Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

424 résultats pour “ile du point némo

L'honneur des poètes collectif

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"Ces morts ces simples morts sont tout notre héritage

leurs pauvres corps sanglants resteront indivis.

Nous ne laisserons pas en friche leur image

les vergers fleuriront sur les prés reverdis." (Pierre Emmanuel)

 

Mon avis :

Cet ouvrage a été publié en juillet 1943 par les Editions de Minuit, maison d'édition clandestine. Il vient d'être réédité pour commémorer les 70 ans de la Libération et de la victoire sur le nazisme. L'achevé d'imprimer de la version d'origine précise :

CET OUVRAGE

PUBLIE AUX DEPENS

DE QUELQUES BIBLIOPHILES

PATRIOTES

A ETE IMPRIME

SOUS L'OCCUPATION NAZIE

LE 14 JUILLET 1943

JOUR

DE LA LIBERTE OPPRIMEE

Les poèmes ont été recueillis par Eluard avec l'aide de Jean Lescure. Le retentissement de l'ouvrage est immense. Y ont participé des poètes connus : Aragon, Desnos, Eluard, Guillevic, Ponge, Pierre Seghers,  Jean Lescure, Jean Tardieu, Vercors,  et des poètes moins connus comme René Blech, Pierre Emmanuel, André Frénaud, Georges Hugnet, Ambroise Maillard, Loys Masson, Camille Meunel, Lucien Scheler, Claude Sernet, Edith Thomas, Claude Vlldrac.

La préface rédigée anonymement par Paul Eluard précise :

"Whitman animé par son peuple, Hugo appelant aux armes, Rimbaud aspiré par la commune, Maïakovski exalté, exaltant, c'est vers l'action que les poètes à la vue immense sont, un jour ou l'autre, entraînés. Leur pouvoir sur les mots étant absolu, leur poésie ne saurait jamais être diminuée par le contact plus ou moins rude du monde extérieur. La lutte ne peut que leur rendre des forces. Il est temps de redire, de proclamer que les poètes sont des hommes comme les autres, puisque les meilleurs d'entre eux ne cessent de soutenir que tous les hommes sont ou peuvent être à l'échelle du poète.

Devant le péril aujourd'hui couru par l'homme, des poètes nous sont venus de tous les points de l'horizon français. Une fois de plus la poésie mise au défi se regroupe, retrouve un sens précis à sa violence latente, crie, accuse, espère."

Le poète est celui qui doit guider le peuple, un visionnaire qui par sa parole regroupe les hommes. Il prône la résistance, la liberté, la fraternité dans un monde divisé :

"Nul d'entre vous n'est seul : vos coeurs prisonniers

Battent dans nos coeurs à toute heure que sonne la 

fraternité."

Par la puissance des mots, il peut refaire le monde, le reconstruire et finalement, peut-être, le changer. La poésie devient alors une arme, un espoir.

"Ce coeur qui haïssait la guerre
voilà qu'il bat pour le combat et la bataille ! 
Ce coeur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, 
à celui des heures du jour et de la nuit, 
Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines 
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.Mais non, c'est le bruit d'autres coeurs, de millions d'autres coeurs 
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Francais se préparent dans l'ombre 
à la besogne que l'aube proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté 
au rythme même des saisons et des marées, 
du jour et de la nuit." (Robert Desnos)

Des poèmes pour enjoindre à la résistance, mais aussi pour ne pas oublier, pour que ceux qui se sont sacrifiés pour la liberté ne l'ait pas fait en vain. Des poèmes pour se souvenir...

Vous aimerez aussi :

Sur le blog Les bavardages de Sophie 

D'autres romans sur le thème de la guerre :

L’origine de la violence ;  Terre et cendres ; Le jour avant le bonheur ; Melnitz ; ‘Ta mère ; Persépolis ; Purge ; L’art d’écosser les haricots ;  Virginia ;  Allah n’est pas obligé ;  Je me souviens   ; Maus ; Inconnu à cette adresse ; Les recluses  ; Le voyageur sans bagages ; Les yeux d’Elsa   ; 14 ; Certaines n’avaient jamais vu la mer ; Le héron de Guernica ; Notre force est infinie ; La remontée des cendres suivi de Non identifiés Radeau ;   Au revoir là-haut 

 

L'honneur des poètes, Collectif, Le temps des cerises, férvier 2014, 10.64 euros

Publié dans Poésie française

Partager cet article
Repost0

L’inquiétude d’être au monde de Camille de TOLEDO

Publié le par Hélène

                                              inquietude-d-etre-au-monde.jpg

 ♥ ♥ ♥

"L'inquiétude est le nom que nous donnons à l'impermanence." (p. 14)

 

 L’auteur :

 

Camille de Toledo a étudié l’Histoire et les Sciences Politiques à l’IEP de Paris ainsi que le Droit et la Littérature à l’Université de la Sorbonne. Il a poursuivi ses études à Londres, à la London School of Economics, puis à la Tisch School de New York pour le cinéma et la photographie. En 2004, il obtient la bourse de la Villa Médicis.
Au printemps 2008, il fonde la « Société européenne des auteurs », une institution visant à créer une communauté intellectuelle et littéraire par-delà les langues et les nations.

