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424 résultats pour “ile du point némo

A l'orée du verger de Tracy CHEVALIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Des pommes de la discorde aux arbres de l'espérance...

En 1838, dans l'Ohio, James Goodenough cultive des pommes. Mais les malheurs s'accumulent sur sa famille : à chaque fin d'hiver un de ses enfants meurt à cause de la fièvre des marais, les caprices du temps peuvent détruire en un instant ses récoltes, sa femme, Sadie, a tendance à trop apprécier l'eau de vie, les voisins sont rares bref, la vie est rude pour cette famille de cultivateurs... Les dissenssions s'exacerbent au sein du couple, James souhaitant cultiver avant tout une variété de pommes chère à son coeur la reinette dorée, pomme sucrée "au parfum de noix, de miel avec une note finale d'ananas" quand sa femme préfère les pommes à cidres qui lui permettent de fabriquer son eau de vie, encouragée en cela par John Chapman, vendeur d'arbres fruitiers itinérant. Leurs conflits permanents impacteront durablement leurs enfants. 

Enfants que l'on retrouve des années plus tard, après l'éclatement de la famille. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il suit William Lobb, un exportateur chargé de prélever des pousses de séquoia pour les envoyer en Angleterre. Martha, quant à elle sillonne le pays à la recherche de son frère tant aimé.

Dans ce roman foisonnant très documenté, les arbres, tout comme les hommes voyagent : les pommiers à reinettes dorées viennent d'Angleterre et les séquoias géants ainsi que les redwoods font le chemin inverse. Mêlant savamment personnages fictifs et personnages réels, Tracy Chevalier rend hommage à la mémoire de ces pionniers venus construire l'Amérique. Si les êtres qui parcourent A l'orée du verger parlent peu, leur silence dit l'essentiel. Les rapports humains, amoureux ne coulent pas de source et demandent eux aussi des sols fertiles. Chacun est méfiant, comme pour se protéger d'un monde trop grand. 

Ce que j'ai moins aimé : Dans la première partie l'alternance de point de vue est déconcertante : d'abord celui de James à la troisième personne, puis celui de Sadie le personnage le plus détestable du roman -selon moi, d'autres comme Séverine l'ont adorée- qui, elle, parle à la première personne, dans un style qui se veut le sien. 

La construction est elle aussi déconcertante, avec des retours en arrière, des échanges épistolaires entrecoupant l'action et permettant des ellipses temporelles de plusieurs années.

En conclusion : Même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de La dernière fugitive, il aborde d'un point de vue original l'histoire de ces nomades anonymes qui ont contruit les Etats-Unis. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

Du même auteur : Mon préféré La dernière fugitive ;  Prodigieuses créatures

D'autres avis : Séverine

Télérama

 

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, éditions la Table Ronde, mai 2016, 336 p., 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Ma rencontre avec l'auteure est ICI : rencontre avec Tracy Chevalier

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Karitas tome 2 L'art de la vie de Kristin Marja BALDURSDOTTIR

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Celui qui inspecte toujours le vent ne sème jamais, et celui qui regarde constamment les nuages ne moissonne jamais."

Pour rappel dans le premier tome consacré à Karitas, la jeune femme devait se battre contre un quotidien pesant pour espérer exercer son art, la peinture. Dans ce deuxième tome, nous la retrouvons installée dans le village Eyrarbakki où elle enseigne l'art aux enfants et continue à peindre. Elle approche la cinquantaine et décide sur un coup de tête de tenter sa chance à Paris. Elle part donc pour la ville lumière, même si une fois encore la famille pèse sur ses épaules puisque son fils lui laisse en pension sa petite fille Silfa. Et pourtant, sa force et son amour de l'art la poussera en avant : 

"Les femmes ne doivent plus laisser le vent entraver leur voyage. Elles l'ont eu dans le dos l'année où j'ai navigué autour du pays avec mes enfants et où la banquise n'a pas réussi à m'arrêter, je savais qu'un nouveau siècle s'était levé, notre siècle à nous, les femmes. Puis les femmes ont eu le vent de face et n'ont pas eu confiance en elles pour aller plus loin. Et elles se tiennent encore tranquilles, laissant le vent entraver leur voyage, mais toi Karitas, ne le laisse pas te faire obstacle. Le siècle des femmes est tout juste à moitié écoulé, tu partiras à Paris." p. 135

La famille restera très présente à ses côtés, qu'elle l'aliène ou la soutienne, de Paris à New-York en passant par Rome... Sigmar continuera à faire quelques apparitions sporadiques, et Karitas oscillera toujours entre haine et passion pour le père de ses enfants. 

Ce que j'ai moins aimé :

Rien de vraiment neuf par rappport au premier tome, plutôt des redites qui n'étaient pas vraiment nécessaires... Les mêmes thèmes tournent en boucle, avec de surcroît moins de force que dans le premier tome. Cet Art de la vie (un titre un peu grandiloquent au passage) semble forcé, traînant en longueur (672 pages quand même !) Les passages sur la nature ou l'univers fantastique s'effacent malheureusement pour laisser place aux noeuds familiaux, et à des scènes amoureuses toujours aussi mielleuses, qui finissent par noyer la personnalité de Karitas.

Bilan : une déception pour ce deuxième tome, je n'ai pas retrouvé la puissance de Chaos sur la toile 

 

Présentation de l'éditeur : Points 

D'autres avis : Babelio 

Mon avis sur le tome 1 Chaos sur la toile 

 

Lecture commune avec Nathalie du blog Mark et Marcel

 

Karitas tome 2 L'art de la vie, traduit de l'islandais par Henry Kiljan Albansson, Points, 2013, 672 p., 8,80 euros

 

Avec Lire le Monde chez Sandrine

Publié dans Littérature Europe

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Fakirs de Antonin VARENNE

Publié le par Hélène

fakirs.jpg

 ♥

 

Grand prix 2010 Meilleur Polar des lecteurs de Points

 

L’auteur :


Né à Paris, Antonin Varenne n’y restera que quelques mois avant d’être enlevé par ses parents pour vivre aux quatre coins de France, puis sur un voilier. Il n’y reviendra qu’à vingt ans, pour poursuivre des études à Nanterre.

