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Trop près du bord de Pascal GARNIER

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Un roman noir parfaitement maîtrisé

 

L’auteur :

 

Figure marquante de la littérature française contemporaine, Pascal Garnier avait élu domicile dans un petit village en Ardèche pour se consacrer à l’écriture et à la peinture. Il nous a quittés en mars 2010. Peintre d’atmosphère alliant la poésie d’Hardellet à la technique de Simenon, styliste du détail juste, il excelle dans la mise en scène des vies simples, celles du voisinage, des souvenirs d’enfant, des je me souviens qui tissent nos mémoires. Mais chez Pascal Garnier, ce beau calme des banlieues de l’âme et de l’époque prépare toujours d’effroyables orages, avec froissement de tôles et morts en série… (Source : Zulma)

 

L’histoire :

 

Eliette est veuve et s'ennuie dans sa maison ardéchoise.
Ses enfants sont grands, et elle n'a pour amis que ses voisins, un couple de braves gens. Et puis surgit Etienne, comme au détour du chemin. Une voiture en panne, un ou deux mensonges improvisés, la fille d'Etienne entre en scène et plus rien ne tourne vraiment rond. Pascal Garnier est passé maître dans l'art de dépeindre ces vies qui dérapent, ces destins qui explosent, ces existences où sommeille la folie. (Source : Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Eliette mène une vie harmonieuse dans sa maison ardéchoise. Elle jouit de sa solitude, interrompue sporadiquement par les appels ou les venues de ses enfants ou les visites aux voisins. Elle cultive son jardin et sa tranquillité. Cette vie proprette va se trouver bouleversée par l’arrivée d’Etienne, rencontré au détour d’une route, après une mystérieuse panne de voiture. Etienne s’installe pour un temps chez Eliette, conquise par ce quadragénaire, et ils sont rapidement rejoints par Agnès, la fille d’Etienne. Plus rien ne sera quiet, amlgré les efforts incessants d’Eliette pour intégrer Etienne à son paysage harmonieux tout en chassant Agnès, tache sombre dans le tableau idyllique que veut créer la retraitée. Mais les tableaux idylliques ne durent qu’un temps…

 

 « C’est la vie, Eliette, rien que la vie.

On se croit en sécurité, comme sur une autoroute, un peu monotone, on se laisse aller et puis… un gravier, un insecte, et hop ! On perd le contrôle, tête-à-queue, on se retrouve à contresens. Mais bon, tant qu’on n’est pas mort, on arrivera bien quelque part ! » (p.79)

 

 Comme souvent chez Pascal Garnier, la banalité flirte rapidement avec une folie déchaînée, comme si les personnages borderline n’attendaient qu’une légère pulsion pour basculer du bon au mauvais côté de la pente savonneuse de la moralité.

 

 « Partout, dans ces buissons, dans l’herbe, proies, prédateurs se confondaient en une même danse macabre. On pouvait être l’un ou l‘autre, selon les circonstances, et toutes étaient atténuantes. On appelait ça la vie, la plus formidable des excuses. »

 

 Un conte cruel, noir porté par une écriture cinématographique efficace.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Beaucoup d’hémoglobines, pour ne pas dire plus.

- Le retournement soudain de personnalité des protagonistes basculant du côté obscur de la moralité est peu crédible…

 

Premières phrases :

 

  " En tombant dans la casserole pleine d'eau, la pomme de terre pelée émit un plouf sonore dont les ondes se repercutèrent comme une balle de tennis entre les quatre murs de la cuisine. L'épluche-légumes en suspens, Eliette s'immobilisa avec, au plus profond de son être l'intime conviction de vivre un instant de bonheur parfait." 

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Comment va la douleur ?

 

D’autres avis :

 

 Babélio

 

Trop près du bord, Pascal Garnier, Points, novembre 2013, 5.99 euros

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Les insurrections singulières de Jeanne BENAMEUR

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

On n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie”.

 

L’auteur :

 

Jeanne Benameur est née en Algérie en 1952. Elle vit à La Rochelle et consacre l'essentiel de son temps à l'écriture.


Elle est l'auteur de sept romans parmi lesquels : Les Demeurées (Denoël, 2001), Les Mains libres (Denoël, 2004), et Présent ? (Denoël, 2006), tous repris en poche en Folio. En 2008, elle rejoint Actes Sud avec Laver les ombres (Babel n° 1021).Elle a aussi publié pour la jeunesse, essentiellement chez Thierry Magnier. Chez Actes Sud : Les Insurrections singulières (2011) et Profanes (2013)

 

L’histoire :

 

Décalé à l’usine comme parmi les siens, Antoine flotte dans sa peau et son identité, à la recherche d’une place dans le monde. Entre vertiges d’une rupture amoureuse et limites du militantisme syndical face à la mondialisation, il devra se risquer au plus profond de lui-même pour reprendre les commandes de sa vie.


Parcours de lutte et de rébellion, plongée au coeur de l’héritage familial, aventure politique intime et chronique d’une rédemption amoureuse, Les Insurrections singulières est un roman des corps en mouvement, un voyage initiatique qui nous entraîne jusqu’au Brésil.
Jeanne Benameur signe une ode à l’élan de vivre, une invitation à chercher sa liberté dans la communauté des hommes, à prendre son destin à bras-le-corps. Parce que les révolutions sont d’abord intérieures. Et parce que “on n’a pas l’éternité devant nous. Juste la vie”.

