûr l’administration. De tout cela, et de bien d’autres choses, il s’inspire pour écrire des romans empreints d’un humour qui n’est jamais gratuit. (Présentation de l’éditeur) 

 

L'histoire :

 Le train de la croissance est en panne ? Qu'à cela ne tienne, c'est en autocar que les jeunes Alexandre et Otto véhiculent leurs clients, un groupe de retraités indisciplinés, dans un voyage culturel à travers la France. Ultime tentative pour sauver leur agence de la faillite, l’entreprise est capitale, porteuse des plus grands espoirs mais aussi de l’éventualité du péril. Prudence donc sur la route : l'imprévu peut surgir à chaque virage. (Présentation de l’éditeur)

 

 Ce que j’ai aimé :

 Le ton est plutôt drôle autour de cette histoire de virée culturelle qui se heurte à des retraités récalcitrants, peu enclins à découvrir le parcours concocté par les deux brillants universitaires dont les étapes « permettaient une approche détaillée des relations entre la France et l’Allemagne à travers le XXème siècle. » Contraints de s’adapter à leurs voyageurs, ils feront quelques escales non prévues. Et entre André le GO, Denise, l'ancienne enseignante victime d'Alzheimer, son mari Edouard qui ne fait que dormir et manger, Daniel le spécialiste des autobus, et quelques autres hurluberlus, le voyage promet de ne pas être de tout repos. 

 Pour le lecteur le voyage est agréable, les mots coulent et l'entraînent gaiement aux côtés de ces joyeux drilles... 

  Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, j’ai trouvé que ni l’humour ni l’histoire ne décollaient suffisamment pour marquer durablement mon esprit…

 

 Premières phrases :

 « Le voyage avait pourtant bien commencé. Nous avions récupéré les membres de la fédération départementale des agriculteurs des Pyrénées-Atlantiques devant la mairie de Jurançon ? Ils étaient joyeux à l’idée de ce voyage, blagueurs même. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le front russe

 D’autres avis :

 Presse sur le site de la maison d'édition : http://www.ledilettante.com/livre-9782842637446.htm

 

La campagne de France, Jean-Claude Lalumière, Le Dilettante, janvier 2013, 288 p., 17.50 euros

 

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Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre SOLJENITSYNE

Publié le par Hélène

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Dix-sept heures de la vie d’un captif des camps soviétiques

 L’auteur :

 Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à « l'exil perpétuel », il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, date de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenche une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Il revient de son exil américain et s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Source : éditeur)

 

Présentation de l’éditeur :

 « Les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. » 

Tous les matins, à cinq heures, un surveillant réveille les vingt-trois détenus de la 104e brigade de travailleurs d’un camp de travail russe. Ivan Denissovitch, surnommé Choukhov, y a été déporté pour cause de « trahison de la patrie ». Condamné à dix ans, il ne lui reste qu'un an à passer au camp.

Un matin, le robuste Choukhov, affaibli, s'est levé en retard. Puni, il est contraint de nettoyer le plancher. Puis il se rend au dispensaire pour y chercher des soins, mais le médecin ne peut l’exempter car son quota quotidien d’arrêts de travail est déjà dépassé. Il retourne donc aux travaux forcés dans le froid glacial de la steppe, s’employant à mettre en place des méthodes de survie : il capitalise la seule richesse qu'il possède, celle des pourtant misérables rations de nourriture. Tous les jours, il s’évertue à accomplir d’harassantes et inhumaines tâches : il creuse des trous, martèle, déplace des kilos de terre, coupe et transporte du bois, construit des charpentes, aligne des briques ou bien dispose du mortier, etc.
À la nuit tombée, Choukhov est satisfait de sa journée. Elle ne lui a pas été fatale. Il n'a pas été mis au cachot, il n'est pas tombé malade et a même réussi à « s'acheter » du bon tabac grâce à un privilégié du camp.

Une journée d'Ivan Denissovitch est un roman noir dans lequel le désespoir n'a pas sa place. Il dépeint la force d’un prisonnier banal aspirant seulement à survivre jusqu’au lendemain, écrasé par des conditions de vie intolérables supportées sans cris et avec une grande dignité.
Alexandre Soljenitsyne décrit l’horreur banalisée et les principes du système concentrationnaire du Goulag en employant des termes simples et précis pour transcrire une situation tragique. Jamais plaintif, toujours juste, ce roman est à la fois d’une horreur saisissante et d’une beauté littéraire limpide. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Ce récit est à replacer dans son contexte : en 1961 ce qui s’était passé dans les camps soviétiques restait tabou, nébuleux. Ce manuscrit, servi par un style dans lequel transparaissent des facilités d’écriture confondantes, vient éclairer une période sombre de l’histoire.  Soljenitsyne l’aurait écrit en deux mois seulement. En un minimum de mots tiré de l'argot et du parler paysans il nous livre le récit expressif du quotidien d’un paysan emprisonné  pendant la seconde guerre mondiale et condamné à 10 ans de captivité.

