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435 résultats pour “ile du point némo

Un long retour de Louise PENNY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Armand Gamache s'est mis à la retraite et s'est retiré à Three Pines pour couler des jours heureux loin de l'agitation de son ancien travail. Mais son amie Clara Morrow se tourne vers lui pour partager ses inquiétudes concernant son mari Peter : alors qu'ils étaient séparés depuis un an pour faire le point, Peter devait revenir mais n'a malheureusement pas reparu. Gamache accepte de rompre le calme de sa retraite pour aider la jeune artiste à retrouver la trace de Peter. Il comprend rapidement que Peter a séjourné dans plusieurs villes d'Europe, mais sa trace se perd à Québec, entrainant Gamache, Clara, accompagnés de Myrna et Beauvoir dans les paysages démesurés de Charlevoix et  jusqu’au fin fond de la Belle Province. Peter aurait-il vendu son âme au diable pour rencontrer enfin la dixième muse qui lui donnerait le talent nécessaire ?

Cette enquête est très lente, s'attachant doucement aux pas des protagonistes et à leurs interrogations sur l'art et ses muses. Comme souvent dans cette série, la piste les dirige vers la folie des hommes causée par des émotions néfastes, et si l'art permet souvent d'extérioriser, ici il est plutôt synonyme de jalousies. 

Pour ceux qui lisent toute la série, ce tome repose l'âme et l'esprit après les aventures beaucoup plus intenses des précédents, cet épisode étant beaucoup plus intimiste, comme suspendu, et pour ceux qui souhaitent découvrir la série, je vous conseille de commencer par le premier tome.

Présentation de l'éditeur : Actes Sud

La série dans l'ordre :

  1. Nature morte ♥ ♥ ♥
  2. Sous la glace
  3. Le Mois le plus cruel ♥ ♥
  4. Défense de tuer ♥ ♥ ♥ 
  5. Révélation brutale  ♥ ♥ ♥
  6. Enterrez vos morts ♥ ♥ ♥ 
  7. Illusion de lumière ♥ ♥ ♥ 
  8. Le Beau Mystère ♥ ♥ ♥ 
  9. La faille en toute chose ♥ ♥ ♥ 
  10. Un long retour
  11. La Nature de la bête
  12. Un outrage mortel
  13. Maisons de verre
  14. Au royaume des aveugles
  15. Un homme meilleur
  16. Tous les diables sont ici
  17. La folie des foules
  18. (en) A World of Curiosities
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Festival Paris en toutes lettres 2016 - Rencontre avec Sylvain Tesson

Publié le par Hélène

Vendredi dernier dans le cadre du Festival Paris en toutes Lettres, la maison de la poésie organisait une rencontre avec Sylvain Tesson. 

Pourquoi la marche ?

Après ma chute, j'ai passé plusieurs mois à l'hôpital, enfermé. A ma sortie, j'ai eu la possibilité de faire ce que j'aimais, marcher au grand air. C'était une issue pour moi, une lumière au bout du couloir. Cela me permettait d'accomplir une forme de rééducation et aussi de sortir de ma déprime.

Pourquoi la France ?

Souvent nous négligeons ce qu'on possède, qu'il s'agisse des lieux ou des êtres. Je vivais en France mais je ne connaissais pas mon pays. L'exotisme est comme la maladie infantile de la géographie. On demande à la distance de nous apporter ce que la vie ne sait pas nous apporter...

La deuxième raison est que je ne pouvais pas aller trop loin, j'avais besoin d'une marche douce, une aventure dans les  limites du raisonnable. Avant j'étais un ado attardé sans l'acné un peu fou dans ses aventures. 

Je voulais aller vers la mer pour finir mon parcours au bord d'une falaise. Je me sens bien au bord des falaises, devant cette géographie qui impose la nécessité de s'arrêter. 

Vous avez fait  des études de géographie ?

Oui, je suis un être superficiel qui aime ce qui se déploie, ce qui s'étend et ce qu'on peut observer sur un plan euclidien. 

Que sont les chemins noirs ?

Les chemins noirs sont les chemins les plus fins possibles sur la carte. Sur le sol ce sont des broussailles, des sentiers oubliés, des issues de secours. Et puis j'ai joué avec une analogie vague : les chemins noirs sont aussi les chemins intérieurs, les lignes de traverse qu'on suit dans son existence, nos replis, nos silences, dans une volonté de s'abstraire du brouhaha. 

René Frémi a écrit en 1964 "Les chemins noirs ", l'histoire d'un conscrit qui s'évade. Je ne pouvais pas utiliser le même titre, j'ai donc rajouté la préposition car je tenais à ce titre.

Dans votre roman vous parlez aussi de l'exode rural ?

L'exode rural a provoqué la disparition de tout un peuple, les ronces ont repoussé. La disparition des paysans est quelque chose qui existe vraiment. Comme l'enlaidissement du territoire dû au phénomène de décentralisation, d'industrialisation, de politique agricole commune, de périurbanisation, de reliement par les routes, de rocades, ronds points... Ce n'est pas un délire de vieux barbon, c'est une constatation de ce qu'il s'est passé. Alors oui de nouveaux paysans reviennent, à petite échelle mais pour l'instant c'est anecdotique.

Vous souhaitiez échapper aux écrans ? Sortir des radars ?

J'apprécie le terme de "dispositif", d'appareillage employé par Foucault, qui désigne le gouvernement qui règne sur une collectivité sous une forme intangible, impalpable. Le philosophe Agamben s'en sert en ajoutant une nouvelle donnée, il injecte la révolution numérique, les nouvelles technologies censées être à notre service mais qui sont en réalité nos maîtres. La technologie est un instrument dont on devient esclave. Je veux échapper à l'impératif de se soumettre à la nécessité de communiquer, de s'exhiber tout le temps, de réagir sur tout, tout le temps, c'est ce que j'appelle le brouhaha du monde.

La diagonale est un chemin noir, une vie hors des voies, une échappée du dispositif.

Dans Berezina vous employez aussi le terme de "escapisme". 

Il s'agit d'un comportement stratégique tactique et existentiel devant une situation qui consiste à fuir, à prendre la tangente. Il s'agit d'un principe de vie, dès qu'un obstacle ou une bifurcation se présente, il faut prendre la troisième voie : le demi tour. Comme les herbivores qui fuient pour survivre. 

Mon retrait au bord du lac Baïkal était un retrait du monde dans une forme immobile. Les chemins noirs sont un retrait en mouvement. J'aime la recommandation d'Epicure qui incite à dissimuler sa vie -ce qu'il  n' a pas réussi et a bien raté d'ailleurs vu sa notoriété à travers les âges ! Dans ma vie je ressens toujours cette oscillation entre nomadisme et sédentarité, Kerouac et Xénophon, la Sibérie et l'Indre et Loire.

© / Pierre chamboultout

Pourquoi la première fuite ?

La première fois je suis parti faire le tour du monde à bicyclette avec Alexandre Poussin . Pour nous, c'était ordinaire, à 20 ans c'est une banalité de vouloir partir, cela tient d'une force vitale. 

Quant à trouver une explication psychanalytique à mon envie de m'échapper, je n'y crois pas. On ne trouve pas toujours tout dans les mystères de l'enfance, je ne crois pas que tout ce qu'on devient est contenu dans l'enfance. Il s'agit davantage d'occasions, de signes présents sur le bord de la route.