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Antoine est un être qui ne trouve pas sa place, un homme décalé, obligé de retourner vivre chez ses parents après une rupture amoureuse et des RTT forcés de son usine.

Ce retour aux sources lui permet de faire le point sur ses velléités de rébellion, sur son incapacité à trouver les mots justes dans sa vie personnelle.

Il rencontre une autre vie, Marcel, l’ami des vieux livres, Fatou, la mystérieuse cuisinière du marché et découvre tout un univers différent du sien.

Jeanne Benameur s’est inspirée de la vie des ouvriers d’Arcelor Mittal à Montataire et de ceux de Godin à Guise. Elle les a écoutés, les a aimés, et a  souhaité leur consacrer un écrit.

 

« A l’usine, l’idée de travailler moins, c’est le malheur, la peur de la misère. C’est ancré profond. Finir par tout accepter pour juste pouvoir travailler. C’est ça que je trouve fou. Travailler. Dans n’importe quelles conditions. Elle est là, la misère. Pas dans un portefeuille à plat à la moitié du mois seulement. » (p. 53)

 

« Ce n’est pas parce qu’on fait tous les jours des gestes simples, toujours les mêmes, que dans la tête, il ne se passe pas des choses complexes. Les rêves ; c’est complexe. Ça vous envoie là où vous ne devriez jamais mettre les pieds. Les ouvriers, on a tort de croire qu’ils ne rêvent que du dernier écran de télé ou du barbecue sur la terrasse du pavillon. J’ai côtoyé ici des gens qui avaient des rêves de fou, ils n’en parlaient pas, c’est tout. J’en suis sûr. » (p. 71)

 

La première partie de son roman est admirable de simplicité et de maîtrise, Jeanne Benameur nous embarquant avec ses mots dans l'univers bouillonnant d'Antoine, son mal-être nous prend aux tripes et nous revient comme un  boomerang en nous poussant à nous interroger sur nos vies bien rangées. 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

La deuxième  partie est beaucoup plus faible, plus banale. Antoine part au Brésil, comme la réponse ultime aux questions qu’il se pose, et tout à coup tout semble résolu ; tout s’accorde, tout concorde dans une fraternité idéale, comme s’il fallait trouver une solution immédiate et rapide à ce mal être ouvrier. La rencontre avec une jeune femme couronnera cette nouvelle vie plongée tout à coup dans la banalité.

 

Antoine était un être atypique, émouvant au début du roman, il devient un être banal au fil des pages, entré dans le moule d’une vie bien réglée. Il lui manque de l’ampleur, comme s’il avait perdu son ardeur dans sa relation amoureuse.

De fait la mièvrerie frôle les pages, qui s’engluent peu à peu dans les lieux communs.

 

Un bilan en demi-teinte balançant entre l'emportement enthousiaste du début et la déception liée à la deuxième partie de l'histoire et à sa conclusion...

 

Premières phrases :

 

« Il y a longtemps, j’ai voulu partir.

Ce soir, je suis assis sur les marches du perron. Dans mon dos, la maison de mon enfance, un pavillon de banlieue surmonté d’une girouette en forme de voilier, a seule originalité de la rue.

Je regarde la nuit venir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Profane

 

D'autres avis :

 

Babélio 

 

Les insurrections singulières, Jeanne Benameur, Actes Sud, 2011, 197 p., 18 euros

 

 

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Apprendre autrement avec la pédagogie positive de Audrey AKOUN et Isabelle PAILLEAU

Publié le par Hélène

 

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♥ ♥

« Un bon fou rire et une bonne nuit sont les deux meilleurs remèdes. »

 

Les auteurs :

Audrey Akoun est thérapeute cognitivo-comportementaliste et Isabelle Pailleau est psychologue clinicienne du travail et des apprentissages. Thérapeutes familiales et formatrices certifiées en Min Mapping et gestion mentale, elles sont très actives sur les réseaux sociaux : www.lafabriqueabonheurs.com et la page Facebook associée. A elles deux elles ont sept enfants.

 

Présentation :

Votre enfant a des difficultés pour se concentrer et retenir ses leçons ? Vous en avez assez des "crises de tête" qui finissent en pleurs ? Vous rêvez de faire rimer travail scolaire avec plaisir, découverte et réussite ? La Pédagogie positive est faite pour vous. Facile à mettre en oeuvre, cette pédagogie offre une démarche pour apprendre à apprendre, mémoriser, comprendre et structurer... Elle aide les enfants à retrouver le goût de faire leurs devoirs et les ados à adopter une méthode de travail efficace grâce à des outils innovants et simples tels que le Mind Mapping, la gestion mentale... Dans cet ouvrage gaiement illustré, les auteures, psychologues spécialistes de l'éducation, réhabilitent le questionnement et la curiosité des enfants de la maternelle à la fin de leurs études et redonnent confiance aux adultes qui les accompagnent. Leur mission est de révolutionner les méthodes d'apprentissage pour permettre à chacun de réveiller son profond désir d'apprendre, dans la joie et la bonne humeur !

 

Mon avis :

Le constat de départ est évident : la pression liée à l'apprentissage est de mise dans notre société, la réussite scolaire apparaissant comme une priorité dans les préoccupations parentales. Cette course à la réussite laisse de côté le plaisir de découvrir, le plaisir d'apprendre et de s'enrichir et le désir tout court.

