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435 résultats pour “ile du point némo

La nuit la plus longue de James Lee BURKE

Publié le par Hélène

                                     

♥ ♥ ♥

"Comme le dit Clete, qu'on monte ou qu'on descende, it's only rock'n'roll."

Ce que j'ai aimé :

Cette nuit est la 17ème aventure de Dave Robicheaux. La tempête se lève sur la Nouvelle Orléans, puis passe en un éclair pour anéantir la ville. La ville est sans dessus dessous, les criminels courent les rues, les bons pères de famille deviennent troubles face aux menaces qui pèsent sur leur famille et leur maison.

Dans ce contexte tourmenté, Dave enquête aux côtés d'un Clete Purcell désoeuvré, perdu dans un monde qu'il ne comprend pas. Deux jeunes noirs sont assassinés dans un quartier blanc alors qu'ils pillaient des maisons laissées à l'abandon, Dave se lance sur les traces de leur meurtrier, bien décidé à croire encore à la justice malgré les sinistres généralisés.

Mais le véritable personnage reste la ville dévastée, abandonnée par le gouvernement, les habitants délaissés par les compagnies d'assurance... La ville est à la merci des pilleurs, des violeurs, des meurtres impunis. Une page se tourne irrémédiablement.

«Robicheaux dit que la Nouvelle-Orléans a été assassinée à trois reprises. La première par l’invasion des drogues dures dans les rues, au début des années 80. Tout a changé alors. On croisait des types complètement défoncés, aux yeux de verre et au teint de cire fondue, qui pouvaient passer sans vous voir, vous braquer ou vous tuer avec la même indifférence. La deuxième, par l’ouragan. Et la troisième fois, quand le gouvernement américain n’a pas répondu aux besoins d’urgence des gens de Louisiane.» (Interview Libération)

La sécurité devient  illusoire dans un monde dévasté.

"La plupart des gens auxquels j'ai affaire n'ont pas choisi le monde dans lequel ils vivent. Certains essaient de lui échapper, certains y adhèrent, la plupart sont dépassés et submergés par lui."

Ce que j'ai moins aimé :

Le fondu entre l'intrigue et la tempête n'est pas totalement réussi, persiste l'impression que l'auteur n'a pas suffisamment réussi à allier les deux. 

Premières phrases :

"Mes plus mauvais rêves comportent toujours des images d'eaux brunes et de champs d'elephant grass, le courant d'air descendant de pales d'helicoptère. Ces rêves sont en couleurs, mais dépourvus de son, ni celui des voix noyées dans la rivière, ni celui des explosions sous les chautes dans le village que nous avons brûlés, ni le vrombissement du Jolly Green et des hélicopères armés qui rasent la canopée, comme des insectes collés contre un soleil en fusion."

Présentation de l'éditeur :

Payot rivages

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  La rose du cimarron  Dernier tramway pour les Champs-Elysées  ;  La descente de Pégase 

Autre : GAUDE Laurent Ouragan   sur le même thème

D'autres avis :

Télarama LireLibérationLe point

Jean-Marc 

 

La nuit la plus longue, James Lee Burke, traduit de l'anglais (EU) par Christophe Mercier, Rivages noir, 2013, 10.65 euros

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Tout ce que je sais de l'amour de Michela MARZANO

Publié le par Hélène

                     

"Même si je me suis rendue compte qu'à force de courir après l'absolu, c'est le quotidien qu s'échappe." p. 74

Mon avis :

Partant du principe qu'on ne peut pas parler d'amour sans parler de soi, Michela Marzano part de sa propre expérience pour tenter de cerner ce mystère absolu et ses corollaires : désir, passion, durée dans le temps...

Malheureusement son propos ne s'élève guère, les remarques qui naissent de son expérience sont certes pertinentes, mais nullement révolutionnaires. Elle tourne autour de l'idée selon laquelle ce qu'on a vécu détermine notre façon d'aimer et d'être aimé, et le propos tourne rapidement en rond autour du nombril de l'auteur mal comprise par son père et en mal d'enfant.

