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Expiation de Ian McEWAN

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥ ♥

 Un chef d’œuvre appelé à devenir un classique du XXIème siècle…  

  

L’auteur :

 

Considéré comme l'un des écrivains britanniques les plus importants, Ian McEwan est lauréat de nombreux prix et membre de la très sélecte Royal Society of Literature. Remarqué dès son premier recueil de nouvelles 'Premier amour, dernier rite', il reçoit le prix Somerset Maugham en 1976. Découvert en France avec 'L' Enfant volé', Ian McEwan interroge dans ses oeuvres, parmi lesquelles 'Expiation' ou 'Délire d'amour', les questions de la sexualité, de l'inceste et du rapport ambigu entre les hommes et les femmes. L'écrivain rencontre l'un de ses plus grands succès avec 'Amsterdam', un ouvrage sur l'ambition et l'adultère qui alimente la controverse. Tourmentés par l'idée de la mort, les livres de McEwan traitent également des grands enjeux spirituels et scientifiques du monde moderne, notamment dans 'Samedi' qui met en scène un neurochirurgien confronté au deuil. Revenu à un univers plus intime avec 'Sur la plage de Chesil' paru en 2008, Ian McEwan s'impose comme une voix essentielle de la littérature contemporaine.  (Source : Evene)

 

L’histoire :

 

Sous la canicule qui frappe l'Angleterre en ce mois d'août 1935, la jeune Briony a trouvé sa vocation : elle sera romancière. Du haut de ses treize ans, elle voit dans le roman un moyen de déchiffrer le monde. Mais lorsqu'elle surprend sa grande sœur Cecilia avec Robbie, fils de domestique, sa réaction naïve aux désirs des adultes va provoquer une tragédie. Trois vies basculent et divergent, pour se recroiser cinq ans plus tard, dans le chaos de la guerre, entre la déroute de Dunkerque et les prémices du Blitz. Mais est-il encore temps d'expier un crime d'enfance ? Un roman dans la grande tradition romanesque, où Ian McEwan, tout en s'interrogeant sur les pouvoirs et les limites de la fiction, restitue, avec une égale maîtrise, les frémissements d'une conscience et les rapports de classes, la splendeur indifférente de la nature et les tourments d'une Histoire aveugle aux individus. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Expiation est un roman complet, admirablement bien construit. Il est divisé en trois parties bien distinctes : la première partie nous plonge dans un monde raffiné, ouaté, protégé au sein d'une grande propriété anglaise. En août 1935, une réunion de famille s'organise, chacun s'agite dans la chaleur caniculaire, la jeune Briony essayant d'accaparer toutes les attentions. Briony est une jeune fille qui joue sa vie, persuadée d'être au coeur d'un spectacle passionnant dont elle maîtrise parfaitement les rôles et les dialogues. Perdue par une imagination passionnée, elle peut aller jusqu'à s'imaginer reine de la soirée à l’enterrement de sa propre mère :

« Elle se voyait debout, seule, au milieu de la grande arène d’un immense Colisée, observée non seulement de tous les gens qu’elle connaissait, mais aussi de tous ceux qu’elle connaîtrait, toute la troupe de sa vie, rassemblée là pour la chérir dans son deuil. (…) Il fallait des témoins. » (p.214)

Petite personne égocentrique, elle a besoin d’être au centre des attentions, elle veut jouer le rôle principal quelle que soit la pièce. Cette aspiration à jouer les jeunes premières la conduira à commettre l’irréparable : pour que le monde qui l’entoure s’adapte à la « pièce de sa vie », elle va transformer la réalité et l’insérer dans son propre scénario.

« Tout collait. Elle le découvrait. C’était bien son histoire, celle qui s’écrivait autour d’elle. » (p. 220)

La deuxième partie du roman nous entraîne au cœur de le guerre, cinq ans plus tard, sur les traces de Robbie. Le monde a basculé et ce qui était stable vole en éclat. La culpabilité, thème phare du roman, est remise en question elle aussi, vivre cette guerre ne peut être que synonyme de culpabilité :

« Vous n’avez tué personne aujourd’hui ? Mais combien en avez-vous laissé mourir ? » (p. 345)

 Dans la troisième partie, nous retrouvons une Briony plus âgée, plus mûre et lucide, une Briony qui va chercher à expier ses fautes.

