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Une journée d’Ivan Denissovitch de Alexandre SOLJENITSYNE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Dix-sept heures de la vie d’un captif des camps soviétiques

 L’auteur :

 Alexandre Soljenitsyne est né dans le Caucase en 1918. Juste avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, il est arrêté par la police militaire et passera les huit années suivantes dans des camps. Condamné ensuite à « l'exil perpétuel », il est réhabilité en 1957. Jusqu'en 1962, date de sa première publication, il enseigne les mathématiques et la physique dans des écoles secondaires de campagne. Le succès que va connaître Soljenitsyne avec ses publications puis son prix Nobel déclenche une tempête d'injures et de calomnies dans la presse soviétique. En 1974, il est arrêté et expulsé d'URSS. Il s'installe alors dans le Vermont, aux États-Unis. Il revient de son exil américain et s'installe près de Moscou en 1994. Il meurt le 3 août 2008, à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. (Source : éditeur)

 

Présentation de l’éditeur :

 « Les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. » 

Tous les matins, à cinq heures, un surveillant réveille les vingt-trois détenus de la 104e brigade de travailleurs d’un camp de travail russe. Ivan Denissovitch, surnommé Choukhov, y a été déporté pour cause de « trahison de la patrie ». Condamné à dix ans, il ne lui reste qu'un an à passer au camp.

Un matin, le robuste Choukhov, affaibli, s'est levé en retard. Puni, il est contraint de nettoyer le plancher. Puis il se rend au dispensaire pour y chercher des soins, mais le médecin ne peut l’exempter car son quota quotidien d’arrêts de travail est déjà dépassé. Il retourne donc aux travaux forcés dans le froid glacial de la steppe, s’employant à mettre en place des méthodes de survie : il capitalise la seule richesse qu'il possède, celle des pourtant misérables rations de nourriture. Tous les jours, il s’évertue à accomplir d’harassantes et inhumaines tâches : il creuse des trous, martèle, déplace des kilos de terre, coupe et transporte du bois, construit des charpentes, aligne des briques ou bien dispose du mortier, etc.
À la nuit tombée, Choukhov est satisfait de sa journée. Elle ne lui a pas été fatale. Il n'a pas été mis au cachot, il n'est pas tombé malade et a même réussi à « s'acheter » du bon tabac grâce à un privilégié du camp.

Une journée d'Ivan Denissovitch est un roman noir dans lequel le désespoir n'a pas sa place. Il dépeint la force d’un prisonnier banal aspirant seulement à survivre jusqu’au lendemain, écrasé par des conditions de vie intolérables supportées sans cris et avec une grande dignité.
Alexandre Soljenitsyne décrit l’horreur banalisée et les principes du système concentrationnaire du Goulag en employant des termes simples et précis pour transcrire une situation tragique. Jamais plaintif, toujours juste, ce roman est à la fois d’une horreur saisissante et d’une beauté littéraire limpide. (Présentation de l’éditeur)

 Ce que j’ai aimé :

Ce récit est à replacer dans son contexte : en 1961 ce qui s’était passé dans les camps soviétiques restait tabou, nébuleux. Ce manuscrit, servi par un style dans lequel transparaissent des facilités d’écriture confondantes, vient éclairer une période sombre de l’histoire.  Soljenitsyne l’aurait écrit en deux mois seulement. En un minimum de mots tiré de l'argot et du parler paysans il nous livre le récit expressif du quotidien d’un paysan emprisonné  pendant la seconde guerre mondiale et condamné à 10 ans de captivité.

 L’horreur de ces camps c’est avant tout le quotidien : 

« C’est merveilleux comme le travail fait passer le temps. Chouckhov l’avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu’on s’en aperçoive. C’est le total de la peine qui n’a jamais l’air de bouger, comme si ça n’arrivait pas à raccourcir. » (p. 84)

« Or, même pour penser, ça n’est jamais libre, un prisonnier. On retourne toujours au même point, en n’arrêtant pas de retourner les mêmes idées. Est-ce qu’ils ne vont pas retrouver la miche en fourgonnant dans la paillasse ? ce soir, est-ce que le docteur voudra bien vous exempter de travail ? Le commandant, il couchera au mitard ou pas ? Et comment il a pu s’arranger, César, pour se faire donner des affaires chaudes ? (…) » (p. 58)

« Il s’endormait, Choukhov, satisfait pleinement. Cette journée lui avait apporté des tas de bonnes chances : on ne l’avait pas mis au cachot ; leur brigade n’avait point été envoyée à la Cité du Socialisme ; à déjeuner, il avait maraudé une kacha ; les tant-pour-cent avaient été joliment décrochés par le brigadier ; il avait maçonné à cœur joie ; on ne l’avait point paumé avec sa lame de scie pendant la fouille ; il s’était fait du gain avec César ; il s’était acheté du bon tabac ; et au lieu de tomber malade, il avait chassé le mal.

Une journée de passée. Sans seulement un nuage. Presque de bonheur.
Des journées comme ça, dans sa peine, il y en avait, d’un bout à l’autre, trois mille six cent cinquante-trois. 

Les trois de rallonge, c’était la faute aux années bissextiles.» (p. 189)


Ce récit tragique permet d'appréhender au plus près l'horreur de journées qui s'écoulent en captivité, dans la peur et la détresse. Un témoignage poignant, une esquisse de ce que sera L’archipel du goulag.