De fait ces dames vont nous proposer d'apprendre avec notre tête, notre cœur et notre corps. Ainsi avant d'opter pour une méthodologie d'apprentissage il est essentiel de savoir quel type de mémoire nous privilégions : visuelle, verbale ou kinesthésique. Ainsi recopier un texte dix fois ne servira à rien à un enfant qui a plutôt une mémoire verbale tout comme réciter à haute voix ne sera d'aucune utilité à un autre bénéficiant d'une mémoire visuelle.

« Profil visuel : je vois des images dans ma tête comme des photos ou comme un film.

« Profil auditif ouverbal » : je réentends des sons ou des paroles avec al voix des autres ou je me parle dans ma tête.

« Profil kinesthésique » : je ressens les mouvements, les sensations, les odeurs, les goûts...

Un autre point essentiel est de pouvoir développer attention et concentration, et pour entraîner les enfants à la concentration, elles nous proposent entre autres solutions des mandalas qui semblent en ce moment avoir toutes les vertus de la terre...

Les émotions ont bien sûr un rôle essentiel dans l'apprentissage et les conseils prodigués pour apprendre à gérer les émotions de nos enfants sont des lapalissades : ne pas s'énerver, prêter plus d'attention aux comportements positifs qu'aux comportements négatifs, leur apporter attention écoute et amour pour donner à l'enfant confiance en soi et assurance.

« L'important est de toujours juger les actes et non la personne ».

Autre évidence, faire en sorte d'avoir un esprit sain dans un corps sain... 

Puis vient l'aspect le plus intéressant de ce petit livre : une présentation du mind mapping « cartographie du cerveau qui réfléchit », une technique d'apprentissage que j'ai personnellement vite adopté... 

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Un petit guide qui a son importance en rappelant des principes de base et en éveillant aux cartes heuristiques. 

 

Apprendre autrement avec la pédagogie positive. A la maison et à l'école, (re)donnez à vos enfants le goût d'apprendre. de Audrey AKOUN et Isabelle PAILLEAU, Eyrolles, mars 2013, 18,90 euros

 

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Géographie de l’instant de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 Sylvain Tesson est notamment l'auteur de "Petit traité sur l'immensité du monde" et "Dans les forêts de Sibérie".

 

Présentation :

 "Géographie de l'instant" réunit les blocs-notes de sylvain Tesson parus dans le magazine "Grands Reportages" et divers journaux. Il y évoque ses voyages aventureux ou immobiles, ses rencontres, ses escalades, ses lectures secrètes et contemple les ravages commis par les hommes contre la nature, la douceur. Il y parle de la Russie, de l'Afghanistan, de Haïti, de l'Islande, de New York, de Paris. Il choisit le dégagement, l'humeur, la féerie, se confronte à l'absurde et aux ridicules de son époque. Avec un joyeux désespoir, ce nomade injecte de la couleur dans la grisaille du quotidien. "Géographie de l'instant" est un manteau d'arlequin sur lequel Sylvain Tesson trace les points cardinaux de son univers intime. C'est un pamphlet poétique contre la lourdeur du monde, révélant la part secrète d'un voyageur pour qui les retours sont des brûlures.

 

Ce que j’ai aimé :

 Sylvain Tesson ne se promène jamais sans un « bloc-notes » qui lui permet de consigner ce qu’il observe, ses pensées, des « éclats de kaléidoscope », qu’il a décidé d’agencer ensuite dans ce recueil : « De l’harmonisation de ces instantanés jaillira une géographie de l’instant ».

Les auteurs l'accompagnent dans ses voyages, de nombreuses citations émaillent ses récits et réflexions, nourrissant ses pensées, montrant qu'ainsi, il n’est jamais seul avec ses réflexions. Elles lui permettent de s'ouvrir l’esprit, de dilater l'idée pour mieux la saisir et la transcrire :

« J’aime les mots d’auteur. Ils sont comme les arbres au bord d’une route. Ils se tiennent là, plantés, sur le côté de notre chemin intérieur. » (p. 30)

« Elles sont la formulation d’une pensée qu’on a caressée un jour et que l’on reconnaît, exprimée avec bonheur, sous la plume d’un autre. »

De fait le lecteur apprend beaucoup en lisant ces anecdotes, comme l'auteur a appris e observant le monde, les plantes, les hommes, les animaux. Des tortues de Yumurtalik en Turquie par exemple, il a appris la persévérance : à leur naissance, ces petites bêtes bravent les prédateurs et les risques multiples pour se rendre dans la mer, et sur 1000 tortues une seule survivra.

« Désormais, lorsque devant moi se dressera un obstacle duquel je n’aurai qu’une infime chance de triompher, je viderai un verre à la gloire éternelle des tortues de Yumurtalik avant de foncer, tête baissée. » (p.46)

Tortue_plage1.jpg

  De cet alpiniste à qui il demande ce qu’il retient de son incroyable vie d’aventures, il apprend la présence :

« Rien ne m’a plus autant que de marcher au petit matin sur les chemins de la forêt de Fontainebleau. «  On court le monde pour chercher ce qu’on avait sous les yeux. » commente l’auteur.

Tout est enseignement, et surtout, tout l'enjoint à vivre ici et maintenant :

« Maintenir l’aiguille sismographique de sa conscience et de sa sensibilité dans l’intervalle de l’instant présent permet d’en éprouver, d’en accueillir toute la valeur. » (p. 160)

Un recueil érudit offert par observateur doté d’une acuïté d’observation aigüe. A recommander !

