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428 résultats pour “ile du point némo

Derniers feux sur Sunset de Stewart O'NAN

Publié le par Hélène

♥♥♥

"Tel était bien le problème avec Hollywood : tout se transformait en scénario."

1937. Francis Scott Fitzgerald ne le sait pas encore mais il vit ses dernières années.

Zelda est internée et si elle espère sortir, ses crises constantes n'oeuvrent pas en ce sens... Scott a beau lui rendre visite avec ou sans Scottie, il ne peut que constater le fossé qui s'installe entre eux et les sépare irrémédiablement. Zelda vit dans un autre univers, et même si elle le surnomme encore "mon bécasseau" et que tous les deux tentent de se rassurer avec des "te souviens-tu", ils s'éloignent indubitablement l'un de l'autre. Scott part alors pour Hollywood acculé par ses dettes et ses problèmes avec l'alcool, acceptant le métier peu glorieux de scénariste à La Metro Goldwyn Mayer. Là-bas, il rencontre la jeune Sheilah Graham, journaliste au charme irrésistible !

Dans les décors en carton pâte d'Hollywood, Francis Scott Fitzgerald évolue en titubant, la plupart des projets de scénarios qu'on lui confie tombe à l'eau, il doit repartir de zéro et donner de la consistance à des intrigues et des personnages qui en sont initialement dépourvus. La plupart de ces scénarios ne sera pas tourné, à l'exception de Trois camarades. Il hante les fêtes de la ville mythique, aux côtés de ses collègues Dorothy Parker et Robert Benchley, croisant ses stars si facilement déchues, ces acteurs mythiques de l'époque, de Marlène Dietrich à Clark Gable, ou ses écrivains comme Hemingway.

Portrait d'une époque et de ce milieu des scénaristes, Derniers feux sur Sunset évoque avec brio malgré quelques longueurs "l'envers du paradis", évoquant aussi la montée du nazisme, et dressant le portrait émouvant de cet homme qui, sentant ses derniers instants venir avec ses problèmes cardiaques, s'attelle sans relâche à la rédaction de son dernier roman Le Dernier Nabab, qu'il laissera inachevé.

 

Présentation de l'éditeur : Points ; Editions de l'Olivier

D'autres avis : Télérama ; La cause littéraire

Du même auteur : Emily

 

Derniers feux sur Sunset, Stewart O'NAN, Points, août 2017, 456 p., 8 euros

 

Sélectionné pour le prix du meilleur roman Points 2018

 

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Les furies de Lauren GROFF

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"C'est vrai, la plupart des opéras racontent des histoires de mariage. Mais rares sont les mariages qui ressemblent à un opéra."

Lancelot et Mathilde. Leur rencontre tient du mythe : alors que Lancelot court de conquêtes en conquêtes, le soir où il croise la belle Mathilde, il sait, intuitivement, qu'il ne la quittera plus. Il lui demande immédiatement de l'épouser et la légende veut que Mathilde accepte tout aussi rapidement.

Outrée par ce mariage, la mère de Lancelot lui coupe les vivres, et le jeune homme se retrouve au pied du mur avec ses aspirations théâtrales. Il se fait acteur, puis dramaturge. Soudés dans l'adversité, le couple passe sans encombres les orages, les dépressions, les périodes de doute. Mathilde reste aux côtés de son époux, épouse modèle d'un soutien indéfectible. Et pourtant, l'image modèle qu'ils renvoient a son revers...

"Question de point de vue. Après tout, vue du soleil, l'humanité est une abstraction. La terre, un confetti qui tourne. De plus près, une ville est un point lumineux parmi d'autres ; d'un peu plus près, des bâtiments étincelants se détachaient peu à peu."

Peut-on tout savoir de l'autre, est-ce souhaitable, à quoi tient le couple ? Les fondements restent souvent fragiles, basés sur un passé mouvant. Le roman met en avant l'antithèse marquante entre le personnage lisse et prévisible de Lancelot et la personnalité tellement complexe de Mathilde alors même que les apparences portent les projecteurs sur Lancelot et laisse dans l'ombre la timide Mathilde.

