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435 résultats pour “ile du point némo

L'enfant qui mesurait le monde de Metin ARDITI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

De l'importance de se laisser surpendre par la beauté du monde

A Kalamaki en Grèce trois destins vont se croiser : celui du petit Yannis, perdu dans son autisme, celui de sa mère Marai, submergée par ce fils si différent des autres, et celui d'Eliot qui a perdu sa fille et s'installe sur l'île pour poursuivre ses recherches sur le nombre d'Or. 

Ces trois personnages sont des êtres désoeuvrés errant dans un monde qui les dépasse : Eliot cherche un sens à sa vie alors que la chair de son sang est morte en raison d'un accident stupide, il cherche à s'ancrer dans le monde et se sauve temporairement grâce au travail dans lequel il se lance à corps perdu pour mieux combattre la douleur. "Quand la mer n'est pas furieuse, nous sommes tous de grands capitaines. Lorsqu'elle se déchaine, le plus solide des trehandiri doit rentrer au port et s'ancrer. Et même en trois points." p. 23

Marai et son fils essaient aussi de s'ancrer dans le monde, mais pour Yannis, autiste, le monde est trop instable, soumis aux changements perpétuels, alors qu'il aimerait que la vie soit sans surprise, ordonnée, "Qu'il n'ait pas à affronter sans cesse des situations dont il ne savait rien, ou des gens dont il n'arrivait pas à prévoir ce qu'ils allaient dire ou faire et qui le mettaient dans des états d'immense angoisse." p. 57

Tous se raccrochent à leur environnement, ce lieu magnifique qui leur offre un semblant de stabilité. Mais un projet d'hôtel dans cet univers préservé risque de bouleverser leur équilibre. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Au début du roman, des sauts temporels, des ellipses, des résumés sur plusieurs pages compliquent la chronologie. Des passages à l'imparfait couvrent plusieurs années, puis de nouveaux passages au passé simple donnent l'impression qu'enfin l'action a débuté, mais non, de nouveaux retours en arrière dans la vie d'un autre personnage bouleversent la narration ! L'action débute réellement au bout de 30 pages quand les personnages se rencontrent réellement. 

- L'auteur a voulu aborder trop de sujets qui lui tenaient à coeur, créant un trop-plein de problématiques : la beauté de la Grèce, l'amour de la philosophie, la situation économique de la Grèce, les luttes de pouvoir politique, le projet immobilier, l'autisme, le théâtre et la représentation, la religion, même la sexualité des prêtres ... 

Bilan : L'enfant qui mesurait le monde fait montre d'une belle poésie, c'est un récit touchant même s'il a tendance quelquefois à s'éparpiller au détriment par exemple du très beau personnage de Yannis, qui aurait mérité d'être mis davantage en avant car "Cet enfant porte en lui toute la douleur des hommes. L'immense solitude et l'impossibilité désespérante de s'ouvrir à l'autre."  A travers cet enfant, l'auteur nous éclaire sur le sens de la vie, sur notre capacité à nous émerveiller devant la beauté qui nous entoure, pour quelquefois, un instant, saisir le magnifique agencement du monde. Avoir cette impression tout à coup de tout comprendre. Pour mieux s'ancrer. Ici et maintenant. 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Yves 

Du même auteur : Le Turquetto ;  La confrérie des moines volants  ; Juliette dans son bain 

 

L'enfant qui mesurait le monde, Metin Arditi Grasset, août 2016, 304 p., 19 euros

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Histoires nordiques de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lucie Lachapelle a fait plusieurs séjours au Nunavik  où elle a officié en tant qu'enseignante en 1975. Elle raconte dans ces nouvelles certaines de ses rencontres et expériences parmi les Inuits. Elle évoque avec tendresse son amie Kitty, les enfants à qui elle enseigne, les pères pas toujours très réceptifs à l'enseignement, Akinisie, la guérisseuse du village...