"Ce n'est jamais l'autre qui peut nous aider à "désenvoûter la maison hantée que nous sommes," comme l'écrit Anne Dufourmantelle. Cette maison "hantée par des plaintes dont on ne sait plus à qui elles apartiennent, mais qu'on a faites nôtres". Au contraire. Bien souvent c'est l'autre qui fait resurgir nos peurs. Toutes celles qui demeurent dans un coin de notre être.

La peur du jugement de notre père. La peur de l'abandon de notre mère. La peur de na pas être à la hauteur des attentes des autres. Ce sentiment d'inutilité. Cette envie de mieux faire mais cette impossiblité à y parvenir. Ce pardon qui n'arrive pas..." p. 59

Elle souligne également qu'il est impossible de tout avoir et si cela arrivait, nous n'aurions plus rien à désirer. Ainsi, si la personne qui aime a tendance à trop projeter dans l'autre, elle sera irrémadiablement déçue par le décalage entre l'image idéale de l'autre et sa réalité.

"Qui, dès lors, est le véritable responsable ?

Lui, qui est toujours égal, terriblement égal, identique à lui-même, ou nous, qui avons cru qu'il changerait pour devenir ceomme nous avons toujours rêvé qu'il soit, comme il aurait dû être ?" p. 87

Ses pistes de réflexion se révèlent ainsi relativement banales et évidentes, n'apportant pas de neuf au sujet...

Elle appuie aussi sa réflexion sur de brèves citations d'écrivains ou philosophes, décortiquant l'idée pour la démonter ou l'infirmer. En quelques pages, elle glose sur une idée qui en aurait mériter largement le double et réduit ainsi la pensée de l'auteur cité. 

Si quelquefois la phrase frappe par sa justesse et sa poésie au détour d'une page, l'auto-apitoiement psychanalytique et les phrases convenues refond rapidement surface, créant une déception chez le lecteur !

Premières phrases :

"Enfant, je rêvais de l'amour. Je passais des heures entières le nez plongé dans des livres débordants d'histoires parfaites. J'imaginais des journées sans failles. Je rêvais de réécrire l'histoire de mes parents. 

La vie ne povait être disputes et fractures. Elle devait miroiter. Pareille à la surface de la mer au printemps.

Comme si l'harmonie pouvait exister."

Présentation du livre :

Chez Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Légère comme un papillon

Autre : Le goût de la vie commune

D'autres avis :

Le point  ; Leiloona

 

Tout ce que je sais de l'amour, Michela Marzano, Stock, août 2014, 216 p., 18.50 euros

 

 

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13 à table !

Publié le par Hélène

                     

♥ ♥ 

Mon avis :

Le principe est la raison numéro 1 de s'intéresser à ce recueil : pour 1 livre acheté, 3 repas seront distribués par les Restos du coeur. 

Je l'ai donc acheté les yeux fermés, sans m'intéresser aux auteurs ayant participé à ce projet. Et heureusement, car il faut bien l'avouer ces auteurs ne font pas partie de ceux que je préfère... La seule contrainte des participants était de créer un récit autour du thème du repas, et pour certains ce fut laborieux...

Ainsi je suis passée à côté de nombreux récits qui m'ont semblé plats, sans inventivité, sans style, parmi ceux-ci :

Olympe et Tatan de Françoise Bourdin : le récit d'un repas de famille si proche de la réalité qu'il en est banal

Nulle, nullissime en cuisine ! de Alexandra Lapierre : une jeune femme doit user de subterfuges pour ne pas montrer qu'elle est nulle en cuisine. Divertissant mais pas transcendant.

Un petit morceau de pain de Agnès Ledig : un petit garçon affamé en conflit avec une mère aux principes immuables. 

Une initiative de Pierre Lemaître : un récit laborieux.  L'histoire d'un vieux monsieur qui invite sa nièce à dîner et s'en mord les doigts.

Jules et Jim de Jean-Marc Périer : une suite un peu ratée de Jules et Jim, des retrouvailles autour d'un repas. Un peu facile.

 

A côté des récits ternes, nous retrouvons les marques de fabrique de ce qui fait le succés des grands auteurs populaires : 

La part de Reine d'Eric-Emmanuel Schmitt : La relation privilégiée entre une enfant et un sans abri. Beaucoup de bons sentiments.