 Ce que j’ai moins aimé :

Une impression de déjà lu et entendu assez prégnante.

De plus - et pour cause - le tout est un peu lassant même si le texte est fort.

 Premières phrases :

 « A cinq heures du matin, comme tous les matins, on sonna le réveil : à coups de marteau contre le rail devant la baraque de l’administration. De l’autre côté du carreau tartiné de deux doigts de glace, ça tintait à peine et s’arrêta vite : par des froids pareils, le surveillant n’avait pas le cœur à carillonner. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : L’archipel du goulag

Autre : Si c’est un homme de Primo LEVI 

 

Une journée d’Ivan Denissovitch, Alexandre SOLJENITSYNE, Traduit par Lucia et Jean CATHALA, Robert Laffont, Pavillons poche, 2010, 7 euros

 Lu dans le cadre du mois russe initié par Marilyne

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Publié dans Littérature Europe

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Grizzly Park de Arnaud DEVILLARD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Be bear aware

Arnaud Devillard partage ici le voyage qu'il a effectué avec sa compagne Cécile de Denver dans le Colorado à Glacier National Park, au nord du Montana. Le couple arpente les routes et visite les parcs nationaux avec toujours en tête la bearanoia. Là réside l'ambivalence des touristes des grands espaces américains : avides d'aventure, ils viennent voir des animaux sauvages sans penser que lesdits animaux sont effectivement sauvages et peuvent les réduire en pièces en cinq minutes. Les park rangers essaient de raisonner les touristes, en vain, ceux ci n'hésitant pas à s'agglutiner dés qu'un ours pointe son nez, et ce au péril de leur vie. Arnaud et Cécile suivent quant à eux les instructions des park rangers à la lettre : faire du bruit en marchant, éviter toute odeur forte, et si on se retrouve nez à nez avec un ours au détour d'un chemin ne surtout pas partir en courant, mais bomber le torse pour impressionner l'animal sauvage... Plus facile à dire qu'à faire me direz-vous ? Arnaud et Cécile en ont bien conscience, raison pour laquelle ils redoutent à chaque pas de rencontrer LA Bête ! 

Pour l'heure, point d'ours, mais des marmottes, des tamias, des biches, et surtout des paysages à couper le souffle ! Mais là encore le paradoxe du tourisme fait rage :  

"Avant d'y pénétrer, j'avais une vision très extrémiste du système des parcs ; naïve, je le reconnais. Des espaces inviolés, difficiles d'accés, où il serait aisé de se perdre, loin de tout et sans sa voiture. En réalité, il y a des routes, dans les parcs nationaux. Des parkings, des navettes, des abribus, des campings, des hôtels et la queue aux douches." p. 51

"C'est le paradoxe des parcs nationaux américains. Ils ont été inventés pour préserver des écosystèmes et des paysages de l'activité humaine, empêcher les forages, les exploitations minières et forestières. Or les zones naturelles alentour sont laides, saccagées. Mécaniquement, prolifère aux lisières des parcs nationaux tout ce qui est interdit à l'intérieur." p. 48

Les deux voyageurs peignent avec humour les moeurs américaines, ces hommes toujours en mouvement pour qui la voiture a tant d'importance : 

« La première chose qu’un touriste américain nous demande en arrivant à Yellowstone, c’est jusqu’où il doit rouler pour voir un ours ; la première chose que me demande un touriste européen, c’est où il doit aller marcher pour voir un ours »

Les passages humoristiques alternent avec des pages plus lyriques : 

"En reprenant la route, je ressens partout la torpeur crépusculaire qui s'est emparée du parc. L'impression est trompeuse. Plutôt que de torpeur, il s'agit de la sauvagerie véritable qui reprend ses droits et impose son rythme après avoir cédé à celui des hommes durant la journée. Les bruits du soir et de la nuit seront les siens. Les mouvements seront les siens. Les ours pourront arpenter les parkings qui, pour tout dire, n'existeront plus. Cette heure que j'apprécie tant envoie le message que nous n'appartenons pas à ce monde. En saisir quelques bribes me remplit d'une jubilation muette." p. 133

Le récit se teinte d'émotion quand l'auteur évoque ses souvenirs d'enfance de fils d'instituteurs et ses rapports privilégiés avec son père. C'est un peu pour lui qu'il continue à voyager, par fidélité pour cette passion qu'il lui a léguée. 

Un récit drôle et intelligent, placé sous l'égide de Pete Fromm et de Doug Peacock...

Mes réticences : un peu lassant sur la fin : promenade, peur de l'ours, voiture, puis repos bienvenu, camping déserté, pizza et bière, nuit agitée par la peur de l'ours, etc...

Bilan : Je veux y aller....

Parc national du Grand Teton

http://www.revamericatours.com/programmes/authentiques/ouest-sauvage/

 

Présentation de l'éditeur : Le mot et le reste 

D'autres avis : Repéré chez Keisha ; ChinoukLa buvette des alpagesNathalie 

 

Grizzly park, Arnaud Devillard, Le mot et le reste, 2013, 331 p., 20 euros

Publié dans Récits de voyage

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L'ange sur le toit de Russell BANKS

Publié le par Hélène

                      

♥ ♥

"Le temps est venu, le temps est passé, le temps ne reviendra jamais, voilà ce que je me dis. Et je conclus  que ce qui est devant moi, là, c'est tout ce que j'ai."