 

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien  

 

Premières phrases :

« Tache grises dans le 93

Les Renseignements généraux ont établi la liste des cent soixante-douze « cités interdites » de France, où les lois de la Républoique ne sont plus en vigueur. Si un géomètre urbaniste se penchait  sur le sujet, il calculerait – cadastre en main – la superficie de ces zones de non-droit. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  Une vie à coucher dehors de Sylvain TESSON;  Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON

 

Géographie de l’instant, Sylvain Tesson, Editions des Equateurs, octobre 2012, 18 euros

Publié dans Récits de voyage

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Espaces sauvages de Jim FERGUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

L'auteur :

 

Né à Chicago en 1950, d'une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d'un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l'histoire des Indiens d'Amérique, il avait depuis toujours le projet d'écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s'est beaucoup documenté et a silloné le Middle West, de l'Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d'un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d'une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), son premier roman, qui a obtenu le prix du premier roman étranger, La fille sauvage (2004) et Marie blanche (2011) ont paru au Cherche Midi. (Présentation de l'éditeur)

Retrouvez l'auteur sur son site : www.jimfergus.com

 

L'histoire :

 

C'était le rêve d'un petit garçon du Midwest.

Ce rêve, trente ans plus tard, Jim Fergus l'a réalisé : cinq mois de chasse itinérante sur le continent nord-américain. 30 000 kilomètres, 24 États – du Maine au Montana, en passant par New York et la Floride –, avec son truck, son fusil et son chien Sweetzer, ainsi que tous les anonymes, écrivains et passionnés croisés au fil de la route.

Entre forêts, marais, dinerset bivouacs, Jim Fergus nous entraîne dans une balade sauvage qui révèle « le vrai monde derrière l'Amérique »... (Présentation de l'éditeur)

 

Ce que j'ai aimé :

 

Contrairement aux apparences, ce livre n'est pas un livre sur la chasse mais plus sur le charme des rencontres, les contrées traversées, la chasse n'étant au final qu'un prétexte pour gouter à la "vie sauvage". Paradoxalement aussi, c'est cette même chasse qui permet une harmonie avec la nature  et avec les oiseaux.

 

« Je ne vois aucune raison de m'excuser d'être un chasseur, particulièrement à notre époque. Peut-on éprouver pareil émerveillement – fait de douceur et de mystère – devant des aliments sous film en barquette de polystyrène ? Ou devant les blancs de poulet sans os ni peau qu'on trouve aux étals de boucherie de son supermarché ? » (p. 40)

 

« Ce sont les chasseurs qui accordent une certaine valeur à ces oiseaux et sans cela il n'y en aurait plus, explique Gulion, qui était chercheur dans ce milieu depuis suffisamment longtemps pour avoir compris les réalités de la gestion de la vie sauvage. Sans l'intérêt qu'ils leur portent et la valeur économique qui en résulte, il n'y aurait aucune raison de faire des concessions aux pratiques habituelles de gestion de la forêt. J'espère que les forces anti-chasse ne finiront pas l'emporter, car je vous garantis que ce sera alors le déclin de toute vie sauvage. Il est important que les gens comprennent ça. » (p. 149)

 

Jim Fergus bouscule donc les idées reçues sur la chasse pour nous conter ses pérégrinations à travers différentes régions, en amoureux absolu de son pays et ce cette nature qu'il souhaite protéger et louer.

 

Les recettes en fin de chapitre font saliver et sont comme le point d'orgue des récits et de la philosophie de l'auteur : il prône une vie simple, harmonieuse, comblée par un bon repas, une belle promenade et des rencontres amicales. What else ?

 

« Bécassine grillée

Griller les oiseaux sur des braises de charbon de bois, pendant 6 à 8 minutes. Les retourner fréquemment pendant la cuisson en les arrosant de beurre fondu ou d'huile d'olive mélangée de sauce Worcester, de poivre et de jus de citron. »

 

Ce que j'ai moins aimé :

 

Un peu répétitif et lassant.

 

Premières phrases :

 

« Je ne peux pas vous dire ce qui fait d'un homme un chasseur. Mai si je peux vous révéler comment tout s'est passé pour l'un d'entre eux.

Tout a commencé quand j'étais un petit garçon grandissant dans un faubourg du Midwest. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Mon Amérique de Jim FERGUS

Autre : les romans de Jim Harrison

 

D'autres avis :

 

Babélio

 

Espaces sauvages, Voyage à travers les États-Unis avec un chien et un fusil, Jim Fergus, traduit de l'américain par Nicolas DE TOLDI, Pocket, octobre 2013, 7,8 euros

Publié dans Récits de voyage

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L'honneur des poètes collectif

Publié le par Hélène

                                      

♥ ♥ ♥

"Ces morts ces simples morts sont tout notre héritage

leurs pauvres corps sanglants resteront indivis.

Nous ne laisserons pas en friche leur image

les vergers fleuriront sur les prés reverdis." (Pierre Emmanuel)

 

Mon avis :

Cet ouvrage a été publié en juillet 1943 par les Editions de Minuit, maison d'édition clandestine. Il vient d'être réédité pour commémorer les 70 ans de la Libération et de la victoire sur le nazisme. L'achevé d'imprimer de la version d'origine précise :

CET OUVRAGE

PUBLIE AUX DEPENS

DE QUELQUES BIBLIOPHILES

PATRIOTES

A ETE IMPRIME

SOUS L'OCCUPATION NAZIE

LE 14 JUILLET 1943

JOUR

DE LA LIBERTE OPPRIMEE

Les poèmes ont été recueillis par Eluard avec l'aide de Jean Lescure. Le retentissement de l'ouvrage est immense. Y ont participé des poètes connus : Aragon, Desnos, Eluard, Guillevic, Ponge, Pierre Seghers,  Jean Lescure, Jean Tardieu, Vercors,  et des poètes moins connus comme René Blech, Pierre Emmanuel, André Frénaud, Georges Hugnet, Ambroise Maillard, Loys Masson, Camille Meunel, Lucien Scheler, Claude Sernet, Edith Thomas, Claude Vlldrac.

