Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Aurora Guerrera et autres nouvelles de Anna Maria ORTESE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Aurora Guerrera est la première publication de Anna Maria Ortese, un recueil de nouvelles par en 1937, grâce au prestigieux patronage de Massimo Bontempelli, l'un des écrivains les plus en vogue de son temps. Ses textes résonnent d'aspects psychanalytiques, avec cette necessité de tuer l'enfant en nous, de tourner le dos à l'enfance qui ne reviendra jamais avec son insouciance et son innocence. Beaucoup d'êtres désoeuvrés peuplent ses nouvelles, des êtres comme en apesanteur dans un monde trop grand pour eux, des femmes qui semblent pouvoir se briser à la première tempête. L'univers de Anna Maria Ortese oscille entre rêveries et errance dans un monde hésitant entre réalité et rêve. 

Cette oeuvre hétérogène à la fois fiction, fable, reportage, fragments autopbiographiques, brille surtout par un style lyrique s'exprimant dans des passages sur la nature :

" Mais souvent le retour dans la via del Mare, vers le soir, était encore plus beau : sous un ciel vitreux et vert, les yeux fixés sur la mâture des bateaux qui se profilaient à l'horizon de manière fantastique, pendant que des groupes de matelots et de touristes peuplaient la rue, mon esprit se réjouissait mystérieusement : il tombait, de tout ce vert fleuri de lumières lointaines, il pleuvait, de tous ces dômes, de toutes ces formes irréelles possédées par la merveille du temps, un agréable oubli du passé, une espérance absrde et tendre, de liberté et de futur." p. 53

"La matinée était chaude et magnifique, l'air immobile, et cependant ces fleurs, ouvertes comme des bouches à la lumière, palpitaient imperceptiblement, exprimant la joie infinie d'exister. Pour couronner cette sensation d'extase, deux papillons blancs, enivrés de lumière et de chaleur, allaient de l'une à l'autre de ses fleurs, s'éloignant un moment dans le ciel bleu, comme hésitant sur leur choix, mourant de bonheur." p. 143

Ses textes nous enjoignent à nous arrêter au bord de la route pour observer la beauté du monde qui palpite à la surface des choses.  

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

D'autres avis : Télérama  ;  Le monde 

 

Aurora Guerrera et atres nouvelles, Anna Maria Ortese, traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli et Claude Schmitt, Actes sud, 2008, 25.40 euros

 

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Le mystère des livres disparus de Ian SANSOM

Publié le par Hélène

♥ 

Israël Amstrong, trentenaire londonien, est envoyé à Temdrum en Irlande du Nord, persuadé qu'une belle carrière de bibliothécaire s'ouvre à lui. Mais quand il arrive dans le village, il apprend non seulement que la bibliothèque a fermé et est désormais remplacée par un bibliobus brinquebalant, mais il constate aussi à son grand effarement que tous les livres de la bibliothèque ont mystérieusement disparu. Qui a bien pu escamoter ainsi plus de 15000 livres ? Qu'à cela ne tienne, Israël va mener son enquête dans son vieux bibliobus.

Le mystère des livres disparus est le premier titre des "enquêtes en bibliobus d'Israël Amstrong". Personnage pittoresque, il est au centre de l'intrigue, logeant dans un poulailler, conduisant comme un pied et emboutissant son bibliobus à tous les coins de rues. Il est d'une crédulité finalement peu crédible. Pataud, "polichinelle" naïf sans personnalité, il est malheureusement peu attachant, voire même tellement ridicule que l'on se lasse de ses aventures rocambolesques. 

L'intrigue pourrait sauver de la noyade Israël, sauf qu'elle traîne en longueur et que tout est fait pour que les projecteurs s'allument sur les aventures loufoques du personnage principal. 

Ma lecture fut looonnngue ! 

 

Présentation de l'éditeur : Hoekeke 

D'autres avis : France Info ; Babelio

 

Le mystère des livres disparus, Ian Sansom, traduit de l'anglais pas Dominique Chevallier, Hoëbeke, mars 2015, 336 p., 19.8 euros

 

Merci à l'éditeur.

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Quoi de neuf sur la planète blanche ? de Bernard FRANCOU et Christian VINCENT

Publié le par Hélène

♥ ♥

La planète blanche est "un thermomètre", "étudier sa croissance ou sa diminution c'est disposer d'un formidable indicateur des changements en cours qui affectent l'atmosphère et l'océan." Les effets du climat varient beaucoup selon les composantes que l'on étudie et les grands ensembles régionaux où l'on se situe. Les auteurs ont choisi cet axe comme fil d'Ariane de cette étude. 

