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424 résultats pour “ile du point némo

Un parfum d'herbe coupée de Nicolas DELESALLE

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Que laisse-t-on à notre famille ? Aux générations futures ? Quel souvenir de nous aura notre arrière-petite-fille ? Le narrateur Kolia décide d'écrire à cette arrière-petite-fille qu'il prénomme Anna pour ne pas rompre le fil, pour exister encore, au-delà du temps et des années. Vient alors l'heure de faire du tri dans les souvenirs, de choisir ceux qui méritent d'émerger des affres du temps, et ceux qu'il vaut mieux laisser périr. Mais choisit-on réellement ? Pourquoi gardons-nous de notre enfance tel souvenir plutôt que tel autre ? La mémoire demeure un mystère insondable...

"Pourquoi un souvenir qui n'avait aucune aspérité, un moment minuscule qui aurait dû rejoindre l'immense cimetière des minutes oubliées, s'impose à nous ? Il doit y avoir une sorte de magie neuronale qui fait que cetains instants restent cramponnée là, sous le front, comme des grenouilles sur d'autres grenouilles, à la saison des amours." p. 120

Quelques scènes sonnent très juste, comme cette amitié magnifique avec un mort au cimetière du Père Lachaise.  Malheureusement, d'autres pages tombent à plat...

Ce que j'ai moins aimé :

Les scènes choisies ne sont pas toujours réussies, comme la terreur du lycée, le professeur de physique, la mort de son chien, qui frôlent la banalité.

L'absence d'ordre chronologique est assez déroutante. 

Le style, dés les premières lignes, m'a déplu : des phrases simples qui se veulent peut-être un effet de style mais peuvent aussi passer pour une absence d'inspiration. Au détour de quelques phrases la poésie pointe son nez mais elle s'évanouit ensuite rapidement pour faire retomber le texte dans la platitude d'un matin de pluie.

N'est pas Proust qui veut... Le thème du souvenir cher à Proust est ici traité avec modernité certes, mais tombe aussi souvent à coté... 

Présentation de l'éditeur :

Préludes 

Vous aimerez aussi :

 

D'autres avis :

Séverine JosteinAlfie's mecCaroline ; KeishaClara Laure ; Valérie

A noter que les avis sont tous positifs (à part  Antigone), je dois être la seule à être restée sur le bord de la route et à ne pas avoir entendu la "petite musique" de l'auteur. Il faut dire que je n'ai jamais été mélomane...

Clin d'oeil :

"Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût, c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que, de ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leur eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir." 

 

Un parfum d'herbe coupée, Nicolas Delesalle, Préludes, 13.60 euros

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Les caprices de Marianne de Alfred de MUSSET

Publié le par Hélène

♥ ♥

"-Que tu es heureux d'être fou !
- Que tu es fou de ne pas être heureux !"

Le jeune Coelio est amoureux de la belle Marianne, mariée au vieux juge Claudio. Coelio ne sachant pas manier l'art de la langue, demande de l'aide à son ami Octave pour plaider sa cause auprès de sa belle. Marianne se laisse attendrir par les mots d'Octave et se décide à prendre un amant... Mais lequel ?

Coelio est un être sincère, simple, représentant du héros romantique mélancolique trouvant difficilement sa place dans ce siècle. Pour l'aider, Octave, libertin qui profite des plaisirs de la vie sans croire à grand chose mais reste fidèle à Coelio.

"OCTAVE. - Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d'argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre ; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans ; toute une légion de monstres se suspendent à son manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l'équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l'aveugle de ses ailes noires. il continue sa course légère de l'orient à l'occident. S'il regarde en bas, la tête lui tourne ; s'il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu'il porte à la sienne, voilà ma vie, mon cher ami ; c'est ma fidèle image que tu vois."

Illustrations pour les oeuvres d’Alfred de Musset / Eugène Lami, peintre ; Adolphe Lalauze, graveur. 1883. Source : BnF/Gallica

Marianne quant à elle est une femme décidée, peu encline à se laisser dicter sa conduite par qui que ce soit, portant sa liberté comme un étendard.

"Marianne : N'est-ce pas une chose bien ridicule que l'honnêteté et la foi jurée ? Que l'éducation d'une fille, la fierté d'un cœur qui s'est figuré qu'il vaut quelque chose, et qu'avant de jeter au vent la poussière de sa fleur chérie, il faut que le calice en soit baigné de larmes, épanoui par quelques rayons de soleil, entrouvert par une main délicate ?
(...) Qu'est-ce, après tout, qu'une femme ? L'occupation d'un moment, une coupe fragile qui renferme une goutte de rosée, qu'on porte à ses lèvres et qu'on jette par-dessus son épaule. Une femme ! C'est une partie de plaisir ! Ne pourrait-on pas dire quand on en rencontre une: voilà une belle nuit qui passe ?"

"MARIANNE- [...]
Si je me rends, que dira-t-on de moi ? N'est-ce pas une femme bien abjecte que celle qui obéit à point nommé, à l'heure convenue, à une pareille proposition ? Ne va-t-on pas la déchirer à belles dents, la montrer au doigt et faire de son nom le refrain d'une chanson à boire ? Si elle refuse, au contraire, est-il un monstre qui lui soit comparable ? Est-il une statue plus froide qu'elle, et l'homme qui lui parle, qui ose l'arrêter en place publique son livre de messe à la main, n'a-t-il pas le droit de lui dire : vous êtes une rose du Bengale sans épines et sans parfum ?"

Quel plaisir de retrouver la langue de Musset, ces joutes verbales si savamment menées ! L'art du langage est porté à son apogée à travers les échanges entre Octave et Marianne. Ce drame oscillant entre comédie et tragédie est à relire encore et encore pour nous rappeler que "on ne badine pas avec l'amour"...

 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

Du même auteur : On ne badine pas avec l'amour

Les Caprices de Marianne sur le site de l’INA

Mise en scène pour la télévision par Claude Loursais, en octobre 1962. Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Mise en scène pour la télévision par Georges Vitaly, en juin 1970.
Lien vers le site de l’INA (extrait gratuit, version intégrale payante)

Dossiers pédagogiques

Dossier Pièce (dé)montée à propos de la mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia n° 202 – mars 2015. Lien vers le site de Canopé

Lien vers le dossier de presse du Théâtre de la Tempête,  mise en scène de Frédéric Bélier-Garcia (2016). Lien vers le site du théâtre.

Publié dans Théâtre

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Top 20 des livres

Publié le par Hélène

Sur Instagram court un challenge organisé par Un livre chacune qui consiste à citer les vingt livres qui nous ont le plus marqués / secoués . Je me suis prêtée au jeu. Je me suis rendue compte que ces choix étaient souvent dus à des rencontres marquantes, des partages harmonieux...

Les contes d'Enid Blyton, et La série des Alice, lus et relus en rallumant en douce la lumière bien après l'extinction officielle des feux...

Jane Eyre, lu très tôt - en 6ème je crois - d'un romantisme parfaitement adapté à mon adolescence !

Le vent sombre, lecture partagée avec ma sœur et mon père, je le relis actuellement, je l'aime toujours autant !

Que ma joie demeure est l'un de mes livres préférés, il incarne ma vision de la vie :

"Ce n'est pas vrai. S'il n'y avait pas de joie, il n'y aurait pas de monde. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de joie. Quand on dit qu'il n'y a pas de joie, on perd confiance. Il ne faut pas perdre confiance. Il faut se souvenir que la confiance c'est déjà de la joie. L'espérance que ça sera tout à l'heure, l'espérance que ça sera demain, que ça va arriver, que c'est là, que ça attend, que ça se gonfle, qua ça va crever tout d'un coup, que ça va couler dans notre bouche, que ça va nous faire boire, qu'on n'aura plus soif, qu'on n'aura plus mal, qu'on va aimer." 

Un été dans l'ouest a provoqué en moi des velléités de voyages et m'a fait comprendre combien la liberté comptait à mes yeux.

Christian Bobin marque ma rencontre avec Fanette, une amitié forte, inoubliable.

Proust fut un éclair fulgurant quant à la place de la littérature dans ma vie, lecture partagée avec Julie cette fois-ci.

"Le rôle de la littérature est de révéler des réalités cachées sous des vérités acquises."

Saint John Perse : le sujet de mon mémoire, suggéré par Henriette Levillain, présente à une période importante de ma vie

Une année à la campagne et Jacques Poulin sont en relation avec ma rencontre avec Bénédicte que je garde toujours dans mon cœur, tendrement.

François Cheng a une sensibilité qui me parle et là encore je partage cette passion avec ma mère et ma sœur.

Jorn Riel m'a sorti de la déprime plus d'une fois !

Swan Peak est un de mes romans policiers préférés.

Ma famille et autres animaux et les autres romans de la série sont des bols d'air tellement drôles et tonifiants !

La patience des buffles sous la pluie est un jalon essentiel puisque il est le premier article de ce blog. Le texte suivant m'accompagne souvent :

"Quand je l’ai rencontrée, j’étais tellement heureux que je me suis écrit une longue lettre dans laquelle j’ai raconté tout mon bonheur dans les moindres détails, je n’ai rien oublié, tout ce qu’on a vécu, tout ce que j’éprouvais, tout ce que je pensais, tout ce qu’elle disait, tout, même les  choses les plus insignifiantes. Ensuite je me suis envoyé la lettre en recommandé avec accusé de réception, et quand je l’ai reçue, je l’ai rangée dans un coin. Quelques années plus tard, on était
toujours ensemble et, franchement c’était plus pareil. On avait tous les deux changé, on s'aimait
plus du tout de la même façon, notre amour était beaucoup plus sourd, enfoui, tellement enfoui
que c'était à se demander si on s'aimait encore. À tel point que j’ai pensé à me barrer.  Alors
j’ai décacheté la lettre. Ça m’a suffi pour me convaincre de rester. "

Comment Wang Fo fut sauvé et Le héron de Guernica : deux textes qui allient poésie et engagement, ils rappellent le rôle essentiel de l'art et de la beauté.

Petit Pays : ce roman m'a permis de découvrir les chansons de Gaël Faye, des textes magnifiques !

Mike Horn : L'aventurier par excellence, qui nous rappelle de ne jamais perdre la foi en nos projets. Son parcours est extraordinaire. Chacune de ses phrases me touchent.

"Au cœur de la longue nuit polaire, je me suis laissé guider par mon instinct. Tout était simple : vivre, chercher un endroit pour se reposer, manger. C'est dans les grandes épreuves que se révèle l'étincelle humaine. c'est devant l'immensité de la montagne que je suis moi-même, petit, mais bien là. Il serait bien sûr illusoire de rejeter notre civilisation moderne. Mais il faudra bien retrouver le sens premier des choses. Le miracle des feuilles au printemps, le parfum du vent, le bourdonnement des abeilles, la beauté de l'horizon... Toutes nos puces électroniques, nos ordinateurs, nos écrans et nos robots ne nous donneront jamais le bonheur. "

 

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La princesse de Clèves de Madame de LA FAYETTE

Publié le par Hélène

princesse de clèves

♥ ♥

 

"J'avoue que les passions peuvent me conduire ; mais elles ne sauraient m'aveugler." (p. 174)

 

L'auteur :

 

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de La Fayette, plus connue sous le nom de Madame de La Fayette, est une femme de lettres française. Elle est née le 18 mars 1634 à Paris, morte le 25 mai 1693. Elle a écrit le premier roman historique français, La Princesse de Clèves, souvent considéré comme le premier roman moderne. (Source : Babélio)

 

L'histoire :

 

À la cour du roi Henri II, une jeune femme ignorante du monde et élevée selon une morale stricte, fait un mariage de convention avec le prince de Clèves avant d’éprouver auprès de M. de Nemours les ravages de la passion amoureuse.

