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433 résultats pour “ile du point némo

Miséricorde de Jussi ADLER OLSEN

Publié le par Hélène

Misericorde

♥ ♥

 

 L’auteur :

 

Jussi Adler-Olsen, de son vrai nom Carl Valdemar Jussi Adler-Olsen (né le 2 août 1950 à Copenhague) est un écrivain danois.

Depuis 2007, Jussi Adler-Olsen s'est spécialisé dans un recueil de romans policiers dont son dernier roman Journal 64 fut la meilleure vente de livre en 2010 au Danemark, ainsi il a eu une distinction du meilleur prix littéraire danois au début de cette année qui est le prix du club des libraires danois du nom en danois de boghandlernes gyldne laurbær ou plus exactement en français des « lauriers d'or des libraires ».

 

L’histoire :

 

Pourquoi Merete Lyyngaard croupit-elle dans une cage depuis des années ? Pour quelle raison ses bourreaux d’acharnent-ils sur la jeune femme ? Cinq ans auparavant, la soudaine disparition de celle qui incarnait l’avenir politique du Danemark avait fait couler beaucoup d’encre. Mais, faute d’indices, la police avait classé l’affaire. Jusqu’à l’intervention des improbables Carl Morck et Hafez el Assad du Département V, un flic sur la touche et son assistant d’origine syrienne. Pour eux, pas de cold case …

 

Ce que j’ai aimé :

 

Miséricorde est un bon roman policier qui tient son lecteur en haleine : parallèlement à l’enquête des deux policiers, il assiste impuissant à la lente agonie de celle qu’ils recherchent et qui est enfermée dans une chambre close, soumise à la folie de ses ravisseurs. La tension est ainsi permanente et le compte à rebours se met rapidement en place.

Les deux policiers sont le point fort de ce roman : Carl est un homme fermé, traumatisé par un règlement de comptes qui a coûté la vie à un de ses collègues et a transformé l’autre en légume cloué sur un lit d’hôpital. L’acolyte qu’on lui adjoint est un homme étrange au premier abord, mais qui s’avèrera bien plus efficace que prévu… Leur improbable duo fonctionne bien

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

   J’ai rapidement deviné qui était les coupables, ce qui est plutôt mauvais signe pour un roman policier…

Une fois la dernière page refermée, je ne peux pas dire qu’il me reste grand-chose de cette lecture !

 

Premières phrases :

 

« Avec le bout de ses doigts, elle gratta jusqu’au sang les murs lisses, elle frappa de ses poings fermés le verre épais des vitres jusqu’à ce qu’elle ne sente plus ses mains. Dix fois au moins, elle avait retrouvé à tâtons la porte d’acier, inséré ses ongles dans la fente pour l’arracher, mais la porte avait un bord tranchant et restait inébranlable. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le sang des pierres de Johan THEORIN

 

Merci à Florence Godfernaux des Editions Albin Michel.

 

Miséricorde, Jussi Adler Olsen, Traduit du danois par Monique Christiansen, Albin Michel, octobre 2011, 489 p., 22.50 euros

 

challenge voisins voisines

 

 

 

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Un été sans les hommes de Siri HUSTVEDT

Publié le par Hélène

ete_sans_les_hommes.jpg

♥ ♥

  

L’auteur :

 

Siri Hustvedt est née de parents immigrés norvégiens. Poétesse, essayiste et romancière reconnue, elle est diplômée (PhD) en Littérature Anglaise de l'Université de Columbia.

Le 23 février 1981, Siri Hustvedt se rend à une séance de lecture de poésie, à laquelle assiste aussi Paul Auster. Le coup de foudre est réciproque, elle épousera l'écrivain l'année suivante. Ils vivent à Brooklyn, New-York, et ont une fille, Sophie Auster.

 

Ses œuvres sont traduites dans seize langues à ce jour. En France les écrits de Siri Hustvedt sont traduits par Christine Le Bœuf et publiés chez Actes Sud.

