Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

435 résultats pour “ile du point némo

Chavirer de Lola LAFON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"A défaut du pardon, laisse venir l'oubli."
Alfred de Musset

En 1984 Cléo a treize ans et son rêve est de devenir danseuse de modern jazz. Venant d'une famille modeste, elle ne peut pas prétendre à de grandes écoles de danse, aussi, quand une femme l'aborde après un cours de danse pour lui proposer d'intégrer une mystérieuse Fondation qui financera son rêve, Cléo n'hésite pas. Elle est prête à passer les épreuves pour accéder au sésame qui lui permettra de quitter sa banlieue parisienne. Elle veut être "l'élue". Mais il s'agit en réalité d'un piège lié à des prédateurs sexuels, piège dans lequel elle va entrainer d'autres collégiennes. En connaissance de cause.

"Ce n’est pas ce à quoi on nous oblige qui nous détruit, mais ce à quoi nous consentons qui nous ébrèche; ces hontes minuscules, de consentir journellement à renforcer ce qu’on dénonce: j’achète des objets dont je n’ignore pas qu’ils sont fabriqués par des esclaves, je me rends en vacances dans une dictature aux belles plages ensoleillées. Je vais à l’anniversaire d’un harceleur qui me produit. Nous sommes traversés de ces hontes, un tourbillon qui, peu à peu, nous creuse et nous vide. N’avoir rien dit. Rien fait. Avoir dit oui parce qu’on ne savait pas dire non."

En 2019 la police lance un appel à témoins à celles qui ont été victimes de la Fondation. Devenue danseuse notamment sur les plateaux de Drucker dans les années 1990, Cléo témoignera -t-elle ?

Les points de vue sur la jeune femme se multiplient, formant un portrait complexe. De qui est-elle réellement victime ? D'elle-même ? De cette organisation Galathée ? De son milieu social ne lui offrant aucun perspective ? De ses rêves ? Aurait-elle pu résister ?

"La célébration actuelle du courage, de la force, met mal à l'aise. Ce ne sont que "femmes puissantes "qui se sont "débrouillées seules" pour "s'en sortir". On les érige en icônes, ces femmes qui "ne se laissent pas faire", notre boulimie d'héroïsme est le propre d'une société de spectateurs rivés à leur siège, écrasés d'impuissance. Être fragile est devenu une insulte."

Ce que j'ai moins aimé :

Dans la deuxième partie du roman, j'ai eu l'impression de perdre de vue Cléo, à cause de la construction qui choisit d'offrir une image diffractée de la jeune femme.

Bilan :

Malgré cette réticence, il n'en reste pas moins que "Chavirer" est un roman dense aux pistes de réflexion multiples.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Du même auteur : Merry, Mary, Patty ♥ ♥ 

D'autres avis : Eva

Retrouvez ce roman dans votre librairie la plus proche

 

Partager cet article
Repost0

Songe à la douceur de Clémentine BEAUVAIS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On se croît mûr
on est sûr
de ne pas se tromper parce qu'on plante son futur
dans une terre sèche entre des billes d'argile
pour qu'il ne pousse pas trop beau et trop facile. "

Un beau jour, par hasard, Eugène croise Tatiana, avec qui il a connu une histoire d'amour avortée dix ans plus tôt. Alors qu'il l'a rejetée à l'époque, aujourd'hui, il ressent une attirance irrépressible vers elle. Mais pourra-t-il effacer le passé ?

"Parce que leur histoire ne s’était pas achevée au bon endroit, au bon moment,
parce qu’ils avaient contrarié leurs sentiments,
il était écrit, me semble-t-il, qu’Eugène et Tatiana se retrouvent dix ans plus tard,
sous terre,
dans le Meteor, ligne 14 (violet clair), un matin d’hiver. "

Ce que j'ai aimé :

- La forme tellement originale : inspirée des deux Eugène Onéguine de Pouchkine et de Tchaikovsky Clémentine Beauvais a choisi d'écrire en vers, pour conserver la poésie des textes.