Pour mieux cerner le sujet, le premier chapitre nous éclaire sur les moyens d'observation de la planète glace. 

Puis, régions par régions, un panorama se met en place : il présente d'abord un Antarctique contrasté avec une péninsule antarctique affectée par la fonte de surface mais une banquise australe stable. Le Groenland et les glaces de l'Arctique, plus vulnérables, montrent des signes de fonte de plus en plus importants.

"On imagine encore mal les enjeux économiques d'une telle disparition - ouverture de nouvelles lignes de navigation, exploitation pétrolière offshore, industrie minière ...- et les conséquences pour l'écosystème et les dernières populations traditionnelles qu'une libération de l'Arctique de ses glaces de mer pourrait entraîner..." p. 57

Le pergélisol, ce sol ou cette paroi rocheuse qui subsiste à l'état gelé pendant plus d'un an et qui résiste donc à la fonte estivale, est également menacé, tout comme les glaciers de montagne vulnérables, particulièrement ceux des Alpes qui ont perdu en moyenne une épaisseur de 1.10 m/an entre 2003 et 2009 ! La dégradation du manteau neigeux dans l'hémisphère nord et le déclin de l'enneigement dans les Alpes sont prégnants, mettant en péril notamment l'économie liée aux sports d'hiver. 

Entre les années 40 et 2006 la mer de Glace e reculé de 2km et est maintenant précédée de deux lacs apparus en 1997 et 1998, coincés entre la moraine frontale et le glacier qui a reculé. source : rfi

La hausse des températures a donc bien une influence marquante sur les glaces. "La tendance au réchauffement est indiscutable mais les moyennes lissent des disparités géographiques qui existent bel et bien." p. 108 Reste à savoir si la hausse des précipitations solides peut peut-être atténuer voire inverser l'effet du réchauffement. 

Les menaces pour les glaces du futur sont à prendre au sérieux, il faut continuer à observer la planète, comme le font Bernard Francou, directeur de recherche de l'IRD, au Laboratoire d'étude des transferts en hydrologie et environnement (LTHE) et Christian Vincent, ingénieur de recherche du CNRS au laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE). 

Point fort  : ensemble didactique avec de belles illustrations et graphiques. 

Point faible : certaines fiches imprimées en blanc sur fond jaune sont très désagréables à lire.

Bilan : Une bonne façon d'aborder le sujet en alliant à la fois données scientifiques et aperçus plus généraux accessibles au lecteur lambda. 

 

Présentation de l'éditeur : Glénat

 

Quoi de neuf sur la planète blanche ? Comprendre le déclin des glaces et ses conséquences, Beranrd Francou et Christian Vincent, Glénat, 2015, 142 p., 15.5 euros

 

Lu dans le cadre de Masse Critiqur organisé par Babélio

Partager cet article
Repost0

La petite lumière de Antonio MORESCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"La petite lumière sera comme une luciole pour les lecteurs qui croient encore que la littérature est une entreprise dont la portée se mesure dans ses effets sur l'existence."

(Présentation de l'éditeur)

Un homme s'est retiré du monde dans un hameau abandonné. Il est le seul habitant du lieu entouré de montagnes et de forêts, loin du tumulte tonitruant du monde.

"Je suis venu ici pour disparaître, dans ce hameau abandonné et désert dont je suis le seul habitant." 

Il a choisi sa solitude, et s'il retourne quelquefois vers la civilisation pour garnir son garde-manger, il revient rapidement vers son havre isolé. On ne connait pas ses raisons, ses motivations profondes, on imagine seulement... La nature gronde autour de lui et loin d'être un idéal de pureté et de beauté, elle renferme des dangers insoupçonnés, des tremblements de terre ébranlent sa maison, et chaque jour, tout autour de lui une vie inconnue grouille et l'effraie : "Pourquoi il y a tout ce sous-bois mauvais ?, je me demande. Qui essaie d'envelopper et d'effacer les arbres plus grands. Pourquoi toute cette férocité misérable et désespérée qui défigure toute chose ? Pourquoi tout ce grouillement de corps qui tentent d'épuiser les autres corps en aspirant leur sève de leurs mille et mille racines déchaînées et de leurs petites ventouses forcenées pour détourner vers eux la puissance chimique, pour créer de nouveaux fronts végétaux capables de tout anéantir, de tout massacrer ? Où je peux aller pour ne plus voir ce carnage, cette irréparable et aveugle torsion qu'on a appelée vie ?" p. 16