 

L’histoire :


Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu'elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l'oeuvre chez les sept adolescentes qu'elle a accepté d'initier à la poésie le temps d'un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable... Parcours en forme de "lecture de soi" d'une femme à un tournant de son existence et confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables, ce roman aussi solaire que plaisamment subversif dresse le portrait attachant d'une humanité fragile mais se réinventant sans cesse. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le personnage de Mia est attachant, elle a ce côté enfant des personnes déprimées, ne demandant qu’à être écoutée, câlinée, aimée. L’abandonner serait faire preuve de trop de cruauté, si bien qu’on l’écoute chanter sa renaissance au sein de ces groupes atypiques de femmes.

 

« Mais avant d’en arriver là, je veux vous dire, Gentil Lecteur, que si vous êtes ici avec moi maintenant, sur cette page, je veux dire : si vous avez atteint ce paragraphe, si vous n’avez pas renoncé, ne m’avez pas envoyée, moi, Mia, valdinguer à l’autre bout de la pièce ou même si vous l’avez fait, mais vous êtes demandé s’il ne se pourrait pas que quelque chose se passe bientôt et m’avez reprise et êtes encore en train de lire, je voudrais tendre les bras vers vous et prendre votre visage à deux mains et vous couvrir de baisers, des baisers sur vos joues et sur votre menton et partout sur votre front et un sur l’arête de votre nez (de forme variable), parce que je suis à vous, tout à vous.

Je voulais juste que vous le sachiez. » (p. 112)

 

Et elle nous entraîne dans un monde profond, intellectuel et lumineux, un monde introspectif à la puissance dévastatrice qui illumine aussi bien le couple que notre société patriarcale, que les relations entre un livre et son lecteur.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je n’ai pas fusionné avec ce roman comme d’autres blogueuses, j’ai passé certains passages trop psychologiques à mon goût. Il faut dire que je n’ai pas un goût prononcé pour l’introspection poussée à outrance dans les romans...

 

Vous aimerez aussi :

 

Les femmes du braconnier de Claude PUJADE-RENAUD

 

D’autres avis :

 

Blogs : Cathulu , Cuné  Stéphie , Clara l, Keisha 

Presse : Télérama , interview dans Madame Figaro  Le Magazine Littéraire , Le point 

 

Un été sans les hommes, Siri HUSTVEDT, traduit de l’américain par Christine LE BŒUF, Actes sud, mai 2011, 215 p., 18 euros

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TMLP Ta mère la pute de Gilles ROCHIER

Publié le par Hélène

                                           TMLP-Gilles-Rochier.jpg

♥ ♥

Prix révélation au festival d'Angoulême 2012

 

L’auteur :

 Son blog http://envraccity.wordpress.com/

 

L’histoire :

 

"On était une bande, égaré dans un quartier flambant neuf au début des années 70. Des terrains vagues, des bois, les routes pas encore finies d’être goudronnées. On faisait nos 400 coups. Il y avait les “plus grands” qui nous pourchassaient en mobylettes, pour nous en faire baver dans la forêt. On se chamaillait aussi avec les gamins des cités voisines. On se passait entre nous une compil K7 qu’on écoutait en boucle sur un gros poste. Il y avait des lieux qui avaient une aura de mystère, comme ce trou d’eau noire, dont on disait qu’il avait été formé par un avion venu se crasher. Il y avait aussi cet arrêt de bus qui nous terrifiait : la journée c’était notre point de départ vers le monde, vers Paris, mais le soir, surtout les derniers jours du mois, aucun d’entre nous n’y aurait jamais mis les pieds. La misère pousse à bien des extrémités et la rumeur voulait que pour boucler les fins de mois trop courtes, certaines femmes de la cité y passaient le soir... “Ta mère la pute”, faut pas croire, c’est pas sorti de nulle part comme expression.

Et puis il y a eu cette histoire avec la K7... et là, ça s’est mal passé."