 

L’histoire :

 

« L’inquiétude est le nom que nous donnons à ce siècle neuf,
au mouvement de toute chose dans ce siècle.
Paysages! Villes! Enfants!
Voyez comme plus rien ne demeure.
Tout bouge et flue.
Paysages! Villes! Enfants!
L’inquiétude est entrée dans le corps du père qui attend son fils,
comme elle s’est glissée, un jour, dans le corps des choses.
C’était hier. C’est aujourd’hui.
Ce sera plus encore demain.
L’inquiétude de l’espèce, des espèces,
et de la Terre que l’on croyait si posée,
qui ne cesse de se manifester à nous,
sous un jour de colère, au point qu’on la croirait
froissée ou en révolte. »

 

(Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Au coeur de L''inquiétude face au monde l'inquiétude et le monde se tutoient. Camille de Toledo observe le siècle qui s'achève dans le vertige et ouvre la voie à un 21ème siècle tout aussi inquiétant. Pour scander le mal-être dominant de ce siècle, il choisit de s’exprimer à travers une prose poétique qui épouse au plus près l'inquiétude lancinante des êtres perdus dans un monde recelant quantité de dangers potentiels, qu'il s'agisse de la perte d'un enfant, ou de la folie de ce même enfant capable de massacrer ses camarades comme à Columbine en 1999 ou à Utoya en 2011. 

 

« Qui  prépare les enfants à ce temps nucléaire ?

Pour eux, c’est le soupçon qui triomphe.

Ou le romantisme malade de la refondation :

Voyez encore !

Columbine !

Utoya. 

(…)

Les gamins savent intuitivement,

Comme des dieux, que l’enseignement

De leurs écoles est inadapté.

Vieille herméneutique du savoir.

Vieilles catégories de l’être.

 

Penser, classer, écrivait Pérec.

Et comme il a raison.

La pensée occidentale est une névrose d’enfant

à qui l’on répète :

Allez ! Range ta chambre ! » (p.47)

 

L'inquiétude ronge les êtres et le monde qui ne peuvent trouver d'échappatoire face à ce naufrage progressif. Née des horreurs du 20ème siècle, de la guerre, de la déportation, des politiques démagogiques pernicieuses, cette inquiétude est sans fond car ancrée profondément en l'homme du 21ème siècle.

 

« Il y eut un autre mot pour le vingtième siècle.

Ce fut la dé-mesure. Dé-liaison,

Dé-litement, dé-lit de l’esprit, qui,

Croyait-on avant, gouvernait la flèche du temps,

Ou peut-être aussi, dé-règlement de la mesure,

Emballement de la raison

Qui, après avoir classé les peuples,

Entre sauvages et civilisés, noirs et blancs,

S’est mis à diviser, couper, entre le soi et le presque soi.

Le dé du déluge, de la démence, le dé du hasard

Et de la fin, s’insinua dans le pli de chaque chose,

Comme l’accident et la catastrophe. » (p. 24)

 

« C’est l’inquiétude et la peur qui nous livrent à la pharmacie, aux pouvoirs, à tous ceux qui prétendent nous en libérer. C’est l’inquiétude et la peur qui nous poussent à déléguer la charge de l’homme aux prêtres, aux moralistes, aux dogmes et aux milices. (…) Par peur, s’en remettre au commerce de la consolation. C'est-à-dire à l’intoxication : nous voulons être délivrés du risque, du mal, de la pluie qui tombe en été. Nous voulons être délivrés de la peur, de la mort, et finalement, de la vie.» (p. 30)

 

Que reste-t-il comme espoir au poète si ce n'est celui de charmer ou d'enivrer les Dieux par son chant, tel Orphée devant Hadès. Espoir de « de voir les mots agir sur et dévier l’esprit contemporain de l’Europe ».

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien

 

Premières phrases :

 

« Je pense au père qui attend son enfant, le soir, et qui prie, en silence. Il ne croit pas en Dieu, le père, mais il prie quand même, parce qu’il ne sait plus vers qui se tourner. Il attend son enfant et l’inquiétude trace en lui des lignes vertigineuses, des phrases et des phrases qui racontent des histoires formidables d’enlèvements, d’accidents, de fugues et de disparitions. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Vies potentielles

 

D’autres avis :

 

Sur le site des Editions Verdier  

 

L’inquiétude d’être au monde, Camille DE TOLEDO, Editions Verdier, 2010, 58 p., 6.30 euros

 

Merci à Olivia Michel pour m'avoir permis de découvrir cette oeuvre.

Partager cet article
Repost0

Japon : le Japon vu par 17 auteurs, Collectif

Publié le par Hélène

 

                                                 japon vu par 17 auteurs

   ♥ ♥ ♥

 Les auteurs :

 

Kan TAKAHAMA, David PRUDHOMME, Jirô TANIGUCHI, Aurélia AURITA, François SCHUITEN et Benoît PEETERS, Emmanuel GUIBERT, Nicolas de CRECY, Taiyô MATSUMOTO, Joann SFAR, Little Fish, Moyoko ANNO, Frédéric BOILET, Fabrice NEAUD, Daisuké IGARASHI, Kazuichi HANAWA, Etienne DAVODEAU

 

Présentation de l’éditeur :

 

A l'origine, un voyage, un échange entre deux cultures, française et japonaise, qui va remuer bien des choses chez chacun des auteurs qui participent à l'aventure : un séjour au Japon ne laisse pas indemne... En découlent huit récits d'auteurs européens qui rendent avec imagination, humour et poésie tout l'exotisme de ce pays insaisissable et
mystérieux. Comme en réponse à ces impressions de dessinateurs-voyageurs, huit auteurs de l'Archipel donnent à voir leur Japon, celui du quotidien, de la modernité ou des légendes. Tout au bout de cet assemblage sensible d'anecdotes et de nouvelles tissées par des regards si différents, l'envie est grande de partir saisir soi-même un peu du pays du Soleil Levant.