“ Et comme vous, je ne peux pas envier Tatiana et Eugène dans ce restaurant de sandwichs,
choristes heureux,
près de la fenêtre adoucie d’un tégument de buée.
Je sais- et l’un et l’autre, sans le dire, savaient aussi,
qu’ils vivaient là ce que l’on vit si peu de fois,
si peu de temps, [...]
où tout est simple, beau, et entier, et précis
organisé: tout se répond,
ce dont on parle, et le ton de la voix, et ce décroisement de jambes, et ce hochement de tête,
tout est exactement à la place, dans cet espace compact et clair”

- En filigrane, s'ébauche une réflexion sur le couple, sur son enlisement, sur la passion qui peut laisser place à une routine aliénante

Bilan :

Une pépite, un texte intelligent renversant !

 

Le roman de Pouchkine :  Eugène Onéguine ♥ ♥

Présentation de l'éditeur : Points

Du même auteur : Les petites reines ♥ ♥ ♥ (jeunesse)

Retrouvez ce roman dans votre librairie la plus proche

Publié dans Jeunesse Roman

Partager cet article
Repost0

La vallée de Bernard MINIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Il songea aussi que le tissu social craquait de toutes parts, que les lignes de faille se multipliaient. Ce pays était en train d'imploser. (...) Aujourd'hui, tout le monde semblait se chercher des ennemis."

Alors que Martin Servaz doit passer en conseil de discipline, il reçoit un appel de Marianne, son ex femme mystérieusement disparue. En traçant l'appel, il se retrouve au cœur de la forêt pyrénéenne, proche de l'abbaye mystérieuse d'Aiguesvives. Il demande l'aide de Irène Ziegler, mais a beau arpenter les sentiers, Marianne reste introuvable. Mais Servaz se retrouve rapidement bloqué avec les autres habitants, la route principale ayant été saccagée.

Ce que j'ai aimé :

- Le point fort tient dans l'atmosphère de cette vallée, comme hors du monde, ce qu'accentue la coupure volontaire de la route. La vie monastique est comme le symbole de cette vie préservée, que peut pourtant atteindre à tous moments le monde extérieur et sa violence.

- Quelques questionnements intéressants, sur Dieu, sur la mort, sur la vie sociale, qui, sans révolutionner la vie, offrent quelques pistes de réflexion.

"Carl Rogers a dit que la majorité d'entre nous ne sait pas écouter. Selon lui, nous nous sentons obligés de juger, parce qu'il est trop risqué d'écouter. Il a proposé une méthode pour ceux qui s'affrontent verbalement et qui ont des désaccords irréconciliables : "Interrompez la discussion et établissez la règle suivante : chacun ne peut prendre la parole qu’après avoir reformulé correctement l'idée et les sentiments des son interlocuteur, et lorsque ce dernier estime que cette reformulation correspond à ce qu'il a voulu dire."

- L'intrigue et les multiples rebondissements tiennent en haleine le lecteur qui ne peut plus lâcher le roman !

Ce que j'ai moins aimé :

- Les allusions incessantes aux tomes précédents, ce qui me fait dire à nouveau qu'il vaut mieux lire ces policiers dans l'ordre que voici :

Glacé / Le cercle / N'éteins pas la lumière / Une putain d'histoire / Nuit / Soeurs / M le bord de l'abîme / La vallée

- L'aspect assez noir, qui m'a fait faire des cauchemars par la suite : un conseil ne le lisez pas le soir...

- Quelques clichés, comme les risques des réseaux sociaux, la police face à la population en colère, les personnages qui ne sont pas ce qu'ils paraissent...

Bilan :

- Un policier addictif

 

Du même auteur : Le cercle ; Une putain d'histoire

Présentation de l'éditeur : XO Editions

Si vous souhaitez vous procurer cet ouvrage auprès d’un libraire proche de chez vous – via un service de retrait de livre (« click and collect ») ou de livraison -, rendez-vous sur l’un des sites suivants :

sauvonsnoslibraires.fr

jesoutiensmalibrairie.com

lalibrairie.com

placeleslibraires.fr

librairiesindépendantes.com

librest.com

livreshebdo.fr

Partager cet article
Repost0

La valse des arbres et du ciel de Jean-Michel GUENASSIA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Vois-tu il est des moments dans la vie, où tout, en nous aussi, est paix et harmonie, et où la vie entière nous paraît un chemin à travers la bruyère." Texte de Vincent 1878