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Ce que j’ai aimé :

Cet album nous offre une vision tendre et crue de la banlieue, en montrant les mécanismes de la violence et de l'exclusion subtilement, par touches, sans avoir l’air d’y toucher, en évoquant ces cordes invisibles qui mènent au pire sans qu’on l’ait vraiment voulu. Ici, pas de pathos, pas de violence gratuite, tout est fondu dans le dessin en sépia.

Gilles Rochier a choisi de placer son récit au tout début des cités, quand l'optimisme était encore présent, quand ces lieux n'étaient pas encore des ghettos. Le regard neuf, innocent est respecteux pour ce monde en devenir... 

Il nous montre une forme de bonheur :

« Malgré tout ça, on vivait heureux pas riches pas beaux mais heureux. On fonctionnait et avançait avec des compromis on se démerdait en fait. »

Mais il s'agit dun bonheur qui peut basculer très facilement dans l'horreur, à cause d'un mot, d'un geste, d'un rien qui implose et détruit d'un souffle des vies linéaires. Car si la violence balbutie encore dans ces lieux utopiques, elle est pourtant sous-jacente, attendant son heure au fond des cours, affûtant ses armes en faisant les yeux doux à la misère sociale.

Entre enfance et adolescence, les personnages flirtent avec le danger et comprennent vite que tout ne finit pas avec des chansons. La simplicité du récit est là pour nous rappeler que le passage à l'âge adulte est souvent cruel...

 

Ce que j’ai moins aimé :

A mes yeux, cette bande dessinée était trop courte, pas assez scénarisée, je l'ai lu en quinze minutes…

De plus, je n'ai pas vraiment accroché aux dessins, question de goût sans doute...

 

D’autres avis :

Pénélope Bagieu

 David ; Oliv' ; Yvan ;

 

TMLP, Ta mère la pute, Gilles Rochier, 6 pieds sous terre éditions, 2011, 16 euros 

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 BD Mango bleu

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Le grand marin de Catherine POULAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Risquer de perdre la vie mais au moins la trouver avant..." p. 163

Un beau jour, Lili décide de larguer les amarres et de partir au bout du monde. Elle échoue à Kodiak en Alaska et s'embarque sur un bateau de pêche Le Rebel. Les conditions de vie sont difficiles, le travail très physique et dangereux, les hommes aux côtés de qui elle travaille crient beaucoup, mais Lili s'attache à ce monde rude qui la met sans cesse à l'épreuve. 

"Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d'amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu'on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui !" p. 37

Surnommée "le moineau" par les hommes d'équipage, elle se fait peu à peu sa place dans cet univers masculin. Comme eux, elle a besoin de braver la mort pour se sentir vivante, c'est aux confins de sa vie, quand elle teste sa propre finitude qu'elle se sent vivre. Comme eux, à terre, elle erre désoeuvrée dans les docks, tentant de retrouver l'ivresse de la mer dans l'alcool qu'offrent les bars. 

Quand elle rencontre le grand marin, c'est comme par inadvertance, cela ne cadre pas avec ses projets, elle qui veut aller à Point Barrow, au bout du monde, et souhaite "M'asseoir au bout, tout en haut du monde. J'imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide... Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai." p. 99 Pour elle, le couple et ses clichés semble être à l'opposé de ce qui la fait vibrer, bien trop statique pour lui convenir. Se laissera-t-elle apprivoiser ? 

Catherine Poulain signe là son premier roman inspiré de sa propre expérience puisqu'elle est elle aussi partie pêcher durant 10 ans en Alaska. Il a obtenu le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le prix Henri Quéffelec, deux prix des Gens de mer et le prix Ouest-France Etonnants Voyageurs. Un beau succés pour ce magnifique portrait d'une femme qui veut juste être debout, vivante et se battre pour sa vie "C'est la seule chose qui compte, non ? Résister, aller au-delà, surpasser. Tout." p. 333

Ce que j'ai moins aimé :

- Quelques longueurs et répétitions

- Une petite baisse de régime se fait sentir quand on rentre dans l'aspect sentimental et/ou sexuel de la relation entre Lili et le grand marin. 