Avec amour et poésie, elle livre un beau récit - témoignage sur cette région du bout du monde. Aux côtés des habitants, elle pêche, elle chasse le phoque et l'outarde,  dort sous un igloo ou sous la tente, goûte les plats typiques comme le foie de phoque, le gésier d'outarde, la perdrix ou le béluga cru. Elle se laisse charmer par la douceur de ce pays du bout du monde : 

"Le soleil fait miroiter les mares d'eau laissées par les dernières pluies. Le vent fait claquer les vêtements sur les cordes tendues entre les maisonnettes et les gonfle comme des voiles de bateaux prêts pour le prochain voyage. Le ciel est sans nuages. Un enfant pleure, une mère sort sur le pas de sa cabane et le prend dans ses bras, l'embrasse, le console. Le rire du petit retentit et s'élève dans l'air frais de juillet." p. 17

Si dans un premier temps elle envisage de rester dans ce pays, elle saisit peu à peu les raisons qui, réciproquement, poussent les habitants à rêver du Sud, elle ressent alors dans les profondeurs de son être leurs terreurs : 

"Parfois, les nuits sont noires, sans lune, sans étoiles, sans ciel. Un plafond de nuages sombres. Ce sont des nuits d'angoisse.

Parfois, le jour se lève ainsi. Il sort de la nuit lourde, s'installe sans soleil. A peine une lueur. Une clarté. L'air ne circule pas. Les sons demeurent au sol.

Le ciel, la terre, la mer, tous trois confondus. L'enfant s'égare, le chasseur tombe dans une crevasse, le Blanc devient fou." p. 73 

Les années avançant, elle ouvre alors les yeux sur un climat social oppressant, une violence et un mal-être qui poussent beaucoup trop de jeunes au suicide. Son point de vue se fait plus nuancé, plus humain face à ce monde en suspens...

"Il y a des problèmes, c'est vrai. Mais il y a de l'espoir. Le monde nordique a changé, évolué, mais sa beauté est intacte. Elle l'a vu, encore une fois, dans toute sa grandeur et avec tous ses malheurs. Il y a des vieilles au sourire moqueur et des vieux à la peau burinée, des enfants aux yeux rieurs et d'autres qui se suicident, des parents bienveillants et d'autres qui se soûlent, des filles amoureuses et d'autres qui sont violentées, des ciels lumineux, des coups de vent et des tempêtes." p. 125

Scène de vie au Nunavik. (Photo fournie par Lucie Lachapelle)

 

Présentation de l'éditeur : Editions XYZ

D'autres avis : Karine ; Lecture commune avec Yueyin 

Du même auteur : Rivière Mékiskan 

Vous aimerez aussi : Les romans de Jorn Riel

 

Histoires nordiques, Lucie Lachapelle, XYZ Editeur, 2013, 133 p., 17 euros

 

 

 

 

 

 

 

 

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Des hommes de peu de foi de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Nelson 13 ans passe ses vacances dans le camp de scout Chippewa dans le nord du Wisconsin aux côtés de son père, un homme peu affable. Nous sommes à l'été 62, les camps scouts sont synonymes de camaraderie, veillées au coin du feu, courses d'orientation dans la forêt. En théorie. Mais Nelson a peu de camarades, il reste exclu et cette année-là des soirées clandestines peu orthodoxes ont lieu... Nelson aura des choix définitifs à faire. 

Nous retrouverons Nelson à trois étapes de sa vie : en 1962, 1996 et 2019, toujours avec en toile de fond ce camp Chippewa, fondateur des valeurs américaines. Ces différentes étapes mettront en valeur les difficultés d'être père, mari, ami,bon patriote dans une Amérique en pleine mutation.  

Si la décence et la générosité sont promues et récompensées : "La récompense est de ne pas avoir à mentir, de n'avoir rien à cacher, de n'avoir honte de rien. Vous n'aurez jamais besoin de présenter des excuses." , suivre une ligne de conduite rectiligne reste difficile. 

