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Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel DONGALA

Publié le par Hélène

photo de groupe au bord du fleuve

 ♥ ♥ ♥

 La lutte d’une poignée de femmes africaines bien décidées à se faire entendre.

  

 L’auteur :

Emmanuel DONGALA est un romancier congolais. Il vit actuellement aux Etats-Unis où il est enseignant. Ses romans sont traduits dans une douzaine de langues.

 

L’histoire :

 

La vie de Méréana et de ses collègues casseuses de pierre bascule le jour où elles décident de vendre plus cher leur sac de pierre. Les besoins en gravier ont en effet considérablement augmentés dans la ville en raison de la construction d’un aéroport et ceux à qui les casseuses de pierre vendent leurs sacs font des plus values de plus en plus importantes. Méréana devient la porte parole de ce combat qui les conduira jusqu’au ministère.

 Ce que j’ai aimé :

 

-          Le portrait émouvant de ces femmes africaines si souvent humiliées par les hommes : ce simple combat devient peu à peu celui de toutes les femmes qui refusent de céder devant l’injustice.

Elles n’ont pas choisi d’être casseuses de pierres : l’une veut gagner l’argent nécessaire pour obtenir un diplôme qui lui a échappé en raison d’une grossesse inattendue, l’autre a été spoliée par sa belle famille à la mort de son mari, une autre encore violée par des soldats a dû soudainement pourvoir au quotidien de triplés nés de cet union… Unies, elles iront jusqu’au bout de leurs revendications pour enfin choisir et non plus subir leur vie.

« Ne te fie pas aux lois qui sont sur le papier. Ils les écrivent pour plaire à l’ONU et à toutes ces organisations internationales qui leur donnent de l’argent et les invitent à leurs conférences. La vraie loi, celle que nous subissons tous les jours, est celle qui donne l’avantage aux hommes. » (p.53)

« Et puis pourquoi ce mépris des femmes qui dégouline de chaque mot tombant de sa bouche ? a fait quoi si ces femmes sont analphabètes ? Pense-t-il qu’il faille un doctorat pour être une femme debout, une femme de courage ? Peut-être ne le sait-il pas mais des tas de femmes à l’éducation modeste ont changé l’histoire de leur société. » (p. 119)

-          Une image de l’Afrique juste et directe : Emmanuel DONGALA peint avec beaucoup de subtilité le quotidien de la république du Congo. Il évoque la corruption, la violence des forces de l’ordre qui n’hésitent pas à tirer à balles réelles sur des manifestants, les ministères si soucieux de l’image qu’ils pourront donner à l’extérieur, la sorcellerie tenant une place importante dans la société, le sida…

-          Le message pacifiste qui transparaît dans leur action collective : ce sont des femmes intelligentes qui veulent éviter quoi qu’il arrive le recours à la violence. A chaque étape de leur lutte, elles cherchent la meilleure stratégie à adopter, sans heurts.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Le début d’idylle naissant entre Méréana et Armando était superflu à mes yeux…

 

Premières phrases :

 

«  Tu te réveilles le matin et tu sais d’avance que c’est un jour déjà levé qui se lève. Que cette journée qui commence sera la sœur jumelle de celle d’hier, d’avant-hier et d’avant avant-hier. Tu veux traîner un peu plus au lit, voler quelques minutes supplémentaires à ce jour qui pointe afin de reposer un brin plus longtemps ton corps courbatu, particulièrement ce bras gauche encore endolori par les vibrations du lourd marteau sur lequel tu cognes quotidiennement la pierre dure. Mais il faut te lever, Dieu n’a pas fait cette nuit plus longue pour toi. »

 

Vous aimerez aussi :

Poulet bicyclette et cie de Florent COUAO ZOTTI

 

Photo de groupe au bord du fleuve, Emmanuel DONGALA, Actes Sud, avril 2010, 334 p., 22.80 euros  

Publié dans Littérature Afrique

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Lonesome Dove de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

Lonesome-Dove1

Lonesome-Dove 2

 

♥ ♥ ♥ ♥

  « Si vous ne devez lire qu’un seul western dans votre vie, lisez celui-ci. » (James CRUMLEY)

 

L’auteur :

 

Larry McMurtry est un romancier, essayiste et scénariste américain. Il est surtout connu pour son prix Pulitzer pour le roman Lonesome Dove qui a été adapté en un feuilleton télé.

Depuis 1992, il travaille ses scénarios avec Diana Ossana avec laquelle il a écrit le scénario de Brokeback Mountain pour lequel il a remporté en 2006, l'Oscar du meilleur scénario adapté.

 

L’histoire :

 

Volume 1 :
A Lonesome Dove, Texas, les héros sont fatigués. Augustus McCrae et Woodrow Call ont remisé leurs
armes après de longues années passées à combattre les Comanches. En cette année 1880, pourtant, l'aventure va les rattraper lorsqu'ils décident de voler du bétail au Mexique et de le convoyer jusque dans le Montana pour y établir un ranch. Commence alors un périple inédit de plusieurs milliers de kilomètres à travers l'Ouest, au cours duquel le convoi affrontera de violentes tempêtes, des bandes de tueurs et d'Indiens rebelles... et laissera de nombreux hommes derrière lui.

Volume 2 :
La première partie de Lonesome Dove nous a entrai
̂nés à la suite de Augustus McCrae et Woodrow Call, ex-Texas rangers de légende, sur la route dangereuse du Montana, là où, dit-on, les terres sont encore à qui les prend. De nombreuses épreuves attendent encore le convoi lors de cet extraordinaire périple à travers l'Ouest. Les hommes devront tour à tour affronter des éléments déchaînés, des pillards et leurs propres démons. Quand, au bout d'une piste longue et périlleuse, ils arriveront enfin dans le Montana, beaucoup manqueront à l'appel.