Dissemblance de Marc Lévy : la rencontre entre deux hommes affamés que tout oppose. Comme d'habitude chez Lévy trop bien pensant pour être honnête.

Maligne de Maxime Chattam : un psychiatre rencontre un patient affamé. original, mais assez gore à l'image de l'univers de cet auteur.

Fantôme de Guillaume Musso : la rencontre entre une jeune femme hospitalisée et un jeune médecin fringant. Avec des fantômes, marque de fabrique de Musso.

 

Un peu à part, le Mange le dessert d'abord de Gilles Legardinier : en effet avant d'aborder son récit, l'auteur se livre autour du thème et partage avec nous une habitude qu'il avait à une période de sa vie : plutôt que de dîner seul, il s'adressait à des personnes seules pour partager leur table.

"Vous vous asseyez face à quelq'un dont vous ne savez rien et qu'un hasard géographique a placé sur votre chemin. En commençant par évoquer la situation du moment et la façon dont elle est vécue, vous vous placez immédiatement sur un plan aussi personnel qu'universel. Ces tête-à-tête impromptus m'ont enseigné que la solitude n'est pas forcément une malédiction, parce qu'elle constitue le meilleur premier pas vers la découverte."

 

En fin de volume arrivent les nouvelles les plus réussies à mes yeux :

Le parfait de Tatiana de Rosnay : un repas de mariage avec une belle-mère un brin énervante. Une touche d'humour ravigorante.

Gabrielle de Franck Thilliez : un couple surnommé "Le couple grizzli" observe des grizzlis en pleine nature. Sauf que cette année là les saumons dont sont friands les grizzlis se font rares...

Langouste blues de Bernard Werber : Le récit épouse le point de  vue d'une langouste. Brillant ! 

 

En résumé comme il y en a pour tous les goûts, n'hésitez plus à le déguster !

Vous aimerez aussi :

Les Restos du coeur 

 

13 à table, collectif, Pocket, 5 euros

 

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Le goût du Grand Nord

Publié le par Hélène

                         

♥♥♥

Présentation de la collection :

Depuis 2002, cette petite collection présente des anthologies littéraires consacrées à des villes, des régions, des pays ou des thèmes variés. Cela permet de découvrir des auteurs, des oeuvres, des idées sur un thème ou un pays précis. Parmi les derniers parus par exemple : Le goût de la Russie ou encore Le goût des vaches !

Pour plus d'informations : Mercure de France 

J'ai choisi un thème de saison pour découvrir cette collection : Le goût du Grand Nord

Ce que j'ai aimé  :

Le Grand Nord comprend bien sûr les glaces de l'Arctique, mais également les terres qui l'entourent : Sibérie, Alaska, Grand Nord canadien. Les textes choisis par Anne-Marie Cousin se regroupent autour de de trois grands thèmes : 

- les Couleurs du pôle  qui prouve que le grand Nord ne se résume pas au blanc de la neige, la neige prend aussi des teintes grisâtres, et les aurores boréales peuvent se transformer en une symphonie de couleurs.

Où est le pôle ?  présente quelques expéditions légendaires vers cette terre des confins dont les noms de ville comme Vladivostok sont imprégnés d'un imaginaire collectif dense. 

- Enfin la dernière partie Vivre dans le Grand Nord s'intéresse aux habitants de ces contrées du bout du monde : les Inuits, peuple aux ressources inépuisables et inventives. Le lecteur apprend ici comment fabriquer un igloo, comment chasser le phoque, et surtout comment survivre dans des températures aussi glaciales.

Smithsonian National museul of Natural History (Washington USA) Photo @Bryan and Cherry Alexander Photography

Elément plus sordide de l'histoire du Grand Nord, il sera aussi question de la Kolyma où Staline avaient relégués les éléments hostiles au régime.

Le mélange des genres, la rencontre d'écrivains aux horizons très différents comme Vassili Golovanov, Cédric Gras, Fridtjof Nansen, Grey Owl, Gontran de Poncins, Jean Malaurie, Andreï Makine, Varlam Chalamov, Jack London, Pete Hoeg, Jorn Riel permettent d'aborder ces territoires selon différents points de vue. Ce faisceau de textes crée ainsi une image vivante et enrichissante de ces territoires du bout du monde. 