Après une maîtrise de philosophie (Machiavel et l’illusion politique), il quitte l’Université, devient alpiniste du bâtiment, vit à Toulouse, travaille en Islande, au Mexique et, en 2005, s’arrime au pied des montagnes Appalaches où il décide de mettre sur papier une première histoire. 

Revenu en France accompagné d’une femme américaine, d’un enfant bilingue et d’un chien mexicain, il s’installe dans la Creuse et consacre désormais son temps à l’écriture.

Antonin Varenne remporte le prix Quais du polar-20 minutes 2012 (Source : Babélio)

http://antoninvarenne.over-blog.com/

 

L’histoire :

 

« On ne sortait des Suicides qu'à la retraite, par démission, via une dépression ou en finissant soi-même avec son arme de service dans la bouche.

De ces options, toutes étaient souhaitées à Guérin, dans un ordre variable. Mais celle que personne n'avait envisagée était qu'il s'y sente comme un poisson dans l'eau.

C'était arrivé. Résultat, le lieutenant Guérin flanqué de son stagiaire, Lambert — avait ajouté à la haine de ses collègues la répulsion viscérale qu'inspirent les pervers, lorsque, plongeant dans ce qui répugne à tous, ils semblent s'y régaler. » 

Ailleurs en France, au bord d'une rivière, John Nichols, un Franco-Américain installé dans un tipi, est convoqué à la gendarmerie de Saint-Céré. Là, on lui apprend la mort de son ami américain, Alan Mustgrave, intervenue alors qu'il s'écorchait en direct sur une scène du Paris underground, fort cotée pour ses spectacles sado-maso.

Soif de pouvoir, suicide, torture... On rit pourtant, jaune ou noir, c'est selon. L'auteur ne nous laisse aucun répit, et nous dépeint, en prime, de magnifiques personnages. (Source : Babélio)

 

 Ce que j’ai aimé :

 

Le commissaire Guérin est un personnage tourmenté, poursuivi par ses démons et par son passé. Mis au « placard » au service des suicides du quai des Orfèvres, et secondé par Lambert, jeune recrue, il croise le destin tragique de Alan Mustgrave, fakir mort sur scène. L’ami d’Alan, John, enquête sur cette mort qui révèle des dessous surprenants…

« En chemin, il chercha un lien entre de ce monde sans revanche possible et un fakir, mort sur scène d’une hémorragie. Evident. Le rapport était une ressemblance parfaite. Un monde d’hommes se tenant maladroitement debout sur des tapis de clous, courant et se fuyant les uns les autres. » (p. 176)

Les personnages sont bien campés psychologiquement, denses, ils dévoilent leur part d'ombre et de lumière au fil des pages. L'intrigue originale et ces personnages tourmentés créent un univers atypique en clair obscur, qui ne laisse pas le lecteur indifférent ! Un livre marquant !

 

 Ce que j’ai moins aimé :

 L'intrigue patine un peu.

Assez glauque...

Premières phrases :

 

« Lambert se bouffait les ongles.

Le clair-obscur plongeait es trois flics dans un espace-temps imprécis, vaseux, perdus dans le compte des jours et des nuits. Une odeur d’alcool et de tabac froid avait empli la petite pièce. La fatigue s’entendait dans les voix mal réveillées, rauques malgré l’heure avancée de la matinée. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Le gâteau mexicain

Autres : Les romans de Fred Vargas

 

D’autres avis :

 

Babélio

  

Fakirs, Antonin Varenne, Points, 7.20 euros

 

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Loin des mosquées d’Armel JOB

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

Professeur agrégé de philologie classique en Belgique, Armel Job a enseigné pendant vingt ans avant de se mettre au roman avec La Femme manquée. Aux Éditions Robert Laffont, il a également publié Baigneuse nue sur un rocher, Héléna Vanneck, Le Conseiller du Roi, Les Fausses Innocences (prix du jury Jean Giono 2005), Les Mystères de sainte Freya, Tu ne jugeras point, Les Eaux amères et Loin des mosquées.

 

L’histoire :

 

 Turc grandi en Belgique, Evren achève à Cologne de brillantes études de comptabilité. Hébergé chez son oncle, ce garçon de vingt et un ans, encore chaste et au visage ingrat, s'éprend de sa cousine, la belle et sensuelle Derya. Rentré en Belgique, Evren fait part aux siens de sa décision : il va épouser Derya. Une délégation familiale se rend donc en Allemagne pour demander la main de la jeune fille. Mais les choses ne tournent pas exactement comme prévu… (…) À travers l'évocation des mariages arrangés, Armel Job livre ici un conte à la morale subtile sur le combat courageux des femmes pour le droit à la dignité, à l'égalité et à la liberté.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Loin des mosquées offre une belle sensibilisation au statut des femmes musulmanes et aux mariages forcés auxquels elles sont souvent contraintes. Derya est une jeune femme qui aimerait choisir son destin, mais poussée par la pression masculine de la famille, elle doit se plier aux règles de son clan. Mais il permet aussi de ne pas faire d’amalgames, certains musulmans dans le roman étant tout à fait ouverts et compréhensifs allant même jusqu’à porter secours à la jeune Derya. De même certains mariages arrangés fonctionnent tout à fait correctement au fil du temps, quand les deux époux ont appris à se connaître et à s’apprécier.

 Le ton est teinté de comique, d’une légèreté qui permet d’éviter le tragique qui serait pourtant de mise avec un tel sujet. De même le choix de scinder le roman en diverses parties adoptant le point de vue de différents personnages apporte de la densité aux propos et une bouffée d’air frais quand la situation se fait trop lourde.