 

Ce que j’ai aimé :

 

La diversité des univers permet de donner une vision globale du Japon. Les histoires se suivent etjapon.jpg ne se ressemblent pas : Kan Takahama nous présente une jeune fille qui retourne sur les lieux de son enfance, David Prudhomme nous emmène dans un univers onirique aux côtés de chaussures qui fuguent, nous retrouvons l’univers feutré de Jirô Taniguchi au sein d’une famille et de la relation tendre qui se noue entre deux jeunes gens, Aurélia Aurita suit les périples d’une jeune femme avide de croquer la vie et décidée à ne pas mourir sans avoir vu des merveilles, Schuiten et Peeters  et Emmanuel Guibert ont choisi le mode du récit illustré pour nous entraîner dans des récits aux allures étranges, Nicolas de Crécy peint l’errance d’un publicitaire qui se promène avec son projet de dessin publicitaire personnifié, Taiyô Matsumoto campe un conte traditionnel japonais, Joann Sfar nous offre le point de vue d’un européen qui rend visite à un ami à Tokyo qui l’initie aux mœurs japonaises, dans les planches de Little Fish les bulles sont absentes, mais il nous offre une tranche de vie très imagée, chez Moyoko Anno une jeune fille vend des grillons, Frédéric Boilet nous initie au recyclage japonais, Fabrice Neaud se centre aussi sur un européen en visite, Daisuké Igarashi nous convie à la fête des chevaux-grelots, dans un univers tout aussi onirique que Kazuichi Hanawa, et enfin Etienne Davodeau nous montre le lien subtil qu’un homme établit entre lui et une montagne, son jumeau…

Ils ont tous un petit supplément d’âme…japonaise qui permet de voyager par pages interposées…

Cette initiative permet de surcroît de découvrir des auteurs et d’être sensible plus ou moins à leur univers pour ensuite aller –ou non- leur rendre visite dans un album bien à eux et plus long…

  "Je redevins un écolier et reconquis l'oubli de moi-même, la saine bêtise, la pure exaltation. Quand nous chevauchions de front nos bicyclettes sur Shijô-dôri, laissant derrière nous, aux bons soins du couchant, nos rouleaux saturés de dessins et de signes, nous étions heureux. Qaund miroitaient devant nous les lanternes de Gion, à travers les larmes que la vitesse et le vent du soir faisaient monter à nos yeux, nous glapissions des mots sans suite et nous étions heureux. Quand nous conçûmes l'immense canular du faux palanquin à la grande hallebarde, du haut duquel Kin, visage blanc, sourcils peints et lèvre sfardées de rouge, invectiva la foule en frappan des cymbales, nous touchâmes aux confins de l'ivresse. Et quand l'hiver isolait l'un et l'autre d'entre nous en tête à tête dans l'atelier humide, à pleurer l'inconstance d'une femme, à gémir sous un accès de détresse, je sais aujourd'hui combien nous étions heureux."(Emmanuel Guibert, "Shin.Ichi")

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Rien…

 

Vous aimerez aussi :

 

Sélection littérature japonaise 

 

D’autres avis :

 

 

 

A girl from earth  

 

Japon : le Japon vu par 17 auteurs, Collectif, Casterman Ecritures, novembre 2005, 254 p., 17 euros

 10-jours-japonaisChallengeDragonFeu

 

 

 

 

 

 

 

 

 BD Mango bleuTop-bd-2012

 

 

 

 

 

 

Publié dans Manga - Manhwa

Partager cet article
Repost0

Le lanceur de couteaux de Steven MILLHAUSER

Publié le par Hélène

lanceur

♥ ♥

  « A l’orée du merveilleux »

  

L’auteur :

Steven Millhauser est un nouvelliste et romancier américain. Son écriture poétique, explorant les frontières entre rêve et réalité, lui a valu à plusieurs reprises les louanges de la critique. Ainsi, il obtient le prix Médicis étranger en 1975 pour 'La Vie trop brève d'Edwin Mulhouse' et le Prix Pullitzer en 1997 pour 'Martin Dressler ou Le roman d'un rêveur américain'. Son univers merveilleux teinté de fantastique est souvent comparé à celui de Franz Kafka, Thomas Mann, Edgar Poe ou encore à celui d'Italo Calvino. Il vit aujourd'hui à Saratoga Springs (État de New York) et enseigne l'anglais au Skidmore College.

 

L’histoire :

 Un lanceur de couteaux transgressant les limites de son art, un homme marié à une grenouille, un enfant virtuose du tapis volant…

Dans ces douze nouvelles mêlant la fable métaphysique et le récit d’aventure, l’auteur de Nuit enchantée entraîne le lecteur dans une visite fascinante et dérangeante de notre quotidien et de notre imaginaire. On retrouve ici ses thèmes favoris : l’artiste dévoré par son oeuvre pour avoir recherché la perfection ; l’enfance de plain-pied avec le surnaturel, le monde de la nuit et du songe ; le rêve américain, sa promesse du « tout est possible », ses échecs cruels ; l’irrésistible et dangereux attrait d’un envers du réel, un monde de ténèbres accessible aux seuls audacieux.


L’écriture est comme toujours magistrale : acérée, précise et poétique à la fois, d’une grande musicalité. Avec son univers très particulier où réalité et imaginaire s’interpénètrent et se confondent, Millhauser demeure un virtuose du rêve éveillé. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 Steven Millhauser nous entraîne dans un univers nimbé d’une lumière oscillant entre chien et loup, à cette heure improbable où les limites se brouillent et où les esprits se perdent dans des limbes mystérieux. A ce moment-là, les femmes parfaites se transforment en grenouille, les enfants jouent sur des tapis volants, des nymphes apparaissent, des sociétés secrètes s’organisent, les contours entre vérité et illusion se brouillent pour laisser la place à un monde étrange et étranger. Les nouvelles sont comme en suspens dans l’air et dans la littérature, et doucement, elles  mènent vers des réflexions fondamentales sur le monde réel qui nous inonde et nous empêche bien souvent de  nous arrêter pour faire le point sur notre vision de l’univers.