Ce que j’ai aimé :

 

-          Alors ? alors ? Ces cow-boys vous demandez-vous avidement…  

 

Eh bien j’ai le regret de vous dire que Keisha avait raison et que dans ce roman, point vous n’apercevrez de cow-boys virils et séduisants (ni d’indiens avec les mêmes qualités d’ailleurs…) Ceci dit ils sont tellement attachants que je me suis sentie comme abandonnée à la fin de la lecture, comme s’ils continuaient leur vie sans moi, loin de moi (lâches…).

 

Là est la puissance de ce western : réussir à nous abstraire totalement de notre monde pour nous transporter au cœur du Texas et du Montana, aux côtés de Call, si taciturne, Gus, si exubérant, Lorena, femme meurtrie, Newt, jeune cow-boy à la recherche de ses origines, et de tous les autres aux contours tellement précis qu’ils deviennent vivants…

 

-          J’ai eu quelquefois tendance à trouver que 1200 pages pour un roman, c’était trop, mais finalement je me demande si ce n’est pas justement ce grand nombre de pages qui permet une immersion absolue dans leur univers. Rester autant de temps avec des cow-boys crée des liens, forcément… (non Choco, je n’en dirai pas plus…)

 

"Ne fallait-il pas être fou pour s'aventurer seul le long de la Canadian, cible facile pour une bande de hors-la-loi, et affamé par-dessus le marché ? (...) Rien de tout cela n'était sensé, et il était pourtant bien obligé d'admettre qu'il avait un certain penchant pour ce genre de folie. Vivre de façon raisonnable -expérience qu'il avait tentée à une ou deux reprises dans sa vie- s'était avéré ennuyeux, le plus souvent après quelques jours seulement. Une vie sensée ne lui avait jamais rien apporté qui vaille, à part des beuveries et des parties de cartes où il jouait jusqu'à sa dernière chemise. La folie était parfois plus stimulante.

Le soleil du matin faisait étinceler l'herbe de la prairie lorsqu'il prit la direction de l'est  le long de la route des os de bisons." (p. 34)

 

- Je ne peux que vous encourager à vous lancer dans l'aventure...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien, sauf peut-être que j'ai développé une addiction aux cow-boys…

 

Premières phrases :

 

" Lorsque Augustus sortit sous le porche, les cochons bleus étaient en train de manger un serpent à sonnette - un spécimen de taille modeste. le serpent devait ramper à la recherche d'un peu d'ombre quand il était tombé sur les cochons. Ils se le disputaient âprement et il était clair que le crotale ne sonnerait plus jamais. La truie le tenait par le cou et le verrat par la queue."

 

 

Vous aimerez aussi :

 

Le secret de Brockeback Mountain, nouvelle de Annie PROULX et film de Ang LEE.

 

D’autres avis :

 

Keisha, Lili 

  

Lonesome Dove, Larry McMURTRY, Tome 1 et 2, traduit de l’américain par Richard Crevier, Gallmeister, Totem, février 2011, 600 p. chaque tome, 11 euros chaque tome.

 

Merci aux éditions Gallmeister.

Lu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio :

 

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Dernier tramway pour les Champs-Elysées de James Lee BURKE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

 Prix mystère de la critique 2009

 

L’auteur :

 

James Lee Burke est né à Houston (Texas) le 5 décembre 1936. Il vit entre New Iberia (Louisiane) et Missoula (Montana). Diplômé de littérature américaine, il enseigne à l'université du Missouri.

James Lee Burke commence à écrire à 19 ans et voit ses trois premiers romans publiés à 34 ans. Il crée alors son héros Dave Robicheaux que l'on retrouve dans toute son oeuvre.

 

L’histoire :

 

Par une soirée pluvieuse en cette fin d’été, Dave Robicheaux se sent d’humeur morose. Même s’il ne boit plus, il cherche à retrouver la chaleur et l’ambiance des bars qui le renvoient à la Louisiane de son enfance. Assis au comptoir chez Goldie Bierbaum, il voit entrer un jeune homme au crâne rasé. Un petit dealer qui joue aussi dans des pornos, un type pas regardant sur les besognes qu’on le charge d’exécuter. Qui lui a ordonné d’'aller tabasser sauvagement le père Jimmie Dolan, prêtre à la réputation sulfureuse et ami de Robicheaux ?

L’agression perpétrée contre le père Dolan va emmener Dave Robicheaux sur des chemins imprévus, à la rencontre du fantôme de Junior Crudup, un bluesman incarcéré à Angola dans les années trente. Un mystère plane toujours sur le destin de ce musicien génial, jamais ressorti de la prison où il purgeait sa peine. Qu’est-il devenu ? Énigme d’autant plus troublante que la petite-fille du chanteur est aujourd’hui sur le point d’être dépossédée de sa ferme par une société qui gère les résidus toxiques de l’industrie pétrolière. Robicheaux se sait en terrain mouvant lorsqu’il s’aperçoit que le propriétaire de cette société n’est autre que Merchie Flannigan. Un nom qu’il connaît. Flannigan a en effet épousé Theodosha LeJeune, issue d’une riche famille, et... ancien amour de Dave Robicheaux. (Présentation de l'éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Les romans de James Lee Burke plongent immédiatement le lecteur dans une atmosphère particulière, un savant mélange de violence et de beauté intrinsèque au monde qu’il décrit. :