 Le fond du roman reste tout de même très grave, une ombre malsaine plane sur le destin des personnages, guettant dans l’ombre celui ou celle qui refusera de se soumettre à l’ordre familial.

Une construction millimétrée au service d’un thème difficile mais admirablement bien mené ici.

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 Premières phrases :

 

« En principe, un corbillard n’a jamais d’accident. D’abord parce que les chauffeurs de corbillards ont un certain style de conduite. Mesuré, solennel. On n’imagine pas un corbillard prendre des risques sur la route. Ensuite, les autres conducteurs, quand ils aperçoivent un corbillard, aussitôt lèvent le pied. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Les eaux amères 

 

Loin des mosquées, Armel Job, Robert Laffont, février 2012, 19 euros

 

 

Publié dans Littérature Europe

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Au bonheur des dames de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

« Ayez donc les femmes, dit-il tout bas au baron, en riant d’un rire hardi, vous vendrez le monde ! » p 69

Le XIXème siècle voit l'essor des grands magasins avec les travaux hausmanniens du second empire. Paris se transforme, les petits commerces souffrent de cette nouvelle concurrence avec laquelle ils ne parviennent pas à rivaliser. Ainsi, quand la jeune Denise Baudu arrive de la province pour travailler dans le petit commerce de son oncle, celui-ci lui fait comprendre qu'il n'a pas suffisamment de travail pour elle. La jeune femme se résout alors à se faire embaucher Au bonheur des dames, le grand magasin de prêt à porter qui se développe dans le quartier. Si Denise rencontre des difficultés à ses débuts, en butte à la cruauté des petites vendeuses qui connaissent des vies difficiles à cause de la précarité, et sur lesquelles pèsent sans cesse le spectre du licenciement,  elle prend peu à peu sa place, soutenue par Octave Mouret, le directeur du magasin, qui tombe peu à peu sous son charme.

Octave Mouret est un homme redoutable, qui maitrise parfaitement les coulisses de la vente, les stratégies commerciales, les nouveaux outils à sa disposition comme la réclame, et surtout, qui a compris combien son commerce devait s'appuyer sur la femme et ses désirs.

« Ils avaient éveillé dans sa chair de nouveaux désirs, ils étaient une tentation immense, où elle succombait fatalement, cédant d’abord à des achats de bonne ménagère, puis gagnée par la coquetterie, puis dévorée. En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère. » p 69

Pour créer son grand magasin fictif "Au bonheur des dames", l’auteur des « Rougon-Macquart » s’est inspiré du triomphe du « Bon marché », créé à Paris vingt ans plus tôt par Boucicaut. Il met en valeur le rouleau compresseur que constituent les grands magasins pour les petits commerces, qui pourtant proposent souvent des articles de bien meilleure qualité, modelés par des artisans et non pas par des spéculateurs. Si les artisans résistent, ils se font petit à petit happer par cette machine infernale. Il montre aussi les dangers de la consommation à outrance à travers les portraits de quelques femmes prêtes à tout pour être à la pointe de la mode. Par le biais de la jeune Denise et de Octave, il offre aussi un point de vue plus nuancé : les deux personnages sont conscients de la nécessité de s'adapter à ce siècle en mouvement, qui doit nécessairement évoluer vers le progrès, quitte à laisser des êtres au bord de la route. L'auteur dira lui-même « Je n'attaque ni ne défends l'argent, je le montre comme une force nécessaire jusqu'à ce jour, comme une force de civilisation et de progrès. » (Zola, réponse à un journaliste cité dans Becker et Landes 1999, p. 90.)

Ce roman ambitieux brille par son intelligence, présentant le plus honnêtement possible cette mutation, en s'appuyant sur l'histoire de personnages attachants dont la jeune Denise, femme forte qui ne se laissera pas avilir par les hommes. Un grand moment de lecture !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Thérèse Raquin

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Rencontre avec Tracy Chevalier

Publié le par Hélène

Grâce à l'agence de presse D'Anne et Arnaud nous sommes plusieurs blogueuses a avoir eu le plaisir de rencontrer Tracy Chevalier, une auteure très accessible et agréable. Voici le compte rendu de cette rencontre : 

 

Pourquoi cette chronologie ?

Pour entretienir le mystère. Je ne voulais pas une saga-western très longue, j'ai donc choisi d'entremêler deux époques : celle de l'Ohio et celle du Robert adulte. Les lettres sont un pont, un lien entre l'Ohio et la Californie.

 

Comment vous est venue l'idée de ce roman ?

Qunad j'ai effectué des recherches sur La dernière fugitive j'ai lu un livre sur les relations entre les humains et plantes pour me documenter sur des détails sur la vie dans l'Ohio au XIXème siècle.Dans ce livre il y avait un chapitre sur les pommes et sur Appleseed, un commerçant. J'ai été amusée par la différence entre ce que l'on apprend sur cet homme aux enfants, qu'il donnait des pommes pour promouvoir la santé, alors qu'en fait il les vendait pour faire de l'alcool. La différence entre la réalité et la fiction m' a amusée. Puis j'ai eu l'image de ce couple qui se déchirerait parce que l'un voudrait cultiver des pommes sucrées et l'autre des pommes acides pour faire de l'alcool.

C'est l'histoire de gens qui bougent, ceux qui émigrent mais aussi le mouvement des arbres. On pense que les arbres ne bougent pas mais en fait c'est faux, les gens les font voyager. Les pommiers sont originaires du Kazakstan par exemple. L'arbre est le miroir de la migration humaine. 

 

Sur quel projet travaillez vous actuellement ?

Un roman qui se passe aussi aux Etats-Unis en rapport avec le projet Shakespeare : une maison d'édition en Angleterre a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce de Shaespeare et d'écrire un roman inspiré par cette pièce. Margaret Atwood a choisi la Tempête et pour ma part j'ai choisi Othello. Cela se passera dans une école américaine en 1974. Tous les écoliers seront américains sauf un jeune enfant noir qui arrive un jour dans l'école venant d'Afrique. 