Comme un espoir, comme un havre de paix, l'homme observe tous les soirs une petite lumière qui s'allume sur le versant opposé de la colline. Nul hameau ne peuple cette colline, personne ne sait qui pourrait allumer cette petite lueur le soir, le mystère tremble autour d'elle. L'homme décide finalement d'aller explorer cet endroit. Il y rencontre un enfant. Seul. Etrange. Les deux êtres solitaires vont s'approcher, se frôler, échanger, partager un peu de leur vie pour mieux cheminer vers ailleurs...

Dans cette fable aux accents métaphysiques, rien n'est stable, à l'image des tremblements de terre qui secouent la colline du vieil homme. Les apparences sont trompeuses, il devient rapidement nécessaire de ne pas rester à la surface des choses pour espérer s'approcher de l'absolu. Dans une interview de la librairie Mollat, Antonio Moresco explique ce besoin de solitude  : 

"Parfois il faut faire le noir autour de soi et en soi et il faut faire silence pour entendre ce qu'on ne pourrait pas entendre dans le vacarme et la lumière éblouissante de notre époque."

La fin surprenante du récit encourage chaque lecteur à choisir sa propre interprétation, de la même façon que chacun perçoit le monde et son étrangeté différemment... La petite lumière rayonne en nous longtemps après les dernières pages tournées, cette petite fable "intime et secrète" crée un halo d'une lumineuse beauté...

 

Présentation de l'éditeur : Verdier 

D'autres avis : Télérama ;

Dominique ; Aifelle 

 

La petite lumière, Antonio Moresco, traduit de l'italien par Laurent Lombard, Verdier, 2014, 123 p., 14 euros

 

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Sucré, salé, poivré de Mary WESLEY

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

A 16 ans Hébé se retrouve enceinte, refusant de révéler le nom du père. Ses grands parents qui l'ont élevée décident que seul un avortement sauvera la face des conventions de leur milieu. La jeune femme refuse de se plier à ce plan hypocrite et s'enfuit. 

Nous la retrouvons dix ans plus tard, son fils Elias est pensionnaire dans un établissement chic et pour financer ses études Hébé est cuisinière chez de vieilles dames fortunées et également "courtisane".

Cette satire sociale de la société anglaise des années 70 est menée tambour battant, dans un rythme endiablé, tromperies diverses et variées, hypocrisie se cotoient joyeusement. Mais le fond du propos est plus grave qu'il ne semble, l'auteur nous enjoint à dépasser les apparences, car derrière le vernis social , les femmes crient et baffent les enfants, et vont même jusqu'à mordre les hommes. Portrait d'une femme libre qui s'assume, Sucré salé poivré propose un propos décalé sur le mariage : Hébé revendique une liberté sexuelle assumée, c'est elle qui mène la danse et décide de qui fera partie de son "syndicat", ainsi que du lieu et du moment des rencontres. Elle refuse le mariage et ses conventions, échaudée par son propre passé. Elle élève seule son fils, même si cela prendra du temps pour qu'elle se rende compte de ses erreurs, comme celle d'avoir choisi un pensionnat chic pour lui, peuplé d'élèves qui hantent les milieux hypocrites que Hébé a voulu fuir, adolescents qui vont à l'encontre des valeurs que cette mère libre veut inculquer à son fils.

La deuxième partie du roman se rapproche de la farce vaudevillesque avec des personnages qui ont des choses à se dire, des secrets à avouer, mais qui, par un malencontreux hasard, se manquent sans cesse. 

L'ensemble ne manque ni de charme ni de profondeur et c'est avec plaisir que nous suivons les aventures de cette Hébé émancipée, à l'image de son auteure à la vie mouvementée...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Héloïse d'ormesson

D'autres avis : Cathulu ; Karine:); Mango

 

Sucré, salé, poivré de Mary Wesley, traduit de l'anglais par Michèle Albaret, Editions Héloïse d'Ormesson, juin 2015, 306 p., 22 euros

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Seule Venise de Claudie GALLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

"Il ne faut pas attendre. Laissez-vous traverser." p.191

Suite à une rupture douloureuse, la narratrice décide de larguer les amarres et de partir pour Venise. Dans cet hiver glaçant, les touristes sont rares dans la cité des doges et dans la pension où elle a élu dominicile. Une jeune danseuse et son amoureux y loge, ainsi qu'un prince russe en fauteuil roulant avec qui la jeune femme passe plusieurs heures par jour. Compagnons d'infortune, ils se livrent l'un à l'autre au fil du temps qui file sur la cité prise dans le froid hivernal.