@http://www.expemag.com/

L'écriture était-elle liée au voyage dés le départ ?

Lors du premier voyage j'ai écrit par hasard : un éditeur m'a proposé d'écrire le récit du voyage, le livre a connu un beau succès, du coup j'ai écrit un deuxième livre puis c'est devenu une discipline puis un besoin puis un dédoublement de la vie. L'écriture représente la possibilité de vivre une deuxième fois la journée. D'ailleurs je tiens depuis longtemps un journal intime dans lequel j'archive ma vie, ses faits, tous les jours. Et pour moi la fin du voyage n'arrive réellement qu'après la fin du travail d'écriture, quand je pose le point final.

Etes-vous tenté par une oeuvre d'imagination ? 

Je n'écris que ce que je vis, je ne suis pas un écrivain de l'imagination. Je suis un laborieux, je ne suis pas comme ces écrivains qui se laissent emporter par leurs personnages, moi si je crée des personnages ils s'endorment sur le canapé ! Non, je ne serai jamais un écrivain de l'imagination. Je suis doté d'un bon outillage sensoriel pour observer le monde et je m'en contente, et puis la vie est suffisamment surprenante en elle-même sans que l'on cherche à en rajouter.

Pourquoi toutes ces citations dans vos livres ?

Je suis encombré par la référence, c'est une maladie européenne de mettre entre soi et ce que l'on voit l'écran de la référence. Je voulais cette fois-ci faire exclusivement usage de mes sens, or cela a duré 30 secondes et j'ai vite réutilisé le nuage de fumée des références. 

Vous avez été rejoint par des amis durant la route.

J'aime l'idée d'une bandes d'amis qui voyage, je ne suis pas misanthrope. Par contre, deux jours me semble un bon intervalle de commerce avec mes semblables. J'aime l'image de la cordée d'escalade  : 50 mètres nous séparent, de temps en temps on se rejoint quelques secondes pour échanger quelques mots cela me semble vivable avec un ami.

Et le corps ? 

Il repousse... Avant j'étais en bonne santé mais je buvais tellement... Quand je suis arrivé dans le Cotentin, j'ai eu l'impression d'être debout, que la sève avait été ré-insufflée en moi. J'ai jeté au-dessus de la falaise le mauvais sort que j'avais vécu.

 

Sur les chemins noirs 

Publié dans Festival

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Ciseaux de Stéphane MICHAKA

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« Les braves gens courent les rues, mais l’alcool les rattrape.

L’alcool et les jolies filles. »

 

L’auteur :

 Après des études de lettres à l'Université de Cambridge (Royaume-Uni), Stéphane Michaka enseigne le français en Afrique du Sud. De retour en France, il travaille comme script-editor pour la télévision et écrit ses premiers textes pour la scène.
Ses pièces Le Cinquième archet, La Fille de Carnegie (lauréate du concours Beaumarchais/France Culture en 2005) sont publiées par l’Avant-Scène Théâtre (collection des "Quatre-Vents"). Il est l’auteur de plusieurs pièces jeunesse dont Les Enfants du docteur Mistletoe (Éditions Espaces 34). Il a écrit des fictions radiophoniques pour France Culture, dont une adaptation remarquée du Château de Kafka diffusée en 2010.
Sur la suggestion de François Guérif, il adapte sa propre pièce La Fille de Carnegie et en tire un roman publié chez Rivages/Noir sous le numéro 700 de la collection. La Fille de Carnegie a été sélectionné pour plusieurs prix littéraires : Prix du Polar SNCF, Prix BibliObs du roman noir, Grand prix des lectrices de Elle, Grand Prix du roman noir au festival de Beaune, Prix Senghor du premier roman francophone, Grand Prix de littérature policière.
Stéphane Michaka est également traducteur : Pour toujours... jusqu’à demain de Sarah Dessen chez Pocket Jeunesse, Je suis le dernier Juif debout de Michael Simon chez Rivages/Noir.
Stéphane Michaka reçoit le prix Révélation 2012 pour Ciseaux dans le cadre des Prix Les Lauriers Verts de La Forêt des Livres organisée par Gonzague Saint-Bris. (Babélio)

 L’histoire :

À quinze ans, Raymond décide qu'il sera Hemingway ou rien. Et la nouvelle, avec ses silences têtus et ses fins en lame de rasoir, son genre de prédilection. Il a des envies d'ailleurs et la vie devant lui. On est à Yakima, dans le nord-ouest des États-Unis. Autant dire nulle part. Son ambition donne le tournis à Marianne, la petite serveuse de la boutique de donuts. « C'était le truc le plus excitant que j'avais jamais entendu. Pleine d'assurance, je lui ai dit : Tu peux compter sur moi, Ray. » 

Les deux adolescents se marient quelques mois plus tard. Marianne est enceinte. Raymond n'a pas commencé à boire. 

Douglas, lui, vient d'obtenir le job de ses rêves : directeur littéraire d'un magazine prestigieux. Les nouvelles qu'il reçoit l'irritent comme un vilain psoriasis. Pour calmer ses démangeaisons, il coupe, réécrit, sculpte avec ses ciseaux.
« C’est leur voix. Leur voix, tu m’entends ? Mais c’est ma signature. » 

Quand il le rencontre, Ray peaufine son art dans l'alcool depuis près de dix ans et Marianne subvient aux besoins du ménage. Douglas va changer leur vie. Raymond Carver, Maryann Burk-Carver, Gordon Lish et la poétesse Tess Gallagher qui attend son heure en coulisses... 
Ciseaux raconte leur histoire : dans l'Amérique des années soixante à quatre-vingt, l'accomplissement de deux hommes en proie à une dépendance réciproque, un écrivain et son éditeur qui coupe ses textes au point de les dénaturer. (Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

Ciseaux est une œuvre de fiction librement inspirée de la relation entre Raymod Carver et son éditeur Gordon Lish. Pour Raymond Carver, vivre c’est écrire, et son écriture est sa vie, sa vie est dans son écriture. Les êtres qui gravitent autour de lui deviennent des êtres de fiction qui lui permettent d’aborder les thèmes chers à son âme : la passion, l’alcool, son autre amour, ses difficultés à créer, puis les femmes, la tentation de dévier du droit chemin… Il est ici à son tout mis en scène, par l'entremise du talentueux Stéphane Michaka.

Il est au centre du roman, bien sûr, écrivain émérite, mais il partage la vedette avec son éditeur surnommé Ciseaux en raison des coupes excessives qu’il effectue dans les nouvelles de ses poulains. A ses côtés gravitent également sa femme Marianne, ses enfants, puis sa deuxième femme, Joanne.

 

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Par un subtil agencement des points de vue des différents protagonistes, un portait en creux se dessine. Ces différentes voix densifient les personnages, leur apportant épaisseur et profondeur. De plus, cela permet de densifier également les thèmes : le couple, sa déliquescence, l'alcool, le manque d'argent sui devient chronophage et empêche à la création de pleinement se libérer, la rédemption, l'honneur...

Ciseaux est un roman plaisant qui nous rappelle que tout n’est que littérature…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Je ne saurais pas dire précisément pourquoi, mais je ne suis pas plus enthousiasmée que cela… Question de goût probablement .