- Il faut adhérer au style, très minimaliste, à la Claudie Gallay. 

- Et une dernière question essentielle : pourquoi toutes les trois pages les protagonistes passent-ils leur temps à se moucher dans leurs doigts ???

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier

D'autres avis : Repéré chez Clara 

Vous aimerez aussi : Les déferlantes de Claudie Gallay

 

Le grand marin, Catherine Poulain, Editions de l'Olivier, 2016, 19 euros

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Le comte de Monte Cristo de Alexandre DUMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1815. Edmond dantès, jeune offcier de marine, rentre à Marseille à bord du Pharaon, navire dont il a pris le commandement. Il semble voué à un avenir radieux : amoureux de la belle Mercédès, ils vont se fiancer et se marier prochainement, et il est promu capitaine par l'armateur du Pharaon, Morrel. Mais sa position enviable suscite des jalousies : Fernand, ami d'enfance de Mercédès aimerait l'évincer auprès de la belle, et Danglars, employé de Morrel, voit d'un mauvais oeil sa promulgation au rang de capitaine. Les deux hommes se liguent pour lancer de graves accusations contre Edmond, accusations qui vont lui valoir le cachot. Morrel intervient alors auprès du procureur du roi Villefort mais quand il découvre que son propre père risque d'être impliqué, il fait en sorte que Edmond soit emprisonné et oublié au château d'If.

Château d'If http: //www.gombertois.fr/marseille_chateau_dif.html

Edmond y restera quatorze ans. Il y rencontrera l'abbé Faria, vieux savant que tout le monde croit fou mais qui lui inculquera tout son savoir et sa philosophie :

"Il faut le malheur pour creuser certaines mines mystérieuses cachées dans l'intelligence humaine, il faut la pression pour faire éclater la poudre. La captivité a réuni sur un seul point toutes mes facultés flottantes ça et là, elles se sont heurtées dans un espace étroit, et, vous le savez, du choc des nuages résulte l'électricité, de l'électricité l'éclair, de l'éclair, la lumière."

Quand Edmond finira par s'évader de ses geôles, il n'aura de cesse de poursuivre ceux qui l'ont emprisonné...

Au-delà du roman d'aventures, ce classique constitue un magnifique portrait d'homme. Le comte est un être complexe, être innocent et heureux au début du roman, il se densifie au fur et à mesure, désabusé par les trahisons qui le poursuivent. Il en vient même à douter de l'amour du prochain que devrait porter en lui chaque homme. Un instant, il ne croit plus en l'humanité, pour lui l'homme n'est qu'un animal ingrat et égoïste. Son parcours le forgera, c'est un homme qui trouvera de la force dans sa dignité, et qui finira par comprendre combien il est bon de vivre après avoir voulu mourir. Attendre et espérer, tels sont pour lui les clés de la sagesse ... 

Ce que j'ai moins aimé : Quand la première partie se révèle passionnante avec ses aventures multiples, ses retournements de situation, ces êtres qui ne sont jamais ceux que l'on croit, la deuxième partie s'essoufle un peu. Centrée sur les actes philanthopiques du comte qui se fait appeler Simbad le marin, les personnages se cachent derrière des identités multiples et finissent par se confondre. Néanmoins, cette partie est enrichie par le croquis péjoratif de la société parisienne qui traitent les invités "non pas d'après ce qu'ils sont mais d'après ce qu'ils veulent être".

BilanLe comte de Monte Cristo reste un magnifique roman d'aventures aux ramifications profondes.