 

«  Elle remisa sa guitare de côté et le chat qu’elle avait baptisé Snuggs nicha son museau contre son genou. Le vent fit frissonner les branches de pacanier et de chêne au-dessus de nos têtes, et un groupe de gamins rigolards en route vers al bibliothèque passa en vélo devant  la maison, sous les lampadaires qui brillaient dans le soir humide comme des lampes à pétrole dans une toile de Van Gogh. Aucun bruit de moteur ne résonnait dans la rue et l’on n’entendait que le souffle régulier du vent et le raclement des feuilles mortes sur le trottoir. J’aurais voulu que cet instant ne finît jamais. » (p. 155)

 

-          Les dialogues sont vifs et intelligents, au service de thèmes forts comme  ici  l’esclavage, l’alcoolisme, la violence et la rédemption…

 

-          Dernier tramway pour les Champs Elysées est un roman envoûtant au lyrisme brûlant.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          L’intrigue n’avance que de façon lancinante, difficilement, laborieusement, si bien que j’ai eu tendance à me lasser en cours de lecture.


Premières phrases :

 

« La semaine qui suivit Labor Day, après un été de sécheresse dont les vents chauds avaient réduits la terre des champs de canne en poussière aride tissée de craquelures comme des toiles d’araignée, les averses se remirent de la partie sur les marais, la température baissa de dix degrés et le ciel immaculé d’un bleu dur de céramique se mit à ressembler à l’intérieur d’une énorme coupe renversée. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La rose de Cimarron

 Autre : De chair et de sang de John HARVEY

 

Dernier tramway pour les Champs Elysées, James Lee Burke, Traduit de l’anglais (EU) par Freddy Michalski, Payot  et Rivages, 2008, 352 p., 20 euros

POCHE : Dernier tramway pour les Champs Elysées, James Lee Burke, Traduit de l’anglais (EU) par Freddy Michalski, Rivages poche, 2011, 446 p., 9.50 euros

 

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Un silence de clairière de David THOMAS

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

Prix orange du livre 2011

  

 L’auteur :

 

Après avoir été journaliste pendant une quinzaine d'années, David Thomas se consacre aujourd'hui à l'écriture. Il a publié plusieurs pièces de théâtre et un recueil de nouvelles, La patience des buffles sous la pluie (prix de la Découverte 2009 de la Fondation Prince Pierre de Monaco). Il signe ici son premier roman.

 

L’histoire :

 

Adrien Lipnitsky n'est pas en grande forme. Il finit par comprendre que derrière ce malaise existentiel se cache l'absence de son frère, voyageur insatiable, dont il est sans nouvelle depuis un an. Il décide alors de partir à sa recherche. Son périple le mènera au coeur de la Suède. C'est là, dans le silence d'une clairière perdue dans une immense forêt, qu'il va être au plus près de son frère. Mais peut-on jamais atteindre ceux qui vous manquent ? (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          J’attendais avec fébrilité la sortie de ce roman de David Thomas auteur que j’ai découvert avec sa Patience des buffles sous la pluie, un petit bijou que j’affectionne tellement qu'il eût l'immense privilège de constituer le premier billet de ce blog, il y a un an de cela. J’en possède même deux exemplaires au cas où j’en perdrais un, sait-on jamais…

  

-          J’ai retrouvé avec joie la façon désinvolte et  ironique qu’il a de considérer le couple et les relations amoureuses :

 

 « Moi aussi je l’ai aimée, mais je l’ai sans doute aimée en déformant à mon avantage ce qu’elle était. Elle marchait vite, je prenais cela pour de al vivacité alors que c’était de l’impatience. Elle s’emportait, je prenais ça pour de la passion alors que c’était de l’intransigeance. Elle m’encourageait à écrire, je prenais ça pour du soutien alors que c’était du calcul. Elle disait la plus crasse des idioties, je prenais ça pour une charmante naïveté alors que c’était bien la plus crasse des idioties. C’est dire à quel point je l’aimais. » (p. 61)

 

-          J’ai admiré là encore son sens de la formule :

 

« Cette fille-là fouettait le temps et le dressait comme on dompte un tigre, sans craindre les dangereux coups de patte que peuvent vous assener les lendemains qui déchantent. »

 

-          J’ai découvert une belle réflexion sur l’écriture et la création, tout à fait en adéquation avec le personnage créé :

 

« J’avais fait ce choix, je m’y tenais, voilà tout. Pour le plaisir de réussir une phrase comme on réussit une sauce et pour donner un sens à ma vie. » (p. 57)

 

« L’écriture est le meilleur moyen de se souvenir de ce que l’on n’a pas vécu.  C’est le désir qui tend les cœurs et les arcs. C’est à lui que l’on doit tout.  Et un désir qui ne se transforme pas en obsession n’a pas plus d’intérêt qu’une pluie en novembre. Il fallait ne rien céder afin d’affirmer, dans un hurlement de muet, qui on était. Il fallait aller au bout de soi et marcher jusqu’à ses propres soleils en restant sourd à ses propres craintes. » (p. 171)

 