 

Premières phrases :

 « C’est un peu effrayant, cette chose qui nous arrive. Elle s’empare de nous sans crier gare. Même quand rien ne se passe, elle est là. Elle attend. Une attaque, c’est précisément cela : une bombe à retardement. 

L’horloge interne des alcooliques, on est tous ici pour s’en débarrasser. »

 

D’autres avis :

Lu sur les conseils de Marilyne

Babélio

 

Ciseaux, Stéphane Michaka, Pocket, septembre 2013, 6.70 euros

 

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La fille du cannibale de Rosa MONTERO

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

"L'identité n'est pas autre chose que le récit que nous faisons de nous-mêmes." (p. 19) 

 

L’auteur :

 

Rosa Montero est une journaliste et auteure espagnole.

 

L’histoire :

 

Lucia Romero, auteur à succès de romans pour enfants, est sur le point de partir avec son mari Ramon pour Vienne. Mais celui-ci, parti aux toilettes, tarde à revenir. Lucia doit se faire à l´évidence : il a disparu. Quand elle reçoit une demande de rançon, elle comprend qu´il s´agit d´un enlèvement. Aidée de deux de ses voisins – l´octogénaire anarchiste Félix, et Adrian, vingt ans – elle mène l´enquête. Entre les confidences de Félix sur son passé de torero et la passion amoureuse qui la lie à Adrian, Lucia se pose des questions sur l´amour soumis au temps qui passe, la trahison… mais toujours avec une bonne dose d´autodérision et d´optimisme !

 

Ce que j’ai aimé :

 

- La fille du cannibale commence comme un roman farfelu habité par des personnages atypiques réunis par des circonstances pour le moins étonnantes : le mari de Lucia semble s'être bel et bien volatilisé dans les toilettes de l'aéroport, lieu romanesque au possible... Le vieux Félix, anarchiste et torero à ses heures va alors se joindre à Lucia pour mener l'enquête. Et si ladite enquête piétine, Félix va en profiter pour raconter sa vie et éclairer de sa sagesse d'octogénaire la vie de ses nouveaux compagnons. A l'inverse, le jeune Adrian incarne l'insouciance de la jeunesse qui file là où le vent le porte, et, pourquoi pas, dans les bras de Lucia.

 

Mais derrière cette insouciance apparente, se cachent des blessures inhérentes à la vie, des interrogations qui ne peuvent trouver de réponses car elles appartiennent aux mystères de la vie et de l'identité des êtres. Lucia est une femme lucide qui essaie de se construire en racontant, en se créant par le récit un être particulier :

 

"Mais moi, je suis persuadée que l'art primordial est celui du récit, parce que pour pouvoir exister, nous les humains, nous devons d'abord raconter." (p. 19)

 

Alors oui, quelquefois, elle ment, elle cache la vérité pour agrémenter sa vie d'un brin de folie, ou, paradoxalement d'un souffle de souffrance. Elle nous raconte le couple et son usure :

 

"Si je sortais avec Adrian, si je partageais ma vie avec lui, il arriverait probablement un moment o^j ele haïrais parce qu'il parle la bouche pleine, comme il était en train de le faire à ce moment-là, projetant des miettes de pain et des postillons partout. Mais, ce jour-là, même de telles cochonneries m'attendrissaient. Il n'est au monde pire arbitraire, injustice plus atroce que ceux du sentiment." (p. 177)

 

Le monde qu'elle cotoie lui apprend le mensonge, la trahison, la faiblesse de l'être humain sans arrêt tenté par le Mal, 

 

"Ce que vous disiez tout à l'heure, a ajouté Félix. A quoi pouvait servir de se comporter dignement. Eh bien, à nous donner la mesure de ce que nous sommes. Nous, les humains, voyez-vous, sommes incapables d'imaginer ce qui n'existe pas ; si nous pouvons parler de choses telles que la consolation, la solidarité, l'amour et la beauté, c'est parce qu'en fait, ces choses existent et font partie des êtres, de même que la férocité et l'égoïsme." (p. 380)  

 

Lucia va apprendre la sagesse, elle va comprendre que même la souffrance est nécessaire à la vie, car elle nous aide à rester vivant, l'absence de douleur nous tuerait en effet plus sûrement et rapidement que les symptômes salvateurs.

 

"Laisse-moi te parler des pingouins, ces oiseaux patauds qui habitent par millions la déserte Antarctique. Quand les petits des pingouins sortent de leurs oeufs, leurs paretns doivent les laisser seuls pour aller chercher de la nourriture en mer. Ce qui pose un grave problème, parce que les petits pingouins sont recouverts d'un duvet si léger qu'il ne suffirait pas à les maintenir en vie dans les températures extrêmement froides du pôle Sud. Alors les petits pingouins restent regroupés sur leurs îlots de glace, des milliers de pingouins qui viennent de naître serrés les uns contre les autres pour se tenir chaud. Mais pour que ceux qui se trouvent à l'extérieur du groupe ne gèlent pas, les petis pingouins tournent sans arrêt si bien qu'aucun n'est exposé aux intempéries plus de quelques secondes. (...) C'est une générosité dictée par la mémoire génétique, par la sagesse brute des cellules. Ce que je veux te dire à travers cet exemple, Lucia, c'est que ce que nous appelons le Bien est déjà présent au coeur même des choses, chez les animaux irrationnels, dans la matière aveugle.  le monde n'est pas simplement fureur, violence et chaos, mais il est aussi ces pingouins ordonnés et fraternels." (p. 422)

 

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"La vie est beaucoup plus grande que nos peurs. Et nous sommes même capables de supporter beaucoup plus que nous le souhaiterions. Alors, reste calme." (p.423)

 

Un très beau roman à savourer...

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

  - Rien.

 

Premières phrases :

 

"La plus grande révélation que j'ai eue dans ma vie a commencé par l'observation de la porte battante de toilettes publiques. j'ai remarqué que la réalité a tendance à se manifester ainsi, absurde, inconcevable et paradoxale, si bien que de la grossièreté naît souvent le sublime ; de l'hooreur, la beauté, et de la transcendance, l'idiotie la plus totale."

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Instructions pour sauver le monde

Autre :  Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas JONASSON

  

D’autres avis :

 

Lecture commune avec Mango

Clarabel , Keisha

 

La fille du cannibale, Rosa Montero, Traduit de l'espagnol par André Gabastou, Editions Métailié, Collection Bibliothèque hispanique, 2006, 408 pages, 20 euros

POCHE : La fille du cannibale, Rosa Montero, Traduit de l'espagnol par André Gabastou, Points, mars 2008, 8 euros

 

12 d'Ys

 Catégorie auteurs espagnols contemporains

 

Publié dans Littérature Europe

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Les ignorants de Etienne DAVODEAU

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Le vin, c’est un truc pour se détendre, c’est un point de rencontre, un lien entre les gens ! » (p. 111)

 

L’auteur :

Je suis né en 1965 dans les Mauges ( c’est une région du Maine & Loire dont le nom viendrait étymologiquement de "MAUvaises GEns" en latin, vous voyez le tableau) . J’y ai passé une enfance formidable . Elle a principalement consisté à me balader avec mes copains dans les champs, à tirer à la fronde d’innocents moineaux puis à ricaner bêtement sur ma mobylette devant les filles.