Mais l'ultime épilogue remet tout en question dans une magnifique virevolte orchestrée par les metteurs en scène de talent que sont Briony et l'auteur... Ce dernier nous mène vers une réflexion profonde sur le pouvoir de l'écriture et de l'écrivain, scénariste, metteur en scène, menteur et affabulateur.

« C’était la pensée, la perception, les sensations qui l’intéressaient, l’esprit conscient, comme une rivière à travers le temps, et la manière de représenter la progression de son cours autant que tous les aflluents qui la gonfleraient, et les obstacles qui la détourneraient. Si seulement elle avait été capable de décrire la lumière limpide d’un matin d’été, les sensations d’un enfant à une fenêtre, la courbe et le plongeon d’un vol d’hirondelles au-dessus d’un bassin. » (p. 370)

Grâce à une étude psychologique très fine placée sous l’égide de Bergson et de Virginia Woolf, Ian McEwan nous offre un chef d'oeuvre inoubliable.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

J’ai lu ce roman pour la première fois il y a 10 ans et à l’époque la partie concernant Robbie à la guerre m’avait semblé longue et violente. A ma deuxième lecture, elle m’apparaît comme totalement cohérente, s’inscrivant parfaitement dans l’ensemble magnifiquement construit du roman.

 

 Premières phrases :

 

« La pièce de théâtre – dont Briony avait conçu affiches, programmes, billets, construit la caisse à l’aide d’un paravent renversé et garni la boîte à monnaie de papier crépon rouge -, elle l’avait écrite en deux jours de furie créatrice, au point de sauter un petit déjeuner et un déjeuner. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Mr.Peanut d’Adam ROSS  

D’autres avis :

 

Karine, Choco Dasola,  Keisha,  Clara Manu

PRESSE : L’express  

 

Expiation, Ian McEwan, traduit de l’anglais par Guillemette Belleteste, Gallimard, 2003,

POCHE :  Expiation, Ian McEwan, traduit de l’anglais par Guillemette Belleteste, Folio, 487 p., 8.00 euros

 

 Billet réédité dans le cadre du blogoclub de juin 2013 

 blogoclub

Publié dans Littérature Europe

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Le roi Lézard de Dominique SYLVAIN

Publié le par Hélène

roi lézard

♥ ♥ ♥

 « I am the Lizard King

I can do anything »

 

L’auteur :

Dominique Sylvain est née le 30 septembre 1957 à Thionville en Lorraine. Elle travaille pendant une douzaine d’années à Paris, d’abord comme journaliste, puis comme responsable de la communication interne et du mécénat chez Usinor.

Pendant six ans, elle a vécu avec sa famille en Asie. Ainsi, Tokyo, où elle a passé trois ans, lui a inspiré son premier roman Baka ! (1995). Sœurs de sang et Travestis (1997 et 1998) ont été écrits à Singapour.

Elle habite actuellement à Tokyo et se consacre exclusivement à l’écriture. Ses treize romans ont tous été publiés dans la collection Chemins Nocturnes, aux Éditions Viviane Hamy.

 Son site : http://www.dominiquesylvain.com/

 

L’histoire :

Dans Le Roi Lézard, Louise Morvan élucide le mystère de l’assassinat de son oncle détective, Julian Eden, dont elle a hérité l’agence à la fin des années 70. En effet, le commissaire Serge Clémenti retrouve la piste de l’inspecteur Casadès qui avait été en charge de l’enquête et qui se l’était vu retirer sans raison apparente.

Alors que Clémenti et ses deux acolytes s’épuisent à débusquer le « killer des quais » qui assassine de malheureux SDF, Louise finit par rencontrer elle-même le répugnant Casadès qui lui distille des informations au compte-gouttes, brouillant ainsi les pistes...