 L’horreur de ces camps c’est avant tout le quotidien : 

« C’est merveilleux comme le travail fait passer le temps. Chouckhov l’avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu’on s’en aperçoive. C’est le total de la peine qui n’a jamais l’air de bouger, comme si ça n’arrivait pas à raccourcir. » (p. 84)

« Or, même pour penser, ça n’est jamais libre, un prisonnier. On retourne toujours au même point, en n’arrêtant pas de retourner les mêmes idées. Est-ce qu’ils ne vont pas retrouver la miche en fourgonnant dans la paillasse ? ce soir, est-ce que le docteur voudra bien vous exempter de travail ? Le commandant, il couchera au mitard ou pas ? Et comment il a pu s’arranger, César, pour se faire donner des affaires chaudes ? (…) » (p. 58)

« Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.

Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. 

Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.» (p. 189)


Ce récit tragique permet d'appréhender au plus près l'horreur de journées qui s'écoulent en captivité, dans la peur et la détresse. Un témoignage poignant, une esquisse de ce que sera L’archipel du goulag.

 Ce que j’ai moins aimé :

Une impression de déjà lu et entendu assez prégnante.

De plus - et pour cause - le tout est un peu lassant même si le texte est fort.

 Premières phrases :

 « A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le réveil : à coups de marteau contre le rail devant la baraque de l’administration. De l’autre côté du carreau tartiné de deux doigts de glace, ça tintait à peine et s’arrêta vite : par des froids pareils, le surveillant n’avait pas le cœur à carillonner. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : L’archipel du goulag

Autre : Si c’est un homme de Primo LEVI 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre SOLJENITSYNE, Traduit par Lucia et Jean CATHALA, Robert Laffont, Pavillons poche, 2010, 7 euros

 Lu dans le cadre du mois russe initié par Marilyne

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Publié dans Littérature Europe

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Monsieur Lapin, la carotte sauvage de Loïc DAUVILLIER et Baptiste AMSALLEM

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

 Les auteurs :

 Tour à tour scénariste, éditeur (les éditions Charrette), scénographe, Loïc Dauvillier est né à Cambrai en 1971.

Il se lance, en 2004, avec Marc Lizano, dans une première série jeunesse de trois tomes : La Petite Famille. Depuis, il explore l'ensemble des possibilités que lui offre la bande dessinée. On le retrouve dans des projets d'adaptations littéraires, des récits intimistes, des livres jeunesse...

 

Avec Baptiste Amsallem, il écrit en 2012 les premières aventures de Monsieur Lapin, aux éditions Des ronds dans l'O.

 Baptiste est né à Paris. Il fait ses études dans le sud de la France à l'Atelier API puis se réinstalle à la capitale en 2009 pour travailler dans le monde du livre jeunesse.

Son premier livre, Dino et Pablo (Bang Ediciones) scénarisé par Loïc Dauvillier, sort en 2010. Il collabore ensuite avec différentes maisons (Lito, Larousse, Bayard, Auzou, Naïve Jeunesse, Eveil et Découvertes, Les Editions des mers Australes ...).

Toujours avec Loic, il dessine les premières aventures de Monsieur Lapin, aux éditions Des ronds dans l'O. Il prépare en ce moment de nouveaux projets, dans son atelier, à St Michel.

 

L’histoire :

 En chemin, Monsieur LAPIN trébuche sur une carotte plantée dans le sol. La trouvant très apétissante, il tente de l’arracher. Hélas, il n’y arrive pas. C'est alors que Petit LAPIN lui propose de l’aide mais Monsieur LAPIN n’en veut pas et l'envoie promener. Il veut la carotte pour lui tout seul. Pourtant, il faut toujours compter sur un plus petit que soi.

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Mon avis :

 Ce cher lapin est un album muet, accessible aux plus jeunes même s’ils ne savent pas lire ce qui permet de toucher un large public. D'autant plus qu'il est drôle et frais.