Partie sur une courbe idéale qui faisait la fierté de mes parents, ma scolarité a reçu en pleine gueule une adolescence tourmentée. S’en est suivi un piqué en flammes assez spectaculaire. Quand je me suis réveillé au milieu des débris , ma main droite cramponnait un document noirci. Il fallait bien me rendre à l’évidence : J’avais mon bac.
À Rennes, je me suis inscrit à la fac, section Arts Plastiques pour une raison qui m’échappe encore. J’y ai étudié (un peu) et dessiné (beaucoup). Avec quelques gaillards qui nourrissaient le même intérêt que moi pour la bande dessinée, nous avons fondé le studio Psurde, modeste association qui nous permit de publier nos premiers travaux, heureusement aujourd’hui introuvables.
Qui étaient ces vaillants pionniers ? Olivier Maunaye, créateur du présent site, Fred Simon (Rails, Le Poisson clown, Popotka), Jean-Luc Simon (coloriste et dessinateur, pour qui j’ai écrit La Gagne), Joub avec qui j’anime Max & Zoé, ainsi que Christophe Hermenier et Thierry Guyader qui ont lâchement abandonné la bande dessinée pour la peinture et la presse.

Après quelques années d’études approximatives mais fort poilantes, j’ai cédé aux encouragements de la femme de ma vie et j’ai écrit le scénario de ce qui allait devenir mon premier livre. Intitulé L’homme qui n’aimait pas les arbres, il s’est niché comme il a pu dans le catalogue Dargaud en 1992. (Source : babélio)

Son blog : http://www.etiennedavodeau.com/

 

L’histoire :

Par un beau temps d’hiver, deux individus, bonnets sur la tête, sécateur en main, taillent une vigne. L’un a le geste et la parole assurés. L’autre, plus emprunté, regarde le premier, cherche à comprendre « ce qui relie ce type à sa vigne », et s’étonne de la « singulière fusion entre un individu et un morceau de rocher battu par les vents. »

Le premier est vigneron, le second auteur de bandes dessinées.

Pendant un an, Etienne Davodeau a goûté aux joies de la taille, du décavaillonnage, de la tonnellerie ou encore s’est interrogé sur la biodynamie.

Richard Leroy, de son côté, a lu des bandes dessinées choisies par Etienne, a rencontré des auteurs, s’est rendu dans des festivals, est allé chez un imprimeur, s’est penché sur la planche à dessin d’Etienne…

Etienne et Richard échangent leurs savoirs et savoir-faire, mettent en évidence les points que ces pratiques (artistiques et vigneronnes) peuvent avoie ne commun ; et ils sont plus nombreux qu’on ne pourrait l’envisager de prime abord. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

« Les ignorants » : des hommes vierges de savoir dans un certain domaine, des hommes humbles  prêts à s’ouvrir à un autre monde, des hommes beaux qui vont se lancer corps et âme dans une « initiation croisée ».  Le titre et le sous-titre ont déjà une aura magique et majestueuse en eux : ils portent l’humanité comme une toile de fond de cette histoire vécue si touchante.

ignorants 2

Richard va mener Etienne dans un monde aux mots inconnus : décavaillonnage, ébourgeonnage, palissage, et Etienne va inviter Richard à découvrir son univers artistique peuplé de mots et d’images. Cet enrichissement mutuel se fait dans une tolérance exemplaire, dans la simple volonté d’accéder à la compréhension d’un monde différent du leur. Leur année commune se centre sur l’ouverture, apprentissage de la différence.

Etienne ne comprend pas toujours les logiques de la biodynamie...

 « J’ai l’impression que c’est très subjectif, la biodynamie...

- Mais TOUT est subjectif dans le vin !" (p. 91)

... comme Richard reste hermétique à l’art de Moebius. Mais il fera la rencontre des pages de Gibrat, Guibert, Mathieu, Spiegelman, et bien d’autres auteurs qui le toucheront à des degrés divers. Quant à lui Etienne rencontrera des gars qui travaillent au naturel pas au chimique, parce que «  la proximité physique et donc mentale, du vigneron avec son travail… pense à ça quand tu bois du vin. » (p. 102)

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Les ignorants est truffés de réflexions philosophiques :

« Mais bon, y’a pas de recettes… Il faut de l’attention. Ouvrir les yeux sur les choses élémentaires. » (p.229)

économiques, 

« Rester petit, c’est garder le contrôle sur la qualité de notre travail ! Refusons de croître ! » (p.158)  

réflexions artistiques comme dans ce passage magnifique dans lequel  Marc-Antoine Mathieu évoque sa relation au lecteur :

« Ce qui m’importe par-dessus-tout, c’est qu’ils [ses livres]soient cohérents avec la vision de monde que j’y développe… Ensuite y entre qui veut… »

A la fin de l'album, l’auteur nous livre la liste des vins bus et des BD lues, comme une invitation à nous initier, nous aussi, à ces autres mondes... 

Un joyau d’humanité !

 

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Les deux "ignorants" au milieu des coteaux

© Photo F.Roy - Editions Futuropolis

 

Ce que j’ai moins aimé :

-Rien ! 

 

Vous aimerez aussi :

 De Gaulle à la plage de Jean-Yves FERRI 

 

D’autres avis :

Blogs : Sylire  Aifelle Joelle - Fransoaz

Presse : Télérama Lire  

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Les ignorants, récit d’une initiation croisée,  Etienne DAVODEAU, Futuropolis, octobre 2011, 272 p., 24,9euros

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Madame Bovary de Gustave FLAUBERT

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 D'origine bourgeoise (père médecin), il a une enfance peu heureuse car délaissé par ses parents qui lui préfère son frère aîné. Il est néanmoins très proche de sa soeur cadette.

Il fait sa scolarité au lycée de Rouen. Renvoyé, il passe seul son bac en 1840.
Dispensé de service militaire il commence des études de droit à Paris en 1841. Il abandonne en 1844 à cause de ses crises d'épilepsie. En 1846, sa soeur meurt et il prend en charge sa fille âgée de 2 mois.

Il poursuit ses tentatives littéraires et aboutit en 1851 au début de la rédaction de Madame Bovary qui parait en 1856. Le livre fera l'objet d'un procès pour outrage aux bonnes moeurs. Flaubert sera acquitté.

Durant ces années, il fréquente les salons parisiens. Il y rencontre entre autre Georges Sand.
En 1858, il entreprend un voyage en Tunisie afin de se documenter pour Salaambô.
En 1866, il reçoit la légion d'honneur.

Ses dernières années sont sombres : ses amis disparaissent et il est assailli par les difficultés financières et par des problèmes de santé. Il meurt subitement d'une hémorragie cérébrale. Il est enterré au cimetière de Rouen.

 

L’histoire :

Une jeune femme romanesque qui s'était construit un monde romantiquement rêvé tente d'échapper - dans un vertige grandissant - à l'ennui de sa province, la médiocrité de son mariage et la platitude de sa vie. Mais quand Flaubert publie Madame Bovary, en 1857, toute la nouveauté du roman réside dans le contraste entre un art si hautement accompli et la peinture d'un univers si ordinaire. L'écriture transfigure la vie, mais s'y adapte si étroitement qu'elle la fait naître sous nos yeux.