 Attention : Ce roman est une version inédite de Travestis, roman de Dominique Sylvain paru en 1998. Ce livre épuisé, lui tenant particulièrement à cœur, l’auteur a souhaité en reprendre l’écriture avant la réimpression envisagée. De déconstruction en reconstruction (au point que même le meurtrier est un autre !) et compte-tenu de l’importance que prenait au fil de la narration, Jim Morrison, le chanteur de The Doors, il a fallu se rendre à l’évidence : il s’agissait là d’un roman différent. Un nouveau titre s’est alors imposé !

 

Ce que j’ai aimé :

 L’oncle de Louise Morvan évoluait dans les milieux artistiques des années soixante-dix et fréquentait notamment le club Rock and Roll Circus « un des clubs les plus dingues et les plus chics de Paris dans les années soixante-dix. » « Cette boîte attirait dandys en chemise à jabot, businessmen en smoking, et faisait renaître Saint-Germain-des-Prés de ses cendres. (…) Un grand escalier en pierre de taille, et enfin, les bouffées de Led Zeppelin, des Beach Boys ou de Clapton en live, les odeurs d’encens et de patchouli. Un sas vers un autre monde. » (p.45) Ainsi il a pu côtoyer producteurs de l’époque, chanteurs, et surtout le mythique Jim Morrison de passage à Paris à cette époque et habitué du Rock and Roll Circus. Certains racontent même que "le roi lézard" serait mort d’une overdose dans les toilettes de ce bar. Notre enquêtrice de choc Louise flirte avec ces personnages troubles, baignés dans un monde opaque, s’évaporant dans des volutes de drogue et de musique.  

 La belle Louise s’adapte parfaitement à cet univers, avançant à tâtons sur une ligne ténue tracée entre deux mondes : la moralité, une relation stable avec l’inspecteur Clémenti, un engagement, et l’attirance trouble pour ces êtres empreints de magie et de mystère, mais aussi de violence et de malheur. Louise oscille dangereusement, moulée dans l’image marquante de son oncle défunt.

 Dans ce paysage troublé, Paris est à la fois un refuge et un danger. L’auteur campe solidement son action dans la ville, comme si la belle capitale était à elle seule un autre personnage. De la Villette aux quais de Seine en passant par Pigalle, l'escapade parisienne fascine le lecteur-touriste témoin de l'enquête tonitruante de Louise.

 Et l'enquête me direz-vous ? Elle n'est que secondaire finalement, se fondant parfaitement dans l'atmosphère et le décor comme si elle faisait corps avec elle. Du grand art !

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Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

 « L’enfant s’ennuie ferme dans la Studebaker qui roule au milieu du désert, entre Albuquerque et Santa Fe. Le jour se lève. Tous somnolent, sauf le père – un officier de marine toujours concentré – et le gamin, qui a des fourmis dans les jambes. La route rectiligne tranche une interminable plaine de poussière ocre. L’enfant pense que les montagnes bleutées à l’horizon sont à des milliers de kilomètres, que ce voyage n’en finira pas. Mais il se trompe car, après des heures de monotonie, il se passe enfin quelque chose. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Passage du désir de Dominique SYLVAIN

Autre : les romans de Fred Vargas

 D’autres avis :

Blog : Moustafette

Presse : Le monde  

 

Le roi Lézard, de Dominique Sylvain, éditions Viviane Hamy, mars 2012, 300 p., 18,50 euros

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Une enfant de Poto-Poto de Henri LOPES

Publié le par Hélène

                                           enfant du poto poto

♥ ♥

 

L’auteur :

 

Né en 1937, Henri Lopès est un écrivain congolais (Brazzaville).Il a assumé de hautes fonctions politiques et administratives dans son pays (Premier ministre de 1973 à 1975) avant de devenir (depuis 1982) fonctionnaire international de l'Unesco à Paris. La récente parution de Le Lys et le Flamboyant aux éditions du Seuil complète un oeuvre jusque là composée d'un recueil de nouvelles (Les Tribaliques, Clé, 1971), et de cinq romans : La Nouvelle Romance (Clé, 1976), Sans Tam-tam (1977), Le Pleurer-Rire (1982), Le Chercheur d'Afrique (Seuil, 1989), et Sur l'Autre Rive (Seuil, 1992). Ses écrits réalisés au Congo révèlent les contradictions de L'Afrique indépendante ; elle évoque surtout le combat que l'individu mène contre les entités collectives en s'appuyant sur la lecture et le savoir. Son oeuvre parisienne très intimiste est une quête identitaire de ses principaux personnages à travers le temps. (Source : africultures)