"Mais elle se promit à elle-même que jamais il ne découvrirait l'étendue de ses ténèbres intérieures, que jamais elle ne montrerait le mal qui l'habitait, qu'il ne connaîtrait d'elle que la lumière et le grand amour. Et elle voulait croire qu'il en serait ainsi toute leur vie."

Alors oui le thème est couru, et chacun sait que les apparences sont trompeuses, d'autant plus sous le vernis de ceux qui veulent imposer aux autres leurs brillantes réussites, mais Lauren Groff sait jouer des codes habituels pour nous mener au coeur du couple, dans son intimité la plus profonde. Porté par un style irréprochable, doté d'un souffle romanesque admirable, Les Furies a été choisi à juste titre comme meilleur roman de 2015 par Barack Obama, et fut le succès littéraire de l’année aux États-Unis.

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier ; Points

D'autres avis : Télérama ; France Inter ;

Blogs : Nadège ; Papillon ; Cuné et Cathulu 

Interview de Lauren Groff Humanité

 

Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio

tous les livres sur Babelio.com
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Eté de Mons KALLENTOFT

Publié le par Hélène

                                                ete-mons-kallentoft.jpg

 ♥ ♥

Un roman policier efficace 

  L’auteur :

 Mons Kallentoft est né en 1968 en Suède. Journaliste et auteur, il a déjà publié cinq romans qui ont reçu de nombreux prix. Été est le deuxième volume de la tétralogie des Quatre Saisons. Le premier, Hiver, est disponible en Points.

 L’histoire :

Linköping se consume sous le soleil brûlant. C’est l’été du siècle en Suède. De quoi perdre la raison, pense l’enquêtrice Malin Fors. Une adolescente est retrouvée nue dans le parc municipal, hagarde ; une autre, assassinée. Seul point commun : une peau irréellement propre. Pervers prudent ou rituel de nettoyage ?

 Ce que j’ai aimé :

 Les problématiques mises en place liées au délitement de la société apportent au roman une profondeur sociologique, psychologique : les prégugés sexistes et racistes se taille une part du lion dans un pays surtout connu pour son image lisse de société idéale...

 Mons Kallentoft évoque ici encore, comme dans son précédent opus Hiver l’influence des traumas de l’enfance sur les êtres et met en lumière les séquelles que peut laisser en l'être humain une enfance violente ou traumatisante.  

L'auteur s'ingénue à laisser des parts obscures dans l'histoire, il laisse des questions en suspens comme pour mieux souligner les pouvoir puissant de l'imagination capable de combler les vides et d'apporter des réponses partielles...

 Ce que j’ai moins aimé :

- L’appellation du « Mal » pour désigner le tueur est un peu trop manichéenne et grandiloquente à mon goût...

 - La quatrième de couverture dévoile un élément de l'intrigue qui ne se produit pourtant que dans la dernière partie du roman.

 Premières phrases :

 « Je ne vais pas te tuer, mon ange d’été, je vais seulement t’aider à renaître.

Tu dois retrouver la pureté de l’innocence. La saleté des vieilles histoires doit être évacuée, le temps doit se trahir et il ne doit rester que le bien. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Hiver

 D’autres avis :

Kathel Canel, Cathulu Emeraude Paul Arre ; Clara http://fibromaman.blogspot.fr/2012/05/mons-kallentoft-ete.html

 Presse : Télérama  

 

Eté, Mons Kallentoft, traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss, Le serpent à plumes,  2010, 440 p., 24 euros

POCHE : Eté, Mons Kallentoft, traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss, Points, mai 2012, 408 p., 7.60 euros

 12 d'Ys

challengeQuatreSaisons

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Une bouche sans personne de Gilles MARCHAND

Publié le par Hélène

"La vie n'est ni belle ni laide, je trouve plutôt qu'elle est originale."