La préface rédigée anonymement par Paul Eluard précise :

"Whitman animé par son peuple, Hugo appelant aux armes, Rimbaud aspiré par la commune, Maïakovski exalté, exaltant, c'est vers l'action que les poètes à la vue immense sont, un jour ou l'autre, entraînés. Leur pouvoir sur les mots étant absolu, leur poésie ne saurait jamais être diminuée par le contact plus ou moins rude du monde extérieur. La lutte ne peut que leur rendre des forces. Il est temps de redire, de proclamer que les poètes sont des hommes comme les autres, puisque les meilleurs d'entre eux ne cessent de soutenir que tous les hommes sont ou peuvent être à l'échelle du poète.

Devant le péril aujourd'hui couru par l'homme, des poètes nous sont venus de tous les points de l'horizon français. Une fois de plus la poésie mise au défi se regroupe, retrouve un sens précis à sa violence latente, crie, accuse, espère."

Le poète est celui qui doit guider le peuple, un visionnaire qui par sa parole regroupe les hommes. Il prône la résistance, la liberté, la fraternité dans un monde divisé :

"Nul d'entre vous n'est seul : vos coeurs prisonniers

Battent dans nos coeurs à toute heure que sonne la 

fraternité."

Par la puissance des mots, il peut refaire le monde, le reconstruire et finalement, peut-être, le changer. La poésie devient alors une arme, un espoir.

"Ce coeur qui haïssait la guerre
voilà qu'il bat pour le combat et la bataille ! 
Ce coeur qui ne battait qu'au rythme des marées, à celui des saisons, 
à celui des heures du jour et de la nuit, 
Voilà qu'il se gonfle et qu'il envoie dans les veines 
un sang brûlant de salpêtre et de haine.
Et qu'il mène un tel bruit dans la cervelle que les oreilles en sifflent
Et qu'il n'est pas possible que ce bruit ne se répande pas dans la ville et la campagne
Comme le son d'une cloche appelant à l'émeute et au combat.
Écoutez, je l'entends qui me revient renvoyé par les échos.Mais non, c'est le bruit d'autres coeurs, de millions d'autres coeurs 
battant comme le mien à travers la France.
Ils battent au même rythme pour la même besogne tous ces coeurs,
Leur bruit est celui de la mer à l'assaut des falaises
Et tout ce sang porte dans des millions de cervelles un même mot d'ordre :
Révolte contre Hitler et mort à ses partisans !
Pourtant ce coeur haïssait la guerre et battait au rythme des saisons,
Mais un seul mot : Liberté a suffi à réveiller les vieilles colères
Et des millions de Francais se préparent dans l'ombre 
à la besogne que l'aube proche leur imposera.
Car ces coeurs qui haïssaient la guerre battaient pour la liberté 
au rythme même des saisons et des marées, 
du jour et de la nuit." (Robert Desnos)

Des poèmes pour enjoindre à la résistance, mais aussi pour ne pas oublier, pour que ceux qui se sont sacrifiés pour la liberté ne l'ait pas fait en vain. Des poèmes pour se souvenir...

Vous aimerez aussi :

Sur le blog Les bavardages de Sophie 

D'autres romans sur le thème de la guerre :

L’origine de la violence ;  Terre et cendres ; Le jour avant le bonheur ; Melnitz ; ‘Ta mère ; Persépolis ; Purge ; L’art d’écosser les haricots ;  Virginia ;  Allah n’est pas obligé ;  Je me souviens   ; Maus ; Inconnu à cette adresse ; Les recluses  ; Le voyageur sans bagages ; Les yeux d’Elsa   ; 14 ; Certaines n’avaient jamais vu la mer ; Le héron de Guernica ; Notre force est infinie ; La remontée des cendres suivi de Non identifiés Radeau ;   Au revoir là-haut 

 

L'honneur des poètes, Collectif, Le temps des cerises, férvier 2014, 10.64 euros

Publié dans Poésie française

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Le pari des guetteurs de plumes africaines de Nicholas DRAYSON

Publié le par Hélène

                        pari-des-guetteurs-de-plumes.JPG

  ♥ ♥ ♥ 

L’auteur :

 Nicholas Drayson est né en Angleterre et vit en Australie depuis 1982, où il a étudié la zoologie avant d’entreprendre un doctorat sur l’histoire naturelle dans la littérature scientifique de l’Australie du XIXe siècle

 L’histoire :

 Le très réservé et très honorable M. Malik, résident de Nairobi, est en secret éperdument amoureux de Mme Rose Mbikwa, qui conduit chaque mardi matin la promenade ornithologique. Alors que M. Malik est sur le point d’inviter Rose au bal annuel du Hunt Club, le très tapageur Harry Khan arrive en ville et laisse clairement entendre qu’il a lui aussi des vues sur Rose. Un pari s’organise : celui des deux qui apercevra le plus grand nombre d’oiseaux invitera Rose au bal. Mais M. Malik n’est pas si facile à battre et n’est jamais à court d’idées. Il emploie des méthodes peu orthodoxes : des expéditions lointaines, et compte même une poule. Tous les moyens sont bons pour gagner le pari des guetteurs de plumes africaines…

 Ce que j’ai aimé :

 Le pari en question est simple : quel est celui qui, entre M. Malik, gentleman chic et discret, ou Harry Khan, séducteur invétéré, va gagner le droit d'inviter la belle Rose au bal ? Celui qui réussira à observer le plus d'oiseaux différents sur un laps de temps bien défini gagnera le pari. Ainsi, les deux protagonistes vont n'avoir de cesse d'arpenter la région à la recherche de l'oiseau rare.