 

Pourquoi avoir choisi d'offrir le point de vue de Sadie à la première personne quand les autres personnages sont présentés à la 3ème personne ?

AU début j'avais pensé que ce serait l'homme l'ivrogne puis je me suis dit que cela était trop stéréotypé et j'ai choisi la femme. Dans ma tête j'entendais sa voix et sa manière de parler. J'ai pensé qu'elle était si forte que j'ai su qu'elle devait s'exprimer à la première personne. Si l'histoire était à la troisième personne uniquement, le personnage serait devenu nul. Inversement tout le roman avec seulement son point de vue aurait été trop. Un petit peu c'était mieux. Sadie est un personnage que l'on déteste ou que l'on adore. Il ne faut pas que tous les personnages soient gentils dans un roman. Elle est forte mais elle a ses raisons : elle perd un enfant chaque hiver, elle est isolée, n'a pas d'amis, elle est un peu égoïste. 

 

Pourquoi était-ce la première réelle fois que le héros était masculin ?

Ce qui m'intéresse sont les effets qu'ont pu avoir la famille sur les enfants. Il fallait la réaction d'un des enfants qui partirait vers l'Ouest. Il fallait un homme car pour une fille cela aurait été trop difficile de partir seule à travers le pays.

 

Pourquoi des histoires d'amour tourmentées ?

Parce que l'amour est compliqué. Robert est influencé par la relation de ses parents. Il faut toujours des compromis.

 

Quelles sont vos relations avec Faulkner ?

Faulkner et ses structures narratives ont indubitablement influencé de nombreux auteurs. J'ai étudié Faulkner à l'université, j'ai lu tout ce qu'il a publié et j'ai adoré Le bruit et la fureur et Tandis que j'agonise. J'ai été impressionnée, c'est toujours là, je pense. J'ai aussi eu d'autres influences comme celle de Toni Morrison, par Beloved et le Chant de Salomon. Elle aussi utilise les différents points de vue des personnages. 

 

Quels sont vos rapports avec votre traductrice ?

Je ne lis jamais les traductions. Quand c'est fini, c'est fini, le livre est pour vous, lecteurs, pas pour moi. Pour la traduction, je regarde quelques pages par ci et par là, mais je ne peux pas juger la traduction. On m'a dit que c'était bon. Anouk - la traductrice- a rencontré quelques problèmes en raison de l'utilisation de beaucoup de vocabulaire spécifique à la culture des pommes, et quelquefois elle m'a posée des questions.

 

Avez-vous des romans en cours d'adaptation cinématographique ?

Un producteur a acheté les droits de Prodigieuses créatures il y a 5 ans mais a finalement refusé de tourner l'adaptation. On a décidé que peut-être quelqu'un d'autre aura cette chance. C'ets diffcile de faire un film, il y a tant de monnaie en jeu. Quand on publie un livre il n'y a que moi et le lecteur, c'est simple. Avec un film il y a les différentes compagnies, les différents pays, il faut plusieurs personnes les acteurs, producteurs, etc... Il est difficile que tout ce monde se mette d'accord. Sans doute que cette adaptation n'a pas vu le jour car le roman est très anglais et que le producteur intéressé était australien.

A l'orée du verger est difficile à adapter à cause des différentes époques, il faudrait des flashbacks, ce serait compliqué. 

Je n'imagine pas en écrivant que ce que j'écris pourra devenir un film. Il faut écrire pour le lecteur pas pour quelqu'un qui va voir un film. Néanmoins quelques scènes restent très visuelles comme celle durant laquelle Robert est avec Nancy et Marthe et descend la montagne et voit à distance Molly et son parapluie jaune et rouge. C'était un film dans ma tête. Cela ne signifie pas que cela ferait un bon film.

 

Avez-vous été influencée par Les soeurs Brontë ?

J'ai travaillé sur un projet pour célébrer le bicentenaire de Charlotte Brontë avec des expositions et des livres. J'ai beaucoup lu les soeurs Brontë et j'ai remarqué que Jane Eyre ressemblait un peu à ma jeune fille à la perle. 

 

Merci à Anaïs et Arnaud pour cette soirée très enrichissante et merci à Tracy Chevalier pour sa proximité et sa gentillesse !

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Au lieu-dit Noir-Etang… de Thomas H. COOK

Publié le par Hélène

                                             au-lieu-dit-noir-etang.jpg

♥ ♥

 "Puisque nos passions ne durent pas éternellement, notre véritable épreuve est de leur survivre." (p. 20)

 

L’auteur :

 

Né en 1947, Thomas H. Cook a été professeur d'histoire et secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. Il vit à New York et au cap Cod. Avant d'être publié au Seuil, il a été traduit d'abord chez L'Archipel (2 titres) et Gallimard (8 titres en Série Noire). Un prestigieux Edgar Award a récompensé Au lieu-dit Noir-Étangen 1996 aux États-Unis , et Les Feuilles mortes (Folio policier) a reçu le Barry Award en 2006.

 

L’histoire :

 

Août 1926. Chatham, Nouvelle-Angleterre : son église, son port de pêche et son école de garçons fondée par Arthur Griswald qui la dirige avec probité. L’arrivée à Chatham School de la belle Mlle Channing, prof d’arts plastiques, paraît anodine en soi, mais un an plus tard, dans cette petite ville paisible, il y aura eu plusieurs morts.Henry, le fils adolescent de Griswald, est vite fasciné par celle qui l’encourage à « vivre ses passions jusqu’au bout ». L’idéal de vie droite et conventionnelle que prône son père lui semble désormais un carcan. Complice muet et narrateur peu fiable, il assiste à la naissance d’un amour tragique entre Mlle Channing et son voisin M. Reed, professeur de lettres et père de famille. Il voit en eux « des versions modernes de Catherine et de Heathcliff ». Mais l’adultère est mal vu à l’époque, et après le drame qui entraine la chute de Chatham School, le lecteur ne peut que se demander, tout comme le procureur : « Que s’est-il réellement passé au Noir-Étang ce jour-là ? » (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Par une triste journée d'hiver, Henry Griswald, notaire solitaire vieillissant, se souvient de ses quinze ans et du drame qui a bouleversé son adolescence et par ricochet son existence.  Petit à petit les souvenirs refont surface éclairé par le recul des années. Henry était à l'époque un adolescent épris d'évasion, rêvant de s'abstraire du carcan paternel et de l'école de garçons fondée par son père. En rencontrant Mlle Channing, professeure recrutée par son père, Henry va voir en elle l'incarnation de ses idées romantiques sur le liberté et les sentiments. Il fera sienne la devise de la jeune femme : "La vie ne vaut d'être vécue qu'au bord de la folie".