Tenant à la fois des mémoires, du roman baroque et du roman héroïque, La Princesse de Clèves est au confluent de plusieurs genres. Cette œuvre inclassable, à la fois roman et nouvelle, fonde le roman psychologique moderne. (Présentation Hatier)

 

Ce que j'ai aimé :

 

La princesse de Clèves est le récit d’un amour tragique : tragique pour la princesse elle-même parce que cet amour lui est interdit puisqu’elle ne peut s'y livrer sans trahir son mari. Mais tragique aussi pour le prince de Clèves, homme dévoré par la jalousie que sa femme a provoquée malgré elle en lui avouant sincèrement ses sentiments envers le duc de Nemours.

 

"Adieu, Madame, vous regretterez quelque jour un homme qui vous aimait d'une passion véritable et légitime. Vous sentirez le chagrin que trouvent les personnes raisonnables dans ces engagements, et vous connaîtrez la différence d'être aimée, comme je vous aimais, à l'être par des gens qui, en vous témoignant de l'amour, ne cherchent que l'honneur de vous séduire." (Tome IV)

 

Le conflit entre désir et raison imposée par la morale est au cœur du roman, et en transcendant ses aspirations passionnées, la princesse devient un modèle de vertu, un modèle de liberté, et bien plus encore :

 

« Elle sait quels désastres apportent dans la vie d'une femme une passion illégitime, de quel prix il faut payer certaines joies interdites. Elle sait aussi à quelles humiliations elle s'exposerait, dans quels enchaînements de mensonges elle serait entraînée. Son honneur pas plus que sa raison ne lui permettent de faiblir. (...) Il est beau de n'attendre rien de la vertu, ni les récompenses de l'au-delà, ni les satisfactions de la conscience, ni la considération mondaine : rien que la vertu même, si ce mot signifie la dignité habituelle des pensées et de la conduite, la maîtrise de soi, l'intégrité du caractère." (Préface d’Antoine Adam)

 

La tragédie s’étend bien au-delà des seules barrières maritales : quand la princesse sera libre d’avouer ses sentiments au duc de Nemours, elle s’y refusera.  Elle ne veut pas pervertir l'amour qu'elle ressent pour le duc. En y cédant, elle se heurterait à son affaiblissement progressif, à son usure inéluctable, à sa déchéance. Elle vit une passion absolue avec ce qu'elle induit : renoncement et mort, comme dans les tragédies antiques. Choisir la raison c'est construire une vie sans imprévu, monotone, mais choisir la passion est synonyme de douleur et d'aliénation. Pour Madame de La Fayette, tout bonheur est impossible.

 

Le roman peint avec minutie la force des apparences à la cour, la dissimulation constante nécessaire à sa survie dans un monde factice, univers de l’artifice par excellence. Chaque parole, chaque action se doit d’être mesurée, soupesée…  La sincérité de la princesse, somme toute très morale, perdra le prince qui aurait préféré rester dans l’ignorance des sentiments de sa femme adorée.

 

La princesse de Clèves est un roman classique dont l'objectif est de "viser l'essence de l'être humain, la connaissance des valeurs universelles et non conjoncturelles." En cela il  est atemporel, et permet au lecteur de tous les siècles de s'interroger sur des sujets divers afin d'esquisser un semblant de réponse. Les multiples ramifications offertes par la lecture des oeuvres classiques forment l'esprit et le coeur du lecteur moderne bien plus sûrement que la frivolité d'une existence sans art...

 

La beauté de ce roman, la nouveauté du sujet à l'époque et sa façon de manier la morale en feront l’ancêtre du roman moderne.

 

Ce que j'ai moins aimé :

 

Quelques passages plus rebutants concernant les intrigues annexes, sentimentales et politiques.

 

Premières phrases :

 

"La magnificence et la galanterie n'ont jamais paru en France avec tant d'éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. Ce prince était galant, bien fait et amoureux ; quoique sa passion pour Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois, eût commencé il y avait plus de vingt ans, elle n'en était pas moins violente, et il n'en donnait pas des témoignages moins éclatants."

 

La polémique liée à Nicolas Sarkozy:

 

L’express :

 

La princesse de Clèves défie le président

Par Debril Laurence et Mandonnet Eric et , publié le 26/02/2009 à 18:40

A force de se moquer d'elle, Nicolas Sarkozy en a fait un signe de ralliement contre lui. La princesse de Clèves, première opposante de France?

C'est une liaison ancienne, entamée sur les bancs du lycée, et qu'il ne parvient pas à oublier. L'aurait-elle fait trop souffrir? La princesse de Clèves n'appartient plus seulement à Mme de La Fayette; elle forme désormais avec Nicolas Sarkozy un couple aussi inattendu qu'emblématique. Le président y est pour beaucoup, qui n'a que son nom à la bouche. Pendant la campagne, il la moquait presque autant que son adversaire socialiste. Comme ce 23 février 2006, à Lyon, devant des militants UMP: "L'autre jour, je m'amusais [...] à regarder le programme du concours d'attaché d'administration. Un sadique ou un imbécile, choisissez, avait mis dans le programme d'interroger les concurrents sur La Princesse de Clèves. Je ne sais pas si cela vous est souvent arrivé de demander à la guichetière ce qu'elle pensait de La Princesse de Clèves... Imaginez un peu le spectacle!" 

Son obsession ne le quittera pas après son arrivée à l'Elysée. Le chef de l'Etat l'évoque à nouveau, le 4 avril 2008, lors d'un discours sur la modernisation des politiques publiques et la réforme de l'Etat, en défendant "la possibilité pour quelqu'un d'assumer sa promotion professionnelle sans [...] réciter par coeur La Princesse de Clèves". Lors d'une rencontre organisée par la Ligue de l'enseignement, en juillet 2008, il trouve encore le moyen d'y faire référence. Il lui arrive même d'en parler sans prononcer son nom, dans une allusion limpide, comme dans cette interview à 20 Minutes, en 2007: "Le contribuable n'a pas forcément à payer vos études de littérature ancienne si, au bout, il y a 1 000 étudiants pour deux postes [...]. Le plaisir de la connaissance est formidable, mais l'Etat doit se préoccuper d'abord de la réussite professionnelle des jeunes." 

La princesse de Clèves est devenue le symbole de la résistance à la rentabilité.

A la longue, La Princesse revisitée par le président blesse le coeur des lettrés. Ils organisent la riposte, du réalisateur Christophe Honoré, qui affirme avoir tourné son dernier long-métrage, La Belle Personne, afin "d'apporter un démenti en forme de film", aux enseignants, prompts dorénavant à organiser des lectures publiques de l'oeuvre dans les rues de Paris, d'Avignon et de Montpellier. "Nous croyons que sans la complexité, la réflexion et la culture la démocratie est morte", explique Sophie Rabau, maître de conférences à Paris III, organisatrice de la représentation parisienne. "On veut nous obliger à ne nous intéresser qu'à des choses rentables, qui amélioreront la compétitivité française, s'agace Christine, chercheuse à l'Institut national d'études démographiques. Mais ce n'est pas comme cela qu'on fait évoluer une société! L'université, c'est aussi le lieu de la beauté et pas forcément de la performance, de la pensée et pas toujours de la rentabilité..." 

La Princesse de Clèves n'est plus aujourd'hui le premier roman moderne de la littérature française. C'est devenu à la fois un symbole -l'inutile a-t-il encore le droit à l'existence?- et une attaque contre la personne même du président, caricaturé en être inculte. "Nicolas Sarkozy a seulement voulu souligner le fossé entre les programmes des concours et la réalité quotidienne des gens, explique l'un de ses conseillers. Ceux qui le critiquent manquent-ils à ce point d'humour pour prendre cette histoire au premier degré?" L'Elysée n'a toutefois pas pris l'affaire complètement à la légère. Quelques touches de culture, d'une visite d'exposition à une soirée à la Comédie-Française, sont venues distraire l'agenda présidentiel. Plus que jamais, la princesse de Clèves aura montré à quel point elle pouvait être précieuse... 

A lire aussi : Le Monde, 24 heures philo

 Vous aimerez aussi :

   Le scandale de la saison de Sophie GEE

 

La princesse de Clèves, Madame de la Fayette, plusieurs éditions disponibles.

 A découvrir aussi ici : http://lettres.ac-rouen.fr/francais/tendre/cleve1.html

 

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Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

                                          dans les forets de sibérie

  ♥ ♥ ♥

« La forêt resserre ce que la ville disperse. » (p. 43)

   

 L’auteur :

 Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est né en 1972. Après un tour du monde à vélo, il se passionne pour l'Asie centrale, qu'il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s'est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L'Axe du loup (Robert Laffont). De lui, les Éditions Gallimard ont déjà publié Une vie à coucher dehors (2009) et, avec Thomas Goisque et Bertrand de Miollis, Haute tension (2009). (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

  Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie.

  J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
  Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
  Je crois y être parvenu.
  Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
  Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
  Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ?
  Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

L'expérience que tente l'auteur est fascinante et tout un chacun happé dans une vie urbaine envahissante a sans doute rêvé à un moment ou un autre de se retirer loin du monde pour méditer et faire connaissance avec soi-même...

 « Il fait -33°. Le camion s’est fondu à la brume. Le silence descend du ciel sous la forme de petits copeaux blancs. Etre seul, c’est entendre le silence. Une rafale. Le grésil brouille la vue. Je pousse un hurlement. J’écarte les bras, tends mon visage au vide glacé et rentre au chaud.

J’ai atteint le débarcadère de ma vie.

Je vais enfin savoir si j’ai une vie intérieure. » (p. 36)

L'auteur insiste sur la fulgurance de l'expérience qui atteint une intensité libératrice inimaginable :

  « J’ai avalé presque tout Jack London, Grey Owl, Aldo Leopold, Fenimore Cooper et une quantité de récits de l’école du Nature Writing américain. Je n’ai jamais ressenti à la lecture d’une seule de ces pages le dixième de l’émotion que j’éprouve devant ces rivages. Je continuerai pourtant à lire, à écrire. » (p. 55)

Ses journées se trouvent tout à coup vidées du temps, ce qui lui permet de fonder un autre espace-temps : il redécouvre le monde et le réinvente.