Monsieur Lapin a une idée fixe : arracher cette carotte, et rien ne pourra le détourner de son objectif, pas même Petit Lapin… Et même si ce charmant lapin est très persévérant -ou affamé-, la carotte, elle, est très résistante... Petit Lapin semble davantage un rival pour Monsieur Lapin sur les voies d'un repas succulent, mais il va rapidement comprendre combien ledit repas sera bien meilleur partagé ... 

A la fin de l'histoire, petit plus non négligeable, la recette du gâteau à la carotte nous tend les bras, et des coloriages agrémentent ce charmant album.

Une belle surprise, et bonne nouvelle : il y aura un tome 2 intitulé « la chasse au papillon ».

 

D’autres avis :

 Sur le site des Editions http://www.desrondsdanslo.com/MrLapinT1.html

  Marilyne  

   Monsieur Lapin, la carotte sauvage, Loïc DAUVILLIER et Baptiste AMSALLEM, Des ronds dans l’O,  octobre 2012, 12.50 euros

  BD Mango bleu

Publié dans Jeunesse BD

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Du côté de Canaan de Sebastian BARRY

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  

L’auteur :

 

Sebastian Barry est né à Dublin en 1955. à la fois romancier, poète et dramaturge, il est reconnu comme l’une des voix les plus importantes de la littérature irlandaise d’aujourd’hui. Ses romans Annie Dunne et Un long, long chemin ont paru aux Éditions Joëlle Losfeld en 2005 et 2006. Le testament caché figurait sur la shortlist du Man Booker Prize 2008, et a obtenu le prix Costa Book of the Year cette même année. Il a également décroché en 2009 le prix Hughes and Hughes Irish Novel of the Year.

 

L’histoire :

 

Obligée autrefois de fuir l’Irlande et les siens avec son fiancé pour de mystérieuses raisons, Lilly Bere, à quatre-vingt-neuf ans, revit le chemin parcouru depuis son arrivée dans le Nouveau Monde – le «côté de Canaan» – au rythme des hommes de sa vie. D’une traversée clandestine à leur installation précaire à Chicago, le jeune couple n’aspire qu’à une vie normale. Mais c’est sans compter avec la menace sourde qui pèse sur eux, et qui va pousser Lilly, désormais seule au monde, à s’enfuir à Cleveland. Devenue employée de maison grâce à son amie Cassie, elle y est témoin des injustices et du racisme de la société américaine. Quand elle rencontre le séduisant et énigmatique Joe, elle croit enfin toucher le bonheur du doigt – jusqu’à une explosion pendant laquelle Joe disparaît… Ce n'est là qu'un des nombreux mystères de la vie de Lilly, racontée comme un thriller, et imprégnée d’une infinie douceur. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

A l’orée de sa mort, une vieille dame se remémore les instants cruciaux de sa vie, ceux qui, mis bout à bout, forment un tout cohérent et significatif. Pour elle, se souvenir est essentiel à l’heure où elle vient de perdre son petit-fils, prunelle de ses yeux. En se plongeant dans le récit de sa vie, elle peut ainsi revivre intensément par la magie de l’écriture les beaux moments, les moins bons, et les tragédies incontestables.

 

« Et de penser, de me souvenir. Toutes ces sombres affaires, ces histoires englouties, comme des vieilles chaussettes dans une vieille taie d’oreiller. Sans plus trop savoir quel poids de vérité elles contiennent. Et des choses que j’ai laissées de côté longtemps, dans l’intérêt du bonheur, ou du moins du contentement quotidien dont j’étais autrefois maîtresse, j’en suis persuadée. Le plaisir d’un plat bien cuisiné, simplement le petit plaisir étrangement infini de voir, de contempler, un plateau de biscuits sortant du four. Comme si je venais d’achever le Parthénon, ou la sculpture de Jefferson dans le roc, ou peut-être le contentement, ressenti dans les muscles, de l’ours quand il sort un saumon de l’eau avec sa patte. Puissamment apaisant, profondément, et pour quoi d’autres sommes-nous ici, sinon pour ressentir ces minuscules victoires ? Pas les grandes victoires qui broient et tuent le vainqueur. Pas les guerres et les émeutes, mais la grâce salutaire d’une sauce hollandaise qui a échappé à toutes les possibilités d’un désastre culinaire et qu’on étale comme une prière jaune sur un gros pavé de cabillaud, victorieusement. » (p. 39)

  