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche 

D'autres avis : Babelio

 

tome 1 passionnant aventures multiples
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Martin Eden de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"En vain il se demandait : où sont les grandes âmes ? Et parmi la foule d'êtres indifférents, informes, stupides qu'il évoquait, il ne trouvait rien." p; 294

Martin Eden vient de débarquer d'un bateau de pêche quand  il vole au secours d'un homme élégant malmené par des voyous dans une bagarre. Pour le remercier, Arthur Morse l'invite dans l'opulente demeure familial où il rencontre la soeur d'Arthur, Ruth. Martin est fasciné par le milieu qu'il découvre et il tombe immédiatement amoureux de Ruth. Il décide alors de s'instruire en audodidacte pou intégrer la communauté des intellectuels qui gravitent autour de la jeune femme, et pour, peut-être, espérer lui plaire un jour. Fasciné par le savoir, il progresse très rapidement, supplantant bien vite ces bourgeois aux idées conformistes. Ruth n'estime que les valeurs établies, incapable de réfléchir par elle-même, elle n'estime que  ceux qui ont réussi et rejette ceux qui échouent. Elle se laisse néanmoins séduire par la vitalité de Martin, l'exhortant à se fondre dans la société bourgeoise en prenant un travail honorable. Mais Martin n' a qu'une ambition : il veut écrire et vivre de la littérature. 

S'il est obligé de retourner travailler régulièrement pour gagner de l'argent, sa dernière expérience en blanchisserie le dégoûte définitivement de cette vie de labeur qui pousse les hommes vers la boisson et les transforme en brutes. Le travail l'aliène. 

Mais son ascension intellectuelle ira de pair avec une désillusion poignante.

"Autrefois, il s'imaginait naïvement que tout ce qui n'appartenait pas à la classe ouvrière, tous les gens bien mis avaient une intelligence supérieure et le goût de la beauté ; la culture et l'élégance lui semblaient devoir marcher forcément de pair et il avait commis l'erreur insigne de confondre éducation avec intelligence." p. 286

Martin se réclame de Nietzsche pour lui "Le monde appartient aux forts, à ceux qui allient la force à la noblesse d'âme, qui ne se vautrent pas dans les mares croupies des compromissions, dans les pots-de-vin et les affaires plus ou moins véreuses. " "Il ne faut être esclave que de la beauté". Il veut être aimé pour lui-même, par lui-même et non pas pour sa notoriété ou son argent. 

La conclusion de ce combat solitaire ne pouvait qu'être tragique, "La vie n'est, je crois, qu'une gaffe et une honte. C'est vrai, une gaffe et une honte." p. 396

S'il est certain que Martin Eden partage avec Jack London certains points communs, l'auteur ayant connu cette misère pour se consacrer lui aussi à la littérature, pour l'amour d'une femme, les deux hommes avaient deux conceptions de la vie bien différentes puisque Jack London était résolument socialiste, croyant en l'homme et fustigeant cette individualisme. Pour l'auteur, un individu seul ne peut l'emporter face à la société, le manque de solidarité poussant les hommes à leur perte.

Le récit de la trajectoire tragique de ce jeune ouvrier qui fait l'épreuve de l'incompréhension, de la misère du désespoir,  constitue à juste titre le chef d'oeuvre de Jack London.

 

Martin Eden, Jack London, traduit de l'anglais par Claude Cendréé, 10/18, 

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Funny girl de Nick HORNBY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Sophie Straw est bien décidée à ne pas se contenter d'être Miss Blackpool, son ambition est bien plus large : depuis toujours, elle souhaite faire rire les gens. Pour cela, elle décide de quitter Blackpool pour tenter sa chance à Londres. Grâce à son agent et à sa pugnacité, elle décroche un rôle fait sur mesure dans une comédie playhouse, cette demi-heure de programmation naguère rampe de lancement pour les feuilletons de la BBC. Intitulée "Barbara (et Jim)" la comédie mettra en scène un couple en proie à des situations cocasses. Rapidement, une complicité s'installe dans l'équipe dirigée par les scénaristes Tony et Bill, toujours à la recherche de la bonne intrigue et du bon rythme. Clive, le partenaire de Sophie, "Jim" à l'écran, se révèle attachant sous ses allures de séducteur et le producteur Dennis couve son petit monde avec tendresse. Sophie évolue comme un poisson dans l'eau dans ce milieu et leur série connaît rapidement un succés fulgurant.