 « Je suggère que les filles se rassemblent la nuit non pas pour observer quelque rite banal et titillant, procéder clandestinement à un acte qu’il serait aisé de mettre au jour, mais dans le simple but de se retirer du monde et de jouir du silence. Les membres de cette société désirent être inaccessibles. Elles désirent éviter notre regard, se soustraire aux investigations – elles désirent, par-dessus-tout, qu’on ne sache pas qui elles sont. Dans un monde que la compréhension rend étouffant, où pèsent les explications, les intuitions et l’amour, les membres de cette société du silence ressentent une ardente envie d’échapper à toute définition, de demeurer mystérieuses et insaisissables. » (p. 72)

 Servies par un style serti, ces nouvelles rompent avec les textes traditionnels et élèvent notre âme vers des régions insoupçonnées…

 « Alors que nous pressons le pas sur le trottoir, nous éprouvons la sensation absurde d’avoir à l’instant même pénétré dans un autre rayon encore, composé d’un ingénieux simulacre de rues extrêmement ressemblantes, où jouent artistement les ombres et les reflets – que nous sommes en route pour un recoin lointain de ce même rayon – que nous sommes éternellement condamnés à traverser à la hâte ces halls artificiels, tout illuminés par cette lumière de fin d’après-midi, à la recherche d’une issue. » (p. 190)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les nouvelles descriptives sur le grand magasin ou le parc d’attractions.

 

Premières phrases :

 « Lorsque nous apprîmes que Hensch, le lanceur de couteaux, s’arrêterait dans notre ville pour une unique représentation le samedi soir à huit heures, nous fûmes pris d’hésitation, incertains de nos sentiments. »

 

Vous aimerez aussi :

 Sur les jantes de Thomas MCGUANE 

 

D’autres avis :

 Blogs : Jostein ;  Yves ; Clara ;  Cuné

Presse : L’express ; Libération  

Lire avec intérêt l’étude de Nathalie Cochoy « The knife thrower ant other stories : l’écriture au couteau » dans Etudes anglaises 2003/4 tome 53 http://www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2003-4-page-467.htm

 

Merci aux Editions Albin Michel pour cette belle découverte.

 

Le lanceur de couteaux et autres nouvelles, Steven Millhauser, traduit de l’anglais (EU) par Marc Chénetier, Albin Michel, 2012, 304 p., 22 euros

Partager cet article
Repost0

Le blues du braqueur de banque de Flemming JENSEN

Publié le par Hélène

blues-du-braqueur-de-banques

♥ ♥ ♥

 « La vie est si déconcertante – c’est probablement pour ça que certains y passent autant de temps. » (p. 190)

 

L’auteur :

Flemming Jensen est né en 1948 au Danemark. Il est surtout connu pour ses one-man-shows, ses sketches radio et télé. Et pour ses livres. Lettres à Mogens, d’abord (Mogens, c’est son chien), et tout récemment ímaqa, le grand roman inuit qu’il mijotait depuis vingt-cinq ans.

 

L’histoire :

Max est conseiller politique de haut niveau. Il est l’homme de l’ombre, le génie. Il est malin et avec lui on s’en sort toujours. Seulement cette fois, Max a assassiné son meilleur ami, qui est aussi, accessoirement, le Premier ministre danois.

Coincé entre une insurrection groenlandaise et d’âpres négociations internationales, un match Danemark-Suède et l’intervention d’une jeune scoute peut-être pas si cruche qu’elle en a l’air, quel plan génial pourra-t-il échafauder pour se tirer d’affaire ?

Un texte décalé et burlesque sur fond de satire politique. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Max est un homme ingénieux, capable de mettre au point les plans les plus rocambolesques pour se sortir d’une situation difficile, et cette capacité à s’adapter fait sa force. Mais cette fois-ci, le hasard lui complique quelque peu la mise :

 « Pourquoi je raconte tout ça ?

Parce que ça peut être une consolation pour beaucoup.

Un exemple du fait que ça peut mal se passer même pour le meilleur d’entre nous. Il n’y avait pas de problème avec ce plan – il y a seulement eu un accident, dont on ne peut pas se préserver.

On peut acheter un parapluie si le temps est à la pluie, mais rester sans défense devant une bouche d’incendie qui explose sur le trottoir. Ça ne fait pas du parapluie une mauvaise idée. » (p. 173)

 En rencontrant la jeune Signe, une jeune scout qui s’est trouvée au mauvais endroit au mauvais moment, sa vie va basculer irrémédiablement.

  « N’oublions pas que cet homme si plein de pouvoir, habitué à jongler avec le destin des gens, n’était rien de plus qu’une personne tout à fait normale. Une personne habitée par l’angoisse, la joie, la tristesse, le bonheur et une nette tendance à la tendresse, comme chacun d’entre nous. 

Au fond, max avait désespérément besoin que quelqu’un s’occupe de lui.» (p. 190)

 Le blues du braqueur de banque est un texte drôle qui ne se prend pas au sérieux et joue de son originalité. Le lecteur est adroitement manipulé par les personnages, et court de surprises en surprises…

 Mais derrière cette apparente légèreté, se cachent des ressources philosophiques, politiques, et psychologiques d’une richesse.

  « C’est pourtant toujours comme ça qu’on résout les problèmes et qu’on évite les ennuis. Pas en supprimant le problème ou l’ennui, mais simplement en reformulant avec intelligence. » (p. 62)

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 Premières phrases :

 « Dans ce grand classique qu’est Le Radeau, nos créateurs fétiches ont souligné le fait que tout récit se doit d’être composé de trois parties : l’exposition, la description des personnages, le dénouement.