 Henry adolescent va vivre le drame à son niveau, en prouvant là que toute interprétation des faits reste définitivement subjective, qu'il est impossible d’avoir une main mise sur les sentiments ou la réalité des faits. 

 Son récit, ses actions, ses points de vue seront teintés de sa personnalité et de ses idées romantiques, sans le recul nécessaire, si bien que, comme d'autres dans le récit, il pourra faire des erreurs et mal interpréter certaines paroles, certains gestes...

 Le seul personnage qui ne juge pas et ne se permet pas d'interpréter  est le père du narrateur, vu comme un être froid conventionnel mais finalement peut-être le plus humain du récit. Il sera un des seuls à considérer la belle Mademoiselle Channing avec bienveillance et tolérance :

 "La vie est mal faite, Henry, reprit-il, me scrutant d'un air très solennel. Parfois, le mieux que nous pouvons donner, ou recevoir, c'est la confiance. (...) Avec les années, à mesure qu'il vieillissait et que moi-même j'avançais en âge, j'en vins à comprendre ce qu'il avait voulu dire : que la convoitise est le propre de l'homme et la loyauté le baume dont il use pour apaiser ses frustrations." (p. 253)

 La question du mal est au coeur des romans de Thomas H. Cook et son talent de romancier manipulateur permet de mettre en lumière l'hermétisme du monde et des hommes difficilement appréhendables et compréhensibles.

 "Aujourd'hui, quand je repense à cette période de ma vie, à ce que je ressentais à l'époque, l'inévitable m'apparaît comme n'étant ni plus ni moins que le fruit des hasards." (p. 253)

Seul celui qui raconte est maître du destin des personnages, seul l'auteur sait ce qui s'est réellement passé au Noir-Etang ce jour-là...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Le narrateur âgé raconte cet épisode tragique d'août 1926, drame dont il connaît l'issue. Thomas H. Cook use et abuse à mon sens des allusions au dénouement, ponctuant son récit de phrases sensées alimenter le suspens : 

"Je sais tout cela formellement, car ce fut ce qu'elle-même déclara par une torride journée d'été, presque un an après, devant une foule qui tanguait, fébrile, les gens tendant le cou de droite à gauche pour mieux la voir, redressant la tête tout en pestant, parlant d emort, de suicide, de meurtre, la suivant des yeux avec une fascination morbide tandis qu'elle s'avançait dans la salle et prenait place dans le box des témoins." (p. 36)

"En tous cas, jamais je n'aurais pu me douter que, dans les années qui allaient suivre, je regarderais très souvent la plaque de Me Parsons, et entendrais sa voix tonitruante crier depuis le passé : C'est vous, Mademoiselle Channing, vous et vous seule qui êtes la cause de tout." (p. 36)

"De l'endroit où nous nous trouvions, Mlle Channing avait vue sur toute la grand-rue, depuis l'église, où l'autocar l'avait déposée à son arrivée, jusqu'au tribunal, où, plus tard, elle comparaîtrait en justice aux cris de la foule au-dehors : Meurtrière ! Meurtrière !" (p. 44)

Le procédé des prolepses trop utilisé est lassant au début du roman, le lecteur attend inlassablement de plonger de plain pied dans cette histoire, mais l'auteur le retient sans cesse en restant à la lisière du drame.

- Le sujet choisi par l'auteur est somme toute assez banal, et rien de bien nouveau ne ressort de ce roman : lutter contre ses passions est chose difficile et pourtant les désirs peuvent être destructeurs... Oui, bon...  

 

Premières phrases :

 

« Mon père avait une phrase préférée. Il l'avait empruntée à Milton, et aimait la citer aux garçons de Chatham School. Planté devant eux le jour de la rentrée des classes, les mains bien enfoncées dans les poches de son pantalon, il ménageait un silence, leur faisant face, l'air grave. "Prenez garde à vos actes, déclamait-il alors, car le mal contre lui-même se retourne." Il ne pouvait imaginer à quel point la suite des évènements le contredirait, ni à quel point j'en aurais éminemment conscience. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Les leçons du mal de Thomas H. COOK


D’autres avis :

 

 Blogs : Ys ;  Le vent sombre  – Kathel  – Pierre ; Théoma ; Anna BlumeAproposdelivresClaraJosteinMimi ; Canel ; Constance

Presse : Lire Télérama 

 

Au lieu-dit Noir-Etang…, Thomas H. Cook, traduit de l’anglais (EU) par Philippe Loubat-Delranc, Seuil, janvier 2012, 368 p., 19.80 euros

 

grand prix lectrices de elle

 

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Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki MURAKAMI

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

 « Se consumer au mieux à l’intérieur de ses limites individuelles, voilà le principe fondamental de la course, et c’est aussi une métaphore de la vie –et, pour moi, une métaphore de l’écriture. » (p. 106)

 

L’auteur :

 

Haruki Murakami est un écrivain japonais. Il dirige un club de jazz, avant d'enseigner à Princeton durant quatre années. Son premier livre - non traduit - Ecoute le chant du vent, en 1979, lui vaut le prix Gunzo. Expatrié en Grèce, en Italie puis aux Etats-Unis, il rédige Chroniques de l'oiseau à ressort' en 2001 et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil en 2002. Suite au séisme de Kobe et à l'attentat de Tokyo en 1995, il décide de revenir s'installer au Japon. Il y écrit un recueil de nouvelles Après le tremblement de terre, puis Les Amants du Spoutnik en 2003. Son roman initiatique Kafka sur le rivage, sorti en 2006, l'inscrit définitivement parmi les grands de la littérature internationale. L'oeuvre d'Haruki Murakami oscille entre la pensée bouddhiste qui voit des répercussions à nos actions sur une échelle plus large et la chronique sociale dans un cadre fantastique.