 

Mon avis :

Le point commun qui relient les nouvelles de ce recueil tient dans le fait que les personnages vont tous connaître un évènement qui constituera un point de non-retour, un bouleversement subtil ou évident qui changera à jamais leur existence. Ce tsunami intérieur peut avoir sa source dans le passé, et la prise de conscience ne survient alors que bien plus tard :

"Ca aurait pu se produire n'importe quel soir. Ca s'est même peut-être produit il y a longtemps, ais nous ne nous en sommes pas aperçus sur le coup. Comme une de ces étoiles qui s'embrasent et qui meurent, et on ne s'en rend compte que bien des années plus tard tellement elles sont loin.

- Il vaut peut-être mieux que nous ne l'ayons pas vu quand ça s'est produit, a dit Larry. Peut-être que comme ça on a davantage de paix." (Juste une vache)

Issu bien souvent su hasard des coïncidences, la vie prend sa revanche et ce qu'on croyait acquis, stable s'écroule. "Une chose en entraîne une autre, faut croire." dit un des personnages de "Juste une vache" au seuil d'une rupture du couple. Ce changement soudain de trajectoire est souvent rédempteur, même si sur le moment il est source de douleur. Synonyme de lâcher prise comme dans "Juste une vache" ou "Djinn", il permet ausssi une remise en question intérieure. Dans "Moments privilégiés", un père et sa fille constatent soudain le vide qui s'est installé entre eux : 

"Il voit qu'il a été quelqu'un de tout à fait à l'opposé de ceui qu'il avait cru être."

Mais d'autres évènements restent ancrés dans la souffrance, particulièrement quand ils ont eu lieu dans l'enfance. "La visite" est celle d'un homme à la maison de son enfance, prétexte pour se remémorer des souvenirs peu heureux en raison d'un conflit latent qui perdurait entre sa mère et son père, conflit dont les enfants payaient les conséquences. 

Les hommes sont souvent responsables, alcooliques, infidèles, ils font souffrir leur entourage et remettent en question insidieusement les relations fragiles qui existent entre les êtres. 

"L'une des choses les plus difficiles à dire à quelqu'un est celle-ci : j'espère que vous m'aimerez sans raison particulière. C'est pourtant ce que nous voulons tous dire les uns aux autres - à nos enfants, à nos parents, à nos copagnons, à nos amis et à des inconnus - en ne l'osant que rarement."

Les êtres se manquent, la vie passe et les éloigne irrémédiablement, les laissant sur le seuil de leur vie, dans une solitude désoeuvrée. Tout choix inclut un renoncement, et à l'aune de la vieillesse, les regrets ou les remords refont surface. Si nous pouvions réécrire le passé, agirions-nous à l'identique ? Vaut-il mieux tout savoir de son passé et des choix qui ont conditionnés notre existence, ou rester dans l'illusion qui nous a tenu debout jusqu'ici ? 

Le temps qui passe, la vieillesse, la recherche du bonheur souvent avortée avant l'heure, sont les thèmes inhérents à ce petit recueil comme à la vie...

Premières pages :

"Il y a quelques années, avant que je me marie et prenne un poste das une société dépourvue de succursale étrangère (avant que je rentre à la maison, en somme), j'étais employé par une entreprise de Hopewell, dans le New Jersey, laquelle appartenait à un consortium multinational dont le siège était à Amsterdam."

Infos sur le livre :

Actes sud 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : De beaux lendemains

 

L'ange sur le toit, Russell Banks, J'ai Lu (Actes Sud pour la première édition), traduit de l'anglais (EU) par Pierre Furlan, 156 p. 4.50 euros

 

Pioché chez Gibert Joseph

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La petite fille de ses rêves de Donna LEON

Publié le par Hélène

                                              petite-fille-de-ses-reves.jpg

♥ ♥

Une plongée en apnée dans la Cité des Doges

 

L’auteur :


Donna Leon, née en 1942 dans le New Jersey, a exercé plusieurs métiers comme guide de voyage à Rome, rédactrice publicitaire à Londres et enseignante de littérature, notamment en Suisse, en Iran et en Arabie saoudite et de 1981 à 1999 dans une base de l'armée américaine située près de la Cité des Doges. C'est ici qu'elle a commencé à écrire des romans policiers.

Son premier roman, Mort à la Fenice a été couronné par le prestigieux prix japonais Suntory, qui récompense les meilleurs suspenses.
Elle vit à Venise depuis plus de vingt ans, ville où se situent ses intrigues policières. Les enquêtes du commissaire Brunetti ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde et ont toutes été publiées aux éditions Calmann-Lévy en France. (source Wikipédia)

L’histoire :


Alors que le commissaire Brunetti vient d'enterrer sa mère, une étrange requête lui est présentée par un missionnaire tout juste revenu d'Afrique : le policier pourrait-il s'intéresser aux agissements d'une secte qui sévit depuis quelque temps à Venise ? Brunetti hésite. Peut-être le padre Antonin Scallon redoute-t-il seulement la concurrence. D'un autre côté, si le gourou cherche à plumer ses adeptes, il faudra y regarder de plus près.