Ce que j'ai moins aimé :

Les textes sont courts, de fait le recueil est lui aussi très court (103 pages) pour un prix de 7.80 euros.

Vous aimerez aussi :

Sur le même thème :  Profondeurs glacées de Wilkie COLLINS ;  Au nord du monde de Marcel THEROUX ;Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON ;  La maison de mes pères de Jorn RIEL  ; La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL ; Imaqa de Flemming JENSEN ; Un petit détour et autres racontars de Jorn Riel

 

Le goût du Grand Nord, textes choisis et présentés par Anne-Marie Cousin, Mercure de France, avril 2014, 7.80 euros

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Quatre soeurs tome 1 et 2 de Malika FERDJOUKH et Cati BAUR

Publié le par Hélène

♥♥♥

Ce que j'ai aimé :

La famille Verdelaine est composée de cinq soeurs : Charlie l'aînée, Geneviève, la ménagère accomplie, Bettina, l'adolescente superficielle, Hortense, plus effacée et Enid la petite dernière. Les filles habitent la Vill'Hervé, une grande maison au bord de la mer, pleine de courants d'air. Malgré tout elles restent attachée à cette grande villa qui constitue leur foyer, leur refuge et point d'ancrage dans une vie marquée par la disparition brutale des parents deux ans auparavant dans un accident de voiture. Ces derniers apparaissent  sporadiquement à l'une ou l'autre des filles en détresse pour conseiller, orienter... Ces apparitions fantômatiques pallient au manque difficilement exprimable, à l'l'absence qui aspire comme un trou d'air ces filles qui ont encore besoin d'être secondée par des adultes dans leur vie. La tante Lucrèce est chargée de veiller sur elles, même si ses apparitions rocambolesques laissent dans leur sillon une amertume, un rappel de leur situation précaire d'orphelines. Mais leur cohérence et le tourbillon du quotidien les sauve. En se créant une bulle confortable, malgré la mort des parents, la pauvreté, la vivacité et la dynamique du groupe leur donne le sourire.

Dans le tome 1 les projecteurs sont braqués sur Enid, 9 ans, encore dans l'enfance. A la suite d'une tempête, elle s'inquiéte pour ses animaux "domestiques" dont une chauve-souris. De plus, des hurlements lugubres retentissent aux alentours de la villa, poussant cette jeune Enid avide d'aventures à enquêter. Les cinq soeurs accueillent également pour les vacances scolaires la jeune Colombe dont Bettina sera farouchement jalouse.  

Dans le tome 2, Hortense est mise en lumière : jeune adolescente elle peine à trouver sa place dans le monde. Son caractère est aux antipodes de celui de sa soeur Bettina, et les disputes sont monnaie courante entre elles. Hortense cherche sa vocation, elle aimerait gagner en confiance et ne plus être tétanisée par sa timidité. Elle rencontre une jeune voisine malade avec qui elle entretient des rapports privilégiés.

Cette adaptation des romans de Malika Ferdjoukh, édités initialement par l'Ecole des Loisirs, est parfaitement réussie, la grâce des dessins accompagnant avec douceur le quotidien des ces cinq soeurs. Ces deux premiers tomes font montre d'une psychologie parfaitement maîtrisée : avec humour et profondeur, l'auteur saisit parfaitement les pensées, préoccupations, rêves des adolescentes, et ce en fonction de leur âge. Enid est encore dans le monde édulcoré de l'enfance durant lequel tout est mystère et peuplé de créatures imaginaires auxquelles elle peut se confier. Hortense quant à elle quitte doucement ce monde et ses interrogations deviennent plus graves : il s'agit à présent de trouver son identité, de se faire une place dans la micro-société des copines et copains, de s'épanouir au mieux à un âge relativement ingrat. La tendresse et l'humour de leurs soeurs leur permettent de se lover au besoin au creux de la grande villa comme dans un cocon confortable. 