-          Bref j’ai adoré cet Adrien Lipnitsky, un homme perdu dans un monde fou, et qui par son humour et sa dérision, parvient à donner du relief à son univers.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Mais (et c’est là que je verse une larme tant je suis déçue qu’il y ait ce « mais »…)  mais à mes yeux ce roman manque d’envergure (premier sanglot). Il aurait pu être tellement plus dense, tellement plus drôle, tellement plus inventif (deuxième sanglot) tant cet auteur est doué. Mais je me suis sentie comme « ces entraîneurs qui reviennent de Deauville avec un yearling sur lequel ils avaient mis tous leurs espoirs et qui, après plusieurs années d’entraînement intensif, de soins méticuleux, d’attention affectueuse et de projections égotiques, sont confrontés à l’implacable réalité des tiercés. » (p. 57) (ultime sanglot)

 

Premières phrases :

 

« J’ai couru après quelqu’un ou quelque chose. J’ai passé ma vie à ça. Ce jour-là, j’avais couru après un chevreuil. Quelqu’un peut me dire ce que je faisais dans cette campagne à courir après un chevreuil ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

 La patience des buffles sous la pluie de David THOMAS

 

Un silence de clairière, David Thomas, Albin Michel, mars 2011, 174 p., 15 euros

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L’hibiscus pourpre de Chimamanda NGOZI ADICHIE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 Chimamanda Ngozi Adichie a grandi au Nigeria. Ses nouvelles ont été plusieurs fois sélectionnées dans le prestigieux prix littéraires américains ou anglais. L'Hibiscus pourpre est son premier roman. Elle a aujourd'hui 25 ans et partage son temps entre le Nigeria et les Etats-Unis.

 

L’histoire :

Kambili a quinze ans. Son monde est limité aux murs de la résidence luxueuse d'Enugu, au Nigeria, où elle vit avec ses parents et son frère Jaja. Son père, Eugène, est un riche notable qui régit son foyer selon des principes d'une rigueur implacable. Sa générosité et son courage politique (il possède le seul journal indépendant du pays) en font un véritable héros de sa communauté. Mais Eugène est aussi un fondamentaliste catholique, qui conçoit l'éducation de ses enfants comme une chasse au péché où les plus terribles punitions trouvent leur justification dans la foi. Quand un coup d'Etat vient secouer le Nigeria, Eugène, très impliqué dans la crise politique, est obligé d'envoyer Kambili et Jaja chez leur tante. Les deux adolescents y découvrent un foyer bruyant, plein de rires et de musique. Ils prennent goût à une vie simple, qu'ils croyaient dangereuse et païenne, et ouvrent les yeux sur la nature tyrannique de leur père. Lorsque Kambili et son frère reviennent sous le toit paternel, le conflit est inévitable et la maison se transforme en champ de bataille où les enfants vont se révolter pour gagner leur liberté.

 

Ce que j’ai aimé :

-          Le point de vue adopté est celui de la jeune Kambili, et ses propos sont pesés, retenus, bridés par l’autorité d’un père tyrannique pour qui tout écart à la religion est source de réprimande souvent violente. La violence domestique est évoquée avec tact mais sans nous en épargner sa dureté incohérente. Kambili ne comprend pas toutes les scènes qui se déroulent sous ses yeux endoctrinés, mais le lecteur à la conscience aiguisée emplit les vides et prend en pitié cette famille au quotidien assombri par l’ombre intolérante de la figure paternelle.

 -          De la même façon que Kambili éprouve un savant mélange de fascination et de répulsion pour ce père qui reste sa seule référence dans son univers, le lecteur s’interroge sur ce personnage ambivalent qui répand la terreur dans son foyer mais défend par ailleurs des idées progressistes pour son pays le Nigéria en dirigeant le seul journal indépendant du pays :

  « Je voulais faire  la fierté de papa, réussir aussi bien que lui. J’avais besoin qu’il me mette la main sur la nuque en me disant que je réalisais le dessein de Dieu. J’avais besoin qu’il me serre contre lui et me dise qu’à celui à qui on donne beaucoup, on demande aussi beaucoup. J’avais besoin qu’il me sourie, de ce sourire qui illuminait son visage et réchauffait quelque chose au fond de moi. Mais j’étais deuxième. J’étais souillée par l’échec. » (p. 49)

 -          Le goût de la liberté va s’instiller insidieusement dans l’esprit formaté de Kambili, jusqu’à ce qu’elle éclate en mille éclats irisés qui bouleverseront sa vie :

 « Cette nuit-là, je rêvai que je riais, mais ça ne ressemblait pas à mon rire, même si je ne savais pas à quoi ressemblait mon rire. C’était un rire saccadé, rauque et enthousiaste, comme celui de tatie Ifeoma. » (p. 105)

 -          La fin du roman est tout à fait remarquable, offrant un retournement de situation hautement étonnant…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          La bluette sentimentale n’était peut-être pas nécessaire…

 

Premières phrases :

 « A la maison la débâcle a commencé lorsque Jaja, mon frère, n’est pas allé communier et que Papa a lancé son gros missel en travers de la pièce et cassé les figurines des étagères en verre. Nous venions de rentrer de l’église. Mama plaça les palmes fraîches, mouillées d’eau bénite, sur la table de la salle à manger. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L’autre moitié du soleil

Autre : Au pays des hommes de Hisham MATAR

 

D’autres avis :

 

Chez Babélio , Kathel 

L’Hibiscus pourpre,  Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l’anglais (Nigeria) par Mona de Pracontal, Editions Anne Carrière, 2004, 416 p., 20,99 euros

 POCHE : L’hibiscus pourpre, Chimamanda NGOZI ADICHIE, Le livre de poche, 2004, 350 p., 6.50 euros

 

defi Afrika Choupynette

Publié dans Littérature Afrique

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La maison d'à côté de Lisa GARDNER

Publié le par Hélène

maison d'à coté

 

 

♥♥

 

 Prix des lectrices de Elle Policier 2011

  

L’auteur :

 

Écrivain américain, Lisa Gardner a grandi à Hillsboro, dans l’Oregon. Auteur de plusieurs thrillers, elle a également écrit des romans sous le pseudonyme d’Alicia Scott. Elle vit actuellement dans le New Hampshire.