« Moi qui sautais au cou de chaque seconde pour lui faire rendre gorge et en extraire le suc, j’apprends la contemplation. Le meilleur moyen pour se convertir au calme monastique est de s’y trouver contraint. S’asseoir devant la fenêtre le thé à la main, laisser infuser les heures, offrir au paysage de décliner ses nuances, ne plus penser à rien et soudain saisir l’idée qui passe, la jeter sur le carnet de notes. Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l’inspiration sortir. » (p. 43)

  

sylvain-tesson2.jpg

 « L’homme libre possède le temps. L’homme qui maîtrise l’espace est simplement puissant. En ville, les minutes, les heures, les années nous échappent. Elles coulent de la plaie du temps blessé. Dans la cabane, le temps se calme. Il se couche à vos pieds en vieux chien gentil et, soudain, on en sait même plus qu’il est là. Je suis libre parce que mes jours le sont. » (p. 72)

Loin de lasser le spectateur passif de l'isolement du narrateur, le ton de son récit teinté d'humour réhausse encore les qualités de son texte :

« « Moins on parle et plus on vivra vieux. » dit Youri. Je ne sais pourquoi mais je pense soudain à Jean-François Copé. Lui dire qu’il est en danger. » (p. 71)

 De plus, Sylvain Tesson n'est jamais isolé très longtemps : il reçoit de nombreuses visites des autochtones, et surtout il est entouré des auteurs à qui il a proposé le voyage, des philosophes, des aventuriers comme lui, des poètes, des hommes -principalement- qui ont nourri des réflexions sur la solitude, sur la vie avec les autres, sur le monde et notre raison d'être à travers lui...

 Dans les forêts de Sibérie est un récit passionnant  nourri de réflexions qui permettent d'éclairer la nuit de ceux qui perdent progressivement le rapport au monde...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 La fin marque le retour à la civilisation mais nous n'avons aucune indication sur la façon dont se passe ce retour... Qu'a-t-il tiré de son expérience, cela a-t-il changé sa façon de vivre en ville, l'homme peut-il profiter du temps qui passe et de la beauté du monde même s'il est englué dans le quotidien d'une vie trépidante... Autant de questions auxquelles le lecteur aimerait avoir des réponses... Peut-être est-ce prévu dans un prochain tome ?

 

Premières phrases :

« Je m’étais promis avant mes quarante ans de vivre en ermite au fond des bois.

Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de routes d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de -30°C, des ours sur les berges. Bref, le paradis. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Une vie à coucher dehors de Sylvain TESSON

Autre : Indian creek : un hiver au coeur des Rocheuses de Pete FROMM

 

D’autres avis :

Blogs : Papillon , Mango , Violette ; Jérôme

Presse :L’Express , Télérama

« L'homme face à la nature… Un livre beau, sobre et dépouillé d'emphase. »

Dominique Fernandez, Le Nouvel Observateur

« Une expérience radicale, un texte magnifique. »

Christophe Ono-Dit-Biot, Le Point

« Peut-être le plus brillant de nos écrivains voyageurs. »

Jérôme Dupuis, L'Express

« Sylvain Tesson avance pour savoir ce qu'il a dans le ventre. »

Marie-Laure Delorme, Le Journal du Dimanche

« Un livre magnétique. »

Florent Georgesco, Le Monde

« Des sensations inédites, un récit précis et poétique. »

Pauline Delassus, Paris Match

 

Dans les forêts de Sibérie, Février-Juillet 2010, Sylvain Tesson, Gallimard, septembre 2011, 288 p., 17,90 euros

 

sylvain-tesson

 

Quelques uns des livres que l'auteur emporte avec lui dans sa cabane :

  

La Ferme africaine, Karen Blixen
Noces, Camus
La chute, Camus
De sang-froid, Truman Capote
Histoire de ma vie, Casanova
Eva, James Hadley Chase
Au cœur du monde, Cendrars

 Vie de Rancé, Chateaubriand

Romans de la Table ronde, Chrétien de Troyes
 Typhon, Conrad
Le poète, Michael Connelly
L’Amant de Lady Chatterley, D.H.Lawrence
Gilles, Drieu la Rochelle
Robinson Crusoé, Daniel Defoe
Un taxi mauve, Déon
Le Mythe de l'éternel retour, Mircea Eliade
American Psycho, B.E.Ellis
Lune sanglante, James Ellroy
Un théâtre qui marche, Philippe Fenwick

Indian Creek, Pete Fromm

La Promesse de l’aube, Romain Gary

 Le Chant du monde, Giono
Elegie de Marienbad, Goethe
Vingt-cinq ans de solitude, John Haines

 Moisson rouge, Dashiell Hammett

Nouvelles complètes, Hemingway
Traité du désespoir, Kierkegaard
L'Insoutenable légèreté de l'être, Kundera
Les hommes ivres de Dieu, Lacarrière
Tao-tö-King, Lao-Tseu
Des pas dans la neige, Erik L'homme
De la nature, Lucrece
Traité de la cabane solitaire, Marcel
Le Pavillon d'Or, Mishima
Fouquet, Morand
Ainsi parlait Zarathoustra, Nietzsche
La Dernière frontière, Grey Owl
Des nouvelles d'Agafia, Peskov
Rêveries du promeneur solitaire, Rousseau
La philosophie dans le boudoir, Sade
Odes, Segalen
Le Songe d'une nuit d'été, Shakespeare
Walden, Thoreau
 Vendredi, Michel Tournier
Feuilles d'herbe, Whitman
L'Œuvre au noir, Marguerite Yourcenar
Les Mille et Une Nuits
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Fifty shades tome 1 Cinquante nuances de Grey de EL JAMES

Publié le par Hélène

50-nuances-de-grey.jpg

Le porno pour maman de l'année.

 

L’auteur :

 EL James, ancienne productrice de télévision, mariée et mère de deux enfants, vit à Londres. Depuis sa plus tendre enfance, elle rêvait d’écrire des récits dont les lecteurs tomberaient amoureux, mais avait mis ces rêves entre parenthèses pour se consacrer à sa famille et à sa carrière. Elle a enfin trouvé le courage de prendre sa plume pour rédiger son premier roman, Cinquante nuances de Grey. Elle est également l’auteur de Cinquante nuances plus sombres et de Cinquante nuances plus claires.

 

 L’histoire :

Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais.

 Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête. 
Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. 
Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets… 

 

 Mon avis :

 Il paraît qu’il s’agit là du livre le plus vendu en 2012, ce qui souligne tout de même le désert affectif, érotique et intellectuel de certaines lectrices…

 Anastasia est une cruche jeune femme qui  n’a jamais connu l’amour le vrai celui qui fait palpiter le cœur et rend tout électrique. Oui Anastasia a 22 ans, oui Anastasia est belle et a priori intelligente parce qu’elle parle de Thomas Hardy, mais Anastasia ne connaît pas encore le grand frisson… Non Anastasia n’est pas crédible un seul instant… Mais voilà qu’un beau jour Anastasia va rencontrer son prince, beau comme un apollon avec ses chemises blanches en lin, riche, connu, influent, tout à fait aussi insipide qu’elle à la hauteur. Mais comme Anastasia est une jeune vierge effarouchée qui rougit toutes les secondes et passe son temps à chercher un élastique dans son sac en se mordillant la lèvre inférieure, elle va douter de son charme – et pourtant les autres passent leur temps à lui répéter combien elle est belle intelligente et désirable…-

 Bref l’un et l’autre vont succomber au coup de foudre après de multiples conversations passionnantes :

 « Vous êtes à Portland pour affaires ?

Je couine comme si j’avais le doigt coincé dans une porte. Merde ! Du calme Ana !

-          Je suis venu visiter le département agroalimentaire de la Washington State University, qui est situé à Vancouver. Je subventionne des recherches sur la rotation des cultures et la science des sols. 

Tu vois ? Il n’est pas du tout venu te voir, ricane ma conscience. Je rougis de la stupidité » (p. 35)

 Oui parce qu’Anastasia entend des voix, venues soit de sa conscience (qu’elle a fort faible), soit de sa « déesse intérieure », oui Anastasia est un brin schizo…

 Jusqu’ici donc, rien de révolutionnaire dans ce roman digne d’un mauvais Harlequin avec ses formules convenues : « Un courant électrique me parcourt. » (p. 51) « Je me disais que j’aimerais passe les doigts dans vos cheveux, ils doivent être tellement doux. » (p. 53) « Je voudrais détourner le regard mais je suis prise au piège, ensorcelée. » (p. 53)

 Quand le beau Grey finit par l’embrasser, la scène est tout aussi ridicule attendue :

 « Je n’ai jamais été embrassée comme ça. Ma langue caresse timidement la sienne et s’y joint pour une danse lente, érotique, un frotté-collé-serré de sensations. (…) Oh mon Dieu… Il a envie de moi. Christian Grey. Le dieu grec. Il a envie de moi, et j’ai envie de lui, ici, maintenant, dans cet ascenseur. » (p. 93)

 Mais me direz-vous : et les  scènes sado-maso ? Et je vous reconnais bien là ô lecteur avide de découvertes inédites… Mais patience...

 Après le premier baiser, tout se complique car Grey avoue à sa belle qu’il est adepte des pratiques sado-masos et il lui demande donc de signer un contrat si elle accepte de se livrer à lui, d’être sa « soumise » ouh ouh…

 Anastasia –pourvue, rappelons-le, d’un cerveau de souris- met beaucoup de temps à accepter si bien que pendant d’interminables pages elle nous abreuve de « qu’est-ce qu’il est beau- je ne peux pas faire ça- mais qu’est-ce qu’il est beau- je ne veux pas avoir mal- il est beau- je ne suis pas comme ça »

 Vous vous en doutez Madame La cruche après mouts tergiversations accepte les termes du contrat, en négociant tout de même certains points -essentiels-  comme les repas parce que quand même elle n'est pas soumise au point de se faire dicter ce qu’elle doit manger. Faut pas abuser. Et trois heures de sport au lieu de quatre par semaine quand même ! Mais comme elle explose en mille morceaux – comprenez elle jouit - à chaque fois avec son homme d’expérience, l’appel du sexe est plus fort que sa conscience et sa réflexion inexistantes… Et puis il faut dire que leur relation est tellement torride :

 « Tu veux du dessert ? pouffe-t-il.

-          Oui.

-          C’est toi que je veux comme dessert, murmure-t-il d’une voix suggestive.

-          Je ne suis pas sûre d’être assez sucrée.

-          Anastasia, tu es délicieuse, j’en sais quelque chose. » (p. 243)

 « Mais nous restons en ligne comme des adolescents : ni l’un ni l’autre ne veut raccrocher.

-          Raccroche, toi, lui dis-je.

Je le sens enfin sourire.

-          Non, toi, raccroche.

Je suis sûre qu’il sourit, maintenant.

-          Je n’ai pas envie.

-          Moi non plus. » (p. 330)

 Oui mais bon, c'est pas tout ça mais on nous a promis du sado-maso... Et là, cruelle déception, les scènes en question sont tout aussi édulcorées que le reste. Alors que la chambre des tortures semblait prometteuse  regorger de possibilité, Grey se contente de lui attacher les poignets et de lui bander les yeux en la fouettant gentiment. Et la pauvre sainte nitouche Ana se met à pleure sitôt que le petit fouet tout riquiqui l'effleure. 

 Pour résumé : un style plat, une héroïne féminine cruche au possible, un héros ridicule (il appelle Ana « Bébé », quelle sexytude…), une intrigue harlequinesque, des scènes érotiques tout aussi banales, et un soupçon de sado-masochisme trèèèèès fade. En un mot : nul.