"Les héros sont toujours gouvernés par le coeur ; les lâches par le cerveau? Ne l'oublie jamais. Les héros ne calculent pas, ne calibrent pas. Ils font le choix du bien." p. 284

Les années 2000 sont l'occasion d'une description assez pessimiste de l'Amérique actuelle :

"Les mariages ne durent pas, personne n'est innocent et les valeurs scoutes, à l'instar des autres valeurs morales, ne représentent au final que des Tables de la Loi archaïques, dont les mots se fondent dans l'obscurité, effacés par les pluies acides,la pierre retournant au sable qui la réduit en particules minuscules, sable à jamais mouvant sous nos pieds." p. 302

Dans un monde chaotique, comment garder la foi dans les valeurs fondamentales transmises par l'armée, le scoutisme ou l'éducation  ? Tel est sans doute le sens du titre tiré de l'Evangile selon Matthieu : "Jésus lui dit : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ?" Il est souvent difficile de garder la foi...

Ce que j'ai moins aimé : La dernière partie consacrée à Rachel et notamment ce qu'il lui arrive à elle et Nelson semble un peu abrupt. L'auteur utilise cette expérience pour s'interroger sans doute sur le rapport hommes femmes en adoptant ici le point de vue féminin mais cela tombe malheureusement dans la caricature. C'est dommage ...

Bilan : Un magnifique roman profondément humain qui est prétexte à une myriade de questions essentielles : Qu'est ce qui fait de nous des gens bien ? Une belle personne ? Quel est le prix à payer pour être quelqu'un de bien ? A méditer...

 

Présentation de l'éditeur : Autrement 

Du même auteur Retour à Little Wing ; Rendez-vous à Crawfish creek 

D'autres avis :  SandrineEva Jostein ; Clara

Télérama

 

Des hommes de peu de foi, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, Autrement, août 2016, 535 p., 23 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

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Chaos debout à Kinshasa de Thierry BELLEFROID et Barly BARUTI

Publié le par Hélène

♥ ♥

A Kinshasa en 1974 se prépare le combat du siècle qui opposera Mohammed Ali et George Foreman. Mohammed Ali est bien décidé à gagner après trois défaites consécutives, quand Foreman de son côté se fait attendre. Ernest, petit malfrat d'Harlem gagne par miracle un voyage au Zaïre pour assister au match. Il pense renouer avec ses racines, mais c'est un Zaïre bien différent de celui qu'il avait fantasmé qu'il découvre, un Zaïre en pleine guerre froide, mené d'un main de fer par le président dictateur Mobutu qui traîne dans son ombre des politiciens corrompus, prêts à tout pour rendre son faste au pays émancipé des colons belges. Ernest croisera aussi la route de Blanche, femme fatale qui use de ses charmes et dont le frère est emprisonné par le régime.

La démesure des deux poids lourds africains, Ali et Mobutu transparaît dans chaque scène. Mohammed Ali doit redorer son image ternie parce qu'il a refusé de combattre au Viet-Nam et qu'il s'est converti à l'islam, il veut prouver qu'il reste un africain pur sang prêt à en découdre. Mobutu  veut faire régner l'ordre dans son pays et les bas-fonds de Kinshasa dans lesquels nous entraîne notamment la belle Blanche résonnent des cris des opposants, torturés et tués par la sécurité... Autour de ces deux êtres emblématiques gravitent des personnages aux motivations relativement sombres. Les clichés des uns et des autres risquent de voler en éclats...

Les dessins graphiques rendent hommage à une Afrique colorée, bigarrée, aux destins chavirant...

Ce que j'ai moins aimé :

L'album mélange les intrigues secondaires, les personnages, les époques, si bien que les repères sont difficiles à trouver au premier abord, d'autant plus si on ne bénéficie pas de quelques pré-requis sur la politique africaine de l'époque...

Bilan : L'alliance subtile entre faits historiques et fiction éclaire néanmoins l'histoire du Congo belge par le biais de personnages emblématiques au destin exceptionnel. Des pages finales,  "les coulisses" de l'album séparent fiction et réalité et apporte un point de vue documentaire sur cet épisode de l'Histoire, épisode passé, "mais qui, le Zaïre-Congo étant ce qu'il est - la terre de tous les extrêmes où le réel est souvent plus fort que la fiction -, pourrait encore voir le jour aujourd'hui ou demain..." (Préface de Colette Braeckman)

 

Présentation de l'éditeur : Glénat 

 

Cette bande dessinée est en lice pour le Prix SNCF du POLAR catégorie BD. J'en parle ICI. 