 

Eglise-Venise.jpg


Mais très vite, une affaire plus grave va monopoliser les pensées de Brunetti. Par une matinée froide et pluvieuse, le corps d'une fillette est retrouvé dans un canal. Fait étrange, nul n'a signalé sa disparition, ni celle des bijoux récupérés dans ses vêtements. Qui est cette enfant ? Qui a causé sa mort ? pour protéger quels secrets l'a-t-on assassinée ?
Tant que Brunetti n'aura pas découvert la vérité à son sujet, cette petite fille hantera ses nuits ... (Présentation de Babélio)

Mon avis :


Le rythme est très lent, le propos s’axant davantage sur le personnage emblématique du commissaire Brunetti que sur une intrigue particulière. La découverte du corps de la petite fille n’a lieu qu’à la page 125, ce qui est peut-être une façon de planter le décor, mais j’avoue franchement que j’ai failli abandonner en cours de route les tribulations quotidiennes du cher commissaire.

 

roms-2.jpgA partir du démarrage de l’enquête concernant les Roms, tout mon intérêt est revenu en fanfare, d’autant plus que des questions sociales éclairées émaillent le récit. Donna Leon a l’art de montrer les deux versants d’un problème : elle le fait au début du roman en abordant le thème de la religion et confronte l’avis de Brunetti, athée et de sa belle-mère, catholique pratiquante. Elle utilise le même procédé pour les Roms en choisissant des travailleurs sociaux habitués à côtoyer ces communautés et bien décidés à défendre leurs différences, et en plaçan en face d’autres êtres qui s’interrogent sur l'intégration peu réussie de ces communautés en marge. 

Ces pistes de réflexion donnent de l’épaisseur au roman, et le bercement llié au rythme lancinant de la cité des Doges plongée en plein brouillard finit par charmer.


Premières phrases :

« Brunetti avait découvert que compter silencieusement jusqu’à quatre et recommencer aussitôt lui évitait de penser à autre chose. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Mort à la Fenice
Autre : Rouge abattoir de Gilda PIERSANTI et Grâce et dénuement de Alice FERNEY

D’autres avis :


Le figaro
Babélio

POCHE : La petite fille de ses rêves, Une enquête du commissaire Brunetti, Donna Leon, traduit de l’anglais (EU) par William Olivier Desmond, Points,  janvier 2012, 7,20 euros

 

Merci à Jérôme Lambert des Editions Points qui a joué au Père Noël cette année...

Publié dans Roman policier Europe

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Texasville de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

                                             texasville

 ♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

LARRY McMURTRY est né en 1936, au Texas. Il publie son premier roman à l’âge de 25 ans. Suivront plusieurs best-sellers dont six ont été adaptés à l’écran – notamment La dernière séance réalisé par Peter Bogdanovich et Tendres passions de James L. Brooks. Auteur de nombreux scénarios, il a reçu un Oscar pour Brokeback Mountain. Son roman Lonesome Dove a obtenu le prix Pulitzer en 1986 avant d’être adapté pour la télévision. Larry McMurtry vit à Archer City, au Texas, où il a ouvert une des plus grandes librairies indépendantes des États-Unis.

 

L’histoire :

 

Entre crise du pétrole et crise de nerfs, il ne reste plus une seule personne saine d'esprit dans la petite ville de Thalia où Duane aborde difficilement son passage à la cinquantaine. Il jongle entre une femme insolente, quelques maîtresses blasées, des enfants timbrés, un chien stupide, douze millions de dollars de dette et un jacuzzi. Mais entre deux frasques, les habitants sont pris d'une nouvelle lubie: fêter le centenaire de la ville. Tout ce petit monde verse alors un peu plus dans la folie...

Après La dernière séance, Larry McMurtry renoue avec ses personnages aussi loufoques qu'attachants. Cette comédie humaine hilarante est un portrait sans détour de l'Amérique contemporaine ! (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Duane est un être perdu, qui aime flirter, avec des femmes, mais aussi avec une forme de déprime confortable qui émane de sa vie qui lui échappe. Doté d’une famille atypique, d’une femme qu’il ne saisit pas toujours très bien, d’une maîtresse qui finit par le lasser, d’un fils beau comme un Dieu qui lui vole ses potentielles conquêtes, de deux jumeaux tonitruants, et d’une fille qui se marie aussi vite que son ombre, il essaie de vivre le plus harmonieusement possible alors que son entreprise fait faillite.  Il aime à tel point sa famille qu’il aimerait construire deux maisons, « une pour nous, et une autre, à plusieurs kilomètres de distance, pour les enfants et les petits-enfants. » (p. 87)

 

Quand la belle Jacy, son amour de jeunesse, revient dans la région, il se retrouve totalement désemparé.  Mais c’est de sa femme Karla dont s’est entichée Jacy. Et Duane reste seul avec ses dettes, des collègues dépassés qui s’amusent à tirer sur des grenouilles plutôt que de travailler à creuser sa faillite et une fête du centenaire de la ville à organiser...

 

L'humour percutant fait toujours mouche dans ce roman qui installe confortablement son lecteur dans la petite bourgade, l'assimilant rapidement à l'un de ses habitants. Si bien que quand les dernières pages se profilent, il est comme orphelin, attristé à l'idée de devoir quitter tout ce petit monde si attachant.

 

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Un peu long.

 

Premières phrases :

 

« Assis dans son jacuzzi, Duane tirait au .44 magnum sur la niche qu’il venait d’offrir : un édifice en rondins à deux étages censé reproduire un fortin du temps de la conquête de l’Ouest. Il l’avait achetée avec Karla dans une foire à Fort Worth, un jour où ils s’ennuyaient tous les deux. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La dernière séance , Lonesome Dove

 

D’autres avis :

 

Presse : Le point   

Blog : Keisha

 

Texasville, Larry McMurtry, Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche, Gallmeister, Totem, janvier 2012, 554 p., 11 euros

 

Merci à Marie-Anne des Editions Gallmeister...