"- Mon poisson rouge a crevé, je dis. J'ai perdu mon boulot. Mon mec m'a plaquée.

- Dans quel ordre ?

- Le poisson à la fin." p. 41

Ses errances dans la ville embrumée mène la jeune esseulée vers une librairie dans laquelle rôde un fascinant libraire. Entre brume et premiers flocons de neige, le charme de la ville agit peu à peu sur l'esprit solitaire de la narratrice. 

"Le temps passe. Vide, silencieux. Feutré. Dehors, le ciel devient plus sombre, presque noir. Par contraste, la pierre vire au rose. Sur la place, les premières gouttes. Des parapluies s'ouvrent. Des passants se hâtent." p. 69

Le style de Claudie Gallay épouse sensuellement les pensées de cette jeune femme perdue dans sa vie comme dans la ville. Toutes deux peinent à se dire, à se livrer, sachant que les mots peuvent être trahison. La narratrice est happée par ce vide d'après la rupture, ce gouffre qui emplit l'air et étouffe l'âme, cette solitude que l'on cherche à remplir, trop vite, trop tôt, trop mal, à tort. Le temps lancinant fera son travail, de rencontres en bonheurs minuscules, un verre de vin, un repas partagé, des peines en commun, le bonheur des autres... 

Un texte tout en retenue qui apporte la lumière touches après touches, impressionnant la vie des esseulés et la nimbant de paix jour après jour.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteurLes déferlantes L'amour est une île Une part du ciel  Dans l'or du temps

D'autres avis : Caroline ;  Antigone Alex AntigoneEnnaSaxaoulLiliba

Télérama 

 

Seule Venise, Claudie Gallay, J'ai lu, 2009, 6.70 euros

 

Lu dans le cadre du mois italien chez Eimelle.

 

Partager cet article
Repost0

Délivrances de Toni MORRISON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lula Ann connaît dés son enfance un rejet dû à sa couleur de peau puisque sa mère elle-même ne comprend pas sa couleur de la peau de sa fille et répugne à la toucher. Plus tard la petite Lula Ann se fera appeler Bride et transformera ce qu'elle a ressenti dans les premières heures comme une faiblesse en force. Devenue une femme brillante travaillant dans les cosmétiques, elle se construit une image mettant en valeur sa peau noire ébène. Mais le jour où son petit ami la laisse sur le bord de la route sans réelles explications, lui disant juste "T'es pas la femme que je veux", elle est perdue, comme si, à nouveau, elle revivait les rejets de son enfance. Elle part alors sur les traces de cet homme pour mieux comprendre qui elle devrait être, pour savoir, enfin, pourquoi on ne peut pas l'aimer pour ce qu'elle est. 

Se délivrer, ce sera sans doute alors faire le deuil de l'enfance et de ses stigmates : 

"Chacun va s'accrocher à une petite histoire triste de blessure et de chagrin : un problème et une douleur anciens que l'existence a lâchés sur leurs êtres purs et innocents. Et chacun va réécrire cette histoire à l'infini, tout en connaissant son intrigue, en devinant son thème, en inventant sa signification et en rejetant son origine. Quel gâchis. Elle savait d'expérience ô combien difficile, ô combien égoïste et destructible était le fait d'aimer." p. 176

La délivrance vient de la nécessité de se délivrer des rets de l'enfance et du passé pour avancer. Souvent dans ce roman, les enfants se retrouvent victimes des adultes, du racisme, des prédateurs sexuels, et ce n'est qu'au prix d'une lutte acharnée contre les autres et contre eux-mêmes qu'ils peuvent espérer conquérir un peu de quiétude dans ce monde tourmenté. 

Ce roman choral, porté de surcroît par une écriture fluide, touche à la pureté de l'identité. Essentiel. Au sens premier du terme. 