 

Chaos debout à Kinshasa, Thierry Bellefroid et Barly Baruti, Glénat, février 2016, 112 p., 22 euros. 

 

Bd de la semaine chez Noukette cette semaine. 

 

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Let it snow de la TEAM COMEDIE ROMANTIQUE

Publié le par Hélène

♥ ♥

100% comédie,
100% romantique,
100% Noël
et 100% numérique

Isabelle Alexis, Tonie Behar, Adèle Bréau, Sophie Henrionnet, Marianne Lévy, Marie Vareille nous offrent six nouvelles romantiques pour agrémenter cette fin d'année ! Elles ont formé un collectif d'auteures de comédies romantiques à la française qui livrent ici leur interprétation décalée de la romance.

Crush et crash d'Isabelle Alexis :

Une réunion de famille dans laquelle l'esprit débridé et libérateur de Noël s'installe... Un zeste de revendications, une pointe d'humour et de passion suffit à déconstruire la structure aliénante d'une famille bourgeoise ...

Y aura-t-il de la neige à Noël ? de Tonie Behar :

Une narratrice amoureuse de Noël et de sa magie qui soignent jusqu'aux moindres détails sa soirée de réveillon (jusqu'à ses ongles rouges sont même ornés de flocons blancs). Mais une panne d'ascenseur va bouleverser ses projets de soirée romantique en amoureux... ou pas, la magie de Noël pouvant tomber du ciel, comme la neige, comme les anges, à tout instant... Une nouvelle qui nous enseigne l'importance de s'émanciper des cases toutes faites...

Ma préférée du recueil.

Le marché de Noël de Adèle Bréau :

Une nouvelle qui débute avec l'évocation d'un père seul avec ses deux petites filles à cause de la défection d'une mère sauf que cette situation initiale n'a plus de rapport avec la suite et son histoire de fromage... Dommage ! Une déception.

La théorie du pingouin de Sophie Henrionnet :

Un style original avec ses hashtags mais une histoire assez banale entre deux collègues qui s'échangent des mails. Les histoires de bureau grèvent l'humour et la magie de Noël à mes yeux, même si, bien sûr il en faut pour tous les goûts !

Keep calm et love Christmas de Marianne Lévy :

Une nouvelle avec un fan de Franck Sinatra et une actrice de pacotille qui cherche à lui redonner le sourire. J'ai perdu rapidement le fil...

Cap ou pas cap ? de Marie Vareille :

Une jeune femme emprisonnée dans un grand magasin le soir de Noël avec un charmant jeune homme cambrioleur... Assez prometteur.

 

Bilan : Ma préférence va aux deux premières nouvelles du recueil, la première pour son humour dévastateur qui déconstruit tous les clichés de la famille, la deuxième pour son univers romantique si parfaitement rendu.

Des nouvelles rafraichissantes variées autour de Noël qui, s'il fait rêver certains, est synonyme pour d'autres de réunions de famille exacerbant les conflits et ressassant les mêmes sujets éternels d'insatisfaction. La fuite semble alors la seule issue... Un recueil dédié aux anges de Noël (au cas où ils existent).

 

Présentation de l'éditeur : http://comedieromantique.com/

D'autres avis : Stephie

Qui sont-elles ? : http://comedieromantique.com/qui-sommes-nous/

 

Disponible en format numérique sur Amazon à 0.99 euros !

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Créole belle de James Lee BURKE

Publié le par Hélène

Dave Robicheaux se remet doucement de ses blessures (cf L'arc-en-ciel en verre), il erre à l'hôpital et reçoit la visite de Tee Jolie, une jeune femme chanteuse qui lui fait part de ses craintes concernant son conjoint. Quand il raconte à ses proches la visite de la jeune femme, ceux-ci doutent de sa réalité car il se trouve que la jeune femme a disparu depuis plusieurs mois. Dave lui-même ne sait plus très bien s'il a rêvé ou vécu cette scène. La morphine lui aurait-elle joué des tours ? Puis la jeune soeur de Tee Jolie est retrouvée morte...

Quant à lui, Clete, personnage atypique des romans de James Lee Burke pour qui   "Une journée moyenne n'était pas très différente d'un astéroïde s'écrasant sur Lewittown." piste un étrange tueur à gages avec qui il semble avoir plus d'un point commun...