 Là où le pathétique pourrait être de mise,  Lilly ayant connu dans son parcours différentes tragédies, la luminosité de la vieille dame, sa bonté et son intelligence permettent d’éviter tout pathos, et d’auréoler son récit d’une aura particulière. Est-ce l’approche de la mort qui lui donne cette force immense, ou bien l’amour qu’elle a porté à chacun des êtres qui ont jalonnés sa vie, qu’importe, quand seul compte le récit de ces destins individuels marqués par les guerres (guerre d'indépendance irlandaise, première guerre mondiale, guerre du Vietnam, puis la guerre du Koweit), par le racisme, par les actions de l’IRA…

 

Servi par un style fluide, Du côté de Canaan retrace un très beau destin de femme…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Tellement fluide, que cela en devient presque banal et que je pense que cela ne le laissera pas un souvenir inoubliable.

 

Premières phrases :

 

« Bill n’est plus.

 

Quel bruit fait le cœur d’une femme de quatre-vingt-neuf ans quand il se brise ? Sans doute guère plus qu’un silence, certainement à peine plus qu’un petit bruit ténu. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Annie Dunne

Autre : Une seconde vie de Dermot BOLGER  

 D’autres avis :

 Blogs : Jérôme ; Mimi ; Clara ; Jostein

Presse : Lire ;Télérama  

 

Du côté de Canaan, Sebastian Barry, traduit de l’anglais (Irlande) par Florence Lévy-Paoloni, Editions Joëlle Losfeld, août 2012, 274 p.,  19.50 euros

 grand prix lectrices de elle

Publié dans Littérature Europe

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Mélancolie ouvrière de Michelle PERROT

Publié le par Hélène

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L'auteur :

 

C’est au milieu d’une carrière universitaire brillante, d’abord consacrée au mouvement ouvrier, que Michelle Perrot s’est imposée comme une des grandes historiennes des femmes.

Née en 1928 dans la petite bourgeoisie catholique parisienne, élevée dans un collège religieux de jeunes filles, soit une « éducation typiquement féminine », Michelle Perrot (son nom d’épouse) découvre la Sorbonne en 1946 et l’histoire sociale tournée vers le mouvement ouvrier.

Catholique, elle connaît l’attraction du communisme, dont elle s’éloigne à partir de 1957, se consacrant comme beaucoup de ses proches à l’action contre la guerre d’Algérie. Marquée par Mai 1968 où elle participe comme maître-assistante aux multiples activités de la Sorbonne occupée, elle connaît ensuite sa « conversion féministe » en liaison avec l’essor du mouvement des femmes.

Après avoir soutenu, en 1971, sa thèse sur « Les Ouvriers en grève (1871-1890) », sujet « viril » tant la grève était domaine masculin, elle s’engage dans le domaine nouveau qu’est l’histoire des femmes, donnant ses premiers cours sur ce thème en 1973.

De ses multiples études, communications et conférences, dont beaucoup sont reprises dans son recueil Les Femmes ou les silences de l’Histoire (Flammarion, 1998) se dégage le souci de restituer, de reconstituer une histoire globale dont les femmes cesseraient d’être exclues.

Elle co-dirige ensuite avec Georges Duby la première grande synthèse que sont les cinq volumes de l’Histoire des Femmes en Occident, de l’Antiquité à nos jours (Plon, 1991-1992). (Source : Babélio)

 

Quatrième de couverture :

 

 « Je suis entrée comme apprentie chez MM. Durand frères. J'avais alors douze ans. » Ainsi commence le témoignage de Lucie Baud (1870-1913), ouvrière en soie du Dauphiné, femme rebelle et oubliée, en dépit de grèves mémorables. Une ouvrière méconnue peut-elle être une héroïne ? Michelle Perrot s'efforce de comprendre son itinéraire en renouant les fils d'une histoire pleine de bruits et d'ombres, énigmatique et mélancolique. Mélancolie d'un mouvement ouvrier qui échoue, d'une femme acculée au départ et peut-être au suicide, de l'historienne enfin, confrontée à l'opacité des sources et à l'incertitude des interprétations.