 

L’histoire :

 

Le 1er avril 1978, Murakami décide de vendre son club de jazz pour écrire un roman. Assis à sa table, il fume soixante cigarettes par jour et commence à prendre du poids. S'impose alors la nécessité d'une discipline et de la pratique intensive de la course à pied.
Ténacité, capacité de concentration et talent : telles sont les qualités requises d'un romancier. La course à pied lui permet de cultiver sa patience, sa persévérance. Courir devient une métaphore de son travail d'écrivain.

Courir est aussi un moyen de mieux se connaître, de découvrir sa véritable nature. On se met à l'épreuve de la douleur, on surmonte la souffrance. Corps et esprit sont intrinsèquement liés.

Murakami court. Dix kilomètres par jour, six jours par semaine, un marathon par an. Il court en écoutant du rock, pour faire le vide, sans penser à la ligne d'arrivée. Comme la vie, la course ne tire pas son sens de la fin inéluctable qui lui est fixée…

 

Ce que j’ai aimé :

 

Haruki Murakami réussit le tour de force de convaincre en quelques mots le plus réticent des non-sportifs des bienfaits de la course à pied. Décrivant ceux qui aiment courir comme des personnes souhaitant  vivre leur vie « le plus pleinement possible » (p.105), il permet au plus commun des mortels de rejoindre une communauté qui semblait jusqu’ici fermée à ceux qui ne pratiquent pas ou très peu de sport… Il décrit très adroitement les processus psychiques, psychologiques qui régissent l’esprit durant l’épreuve, la tension omniprésente durant la course, l’effort constant nécessaire, les limites si prégnantes, puis le relâchement, le soulagement libérateur :

 

« A peu près à ce moment-là est née et a grossi en moi une nouvelle impression. Quelque chose que je décrirais ainsi : « J’ai accepté un défi risqué et j’ai trouvé en moi la force de m’y confronter. » Un bonheur personnel, mêlé de soulagement. Le soulagement plus fort sans doute que le bonheur. Comme si un nœud serré très fort, à l’intérieur de moi, se relâchait, peu à peu, un nœud dont je n’avais pas su, jusqu’alors, qu’il se trouvait là, en moi. » (p. 146)

 

 

-          Filant sa métaphore qui consiste à comparer la course à pied et l’écriture, il crée un parallèle lumineux entre les deux activités :

 

 « Pour moi, écrire des romans est fondamentalement un travail physique. L’écriture en soi est peut-être un travail mental. Mais mettre en forme un livre entier, le terminer, ressemble plus au travail manuel, physique. (…) Le processus tout entier –s’asseoir à sa table, focaliser son esprit à la manière d’un rayon laser, imaginer quelque chose qui surgisse d’un horizon vide, créer une histoire, choisir des mots justes, l’un après l’autre, conserver le flux de l’histoire sur les bons rails -, tout cela exige beaucoup plus d’énergie, durant une longue période, que la majorité des gens ne l’imaginent. » (p. 101)

 

« En ce qui me concerne, la plupart des techniques dont je me sers comme romancier proviennent de ce que j’ai appris en courant chaque matin. Tout naturellement, il s’agit de choses pratiques, physiques. Jusqu’où puis-je me pousser ? Jusqu’à quel point est-il bon de s’accorder du repos et à partir de quand ce repos devient –il trop important ? Jusqu’où une chose reste-t-elle pertinente et cohérente et à partir d’où devient-elle étriquée, bornée ? Jusqu’à quel degré dois-je prendre conscience du monde extérieur et jusqu’à quel degré est-il bon que je me concentre profondément sur mon monde intérieur ? Jusqu’à quel point dois-je être confiant en mes capacités ou douter de moi-même ? Je suis sûr que lorsque je suis devenu romancier, si je n’avais pas décidé de courir de longues distances, les livres que j’ai écrits auraient été extrêmement différents. » (p. 105)

 

-          C’est une profonde et belle réflexion sur la vie, sur sa vie que nous offre Haruki Murakami dans ce texte court très accessible à découvrir sans tarder.

 

« Rien dans le monde réel n’est aussi beau que les illusions d’un homme sur le point de perdre conscience. » (p. 86)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien, ce titre m’a donné envie de découvrir d’autres romans de cet auteur…

 

Premières phrases :

 

« Un aphorisme prétend qu’un vrai gentleman ne dit pas un mot des femmes avec qui il a rompu ou des impôts qu’il doit payer. Faux, archifaux ! Parce que moi, désolé, je ne suis pas comme ça. Il faudrait en tout cas ajouter une condition pour qu’il y ait un peu de vérité dans cette phrase : « Ne racontez à personne ce que vous faites pour rester en bonne santé. » J’ai le sentiment qu’un homme de qualité ne devrait pas se répandre en public sur les moyens qu’il utilise pour se maintenir en forme. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le temps qui va, le temps qui vient de Hiromi KAWAKAMI

 

D’autres avis :

 

Blogs : Fred, Yueyin, Mango

Presse : Télérama

 

 

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki MURAKAMI, traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, avril 2009, 180 p., 19.50 euros

 POCHE : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, Haruki MURAKAMI, traduit du japonais par Hélène Morita, 10/18, février 2011, 220 p., 7.40 euros

 

Merci à Marie-Laure PASCAUD des Editions 10/18 pour m'avoir permis de découvrir cet auteur.