Les deux comparses sont encore une fois aux prises avec les puissances de l'argent qui corrompent peu à peu l'environnement et noircissent un monde qui a tout pour être lumineux. Cette lumière transparait en filigrane dans les descriptions lyriques de l'auteur qui voue un amour inconditionnel à sa région : "Pour moi la Louisiane a toujours été un endroit hanté. Je suis persuadé que les spectres des esclaves, des Indiens Houma et Atakapa, des pirates, des soldats confédérés, des fermiers d'Acadie et des belles des plantations sont toujours là dans la brume. Je suis persuadé que leur histoire n'a jamais été contée, et que tant qu'elle ne l'aura pas été ils ne trouveront pas la paix." p. 45

Clete et Dave tentent de lutter contre la pollution des esprits et de la planète avec acharnement, gardant espoir malgré la noirceur qui tombe peu à peu sur le monde.

Ce que j'ai moins aimé :

J'avoue avoir éprouvé quelques difficultés à accrocher à l'intrigue, très lente à se mettre en place, et partant souvent dans diverses directions.

Bilan : L'atmosphère crépusculaire des romans de James Lee Burke continue néanmoins à m'envoûter. Pour l'heure mon préféré de la série reste Swan Peak

 

Présentation de l'éditeur : Rivages noir

D'autres avis : Lecture commune avec Electra

Télérama

 

Créole belle, James Lee Burke, Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Christophe Mercier, janvier 2016, Rivages noirs, 704 p., 10.20 euros

 

La série des Dave Robicheaux :

La Pluie de néon,

Prisonniers du ciel,

Black Cherry Blues

Une saison pour la peur

Une tache sur l'éternité

Dans la brume électrique avec les morts confédérés

Dixie City

Le Brasier de l'ange

Cadillac Jukebox

Sunset Limited

Purple Cane Road

Jolie Blon's Bounce

Dernier tramway pour les Champs-Elysées

L'Emblème du croisé

 La descente de Pégase

La nuit la plus longue

Swan Peak

L'Arc-en-ciel de verre

Créole belle

Lumière du monde

 

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La daronne de Hannelore CAYRE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tolérance zéro, réflexion zéro, voilà la politique en matière de stupéfiants pratiquée dans mon pays pourtant dirigé par des premiers de la classe."


Patience Portefeux, 53 ans, est une femme seule, veuve, devant assumer les frais couteux de sa mère à l'hospice. Elle a travaillé toute sa vie en ayant toujours des difficultés pour boucler les fins de mois. Son métier lui offre alors une opportunité décalée : alors qu'elle pratique des traductions d'écoutes téléphoniques dans les enquêtes des stups et du grand banditisme, un magot lui tombe soudain du ciel. De fil en aiguille, elle devient la Daronne...

Ce roman original et très bien écrit met en scène une héroïne au profit atypique, une femme de 53 ans qui rêvait enfant de collectionner les feux d'artifice, rêve fou que la vie a allègrement piétiné. A l'heure de prendre sa revanche, elle n'hésite pas un instant, tant elle est désabusée par la société et les politiques qui la régissent. L'amoralité du monde qui l'entoure, l'illogique d'un système qui fonctionne à l'envers la pousse à jouer ses propres cartes. Par exemple, si elle travaille pour la police, elle est payée au noir par le ministère. "C'est d'ailleurs assez effrayant quand on y pense, que les traducteurs sur lesquels repose la sécurité nationale, ceux-là mêmes qui traduisent en direct les complots fomentés par les islamistes de cave et de garage, soient des travailleurs clandestins sans sécu, ni retraite. Franchement comme incorruptibilité on fait mieux, non ?

Enfin, moi qui suis corrompue, je trouve ça carrément flippant."

De même, elle reste lucide sur la façon dont est menée la lutte contre la drogue en France : avec cette tolérance 0 et des moyens faramineux déployés pour lutter contre les délinquants, mais, parallèlement et paradoxalement, des français de souche loin d'être irréprochables terrés dans leur campagne et épargnés.