Il m’est important de respecter les célèbres interprètes ainsi que l’homme à l’origine de la pièce. Je me plie donc à cette intangible règle. »

 

Vous aimerez aussi :

  Tribulations d’un précaire de Iain LEVISON

 

Le blues du braqueur de banque, Flemming Jensen, traduit du danois par Andréas saint Bonnet, Gaïa Editions, avril 2012, 189 p., 17 euros

  Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique organisée par Babélio.

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

A la trace de Deon MEYER

Publié le par Hélène

                                             a la trace 0

 ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Né en 1958 à Paarl, en Afrique du Sud, Deon Meyer a été journaliste, puis rédacteur publicitaire et stratège en positionnement Internet, il est aujourd’hui l’auteur unanimement reconnu de best-sellers traduits dans 15 pays. Il vit à Melkbosstrand.

 

L’histoire :

Chacun des protagonistes de ce roman aux intrigues apparemment distinctes laisse des traces. Toutes, à un moment donné, vont se croiser.

Milla, mère de famille qui plaque son foyer et rejoint l’Agence de Renseignement Présidentielle au moment où un groupuscule islamiste s’agite de manière préoccupante.

L’aventurier Lemmer qui protège le transfert à la frontière du Zimbabwe de deux inestimables rhinos noirs. Lukas Becker, l’archéologue aux prises avec les gangs de la plaine du Cap. L’ex-flic Mat Joubert, devenu détective privé, chargé d’enquêter sur la disparition d’un cadre de l’Atlantic Bus Company.

Comparée à l’univers du polar américain (corruption, drogue, prostitution), la matière romanesque de À la trace, qui allie « le monde animal, inhérent à notre culture », des contrebandes pittoresques, l’émancipation des femmes, la culture gangsta des villes, frappe par sa richesse et sa diversité.

Deon Meyer est un des rares auteurs qui, tout en maîtrisant avec brio les règles du genre, ouvre grand le champ des problèmes contemporains de son pays. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Deon Meyer nous offre trois histoires dans un seul roman :

Celle de Milla, femme au foyer qui décide de fuir son havre oppressant. Obligée de trouver du travail, elle se fait embaucher ni plus ni moins par les services de renseignement sud africains et va se lancer à cœur perdu dans sa mission. Seulement un grain de sable va s’immiscer dans sa vie monotone, faisant exploser en lambeaux toutes ses certitudes. Milla souhaiter une vie trépidante, loin de son quotidien lassant, elle va trouver bien plus que cela...

« Notre vie est composée de vingt-deux mille jours en moyenne. Combien nous restent en mémoire, nommés et datés ? Dix, douze ?... Anniversaires, mariage et divorce, séparations, décès, puis quelques Grandes Premières… Les traces des autres jours s’usent peu à peu. Résultat : la vie consiste en fin de compte en l’équivalent d’un mois de jours dûment enregistrés en mémoire et d’une poignée de souvenirs non datés.

Il faudrait vivre en sorte que chaque jour laisse une trace. » (p. 345)

La deuxième histoire nous permet de retrouver Lemmer et ses failles qui nous emmène au cœur du veld. Lemmer est un personnage passionnant qui garde en lui cette violence sous-jacente, l'entourant d'une aura dense. Il va faire ici la connaissance de Fléa, jeune femme fascinante aux mille facettes...

 

Rhinoceros_en_Afrique_du_Sud.jpg

 

« N’est-ce pas là le problème essentiel de notre communauté ? Nous sommes tous devenus spectateurs, nous restons en marge et commentons, critiquons… Avides de lire, d’entendre et de raconter les malheurs d’autrui, nous participons de loin, du haut de notre supériorité morale. « Eh oui, ils ont eu ce qu’ils ont cherché !... » Personne n’a le courage d’intervenir, de faire quoi que ce soit. » (p. 273)

La troisième histoire est ancrée autour de l’enquête de Mat Joubert qui cherche à expliquer la disparation d’un conducteur de bus. Cette partie du roman permet de mettre en avant les luttes entre bandes rivales mais aussi l’incommunicabilité qui peut régner dans un couple au point qu’on ne connait pas vraiment son conjoint.

On y croise aussi Lukas Becker, archéologue idéaliste aux prises avec des gangs bien plus puissants que lui...

Cette combinaison de destins permet d’offrir un panorama juste de cette Afrique du Sud post- apartheid. Deon Meyer, en nous menant dans des univers différents aux ramifications multiples nous offre la possibilité de nous plonger dans un monde riche, passionnant mais aussi terrifiant, et ceci sans jamais nous lasser.

« Sacré pisteur que ce Meyer, qui traque sa proie sans jamais la lâcher, jusqu'à la dernière page. » (Télérama Christine Ferniot)

 

Ce que j’ai moins aimé :

Plus de 700 pages, c’est lourd à transporter…

 

Premières phrases :

« Ismail Mohammed dévale le Heiliger Lane. Les plis de sa galabiyya blanche s’envolent à chaque foulée ; le col mao est ouvert, comme le veut la mode. Terrifié, il agite les bras pour garder son équilibre. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  13 heures de Deon MEYER

Autre :  Disgrâce de J.M. COETZEE

 

D’autres avis :

Blogs : Cathulu

Presse : Le figaro  Télérama Jeune Afrique   Lire 

 

A la trace, Deon Meyer, Traduit par Marin Dorst, Seuil Policiers, février 2012,  736 pages, 22.9 € 

Publié dans Littérature Afrique

Partager cet article
Repost0

Des ombres dans la rue : une enquête de Simon Serrailler de Susan HILL

Publié le par Hélène

                                    ombres-dans-la-rue.jpg

 Si vous cherchez un roman pour lutter contre l'insomnie...