 

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Tout piller, tout brûler de Wells TOWER

Publié le par Hélène

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  ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Wells Tower, originaire de Caroline du Nord, a été la révélation littéraire américaine 2009 aux Etats-Unis. Ses nouvelles et ses articles sont publiés dans le New Yorker, The Paris Review ou encore le Washington Post. Il travaille actuellement à l’écriture de son premier roman, à paraître en 2012.

Tout piller, tout brûler est en cours de traduction dans une dizaine de langues.

 

L’histoire :

    Des maraudeurs vikings envahissent une île souvent pillée, dans l’espoir que quelques massacres les aideront à dissiper l’ennui de l’hiver... Un homme est jeté dehors par sa femme qui a découvert sur le pare-brise intérieur de leur voiture l’empreinte d’un pied qui n’est pas le sien… Deux cousines adolescentes, enivrées par l’été, règlent leurs comptes dans une forêt… Un jeune homme débarque dans une fête foraine après une bagarre avec son beau-père… Dans les nouvelles de Wells Tower, les familles se déchirent et essayent péniblement de recoller les morceaux. Sa vision de l’Amérique éclaire le monde trouble des marginaux et des inadaptés : inventeurs ratés, rêveurs alcooliques, pères malheureux, fils rebelles…

Combinant une prose électrique à un esprit ravageur, Tout piller, tout brûler nous fait découvrir une voix comme nous n’en avions jamais entendue.

 

Ce que j’ai aimé :

Wells Tower nous offre une vision désabusée du monde, tant celui-ci peut offrir des beautés insoupçonnées mais aussi des pièges et des horreurs innommables.

La complexité des rapports humains est pointée du doigt comme dans « Un lien fraternel », lien  tendu entre deux frères souvent sur les chardons ardents... Mais les  êtres établissent des liens même s’ils savent que ces maigres ficelles risquent d’être mis à mal : dans « La côte de brun » Bob sympathise avec ses voisins,  dans « En bas dans la vallée » le narrateur va aider le mari de son ex-femme qui s’est blessé la cheville.  Bien sûr tout cela finit souvent mal car la vie les écorche. Les familles sont éclatées, les êtres à la dérive cherchent des échappatoires eux aussi bancals, l’amour même est malmené. Même les manèges et l’innocence d’une fête foraine est dangereuse et cache des fêlures irrémédiables.

Dans ce contexte tourmenté, la nature n'offre pas l'échappatoire idéalisé par Thoreau et quelques autres, elle aussi peut se révèler redoutable et trahir les attentes des protagonistes. 

 La violence gratuite et finalement absurde de ce monde est portée à son apogée dans la nouvelle éponyme finale : contant une lutte barbare entre deux peuples, elle éclaire l'inanité des conflits, qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui...

  

Ce que j’ai moins aimé :

   - Rien de spécial.


Premières phrases :

 « Bob Munroe se réveilla couché sur le ventre. Sa mâchoire lui faisait mal, les oiseaux piaillaient et son caleçon le gênait. Il était arrivé tard, des élancements dans le dos à la suite du voyage en car, et il s’était allongé par terre pour dîner de deux paquets de crackers, si bien qu’il était plein de miettes – sous son torse nu, dans les plis moites de transpiration de ses coudes et de sa nuque, tandis que la plus grosse et la plus désagréable s’était logée dans la raie de ses fesses, pareille à une pointe de flèche en silex. »

 

D’autres avis :

 Blogs : Ys ; Keisha

 Presse : L'express ; biblioobs ; Télérama 

 

Tout piller, tout brûler, Wells Tower traduit de l’anglais par Michel Lederer, Albin Michel (Terres d’Amérique), 2010, 239 p., 20 €

 

POCHE : Tout piller, tout brûler, Wells TOWER, traduit de l’anglais par Michel Lederer, 10/18, septembre 2012, 264 p, 8.10 euros

  12 d'Ys

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Grand maître de Jim HARRISON

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

  

L’auteur :

 Scénariste, critique gastronomique et littéraire, journaliste sportif et automobile, Jim Harrison, né dans le Michigan, décide de devenir écrivain à l'âge de douze ans.

D'abord enseignant à l'Université de New York, il retourne dans sa région natale et connaît ses premiers succès avec sa poésie, puis bifurque vers le roman.
Depuis, il a publié quatre recueils de nouvelles, sept de poésie, sept romans et une autobiographie, En marge.

Lauréat de multiples prix, ses livres ont été adaptés à plusieurs reprises au cinéma : Vengeance (Revenge) (1990), de Tony Scott, Wolf (1994), de Mike Nichols, Légendes d'automne (Legends of the Fall) (1994), d'Edward Zwick. (Source : babélio)

 

L’histoire :