"Quatorze millions d'expérimentateurs de cannabis en France et huit cent mille cultivateurs qui vivent de cette culture au Maroc. Les deux pays sont amis et pourtant ces gamins dont j'écoutais à longueur de journées les marchandages purgeaient de lourdes peines de prison pour avoir vendu leur shit aux gosses de flics qui les poursuivent, à ceux des magistrats qui les jugent ainsi qu'à tous les avocats qui les défendent. Du coup ils deviennent amers et haineux. On ne m'enlèvera pas de l'esprit (même si mon ami flic m'affirme que je me trompe) que cette débauche de moyens, cet acharnement à vider à la petite cuillère la mer de shit qui inonde la France, est avant tout un outil de contrôle des populations en ce qu'elle permet de vérifier l'identité des Arabes et des Noirs dix fois par jour."

Ce que j'ai moins aimé : Le cynisme grinçant de cette anti-héroïne moderne est assez désespérant notamment en ce qui concerne la gestion de la vieillesse et la solitude dans laquelle se meuvent les êtres.

Bilan : Un roman percutant, marquant qui mérite amplement tous les prix obtenus :

Grand Prix de littérature policière - 2017 / Prix Le Point du polar européen - 2017 / Meilleur polar de l'année 2017, selon le Magazine Lire

 

Présentation de l'éditeur : Métailié

D'autres avis : Télérama ; Encordunoir ; Yves

 

La daronne, Hannelore Cayre, Métailié, mars 2017, 171 p., 17 euros

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Participer à un jury littéraire

Publié le par Hélène

Depuis plusieurs années, je participe à des jurys littéraires, et je voulais revenir sur ces belles expériences et vous donner mes préférences :

Le Grand Prix des lectrices de Elle en 2005  :

Les plus :

- des pré-sélections intéressantes, nous recevons en moyenne trois livres par mois : un roman, un policier et un document

- une soirée fastueuse

Les moins :

Le fait que les genres soient mélangés, j'avoue ne pas être très réceptive aux documentaires, comme certains lecteurs peuvent ne pas être réceptifs aux romans policiers...

Voici les articles qui concernaient ce prix : ICI et ICI

Prix des lecteurs de l'Express 2011 :

Je n'en garde pas beaucoup de souvenirs sauf le fait que j'ai découvert le merveilleux D'acier à cette occasion !

L'année suivante, Yves m'avait invité à l'accompagner à la soirée de remise et j'avais pu rencontrer le charmant David Vann qui écrit des romans aussi glaçants que Sukkwann island !

Prix du polar SNCF :

Je participais au tout début, et j'avais aimé car il y avait aussi cette volonté de découvrir des titres. Je me rappelle de réunions assez régulières au sein de la SNCF pour discuter de nos découvertes. Le seul bémol à l'époque était que je devais me procurer les romans moi-même, entre achats et bibliothèque.

J'ai raccroché aux wagons (ahah) du prix seulement l'an dernier et le fonctionnement avait changé : les titres étaient pré-sélectionnés, mais les catégories BD et courts métrages ont fait leur apparition.

Heureuse surprise, cette année les titres sont disponibles en format numérique librement.
Par contre côté lectures, je ne m'y reconnais pas, peu de coups de coeur sauf le magnifique 911 !

A noter que la remise du prix aura lieu lundi prochain.
Mes billets : ICI pour 2018 et ICI pour 2017

Prix des lecteurs de Points en 2018 :

J'ai été globalement déçue par la pré-selection. La soirée n'a pas eu lieu, je vous en reparlerai !

Grand prix des blogueurs Littéraires 2018 :

Une sélection en accord avec mes choix (Bakhita forever) mais le prix consiste à émettre juste un vote, il y eut peu d'échanges en amont. Néanmoins la soirée était très réussie...