L’histoire :

 

Un fait divers dans une banlieue résidentielle de Boston passionne les médias. Sandra Jones, jeune maîtresse d'école et mère modèle a disparu. Seul témoin : sa petite fille de 4 ans. Suspect N°1 : un mari Jason. Dès qu'elle pénètre dans la villa douillette des Jones, l'inspectrice D.D. Warren sent que quelque chose cloche. Aux yeux de tous, Sandra et Jason Jones avaient tout du jeune couple amoureux. Mais de toute évidence, cette apparente normalité dissimulait des zones d'ombre redoutables. Au fil des jours, la disparition de la jeune femme devient de plus en plus inquiétante. Pourtant Jason Jones semble plus intéressé à faire disparaître les preuves et isoler sa fille que par rechercher sa femme « chérie ». Le parfait époux essaierait-il de brouiller les pistes ou cherche-t-il simplement à se cacher ? Mais de qui ?

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La maison d’à côté est un thriller qu’il est difficile de lâcher avant la fin tant le suspens est passionnant. En multipliant les questionnements, l’auteur réussit à ferrer son lecteur plus sûrement que le plus amateur des pêcheurs : qu’est-il arrivé à Sandra ? Pourquoi son mari semble-t-il si froid ? Qu’a vu  la petite Ree cette fameuse nuit ? Que cachent les ordinateurs de la maison ? Pourquoi ce couple idéal n’a-t-il ni famille ni amis ? Qu’est-il arrivé pendant ces vacances de février ? Etc… Je pourrais continuer encore longtemps cette liste car les questions naissent parallèlement à l’avancée de l’intrigue. Du grand art…

 

-          C’est une jeune femme qui mène l’enquête, D. D. Warren, personnage récurrent des romans de Lisa Gardner, si bien que pour une fois nous n’avons pas droit au personnage déséspéré de nombreux romans policiers : le vieux bougon limite alcoolique, limite dépressif, limite tout en fait (cf Dave Robicheaux cher James Lee Burke, Harry Bosh chez Connelly, Varg Veum chez Staalesen, Charlie Resnik chez John Harvey, Kurt Wallander chez Mankell, Erlendur chez Indridason, pour ne citer que mes auteurs fétiches…) (D’ailleurs si vous cherchez bien les femmes sont rares à cette place convoitée ou alors elles fonctionnent en binôme) (c’était la minute féministe de la journée…) D.D. est gaie, professionnelle, féminine, intelligente, sentimentale, mais sans trop en faire, bref elle est  limite parfaite…

 

-          Ce roman fait partie de ceux  dont  les questions continuent à nous hanter une fois la dernière page tournée, ceux qui modifient  infimement notre façon d’appréhender le monde. Désormais je regarde mon ordinateur d’un autre œil, je regarde mon mari d’un autre œil, je vois ma famille d’un autre œil, je considère d’un autre œil les délinquants sexuels (enfin, si je peux éviter d’en croiser, ça m’arrangerait quand même),  je vois les autres hommes  que mon mari d’un autre œil (je crois d’ailleurs que je vais cesser définitivement de les regarder…), bref tout à coup je vois au-delà des apparences…

 

« Bien sûr, nous passons totalement à côté de tous les moments intermédiaires. La vie quotidienne qui est ce qu’elle est. Rien à fêter. Rien à pleurer. Juste des tâches à accomplir.

Je suis convaincue que ce sont ces moments qui, au bout du compte, nous construisent ou nous brisent. Comme une vague qui vient lécher jour après jour le même rocher érode la pierre et dessine les contours du rivage, ce sont les petits détails ordinaires de nos existences qui recèlent le vrai pouvoir et donc tout le danger invisible. Les choses que nous faisons ou que nous ne faisons pas dans notre vie de tous les jours sans même comprendre les conséquences à long terme d’actes aussi insignifiants. » (p. 218)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

Premières phrases :

 

« Je me suis toujours demandé ce que ressentaient les gens pendant les toutes dernières heures de leur existence. Savent-ils qu’un drame est sur le point de se produire ? Pressentent- ils la tragédie imminente, étreignent-ils leurs proches ? Ou bien est-ce que ce sont juste des choses qui arrivent ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Bad Boy de Peter ROBINSON

 

D’autres avis :

 

Chez Babélio

 

La maison d’à côté, Lisa GARDNER, Traduit de l’anglais (EU) par Cécile Déniard, Albin Michel, septembre 2010, 418 p., 20.90 euros

 

Merci aux Editions Albin Michel pour cette plongée en plein suspens..

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L’homme inquiet de Henning MANKELL

Publié le par Hélène

                                                L-homme-inquiet fiche livre

  ♥ ♥ ♥ ♥

Où Wallander tire sa révèrence

 

L’auteur :

Henning Mankell est un auteur suédois, surtout célèbre pour ses romans policiers, mais également auteur de pièces de théâtre, d’ouvrages pour la jeunesse et de romans.