Sur le point de prendre sa retraite au terme d’une longue carrière dans la police du Michigan, l’inspecteur Sunderson enquête sur une secte hédoniste qui a pris ses quartiers à quelques kilomètres de chez lui. Simple hurluberlu inoffensif au premier abord, le gourou se fait appeler Grand Maître. Au fil de leurs recherches, Sunderson et son improbable acolyte de seize ans, Mona, découvrent un personnage bien plus sinistre qu’il n’y paraît. Lui-même poursuivi par ses propres démons, imbibé d’alcool et obsédé par les femmes, Sunderson traque sa proie des bois du Michigan jusqu’à une petite ville d’Arizona qui fourmille de criminels transfrontaliers, avant d’atterrir dans le Nebraska, où les adeptes du Grand Maître espèrent s’établir pour de bon. Un chef-d’œuvre tragicomique, étincelant d’humour et de désespoir. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Sunderson est un homme à l’automne de sa vie, soudain désoeuvré sans le travail qui régissait sa vie à tel point qu’il lui a fait perdre sa femme. (« Elle lui avait dit : « Ta profession consiste à découvrir ce qui cloche et tu l’exerces depuis si longtemps que tu n’es plus capable de voir ce qui va bien dans la vie. » » (p. 149)) Sunderson, rattrapé par son vieil insctinct de flic décide de mener une dernière enquête en neutralisant le chef d’une secte soupçonné de détournement de mineures. Il traque l’homme aidé par sa jeune et affriolante voisine, elle-même mineure, Mona.  Mais au-delà de cette dernière mission, il va surtout apprendre à s’adapter  sa nouvelle vie et aux plaisirs assouvis ou fantasmés qui emplissent désormais exclusivement son univers. Il va apprendre à aimer la liberté en jouissant des plaisirs simples de la vie : une boisson fraîche et alcoolisée, un bon repas et une belle partie de jambes en l'air... 

 «Il dormit les deux premières heures et se réveilla avec l’étrange impression  d’avoir été écrabouillé, une sensation tout à fait nouvelle, pas exactement comme un animal écrasé sur la route, plutôt comme un homme dont les contours ont été brouillés, dilués par la perte de la profession qui le définissait jusque là. (…) Il n’était plus personne, mais il était libre. » (p. 61)

 Sa quête de Dwight est plus une dernière errance dans les antichambres de la violence et de l’immoralité qu’une véritable enquête. Grand maître n’est pas un roman policier, il est un roman su un homme qui tourne une page et apprend à apprivoiser sa retraite. 

 « Je viens de feuilleter The Practice of the Wild de Gary Snyder et d’y lire : « La marche est l’équilibre exact entre l’esprit et l’humilité. » Je ne suis pas sûr de bien piger ce qu’il veut dire, mais au cours d’une marche de deux ou trois heures la première demi-heure est saturée de banalités mentales sans intérêt, puis on émerge soudain dans le paysage et l’on est simplement un bipède humanoïde qui avance dans les collines et les forêts enneigées, ou le long des plages gelées du lac Supérieur. On n’essaie même pas de comprendre cet immense plan d’eau, car on n’est pas censé le faire. » (p.284)

  

Ce que j’ai moins aimé :

 Quelques longueurs.

 Premières phrases :

« L’inspecteur Sunderson marchait à reculons sur la plage en jetant parfois un regard derrière lui pour s’assurer de ne pas trébucher sur un bout de bois. Le vent du nord-ouest soufflait sans doute à plus de cinquante nœuds, et le sable lui piquait le visage et lui brûlait les yeux. »

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Dalva

   D’autres avis :

 Presse : Le Figaro ; Le Monde ; Les Echos 

  

Grand maître, Jim Harrison, traduit de l’anglais (EU) par Brice Matthieussent, Flammarion, septembre 2012, 342 p., 21 euros

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  challenge rentrée littéraire 2012

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Rêveurs de Alain BLOTTIERE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 

 L’auteur :

Romancier, essayiste et auteur de récits de voyage, Alain Blottière partage sa vie entre la France et l'Égypte depuis 1985. Il a notamment publié aux Éditions Gallimard, Saad (Le Chemin, 1980), Le Point d'eau (Blanche, 1985), Le Tombeau de Tommy (Blanche 2009 et Folio 5203). (Présentation de l’éditeur)

 L’histoire :

Nathan est un lycéen français vivant dans une banlieue confortable, choyé par son père, aimé par une jolie Manon. Mais pris au piège entre l'ennui du quotidien et la peur de l'inconnu. Il se réfugie dans le monde virtuel de ses jeux vidéo et celui, plus dangereux, du jeu du foulard, du « rêve indien » : pour retrouver les visions qu'il aime, il s'étrangle, il se pend.

Goma est un enfant des rues du Caire. Il a grandi dans un quartier misérable et surpeuplé en compagnie d'autres gamins affamés, manquant de tout, brutalisés par la police. Pour survivre, il est ramasseur de cartons ou pousseur de balançoire. Il n'a qu'un rêve : partir. La chute de Moubarak, les manifestations de la place Tahrir, auxquelles il participe, lui donnent un temps l'espoir d'une vie meilleure.

Nathan et Goma ne se connaissent pas, vivent à trois mille kilomètres l'un de l'autre. Pourtant, avant même de se rencontrer, ils sont inséparables. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

Nathan et Goma évoluent dans deux mondes très différents : Nathan vit en France au sein d’une famille aimante, il a une petite amie, des amis, seule lui manque sa mère, décédée dans un accident de voiture quand il était enfant. Goma vit en Egypte, rejeté par sa mère il est contraint de vivre dans la rue en ramassant des cartons, et il assiste plein d’espoir aux prémices de la révolution égyptienne lancé contre Moubarak. Et pourtant ces deux  êtres ont de nombreuses similitudes : tous deux flirtent avec la mort, Nathan pour échapper à un quotidien vide et retrouver la douceur de sa mère disparue, Goma parce qu’il est né dans ce pays en révolution.