 

Premières phrases :

« Je grimace dans le miroir, exaspérée. Ma saleté de tignasse refuse de coopérer. Merci, Katherine Kavanagh, d’être tombée malade et de m’imposer ce supplice ! Il faut que je révise, j’ai mes examens de fin d’année la semaine prochaine, et, au lieu de ça, me voilà en train d’essayer de soumettre ma crinière à coups de brosse. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Je ne dois pas me coucher avec les cheveux mouillés. Tout en me répétant cette lintanie, je tente une nouvelle fois de mater la rébellion capillaire. »

 Vous aimerez aussi :

Littérature érotique 

 

D’autres avis :

L’express

 

 Cinquante nuances de Grey, EL JAMES, traduit de l’anglais par Denyse Beaulieu,  JC Lattès, octobre 2012, 551 p., 17 euros

Publié dans Littérature érotique

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Anima de Wajdi MOUAWAD

Publié le par Hélène

                                             

♥ ♥ ♥ ♥

 « J’ai entendu le grand silence qu’il a produit en moi d’où ont émergé, comme le dirait un de ces animaux, cheval, mouche ou cochon, les cris de tous ceux qui sont morts dans le silence et l’oubli, enfants, femmes, bêtes et dieux, qui tapissent par couches épaisses les siècles et les ciels. » (p. 388)

 

L’auteur :

Né au Liban en 1968, dramaturge, metteur en scène, cinéaste, comédien, Wajdi Mouawad est l’auteur d’un quatuor de théâtre épique, Le sang des promesses (Littoral – Incendies – Forêts – Ciels), joué au festival d’Avignon en 2009. Incendies a été adapté au cinéma par Denis Villeneuve avec un grand succès (2011).

L’œuvre théâtrale de Wajdi Mouawad, récompensée notamment par le grand prix du Théâtre de l’Académie française en 2009, est disponible aux éditions Leméac / Actes Sud-Papiers.
Il est aussi l'auteur de deux romans : Visage retrouvé (Leméac / Actes Sud, 2002 ; Babel n° 996) et Anima (Leméac / Actes Sud, 2012). (Source : Editeur)

 

L’histoire :

Lorsqu’il découvre le meurtre de sa femme, Wahhch Debch est tétanisé : il doit à tout prix savoir qui a fait ça, et qui donc si ce n’est pas lui ? Éperonné par sa douleur, il se lance dans une irrémissible chasse à l’homme en suivant l’odeur sacrée, millénaire et animale du sang versé. Seul et abandonné par l’espérance, il s’embarque dans une furieuse odyssée à travers l’Amérique, territoire de toutes les violences et de toutes les beautés. Les mémoires infernales qui sommeillent en lui, ensevelies dans les replis de son enfance, se réveillent du nord au sud, au contact de l’humanité des uns et de la bestialité des autres. Pour lever le voile sur le mensonge de ses origines, Wahhch devra-t-il lâcher le chien de sa colère et faire le sacrifice de son âme ?

Par son projet, par sa tenue, par son accomplissement, ce roman-Minotaure repousse les bornes de la littérature. Anima est une bête, à la fois réelle et fabuleuse, qui veut dévorer l’Inoubliable. (Source : Editeur)

 « SANS LENDEMAIN. Peut-être parce que les récits naissants portent encore en eux leur promesse de puissance. Commencer pour s’arrêter quelques lignes plus loin est une manière de cogner le silex. La flamme ne jaillit pas du premier coup.

Pourtant, voici une dizaine d’années, une voix a surgi. Au-delà de ce qui était raconté, ce qui m’a happé fut cette voix qui disais-je. Cela n’était pas moi. Arrivant au bout du chapitre, je comprends, sans que cela ait été prémédité, qu’il s’agit d’une voix animale. Un homme, rentrant chez lui un soir après le travail, découvre sa femme sauvagement assassinée, étendue dans son sang, au milieu du salon. Un chat, leur chat, leur animal domestique, raconte la macabre découverte et l’évanouissement de l’homme. Au second chapitre, des oiseaux à la fenêtre de sa chambre d’hôpital tiennent la suite du récit.

J’ai poursuivi.

Anima est sorti du brouillard au fil des ans. Le temps fut nécessaire pour me permettre de voir et d’entendre ce qui s’y murmurait. Tant qu’il n’est pas conjugué, un verbe reste un infinitif. Seule sa fusion avec un sujet précis dans un temps donné le rend actif. Ainsi, ce roman me demandait de conjuguer un infinitif enfoui quelque part en moi. Il m’encourageait à marier entre elles les lignes de crête qui séparent et délimitent les mondes qui me portent : l’animal et l’humain, l’ici et l’ailleurs, les guerres d’aujourd’hui et celles d’hier, et la géographie nouvelle qui me renvoie sans cesse vers une autre géographie, terrible, effroyable. Certains êtres sont stratifiés de mondes lacérés, de terres déchirées, séparées en deux, plaques tectoniques de douleurs, exilées pour toujours l’une de l’autre, exilées de la parole, condamnées au silence et que rien ne saura jamais colmater sauf la dérive des continents qui les fera un jour se rejoindre à leurs antipodes. »

Wajdi Mouawad

 Ce que j’ai aimé :

Anima a cette particularité formelle d’adopter le point de vue d’animaux et non pas d’humains. Chaque chapitre est vu par un animal différent : chat, chien, mouche, lapin, boa, renard… Le style mime alors les mouvements et les attributs des animaux :

 Pour le canari :  « Ils s’assoient. Elle verse un liquide sombre dans des tasses posées devant eux. Je chante. Je passe d’un trapèze à un trapèze puis du trapèze à la pierre et la pierre au trapèze. Je chante. Il me regarde. Je chante. Je quitte le trapèze, agrippe mes pattes au grillage, use mon bec contre le métal, me retourne, la tête à l’envers, je chante. »

 Les phrases du serpent sont faites de circonvolution, alors que celles du papillon sont courtes, mimant les mouvements saccadés de ses ailes, tout comme celles du moustique aux actions très courtes et rapides, le poisson lui n’a pas de virgule,  le singe utilise des phrases très longues… Leur vocabulaire est riche, leur instinct sûr, leurs mots ont du sens,  contrairement aux humains pour qui les mots ne veulent plus rien dire, sont mensonges et cachent une réalité sans fond, innommable. Les animaux, témoins de l’instant ont accès à une forme de réalité entière.

 La trame du récit épouse les pas de Wahhch homme meurtri à la recherche du meurtrier de sa femme, mais aussi et surtout de son identité. La sauvagerie du meurtrier a éveillé en lui des souvenirs douloureux issus de l'horreur du massacre de Sabra et Chatila en Palestine, et le monde de Wahhch chancèle sur ses bases rendant toute vérité caduque. Il va devoir remonter aux sources du génocide et s'interroger sur les responsabilités individuelles et collectives inhérentes aux crimes pour pouvoir espérer, enfin, trouver ses propres mots...

Son road-movie le mènera notamment dans les réserves indiennes, zones de non-droit en butte à divers trafics louches. C'est là que les animaux rejoindront les hommes, sous l'égide de vieilles croyances indiennes selon lesquelles l'âme de l'homme s'incarne dans les animaux.   

 Porté par un style magnifique, tour à tour poétique et épique, Anima est un roman pluriel riche et profondément touchant : 

  « A quoi tu décides de tenir ? Et pourquoi ? Tu n’en sais rien. L’enfant, lui, tient à un morceau de tissu. C’est rien, mais il y tient. Il dort avec, il sort avec. Il y tient. Un morceau de tissu, une chevelure, une peau. Une femme. Des yeux. Un regard. Une femme avec des mots et une façon de mettre tous ces mots-là ensemble. Une façon de se taire et d’hésiter puis de marcher, d’embrasser. » (p. 132)

  « Etendu de tout son long sur le plancher graisseux d’un wagon plat sans parois ni recoins, il fixait le défilement du ciel au-dessus de sa tête et s’adonnait, bras levé, doigt pointé, au décompte des étoiles. » (p. 298)

  « Il m’a parlé du malheur qui fond parfois sur les humains et de la douleur engendrée par la permanence de la mémoire que rien n’efface, sauf la mort. Il a levé la tête et m’a indiqué l’étoile qui se tient fixe à la verticale du pôle et autour de laquelle tournent sans fin les constellations du ciel. « Aigle, Cygne, Ours, Dragon et Cheval. Tu la vois ? C’est l’étoile du Nord. Ainsi, malheurs, bonheurs, pertes et joies tournent pareillement autour de nos vies, et si aujourd’hui tu es malheureux, demain tu seras de nouveau heureux. (…) Je n’ai plus rien à craindre. J’irai jusqu’au bout des rails même si le brouillard me semble d’une épaisseur infinie. » » (p. 299)

 Art et parole s'entrelacent savamment pour réapprendre aux humains à trouver des mots nouveaux que comprendraient les âmes perdues ... 

 Ce que j’ai moins aimé :

 Ames sensibles s’abstenir... 


Premières phrases :

 « Ils avaient tant joué à mourir dans les bras l’un de l’autre,  qu’en la trouvant ensanglantée au milieu du salon, il a éclaté de rire, convaincu d’être devant une mise en scène, quelque chose de grandiose, pour le surprendre cette fois-ci, le terrasser, l’estomaquer, lui faire perdre la tête, l’avoir. »

 D’autres avis :

 L'Express ; France culture ;Lire  

 Anima, Wajdi Mouawad, Actes sud, septembre 2012, 400 p., 23 euros

 

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Déceptions et abandons de 2011

Publié le par Hélène

les-types-comme-moi.jpgLes types comme moi de Dominique FABRE

 

Les types comme lui ce sont :

 

"Des types seuls, ou divorcés, ou les deux.

Des types au sourire bleu.

Des types qui ont perdu au jeu de la vie, avec des C.V. à trous.

Des types qui se retrouvent dans des bars. « Et qu'est-ce qu'il devient, untel ? »

Des types qui baissent les stores.

Des types qui baissent les bras.

Des types qui s'achètent un scooter, depuis le temps qu'ils en rêvent.

Des types qui ne croient pas aux deuxièmes chances, et qui pourtant..."

 

Des types comme lui, j'en croise tous les jours et je dois avouer que quand j'ouvre un roman, je n'ai pas envie d'écouter encore la longue litanie de doléances inhérentes aux vies ratées...

 

J'ai moi aussi baissé les bras...

 

sixieme_homme.jpg

Le sixième homme de Monica KRISTENSEN

 

Quatrième de couverture : onnaissez-vous Longyearbyen ? Un nom assez énigmatique pour cette capitale minuscule nichée dans l’archipel du Svalbard et plongée une grande partie de l’hiver dans la nuit polaire. C’est dans cette obscurité qu’un lourd manteau neigeux peine à éclaircir que la petite Ella disparaît. Le jardin d’enfants est pourtant bien surveillé, mais les petits aiment chahuter et se cacher sous la maison, entre les pilotis. Un homme rôde qui les observe. Des traces de pas dans la neige mènent droit à la mine de charbon. Située sur les hauteurs de la ville, cette mine est le centre de gravité de l’île. Chacun connaît dans son entourage un ou plusieurs de ses employés. Comment une si petite ville, d’à peine 2 000 habitants, pourrait longtemps cacher un criminel ? Le commissariat de Longyearbyen est plutôt engourdi par le manque de rotation des affaires à traiter… Rien de commun en effet entre cette disparition inexplicable et la routine des policiers : les chasses à l’ours en scooter des neiges - leurs couloirs migratoires menacent régulièrement de traverser la ville -, les petits trafics des pêcheurs contrebandiers ou encore le fléau de l’alcoolisme qui n’épargne pas tous les foyers… Epaulé par des agents venus de métropole, le commissariat parvient à recouper plusieurs pistes quand le père d’Ella disparaît à son tour. Nouvelle victime.