Le tome 3 en préparation sera consacré à Bettina, le 4 à Geneviève. De belles lectures encore en perspective !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Delcourt 

Vous aimerez aussi :

Les romans à L'Ecole des Loisirs.

D'autres avis :

AifelleAntigone  ; Saxaoul  ; StéphieEnna 

 

Quatre soeurs, Enid tome 1, Hortense tome 2, Delcourt, 2011, 7 euros le tome

 

 Chez  Yaneckcette semaine

Publié dans Jeunesse BD

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Oreiller d'herbe de SOSEKI

Publié le par Hélène

♥ ♥

Réédition :

Picquier propose une nouvelle traduction pour ce texte que Soseki appelait son "roman-haïku", édition illustrée de peintures d'une infinie délicatesse, aux couleurs veloutées, chatoyantes, issues d'une édition japonaise de 1926 en trois rouleaux où figuraient le texte entièrement calligraphié et une trentaine de peintures, toutes reproduites ici.

 

Présentation de l'éditeur

Oreiller d’herbe occupe une place privilégiée dans l’œuvre de Sôseki, manifeste poétique et esthétique qui suit le voyage d’un jeune peintre à la montagne, loin des passions et de l’agitation de la cité. Une silhouette féminine aperçue au clair de lune, le murmure d’une chanson, la contemplation de la nature entraînent ce double de l’auteur à approfondir sa méditation sur l’art et la création. 
« Je ne crois pas qu’un tel roman ait déjà existé en Occident. Il ouvrira de nouveaux horizons à la littérature », prédisait Sôseki en l’écrivant.


 Ce que j'en disais

Un peintre se retire dans une auberge de montagne pour peindre et réfléchir sur son art. Il y rencontre une jeune femme Nami, fille du patron des lieux. Son histoire recoupe le destin de la Belle de Nagara, légende de la région  : aimée par deux garçons, elle ne choisit aucun des deux, compose un poème et se noie dans la rivière. Nami quant à elle était aussi aimée de deux garçons, mais "n'a heureusement pas recouru à la solution de la rivière." Elle choisit un des hommes, mais étant malheuruese, le quitte er revient vivre chez ses parents. Elle hante les lieux et est depuis soupçonnée de s'enliser dans la folie. 

Le narrateur est envoûté par la jeune femme et cherche son inspiration dans son chant. Son esprit erre dans des brumes oniriques, entre rêve et réalité, la poésie s'installe au delà du sentiment, provoqué et reconstruit par le poète. 

"Dans un pareil moment, comment retrouver un point de vue poétique ? Eh bien, il suffit de placer devant soi un sentiment,  de reculer de quelques pas et de l'examiner avec calme comme s'il s'agissait de celui d'un autre. Le poète a le devoir de disséquer lui-même son propre cadavre et de rendre publics les résultats de son autopsie." p. 53

Des silhouettes fantômatiques peuplent son monde, telle la belle Ophélie de Millais.

Si la peinture le fascine, le narrateur rédige aussi des haïkus, artiste complet il est happé par le besoin de créer et ressent profondément les affres et doutes de la création artistique. Ses cheminements poétiques empruntent quelquefois des méandres difficiles à suivre pour un lecteur occidental qui doit se laisser bercer par le rythme lancinant de la littérature japonaise pour être touché. 

Bilan : 

Cette réédition enrichit le texte en l'embellissant. 

Chez Picquier 

 

Oreiller d'herbe, ou le voyage poétique, SOSEKI, traduction de Elisabeth Suetsugu, Picquier, ocotbre 2015, 200 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

Oreiller d'herbe de SOSEKI
Oreiller d'herbe de SOSEKI

Publié dans Littérature Asie

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Tropique de la violence de Nathacha APPANAH

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Les mensonges et les rêves n'exitent plus. Seuls subsistent la vie et l'enfer des autres." 