1890 à Auvers sur Oise. Marguerite Gachet, fille du Dc Gachet établi à Auvers, vit entre un père autoritaire et un frère effacé et décalé. Heureusement, elle s'évade en peignant et rêve de partir aux Etats-Unis pour enfin, être libre, loin de ce qui la ramène à terre. L'arrivée d'un nouveau patient du Dc Gachet bouleverse ses plans. En effet, Vincent Van Gogh et sa peinture éblouissante font irruption dans la vie de la jeune femme.

Jean-Michel Guenassia s'est intéressé ici aux deux derniers mois de Vincent Van Gogh, non pas du point de vue de sa peinture, mais de son histoire personnelle. En effet des thèses récentes d'historiens américains ont contesté le suicide de l'artiste, laissant entendre que l'origine de sa mort était à chercher ailleurs. De plus, de nombreux faux ont circulé après sa mort, laissant ainsi l'âme romanesque de l'écrivain s'immiscer dans les brèches de l'histoire fascinante de Van Gogh. Qui était ce docteur Gachet, qui se prétendait ami des impressionnistes ? Pourquoi lui et son fils ont-ils donné autant de vrais que de faux tableaux au musée d'Orsay ? Qui était sa fille Marguerite dont on connait si peu, mais à qui la rumeur prête une relation amoureuse ?

L'écrivain peint donc un Vincent, rejeté, ayant à peine de quoi vivre sommé de demander sans cesse de l'argent à son frère, mais néanmoins, il montre un artiste qui fourmillait de projets. Habité par sa peinture, exalté par ses heures passées à parcourir la campagne, Auvers et sa campagne, il semblait porté par la conviction que ce qu'il peignait était un aboutissement. L'auteur entrecoupe son récit d'articles de presse de l'époque ou d'extraits de lettres de Vincent à Théo, pour mettre en perspective ce destin atypique.

Parallèlement, le lecteur découvre la discrète Marguerite, prise dans les rets de sa condition féminine, promise à un mariage arrangé sans amour, obligée de suivre les hommes dans sa trajectoire.

Une belle lumière s'échappe de ces pages, illuminant le destin de ces êtres d'un nouvel éclairage étonnant.

Une belle découverte !

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

 

Partager cet article
Repost0

Le chardonneret de Donna TARTT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"L'art et rien que l'art, nous avons l'art pour ne point mourir de la vérité." NIETZSCHE

Théo Decker est un jeune new-yorkais de 13 ans qui vit seul avec sa mère. Ce jour-là, après une visite au collège, ils se rendent au musée, et la vie du jeune garçon bascule : un attentat touche une partie du Metropolitan Museum of Art et sa mère meurt dans l'explosion. Reclus dans une pièce au milieu des décombres, il fait la connaissance d'un vieil antiquaire mourant qui le supplie d'accepter une bague et de sauver des décombre une peinture, Le chardonneret de Carel Fabritius. Il lui donne aussi une adresse où se rendre ensuite.

Désœuvré, le jeune Théo s'installe après l'attentat chez les Barbour, son père restant introuvable et ses grands parents répondant aux abonnés absents. Il se décide à se rendre à l'adresse indiquée par le vieil homme et rencontre alors un antiquaire qui bouleversera sa vie. Par la suite son destin suivra des méandres  : des revers de Las Vegas au monde des antiquaires de New-York en passant par Amsterdam, il apprend "l'art de bien jouer avec une mauvaise donne" comme lui a appris son père, l'illusion devenant son credo.