Publié dans Littérature Asie

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Ça m’agace de Jean-Louis FOURNIER

Publié le par Hélène

ca-m-agace.jpg

"Heureux parce qu'ils lisent un beau livre.

Heureux parce qu'ils adorent le bruit du vent.
Heureux parce qu'ils parlent et qu'ils écoutent les autres.
Heureux parce qu'ils entendent de la musique.
Heureux parce qu'ils ont fait un beau dessin ou réussi un bon plat. Heureux parce que leur parquet brille et leur voiture aussi.
Heureux parce que leur enfant a eu une bonne note à sa rédaction.
Heureux parce qu'ils ont écrit une belle phrase.
Heureux parce que la douleur s'éloigne.
On dit « bêtement heureux ».
C'est si bête d'être heureux. "

 

L’auteur :

Jean-Louis Fournier est un écrivain, humoriste et réalisateur de télévision.
Il est le fils du médecin Paul Léandre Emile Fournier (23 août 1911 à Avesnes-le-Comte - 4 mai 1954 à Arras) et de Marie-Thérèse Françoise Camille Delcourt (17 juillet 1916 à Saint-Pol-sur-Ternoise - 20 septembre 1998 à Arras), rédactrice.

Il est le créateur, entre autres, de La Noiraude et d'Antivol, l'oiseau qui avait le vertige. Par ailleurs, il fut le complice de Pierre Desproges en réalisant les épisodes de La Minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, ainsi que les captations de ses spectacles au Théâtre Grévin (1984) et au Théâtre Fontaine (1986). C'est également à lui que l'on doit l'intitulé de la dépêche AFP annonçant le décès de l'humoriste: "Pierre Desproges est mort d'un cancer. Etonnant non ?". Il adore Ionesco.

En 2008, Jean-Louis Fournier publia le roman Où on va, papa ? dans lequel il décrit sa relation avec ses deux fils handicapés. Le livre, qui a reçu le Prix Femina, a suscité un certain nombre de controverses, et a provoqué une réponse de la mère des deux garçons qui a créé un blog qui leur est dédié (http://mamanmathieuetthomas.monsite-orange.fr/index.html).
Depuis, il a écrit deux autres romans : Poète et Paysan en 2010 et Veuf en 2011.
Jean-Louis Fournier a écrit et joué au Théâtre du Rond-Point deux pièces inspirées de ses écrits, Tout enfant abandonné sera détruit, donnée en novembre 2011 et Mon dernier cheveu noir, donnée en novembre 2012. (Source : Babélio)

  

L’histoire :

 Le goût de vivre est une chose fragile. Un rien peut vous le faire passer. Il suffit d’une bestiole d’un centimètre qui doit peser un gramme, un moustique en l’occurrence, pour transformer une nuit en cauchemar. Mais ce n’est pas tout. Il y a le serveur vocal qui fait semblant de ne pas vous comprendre et n’a jamais un mot gentil ; le désespéré qui choisit de se faire déchiqueter par votre TGV et vous fait louper votre entretien d’embauche ; les campagnes de dépistage qui vous rappellent avec délicatesse que vous êtes biodégradable ; les routiers qui essaient de se doubler sur l’autoroute ; le palmarès des hôpitaux qui révèle que l’hôpital où vous allez vous faire opérer de la hanche a obtenu la plus mauvaise note ; les pigeons qui chient partout ; les imprimeurs qui impriment en tout petit ; les exclusions de votre contrat d’assurance ; les mites qui attaquent de préférence l’endroit le plus visible de votre pull en cachemire ; les ouvre-boîtes intégrés qui font gicler sur votre pantalon l’huile de vos sardines, et beaucoup d’autres choses dont l’auteur vous réserve la mauvaise surprise. Ça m’agace aurait pu n’être qu’un billet d’humeur. Bien pire, c’est un livre de mauvaise humeur. Parce que, tout ça, Fournier, ça l’agace. (Babélio)

 

Mon avis :

 Jean-Louis Fournier liste des situations de la vie quotidienne qui peuvent s'avérer agaçantes, en pointant notamment du doigt des progrès techniques aux revers humains désagréables comme par exemple le serveur vocal. Seulement, l'ensemble des idées est assez éculées, vues et revues, testées, validées par nos soins de consommateurs ou de voyageurs, bref d'humains du XXIème siècle. Il aurait fallu qu'à ces situations trop connues, l'auteur insuffle un tour comique ou poétique de façon à les illuminer d'un éclairage nouveau. Point du tout, les propos restent collés aux choses, le style est tout à fait basique, très peu de poésie s'immisce dans ces pages.

Un des rares points forts de ces nouvelles est la chute offerte, chute digne de ce nom, souvent décalée et drôle. Malheureusement, il n'y a qu'elle pour sauver le texte, et cela reste un peu trop faible à mon goût... 

Quelques bonnes trouvailles affleurent quelquefois : comme ces messages radiophoniques pour les campagnes de dépistage pour le cancer colorectal par exemple 

« Pour ne rien vous cacher, je m’en doutais un peu, c’est une tradition dans la famille. Mon arrière-grand-père est mort, mon grand-père est mort, mon père est mort, je crois que c’est héréditaire. » et de conclure « Vos messages, je me les mets dans le colorectal. »

Ou sur le principe de précaution « Est-ce que c’est vraiment prudent de vivre ? »

Malgré ces quelques éclaircies, l'ensemble reste décevant. Vous savez ce qui m’agace moi ? Les écrivains qui écrivent et publient pour ne rien dire !