Ce préambule tout à fait original pose les bases d'un roman qui ne l'est pas moins. Au fur et à mesure du pari, M. Malik va prendre de l'épaisseur, et son personnage va devenir bien plus complexe et intéressant qu'il ne l'était au premier abord...

L'ornithologie permet d'appréhender le monde sous l'angle du détail, l'observation assidue seule permettant de saisir l'espèce rare...

« Au cours des quelques heures qui suivirent, M. Malik, qui avait toujours pensé que seules trois variétés de souïmangas lui rendaient visite dans son jardin, eut la surprise de découvrir qu’avec l’aide de ce garçon il réussissait à en identifier formellement cinq. » (p.183)

                                   martin pêcheur huppé

Ce roman original est également drôle, mâtinée de cet humour anglais discret et joyeux. Un bol d'air frais dans la littérature actuelle souvent bien plus plombante... 

 

  Ce que j’ai moins aimé :

- Rien

 

Premières phrases :

 « - Bah, oui, fit Rose Mbikwa en levant les yeux vers le grand oiseau noir à la queue élégante qui montait très haut dans le ciel au-dessus du parking du Muséum de Nairobi, un milan noir. Et il n’est pas noir, mais brun, naturellement.

M.ÞMalik sourit. Combien de fois avait-il entendu Rose Mbikwa prononcer ces mots-làÞ? Presque autant de fois qu’il avait suivi cette promenade aux oiseaux du mardi matin. »

 

 Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le Safari des bêtes à sang chaud et autres meurtres de sang-froid

 

D’autres avis :

 Yves  

 

  Le pari des guetteurs de plumes africaines, Nicholas Drayson, Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Johan-Frédérik Hel Guedj, Editions des Deux terres, 2011, 21.50 euros

POCHE : Le pari des guetteurs de plumes africaines, Nicholas Drayson, Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Johan-Frédérik Hel Guedj, J'ai Lu, février 2013, 6.70 euros  

 Merci à Yves pour le prêt. 

 

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Pourquoi j’ai mangé mon père de Roy LEWIS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

L’auteur :

 Roy Lewis (1913 - 1996) était un écrivain britannique.

Né en le 6 novembre 1913, Roy Lewis a grandi à Birmingham, et poursuivi ses études à Oxford avant d'intégrer la London School of Economics. En 1938, il part sillonner l'hémisphère sud, avec sa jeune épouse. Après un long séjour en Australie, il rentre en Angleterre en 1946 et entreprend alors la rédaction d'ouvrages socio-économiques. Rapidement, il est engagé comme correspondant a Washington pour The Economist, avant de rejoindre le Times en 1961, où il reste jusqu'à sa retraite en 1971.
Journaliste et sociologue, Roy Lewis, pour être venu tard à la littérature, n'en a pas moins fait une entrée remarquée avec Pourquoi j'ai mangé mon père. Il est également l'auteur de Mr Gladstone et la demi-mondaine, et La Véritable Histoire du dernier roi socialiste. (Source : Babélio)

 

 L’histoire :

Lorsqu'on se penche sur la préface de ce texte, écrite par Vercors, également traducteur de ce livre, on ne peut douter de ce que sera notre état à la lecture de Pourquoi j'ai mangé mon père : au pire, la mort par le rire, au mieux un divertissement total et entier. Vercors a ri, Théodore Monod a ri, tout le monde salue l'humour dévastateur et ethnologique de Roy Lewis. Utilisant avec réussite le principe ancien qui consiste à transposer dans une époque (la préhistoire), la pensée d'une autre (la nôtre), Roy Lewis nous conte les efforts de nos ancêtres les demi-singes dans leur lutte acharnée pour la survie et la prospérité de l'espèce. Voilà que nos ancêtres sont à la croisée des chemins, face à une nature hostile et à une foule de prédateur. Un tournant de l'évolution qu'il est crucial de négocier en douceur, sous peine d'extinction. Or, voilà qu'Edouard, hominien à l'esprit éclairé, découvre le feu. Une trouvaille qui sauve la famille certes, mais déplaît fort à son frère Vania, qui prédit la fin du monde, milite pour la viande crue et le retour dans les arbres... Roy Lewis fait ici de l'anachronisme sa seule loi et revisite avec brio les grands thèmes de société : l'éducation, le rôle de la femme ou l'éternel combat entre progressistes et réactionnaires. Il aborde également l'écologie, la famille et pose la question cruciale de la maîtrise du progrès technique par le biais de cette fresque grandiose, hilarante et moderne. --Hector Chavez

 

Ce que j’ai aimé :

 

L’histoire se déroule durant le Pléistocène (du grec pleistos , le plus, et kainos, récent ) : troisième et avant - dernière époque de la période Néogène.  Le Pléistocène correspond à une période géologique allant de -2588 Ma à -0.0117 Ma, en Préhistoire il correspond au Paléolithique. Les personnages en présence sont donc des hommes au seuil du progrés de l’évolution, et leurs mésaventures entraînent une réflexion sur le progrés. D'un côté l'oncle Vania conservateur endurci qui répète à l'envi "back to the trees". De l'autre, le père du jeune Ernest, narrateur, père novateur qui veut l’évolution de l’humanité. Les deux points de vue vont s'affronter au fil d'épisodes cocasses comme la découverte du feu, des armes, le mariage et la conquête de jeunes donzelles...