Le narrateur est comptable dans une entreprise lambda et passe sa journée caché dans ses chiffres à éviter toute velléité de contact avec ses collègues. Il retrouve chaque soir dans un café ceux qu'il considère comme ses amis : Sam, Thomas et Lisa, la serveuse. Il connait peu leur vie, mais a plaisir à les côtoyer tous les soirs. Un jour, il décide de se livrer davantage et de raconter peu à peu pourquoi il ne quitte jamais l'écharpe qui cache le bas de son visage. Il évoque alors son grand-père, Pierre-Jean, personnage atypique. Ce grand père "rêveur fantaisiste" racontait des histoires pour faire rire les jeunes femmes et rêver les petits garçons et souhaitait préserver son petit-fils du drame de son enfance.

"La vie est trop courte pour s'accommoder de tout ce qui va de travers. Il ne faut pas hésiter à rêver, les rêves c'est pas fait pour les chiens. Et c'est gratuit."

Petit à petit, sous la férule de son grand-père, le narrateur affronte ses souvenirs pour s'en affranchir, mais lui aussi décide de ne pas s'encombrer de la réalité, ni de la crédibilité, il transforme progressivement son présent pour oublier son passé "Il m'avait expliqué que si j'estimais que le monde n'était pas assez beau et que je n'étais pas en mesure de le changer, personne ne pourrait jamais m'empêcher de l'imaginer tel que je voudrais qu'il soit."

Ce beau conte aux accents fantasques nous emporte aux confins de la réalité, là où tout est plus supportable et admirable...

 

Présentation de l'éditeur : Aux forges de Vulcain ; Points

D'autres avis : Encensé par Noukette dont le billet est même plus beau que le roman ! ; Antigone 

 

Une bouche sans personne, Gilles Marchand, Points, 2016, 259 p., 7.40 euros

 

Sélectionné pour le prix du meilleur roman Points

 

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Zaï Zaï Zaï Zaï un road movie de FABCARO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

C'est une course absurde qui s'engage dés les premières pages : le fuyard, auteur de BD, a commis l'erreur impardonnable d'oublier sa carte de fidélité du magasin, il doit être appréhendé pour ne pas avoir respecter les règles de la société de consommation, mais il décide de prendre la tangente...

A travers ce scénario improbable, Fabcaro dresse un portrait décalé de notre société, cette fuite devenant le prétexte à pointer du doigt certains dysfonctionnements de notre système.

« Zaï zaï zaï zaï est un projet difficile à résumer, très burlesque, proche du nonsense britannique. Il s'agit de l'histoire d'un auteur de BD qui fait ses courses, mais n'a pas sa carte de fidélité du magasin. Pour cela, il va être poursuivi, mis au ban de la société... Là, on le voit aux prises avec un vigile. Il le menace avec un poireau et s'enfuit. C'est une scène d'action ridicule, complètement cheap. Cela me fait rire... Je souhaitais trouver le point de départ le plus absurde possible, pour créer un décalage constant avec mon vrai propos. Car ce livre est le plus politique parmi ceux que j'ai publiés jusqu'à présent ! J'y parle indirectement beaucoup de tolérance, d'acceptation de l'autre. J'ai choisi de mettre en scène un auteur de BD, ce qui m'a permis d'utiliser mes propres traits, et de souligner la précarité grandissante de ce statut. »

Tout passe au tamis de son point de vue décalé, que ce soit les médias comme avec ce témoignage des voisins dirigé par des questions orientées :

"Diriez-vous que c'est la stupeur ?

- Oh oui, ici, c'est la stupeur

- Diriez-vous que vous sentez un climat d'insécurité croissant ?

- Oh oui, on sent un climat d'insécurité croissant.

- Une forme de ras-le-bol... Aussi j'imagine ?

- Oh oui, une forme de ras-le-bol...

- Perdu, j'avais pas dit "diriez-vous"

- Ah ah l'enculé."