L’histoire :

Wallander est à présent grand-père d’une petite Klara et a réalisé son rêve : vivre à la campagne avec son chien. Sa quiétude va être troublée par la disparition du beau-père de sa fille Linda, un ancien officier de marine qui avait récemment et confidentiellement évoqué avec Wallander la guerre froide ainsi qu’une affaire de sous-marins russes dans les eaux territoriales suédoises.

Ce que j’ai aimé :

-          Le personnage de Wallander et à travers lui le thème de la vieillesse. La retraite qui rôde et inquiète, les malaises qui sont peut-être des alertes d’une maladie plus grave, les amis qui disparaissent subitement, les bilans sur une vie qui ne reviendra jamais plus et qui arrive à son terme, la solitude, les remords, les regrets, et le désarroi de ceux qui restent et ne savent pas comment irriguer toutes ces angoisses, tous ces thèmes sont abordés subtilement, avec beaucoup d'intelligence :

« Je me sens vieux, dit Wallander. Je me réveille chaque jour avec l’impression que ça passe si vite, si terriblement vite. Et je ne sais pas après quoi je cours, et si c’est pour le rattraper ou pour lui échapper au contraire. Je cours, c’est tout. Et si je dois être tout à fait sincère… la vieillesse me fait très peur. » (p. 551)

-          L’intrigue est remarquablement bien menée, avec ses rebondissements arrivant à propos, les avancées progressives de l’enquête, de nouveaux personnages savamment disséminés dans les pages… Pas un instant le lecteur ne s'ennuie, totalement immergé dans cet univers si humain.

L'homme inquiet est un grand roman qui souligne la maîtrise extraordinaire d'un écrivain de grand talent..

Ce que j’ai moins aimé :

-          Les sauts temporels du début du roman.

Premières phrases :

« L’histoire débute par un accès de rage.

Un grand silence matinal régnait dans l’immeuble du gouvernement juste avant cet éclat –provoqué par un rapport remis la veille au soir et que le Premier Ministre lisait à présent dans son bureau. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : cf la liste qui suit et qui répertorie les enquêtes de Kurt wallander chronologiquement

Autre : L’heure trouble de Johan THEORIN

L’homme inquiet, Henning MANKELL, Traduit du suédois par Anna Gibson, Seuil policiers, octobre 2010, 552 p., 22 euros

Autres avis chez Yves ; Cathulu,

Les enquêtes de Wallander par ordre chronologique (source Wikipédia) :

  1. Meurtriers sans visage (parution française : 1994), Mördare utan ansikte (parution en Suède : 1991)
  2. Les Chiens de Riga (2003), Hundarna i Riga (1992)
  3. La Lionne blanche (2004), Den vita lejoninnan (1993)
  4. L'Homme qui souriait (2005), Mannen som log (1994)
  5. Le Guerrier solitaire (1999), Villospår (1995)
  6. La Cinquième Femme (2000), Den femte kvinnan (1996)
  7. Les Morts de la Saint-Jean (2001), Steget efter (1997)
  8. La Muraille invisible (2002), Brandvägg (1998)
  9. La Pyramide (pas encore traduit), Pyramiden (1999)
  10. Avant le gel (paru le 16 septembre 2005), Innan frosten (2002). Kurt Wallander partage ici le rôle principal avec sa fille Linda.
  11. L'homme inquiet (paru en 2010), Den orolige mannen (2009). Ce serait le point final de la serie.

  challenge voisins voisines

Challenge voisins voisines (Suède)

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Un autre monde de Barbara KINGSOLVER

Publié le par Hélène

un autre monde

  ♥ ♥ ♥

 Orange Prize 2010

   

L’auteur :

 

Barbara Kingsolver est une écrivaine américaine. Elle publie son premier roman en 1996 : L’arbre aux  haricots.

 

L’histoire :

 

"Il y a, en chacun de nous, un autre monde. La chose la plus importante est toujours celle que l'on ne connaît pas."

Un autre monde raconte l'histoire de Harrison William Shepherd, un personnage inoubliable, dont la recherche d'identité plonge le lecteur au coeur des événements les plus tumultueux du XXe siècle.

Barbara Kingsolver nous entraîne dans un voyage épique, de la ville de Mexico des années 30 - où le lecteur rencontre Frida Kahlo, Diego Rivera et Trotsky, leader politique en exil - à l'Amérique de Roosevelt et J. Edgar Hoover, en plein maccarthysme.

Avec des personnages profondément attachants, souvent émouvants, un vrai sens de la description des lieux et une analyse juste et intelligente de la façon dont les événements historiques et l'opinion publique peuvent façonner une vie, l'auteur a créé un bouleversant portrait d'artiste et s'interroge sur l'essence même de l'art. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Pouvoir découvrir un pan de l’histoire du monde à travers la distraction d’une fiction est un délice éclairé que nous offre ici même Barbara Kingsolver. Son narrateur côtoie ainsi le célèbre couple de peintre Frida Kahlo et Diego Rivera, nous dévoilant une partie de leur histoire orageuse, entre ruptures et réconciliations incessantes. Durant son séjour chez eux, il rencontrera Trotsky et sa femme, exilés politiques réfugiés dans la maison bleue comme dans un bunker, chaque habitant redoutant l’attentat qui pourrait effacer ce leader politique trop charismatique…

 

La seconde partie du roman se situe en Amérique pendant la chasse aux communistes régie par J. Edgar Hoover. Devenu un écrivain célèbre, Harrison Shepherd devra répondre de ses accointances avec les Rivera et leur hôte provisoire.

 

-          Un autre monde est un roman riche qui abonde de sujets traités intelligemment et de phrases qui sonnent comme des proverbes ou des sentences.