Marie est une jeune infirmière qui suit l'homme qu'elle aime sur l'île paradisiaque de Mayotte située dans l'océan Indien. Mais leur relation ne dure guère. Un beau jour, à l'hôpital où elle travaille, une jeune mère lui offre comme en cadeau un bébé aux yeux atypiques : l'un noir l'autre vert. La jeune mère pense que cet enfant lui portera malheur car il porte la marque des djinns, elle refuse de l'élever et le laisse ainsi à Marie qui va couver cet enfant et l'aimer comme s'il était le sien. Elle le  prénomme Moïse et dans cette île où règne la misère, elle l'élève dans un monde relativement privilégié. Aussi, le jour où Moïse quittera ce monde de priviléges, il heurtera de plein fouet l'envers du décor... Mené par Bruce, jeune garçon qui règne sur le bidonville appelé Gaza, Moïse errerra avec ces enfants et adolescents livrés à eux-même, dans un monde hanté par la pauvreté et sclérosé par la drogue et la violence 

Natacha Appanah s'attache ici à décrire le désoeuvrement de ces jeunes appartenant à des gangs violents. La jeune femme a vécu elle-même à Mayotte durant deux ans et avait été frappée par le nombre d'enfants errant dans les rues. Souvent ces enfants avaient été laissés à Mayotte par leurs parents clandestins renvoyés à la frontière. 

"Le 101ème département, surnommé l'île aux parfums ou l'île au lagon, fait également face à une pression migratoire constante venue des Comores, de Madagascar et même de quelques pays africains. Presque 20 000 personnes ont été reconduites à la frontière en 2014 mais les kwassas kwassas continuent d'arriver tous les jours sur les côtes mahoraises. 597 embarcations ont été interceptées en 2014. On estime à 3000 le nombre des mineurs isolés qui vivent durablement dans le 101ème département de France, sans foi, ni loi." p. 112

Mayotte semble bien loin de l'image d'eldorado véhiculée par les agences touristiques ! 

"C'est Mayotte ici et toi tu dis c'est la France. Va chier ! La France c'est comme ça ? En France tu vois des enfants traîner du matin au soir comme ça, toi ? En France il y a des kwassas qui arrivent par dizaines comme ça avec des gens qui débarquent sur les plages et certains sont déjà à demi morts ? En France il y a des gens qui vivent toute leur vie dans les bois ? En France les gens mettent des grilles de fer à leurs fenêtres comme ça ? En France les gens chient et jettent leurs ordures dans les ravines comme ça ?"

Ce que j'ai moins aimé :

- La structure est déroutante, puisque le récit commence par la fin, et que sont alors déroulés les évènements qui ont mené à cette situation, sappant toute tension dramatique. 

- Plusieurs voix prennent en charge la narration dans des chapitres relativement courts, si bien que la psychologie des personnages semble peu approfondie, survolant seulement les situations. Les points de vue -quelquefois venus d'outretombe- sont comme détachés de la violence des faits évoqués. 

Bilan : Un sujet fort mais un ensemble qui manque malheureusement de puissance pour moi. 

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard 

D'autres avis : Babélio

 

Un roman qui fait partie de la première sélection du prix Goncourt, de la première sélection du Fémina, ainsi que du Médicis. 

 

Tropique de la violence, Natacha Appanah, Gallimard, août 2016, 192 p., 17.50 euros

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L'enfant qui mesurait le monde de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

De l'importance de se laisser surpendre par la beauté du monde

A Kalamaki en Grèce trois destins vont se croiser : celui du petit Yannis, perdu dans son autisme, celui de sa mère Marai, submergée par ce fils si différent des autres, et celui d'Eliot qui a perdu sa fille et s'installe sur l'île pour poursuivre ses recherches sur le nombre d'Or. 

Ces trois personnages sont des êtres désoeuvrés errant dans un monde qui les dépasse : Eliot cherche un sens à sa vie alors que la chair de son sang est morte en raison d'un accident stupide, il cherche à s'ancrer dans le monde et se sauve temporairement grâce au travail dans lequel il se lance à corps perdu pour mieux combattre la douleur. "Quand la mer n'est pas furieuse, nous sommes tous de grands capitaines. Lorsqu'elle se déchaine, le plus solide des trehandiri doit rentrer au port et s'ancrer. Et même en trois points." p. 23