Nick Hornby témoigne ici avec talent de sa passion pour les "Swinging Sixties" et il réussit brillamment à rendre le souffle de l'époque, qu'il évoque l'arrivée du divertissement à la télévision, les luttes des homosexuels pour faire valoir leur droit et ne plus être condamnés à la prison ou à un mariage de façade, ou encore l'émancipation des femmes. La série lui permet d'explorer les subtils liens  ui unissent fiction et réalité dans l'esprit des spectateurs, comme dans ces passages où Jim raconte que s'il traîne dans des bars, on vient le voir en lui conseillant de rentrer à la maison auprès de sa chère et tendre Sophie ... être fictif... Le divertissement à la télévision s'épanouit, face à un lot d'intellectuels qui le fustige et pensent que ce divertissement n'augure rien de bon pour l'avenir. Sur ce sujet, un dialogue passionnant oppose Dennis et Vernon, intellectuel pure souche, qui s'affrontent autour de la définition de l'intelligence et de l'avenir du divertissement, Vernon restant persuadé que les producteurs seront prêts aux pires indécences pour faire rire le spectateur et le divertir... A méditer... Mais ce que prouve avant tout ce roman, à travers cette série fictive à succés, est que la culture populaire rassemble finalement puisque la série est suivie par tout un chacun derrière son petit écran et abondamment commentée. 

"Quelle chose terrible que l'éducation, songeait-il, si elle forgeait des esprits qui méprisent le divertissement et tous ceux qui lui accordent du prix." p. 102

Cet hommage aux comédies des années 60 est à la fois drôle et intelligent, plus profond qu'il n'y paraît au premier abord sous ses allures de divertissement...

Ce que j'ai moins aimé : un peu longuet

 

Présentation de l'éditeur : 10/18

Vous aimerez aussi : Haute fidélité du même auteur

D'autres avis : Keisha ; Luocine  ; Babelio 

Le point ; Télérama  ; Libération 

 

Merci à l'éditeur.

 

Funny girl, Nick Hornby, traduit par Christine Barbaste, 10/18, août 2016, 456 p., 8.40 euros

Publié dans Littérature Europe

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The girls d'Emma CLINE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On a tous envie d'être vus"

A la fin des années 60 en Californie un été brûlant cloue au sol la jeune Evie Boyd, adolescente de 14 ans. La jeune femme qui vit seule avec sa mère traîne sa solitude dans la ville, errant ici et là sans parvenir à trouver un point d'ancrage. Il y a bine Connie, son amie d'enfance, mais cet été-là, même elle semble terne et sans intérêt. L'ennui et la solitude s'invitent aux côtés de l'adolescente mal dans peau. Jusqu'à ce qu'elle croise le chemin de Suzanne, une jeune femme marginale qui attire irrésistiblement la jeune Evie en mal de reconnaissance. Suzanne l'a regardée, Suzanne l'a vue, lui a parlé, Evie est conquise et suit Suzanne juqu'au ranch où elle habite avec d'autres filles. S'ouvre alors devant elle un autre monde mené par le charismatique Russell, leader du groupe de jeunes filles, personnage étrange qui veut bâtir une nouvelle société , "Sans racisme, sans exclusion, sans hiérarchie." loin des modèles bourgeois en place. Comme un papillon désarçonné par la lumière, Evie fuit sa réalité insipide pour se fondre dans cette communauté.