 

Pour le père d'Ernest le bonheur rend paresseux, “Tu chercheras dans le  travail, tout au contraire, une diversion à tes difficultés, avec un surcroit d’énergie. » (p. 91) Le jeune Ernest suit les yeux fermés son père mais finira peu à peu par se révolter, son apprentissage de jeune homme se parachevant par un geste pour le moins radical !

 

L'auteur nous offre une vision humaniste de ce père amateur du progrés, alors que ses fils ont une vision plus économique. Edouard répète tel un mantra « Les possibilités sont prodigieuses » sorte de leitmotiv qui prouve combien il est fasciné par les nouveautés qui se présentent à lui.

 

Une lecture très agréable, une bonne surprise. L'ensemble est à la fois drôle et didactique, nous enjoignant derrière le rire à réfléchir sur le progrés de nos sociétés modernes. 

  

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

 

Premières phrases :

 « A présent nous étions sûrs de nous en tirer. Oui, même si elle descendait encore plus au sud, cette grande calotte de glace, serait-ce jusqu’en Afrique. Et quand la bourrasque soufflait du nord, nous empilions tout ce que nous avions de broussaille et de troncs brisés, et flambe le bûcher ! Il en ronflait et réfléchissait. »

 

D’autres avis :

Papillon 

 

Pourquoi j’ai mangé mon père, Roy Lewis, traduit de l’anglais par Vercors et Rita Barisse, actes sud, Babel, 8 euros

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Noyade en eau douce de Ross MACDONALD

Publié le par Hélène

noyade en eau douce

♥ ♥ ♥

Un classique à découvrir dans sa nouvelle traduction

 

L’auteur :

 

ROSS MACDONALD, de son vrai nom Kenneth Millar, est né en 1915 en Californie et a d’abord grandi au Canada avant de revenir s’installer aux États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est offi cier de marine dans le Pacifi que. À son retour, il publie quatre romans avant la parution de Cible mouvante en 1949, le premier livre où apparaît le détective privé Lew Archer. Deux films content les aventures de Lew Archer, incarné à l’écran par Paul Newman. Ross Macdonald meurt en 1983. Il est considéré comme l’un des plus grands écrivains de romans noirs. James Crumley disait avoir relu dix fois son œuvre et James Ellroy lui a dédicacé le premier volume de sa trilogie de Lloyd Hopkins. (Source : éditeur)

 

L’histoire :

 

Dans le quartier huppé de Nopal Valley, en Californie, Lew Archer est engagé pour enquêter sur une lettre anonyme accusant sa cliente, Maude Slocum, d’adultère. À aucun prix, ces allégations ne doivent parvenir jusqu’à son mari. Profitant d’une fête organisée chez les Slocum, le détective se mêle aux invités. Mais la soirée est interrompue par une macabre découverte : celle du corps de la belle-mère de Maude, flottant dans la piscine. Les soupçons se portent immédiatement sur son fils et sa trop séduisante petite-fille, premiers héritiers de la fortune colossale de la vieille dame. C’est désormais une double enquête qu’Archer doit mener, sur les traces d’un corbeau et d’un meurtrier.

 Cette nouvelle enquête de Lew Archer nous entraîne dans un univers trouble de faux-semblants où les victimes semblent avoir autant à cacher que les assassins. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Le style lyrique très travaillé est la première bonne surprise de ce roman :

" L'incendie de ciel s'était éteint, laissant de longs lambeaux de nuages s'étirer sur la nuit comme des traînées de cendre pourpres. Je ne voyais des montagnes que leurs silhouettes géantes soutenant la pénombre. Quelques lumières scintillaient sur leurs flancs, et les phares d'une voiture qui montait pouce par pouce vers un col le franchirent pour disparaître de l'autre côté de la vallée. Puis la nuit se fit calme au point de sembler exclure toute vélléité de mouvement : nous étions des insectes pris dans l'ultime cristallisation d'une coulée d'ambre. Je bougeai, brisant le sortilège, et m'en allai en marchant à l'aveugle sur la pelouse glissante de rosée, à côté du chemin dallé." (p. 66)

Les descriptions sont magnifiques, les dialogues sonnent très justes, à la fois enlevés et drôles.

Les personnages sont tout aussi travaillés : Lew Archer est un détective amoureux de la vérité, il suffit qu'il soit lancé sur une piste pour souhaiter aller jusqu'au bout de l'enquête, quelques soient les embûches qui jalonneront son chemin. La famille sur laquelle porte son enquête est criblée de failles : la jeune femme qui fait appel à lui cache quelques secrets d'adultère, son mari semble être un homosexuel refoulé, leur fille entretient des relations troubles avec le chauffeur de la maison, et la belle-mère garde jalousement son héritage... Ajoutez au paysage une société pétrolière à l'affût des affaires jûteuses de la région, et vous comprendrez pourquoi les sous-sols de cette affaire sont explosifs...