 

Présentation de l'éditeur : Christian Bourgois 

Du même auteur : Home

D'autres avis : Télérama  ; Jérôme  ; Noukette 

 

Délivrances, Toni Morrison, traduit de l'anglais (EU) par Christine Laferrière, Bourgois éditions, 2015, 196 p., 18 euros

Partager cet article
Repost0

L'écrivain national de Serge JONCOUR

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Le narrateur-écrivain arrive dans une petite ville entre Nièvre et Morvan invité par les libraires en résidence pour un mois. Dés son arrivée il est avisé de l'étrange disparition d'un des habitants du village. Fasciné par le couple qui est accusé de cette disparition, et surtout par Dora, la femme, Serge mène son enquête, irrémédiablement attiré par le faits divers et/ou la jeune femme. Et là rien ne va plus : il arrive en retard aux rencontres organisées par les libraires, le pantalon crotté et les habitants commencent à se méfier de celui qui pactise avec l"ennemi"... Le mot même de "auteur" devient ambivalent : est-il l'auteur de romans ou l'auteur et complice d'un crime ?

Le véritable auteur se plaît à brouiller les pistes, s'interrogeant sur le rapport entre fiction et réalité, sur ce qui pousse les écrivains à écrire, publier sur tel ou tel sujet, se fabriquant un être factice de papier :

"Les autres on les croise toujours de trop loin, c'est pourquoi les livres sont là. Les livres, c'est l'antidote à cette distance, au moins dans un livre on accède à ces êtres irrémédiablement manqués dans la vie, ces intangibles auxquels on n'aura jamais parlé, mais qui, pour peu de se plonger dans leur histoire, nous livreront tout de leurs plus intimes ressorts, lire, c'est plonger au coeur d'inconnus dont on percevra la plus infime rumination de leur détresse. Lire, c'est voir le monde par mille regards, c'est toucher l'autre dans son essentiel secret, c'est la réponse providentielle à ce grand défaut que l'on a tous de n'être que soi." p. 125

L'atmosphère de ce petit village est particulière, l'écrivain est devenu la star du village et il est à ce titre épié. Les villageois qui gravitent autour du narrateur se permettent des libertés avec lui parce qu'ils ont l'impression de le connaître par l'intermédiaire de ses livres. Il est "leur écrivain national" et ils supportent difficilement qu'il sorte des chemins balisés. Toutefois eux aussi ont leurs contradictions, notamment dans ce combat silvestre opposant les écologistes d'un côté et les partisans d'une exploitation intensive des forêts. 

La fluidité du style et l'humour de cet écrivain pataud impose le tempo à ce roman sympathique. Toutefois, il est à noter que les passages sur les rapports amoureux sont relativement convenus :

"L'amour est une histoire qu'on se raconte, un pacte à deux contre le monde, c'était une folie pure de faire ça, une connerie de plus sans doute, mais qu'il est bon de retoruver le goût de l'autre, qu'il est fort de flotter dans l'éternel présent d'un début de rencontre, sans futur ni questions, qu'il y ait des lendemains ou pas, après tout qu'importe, un amour même impossible c'est déjà de l'amour, c'est déjà aimer, profondément aimer, quitte à en prolonger le vertige le plus longtemps possible." p. 470

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion 

Du même auteurL'amour sans le faire

D'autres avis : TéléramaLe Magazine LittéraireSéverineClaraAlex 

 

L'écrivain national, Serge Joncour, Flammarion, 2014, 21 euros

Partager cet article
Repost0

L'affaire des coupeurs de têtes de Moussa KONATE

Publié le par Hélène

♥ ♥

A Kita au Mali, des mendiants se retrouvent sans tête. Serait-ce la faute de l'esprit rouge qui erre la nuit sur la colline et qui se vengerait ainsi des dérives de al société ? Trop de laisser-aller aurait-il provoquer la colère des dieux ? Selon certains, les habitants s'éloignent de l'honneur et de la dignité et reçoivent ici un juste châtiment. 

"Tout le monde ne parle que d'argent, tout le monde ne pense qu'à l'argent. L'argent achète tout désormais et nos filles vendent leur corps. Nos ancêtres n'ont-ils pas raison? Ne sommes-nous pas devenus indignes d'eux? Alors, ils sont décidés à nous tourner le dos et à nous laisser aux mains de mauvais génies tant que nous n'aurons pas retrouvé le droit chemin. Nous souffririons beaucoup et longtemps si leur colère ne s'apaise pas. Il faut donc d'ici trois jours nous reconnaissons nos torts et que nous leurs présentions nos excuses." p. 27

Ce n'est pourtant pas la thèse retenue par Habib et le jeune Sosso venus seconder le commissaire Dembélé et son adjoint Sy rapidement dépassés par les évènements. Chacun suit sa méthode et navigue dans la ville qui se divise entre tradition et modernité.