 

« Voilà ce que signifie être seul : tout le monde est relié à tout le monde, les corps, vie liquide éclatante qui flotte autour de vous, partagent un seul et même cœur qui les fait se mouvoir tous ensemble. Si le requin approche ils s’échapperont tous, et vous laisseront vous faire dévorer. » (p. 245)

 

 « Une histoire c’est comme un tableau, Soli. Il n’a pas besoin de ressembler à ce que l’on voit par la fenêtre. » (p. 260)

 

« Pour moi, écrire des livres est une façon de gagner ma vie ne restant en pyjama. » (p. 506)

 

-          Sa construction est elle-même très originale : le roman est composé principalement des carnets de Shepherd, dont certains seront effacés, perdus sciemment, offrant des ellipses temporelles intrigantes, et entre ces carnets s’intercalent les commentaires de Violet Brown, secrétaire assistante de Shepherd à qui l’on doit la survivance de ces carnets. Des articles de journaux fictifs agrémentent ces écrits aux sources déjà variées.

 

Ce patchwork construit un récit vivant, ancré dans le réel, à tel point que l’on se demande en fin de lecture si cet écrivain mystérieux n’aurait pas réellement existé…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Un peu long (664 pages quand même…)

 

Premières phrases :

 

« Au commencement étaient les hurleurs. Ils démarraient toujours leur tapage dès la première heure de l’aube, juste au moment où l’ourlet du ciel commence à blanchir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L’arbre aux haricots

Autre : L’été de la vie de John Maxwell COETZEE

 

Un autre monde, Barbara KINGSOLVER, traduit de l’anglais (EU) par Martine Aubert, Payot Rivages, août 2010, 664 p., 24.50 euros

 

Je remercie Solène TOULY des Editions Payot et Rivages pour cette belle découverte.

 

Zarline l’a lu également

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Danses de guerre de Sherman ALEXIE

Publié le par Hélène

                                              danses-de-guerre.jpg

 ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 

Sherman Joseph Alexie est un romancier, poète et scénariste américain qui écrit principalement sur les populations amérindiennes. Il s'est fait connaître pour son roman Indian Killer en 1997, un drame contemporain sur la légende d'un tueur indien.

 

L’histoire :

 

Nos relations avec les autres ne seraient-elles en fin de compte que de petites guerres ? Pour se préserver, pour assumer ses responsabilités ou prendre des initiatives ? Avec Sherman Alexie, tout est sujet d’inspiration : être parent, le divorce, la guerre des sexes, celle des races, l’alcool et la drogue, la société de consommation, le terrorisme et bien entendu la guerre...

Ses personnages sont des hommes ordinaires sur le point de connaître de grands changements, des artistes, des ouvriers, des pères, des amants, des maris ou des fils. Par leurs choix, simples et considérables à la fois, ils transforment radicalement leurs univers personnels. Un écrivain célèbre doit s’occuper de son père alcoolique et diabétique, avec qui les relations n’ont jamais été évidentes, au moment même où on vient de lui diagnostiquer une tumeur au cerveau. Un homme, dont le mariage est un naufrage, s’éprend d’une femme rencontrée dans un aéroport. Le fils d’un homme politique en vue commet un crime homophobe. Un jeune garçon découvre sa propre valeur en rédigeant des notices nécrologiques... Un père de famille tue sans le vouloir un jeune cambrioleur, et découvre qu’il est noir...


Drôles, douces-amères ou émouvantes, ces nouvelles explorent la condition humaine avec davantage de force que bien des romans. (Quatrième de couverture)

 

  Ce que j’ai aimé :

 

-          Sherman Alexie ne nous offrent pas seulement des nouvelles qui sont déjà comme de petites pépites ciselées, son recueil comporte aussi des poèmes, ainsi que des réflexions décousues, dialogues fictifs :

 

« Que pensez-vous de Dieu ?

Je suis devant la fenêtre de ma cuisine, et je regarde trois corbeaux perchés sur le fil du téléphone. Je crois qu’ils racontent des conneries sur moi. » (p. 73)

 

« Pourquoi les poètes s’imaginent-ils

Qu’ils peuvent changer le monde ?

La seule vie que je puisse sauver

C’est la mienne. » (p.10)

 

Un ensemble cohérent qui aborde les sujets chers à Sherman Alexie : l’identité raciale de ces amérindiens plongé dans un monde qui a voulu les exterminer, mais aussi des thèmes plus universels comme le mariage, la filiation, la solitude, la maladie et la mort.

 

-          Malgré ces sujets graves, le ton est drôle, acerbe et poétique à la fois. Entre les pages comme dans la vie,  se glissent quelquefois des petits moments d’éternité :

 

« Je n’avais pas chanté depuis des années, rien de tel en tout cas, mais je joignis ma voix à la sienne. Je savais que ce chant ne ramènerait pas les pieds de mon père. Ni ne réparerait sa vessie, ses reins, ses poumons et son cœur. Il ne l’empêcherait pas de vider une bouteille de vodka dès qu’il serait capable de s’asseoir dans son lit. Il ne vaincrait pas la mort. Non, songeais-je, ce chant est temporaire, mais en de pareilles circonstances, le temporaire suffit. Et c’était un bon chant. Nos voix résonnaient dans le couloir. Les malades et les bien-  portants s’arrêtèrent pour écouter. Les infirmières, y compris la Noire à l’air distant, firent inconsciemment quelques pas vers nous. La Noire soupira et sourit. Je lui rendis son sourire. Je savais ce qu’elle pensait. Parfois, même après toutes ces années, il lui arrivait encore d’être surprise par son travail. Elle s’émerveillait encore devant la foi infinie et ridicule des gens. » (p. 44)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

  -          Trop court…

 

Premières phrases :

 

« Limites

J’ai vu un type donner un coup de volant

Pour essayer d’écraser un chien errant,

Mais le corniaud agile a plongé

Entre deux voitures en stationnement

 

Et il a filé.