Marai et son fils essaient aussi de s'ancrer dans le monde, mais pour Yannis, autiste, le monde est trop instable, soumis aux changements perpétuels, alors qu'il aimerait que la vie soit sans surprise, ordonnée, "Qu'il n'ait pas à affronter sans cesse des situations dont il ne savait rien, ou des gens dont il n'arrivait pas à prévoir ce qu'ils allaient dire ou faire et qui le mettaient dans des états d'immense angoisse." p. 57

Tous se raccrochent à leur environnement, ce lieu magnifique qui leur offre un semblant de stabilité. Mais un projet d'hôtel dans cet univers préservé risque de bouleverser leur équilibre. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Au début du roman, des sauts temporels, des ellipses, des résumés sur plusieurs pages compliquent la chronologie. Des passages à l'imparfait couvrent plusieurs années, puis de nouveaux passages au passé simple donnent l'impression qu'enfin l'action a débuté, mais non, de nouveaux retours en arrière dans la vie d'un autre personnage bouleversent la narration ! L'action débute réellement au bout de 30 pages quand les personnages se rencontrent réellement. 

- L'auteur a voulu aborder trop de sujets qui lui tenaient à coeur, créant un trop-plein de problématiques : la beauté de la Grèce, l'amour de la philosophie, la situation économique de la Grèce, les luttes de pouvoir politique, le projet immobilier, l'autisme, le théâtre et la représentation, la religion, même la sexualité des prêtres ... 

Bilan : L'enfant qui mesurait le monde fait montre d'une belle poésie, c'est un récit touchant même s'il a tendance quelquefois à s'éparpiller au détriment par exemple du très beau personnage de Yannis, qui aurait mérité d'être mis davantage en avant car "Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes. L'immense solitude et l'impossibilité désespérante de s'ouvrir à l'autre."  A travers cet enfant, l'auteur nous éclaire sur le sens de la vie, sur notre capacité à nous émerveiller devant la beauté qui nous entoure, pour quelquefois, un instant, saisir le magnifique agencement du monde. Avoir cette impression tout à coup de tout comprendre. Pour mieux s'ancrer. Ici et maintenant. 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Yves 

Du même auteur : Le Turquetto ;  La confrérie des moines volants  ; Juliette dans son bain 

 

L'enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi Grasset, août 2016, 304 p., 19 euros

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Histoires nordiques de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lucie Lachapelle a fait plusieurs séjours au Nunavik  où elle a officié en tant qu'enseignante en 1975. Elle raconte dans ces nouvelles certaines de ses rencontres et expériences parmi les Inuits. Elle évoque avec tendresse son amie Kitty, les enfants à qui elle enseigne, les pères pas toujours très réceptifs à l'enseignement, Akinisie, la guérisseuse du village...

Avec amour et poésie, elle livre un beau récit - témoignage sur cette région du bout du monde. Aux côtés des habitants, elle pêche, elle chasse le phoque et l'outarde,  dort sous un igloo ou sous la tente, goûte les plats typiques comme le foie de phoque, le gésier d'outarde, la perdrix ou le béluga cru. Elle se laisse charmer par la douceur de ce pays du bout du monde : 

"Le soleil fait miroiter les mares d'eau laissées par les dernières pluies. Le vent fait claquer les vêtements sur les cordes tendues entre les maisonnettes et les gonfle comme des voiles de bateaux prêts pour le prochain voyage. Le ciel est sans nuages. Un enfant pleure, une mère sort sur le pas de sa cabane et le prend dans ses bras, l'embrasse, le console. Le rire du petit retentit et s'élève dans l'air frais de juillet." p. 17

Si dans un premier temps elle envisage de rester dans ce pays, elle saisit peu à peu les raisons qui, réciproquement, poussent les habitants à rêver du Sud, elle ressent alors dans les profondeurs de son être leurs terreurs : 

"Parfois, les nuits sont noires, sans lune, sans étoiles, sans ciel. Un plafond de nuages sombres. Ce sont des nuits d'angoisse.

Parfois, le jour se lève ainsi. Il sort de la nuit lourde, s'installe sans soleil. A peine une lueur. Une clarté. L'air ne circule pas. Les sons demeurent au sol.