Le système ridicule de consommation qui mène à l'absurde en prend aussi pour son compte :

Le récit est également émaillé de réflexions toute philosophiques : "Au revoir Sophie. C'est fou comme la vie est un long chemin d'où partent plusieurs petits chemins et suivant les chemins qu'on prend,on va ailleurs que là où on serait allé si on avait pris l'autre chemin tu trouves pas ?"

Ses personnages variés représentent tous les êtres que l'on peut rencontrer, avec leurs contradictions, leur folie, leur absurdité. Dans ces pages on croise un conducteur individualiste, des intervieweurs aux postures très travaillées mais aux propos vides de sens, des personnes qui utilisent des citations de grand-mère "les pierres n'ont pas toujours la même ombre" que personne ne comprend, un fuyard idéaliste, un groupe de gospel sorti de nulle part, des adolescentes excessives...

Bref, c'est une joyeuse débandade que cet album jubilatoire à lire de toute urgence !

 

Présentation de l'éditeur : 6 pieds sous terre

D'autres avis : Babélio

 

Cette BD a reçu de nombreux prix :

Coup de coeur du jury du prix Landerneau 2015

Prix Libr'à nous 2016 (BD adlute)

Grand prix de la critique ABCD 2016

Prix SNCF du polar BD 2016

Prix des libraires de BD 2016

 

Zaï, Zaï, ZaÏ, FABCARO, Six pieds sous terre, mai 2015, 13 euros

 

La BD de la semaine est chez Stephie !

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Hier d’Agota KRISTOF

Publié le par Hélène

                                               hier.jpg

 ♥ ♥ ♥

 « Hier tout était beau

La musique dans les arbres

Le vent dans mes cheveux

Et dans tes mains tendues

Le soleil. »

  

L’auteur :

 

Agota Kristof, est née en 1935 à Csikvand / Hongrie. Elle vit depuis 1956 en Suisse romande. Elle a d'abord travaillé dans une usine où elle a appris la langue de sa patrie d'élection, avant de se faire un nom comme écrivaine de langue française. Son premier roman Le grand Cahier publié en 1987 a connu un grand succès et a été honoré du titre Livre Européen. Elle s'est éteinte la semaine dernière.

 

L’histoire :

 

Aujourd’hui recommence la course imbécile. Se lever à cinq heures, prendre le bus, pointer, percer toujours le même trou dans la même pièce. Et gagner juste assez d’argent pour manger, habiter quelque part, être en mesure de recommencer la course, demain.

Pour que demain soit différent, il faudrait qu’apparaisse enfin Line, la femme idéale dont rêve Sandor Lester depuis qu’il a quitté son pays natal. Alors, il y aurait un avenir possible dans lequel Sandor deviendrait écrivain sous le nom de Tobias Horvath.

Mais, ce jour-là, ce n’est pas l’avenir qui monte dans le bus. C’est Line, la vraie Line surgie du passé, de ce temps où Tobias Horvath n’était pas un pseudonyme mais un enfant bien réel et qui croyait encore au futur… (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Hier est un récit court comme un coup de poing, et long comme un hurlement de douleur qui ne peut s’achever que par la mort. La seule échappatoire pour Tobias est  le rêve, le souvenir idyllique d’un amour pur d’enfant, nimbé d’une auréole de sursis dans un monde  rendu glacial par la pauvreté. Mais si hier peut s’immiscer dans le présent, il porte néanmoins les stigmates de cette période troublée. Ce qui restait tapi dans l’ombre de l’enfance innocente peut éclater comme un cauchemar à l’heure de la  maturité, anéantissant tout espoir  et terrassant un  sentiment déjà agonisant.

 Agota Kristof nous parle de la vie de ces réfugiés pour qui la désillusion est âpre, mais elle nous conte aussi l’incapacité de certaines personnes, marquées par un passé douloureux,  à vivre dans un monde inadapté.

 Hier est un récit puissant sur l’espoir et son corollaire, le désespoir…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          C’est un roman profondément désespéré…

 

Premières phrases :

 

« Hier, il soufflait un vent connu. Un vent que j’avais déjà rencontré.