Merde, ai-je pensé, ai-je bien vu

Ce que j’ai cru voir ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Indian Killer

Autre : La malédiction des colombes de Louise ERDRICH

 

Danses de guerre, Sherman ALEXIE, Traduit de l’américain par Michel Lederer, Albin Michel, février 2011, 195 p., 19 euros

 

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Winter de Rick BASS

Publié le par Hélène

                              

 ♥ ♥ ♥

 "Je n'ai pas l'intention de quitter cette vallée." (p. 261) 

 

L’auteur :

 

Rick Bass est un écrivain américain. Il vit dans la vallée du Yaak depuis 1987, vallée qu’il défend ardemment contre l’exploitation forestière notamment. Il appartient au groupe que l’on nomme « Les écrivains du Montana ».

 

 

L’histoire :

 

Winter est le récit de l’installation de Rick Bass et de sa femme dans un coin reculé du Montana en plein hiver.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          L’immersion dans ces lieux isolés et désolés est décrite avec tellement de tendresse et  d’engouement, que j’avais sorti ma valise du placard... Puis sont venus les mois d’hiver, et à l’évocation des -35 mon petit cœur frileux a bondi et j’ai rangé bien sagement ma valise…

  

fix ranch

Fix Ranch

 

-          C’est un récit très similaire à « Indian creek » : rédigé sous forme de journal il nous offre le quotidien de ces hommes qui ont fait le choix de tenter la grande aventure… J’avais reproché à Pete Fromm l’absence de réflexions, et j’ai donc été très heureuse de les  trouver chez Rick Bass :

 

«  Il y a des forces dans les bois, des forces dans le monde, qui vous revendiquent, qui posent une main sur votre épaule si doucement que voue ne la sentez même pas ; en tout cas, pas au début. Tous les éléments les plus infimes – la direction de la brise un jour, l’unique petite phrase qu’un ami peut vous lâcher, un corbeau volant au-dessus de la prairie et décrivant un arc de cercle pour revenir – vous revendiquent, pour finir, avec une puissance cumulative. » (p. 114)

  

«  En fin d’après-midi, il y a un moment où la lumière devient si étrange, où elle prend de tels reflets de bronze et une si parfaite immobilité qu’on jurerait un ferrotype – on dirait qu’elle essaie de retenir cet angle particulier des rayons solaires le plus longtemps possible, afin de nous permettre de contempler les champs, les bois, les prairies sous cet éclairage contrasté une dernière fois avant de s’estomper. Une dernière fois…

Et nous contemplons. Nous restons plantés là, en l’honneur de la lumière, à regarder, sans rien faire d’autre. Les oiseaux lancent des appels dans les bois, les colaptes dorés et les grives, et j’ai l’impression que ma vie est sur le point de me parler, tant ce sentiment d’attente, de promesse est puissant. » (p. 120)

 

Pour ceux qui, comme moi,  à la lecture de ce passage auraient déjà pris leur billet d’avion :

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« Je crois à la vieille légende de Jim Bridger, à l’époque où il a passé l’hiver du côté du Yellowstone. Il est ensuite retourné dans l’est où il a raconté aux citadins de ces régions que quand les trappeurs essayaient de se parler, les mots gelaient en sortant de leur bouche ; ils ne pouvaient pas entendre ce qu’ils se disaient les uns aux autres, parce que les paroles gelaient dès la seconde où elles franchissaient leurs lèvres – si bien qu’ils étaient obligés de ramasser les mots gelés, de les rapporter autour du feu de camp le soir et de les décongeler, afin de savoir ce qui s’était dit dans la journée, en reconstituant les phrases mot par mot. Moi, je peux imaginer qu’il fasse aussi froid. » (p. 230)

  

 Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Pendant cette lecture mon esprit a eu tendance à musarder, s’accrochant difficilement à certaines descriptions statiques. Etait-ce dû à un manque de concentration ou bien à quelques longueurs du récit… Je vous laisse seuls juges…

 

 

Premières phrases :

 

« J’avais déjà vécu dans les montagnes. J’avais même fréquenté une université bâtie à flanc de montagne, l’Utah State University, et jamais je n’avais été aussi heureux – non pas heureux d’être jeune, ou d’être étudiant, ou d’être libre, mais heureux tout simplement de faire partie du paysage, de me déplacer à travers une contrée aussi étrange et merveilleuse (je suis originaire du Texas et, après l’université, j’ai travaillé pendant plusieurs années dans le Mississippi.) Avec mon amie Elizabeth, j’allais souvent camper dans l’ouest. Nous aimions l’odeur que dégageaient les bois, le soir, et le lendemain matin, à notre réveil. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le livre du Yaak

Autre : Indian creek de Pete FROMM

 

Lecture commune avec Vilvirt, Anne, Somaja, Syl, Juliette, Emeralda 

D’autres avis : Pickwick

 

Winter, Rick Bass, traduit de l’américain par Béatrice Vierne, Gallimard, Folio, avril 2010,

 

Quelques liens : les écrivains du Montana, Le site de Yaak Valley

  

challenge nature writing 

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