Nathan cherche à s’échapper dans le virtuel par l’intermédiaire de ses jeux vidéo, ou du jeu du foulard pour connaître une intensité des sensations absentes de sa  vie quotidienne. Il s'échappe dans les rêves provoqués par la suffocation.

Goma participe à la révolution égyptienne plein d’espoir et regarde impuissant ses amis des rues mourir sous l’assaut des chars, sous les coups, la torture, tout en rêvant à un ailleurs idyllique moins violent, pour lui, la France.  Et même si la chute de Moubarak n’est que l’occasion pour les « hommes noirs » (l’armée)  de prendre le pouvoir, Goma n’oublie pas de croire à un monde meilleur.

L’écriture maîtrisée, ni trop pathétique, ni trop insensible, de Alain Blottière est un vrai plaisir. Il utilise un procédé original qui relie les deux êtres que tout sépare jusque dans la phrase :

« Goma, malgré les protestations de Ragab, a tenu à s’asseoir quelques minutes sur un apis, adossé à un pilier, pour savourer la paix après avoir fermé les yeux

            dans l’église et alors Nathan a vu l’image du cadavre fondre, perdre peu à peu ses contours et ses couleurs puis se diluer dans l’oubli des rêves. » (p. 23)

Ce destin croisé de deux adolescents est criant de vérité et d’intensité.

 

Ce que j’ai moins aimé :

   - Assez noir malgré tout.

 

Premières phrases :

« Un éclair et dans cette violente lumière de foudre une pluie de pétales rouges embaumés tombant sur le cadavre nu de son père, qu’il découvrait avec une extravagante jubilation, une bouffée de bonheur pur qui emplissait les poumons et se régénérait, l’éclair durant, au fur et à mesure qu’apparaissaient  des mouvements réflexes du mort encore chaud sous les roses, battements de paupières, tressaillements d’un auriculaire, sourire, enfin, s’éternisant au point qu’il comprenait que son père lui jouait un de ces tours idiots dont il avait le secret et qui, invariablement, même cette fois où il décevait en ressuscitant, déclenchaient un fou rire. »

 

Vous aimerez aussi :

Alaa EL ASWANY L’immeuble Yacoubian

 

Rêveurs, Alain Blottière, Gallimard, septembre 2012, 176 p., 15.90 euros

  challenge rentrée littéraire 2012

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Le mois le plus cruel de Louise PENNY

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

  

L'auteur :

 

Après avoir été longtemps journaliste, Louise Penny a décidé il y a quelques années de se consacrer à l'écriture. Elle vit avec son mari dans un petit village au sud de Montréal.
La série des enquêtes de l’inspecteur Armand Gamache, auréolée des plus prestigieuses récompenses, en est à son septième volume aux Etats-Unis.
Dans la collection "Actes noirs" ont déjà paru Nature morte (juin 2011) et Dernier Noël pour Miss de Poitiers (novembre 2011).

  

L'histoire :

 

Durant le week-end de Pâques, le village de Three Pines s'anime le temps d'une grande chasse aux oeufs. Mais une fois la nuit tombée, le monde des vivants se mêle à  celui des morts.

Lorsque Armand Gamache arrive le lendemain, l'inspecteur-chef de la Sûreté du Québec découvre une scène de crime des plus inhabituelles. Dans la vieille maison abandonnée des Hadley, où il a déjà  failli perdre la vie, une séance de spiritisme, organisée pour libérer la demeure du mal qu'elle recèle, s'est terminée de façon tragique. Un corps sans vie git à  terre, celui d'une participante apparemment morte de peur.

Mais Gamache a appris à  se méfier des apparences. Il sait que le décor de carte postale de la petite bourgade des Cantons-de-l'Est cache d'inavouables secrets. Il sait que l'explosion de vie du printemps dissimule des pulsions de mort. Il sait que l'un des siens est sur le point de le trahir.

Dans cette nouvelle enquête, les lecteurs de Louise Penny retrouveront avec bonheur l'inspecteur-chef Gamache, sa veste de tweed impeccable, son côté délicieusement suranné, son physique de bon vivant, ses longues promenades méditatives, et cette façon de se tenir debout quand tout le monde pense qu'il est sur le point de tomber.

 Ce que j'ai aimé :

 

L’atmosphère de ce petit village atypique coincé dans sa vallée est au centre de ces romans

 "Three Pines était niché dans sa petite vallée. De la fumée sortait des cheminées de pierre. Des érables, des cerisiers et des pommiers bourgeonnaient. Ici et là, des gens travaillaient  au jardin, étendaient du linge sur leurs cordes, balayaient les grandes et élégantes galeries. Le nettoyage du printemps." (p. 84)

 Les personnages sont un brin déjantés, évoluant dans un univers très particulier : entre cet homme qui entend ce que disent les arbres, des artistes peintres passionnées, des poètesses plus ou moins douées, une femme qui adopte deux canetons et les couve comme une maman cane,  le inspecteur-chef Gamache a fort à faire. D’autant plus qu’il se trouve acculé par sa direction, harcelé, poussé à la démission, espionné par son équipe, mais heureusement soutenu par d’autres. Ces bouleversements internes du service de police densifient la trame du roman, mettant en valeur la nature humaine de cet inspecteur-chef au grand cœur, homme moral par excellence, en conflit avec des hommes bien plus retors et noirs que lui.