 

Mes préférés :

Le prix Psychologies du roman inspirant :

- une sélection originale

- une vraie délibération pendant plusieurs heures

- Une soirée très réussie

Le Bilan est ICI

Le prix Goncourt des lycéens, même si je ne fais pas partie du jury - j'ai un peu passé l'âge du lycée (si peu...) - mais j'ai accompagné deux fois les lycéens, grâce à la Fnac

Les plus :

-Une sélection très large puisqu'elle reprend les titres sélectionnés pour le Goncourt

- De vraies rencontres avec les écrivains sélectionnés

- Un jury volontaire et enthousiaste

- Des choix en adéquation avec mes propres goûts (Petit Pays et L'art de perdre ces deux dernières années)

- Une remise de prix et une soirée sympathique

J'en parle ICI notamment

En 2009 le Prix Orange du Livre :

Les plus :

- Un jury de lecteurs, libraires et auteurs

- Ce même jury crée la pré-selection

- de nombreuses réunions avec le jury pour débattre

- Des lauréats qui me plaisent (c'est à cette occasion que j'ai découvert le merveilleux David Thomas)

- Des maisons d'édition variées

- Des rencontres marquantes : Erik Orsenna, Yves, Sophie Adriansen, Aurélie, Dominique, et d'autres encore !

 

 

 

 

Globalement ce furent de belles expériences, qui m'ont permis de lire des romans vers lesquels je ne serais pas allée de moi-même, et qui m'ont fait rencontré des lecteurs passionnés et passionnants !

 Je vous encourage à tenter vous aussi votre chance pour un de ces jurys !

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Ma grand-mère avait les mêmes, les dessous affriolants des petites phrases de Philippe DELERM

Publié le par Hélène

                                     ma-grand-mere-avait-les-memes.jpg

"On ne possède pas les autre. On ne détient jamais le secret des autres avec soi."

Mon avis :

 Un recueil peu marquant présenté sous forme d'une suite de petites anecdotes sans grand intérêt autour de phrases toutes faites :"On ne vous fait pas fuir, au moins ?" "C'est pas vrai !" "Y a pas d'souci", "J'ai une contrainte"

Philippe Delerm tire sur la corde des "Gorgées de bière" et nous resserre du réchauffé, en plus banal .

Quelques remarques poétiques toutefois comme ce « J’vais rentrer. V’là l’bord d’la nuit qui vient. » (p. 99)

 "V‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient.
Celle-là, c’est la marque d’une seule personne. Une belle personne. Madame Hermier était l’épicière. Elle est morte depuis quinze ans au moins. C’est elle qui régentait le quartier, avec, sous son apparence revêche, un sens de l’équité sans concession. Première rencontre un jour de panne d’électricité :
-Mon pauv’ monsieur, j’veux bien vous vendre trois bougies, mais pas la boîte. Il en faut pour tout le quartier.
Au fil des ans, elle était devenue une amie, venait à la maison partager la galette des rois, bavardait un peu, et disait tout à coup :
-J’vais renter. V’là l’bord d’la nuit qui vient.
Des mots entendus, des mots qu’elle inventait ? Peu importe. Les mots de Madame Hermier. J’aime les soirs précoces à cause d’elle, la sagesse solitaire de ses dimanches d’hiver. Rien ni personne ne l’attendait, mais il fallait rentrer avant la nuit. Peut-être une manière de ne pas vouloir nous importuner trop longtemps, de couper court à nos mais vous avez le temps. Comment la retenir, puisque le bord de la nuit venait ?
Le bord de la nuit. La nuit devient une matière, un tissu, les heures s’installent et nous mettent un manteau. Nos mouvements doivent suivre, s’envelopper dans cette amplitude du ciel, marcher à l’amble. Madame Hermier ne redoutait guère les deux cents mètres nocturnes de trottoir qui l’eussent ramenée chez elle sous les réverbères. Mais c’était aussi une politesse de suivre le rythme du jour. Jehan Rictus appelait le crépuscule « le furtif ». Voilà. Madame Hermier voulait rentrer à la lisière du furtif.
Plus tard, quand elle nous quitterait pour un plus long voyage, ce serait avec la même discrétion, le même souci de ne pas déranger, de se glisser dans l’ombre sans crainte et sans regret. Pas difficile pour elle en apparence de quitter le cercle des lampes basses, les flammes orange et bleues de la cheminée. Une jolie manière de dire adieu comme elle disait au revoir, à quoi bon proteste, il faut bien s’en aller, v ‘là l ‘bord d ‘la nuit qui vient."