MOn avis : Je me suis arrêtée aux environs de la page 100, les policiers s'interrogeaient toujours sur la disparition de la petite Ella mais l'action n'avançait toujours pas d'un iota... L'explication la plus plausible est que le froid a engourdi leurs réflexes et a gelé leurs instincts...

Les chapitres ne se suivent pas chronologiquement, si bien que le lecteur a aussi l'impression d'être totalement désorienté, comme perdu dans une tempête de neige et de lire en plein brouillard : une fois la petite Ella  a disparu et on est en février, la fois suivante, le chapitre se déroule en décembre et a pour personnage principale une parfaite inconnue au nom improbable (comme tous les personnages mais ceci est une autre histoire) puis le chapitre suivant revient en février mais cette fois-ci avec le bon vieux Knut, mais ce n'était que provisoire, Trulte Hansen apparaît ensuite, puis Froydis, puis Per Leikvik (en novembre). N'en jetez plus ! Bref je me demande si l'auteure a pensé à ses lecteurs étrangers en écrivant ces chapitres désordonnés pullulant de personnages aux noms imprononçables...

A vouloir trop se concentrer pour comprendre qui est qui, et si on est en février ou en décembre, nous aussi oublions la pauvre Ella perdue dans la tempête de neige et risquant de croiser des ours polaires qui s'invitent eux aussi inopinément dans l'histoire (qui ont comlme seul bénéfice d'être reconnu parfaitement dans ces pages au charme brouillon...)

Je pense que pour qui est suffisamment concentré et n'a qu'un seul livre dans sa PAL, le détour peut valoir le coup, personnellement je n'ai pas pris le risque de me perdre dans les montagnes norvégiennes !

bataille-du-petit-trianon.jpg

 

 

La bataille du petit Trianon de Jorge AMADO

 

Je vous livre la quatrième de couverture pour que vous compreniez pourquoi je l'ai choisi :

 

"Nous sommes au Brésil à Rio de Janeiro, en pleine Seconde Guerre mondiale, sous l’Estado Novo, dictature militaire proche de l’idéologie nazie qui n’a de cesse de chasser les communistes et de torturer les opposants politiques.
Le grand poète académicien Antonio Bruno apprend la déroute des Français et l’entrée des Allemands dans Paris. Devant une telle défaite, voyant que la barbarie s’installe, il meurt de chagrin. Une place est désormais vacante à l’Académie des Lettres brésilienne ; le colonel Agnaldo Sampaio Pereira, grand admirateur du IIIe Reich, va alors se présenter, persuadé d’être élu à l’unanimité. Mais les académiciens refusent de laisser ce « Goebbels » brésilien briguer le fauteuil des immortels et vont lui imposer un autre candidat, membre de l’armée lui aussi, mais défenseur de la démocratie : le général Waldomiro Moreira. Qui du fascisme ou du libéralisme finira par gagner ? L’armée parviendra-t-elle à trouver sa place au sein du précieux monde des Lettres ? 
Avec un humour féroce, Jorge Amado dénonce, dans La bataille du Petit Trianon, la bestialité et la bêtise de l’homme. 
Dans une société où les machinations et la perversité sont de mise, ne restent que la littérature et la poésie pour (ré)enchanter le monde et faire éclater sa sensualité."

 

Le sujet avait tout pour me plaire puisque l'histoire entremêle subtilement le monde des lettres, de la résistance face au nazisme et à l'oppression, tout en nous offrant quelques anecdotes croustillantes sur la vie privée des protagonistes.


Et pourtant... J'ai essayé plusieurs fois de rentrer dans l'histoire sans succés, je lisais quelques lignes et mon esprit s'évadait, je revenais au texte, réussissait à accrocher quelques lignes, puis mon esprit prenait à nouveau la fuite... J'ai tout tenté pour le retenir, puis j'ai rendu les armes et je n'ai fait que survoler cette lutte pour un siège à l'Académie.


Je dois tout de même concéder que la fin de la fable est surprenante, mais que de circonvolutions pour en arriver là...


Je vous  livre tout de même la morale, elle aussi prometteuse : "La morale ? Voyez : partout, à travers le monde, ce sont les ténèbres à nouveau, la guerre contre le peuple, l'absolutisme. Mais, comme il est prouvé dans cette fable, il est toujours possible de planter une semence, d'éveiller une espérance."

 

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Mathématiques congolaises de In Koli Jean Bofane

 

Présentation de l'éditeur : Celio Mathematik, jeune fana de mathématiques dans une Kinshasa de la débrouille, va grimper candidement dans les cercles obscurs du pouvoir.
Dans un Kinshasa secoué de remous de toutes sortes, Célio aurait pu traîner sa galère encore longtemps, n’eut été sa rencontre avec le directeur d’un bureau aux activités très confidentielles, attaché à la Présidence de la République. La faim tenaille suffisamment les ventres pour que le débat sur le bien et le mal puisse être sérieusement envisagé. La ville ne fait pas de cadeau, le jeune homme le sait, et il tient là l’occasion d’enfin se réaliser. Faire partie du cercle très fermé de ces sorciers modernes d’un genre particulier qui manipulent les êtres et la vie quotidienne n’est pas non plus pour lui déplaire.
Orphelin depuis une de ces guerres chroniques qui ravagent le pays, Célio se rêve grand mathématicien, conservant comme une bible un vieux manuel scolaire retrouvé dans le sac de son père tué au hasard d’une route de fuite. C’est grâce à des théorèmes et des définitions que Célio espère influer sur le destin dont il dit n’être que le jouet. C’est à travers les épreuves, aussi, qu’il lui faudra procéder à des choix cruciaux, tenter de maîtriser les déséquilibres dans un environnement livré aux tiraillements et au chaos institutionnalisé.
Dans le jeu subtil de la manipulation politique, si loin de l’amitié constante du père Lolos, le prêtre qui l’a recueilli autrefois, Célio a l’ambition d’exceller et de faire parler de lui. Facile : le jeune homme, a toujours été proche des phénomènes complexes. Il a toujours su établir un dialogue privilégié avec les mathématiques. Ses amis, d’ailleurs, l’ont surnommé « Célio Mathématik ». Appliquer ses connaissances à la désinformation, c’est ce qu’il compte accomplir.
Avec humour et gravité, connaissant son monde et pour cause, In Koli Jean Bofane trace d’une plume aussi acerbe qu’exotique des tableaux d’un Congo que le lecteur s’approprie vite parce qu’il sent les rues, palpite au rythme des musiques et des images livrées avec justesse et énormément d’empathie. Parmi une petite dizaine de personnages forts, typés et vivants sous nos yeux, Célio Mathématik double-mitu, devient ainsi très vite un personnage auquel on s’attache, un Candide d’Afrique, sapeur à ses heures, amoureux et bon copain, qui saura finalement faire le bon choix.

 

J'ai trouvé ce roman plat et sans grand intérêt et j'ai fini par m'ennuyer..

 

 Un festin de hyènes de Michael STANLEY

 

Présentation : Un premier cadavre - ou du moins ce que les hyènes en ont laissé - est découvert près d'un point d'eau considéré comme un endroit magique par les peuples du désert. Pour l'inspecteur-en chef David " Kubu " Bengu, policier rusé et plein de ressources, il est évident que des forces obscures sont à l'oeuvre. Son enquête va le conduire sur une piste sanglante où les mensonges se mêlent aux superstitions, et l'amener à découvrir une série de meurtres liés aux personnalités les plus influentes du pays...

 

Un roman qui se déroule au Botswana, avec en toile de fond le trafic de diamants, voilà qui semblait très prometteur. Malheureusement, les longueurs ont eu raison de ma bonne volonté. C’est vraiment dommage, car s’il avait été plus condensé, je suis certaine que ce roman m’aurait beaucoup plu…

 

Merci à Jérôme Lambert des Editions Points.

 

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Le convoi de l'eau de Akira YOSHIMURA

 

Là encore, je reconnais les qualités indéniables de ce roman nébuleux poétique très beau, dont l'histoire est celle d'un homme qui accompagne un groupe d'ouvrier chargés de la construction d'un barrage en montagne. Cet homme fuit son passé, ses souvenirs, et ce hameau du bout du monde va le mener vers la rédemption.

 

On peut trouver cette histoire très belle (cf Martine Laval) et elle l'est, mais elle est aussi très glauque, et c'est cette impression désagréable qui perdure en moi..

 

 trois amisTrois amis de Mario TOBINO

 

Les trois amis en question sont Turri, Campi et Ottaviani. Ottaviani, resté seul, raconte leur recnontre, leurs premières expériences en tant que médecins, leurs idées communes, puis leur engagement pendant la guerre gangrenée par le fascisme pour une italie libre. Campi, martyr, demeure jusqu’au bout leur héros, par-delà la mort, qu’il brave avec un courage sans faille face à la barbarie nazie. Sous les canons, Turri se découvre une âme de chef et devient une grande figure de la résistance organisée. Ottaviani, psychiatre, poète, épris de paix et de liberté, suit les trajectoires de ses deux amis, comme habité par eux.

 

J'ai abandonné ces trois amis en cours de route (lâchement, je le reconnais) : Ottaviani, le narrateur livre ses pensées de façon désordonnée, en entremêlant les époques, en anticipant, puis revenant en arrière, si bien que j'ai vite perdu le fil temporel du récit, premier point qui m'a agacé.

 

Ensuite, l'héroïsme de ces trois compagnons est trop souvent rappelé au cours de la narration, trop lisse, pas assez indécis pour me plaire.

 

Finalement, j'ai trouvé que ce roman manquait de fluidité dans la narration, et de corps dans le propos.  

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  L'enfant allemand de Camilla LACKBERG

 

Dès les premières pages j'ai été agacée par ce couple improbable et par les scènes domestiques sans aucun intérêt.

 

Les dialogues sont consternants :

"Salut tout le monde ! lança Erica en arrivant dans l'escalier.

- Qui veut du café ? demanda Patrik depuis la cuisine avant de recevoir trois "moi" en réponse.

- Alors Erica, ça se passe comment, la vie, maintenant que tu es mariée ? dit Johan.

-Bien merci, à peu près comme avant. A part que Patrik s'entête tout le temps à m'appeler "ma p'tite femme". tu n'aurais pas un tuyau pour qu'il s'arrête ? demanda erica à Elisabeth avec un clin d'oeil." (p. 16)

 

Pleine d'abnégation, j'ai persévéré, j'ai fait des efforts, je vous assure, mais je n'ai pas pu. L'intrigue n'a pas réussi à me faire oublier les défauts des personnages principaux, ni leurs dialogues insipides. J'ai abandonné... 