Avec humour, Moussa Konaté décrit le village où il a passé son enfance, s'amusant au passage des luttes factices entre les malinkés et les bambaras. 

Néanmoins, l'ensemble est un peu rapide, l'écriture semble quelque peu artificielle, et ne sonne pas toujours juste, quelquefois l'auteur explique trop là où le sous entendu aurait suffit. Si bien que cette "affaire des coupeurs de têtes" est moins abouti que le premier roman de l'auteur Meurtre à Tombouctou. Cela s'explique quand on sait que Moussa Konaté n'a pas eu le temps de faire des modifications sur son premier jet car il est entré à l'hôpital juste après avoir remis son manuscrit et il est mort quelques jours plus tard. D'où cette écriture quelquefois maladroite.

 

source : http://hovawart-en-afrique.pagesperso-orange.fr/carnets-route-mali7.html

 

Présentation de l'éditeur : Métailié 

Du même auteur : Meurtre à Tombouctou 

 

L'affaire des coupeurs de têtes, Moussa Konaté, Métailié, mai 2015, 160 p., 16 euros 

 

Merci à l'éditeur.

Partager cet article
Repost0

Trois fois dès l'aube de Alessandro BARICCO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Elle pensait à la mystérieuse permanence de l'amour, dans le tourbillon incessant de la vie." 

Dans son roman précédent Mr Gwyn, Alessandro Baricco mettait en scène un personnage anglo indien Akash Narayan qui écrivait un petit livre intitulé Trois fois dès l'aube. Alessandro Baricco a ainsi eu envie de donner vie à ce livre imaginaire, comme il l'explique dans une note liminaire. Les deux récits peuvent se lire indépendamment, ayant chacun leur autonomie.

Deux personnages se rencontrent à trois reprises à l'aube "mais chaque rencontre est à la fois l'unique, la première, et la dernière.", le temps est  distendu, les âges se confondent. La première rencontre a lieu dans le hall d'un hôtel entre un homme désoeuvré et une femme intrigante. De fil en aiguille, ils passent leur nuit à discuter, et l'homme se confie de plus en plus, dangereusement. La deuxième rencontre met en scène une jeune fille et son petit ami, toujours dans cet hôtel. Le réceptionniste discute avec la jeune fille revenue chercher des serviettes et l'enjoint rapidement à fuir cette vie qui ne semble pas lui convenir. Dans la troisième, une policière prend en charge un jeune garçon. 

L'aube est ce moment suspendu durant lequel tout est encore possible avant que la lumière cru ne voit le jour. Il est question de tout laisser tomber, de recommencer, ailleurs, mieux, de reconquérir sa liberté, de laisser le jour s'installer après la nuit. 

"Mais la femme dit que beaucoup de gens rêvent de recommencer à zéro, et elle ajouta qu'il y a avait là-dedans quelque chose d'émouvant, non de fou. Elle dit que presque personne, en réalité, ne recommence vraiment à zéro, mais qu'on n'a pas idée du temps que les gens consacrent à ce fantasme, souvent alors même qu'ils sont noyés dans leurs problèmes, et dans la vie qu'ils voudraient laisser tomber."

"On recommence à zéro pour changer de partie, dit-elle. On a toujours cette idée qu'on est tombé à la mauvaise table. (...) Comme je vous l'ai dit, ajouta-t-elle, changer de cartes est impossible on ne peut que changer de table de jeu."

Les rencontres se concentrent autour des choix que l'on fait ou que l'on ne fait pas, des actes passés et à venir... L'hôtel est un lieu de passage, un lieu de transit dans lequel on ne reste pas non plus, déjà tourné vers un ailleurs qui sera peut-être différent.

Dans une forme très dialoguée, théâtrale, Alessandro Baricco et son Demain dés l'aube s'interrogent sur la permanence des choses et nous installent dans la magie du maintenant. 

 

Présentation chez Gallimard 

Du même auteur : Novecento

D'autres avis : Télérama ; Les Echos 

LaureCryssilda 

 

Trois fois dès l'aube, Alessandro Baricco, traduit de l'italien par Lise Caillat, Gallimard du monde entier, février 2015, 128 p., 13.50 euros

 

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0