Le style reste plat, les idées s'essouflent et finalement le lecteur finit par se dire qu'il ferait mieux de relire "La gorgée de bière"...

 

Premières phrases :

 « Ce ne sont pas des passionnés de la brocante. Celle-ci leur a juste servi de but de promenade, un dimanche après-midi. Ils déambulent, mains dans le dos, satisfaits de l’ampleur inattendue de la manifestation, qui les dispensera de chercher un autre passe-temps, satisfaits de la douceur de l’air, de l’absence de pluie. »

 

Infos sur le livre :

Babélio

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La première gorgée de bière

 

D’autres avis :

Babélio 

 

Ma grand-mère avait les mêmes, Philippe Delerm, Points, 5.50 euros

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Vacarme dans la salle de bal de François VALLEJO

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« La danse, il faut bien penser où l'on mettra ses pieds » Blaise Pascal

 

L'auteur :

François Vallejo est un écrivain français auteur de sept romans, romans pour lesquelles il a obtenu plusieurs distinctions littéraires.

 

L'histoire :

« Nous pourrions nous ignorer, comme bien des voisins au monde, mais un petit rien établit un lien entre nous, un lien ténu et flou, intermittent, mais déjà plus lourd et plus douloureux à l’épiderme que des chaînes : dès que nous nous enfermons, lui dans sa taupinière, moi dans mon entresol, et que nous séparent seulement lui son plafond, moi mon parquet, ce petit rien entre nous, c’est son grand boucan. Ça barde tout de suite. Voici que du fond de la crypte sur laquelle je m’apprêtais à bâtir avec Célestine une cathédrale de paix vouée au recueillement voluptueux et à la musique de chambre, s’élève un sabbat de bal musette. »

Pour éviter de s’en faire un ennemi, le narrateur – médecin désabusé responsable de la santé de tous les marins du globe transitant par le port du Havre – a l’idée saugrenue de « quémander » le silence auprès de M. Émile afin d’écrire sa pseudo-thèse qui traite… du bal à travers les âges ! Mal lui en prend !

Anodin et loufoque, truffé de quiproquos, le récit aborde très subtilement les rives du « conflit » entre corps et esprit, entre l’un qui danse et l’autre qui ne fait que « penser » la danse, celles de la difficile communication entre les humains.

 

Ce que j'ai aimé :

Pour Monsieur Emile, la danse est tout. La musique, la joie procurée par le mouvement, la technique, la beauté des danseurs, cet ensemble calibré et harmonieux résume son monde. Et cela s'entend, pour le plus grand déplaisir de son voisin, le narrateu,r qui aimerait profiter de son nouvel appartement en silence et non pas en musique... Aussi ce médecin va-t-il prétendre avoir besoin de paix pour rédiger une thèse sur le bal à travers les âges. Mais sa paix sera de courte durée puisque Monsieur Emile sera ravi de rencontrer une personne qui estime sa passion au point de lui consacrer une thèse.

Les deux univers vont alors s'interpénétrer, mais les pages du roman ne nous mènent jamais là où on pensait aller allègrement, en maître absolu, François Vallejo mène résolument la danse, pour le plus grand plaisir de ses partenaires-lecteurs.

Roman jubilatoire, alerte, au rythme rapide, Vacarme dans la salle de danse lance des canaux de réflexion sur l'humain, sur les rapports entre les hommes, qu'ils soient voisins ou en couple, sur la curiosité des uns pour la vie des autres, sur la passion qui anime certains êtres, sur le mystère qui plane finalement sur les uns ou les autres dans une obscurité déroutante. Seul le partage d'une passion pourra peut-être en sauver certains...

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Ce que j'ai moins aimé :

M'en souviendrais-je dans un an ?

 

Premières phrases :

« Emménager dans un nouvel appartement, c'est comme venir au monde : parfois on tombe mal. Et impossible de se débarrasser du mal, à moins d'en crever ; ou de déménager une nouvelle fois, avec l'espoir de la résurrection. Grande affaire. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  Les sœurs Brelan de François VALLEJO

 

D'autres avis :

Mango 

 

Vacarme dans la salle de bal, François Vallejo, Viviane Hamy, 1998, 160 p., 16.50 euros

 

 

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