 

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Ces choses que nous n'avons pas vu venir de Steve AMSTERDAM

Je l'ai déjà dit en ces pages, je suis rarement convaincue par les romans d'anticipation. Et là encore, j'ai trouvé cette évocation d'un monde dévasté décevante. Les êtres humains sont déshumanisés si bien qu'on ne parvient pas à s'attacher à qui que ce soit, mais rien de philosophique ou sociologique ne m'a non plus frappé, m'est seulement resté un grand vide interrogatif. De plus la construction particulière m'a plus d'une fois déconcerté : les chapitres ne sont pas liés, ou très peu, ni temporellement, ni narrativement, si bien que l'on en sait plus bien dans quelle époque, avec quels personnages, et pourquoi erre-ton dans ces paysages dévastés. C'était sans doute voulu par l'auteur pour marquer davantage encore la déconstruction de notre monde, mais à force de vouloir me déstabiliser, l'auteur a fini par me perdre...

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Avant d'aller dormir de S. J. WATSON

Le pitch : À la suite d’un accident survenu une vingtaine d’années plus tôt, Christine est aujourd’hui affectée d’un cas très rare d’amnésie : chaque matin, elle se réveille en croyant être une jeune femme célibataire ayant la vie devant elle, avant de découvrir qu’elle a en fait 47 ans et qu’elle est mariée depuis vingt ans. Son dernier espoir réside dans son nouveau médecin, Ed Nash. Celui-ci lui a conseillé de tenir un journal intime afin qu’elle puisse se souvenir de ce qui lui arrive au quotidien et ainsi reconstituer peu à peu son existence. Quand elle commence à constater de curieuses incohérences entre son journal, ce que lui dit son entourage et ses rares souvenirs, Christine est loin de se douter dans quel engrenage elle va basculer. Très vite elle va devoir remettre en question ses rares certitudes afin de faire la vérité sur son passé… et sur son présent.

Seulement, du fait que tous les matins, tout est à recommencer, les chapitres ont tendance à se ressembler et ont fini par me lasser. De plus le fait que l'action soit concentrée sur un seul personnage, avec seulement quelques personnages satellites annexes, dans un même endroit, crée un sentiment d'étouffement proprement désagréable au final.

Néanmoins, de nombreux avis positifs chez Babélio par exemple vous encourageront peut-être à le lire : Babélio.

 

meme-les-truites-ont-le-vague-a-l-ame.jpgMême les truites ont le vague à l'âme de John GIERACH

 

Quel crève-coeur de devoir avouer avoir abandonné un roman appartenant au Nature Writing de chez Gallmeister...

 

Mais je n'ai résolument pas pu avancer dans cette lecture qui m'a très rapidement ennuyée. J'aime quand l'alliance entre l'histoire et les scènes liées au nature Writing est savamment dosée, quand l'un ne prend pas le pas sur l'autre, or j'ai trouvé ici que les histoires s'adressaient davantage à des passionnés de pêche qu'à un lecteur lambda. Les détails sont foisonnants, toutes les histoires et les personnages tournent exclusivement autour de ce sujet, et j'ai résolument coulé au fur et à mesure des pages...

 

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Là-haut tout est calme de Gerbrand BAKKER

Trop calme pour moi sans doute...

De nombreux avis positifs dans la blogosphère : Yves vous renverra  vers les liens...

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  Générosité de Richard POWERS

 

J'ai abandonné "Trois fermiers s'en vont au bal", j'ai adoré "Le temps où nous chantions", moins "La chambre aux échos", et j'ai fait l'impasse sur "L'ombre en fuite". Richard Powers est un écrivain puissant, érudit, passionnant, protéiforme, et ces romans restent indéniablement profondément ancrés en nous. Mais il faut s'accrocher pour les lire, c'est indéniable, et ce mois-ci, pour diverses raisons ma concentration n'est pas à son point culminant, si bien que j'ai abandonné ce nouvel opus que je pressens pourtant puissant. Je le garde pour des jours plus clairs. En attendant, je vous renvoie chez KathelClaraKeishaChocoAmandaCunéPapillonTélérama,

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  Un assassin blanc comme neige de Christian BOBIN

J'ai dû me résoudre à placer mon cher Christian Bobin dans les déceptions de ce mois, et pourtant ceux qui me connaissent savent combien j'apprécie cet auteur... Mais là, force m'est de constater que ces textes ne m'ont rien apporté. D'accord, même si l'auteur n'a rien à dire, il le dit très bien, mais le constat reste le même : il n'a rien à dire...

J'ai trouvé quelques perles malgré tout, extraites de cette contemplation extatique :

"J'attends d'un poème qu'il me tranche la gorge et me ressuscite." (p. 59)

"Bientôt le mariage des oiseaux. Je me demande quelle tenue choisir." (p. 85) 

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Ce livre va vous sauver la vie de A.M.HOMES

 

Bon d’accord ma vie va très bien et n’avait pas besoin d’être sauvée. Bon d’accord j’ai toute une pile de livres très attirants qui m’attendent dans ma PAL, si bien qu’un livre doit vraiment me passionner pour que je ne lui sois pas infidèle (oui je suis une femme TRES exigeante, c'est bien connu...). Bon et puis les hommes larmoyants un rien loosers, ce n’est pas mon truc.

 

Comme à la page 150 de ce roman la situation n’avait pas franchement évoluée et que je n’apercevais point de sauvetage miraculeux à l’horizon,  j’ai lâchement laissé ce pauvre Richard Novak à son mal-être métaphysique pour me tourner vers des personnages un rien moins tourmentés (ah, les cow-boys, il n’y a que cela de vrai…) (je suis plongée dans « True Grit », la faute à Keisha…)

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Sachant toute solitude de John Millington Synge

 

 Des poèmes irlandais qui ont coulé sur mon âme sans y laisser aucune trace... L'artiste est plus connu pour ses pièces de théâtre que pour ses poèmes. Et pour cause...

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Saison de lumière de Francesca KAY

 

J'ai lâchement abandonné cette lecture n'y trouvant pas la lumière suggérée par le titre. Au contraire j'ai trouvé l'histoire très noire, comme si dés le début le narrateur s'ingéniait à sous-entendre que l'histoire de Jennet serait tragique, mais que quelques touches de lumière, nées de sa peinture, éclaireraient son destin. Ce parti pris m'a gêné, j'ai ressenti un malaise prégnant à la lecture de ce roman, si bien que je n'ai pas souhaité avancer plus avant dans un roman qui me déprimait...

 

Vous trouverez des avis positifs chez CathuluClaraEmiLie

 

  Merci aux Editions Plon d'avoir assouvi ma curiosité...

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Et c'est le soir toute la journée de Preeta SAMARASAN

 

Par une triste journée de septembre 1980, une jeune servante tamoul, Chellam, est chassée de la "Grande Maison" de Kingfisher Lane qui abrite les Rajasekharan, une famille de notables indiens de la ville d'Ipoh, en Malaisie. Peu à peu le mystère se lève sur les raisons de ce congédiement et sur l'histoire de cette famille...

 

"Peu à peu" mais ô combien lentement...

L'auteur a un style à couper le souffle, et elle sait en jouer pour créer une atmosphère particulière, envoûtante et mystérieuse. Mais ses mots lyriques m'ont malheureusement plus ennuyée que fascinée, je me suis perdue dans les méandres de cette histoire centrée sur quelques personnages seulement. Je me suis sentie étouffée par cette atmosphère confinée, lourde de secrets et de non-dits.

 

C'est un roman qui demande disponibilité et concentration, un roman dense qui ne se laisse pas appréhender facilement...

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Les pérégrins de Olga TOKARCZUK

L'histoire :

Olga Tokarczuk nous livre une série de textes courts qui ont en commun d'aborder la question du "nomadisme moderne" (j'aurais dû déjà me méfier me direz-vous avec un terme aussi pompeux...) Routards, mères de famille en rupture de ban, conducteur de ferry qui met enfin le cap sur le grand large : ses personnages sont aux prises avec leur liberté, mais aussi avec le temps.

 

Ce livre fut d'une part trop philosophique pour moi (les passages sur la psychologie du voyage m'ont profondément ennuyée...), d'autre part trop scientifique pour mon esprit littéraire borné (les allusions incessantes à l'anatomie humaine m'ont pour le coup définitivement fait fuir...)

 

Je ne me suis pas découragée et j'ai essayé de picorer ça et là quelques passages plus en adéquation avec mes goûts, parce qu'il faut reconnaître que les textes sont intelligents et admirablement bien écrits.

 

Par exemple :

 

La narratrice se laisse convaincre par un nouveau concept : elle découvre en effet sur son paquet de serviettes hygiéniques des phrases courtes imprimées, en lieu et place des petites fleurs habituelles : "Je suis donc retournée dans la même pharmacie, pour chercher d'autres produits de cette étrange société qui avait pris l'initiative de joindre l'utile à l'indispensable. Pourquoi imprimer des fleurs ou des fraises sur du papier ? Ca n'a aucun sens. Après tout, le papier a été inventé pour véhiculer des idées ! Le papier d'emballage est un pur gaspillage, cela devrait être interdit. Et quitte à emballer des articles, autant imprimer dessus des récits ou des poèmes, en veillant toujours à ce qu'il ya ait quelques rapport entre le contenu et le contenant." (p. 102)

 

"Se tenir à l'écart. On ne peut voir que des fragments du monde, il n'y a pas autre chose. Il y a juste des instants, des bribes, des configurations fugaces qui, à peine surgis dans l'existence, se désagrègent en mille morceaux. Et la vie ? Cela n'existe pas. (p. 174)

 

Mais les passages retenant mon attention se faisant de plus en plus rares, j'ai lâchement abandonné cette lecture, laissant la narratrice à ses pérégrinations physiques et philosophiques...

 

Les pérégrins, Olga TOKARCZUK, Editions Noir sur Blanc, 2010, 380 p., 24 euros

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Un autre amour de Kate O'RIORDAN

 

Connie revient de son voyage à Rome sans son mari Matt, resté là-bas pour une femme. Elle rentre donc seule à Londres, retrouvant ses trois garçons avides d'explications.

 

""Un autre amour" est le récit intense du désespoir d'une femme dont l'heureux et paisible mariage se trouble." nous dit la quatrième de couverture.

 

Je pressentais que ce livre n'allait pas cadrer avec mes goûts mais j'en ai lu tant de critiques dithyrambiques, que j'ai craqué et ai tenté l'aventure. Et j'y ai trouvé ce que je redoutais : beaucoup trop de trouble, beaucoup trop de désespoir, beaucoup trop de mariage... Je ne suis pas allée au bout.

 

Parmi ceux qui ont adoré : ChocoThéomaAntigoneChiffonnetteCathulu...

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La quatrième de couverture m'annonçait un roman exaltant  que j'avais hâte de découvrir... :

"

Des montagnes du Colorado aux confins du Nord-Ouest, dans le sillage de Zebulon, ce western littéraire nous fait traverser les États-Unis jusqu'au Mexique, en pleine révolution, en remontant le long de la côte californienne, vers San Francisco et ses mines d'or.
En chemin, Zebulon multiplie rencontres et aventures épiques qui le mêlent à de tragiques triangles amoureux, le rendent témoin et acteur de bouleversements politiques et le font s'interroger sur des questions aussi fondamentales que la vie, l'amour, et la mort.