 L’auteur :

 Susan Hill est née en Angleterre en 1942. Romancière populaire (auteur notamment du célèbre Je suis le seigneur du château), écrivain pour enfants, auteur dramatique, journaliste, elle n'a jamais cessé d'écrire. Avec les enquêtes de Simon Serrailler (Meurtres à Lafferton, Ou rôdent les hommes et Au risque des ténèbres, La mort a ses habitudes), elle a fait une entrée très remarquée dans le monde du polar, aujourd'hui confirmée par le succès de cette série outre-Manche.

 L’histoire :

L'inspecteur Simon Serrailler profite de vacances bien méritées à Taransay, petite île sauvage à l'ouest de l'Écosse, après une difficile opération pour le compte du BIVR (Brigade d'intervention volante rapide), quand il est rappelé en urgence à Lafferton par sa supérieure.

Deux prostituées ont été retrouvées étranglées, et le temps qu’il revienne, une troisième est portée disparue. S'agit-il de l'oeuvre d'un pervers et de meurtres en série ? Est-on en présence d'un nouveau Jack l'Éventreur ou ces disparitions n'ont-elles rien à voir les unes avec les autres ? (extrait de la quatrième de couverture)

  

Mon avis :

 C'est un roman qui est long, mais long…

Pour ne rien arranger, la quatrième de couverture  en dévoile trop, on sait tout avant même de commencer le roman. Cela crée un effet d’attente très pernicieux : déjà que l’intrigue n’en finit pas de commencer ou d’avancer, traînant en longueur tel un long dimanche de pluie, si en plus l’action à venir est déjà annoncée, ce roman devient alors franchement soporifique. Pour ne pas risquer  de tomber dans un sommeil de plomb, une seule solution s’impose : passer certains passages pour avancer plus vite vers le dénouement. Encore faut-il avoir envie de connaître le dénouement en question, que l'on devine des kilomètres de pages avant... Point de surprises ou de retournements de situations qu’auraient omis de mentionner la quatrième de couverture.

 L'action c'est une chose mais les personnages me direz-vous ? Là encore, rien ne nous est épargné : aucun détail de leur vie ne nous est inconnu, si l’auteur avait pu écrire à chaque fois ce qu’ils mangent au petit déjeuner, elle l’aurait fait … De plus, l'auteur a dû se dire que plus ils étaient de fous plus ils riraient, elle en invente donc un nouveau presque à chaque chapitre... Et on ne rit pas du tout, on ronfle plutôt...

 Et Simon Serrailler qui a quand même l'insigne honneur de figurer dans le titre ? QUI ? Ah oui celui qui est sur une île au bout du monde et qui se décide à revenir à la fin du roman ?  

 Et les idées, les réflexions ? Nous côtoyons le milieu des prostituées, pauvres filles qui n'ont pas le choix mais sont malgré tout des êtres humains qui méritent toute notre attention… Sans blague ? En parallèle l'auteur a décidé de s'infilter dans le milieu de l’église. Et figurez-vous que les fervents catholiques ne sont pas tous des anges... Sans blague ? Rien de transcendant au final, juste des réflexions embourbées dans ce roman de 400 pages.

 Beaucoup trop long, beaucoup trop insignifiant... 

 

Premières phrases :

« Leslie Blade s’arrêta sous l’avancée de l’entrée de la faculté, le temps d’ouvrir son parapluie.

La pluie. La plui matin et soir depuis le début de la semaine.

Il pouvait venir travailler en voiture, mais in n’était qu’à trois kilomètres, donc la fac ne lui accordait pas un permis de stationner sur le parking. »

 

Vous aimerez aussi :

Si vous voulez des vrais policiers dignes de ce nom, c'est ici : Coups de coeur 

 

D’autres avis :

Blogs :    Canel ; Clara (Je précise qu'il faut être une blogueuse du  prix des lectrices de Elle pour lire ce roman qui aurait fini dans les limbes de l'indifférence générale sans cela...) 

 

Des ombres dans la rue, Susan HILL, traduit par Johan Frédérik HEL-GUEDJ, avril 2012, 408 p., 21 euros

 grand prix lectrices de elle 

Publié dans Roman policier Europe

Partager cet article
Repost0

Les oubliés de la lande de Fabienne JUHEL

Publié le par Hélène

 oublies-de-la-lande.jpg 

♥ ♥

 L’auteur :

Née en 1965 à Saint-Brieuc, Fabienne Juhel vit en Bretagne. Elle est notamment l'auteur des Hommes Sirènes (2011} et de À l'angle du renard (2009), prix du roman Ouest-France/Étonnants voyageurs.

 L’histoire :

C'est un endroit si isolé qu'aucun chemin n'y mène. Une contrée sauvage qu'aucune carte ne mentionne. C'est un village sans nom. Un trou noir. Ils sont une trentaine à vivre là, oubliés dans la lande. Tous ont une bonne raison de s'y être réfugiés. Il y a ceux qui craignaient la mort. Ceux qui ne pouvaient imaginer leur vie sans l'homme qu'ils aimaient. Et les autres, aux motivations moins avouables. Mais cette quiétude éternelle va être foudroyée, le premier jour de l'été. Tom, l'unique enfant de la communauté, fait une découverte macabre : le corps d'un inconnu, aux portes du village. Il a déjà été témoin d'autres événements inexplicables. Quelqu'un aurait-il réveillé les vieux démons ?

Dans son cinquième roman, Fabienne Juhel mène l'enquête avec une redoutable efficacité, fouillant le passé de chacun de ses personnages pour en dévoiler les plus funestes secrets. Roman à suspense, Les Oubliés de la lande nous offre une remarquable réflexion sur le sens de la vie, ce temps compté qui donne tout son prix aux instants vécus.