 « Ce n'était plus du roman comme l'avaient fait les plus grands », dira Maupassant : « C'était la vie elle-même apparue. On eût dit que les personnages se dressaient sous les yeux en tournant les pages, que les paysages se déroulaient avec leurs tristesses et leur gaieté, leurs odeurs, leur charme, que les objets aussi surgissaient devant le lecteur à mesure que les évoquait une puissance invisible, cachée on ne sait où. » (Source : Le livre de poche)

madame bovary hirondelle

  L'hirondelle de Yonville

 

Mon avis :

Gustave Flaubert a voulu dans ce roman montrer une vie où il ne se passe rien au travers le point de vue d'un personnage :  montrer les idées, les sentiments, l'enchaînement du psychologique et l'évolution des différentes psychologies. 

 Pour ce faire, il choisit comme personnage principal éponyme Emma Bovary, jeune femme épris de romantisme car influencée par ses nombreuses lectures :

  « Elle aurait voulu vivre dans quelque vieux manoir, comme ces châtelaines au long corsage, qui, sous le trèfle des ogives, passaient leurs jours, le coude sur la pierre et le menton dans la main, à regarder venir du fond de la campagne un cavalier à plume blanche qui galope sur un cheval noir. » (p. 71)

  « Elle n’aimait la mer qu’à cause de ses tempêtes, et la verdure seulement lorsqu’elle était clairsemée parmi les ruines. Il fallait qu’elle pût retirer des choses une sorte de profit personnel ; et elle rejetait comme inutile tout ce qui ne contribuait pas à la consommation immédiate de son cœur, - étant de tempérament plus sentimentale qu’artiste, cherchant des émotions et non des paysages. » (p. 70)

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 « Il lui semblait que certains lieux sur la terre devaient produire du bonheur, comme une plante particulière au sol et qui pousse mal tout autre part. Que ne pouvait-elle s’accouder sur le balcon des chalets suisses ou enfermer sa tristesse dans un cottage écossais, avec un mari vêtu d’un habit de velours noir à longues basque, et qui porte des bottes molles, un chapeau pointu et les manchettes ! » (p. 74)  

 Mais la pesanteur existencielle provoque irrémédiablement une chute après l'envol du regard d'Emma :

« Mais l’anxiété d’un état nouveau, ou peut-être l’irritation causée par la présence de cet homme, avait suffi à lui faire croire qu’elle possédait enfin cette passion merveilleuse qui jusqu’alors s’était tenue comme un grand oiseau au plumage rose planant dans la splendeur des ciels poétiques ; -  et elle ne pouvait s’imaginer à présent que ce calme où elle vivait fût le bonheur qu’elle avait rêvé. » (p. 73)

   « Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord, et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur. » (p. 78)

 « D’où venait donc cette insuffisance de la vie, cette pourriture instantanée des choses où elle s’appuyait ? … Mais, s’il y avait quelque part un être fort et beau, une nature valeureuse, pleine à la fois d’exaltation et de raffinements, un cœur de poète sous une forme d’ange, lyre aux cordes d’airain, sonnant vers le ciel des épitaphes élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le trouverait-elle pas ? oh ! quelle impossibilité ! Rien, d’ailleurs, ne valait la peine d’une recherche ; tout mentait ! Chaque sourire cachait  un bâillement d’ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre qu’une irréalisable envie d’une volupté plus haute. » (p. 319)

« Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songeait-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres. » (p. 68)

 Charles lui-même, son mari, est prisonnier d’une image, comme elle-même et comme les autres : Emma est emprisonnée dans toutes ces identités opaque : pour Léon, elle est une « dame », pour Rodolphe, une petite femme élégante de province proie facile pour ce séducteur patenté.  

 La multiplication des voix, des points de vue permet d'épouser l'intériorité de ces personnages et d'offrir une description pointue de cet univers provincial et de ce destin tragique.

 Madame Bovary est un magnifique portrait de femme, servi par un style irréprochable, un classique à relire encore et toujours...  

 

Premières phrases :

« Nous étions à l’Etude, quand le Proviseur entra, suivi d’une nouveau habillé en bourgeois et d’un garçon  de classe qui portait un grand pupitre. Ceux qui dormaient se réveillèrent, et chacun se leva comme surpris dans son travail. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Salammbô

 

Madame Bovary, Gustave Flaubert, Folio, 5.30 euros 

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1Q84 de Haruki MURAKAMI

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ 

« Le romancier n’est pas quelqu’un qui résout les problèmes. C’est quelqu’un qui pose les questions. » (p.456)

 

L’auteur :

Né à Kyoto en 1949 et élevé à Kobe, Haruki Murakami a étudié le théâtre et le cinéma à l'université Waseda, avant d'ouvrir un club de jazz à Tokyo en 1974. Son premier roman Écoute le chant du vent (1979), un titre emprunté à Truman Capote, lui a valu le prix Gunzo et un succès immédiat. Suivront La Course au mouton sauvage, La Fin des temps, La Ballade de l'impossible, Danse, Danse, Danse et L'éléphant s'évapore (Seuil, 1990, 92, 94, 95 et 98). Exilé en Grèce en 1988, en Italie, puis aux États-Unis, ou il écrit ses Chroniques de l'oiseau à ressort (Seuil, 2001) et Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (Belfond, 2002 ; 10/18, 2003), il rentre au Japon en 1995, écrit deux livres de non-fiction sur le séisme de Kobe et l'attentat de la secte Aum, un recueil de nouvelles, Après le tremblement de terre (10/18, 2002), Les Amants du spoutnik (Belfond, 2003 ; 10/18, 2004) et le superbe Kafka sur le rivage (Belfond, 2006). Plusieurs fois favori pour le Nobel de littérature, Haruki Murakami a reçu récemment le prestigieux Yomiuri Prize et le prix Kafka 2006.

 

L’histoire :

Aomamé et Tengo, 29 ans tous deux, mènent chacun de leur côté leur vie, leurs amours, leurs activités. Tueuse professionnelle, Aomamé accomplit des missions pour le compte d’une vieille dame. Tengo lui est un génie des maths, apprenti-écrivain et nègre pour un éditeur qui lui demande de réécrire l’autobiographie d’une jeune fille bien mystérieuse.  

Les deux jeunes gens sont destinés à se retrouver mais où ? Quand ? En 1984 ? Dans 1Q84 ? Dans cette vie ? Dans la mort ?  

 

Ce que j’ai aimé :

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Haruki Murakami vous découvrirez en commençant ces pages l'attraction qui sévit presque à notre insu et réussit à nous aimanter, sans savoir précisément à quoi cela tient. Peut-être au style, facile, coulant, précis qui fait mouche à chaque phrase. Ou à l’intrigue, mystérieuse et opaque, qui sème judicieusement indices, fausses pistes, nouveau mystère sorti des ténèbres et qui aiguillonnent insidieusement la curiosité du lecteur. Ou encore aux idées, aux questions incessantes sur le monde que pose l’auteur, sans jamais prétendre y répondre.