Ce roman de plus de 800 pages est foisonnant, entrainant son lecteur sur des chemins divers : derrière le roman d'apprentissage, se cache toute une réflexion sur le bien, le mal et sur le monde de l'art. "Le bien ne peut-il pas pénétrer parfois par de drôles de portes dérobées ?" Où le mèneront les routes tortueuses embrumées par les drogues empruntées par Théo ? Incidemment, on se surprend à s'attacher à ce jeune homme et à ses pas dans le monde de l'art, incidemment, on se surprend à avancer avec plaisir dans les 800 pages, et la dernière page refermée, incidemment, on regrette presque d'avoir fini l'histoire trop tôt, d'autant plus que la conclusion, très proustienne, éclaire le roman d'un nouvel aura. On comprend alors que seul l'art est immortel, et que tout le sens de la vie tient peut-être finalement dans l'amour des belles choses et dans le rôle que chacun peut jouer pour préserver et faire perdurer ces joyaux.

Et un roman qui offre un sens à la vie n'est pas à négliger !

 

Présentation de l'éditeur : Pocket

Du même auteur : Le maître des illusions

Partager cet article
Repost0

Ma vie dans les monts de Antoine MARCEL

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Il existe une autre dimension mais, du fait qu'elle n'est pas visible,les hommes l'ignorent. Entre les branches des arbres, dans les sous-bois, passe un je-ne-sais-quoi d'espace et de lumière qu'on ne verrait peut-être pas si certains peintres ne l'avaient pas mis en évidence. Il y a, dans l'ordinaire, quelque chose qui transcende l'ordinaire, la formule est de l'ancien maître de haïku Bashô."

Après avoir voyagé en Afrique, en Chine et au Moyen-Orient, Antoine Marcel fait le choix de se retirer loin de l'agitation du monde, dans les monts d'Auvergne. Il se consacrera ainsi entièrement à l'émerveillement, dans un esprit simple et dépouillé du superflu.

Ce que j'ai aimé :

L'auteur nous livre avec simplicité une vie au jour le jour enrichi de cultures, de réflexions sur le sens de la vie, sur la vie, sur le monde et l'univers.

De nombreuses références littéraires comme Soseki :

"En quittant le souci du monde, oublier le moi, les choses.

Regarder simplement par la fenêtre et les vieux pins sombres.

L'immense nature, au coeur de la nuit, pure de tout bruit ;

Silencieux et seul, se tenir assis comme un vieux bouddha." SOSEKI, Poèmes

Ou encore Holderlin qui dit d'habiter la terre en poète "Dans le fond, ce que tout homme cherche, c'est un monde à habiter. Un monde dans lequel pouvoir vivre en fidélité à soi-même, à ce que l'on possède de plus précieux."

Ce que j'ai moins aimé :

Il faut être initié un minimum au bouddhisme, au zen pour comprendre toutes les nuances de ce récit / essai.

Bilan :

Un texte riche dont on ressort grandi, même si tout n'est pas intelligible pour un néophyte.

 

Présentation de l'éditeur : Arléa

Vous me demandez pourquoi j'habite
parmi les monts bleu-vert ?
Je souris mais je ne réponds point.
Fleurs de pêcher sur l'eau qui court,
tout s'en va et s'efface.
Ici c'est une autre terre, un autre ciel,
très loin du monde des humains.
          Libai, Réponse au sein des montagnes 
Partager cet article
Repost0

Les belles personnes de Chloé CRUCHAUDET

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Le secret, m'a-t-il dit, n'est pas d'être prince - qui croirait à cette fable ? - mais d'agir en prince, tous les jours. Et c'est ça le véritable héroïsme. rendre à chaque jour sa beauté, contempler le monde dans les quelques paires d'yeux qui, au milieu de la foule, nous adressent pourtant mille promesses."

« Faire des portraits d'anonymes ». Cette idée, impulsée par le festival Lyon BD, a assez vite interpellé Chloé Cruchaudet. Elle a alors modelé cette proposition pour rendre le dispositif interactif : un appel à contributions a été lancé, afin de recueillir des éloges de « belles personnes » ; l'objectif étant d'inciter les gens à ne pas se fier aux apparences. Son choix s'est orienté vers quatorze témoignages parmi ceux qu'elle a jugés les plus étonnants ou touchants : Denise, présumée sorcière, Mint, chien d'aveugle, ou encore Mme Neuville, professeure de philosophie... Chacune de ces belles personnes étant singulière, l'autrice a souhaité adapter son traité graphique à chaque récit. Et en fin d'ouvrage, ces contributions textuelles sont retranscrites dans leur forme originelle avec, en vis-à-vis, un portrait pleine page.