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Mon avis :

 

Que de circonvolutions pour arriver dans le vif du sujet !  L’auteur s’évertue pendant quarante pages à nous répéter qu’on ne sait rien de cette Lucie Baud, que les renseignements sont difficiles à glâner, et en tant que lecteurs on aurait envie de lui dire « Mais change de sujet bon sang ! ». Sauf que comme il s’agit d’une commande de la part de l’éditeur voulant lancer une nouvelle collection « Nos héroïnes », peut-être que Michelle Perrot n’ose pas changer son fusil d’épaule. Alors elle persévère. Elle entre enfn dans le vif du sujet à la page 44, mais en ponctuant son propos de « sans doute », « on a d’assez fortes présomptions sur.. » « j’ignore si… », « je ne sais pas davantage », « on ne le sait pas très bien »… Parce que, on l’aura compris, on ne sait pas grand-chose de Lucie Baud…

 Donc, erreur sur le sujet. Mais erreur aussi sur l’écrivain qui n’a pas le talent nécessaire pour faire vivre son personnage, qui use de phrases simples rapidement ennuyantes : « Il s’agissait de former de bonnes ouvrières : l’école préparait à l’usine ; et au-delà, de bonnes épouses et mères. »  Car même la syntaxe est approximative…

 Le seul intérêt de cet essai tient dans le dossier final dans lequel la voix de Lucie Baud se fait enfin entendre... Il aurait peut-être été préférable de commencer par là... 

 

D’autres avis :

 Une lecture commune avec Clara

 Télérama  

 

Mélancolie ouvrière, Michelle PERROT, Grasset, octobre 2012, 192 p., 11 euros 

 

grand prix lectrices de elle 

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Osez… 20 histoires de sexe sur Internet

Publié le par Hélène

                                             osez histoires de sexe sur internet

 ♥ ♥

 

Présentation de l'éditeur :

 

D’Adopte un mec à Facebook, Internet est devenu LE lieu privilégié pour faire des rencontres faciles, rapides, expérimentales… mais aussi plus chaudes ! Web cam coquine qui dégénère en plan à trois virtuel, plans Q éphémères d’une twitteuse compulsive avec ses followers, blogging libertin qui dérape en marivaudage sexuel familial… Un livre idéal pour enrichir vos fantasmes, mais attention : après l’avoir lu, vous ne verrez plus jamais votre souris de la même façon ! Ce livre est le fruit de la rencontre entre La Musardine et welovewords.com, premier réseau social réservé aux amoureux des mots. Les 20 nouvelles sélectionnées dans ce recueil ont été écrites par les membres de la communauté We Love Words, qui confi rme avec panache son rôle de dénicheur de talents.

 

Mon avis :

 

Ce titre permet de découvrir une collection sexy qui, sous couverts de divers scénarios, est  si bien conçue que finalement tout le monde y trouve son plaisir.

Le point G des histoires est Internet, vaste pays enchanté dans lequel tous les interdits tombent masqués par l’écran, lieu par excellence de la liberté que procurent désormais les nombreux sites en ligne. Dix ans auparavant, comme le dit l'une des narratrices endiablées, elle aurait dû rester seule avec ses fantasmes, alors qu’aujourd’hui en un clic, elle peut mettre ses désirs à exécution.  La facilité est de mise pour rencontrer le profil, le film, les photos les plus attirants, ceux qui seront capable de faire gémir à distance l’internaute au comble de l'excitation. Un clic peut mener au septième ciel.  La sécurité de l’écran permet à tout un chacun de se désinhiber, d'être un autre au langage différent, aux mots plus intenses, plus aguicheurs, plus crus. Si par la suite les deux personnages -ou les trois- pénètrent dans la réalité, le plaisir n'en est que décuplé par les échanges préliminaires, et la jouissance atteint des sommets insoupçonnés...

Ouragan dans le ventre, délire virtuel, on s’empoigne, on se mordille, on ressent un plaisir indescriptible dans ce « vestibule de la vraie vie ».

« Ils ont grogné, gémi, feulé leur plaisir ; elle a fait taire ses cris dans une morsure dont il porte la trace à l’épaule, il a enserré les hanches accueillantes dans ses mains pour la forcer à ralentir le rythme, faire durer le plaisir. » (p. 26)

Un recueil dix fois plus efficace que Fifty shades of grey... N’hésitez plus, osez

 

Premières phrases :

 

« - Voilà ce que tu vas faire.

Il se passe la main dans les cheveux dans une grande inspiration. Basculé en arrière sur son fauteuil de bureau, il scrute la petite fenêtre de conversation G. talk au bas de l’écran de son ordinateur portable.

-          Il est 10 heures 08. Je veux que d’ici 10 heures 15, tu te sois éclipsé pour te branler. Je ne veux pas savoir comment… tu te débrouilles. »

 

Osez...20 histoires de sexe sur Internet, Collectif, La Musardine,  256 p., 8.20 euros

 

Publié dans Littérature érotique

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