 L’intrigue principale se concentre autour de la mort de la belle Mado, femme aimée, femme enviée, qui serait peut-être morte de peur, lors d’une séance de spiritisme organisée par une sorcière dans un lieu semi-hanté…

Une ambiance particulière plane sur ce roman somme toute d'agréable facture...

 

 Ce que j'ai moins aimé :

 Un peu lent

 

Premières phrases :

 

"Agenouillée dans l'herbe humide et odorante du parc, Clara Morrow dissimula soigneusement l'oeuf de Pâques en se disant qu'il était temps de réveiller les morts, ce qu'elle comptait faire en soirée." 

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Nature morte de Louise PENNY

 

 D'autres avis :

 

Allie 

  

Le mois le plus cruel, Louise Penny, traduit de l'anglais (Canada) par Michel Saint Germain avec la collaboration de Louise Chabalier, Actes Sud, Actes noirs, septembre 2012, 23.50 euros

 

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Les femmes du braconnier de Claude PUJADE-RENAUD

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 « Partie à la recherche de toi-même, dans l'obscurité, tu dansais,

Perdant pied lentement, pleurant doucement »
(Ted HUGHES, Que Dieu vienne en aide au loup)

 

 

L’auteur :

 

Claude Pujade-Renaud est une écrivaine française.. Elle a publié son premier roman La Ventriloque en 1978. Depuis, elle est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, remportant de nombreux prix.

 

L’histoire :

 

 C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. (Présentation de l’éditeur)

 

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Les femmes du braconnier offre au lecteur un éclairage neuf sur cette histoire, en disculpant notamment Ted et Assia. Claude Pujade-Renaud met en avant le mal-être ancré profondément en Sylvia, cette pieuvre qui la ronge de l'intérieur, venue d'on ne sait où, peut-être de la mort de son père, ou de sa relation à sa mère, sait-on vraiment finalement ce qui mène à la dépression. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas Ted et sa relation extraconjugale qui furent les seuls déclencheurs. La passion, le couple, la maternité ne peuvent pas tout résoudre, et si l'ensemble bascule, c'est aussi parce que la difficulté de vivre restait tapie, dans l'ombre, attendant son heure. 

 

« La faute originelle  avait été de renoncer à l’animalité, de devenir un couple banalement conjugal. Etranglé par le quotidien. Par la jalousie carcérale de Sylvia. Par cette maison, objet de tant de soins, proche de la nature mais non de la sauvagerie, cocon et non bauge p ou terrier. » (p. 251)

 

En évoquant ce couple mythique, l'auteure touche des points sensibles : la dépression, l'infidélité, le suicide d'un proche. 

 

« Accordez-lui au moins d’en avoir décidé ainsi, n’en faites pas  la victime du froid et d’une pneumonie, non elle n’est victime de rien, et surtout pas de son mari, elle a choisi, voulu, c’est elle qui signe ! » (p. 237)

 

La multiplicité des points de vue donne de l’épaisseur à l’histoire et entraîne le lecteur qui découvre peu à peu des personnalités complexes.

   

« Les songes reproduisent les mythes, on se  voudrait mage, chaman, magicien, hardi explorateur de l’Hadès, et on se retrouve stupide, sur un quai vide et, tout aussitôt, en sueur, en larmes, à côté d’un corps endormi respirant lentement. » (p. 250)

 

- Ce roman nous mène dans l'antichambre de la création de ces deux talentueux poètes :

 

«  Libres, les mots galopent vers leur vérité. A ras du vide. » (p. 224)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Le roman s’étire laborieusement après la mort de Sylvia pour atteindre plusieurs années plus tard celle d’Assia et de sa fille,  et je pense que le roman aurait pu s’arrêter là. Il n’était pas nécessaire à mes yeux de continuer jusqu’à l’ultime suicide de Nicholas.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le désert et la grâce (qui m’a été conseillé plusieurs fois cette année…)

Autre :  Froidure de Kate MOSES (également sur Sylvia Plath)

 

D’autres avis :

 

Lecture commune avec : Valérie, Théoma , Aifelle, Aymeline, Miss Orchidée; 

  L'or des chambres 

 

Les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud, Actes Sud, 2010, 349 p., 21 euros

 

verticale je suis (Sylvia Plath, 28 mars 1961)

 

Mais je préférerais être horizontale.

Je ne suis pas arbre avec mes racines dans le sol

suçant à moi minéraux et amour maternel

afin qu’à chaque mars je puisse être éclaboussure de feuilles

 

Non plus ne suis la beauté d’un jardin allongé

arrachant des ah enthousiastes et peint de façon baroque

sans savoir que je perdrai mes pétales

par rapport à moi, un arbre est immortel

et si petite la tête d’une fleur, mais plus saisissante

et tant je voudrais la longévité de l’un et la hardiesse de l’autre.

 

Cette nuit, dans l'infinitésimale lumière des étoiles,

les arbres et les fleurs ont déversé leurs odeurs froides

Je marche parmi eux, mais aucun ne me remarque.

Parfois je pense que lorsque je dormais

je devais parfaitement leur ressembler -

Pensées parties dans le sombre.

Cela serait si normal pour moi, de m'étendre.

Alors le ciel et moi parlons franchement,

et je serai enfin utile quand je reposerai pour de bon:

alors les arbres pour une fois me toucheront peut-être, et les fleurs auront du temps pour moi.

 

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