Elle met ainsi en avant son admiration envers les personnes discrètes, elle incarne le quotidien dans plusieurs visages. Sa bienveillance est profondément émouvante, d'autant plus qu'elle se livre aussi personnellement en mentionnant notamment son frère : 

"Le monde bien souvent ne voit rien, c'est pour ça qu'il faut lui rappeler à quel point mon frère est courageux et formidable, pour ne pas que le monde l'oublie à force de ne pas le voir. Pour ne pas que le monde l'oublie, parce qu'on voudrait que les belles personnes soient belles et bien portantes. Alors qu'il y a tous les autres, les cassés, les abîmés... qui portaient pourtant en eux toutes les promesses du monde quand ils sont nés."

 

 

Ce magnifique album nous encourage à rester attentif à ceux qui nous entourent et à leur sourire, pour tirer le meilleur d’eux-mêmes, pour les amener à être de belles personnes.

Un essentiel !

 

Présentation de l'éditeur : Editions Soleil

Du même auteur : Mauvais genre ;

Partager cet article
Repost0

Rentrée littéraire 2015

Publié le par Hélène

Titus n'aimait pas Bérénice de Nathalie Azoulai

Présentation de l'éditeur : Quand on parle d'amour en France, Racine arrive toujours dans la conversation, à un moment ou à un autre, surtout quand il est question de chagrin, d'abandon. On ne cite pas Corneille, on cite Racine. Les gens déclament ses vers même sans les comprendre pour vous signifier une empathie, une émotion commune, une langue qui vous rapproche. Racine, c'est à la fois le patrimoine, mais quand on l'écoute bien, quand on s'y penche, c'est aussi du mystère, beaucoup de mystère. Autour de ce marbre classique et blanc, des ombres rôdent. Alors Nathalie Azoulai a eu envie d'aller y voir de plus près. Elle a imaginé un chagrin d'amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd'hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue. La Bérénice de Nathalie Azoulai veut comprendre comment un homme de sa condition, dans son siècle, coincé entre Port-Royal et Versailles, entre le rigorisme janséniste et le faste de Louis XIV, a réussi à écrire des vers aussi justes et puissants sur la passion amoureuse, principalement du point de vue féminin. En un mot, elle ne cesse de se demander comment un homme comme lui peut avoir écrit des choses comme ça. C'est l'intention de ce roman où l'auteur a tout de même pris certaines libertés avec l'exactitude historique et biographique pour pouvoir raconter une histoire qui n'existe nulle part déjà consignée, à savoir celle d'une langue, d'un imaginaire, d'une topographie intime. Il ne reste que peu d'écrits de Racine, quelques lettres à son fils, à Boileau mais rien qui relate ses tiraillements intimes. On dit que le reste a été brûlé. Ce roman passe certes par les faits et les dates mais ce ne sont que des portes, comme dans un slalom, entre lesquelles, on glane, on imagine, on écrit et qu'on bouscule sans pénalités.

Mon avis : Dans une langue travaillée, proche de la grâce, l'auteur livre un bel hommage à la littérature, à ces textes classiques essentiels, essentiels pour se sauver, pour pratiquer la catharsis, pour comprendre comment d'autres ont succombé aux passions ou s'en sont affranchis, pour s'échapper un temps d'une réalité trop lourde à porter, pour qu'un personnage nous aide à porter notre destin incertain à bout de bras... Elle évoque la littérature, comme consolation pour "quitter son temps, son époque, construire un objet alternatif à son chagrin, sculpter une forme à travers son rideau de larmes." p. 20

Un texte magnifique !

 

Partager cet article
Repost0

L'amie prodigieuse tome 4 L'enfant perdue de Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

Elena prend sa liberté, quitte à laisser derrière elle ses deux filles Dede et Elsa. Désapprouvée par ses proches, elle tente de croire en son histoire avec Nino, quand Lila la réclame. Lena retourne donc à Naples, ville qui constitue un personnage à part entière, plus que simplement une toile de fond...