"Je commençais à remplir tous les vides qui étaient en moi avec les certitudes du ranch. Le chouette bagou de Russell : plus d'ego, débrancher l'esprit. Capter le vent cosmique à la place. Nos croyances aussi légères et digestes que les petits pains et les gâteaux fauchés dans ne boulangerie de Sausalito, pour nous empiffrer de fécule." p. 190 

Elle voit la liberté et le faste derrière la crasse et le délabrement du ranch, prête à tout pour intégrer le groupe et être reconnue, regardée, et ne plus être cet être fade, cette adolescente qui traîne sa jeunesse sans but et sans motivation. Et pourtant, elle risque de se brûler les ailes à vouloir trop s'approcher ...

Emma Cline s'inspire ici de la secte de Charles Manson et du meurtre de Sharon Tate, épouse du réalisateur Roman Polanski et de quatre de ses amis tués sauvagement par les émissaires de Manson dans leur villa de Los Angelès en 1969. Mais au-delà du fait divers, la jeune auteure parvient à capter avec une acuïté de vue époustouflante les dérives de l'adolescence, offrant des personnages avec une vraie profondeur psychologique. Tout est juste, au bon endroit, chaque mot est pesé, maîtrisé, chaque phrase porte presque en elle les contradictions de la secte.

Du grand art, une perfection rare pour un premier roman !

 

Présentation de l'éditeur : Quai Voltaire 

D'autres avis : Sandra ; Noukette ; Keisha ; Léa ; Valérie 

 

Merci à Sandra et à Arnaud qui ont su être convaincants et m'ont permis de découvrir cette pépite ! 

 

The girls, Emma Cline, traduit de l'anglais (US) par Jean Esch, Quai Voltaire, août 2016, 300 p., 21 euros

 

Une adaptation est prévue : 

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Voici venir les rêveurs de Imbolo MBUE

Publié le par Hélène

♥ ♥

A l'automne 2007, Jende Jonga, immigrant d'origine camerounaise décroche enfin un emploi stable de chauffeur chez Clark Edwards, riche banquier chez Lehman Brothers. Cela lui permettra d'obtenir sa carte verte et d'assurer les études de pharmacie de sa femme Neni ainsi que le quotidien pour son fils Liomi. Tous pourront ainsi devenir américains ! Jende amorce les démarches nécessaires, d'autant plus que des liens de confiance s'établissent entre lui et son patron, un homme abîmé par le travail et les difficultés professionnelles. Le rêve américain semble à portée de mains. Malheureusement, la crise des subprimes n'est pas loin, et tout risque de basculer...

Les destins des deux familles se croisent : celui de la famille américaine lisse d'apparence mais cachant des failles que la faillite du mari va mettre à jour et les immigrants camerounais qui s'imaginent que les Etats-Unis sont un Eldorado doré et se retrouvent déçus par les réalités rencontrées :

"Même après avoir vu Boyz'n in the Hood et Do the Right Thing, rien ni personne ne put ébranler ses certitudes ni la convaincre que le mode de vie des Noirs dépeints dans les films n'était pas représentatif de leur vie réelle, de la même manière que les Américains comprenaient très certainement que les images de guerre ou de famine en Afrique qu'ils voyaient à la télévision n'étaient pas représentatives de la vie là-bas." p. 348

Jende et sa famille ont dû quitter leur pays à cause de la pauvreté et des conflits familiaux, pour vivre à présent dans la peur incessante de l'expulsion, avec une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, et subissant le manque d'argent impardonnable dans ce pays. Ils vivent incessamment tiraillés entre l'espoir d'un monde neuf et la nostalgie du pays natal. 

"C'est la peur qui nous tue, Leah, dit Jende. parfois, il nous arrive de mauvaises choses, mais la peur est encore pire." p. 205

Que sont-ils prêts à supporter pour rester dans ce pays qui semble les rejeter ? Faudra-t-il finalement décider de plier bagages et rentrer au pays quitte à subir les remarques de ceux qui les ont vus partir ? Jusqu'où faut-il assumer ses choix ? Quand faut-il renoncer ? 