 Le mot de l'auteur

Mai 2011. Mon père me conduit à l'aéroport de Saint-Jacques-de-la-Lande. J'ai accepté de me rendre à La Comédie du livre parce que Montpellier est une ville solaire qui m'a sauvée, un jour, d'une envie de déserter ce monde. Nous roulons en silence. Toujours cette peur de prendre l'avion, cette angoisse de mourir. Mon père me raconte, qu'avec un ami, il a rendu visite à un homme retiré du monde. Il faut marcher longtemps, emprunter des pistes foulées par des sangliers, pour atteindre sa cabane.» Eh bien ! la Mort, elle n'est pas prête de te trouver !», dit l'ami. Alors, mon angoisse combinée à ma dette envers la ville solaire et cet aéroport qui a eu la bonne idée de mettre «lande» au bout de son nom, ont tissé Les oubliés de la lande. Parce que la mort n'est pas une échéance, mais un lâcher prise. Avion ou pas, en l'attendant, moi, je ne lâche rien.

 

Ce que j’ai aimé :

Vivre dans un « No death’s land », dans un pays isolé que la mort aurait oublié, un village dans lequel le temps aussi s’est arrêté, comme suspendu entre vie et mort… Vivre sans angoisse de la mort, libre… Mais peut-on être libres, êtres de chair et de sang que nous sommes, hommes et femmes de mémoire qui portons à chaque instant les stigmates du passé ? Les pistes de réflexion sont foisonnantes dans ce roman au thème fantastique discret, placé dans une réalité cohérente. En voulant écarter la mort, les personnages du roman en font finalement le thème principal de leur vie…

Fabienne Juhel est une conteuse hors pair, hantée par les légendes bretonnes, elle ancre ses romans dans des paysages de landes désertés, baignés par des lueurs surnaturelles inquiétantes et fascinantes à la fois créant ainsi des mondes interlopes.

 « Si quelqu'un avait aperçu la silhouette du voyageur griffant le ciel bleu depuis la lande rousse, il aurait pensé à un sarment tout sec ou aux racines d'une souche fossilisée interrogeant le ciel à l'envers. Peut-être aussi à un épouvantail enlevé par les vents d'hiver et planté là, par hasard, dans cette terre aride et sèche qui n'enfantait plus que des cailloux. » (début)

 Ce que j’ai moins aimé :

 Puis, tout à coup le monde interlope devient réellement glauque avec la description d’une scène particulièrement horrible. A tel point que j’en ai ressenti physiquement le choc, la révélation finale m’a donné des réels hauts de cœur. Je lis beaucoup de romans policiers et j’ai rarement autant été secouée…

De fait un bilan en demi-teinte…

 Premières phrases :

« Le voyageur arriva épuisé aux portes du village.

Il avait marché de longues heures dans une lande tout à fait déserte, ravinée par les déluges qui s’abattaient souvent dans la région, aujourd’hui mangée de soleil. La godasse achoppant sur de petits cailloux têtus. Il s’était emmêlé les pieds dans des barbelés de ronciers où s’accrochait du crin de sanglier – un peu de fibre de ses chaussettes maintenant. Sa progression était lente. Les stridulations assourdissantes des grillons pesaient comme du goudron frais collé à ses semelles. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : A l’angle du renard de Fabienne JUHEL

 

 D’autres avis :

Clara  

Les oubliés de la lande, Fabienne Juhel, Editions du Rouergue, août 2012, 282 p., 21 euros

 challenge rentrée littéraire 2012 

   dialogues-croises

 

Partager cet article
Repost0

Avenue des géants de Marc DUGAIN

Publié le par Hélène

                                        avenue-des-geants.jpg

   ♥ ♥

Dans la peau d'un tueur...

 

 L’auteur :

 Après avoir vécu les sept premières années de sa vie au Sénégal, Marc Dugain revient en France avec ses parents. Il intègre quelque temps plus tard l'Institut d'études politiques de Grenoble, où il étudie les sciences politiques et la finance, avant de prendre la tête d'une compagnie d'aviation. Mais l'écriture l'a toujours démangé. Aussi, il se décide à prendre la plume, et signe 'La Chambre des officiers' en 1998. Ce premier roman reçoit près de vingt prix littéraires et est adapté au cinéma. Il sort ensuite 'Campagne anglaise', 'Heureux comme dieu en France', 'La Malédiction d'Edgar' et plus récemment 'Une exécution ordinaire' (2007), et se constitue peu à peu un lectorat fidèle. Friand d'horizons lointains, Marc Dugain vit au Maroc depuis 2001. (Source : Evene)

 L’histoire :

 Al Kenner serait un adolescent ordinaire s'il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n'était pas supérieur à celui d'Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d'une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l'habite. Inspiré d'un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d'un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s'illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam. (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

 La construction millimétrée du roman laisse planer le doute et crée un effet d'attente ambivalente : le grand talent de Marc Dugain est de parvenir à créer chez le lecteur de l'empathie pour cet homme maltraité, mal aimé.  Est-il en prison, va-t-il en sortir ? Va-t-il y retourner ? Pourquoi ? Ses contradictions, ses pulsions, ses maigres bonheurs s'inscrivent tellement dans une logique implacable que l'issue du roman devient peu à peu inéluctable.  Mais qui est responsable réellement de cet état de fait ?