« Monsieur Komatsu est possédé par la littérature. Les gens comme lui cherchent à découvrir, au moins une fois dans leur vie, quelque chose de véritable, d’authentique. Ensuite, ils ont envie de l’offrir respectueusement au monde. » (p. 213)

 1Q84 est un roman complet qui oscille savamment entre profondeur et futilité : quand par exemple Aonamé apprend à ses élèvres les rudiments de l’autodéfense, on ne sait si l’on doit sourire de ses techniques pour le moins radicales, ou s’inquiéter car, en creux, est pointée l’impuissance des femmes face à la force et à la folie masculine :

« La plupart des hommes sont plus grands et plus forts. Une attaque éclair aux testicules, pour une femme, c’est la seule chance de gagner. C’est bien ce que Mao Tsétoung a dit : cherchez et trouvez le point faible de votre adversaire, prenez-le par surprise et écrasez-le. » (p. 232)

De même on ignore quel sort réserver à ces mystérieux Little People : sont-ils des lutins issus des  romans ancrés dans les mondes surnaturels, ou des allégories de forces sous-jacentes tapies sous une apparente réalité qui vacille ?

 « Que cela me plaise ou non, je me trouve à présent dans l’année 1Q84. L’année 1984 que je connaissais n’existe plus nulle part. Je suis maintenant en 1Q84. L’air a changé, le paysage a changé. Il faut que je m’acclimate le mieux possible à ce monde lourd d’interrogations. Comme un animal lâché dans une forêt inconnue. Pour survivre et assurer ma sauvegarde, je dois en comprendre au plus tôt les règles et m’y adapter. » (p. 200)

« Dans le roman de George Orwell, 1984, comme vous le savez, le personnage de Big Brother est représenté sous la forme d’un dictateur. Il s’agissait à l’époque pour l’auteur d’une allégorie du stalinisme, mais ensuite le terme de Big Brother est devenu le symbole de toute société totalitaire. Il faut porter cela au crédit d’Orwell. Aujourd’hui, alors que nous sommes vraiment en 1984, Big Brother est tellement célèbre qu’il en est devenu trop évident. S’il se manifestait devant nous, nous dirions en le montrant du doigt : « Attention ! prenez garde, lui, là, c’est Big Brother ! » Autrement dit, Big Brother n’a plus sa place sur la scène de notre monde. Ce sont ces Little People qui ont fait leur  entrée. Ne pensez-vous pas que le contraste est extrêmement significatif ? (…) Les Little People sont des êtres invisibles. Nous ne savons pas s’ils sont bons ou mauvais, s’ils possèdent une substance ou non. Pourtant, constamment, ils semblent creuser et démolir le sol sous nos pieds. » (p. 409)

1Q84 est un roman puissant qui repousse les frontières de la réalité pour questionner un monde hermétique aux questionnements des humains. Un roman peuplé de non-dits qu’il s’agit de déchiffrer pour s’adapter au roman comme au monde…

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          La perspective de devoir attendre encore jusqu’au mois de mars pour le tome 3 a tendance à me déplaire, en attendant je vais me consoler avec le tome 2 et je si vraiment le suspense est trop prenant, je n’aurai plus qu’à apprendre le japonais…

 

Premières phrases :

 « La radio du taxi diffusait une émission de musique classique en stéréo. C'était la Sinfonietta de Janacek. Etait-ce un morceau approprié quand on est coincé dans des embouteillages ? Ce serait trop dire. D'ailleurs, le chauffeur lui-même ne semblait pas y prêter une oreille attentive. L'homme, d'un âge moyen, se contentait de contempler l'alignement sans fin des voitures devant lui, la bouche serrée, tel un vieux marin aguerri, debout à la proue de son bateau, appliqué à déchiffrer quelque sinistre pressentiment dans la jonction des courants marins. Aomamé, profondément enfoncée dans le siège arrière du véhicule, écoutait, les yeux mi-clos. »

 

D‘autres avis :

 Babélio

 Presse : Télérama

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Haruki MURAKAMI

Millénium de Stieg LARSSON

 

1Q84, Livre I, Avril-juin, Haruki MUAKAMI, Traduit du japonais par Hélène Morita, Belfond, août 2011, 533 p., 23 euros

 

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Publié dans Littérature Asie

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Cible mouvante de Ross MACDONALD

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

  

 L’auteur :

 

 ROSS MACDONALD (1915-1983) est l'auteur de plus d'une vingtaine de romans, dont la célèbre série mettant en scène le détective privé Lew Archer, qui a été incarné deux fois à l'écran par Paul Newman. Après Chandler et Hammett, c’est le troisième "grand" du roman noir américain. James Crumley et James Ellroy reconnaissent en lui un maître et ses livres se sont vendus à des millions d’exemplaires de par le monde. Ses romans sont enfin réédités – pour la première fois – dans une traduction intégrale. Plus de détails sur sa vie et son oeuvre.

L’histoire :

 

Comme beaucoup de millionnaires du sud de la Californie, Ralph Sampson a d'étranges fréquentations. Il y a cet étrange saint homme qui vénère le soleil et auquel Sampson a autrefois offert une montagne entière, et cette actrice oubliée, versée dans l’astrologie et les pratiques sado-maso. Mais voilà que le détective privé Lew Archer est engagé par la femme de Sampson pour retrouver cet excentrique magnat du pétrole dont les "amis" ont peut-être arrangé le kidnapping. Pour mener à bien son enquête, il devra naviguer entre les sanctuaires des méga-riches californiens et les boîtes de jazz sordides.

    Cette première enquête de Lew Archer plonge dans un univers où s'entremêlent sexe, avidité et rancœurs familiales. Ce classique du roman noir transcende le genre en mettant en scène un détective privé qui pénètre au cœur des mystères de l'existence humaine.

  Ce que j’ai aimé :

 

 Les romans de Ross McDonald ont été édités entre 1949 et 1976, et aujourd'hui  les éditions Gallmeister ont décidé de rééditer les aventures de Lew Archer dans de nouvelles tradutions, par ordre chonologique et directement en format de poche. Un vrai régal, merci Oliver...

 Cible mouvante nous plonge donc dans l’atmosphère des romans noirs des années 50 : les boîtes de jazz aux artistes désillusionnés, les bas-fonds sordides opposés à la lumière des grandes fortunes, si attirantes que certains papillons de nuit risquent d'y perdre leurs ailes.

Un autre monde souterrain dominé par l'argent et l'appât du gain se tapit dans l'ombre, attendant son heure. Lew Archer est là pour remettre un semblant d'ordre dans cette noirceur sous-jacente, il est l'archétype du détective privé fascinant,  et pourtant aux abords ordinaires.

 « En 1935, lorsque je me suis engagé dans la police, je croyais que le mal était une qualité avec laquelle certaines personnes naissaient, comme un bec de lièvre. Et que donc le boulot de flic consistait à trouver ces personnes et à les neutraliser. Mais la mal n’est pas si simple. Nous l’avons tous en nous, et le fait qu’il en vienne ou non à s’exprimer dans nos actes dépend de beaucoup de choses. De l’environnement, des opportunités, de la pression économique, du manque de bol, d’un mauvais ami. Le problème, c’est que le flic doit continuer à juger les gens au doigt mouillé et à agir en fonction de ce jugement. » (p.128)

Les chapitres courts (5 pages environ) et l'écriture directe et incisive de Ross McDonald rendent cette enquête diablement efficace et crée une accoutumance indéniable à cette série, rééditée dans de nouvelles traductions et qui comptera a priori 18 volumes... Vous n'avez pas fini d'entendre parler de Lew Archer...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

  

Premières phrases :

 « Le taxi quitta la US  en direction de la mer. La route contournait une montagne marron puis s’enfonçait dans un canyon bordé de chênes dorés.