"Etre né dans cette ville - écrivis-je même une fois, ne pensant pas à moi mais au pessimisme de Lila - ne sert qu'à une chose : savoir depuis toujours, presque d'instinct, ce qu'aujourd'hui tout le monde commence à soutenir avec mille nuances : le rêve de progrès sans limites est, en réalité, un cauchemar rempli de férocité et de mort."

Le souffle romanesque est toujours  aussi puissant dans cette saga centrée sur l'amitié des deux jeunes femmes pendant plus de 40 ans... Entre amitié et haine, les sentiments forts qui relient Elena et Lila s'accentuent quand elles vivent leur dernière grossesse ensemble. Les cartes se brouillent alors encore davantage. Leur amitié évolue sur un fil tendu, puis brusquement inextricablement emmêlé, au point qu'il sera difficile de le démêler...

"Tout rapport intense entre des êtres humains est truffé de pièges et, si on veut qu'il dure, il faut apprendre à les esquiver."

Ce que j'ai moins aimé :

- Dans ce tome, la grande histoire est quelque peu mise de côté, ce quatrième tome, comme le premier, étant plus centré sur la relation entre les deux amies, et surtout sur les états d'âme assez égocentriques de Léna.

- La fin de cette saga est assez sombre, voire même glauque par moments...

Bilan :

Une petite déception pour cette fin !

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard

Du même auteur :

Tome 1 ,

Tome 2 Le nouveau nom,

Tome 3 Celle qui fuit celle qui reste

D'autres avis : Les Inrocks ; Télérama

 

Storia della bambina perduta, traduit de l’italien par Elsa Damien, éd. Gallimard, 560 p., 23,50 €.

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

Cendrillon de Joël POMMERAT

Publié le par Hélène

♥ ♥

Sandra saisit mal des derniers mots de sa mère murmuré sur son lit de mort. Elle comprend qu'elle ne doit jamais cesser de penser à elle sans quoi sa mère mourra à jamais. La jeune femme vit alors dans la peur perpétuelle d'oublier cette mère tant aimée. Son père décide de se remarier, et tous deux viennent vivre chez la nouvelle belle-mère qui assigne à Sandra mille tâches ménagères. Sandra accepte vaillamment, pensant ainsi expier ses manquements. Puis vient le jour du bal....

Joël Pommerat opte pour une adaptation du conte moderne avec des familles recomposées, le harcèlement subi par la jeune femme, la difficulté à faire son deuil, les violences relationnelles... Il s'approprie le conte populaire.

"Je me suis intéressé particulièrement à cette histoire quand je me suis rendu compte que tout partait du deuil, de la mort (de la mère de Cendrillon). À partir de ce moment, j’ai compris des choses qui m’échappaient complètement auparavant. J’avais en mémoire des traces de Cendrillon version Perrault ou du film de Walt Disney qui en est issu : une Cendrillon beaucoup plus moderne, beaucoup moins violente, et assez morale d’un point de vue chrétien. C’est la question de la mort qui m’a donné envie de raconter cette histoire, non pas pour effaroucher les enfants, mais parce que je trouvais que cet angle de vue éclairait les choses d’une nouvelle lumière. Pas seulement une histoire d’ascension sociale conditionnée par une bonne moralité qui fait triompher de toutes les épreuves ou une histoire d’amour idéalisée. Mais plutôt une histoire qui parle du désir au sens large : le désir de vie, opposé à son absence. C’est peut-être aussi parce que comme enfant j’aurais aimé qu’on me parle de la mort qu’aujourd’hui je trouve intéressant d’essayer d’en parler aux enfants.[...]" Joël Pommerat, entretien avec Christian Longchamp

Ce que j'ai moins aimé :

Je n'ai pas été sensible à cette adaptation, peut-être éprouverai-je plus d'intérêt en voyant la mise en scène, souvent la lecture ne suffisant pas pour le théâtre. J'ai trouvé cet univers très noir, manquant de lumière et d'humanité.
 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

Publié dans Théâtre

Partager cet article
Repost0

<< < 10 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 40 > >>