Lew mène son enquête tambour battant, dans une ambiance trouble aux retombées sismographiques...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Quelques scènes - notamment celle du bateau - sont à mes yeux superflues, apportant trop d'action et de rebondissements peu crédibles. L'intrigue aurait peut-être gagné à être épurée...

 

Premières phrases :

 « Corps sémillant, silhouette de jeune fille : tant que vous ne regardiez pas son visage, elle avait moins de trente ans. Ses vêtements soulignaient bien la chose : tailleur peau d’ange sur mesure, talons hauts mettant le galbe de ses mollets aux ombres nylon sous tension. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  Cible mouvante de Ross MACDONALD

Les 16 autres romans de la série Lew Archer sortiront au rythme de deux parutions par an.

Autre : les romans de Raymond Chandler

 

D’autres avis :

 

Papillon 

 

Noyade en eau douce, Ross Macdonald, traduit de l’américain par Jacques Mailhos, Gallmeister, totem, 2012, 288 p., 10 euros

 

 

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L'étranger de Jacques FERRANDEZ d'après l'oeuvre d'Albert Camus

Publié le par Hélène

                                  l-etranger-jacques-ferrandez

♥ ♥ ♥

Une superbe adaptation

 

L’auteur :


Jacques Ferrandez a commencé chez Casterman en publiant Arrière pays, des petites histoires d’inspiration provençales. Après le premier cycle en 5 volumes de la série Carnets d'Orient, consacrée à la période coloniale d'avant-guerre en Algérie, Jacques Ferrandez replonge dans l'univers provençal et s'attaque aux classiques de la littérature française en adaptant deux romans de Pagnol : Jean de Florette et Manon des Sources (1997). En octobre 1998, sur un scénario de Tonino Benacquista pour lequel il avait réalisé des illustrations sur La madonne des sleepings, Jacques Ferrandez dessine L’Outremangeur, puis La Boîte noire en octobre 2000. Il revient à sa série Carnets d'Orient en entamant un deuxième cycle, qui débute à la veille de l'insurrection en Algérie et qu'il clôt en 2009 avec Terre fatale. Contrebassiste de jazz, il se produit avec le Mille sabords quartet et le Miles Aboard Jazz Quintet et illustre régulièrement les couvertures de Jazzman magazine. (Source : France Inter)

 

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Présentation :

 Le jour où sa mère est morte, Meursault a remarqué qu'il faisait très chaud dans l'autobus qui le menait d'Alger à l'asile de vieillards, et il s'est assoupi. Plus tard, dans la chambre mortuaire, il a apprécié le café que lui offrait le concierge, a eu envie de fumer, a été gêné par la violente lumière des lampes électriques. Et c'est avec une conscience aiguë du soleil qui l'aveugle et le brûle que l'employé de bureau calme et réservé va commettre un acte irréparable. Camus présente un homme insaisissable amené à commettre un crime et qui assiste, indifférent, à son procès et à sa condamnation à mort.

 

Ce que j’ai aimé :

 L'adaptation est fidéle au texte initial : nous retrouvons ce Meursault anti-héros atypique à qui tout est égal, pour qui la vie ne vaut pas la peine d’être vécue, et poussé par les circonstances ou par ses sens exacerbés à commettre un meurtre. Puis viennent le procés, l'emprisonnement, et toujours en filigrane cette passivité, cet homme qui s'adapte trop facilement à ce qui lui arrive et semble sans coeur, perdu dans un monde absurde.

"On ne change jamais de vie. En tout cas, toutes se valent et la mienne ici ne me déplaît pas du tout." (p. 53)

"Le cri des vendeurs de journaux dans l'air déjà détendu, les derniers oiseaux dans le square, l'appel des marchands de sandwiches, la plainte des tramways dans les hauts tournants de la ville et cette rumeur du ciel avant que la nuit bascule sur le port, tout cela recompose pour moi un itinéraire d'aveugle, que je connaissais bien avant d'entrer en prison. Oui c'est l'heure, où il y a bien longtemps, je me sentais content. Ce qui m'attendait alors, c'était toujours un sommeil léger et sans rêves. Et pourtant quelque chose a changé puisque, avec l'attente du lendemain, c'est ma cellule que je retrouve. Comme si les chemins familiers tracés dans les ciels d'été pouvaient mener aussi bien aux prisons qu'aux sommeils innocents." (p. 109)

 Il lui faudra du temps pour se libérer de ce schéma désincarné et se dépasser pour accéder au sublime. Le sentiment de puissance n'arrivera finalement qu'avec la mort et son acceptation. Accepter la mort, sa propre finitude, l'absurdité de la vie, c'est peut-être enfin pouvoir toucher le bonheur du bout des doigts.

Le travail sur les dessins est magnifique : les aquarelles sont douces et lumineuses, habitées par la grâce de l'instant qui passe et dont il faut savourer chaque seconde en renonçant à lutter contre l'inévitable. Une vraie rencontre entre un auteur et un dessinateur de talent, pour une vraie réussite. 

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Ce que j’ai moins aimé :

  - Rien

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Les carnets d’Orient

 

 D’autres avis :

 

Presse :Télérama ; L’express  ; Le POint

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L’étranger, Jacques Ferrandez, d’après l’œuvre d’Albert Camus, Gallimard, avril 2013, 136 p., 22 euros

 

BD Mango bleu

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