 Inspiré d'un personnage réel, le portrait de Al Kenner est brillant d'exactitude et cette plongée au coeur de l'esprit d'un tueur est glaçante. Le mal était-il en lui dés sa naissance comme le pense sa mère ou son enfance, l'abandon de son père, la froideur et dureté de sa mère sont-ils à l'origine de son manque d'empathie et de sa propension à tuer ? L'auteur ne répond pas à ces questions mais offre au lecteur la possibilité de s'ouvrir vers une réflexion large et féconde sur ces tueurs à la personnalité complexe. 

  avenue des géants edmund

  Edmund Kemper,2,10 m pour 130 kg, est aujourd'hui enfermé à vie dans la prison d'État de Folsom, en Californie (ici, en 1973). Crédits photo : Corbis/© Bettmann/CORBIS

 Ce que j’ai moins aimé :

 Malheureusement, quelques longueurs se font sentir, d'autant plus que le style plat (sujet verbe complement) ne porte pas toujours suffisamment le sujet…

 Premières phrases :

 « Comme chaque mois, elle lui fait face après s’être installée lourdement sur sa chaise. Elle sort les livres de son sac, une dizaine. Pour la plupart ils ont une couverture cartonnée. Il y jette un coup d’œil rapide, et les pose devant lui. »


Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : La chambre des officiers

D’autres avis :

 

Blogs : Ys ;  Clara ; Jostein ; Dasola ; Nadael   ; Keisha

Presse :  Le point ; Télérama L’express ; Le Figaro ; Bibliobs ; Lire  

 

Avenue des géants, Marc DUGAIN, Gallimard, avril 2012, 360 p., 21.50 euros

 grand prix lectrices de elle 

12 d'Ys

 

 

Partager cet article
Repost0

Ma brillante carrière de Miles FRANKLIN

Publié le par Hélène

                                               brillante-carriere.jpg

  ♥

   L’auteur :

Miles Franklin est une écrivaine australienne née Stella Maria Sarah Miles Franklin en 1879 en Nouvelle-Galles du Sud, au sein d'une famille de propriétaires terriens.

Elle publie son premier roman, Ma brillante carrière, en 1901, grâce à l’appui de l’auteur australien Henry Lawson. Après cette publication, elle tente une carrière d’infirmière puis de gouvernante, tout en continuant d’écrire pour des journaux. Durant cette période, elle écrit la suite de Ma brillante carrière, mais la censure l’interdit de publication jusqu’en 1946, trouvant l’ouvrage trop subversif !

En 1906, elle part vivre aux États-Unis et devient la secrétaire d'Alice Henry, directrice de la Ligue des Femmes de Chicago, puis en 1915 elle s’installe en Angleterre où elle travaille dans un hôpital. Elle rentre en Australie en 1932 et écrit de nombreux romans historiques sur le Bush australien.
Sa vie est caractérisée par sa volonté de ne jamais se marier, et ce malgré les nombreux prétendants. Elle fait ainsi partie de ces pionnières du féminisme à l’australienne.
Elle décède en 1954 dans une banlieue de Sydney. Dans son testament, elle lègue une somme conséquente afin que soit créé un prix littéraire annuel portant son nom, le Miles Franklin Literary Award. (Source : babélio)

 L’histoire :

 Ce chef-d'oeuvre de la littérature australienne contient tous les ingrédients qui font les meilleures recettes littéraires : un cadre exceptionnel - celui des gigantesques espaces australiens apprivoisés petit à petit par des hommes et des femmes aussi courageux que tenaces -, une saga familiale dramatique, une merveilleuse histoire d'amour, et la volonté farouche de Miles Franklin de réussir une brillante carrière de femme et d'écrivain. Un pari totalement réussi ! (Quatrième de couverture)

 Ce que j’ai aimé :

 Ma brillante carrière est un récit très romanesque, le lecteur est entraîné par un style fluide qui le mène page après page sur les traces de la jeune Sybylla, jeune femme virevoltante aux idées bien arrêtées. A cause de la faillite de son père, elle doit quitter ses parents et ses frères et sœurs pour vivre aux côtés de sa grand-mère, dans la région de Caddagat. Pour  Sybylla, amoureuse de cette région et de sa beauté, cette nouvelle est un vrai bonheur, elle va s’épanouir au contact de ces grands espaces battus par les vents.

  « Je m’abandonnai à la simple joie d’être en vie. Comme la lumière du soleil étincelait et dansait sur la route ! –elle faisait briller les feuilles d’eucalyptus telle  une myriade de pierres précieuses ! Un nuage de points blancs, que je reconnus pour être des cacaotès, faisait des cercles au-dessus du sommet de la colline. » (p. 272)

 australie.jpg

 Là-bas, elle va faire des rencontres qui vont bouleverser sa vie sans pour autant modifier  l’image du couple et du mariage qu’elle avait depuis son plus jeune âge.

 Ma brillante carrière est aussi un roman féministe, porté par la personnalité frondeuse et avide de liberté de l’héroïne-auteure (je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue et l’issue de sa relation avec le bel Harold)

 Ce que j’ai moins aimé :

 J’ai trouvé le récit trop centré sur la relation de la jeune fille avec Harold. J’aurais aimé que le récit s’en éloigne pour s’étoffer ainsi et ne pas me laisser cette impression de ne lire qu’un roman sentimental, quelqu'en soit l'issue...

 Premières phrases :

 « Aïe, aïe, je vas mourir. Aïe, j’ai mal, j’ai mal ! Aïe, Aïe !

-Allons, allons, viens. Le petit compère de son papa va pas faire la mauviette, non ? Je vais mettre dessus un peu de graisse qui nous reste du déjeuner et l’attacher avec mon mouchoir. »

 D’autres avis :

 Blogoclub

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le pays d’en haut

 

POCHE : Ma brillante carrière, Miles Franklin, traduit de l’anglais (Australie) par Nelly Lhermillier, Editions de l’Aube, mai 2012 (réédition), 11.40 euros

 blogoclub 

Publié dans Littérature Océanie

Partager cet article
Repost0

<< < 10 20 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 > >>