-          C’est Cabrillo Canyon, dit le chauffeur.

Il n’y avait aucune maison en vue.

-          Les gens vivent dans des cavernes ?

-          Oh que non. Les domaines sont plus bas, près de l’océan. »

  

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Noyade en eau douce

 Autre : Raymond Chandler et Dashiell Hammett

 

 D’autres avis :

 

Blogs : Jean-Marc  

Presse :

Derrière son privé Lew Archer, Ross Macdonald décortique l'Amérique des nantis d'une plume cinglante. […] Une écriture moderne, tendue à l'extrême, et un goût pour le réalisme social qui se renforcera au fil des livres.

Christine Ferniot, TÉLÉRAMA

L'intrigue est en béton armé, la construction parfaite, la langue soignée (récit au passé simple). Les flatteurs ne s'y trompent pas: Macdonald est une étoile.

Marine de Tilly, LE POINT

Du grand art noir.

Delphine Peras, LIRE

Écriture précise, effets dégraissés, intrigue qui emprunte au réalisme social, émotion retenue. Face à une littérature de genre qui joue parfois la surenchère pour cacher sa médiocrité, le classicisme a toujours du bon.

Éric Libiot, L'EXPRESS

Le sens de la formule, des ambiances et des situations associés à des personnages denses nourrissent à juste titre la réputation de cet auteur admirable.

Jérôme Caron, LE POINT DE VUE

La meilleure série d’histoires de détective privé jamais écrite par un Américain.

WILLIAM GOLDMAN

Alors que personne n’y prêtait attention – ou plutôt quand tout le monde regardait dans la mauvaise direction –, un auteur de polar est devenu l’un des plus grands romanciers américains.

THE NEW YORK TIMES

Ross Macdonald est tout simplement l’un des meilleurs.

MICHAEL CONNELLY

 

Cible mouvante, Ross MACDONALD, Traduit de l’américain par Jacques Mailhos, Gallmeister, mai 2012, 288 p., 10 euros 

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En avant, route ! de Alix de SAINT ANDRE

Publié le par Hélène

en avant route

♥ ♥ 

 

L’auteure :

 Fille de militaire, élevée dans des pensions religieuses dont elle a gardé un intérêt pour la religion catholique, A. de Saint André a fait des études littéraires puis s'est orientée vers le journalisme.

Elle a travaillé à "Elle" au "Figaro magazine" et à "Canal Plus". Elle a aussi écrit un roman policier puis des livres inspirés de ses expériences personnelles, où se reflètent ses goûts littéraires, en particulier sa passion pour André Malraux. Elle fait encore des reportages mais se consacre de plus en plus à l'écriture dans sa petite maison bretonne. (Source : Babélio)

Interview http://www.gallimard.fr/Media/Gallimard/Entretien-ecrit/Alix-de-Saint-Andre.-En-avant-route

 

L’histoire :

 

Alix de Saint-André a pris trois fois la route de Compostelle. La première fois, elle est partie de Saint-Jean-Pied-de-Port, sur le chemin français, avec un sac plein d'idées préconçues, qui se sont envolées une à une, au fil des étapes.

La deuxième fois, elle a parcouru le «chemin anglais» depuis La Corogne, lors d'une année sainte mouvementée.

L'ultime voyage fut le vrai voyage, celui que l'on doit faire en partant de chez soi. Des bords de Loire à Saint-Jacques-de-Compostelle, de paysages sublimes en banlieues sinistres, elle a rejoint le peuple des pèlerins qui se retrouvent sur le chemin, libérés de toute identité sociale, pour vivre à quatre kilomètres-heure une aventure humaine pleine de gaieté, d'amitié et de surprises. Sur ces marcheurs de tous pays et de toutes convictions, réunis moins par la foi que par les ampoules aux pieds, mais cheminant chacun dans sa quête secrète, Alix de Saint-André, en poursuivant la sienne, empreinte d'une gravité mélancolique, porte, comme à son habitude, un regard à la fois affectueux et espiègle.

 

Ce que j’ai aimé :

  Alix de Saint André a suivi le chemin de Compostelle trois fois.

Elle partage avec nous cette expérience avant tout humaine faite de rencontres et d’entraide. Car les pélerins ne sont pas tous férus de religion, et beaucoup font la route pour des raisons spirituelles ou culturelles et non pas religieuses. Alix de Saint André avoue elle-même avoir  « la foi plutôt méfiante. » (p.149) et ce qu’elle cherche avant tout sur le chemin est une solitude mêlée d’introspection rythmée par l’amplitude de ses pas.

« Nous faisons savoir au pèlerin qu’il rencontrera au long du chemin des saints et des canailles, mais qu’il ne désespère pas, car il devra aider les autres et parfois se faire aider lui-même, qu’il trouvera de nouvelles valeurs et découvrira la transcendance. » (p. 126)

Cette solitude sera difficile à connaître tant le chemin est rencontre : Raquel et son verbiage incessant pour le premier et deuxième voyage, sept « maris » tombés du ciel pour le troisième voyage. Il faut accepter de rompre cette solitude pour laisser le monde venir à soi et emplir cœur et esprit sur le chemin. Dans cette alliance subtile entre vie intérieure et relations sociales, se construit la magie du chemin et s’établit le sentiment durable d’appartenir à une entité commune bienfaitrice, celle du « pèlerin ».

« Le chemin n’est pas fait pour aller vite d’un point A à un point B, il est fait pour se perdre, et perdre du temps. Ou prendre son temps, si l’on veut. Retrouver un monde à taille humaine et ses humains habitants. » (p. 169)

Le ton adopté par l’auteur n’est pas dogmatique, ni poétique, il est humain, drôle, enlevé, les anecdotes sont aussi bien liées aux douleurs du corps (et surtout des pieds et des articulations), qu’aux rencontres inattendues et pesantes quelquefois, en passant par les joies du chemin et à ses enseignements multiples.

 « Sur le chemin, la pauvreté n’était pas à fuir mais à rechercher. (…)  L’économie du monde spirituel fonctionnant à l’inverse de l’économie du monde matériel (plus on donne d’amour et plus on en a, par exemple), pour vivre vraiment au présent, le temps des enfants, des poètes et des mystiques, il me fallait apprendre à être pauvre. » (p. 304)

Un beau récit profondément humain.

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Ce que j’ai moins aimé :

 Il s’agit là d’un récit divertissant, ludique, mais le style reste assez simple, il ne faut pas trop en attendre.

  

Premières phrases :

 « Le 14 juillet 2003, ma cousine Cricri et moi-même étions dans le très typique village de Saint-Jean-Pied-de-Port, au Pays basque, attablées devant une nappe à carreaux rouges et blancs typique, en train d’avaler du fromage et du jambon typiques avec un coup de rouge typique aussi, en fin d’après-midi, sous la menace d’un orage de montagne, bien noir mais presque tiède. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Papa est au panthéon

 

D’autres avis :

 Presse : Télérama L’express 

Blogs : Joëlle Kathel, Alain, Cathulu, Praline, Sandrine, Lystig, Alex, Flora, Aproposdelivres, Mango, Saxaoul, Aifelle, Chiffonnette.