 

Premières phrases :

 « Les musiciens du métro jouent faux, les désespérés se jettent sous mon TGV, le serveur vocal ne me dit pas un mot gentil, une mite a fait un trou dans mon pull, les croissants sont mauvais, les moustiques me piquent, ma voisine joue du karcher, l’humoriste ne me fait pas rire, les camions m’empêchent de doubler, les pigeons me chient sur la tête…

Ca m’agace. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  Où on va papa de Jean-Louis FOURNIER

Autre : les textes de Philippe Delerm

 

D’autres avis :

Cathulu

 

 Ca m'agace, Jean-Louis Fournier, Editions Anne Carrière, octobre 2012, 190 p.,  15 euros

 

 

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Misere-sexuelle.com. Le livre noir des sites de rencontres de Stéphane ROSE

Publié le par Hélène

                                     misere-sexuelle.jpg

     ♥ ♥ ♥

« J’attent toujours le miracle, et il se montre récalcitrant il est vrai mais j’insiste il est bien quelque part. »

 

L’auteur :

Connu pour être un des auteurs et présentateurs de la cérémonie des Gérard sur Paris Première, Stéphane Rose est aussi journaliste dans la presse magazine et sur le web, auteur pour Nicolas Canteloup, auteur de plusieurs livres en littérature jeunesse, humour ou sexualité. Après s’être attaqué à l’épilation intime à travers un vibrant plaidoyer, Défense du poil (La Musardine, 2010), il s’en prend cette fois aux sites de rencontres avec l’ironie et la sincérité qui sont ses marques de fabrique.

http://stephanerose.com/

 

Présentation :

Les publicités pour les sites de rencontres sont unanimes : qui que vous soyez, vous  rencontrerez l’amoureux ou le sexfriend de vos rêves. Relayée par des médias souvent complaisants, cette contre-vérité ne rend que plus pénible l’expérience que s’en fera le quidam qui s’y sera laissé piégé : prix élevés voire exorbitants (qui excluent de fait les moins riches), offre sexuelle masculine démesurée par rapport à la demande féminine, zapping relationnel, communautarisme amoureux et autres joyeusetés attendent souvent les clients, dont beaucoup repartent bredouilles ou désabusés. 

Ancien utilisateur de Meetic (et autres sites), Stéphane Rose se base sur ses nombreuses rencontres « en ligne » et un important stock de témoignages pour brosser ce petit livre noir de l’internet rose. Sans nier les possibilités réelles des sites de rencontres ni émettre le moindre jugement moral à l’égard de ceux qui les fréquentent (et pour cause, il en fut longtemps le premier client !), il se contente de pointer du doigt avec humour les nombreux vices cachés qu’il y a découvert et que les publicités oublient de montrer. Passant en revue les différentes typologies d'utilisateurs des sites, multipliant les exemples et déclarations plus vraies que nature, il nous entraîne dans les méandres des très nombreux sites de rencontres. Qui, non, n'offrent pas toujours l'amour au bout du chemin... Assorti d'un lexique, d'un inventaire comparatif des multiples sites de rencontres et d'un bêtisier édifiant des messages qu'on peut y trouver, ce livre-enquête est le premier à dénoncer l'un des grands mythes amoureux du 21e siècle. 

Révolution ou misère sexuelle ? Il appartient donc à chacun d’en juger. Stéphane Rose, lui, s’est définitivement désinscrit de Meetic… et drague désormais sur Facebook. (Présentation de l'éditeur)

 

Mon avis :

Stéphane Rose se base sur sa propre expérience pour écrire ces pages puisqu'il a lui-même « pratiqué » les sites de rencontres et a également recueilli le témoignage de nombreux témoins qui lui ont raconté « anecdotes, instants glauques, moments de déprime, petites ou grosses hontes et autres pétages de plomb en tous genres vécus sur des sites de rencontres. » (p. 11)

 Son objectif est clair : tirer à vue sur les idées reçues sur les sites de rencontres, à savoir :

- On y rencontre l’amour

- On y trouve facilement des partenaires sexuels

- Avec les sites de rencontres tout le monde a sa chance

- Les sites de rencontres sont rentrés dans les mœurs

 - Les sites de rencontres élargissent le champ de nos rencontres.

Il s’attarde dans un premier temps sur l’aspect faussement démocratique des sites de rencontres et la misère sexuelle qu’on y rencontre, puis à la tradition et à l’art du mensonge qui y règnent, à l’approche consommatrice, j’menfoutiste et déshumanisée de la relation amoureuse qu’ils induisent, et enfin aux dérives névrotiques qu’ils provoquent sur nos habitudes amoureuses. En bonus il nous offre un tour d’horizon  des différents sites avec comparatif à l’appui, et quelques annonces assez cocasses :

« Je te prends le Q mais ne me prend pas la tête, t’es OK pétasse ? »

« J’attent toujours le miracle, et il se montre récalcitrant il est vrai mais j’insiste il est bien quelque part. »

Stéphane Rose dénonce « l’un des plus grands mythes amoureux du XXIème siècle » Ceux qui s’inscrivent doivent développer selon lui un goût pour « l’éthologie humaine » dans le sens où "une diversité large, exotique, inattendue, fascinante, effrayante d’êtres humains" se présentera et qu'il faudra avoir le temps de se perdre pour slalomer entre tous les profils.

Il nous démontre également que le choix par affinités est loin d'être pertinent en effet :

« L’amour, disait Lautréamont est la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. » (p. 151)

« Des personnes qui n’ont a priori aucun point commun vont s’entendre à merveille car elles ont des univers fantasmatiques inconscients similaires ou complémentaires. » (p.151) explique Sarah Chiche psychanalyste et psychologue clinicienne.

Un bilan intéressant pour ce nouveau mode de drague. Un seul bémol, nul chapitre ne semble être consacré aux bénéfices -il doit bien y en avoir- des sites, l'ensemble demeurant résolument critique. Un point de vue assumé et expliqué. Au lecteur ensuite de se faire une idée...

 

Vous aimerez aussi :

Littérature érotique

 

D’autres avis :

Interview de l'auteur 

 

Misere-sexuelle.com. Le livre noir des sites de rencontres, Stéphane Rose, La musardine, 2013, 15 euros

 

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