Imbolo Mbue est elle-même américaine d'origine camerounaise et elle puise dans sa propre expérience pour nous conter le destin de ces immigrants confrontés à l'American Dream et à ses revers. Son point de vue nuancé éclaire les contradictions des uns et des autres. 

Ce que j'ai moins aimé :

- Le contraste entre la période d'avant la crise, période idyllique où tout semble sourire aux uns et aux autres, et la suite assez désenchantée est un peu trop marqué. 

- De même, les clichés sur la famille américaine  frôlent la caricature.

Bilan :

Un beau roman sur les revers du rêve américain. 

 

Présentation de l'éditeur : Belfond

Vous aimerez aussi : Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

D'autres avis : Chez Babélio 

 

Merci à l'éditeur 

 

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, traduit de l'anglais  (Cameroun) par Sarah Tardy, Belfond, août 2016, 440 p., 22 euros

 

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Le port des marins perdus de Teresa RADICE et Stefano TURCONI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je crois que chaque poème désire trouver la voie qui mène au coeur de celui qui l'écoute et qui se l'approprie ! Quand cela arrive... Le poète a rempli sa tâche non ? La tâche du semeur d'émotions."

Automne 1807. Un jeune homme est retrouvé amnésique sur les côtes au large du Siam. Il ne se souvient que de son prénom : Abel. Un navire de sa majesté le recueille et le capitaine du vaisseau prend soin de lui. Ce navire a une histoire particulière puisque son commandant s'est enfui avec le trésor du bord. De retour en Angleterre, Abel est accueilli par les trois filles du commandant déchu. Il fait aussi la connaissance de Rebecca, tenancière de maison close et de Nathan McLeod, son amant capitaine au grand coeur. Tous joueront un rôle essentiel dans le destin du jeune Abel, être perdu dans un monde qu'il ne connait plus. En navigateur aguerri il parcourt la vie comme les mers : en pratiquant ce qu'il nomme la "navigation à l'estime" : sans point fixe il vit dans une incertitude totale "Pas de cap précis, aucune terre en vue". Son seul horizon semble être ce "port des marins perdus" : « Il apparaît et disparaît dans la brume, mais il n'est pas donné à tout le monde de le voir. Parce que ce n'est pas toi qui choisis d'entrer dans le port, c'est le port qui te choisit. »

Le fil rouge du récit est la célèbre La Complainte du vieux marin, composée entre 1797 et 1799 par Samuel Taylor Coleridge, long poème qui décrit les aventures surnaturelles d'un capitaine de bateau qui fit naufrage. Ce poème romantique, tout comme les autres nombreux poèmes de l'ouvrage qu'ils soient de  William Blake, de Lord Byron ou de William Wordsworth permettent au jeune Abel de comprendre le monde, de percer petit à petit le mystère de son existence.

"La vie tend des fils invisibles... Les fils tressés vus de trop près, ne sont que confusion de lignes et de couleurs... Il faut du temps, et la juste distance, pour en deviner le dessin... et le sens."

Des questions essentielles surgissent au fil des textes, mais leur beauté éternelle enseigne également au jeune Abel à s'inscrire dans l'éternité du présent. Lecture après lecture, il apprend à vivre en sachant qu'il va mourir et à prendre confiance pour savourer le parfum et le goût du pain, sans remords ou regrets.
 
"C'est un beau soir, calme et libre ;
Moment sacré, paisible comme une religieuse,
Souffle coupé d'adoration ; le soleil ample
se couche dans la quiétude ;
Le ciel très doux se recueille sur la mer." Wordsworth
 

Mes petits bémols :

L'absence de couleur et la longueur (plus de 300 pages)

Bilan : un très beau conte fantastique aux accents littéraires enchanteurs !

 

Présentation de l'éditeur : Glénat

D'autres avis : Découvert chez Noukette et Jérôme ; Tamara

Télérama

 

Le port des marins perdus, Teresa Radice et Stefano Turconi, Glénat, juin 2016, 22 euros

 

Ma Bd de la semaine, accueillie cette semaine chez Steph

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