 

«Zebulon est un livre dont on voit le film en le lisant, dont on effectue le casting en le relisant, et auquel on invente une suite en dormant. Une fable hypnotique, un poème d'amour mystique. » Patti Smith

 

« Une aventure sauvage écrite par un musicien qui sait comment maintenir son public envoûté autour du feu de camp. Un roman moderne et subversif sur les limites de l'amour et les malaises de la vie civilisée. » Judith Thurman

 

« Ensorcelant. Un western comme Céline aurait pu en écrire. » Times Literary Supplement of London"

 

Et pourtant, je n'ai pas réussi à me passionner pour les aventures de ce Zébulon peu sympathique. Il s'agit bel et bien d'un western avec coups de feus, prostituées, règlements de compte, re-prostiuées... Je l'avoue : j'ai lâchement abandonné le pauvre Zébulon à son mauvais sort... Cela ne remet pas en cause ses qualités, mais il n'était simplement pas à mon goût.

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Les jardins statuaires de Jacques ABEILLE, Editions Attila

Je n'ai malheureusement pas réussi à rentrer dans ce roman.

Les descriptions concernant la culture des statues m'ont ennuyée (peut-être parce que je ne suis pas jardinière...), le personnage principal ne m'a pas semblé particulièrement attachant et l'intrigue trop lente à mon goût ne m'a pas convaincue (peut-être parce que je suis hermétique à tout ce qui touche à la science fiction ou au surnaturel...)

Bref, j'avais envie d'aimer ce livre, j'ai fait des efforts, mais ce fut un échec. J'ai tenté de chercher une allégorie, car je pense qu'elle existe, puis j'ai lâchement abandonné cette lecture surréaliste.

Par contre c'est un très bel objet, illustré par Schuiten la couverture cartonnée est magnifique.

 Un festin de hyènes de Michael STANLEY

 

Présentation : Un premier cadavre - ou du moins ce que les hyènes en ont laissé - est découvert près d'un point d'eau considéré comme un endroit magique par les peuples du désert. Pour l'inspecteur-en chef David " Kubu " Bengu, policier rusé et plein de ressources, il est évident que des forces obscures sont à l'oeuvre. Son enquête va le conduire sur une piste sanglante où les mensonges se mêlent aux superstitions, et l'amener à découvrir une série de meurtres liés aux personnalités les plus influentes du pays...

 

Un roman qui se déroule au Botswana, avec en toile de fond le trafic de diamants, voilà qui semblait très prometteur. Malheureusement, les longueurs ont eu raison de ma bonne volonté. C’est vraiment dommage, car s’il avait été plus condensé, je suis certaine que ce roman m’aurait beaucoup plu…

 

Merci à Jérôme Lambert des Editions Points.

 

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Le convoi de l'eau de Akira YOSHIMURA

 

Là encore, je reconnais les qualités indéniables de ce roman nébuleux poétique très beau, dont l'histoire est celle d'un homme qui accompagne un groupe d'ouvrier chargés de la construction d'un barrage en montagne. Cet homme fuit son passé, ses souvenirs, et ce hameau du bout du monde va le mener vers la rédemption.

 

On peut trouver cette histoire très belle (cf Martine Laval) et elle l'est, mais elle est aussi très glauque, et c'est cette impression désagréable qui perdure en moi..

 

 trois amisTrois amis de Mario TOBINO

 

Les trois amis en question sont Turri, Campi et Ottaviani. Ottaviani, resté seul, raconte leur recnontre, leurs premières expériences en tant que médecins, leurs idées communes, puis leur engagement pendant la guerre gangrenée par le fascisme pour une italie libre. Campi, martyr, demeure jusqu’au bout leur héros, par-delà la mort, qu’il brave avec un courage sans faille face à la barbarie nazie. Sous les canons, Turri se découvre une âme de chef et devient une grande figure de la résistance organisée. Ottaviani, psychiatre, poète, épris de paix et de liberté, suit les trajectoires de ses deux amis, comme habité par eux.

 

J'ai abandonné ces trois amis en cours de route (lâchement, je le reconnais) : Ottaviani, le narrateur livre ses pensées de façon désordonnée, en entremêlant les époques, en anticipant, puis revenant en arrière, si bien que j'ai vite perdu le fil temporel du récit, premier point qui m'a agacé.

 

Ensuite, l'héroïsme de ces trois compagnons est trop souvent rappelé au cours de la narration, trop lisse, pas assez indécis pour me plaire.

 

Finalement, j'ai trouvé que ce roman manquait de fluidité dans la narration, et de corps dans le propos.  

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  L'enfant allemand de Camilla LACKBERG

 

Dès les premières pages j'ai été agacée par ce couple improbable et par les scènes domestiques sans aucun intérêt.

 

Les dialogues sont consternants :

"Salut tout le monde ! lança Erica en arrivant dans l'escalier.

- Qui veut du café ? demanda Patrik depuis la cuisine avant de recevoir trois "moi" en réponse.

- Alors Erica, ça se passe comment, la vie, maintenant que tu es mariée ? dit Johan.

-Bien merci, à peu près comme avant. A part que Patrik s'entête tout le temps à m'appeler "ma p'tite femme". tu n'aurais pas un tuyau pour qu'il s'arrête ? demanda erica à Elisabeth avec un clin d'oeil." (p. 16)

 

Pleine d'abnégation, j'ai persévéré, j'ai fait des efforts, je vous assure, mais je n'ai pas pu. L'intrigue n'a pas réussi à me faire oublier les défauts des personnages principaux, ni leurs dialogues insipides. J'ai abandonné... 

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Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Publié le par Hélène

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Pour ces premières rencontres régionales du Goncourt des Lycéens à Lille étaient présents : 

- Une classe de seconde du lycée Paul Langevin de Beauvais,

- Une classe de 1ère Bac Pro commerce du lycée polyvalent Eugène Woillez de Montreuil sur Mer

- Une classe de 1ère Bac Pro électronique du lycée polyvalent Ernest Couteaux de Saint Amand les Eaux

- Une classe de 1ère L du lycée Henri Wallon à Valenciennes

- et une 1ère S du lycée Pablo Neruda de Dieppe

La rencontre était animée d'une main de maître par le journaliste Frédéric Launay.

 

Côté auteurs le premier plateau de 14h à 15h comprenait : Metin Arditi ; Karine Tuil ; Nathacha Appanah et Régis Jauffret

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Voici quelques unes de questions qui leur ont été posées :

 

Régis Jauffret  parlait de son roman Cannibales paru au Seuil :

Présentation de l'éditeur : Noémie est une artiste-peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec un architecte de près de trente ans son aîné avec lequel elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par une lettre adressée par Noémie à la mère de cet homme : elle s’y excuse d’avoir rompu. Une correspondance s’amorce alors et s’affermit entre les deux femmes, qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de se débarrasser du fils et ex-amant. Elles imaginent même de le dévorer cuit à la broche au cours d’un infernal banquet. En réalité, ce roman parle d’amour. Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a appelé son fils du nom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, et qui est mort accidentellement avant leur mariage. Noémie, elle, est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal. Au fil des lettres que, de son côté, il échange avec les deux protagonistes, le fils et ex-fiancé exprime toute la passion qu’il éprouve toujours pour Noémie. Un roman d’amour épistolaire, donc, dans la plus belle tradition du genre.

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Pourquoi choisir deux personnages de deux générations différentes ?

Je voulais montrer que l'amour est toujours resté le même. L'amour est comme une poupée qu'on retourne. Le temps n'existe pas quand on parle de l'amour et la mort.

Avez-vous déjà envisagé de manger un être humain ?

Non ! C'est intéressant sur le plan symbolique. Dans le roman, cela fait partie des choses qui unissent les deux femmes, il s'agit d'un fantasme commun qui les réunit.

Pourquoi choisir une forme épistolaire ?

L'une des portes vers l'écriture est cette forme épistolaire. Tout le monde écrit, qu'il s'agisse de lettres ou de mails. Il s'agit de la forme première des choses, la lettre est comme un monologue dans lequel on laisse entrer les gens. 

D'où vous est venue l'inspiraion ?

La rupture est une expérience que tout le monde connait ou a connu. On ne réfléchit à l'amour que quand il est déjà parti.

 

Nathacha Appanah pour Tropique de la violence chez Gallimard 

Présenation de l'éditeur : «Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.» Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.

Quel était le but du roman ?

Je voulais sans doute montrer comment sur une île perdue et abandonnée il peut se dérouler une humanité et une inhumanité terrible.

Croyez-vous en la vie après la mort ?

Non. Mais à Mayotte la mort fait partie de la vie. La mort n'est pas une fin. Les morts ont plus de vérité que les vivants, ils ne peuvent pas mentir.

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Metin Arditi pour L'enfant qui mesurait le monde chez Grasset 

Présentation de l'éditeur : À Kalamaki, île grecque dévastée par la crise, trois personnages vivent l’un près de l’autre, chacun perdu au fond de sa solitude. Le petit Yannis, muré dans son silence, mesure mille choses, compare les chiffres à ceux de la veille et calcule l’ordre du monde. Maraki, sa mère, se lève aux aurores et gagne sa vie en pêchant à la palangre. Eliot, architecte retraité qui a perdu sa fille, poursuit l’étude qu’elle avait entreprise, parcourt la Grèce à la recherche du Nombre d’Or, raconte à Yannis les grands mythes de l’Antiquité, la vie des dieux, leurs passions et leurs forfaits... Un projet d’hôtel va mettre la population en émoi. Ne vaudrait-il pas mieux construire une école, sorte de phalanstère qui réunirait de brillants sujets et les préparerait à diriger le monde ?
Lequel des deux projets l’emportera ? Alors que l’île s’interroge sur le choix à faire, d’autres rapports se dessinent entre ces trois personnages, grâce à l’amitié bouleversante qui s’installe entre l’enfant autiste et l’homme vieillissant.

Pourquoi ce titre ?

C'est un titre qui s'est imposé. Pourtant au début Yannis n'appartenait pas au roman, je voulais juste un combat Périclès / Palace puis l'enfant a pris toute la place. L'angoisse de cet enfant est que le monde change, il a donc besoin de trouver des choses immuables, des mesures qui le rassurent sur la stabilité du monde.

Où avez-vous eu les informations sur l'autisme ?

J'ai consulté les dirigeants d'un centre de recherche d'une fondation à Genève qui a pignon sur rue sur l'autisme. Puis j'ai assisté à des réunions de thérapeutes. J'ai alors eu la sensibilité à ce qu'est le trouble autistique alors qu'avant, je n'avais pas de connaissances sur cette maladie. Il est d'ailleurs précisé sur la quatrième de couverture que je suis président de la fondation Pôle Autisme mais cela ne s'est fait qu'après le roman, c'est un des miracles de l'écriture !

 

Karine Tuil pour L'insouciance chez Gallimard :

Présentation de l'éditeur : De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Pourquoi choisir des personnages de banlieue ?

Tout d'abord pour des raisons personnelles, je viens moi-même de la banlieue, et j'ai toujours été fascinée par les contrastes des mondes et la cohabitation de ces mondes là. Je trouvais intéressant aussi la question de la violence sociale notamment de la question de la place sociale, de l'espace géographique avec ces enclaves ces banlieue. Enfin je voulais m'interroger sur la question du déterminisme et de la difficulté à trouver sa place dans la société.