 

En avant, route ! Alix de Saint André, folio, juin 2011, 6.95 euros

Publié dans Récits de voyage

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Déceptions et abandons du mois de janvier

Publié le par Hélène

dans le jardin de la bete 

 

Dans le jardin de la bête de Erik LARSSON

 

« C’étaient des gens compliqués se mouvant dans une époque compliquée, avant que les monstres proclament leur vraie nature. » (Préface)

 

Quatrième de couverture : Avec Le Diable dans la ville blanche, Erik Larson a révélé un talent exceptionnel pour romancer l’Histoire. Après s’être intéressé à l’Exposition universelle de Chicago et au premier serial killer américain dans son précédent livre, il nous offre cette fois un superbe thriller politique et d’espionnage, basé sur des évènements réels et peu connus qui se sont déroulés en Allemagne pendant l’accession au pouvoir d’Adolphe Hitler.

1933. Berlin. William E. Dodd devient le premier ambassadeur américain en Allemagne nazie. Originaire de Chicago, c’est un homme modeste et austère, assez peu à sa place sous les ors des palais diplomatiques, qui s’installe dans la capitale allemande. Belle, intelligente, énergique, sa fille, la flamboyante Martha est vite séduite par les leaders du parti nazi et par leur volonté contagieuse de redonner au pays un rôle de tout premier plan sur la scène mondiale. Elle devient ainsi la maîtresse de plusieurs d’entre eux, en particulier de Rudolf Diels, premier chef de la Gestapo, alors que son père, très vite alerté des premiers projets de persécutions envers les juifs, essaie d’alerter le Département d’État américain, qui fait la sourde oreille. Lorsque Martha tombe éperdument amoureuse de Boris Winogradov, un espion russe établi à Berlin, celui-ci ne tarde pas à la convaincre d’employer ses charmes et ses talents au profit de l’Union Soviétique. Tous les protagonistes de l’histoire vont alors se livrer un jeu mortel, qui culminera lors de la fameuse « Nuit des longs couteaux ».

 

Mon avis : Erik Larsson nous plonge dans « le jardin de la bête », dans les années trente en Allemagne, quand, tapie dans l’ombre Hitler et ses acolytes tissent leur toile, insidieusement, lentement, inexorablement. Pour ce faire, l’auteur s’appuie à la fois sur une documentation érudite (sa bibliographie de plus de15 pages est là pour le prouver) et il choisit de mettre en scène deux personnages vrais d el’histoire : Dodd devenu ambassadeur des Etats Unis à Berlin dans ses années là, et sa fille Martha jeune femme qui n’a pas froid aux yeux…  Ainsi, le récit oscille entre documentaire et œuvre de fiction :

 

 « Ceci n’est pas une œuvre de fiction. Comme il se doit, tout passage entre guillemets est extrait d’une lettre, d’un journal intime, de mémoires oud ‘un autres document historique. Je n’ai pas cherché dans ces pages à décrire une fois de plus l’histoire de cette époque. Mon objectif est plus intime : approcher ce monde disparu par le biais du vécu et des perceptions de mes deux sujet principaux, le père et la fille, qui, dés leur arrivée à Berlin, ont entrepris un voyage plein de découvertes et de transforamtions, pour finir le cœur brisé. » (Préface)

 

Le travail documentaire est présent dans les citations, dans les passages descriptifs qui collent au plus près de la réalité de l’époque, tandis que le travail de romancier  consiste à donner vie aux personnages qui se meuvent devant nos yeux, prennent une consistance psychologique, sont pris peu à peu dans un engrenage qui les dépasse et dont ils ne sortiront pas indemnes. L’Histoire est vue de l’intérieur, à travers ces personnes qui ne se doutent pas encore de la face cachée du nazisme. Dodd  est un idéaliste qui veut développer le libéralisme américain en Allemagne et la jeune Martha une jeune séductrice attirée irrémédiablement vers le sexe fort, et frétillante devant ces beaux jeunes blonds aux yeux bleus.

 

L’ensemble est prenant, seulement,  il faut quand même avoir un goût certain pour cette période de l’histoire pour avoir envie de lire, encore, un livre sur le sujet, et surtout un tel pavé !

 

  Folfaerie ;  Clara ; Alex ;  Lystig  ; Keisha est ici 

 

 

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Tabloid city de Pete HAMILL

 

Quatrième de couverture : Quand « 24h Chrono » rencontre « Collision » : un polar mené à 100 à l’heure dans un New York en pleine évolution…

Sam Briscoe, septuagénaire élégant aux faux airs d’Inspecteur Harry est le rédacteur en chef du New York World, l’un des tabloïds mythiques de la Grosse Pomme qui vit ses dernières heures : le compte à rebours est en route et dans très peu de temps, la version papier va disparaître au profit d’une version online. La fin d’une époque, au grand dam de Sam. Mais cette nuit-là, alors qu’il boucle son ultime édition, un fait divers d’une violence inouïe va bouleverser son chemin de fer. Et sa vie. Cynthia Harding, une « socialite » très introduite dans les milieux de l’art et de la culture, est sauvagement assassinée. Son assistante, Mary-Lou, partage son sort. Il en faut beaucoup pour déstabiliser un vieux briscard comme Sam. Seulement, Cynthia, c’est la seule femme qu’il ait jamais aimée… Tandis qu’il traverse cette nuit et cette journée pas comme les autres, on suit les parcours croisés d’un flic, Ali, l’époux de Mary-Lou, de leur fils Malik, fondamentaliste islamiste, et de bien d’autres encore…
Les voilà lancés dans une course folle à travers New-York, ville-héroïne du roman, peinte comme une sorte de Gotham City fantomatique, une ruche foisonnante, où chaque personnage est pris entre les mouvements permanents d’une ville qui ne s’arrête jamais, et les conflits qui l’habitent.

 

Mon avis : Je n’ai pas réussi à entrer dans ce roman pour plusieurs raisons :

 

Le style tout d’abord, très parlé, mimant les mots des protagonistes, adoptant leur point de vue mais le procédé est trop mécanique comme pour ce personnage fan de Céline et qui utilise à outrance les points virgule. Oui, bon…


"Le romantisme, cela dit, n'est plus vraiment de saison. Le dossier "Amour" déborderait plutôt de tarés qui rentrent pétés à la maison, vont chercher leur flingue, descendent maman et les trois gosses avant de s'en coller une pour finir en beauté." (p. 28)


L’indication des heures qui défilent et qui rapprochent tout ce beau monde de la catastrophe tient lui aussi du procédé grossier pour tenir le lecteur en haleine.

 

Les lamentations sans fin sur la fin de la presse écrite deviennent rapidement lassantes.

 

Les personnages sont très nombreux, presque trop nombreux pour que le lecteur s’attache réellement à l’un d’entre eux. Certains sont relativement caricaturaux comme la femme seule Helen, le jeune extrêmiste, le jeune loup arriviste…

 

En conclusion : un roman sont les ficelles sont trop apparentes à mon goût !

 

Le Figaro  

 grand prix lectrices de elle

 

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