C’était un printemps précoce. Je marchais dans le vent d’un pas décidé, rapide, comme tous les matins. Pourtant j’avais envie de retrouver mon lit et de m’y coucher, immobile, sans pensées, sans désirs, et d’y rester couché jusqu’au moment où je sentirais approcher cette chose qui n’est ni voix, ni goût, ni odeur, seulement un souvenir très vague, venu d’au-delà des limites de la mémoire. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Là où vont nos pères de Shaun TAN

 

D’autres avis :

 

Le matricule des anges nous propose une interview de l'auteure.

 

 Hier, Agota Kristof, Points, Points, 1995, 146 p., 4.95 euros

 

challenge voisins voisines

Publié dans Littérature Europe

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L'autre moitié de soi de Brit BENNETT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Mallard est une ville particulière dans le Sud de l'Amérique : les habitants sont tous afro américains, mais revendiquent leur peau si claire, que l'on ne peut deviner leurs ascendants noirs.

C'est là que grandissent les jumelles Vignes, qui ont assisté enfant au lynchage de leur père par les blancs. avant de la quitter pour affronter le monde. Mais Stella et Désirée ne suivent pas la même trajectoire : Stella décide de gommer ses origines noires et de couper tout contact avec cette famille, quand Désirée met au monde une petite fille noire et revient à Mallard sur les traces de son enfance.

Jusqu’où peut-on renoncer à une partie de soi-même ? Qui est-on réellement au fond de soi ? Brit Bennett, en mettant en scène deux jumelles, s'interroge sur l'identité, sur ce qui nous appartient en propre et sur ce que notre volonté façonne. Dans ce roman bien rythmé, qui s'attache aussi bien aux pas de Désirée, que à ceux de sa fille Jude ou encore de Stella, les points de vue s'affrontent, pour offrir une réflexion riche sur le sujet.

 

Présentation de l'éditeur : Autrement

Du même auteur : Le coeur battant de nos mères

Retrouvez ce roman dans votre librairie la plus proche

 

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Canada de Richard FORD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles que soient les évidences d'une vie, la personne qu'on croit être, ce qu'on a à son actif, ce dont on est fier, ce dont on tire sa force vitale, tout peut toujours arriver à la suite de tout et du reste." p. 362

Great Falls Montana 1960. Dell Parsons et sa soeur jumelle Berner ont 15 ans quand se produit un évènement sismique qui influence leur vie de façon irrémédiable : leurs parents braquent une banque et se font arrêter. Pourtant rien ne prédispose ce couple à commettre l'irréparable : leur père est un ancien de l'Air force et leur mère est institutrice. Si l'un a tendance à se lancer dans des combines peu claires, l'autre semble avoir les pieds sur terre, et pourtant, une spirale difficilement contrôlable les mène vers l'illégalité. Le talent de Richard Ford est de décrire pas après pas, minutieusement, comment les êtres peuvent atteindre un point de non-retour, alors que rien ne les prédisposait à suivre cette direction. Il prend son temps pour suivre ses personnages, les décrire, les aimer malgré leurs failles, et les accompagner vers l'irrémédiable, laissant leurs deux enfants démunis, définitivement marqués par la destinée tragique de leurs parents. 

"C'est fou jusqu'où va la normalité. On peut ne pas la perdre de vue pendant très longtemps, tel le radeau qui quitte la côte et la voit s'amenuiser. Telle la montgolfière, happée par un courant ascendant au-dessus de la Prairie, d'où l'on voit le paysage s'agrandir, s'aplatir et perdre ses contours. On s'en rend compte ou pas. Mais on est déjà trop loin, tout est perdu. A cause des choix désastreux de nos parents, la "vie normale" me laisse sceptique, en même temps que j'y aspire désespérément. J'ai beaucoup de mal à faire coexister l'idée d'une vie normale avec la fin qui fut la leur." p. 111

En quoi les évènements influencent-ils nos destinées ? Le jeune Dell, enfant ordinaire passionné par les échecs et les abeilles va devoir apprendre à se construire loin de cette normalité, en laissant derrière lui cet évènement terrible qui n'a comme origine "qu'une déviation infime de la vie quotidienne."  Ce petit rien transforme pourtant sa vie. Il échoue au Canada, auprès d'un homme trouble, Arthur Remlinger, auquel il souhaite s'attacher, pour retrouver un point fixe, pour garder l'espoir qu'une vie normale est possible, que le bonheur est encore à portée de mains. Et contre toute attente, sa destinée mystérieuse suivra son cours...

"Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-entend Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intéger en un tout où le bien ait sa place, même si, avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie, comme disait ma soeur. On essaie, tous autant que nous sommes. On essaie." p. 476

Nombre de réflexions philosophiques se cachent dans les instestices des phrases et de l'histoire, bien plus grave, intense et enrichissante qu'elle n'y paraît au premier abord. Les faits bruts ne parlent pas, c'est comment l'être se construit, ce qu'il en fait qui crée l'humain. De la même façon que le lecteur construit son roman à l'aune des évènements racontés. En s'interrogeant sur les ressorts de l'être humain, sur son mystère, Richard Ford nous offre avec ce Canada une belle leçon d'humilité " Pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi — de tout ce bois, le feu d'une vie. » 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier  ; Points

D'autres avis : Télérama ; France CultureL'express Bibliobs 

BabélioSylireKathelClaire Jeanne 

 

Canada, Richard Ford, Editions de l'Olivier, août 2013, 480 p., 22.50 euros 

Canada, Richard Ford, traduit de l'anglais (EU) par Josée Kamoun,  Points, août 2014, 504 p. 8.5 euros

 

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Une journée parfaite de Danny PARKER et Freya BLACKWOOD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Un bel album pour poétiser le monde
 Juste la journée ordinaire de trois enfants. Une somme de petits riens qui mis bout à bout forment une guirlande de bonheur. "Du vent, un cerf-volant, un fil pour le guider"

"Une soirée mystérieuse où l'on doit chuchoter

Une nuit toute douce et du temps pour rêver"

Les illustrations sont réalisées au crayon et à l'acrylique sur du papier à aquarelle, apportant légèreté et douceur à ces pages magnifiques qui chantent la liberté, la magie des instants suspendus portant en leur sein cette petite pointe d'ennui. 

Le bonheur n'est finalement pas plus que cela, juste une journée calme et sereine entourée de ceux que l'on aime ...

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : découvert chez Jérome ; Nadael  ; Mya Rosa

 

Une journée parfaite, Danny Parker et Freya Blackwood, Grasset Jeunesse, 2015, 13.9 euros

 

Publié dans Jeunesse Album

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Bilan de lecture - Prix du meilleur Roman Points

Publié le par Hélène

J'ai aimé :

Histoire du lion personne de Stéphane Audéguy

Derniers feux sur Sunset de Stewart O'Nan

 

Je suis mitigée :

Pékin pirate de Xu Zechen

Une bouche sans personne de Gilles Marchand

 

Je me suis ennuyée :

Eclipses japonaises de Eric Faye

Avant que les ombres s'effacent de Louis-Philippe Dalembert

Six degrés de liberté de Nicolas Dickner

 

J'ai détesté :

Je n'en ai pas parlé sur le blog, tant je n'ai pas apprécié ces lectures !

Pino CORRIAS Nous dormirons quand nous serons vieux

- Des dialogues ridicules

"- Je suis de marbre, chérie, mais à force de m'embrasser, tu vas finir par me faire venir des rides.

(...)

- Je n'ai que deux rides, connard. Et en général, je suis assise dessus. Tu veux vérifier ?"

- Un style déplorable qui s'autorise les questions comme : "Genre ?"

- Des personnages caricaturaux

Bref une lecture insipide !

 

Lucie ou la vocation de Maëlle Guillaud

Je n'ai pas apprécié le style, ni l'histoire,

Publié dans Prix littéraires

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