Le World Trade Center est mentionné dans l'incipit mais il n'en est plus question par la suite. Pourquoi ?

La chute des tours est le point de départ de tout ce qui est décrit dans le livre : la guerre en Afghanistan et en Irak. Ce petit chapitre parle aussi de la question des choix que l'on fait dans la vie et des répercussions que ces choix ont. La question de la date de l'évènement politique a une incidence dont on subit encore aujourd'hui les effets.

 

Rencontres régionales du Prix Goncourt des Lycéens 2016 (2)

Questions posées à tous : 

Y a-t-il eu des personnages plus difficiles que d'autres à imaginer ? 

Pour Metin Arditi : si l'on considère que le critère est l'écoute nécessaire pour que le personnage se dévoile, je dirais Yannis.

Pour Karine Tuil : les soldats. Pour une question de probité intellectuelle

Pour Régis Jauffret : Geoffrey car les hommes sont moins romanesques que les femmes. Les femmes portent plus à l'imaginaire, alors que l'image des hommes n'est pas flatteuse. 

Pour Nathacha la difficulté a été non pas un personnage humain mais le pays lui-même, Mayotte. C'est pourtant un personnage à part entière, qui est là tout le temps. 

 

Quelle vision de la jeunesse avez-vous ?

Pour Régis Jauffret la jeunesse est une notion de consommation, un slogan publicitaire. On loue la jeunesse quand ce sont les vieux qui tiennent les commandes. On flatte les jeunes mais on le leur donne rien de particulier.

Pour Karine Tuil c'est une notion qui reste vague. La jeunesse inclut des gens très différents : on peut être âgé et très jeune aussi dans son esprit.

Metin Arditi associe à la jeunesse l'inconscience du risque, un élément essentiel de la vie. Il n'y a pas d'acte artistique sans risque, pas de vie sans risque, et pas de vie réussie sans risques. Ce qui me désole c'est la perte du goût du risque que j'observe autour de moi. Une des choses dont je suis le plus heureux est mon goût du risque qui a été une fonction croissante de l'âge. 

Nathacha : la vision de la jeunesse est différente en fonction des pays, de la situation sociale, de l'éducation. Le point commun serait peut-être cette envie de donner des coups de pied dans la fourmilière.

 

A lire également :

- Rencontres régionales du Goncourt des lycéens 1er épisode

- Mon avis sur Tropique de la violence

- Mon avis sur  L'enfant qui mesurait le monde

Prochainement :

- Le compte rendu du deuxième plateau avec Jean-Baptiste Del Amo, Gaël Faye, Leïla Slimani et Romain Slocombe

- Les impressions post-rencontre des lycéens, des enseignants et des auteurs.

- Mon avis sur Cannibales de Régis Jauffret

- Mon avis sur Chanson Douce de Leïla Slimani

Publié dans Prix littéraires

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Eros émerveillé - Anthologie de la poésie érotique française

Publié le par Hélène

♥ ♥

"La volupté est une syncope de l'âme dans un corps anesthésié, où le corps charcute l'âme, et l'âme embaume le corps pour un temps. La volupté, c'est l'état cataleptique double, où corps et âme, dans un cercueil unique de sensation, se parlent face à face." Malcolm de Chazal

Présentation de l'éditeur :

Du vertige libertin qui envahit la poésie française au XVIe siècle jusqu'aux blasons amoureux des surréalistes, de l'érotisme le plus feutré à la pornographie la plus exacerbée, on trouvera ici, en trois cent cinquante poèmes, une anthologie de la volupté sous toutes ses facettes. Un florilège du chavirement, explorant le territoire amoureux dans sa dimension toujours renouvelée.
De Ronsard à Rimbaud, de Verlaine à Genet, de Louise Labé à Joyce Mansour, de Sade à Bataille, de Jouve à Calaferte, de Pierre Louÿs à Franck Venaille, de Michel Leiris à Bernard Noël, quelque deux cents poètes, dont un grand nombre de modernes et de contemporains, disent ici l'incroyable besoin d'impudeur qui parfois les saisit. Ils disent les jeux de la langue et du sexe, avec toutes leurs saveurs, du sucré au salé, de l'implicite à l'explicite.
Cette anthologie, qui rassemble ce que la poésie a produit de plus érotique en cinq siècles, entraîne le lecteur à célébrer Éros en tous ses fastes, lumineux, sombres ou hilarants – Éros émerveillé.

Passages choisis :

"Au vrai, la vie créatrice est si proche de la vie sexuelle, de ses souffrances, de ses voluptés, qu'il n'y faut voir que deux formes d'un seul et même besoin, d'une seule et même jouissance." Rainer Maria Rilke

"Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guère
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires"

3 fév. 1915. Apollinaire Lettres à Lou

@Sieff

"En célébrant les noces du feu charnel et du silence, l'acte d'amour rend à l'opacité de l'ombre sa lumineuse transparence.

En délivrant l'homme de sa langue

l'amour délivre l'homme de soi

L'amour qui n'humilie jamais le sexe, s'éclaire à son feu secret." Michel Camus

 

"… Etroits sont les vaisseaux, étroite notre couche.

Immense l’étendue des eaux, plus vaste notre empire

Aux chambres closes du désir.


Entre l’Eté, qui vient de mer. A la mer seule, nous dirons

Quels étrangers nous fûmes aux fêtes de la Ville, et quel astre montant des fêtes sous-marines

S’en vint un soir, sur notre couche, flairer la couche du divin.


En vain la terre proche nous trace sa frontière. Une même vague par le monde, une même vague depuis Troie

Roule sa hanche jusqu’à nous. Au très grand large loin de nous fut imprimé jadis ce souffle…

Et la rumeur un soir fut grande dans les chambres : la mort elle-même, à son de conques, ne s’y ferait point entendre !

Aimez, ô couples, les vaisseaux ; et la mer haute dans les chambres !

La terre un soir pleure ses dieux, et l’homme chasse aux bêtes rousses ; les villes s’usent, les femmes songent…

Qu’il y ait toujours à notre porte

Cette aube immense appelée mer – élite d’ailes et levée d’armes, amour et mer de même lit, amour et mer au même lit –

et ce dialogue encore dans les chambres :


II

1 –

« … Amour, amour, qui tiens si haut le cri de ma naissance, qu’il est de mer en marche vers l’Amante ! Vigne foulée sur toutes grèves, bienfait d’écume en toute chair, et chant de bulles sur les sables… Hommage, hommage à la Vivacité divine !

« Toi, l’homme avide, me dévêts : maître plus calme qu’à son bord le maître du navire. Et tant de toile se défait, il n’est plus femme qu’agréée. S’ouvre l’Eté, qui vit de mer. Et mon cœur t’ouvre femme plus fraîche que l’eau verte : semence et sève de douceur, l’acide avec le lait mêlé, le sel avec le sang très vif, et l’or et l’iode, et la saveur aussi du cuivre et son principe d’amertume – toute la mer en moi portée comme dans l’urne maternelle…

« Et sur la grève de mon corps l’homme né de mer s’est allongé. Qu’il rafraîchisse son visage à même la source sous les sables ; et se réjouisse sur mon aire, comme le dieu tatoué de fougère mâle… Mon amour, as-tu soif ? Je suis femme à tes lèvres plus neuve que la soif. Et mon visage entre tes mains comme aux mains fraîches du naufrage, ah ! qu’il te soit dans la nuit chaude fraîcheur d’amande et saveur d’aube, et connaissance première du fruit sur la rive étrangère.

« J’ai rêvé, l’autre soir, d’îles plus vertes que le songe… Et les navigateurs descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées, de grandes filles extasiées qu’elle couche en larmes dans leurs pagnes et dans leurs tresses dénouées.

« Et ce sont là figuration du songe. Mais toi l’homme au front droit, couché dans la réalité du songe, tu bois à même la bouche ronde, et sais son revêtement punique : chair de grenade, et cœur d’oponce, figue d’Afrique et fruit d’Asie… Fruits de la femme, ô mon amour, sont plus que fruits de mer : de moi non peinte ni parée, reçois les arrhes de l’Eté de mer… »

2 –

« … Au cœur de l’homme, solitude. Etrange l’homme, sans rivage, près de la femme, riveraine. Et mer moi-même à ton orient, comme à ton sable d’or mêlé, que j’aille encore et tarde, sur ta rive, dans le déroulement très lent de tes anneaux d’argile – femme qui se fait et se défait avec la vague qui l’engendre…

« Et toi plus chaste d’être plus nue, de tes seules mains vêtue, tu n’es point Vierge des grands fonds, Victoire de bronze ou de pierre blanche que l’on ramène, avec l’amphore, dans les grands mailles chargées d’algues des tâcherons de mer ; mais chair de femme à mon visage, chaleur de femme sous mon flair, et femme qu’éclaire son arôme comme la flamme de feu rose entre les doigts mi-joints.

« Et comme le sel est dans le blé, la mer en toi dans son principe, la chose en toi qui fut de mer, t’a fait ce goût de femme heureuse et qu’on approche… Et ton visage est renversé, ta bouche est fruit à consommer, à fond de barque, dans la nuit. Libre mon souffle sur ta gorge, et la montée, de toutes parts, des nappes du désir, comme aux marées de lune proche, lorsque la terre femelle s’ouvre à la mer salace et souple, ornée de bulles, jusqu’en ses mares, ses maremmes, et la mer haute dans l’herbage fait son bruit de noria, la nuit est pleine d’éclosions…

« Ô mon amour au goût de mer, que d’autres paissent loin de mer l’églogue au fond des vallons clos – menthes, mélisse et mélilot, tiédeurs d’alysse et d’origan – et l’un y parle d’abeillage et l’autre y traite d’agnelage, et la brebis feutrée baise la terre au bas des murs de pollen noir. Dans le temps où les pêches se nouent, et les liens sont triés pour la vigne, moi j’ai tranché le nœud de chanvre qui tient la coque sur son ber, à son berceau de bois. Et mon amour est sur les mers ! et ma brûlure est sur les mers !…

« Etroits sont les vaisseaux, étroite l’alliance ; et plus étroite ta mesure, ô corps fidèle de l’Amante… Et qu’est ce corps lui-même, qu’image et forme du navire ? nacelle et nave, et nef votive, jusqu’en son ouverture médiane ; instruit en forme de carène, et sur ses courbes façonné, ployant le double arceau d’ivoire au vœu des courbes nées de mer… Les assembleurs de coques, en tout temps, ont eut cette façon de lier la quille au jeu des couples et varangues.

« Vaisseau, mon beau vaisseau, qui cède sur ses couples et porte la charge d’une nuit d’homme, tu m’es vaisseau qui porte roses. Tu romps sur l’eau chaîne d’offrandes. Et nous voici, contre la mort, sur les chemins d’acanthes noires de la mer écarlate… Immense l’aube appelée mer, immense l’étendue des eaux, et sur la terre faite songe à nos confins violets, toute la houle au loin qui lève et se couronne d’hyacinthes comme un peuple d’amants !

« Il n’est d’usurpation plus haute qu’au vaisseau de l’amour. »

Saint John Perse Amers

 

Présentation de l'éditeur : Chez Gallimard

D'autres avis : Télérama

 

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