Le ciel, la terre, la mer, tous trois confondus. L'enfant s'égare, le chasseur tombe dans une crevasse, le Blanc devient fou." p. 73 

Les années avançant, elle ouvre alors les yeux sur un climat social oppressant, une violence et un mal-être qui poussent beaucoup trop de jeunes au suicide. Son point de vue se fait plus nuancé, plus humain face à ce monde en suspens...

"Il y a des problèmes, c'est vrai. Mais il y a de l'espoir. Le monde nordique a changé, évolué, mais sa beauté est intacte. Elle l'a vu, encore une fois, dans toute sa grandeur et avec tous ses malheurs. Il y a des vieilles au sourire moqueur et des vieux à la peau burinée, des enfants aux yeux rieurs et d'autres qui se suicident, des parents bienveillants et d'autres qui se soûlent, des filles amoureuses et d'autres qui sont violentées, des ciels lumineux, des coups de vent et des tempêtes." p. 125

Scène de vie au Nunavik. (Photo fournie par Lucie Lachapelle)

 

Présentation de l'éditeur : Editions XYZ

D'autres avis : Karine ; Lecture commune avec Yueyin 

Du même auteur : Rivière Mékiskan 

Vous aimerez aussi : Les romans de Jorn Riel

 

Histoires nordiques, Lucie Lachapelle, XYZ Editeur, 2013, 133 p., 17 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

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Des hommes de peu de foi de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Nelson 13 ans passe ses vacances dans le camp de scout Chippewa dans le nord du Wisconsin aux côtés de son père, un homme peu affable. Nous sommes à l'été 62, les camps scouts sont synonymes de camaraderie, veillées au coin du feu, courses d'orientation dans la forêt. En théorie. Mais Nelson a peu de camarades, il reste exclu et cette année-là des soirées clandestines peu orthodoxes ont lieu... Nelson aura des choix définitifs à faire. 

Nous retrouverons Nelson à trois étapes de sa vie : en 1962, 1996 et 2019, toujours avec en toile de fond ce camp Chippewa, fondateur des valeurs américaines. Ces différentes étapes mettront en valeur les difficultés d'être père, mari, ami,bon patriote dans une Amérique en pleine mutation.  

Si la décence et la générosité sont promues et récompensées : "La récompense est de ne pas avoir à mentir, de n'avoir rien à cacher, de n'avoir honte de rien. Vous n'aurez jamais besoin de présenter des excuses." , suivre une ligne de conduite rectiligne reste difficile. 

"Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ; les lâches par le cerveau? Ne l'oublie jamais. Les héros ne calculent pas, ne calibrent pas. Ils font le choix du bien." p. 284

Les années 2000 sont l'occasion d'une description assez pessimiste de l'Amérique actuelle :

"Les mariages ne durent pas, personne n'est innocent et les valeurs scoutes, à l'instar des autres valeurs morales, ne représentent au final que des Tables de la Loi archaïques, dont les mots se fondent dans l'obscurité, effacés par les pluies acides,la pierre retournant au sable qui la réduit en particules minuscules, sable à jamais mouvant sous nos pieds." p. 302

Dans un monde chaotique, comment garder la foi dans les valeurs fondamentales transmises par l'armée, le scoutisme ou l'éducation  ? Tel est sans doute le sens du titre tiré de l'Evangile selon Matthieu : "Jésus lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Il est souvent difficile de garder la foi...

Ce que j'ai moins aimé : La dernière partie consacrée à Rachel et notamment ce qu'il lui arrive à elle et Nelson semble un peu abrupt. L'auteur utilise cette expérience pour s'interroger sans doute sur le rapport hommes femmes en adoptant ici le point de vue féminin mais cela tombe malheureusement dans la caricature. C'est dommage ...

Bilan : Un magnifique roman profondément humain qui est prétexte à une myriade de questions essentielles : Qu'est ce qui fait de nous des gens bien ? Une belle personne ? Quel est le prix à payer pour être quelqu'un de bien ? A méditer...

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

Du même auteur Retour à Little Wing ; Rendez-vous à Crawfish creek 

D'autres avis :  SandrineEva Jostein ; Clara

Télérama

 

Des hommes de peu de foi, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, Autrement, août 2016, 535 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

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