 

L’histoire :

 

« À la une, la photo d'une foule en liesse... En bas, dans le coin gauche, quelqu'un lève deux doigts. C'est Pélagie. À sa gauche, c'est moi, Kimia... C'était le 15 août 1960. La nuit de notre Indépendance... Pour Pélagie et moi, il s'agissait plus d'une occasion de réjouissance que d'une date historique. » Suit le récit d'une amitié liant deux jeunes femmes que l'évolution de leurs pays va séparer un temps. Amitié profonde, complexe, sillonnée de rivalités, de jalousie et, surtout, mue par une indéfectible solidarité au cœur d'un monde divisé.


Entre Pélagie et Kimia, un Moundélé, comme on appelle les Blancs, là-bas ! Mais ne serait-il pas, lui aussi, un enfant de Poto-Poto ?... Doublant l'intrigue amoureuse, une plongée dans les consciences de trois êtres dont les identités se forgent à la fusion des boues et des glaises des sols d'Afrique et d'ailleurs. À contre-courant des clichés, l'auteur, à l'écriture dépouillée, rapide, cinématographique, nous offre trois palpitants destins en perpétuels dialogues.


De l'Europe aux États-Unis, ce trio fiévreux de passion et d'intelligence reste uni par une aspiration commune, le désir de s'assumer et de se dépasser, que traversent les parfums et les saveurs du Congo dans les rythmes des rumbas du pays bantou. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Toute la première partie du roman est consacrée aux dernières années de lycée des deux jeunes femmes que sont Pélagie et Kimia. Entre soirées dansantes, partiels aux sujets improbables ("Aux partiels de février, il sema la panique en nous faisant sécher sur un sujet dont le libellé fit penser à un canular : "Quelle est la teneur métaphysique du jaune, quel est le coefficient métaphysique du citron ?"" (p.122)), prétendants pas toujours désirables, rêves de départ pour la France, premiers amours, premières déceptions...

«Au Congo, on danse pour courtiser, pour célébrer la lune, la moisson, le nouveau-né, le mariage, on danse aussi pour exprimer sa tristesse. On danse pour prier. On danse pour pleurer ses morts. On danse pour se recréer, on danse pour dire sa mélancolie. Selon la manière dont on remue sa ceinture, la rumba exprime la joie ou le chagrin ».(p.103)

 

Elles sont surtout fascinée par leur professeur, métis plus noir que les congolais, homme brillant et passionnant, contesté, renvoyé, réintégré...

 

En toile de fond vibre l'indépendance du Congo, les violences inhérentes au nouveau statut du pays, les enlèvements discrets, les cannonades inexpliquées, un climat tendu et dur.

 

Pourtant, ce sont pour les jeunes femmes, les derniers jours paisibles qui ne demandent pas d'efforts, de ceux qui nous portent vers le futur sans grand trouble.

 

Vient ensuite le temps des choix, les départs vers l'étranger pour suivre des études qui éloignent inéluctablement les êtres de leurs amis et de leurs racines...

 

Avec simplicité et intelligence, Henri Lopès rend hommage à son pays et à ses jeunes filles pour qui tout commence et tout finit. Ce roman est aussi pour lui l'occasion de s'exprimer sur des sujets qui lui sont proches comme le métissage, l'amour, les femmes, son pays , ou encore le statut d'écrivain puisque la jeune Kimia devient elle-même écrivain et est amenée à assister à des rencontres avec ses lecteurs :



"Je ne crois pas au bien-fondé de ces rencontres. Elles aident peu à la vente des livres et sont une perte de temps pour les auteurs. Je n'y rencontre jamais les écrivains que j'admire. Aujourd'hui, c'est par les médias que l'on touche les lecteurs. C'est à notre personnage qu'on s'intéresse, pas à notre travail.
Le programme prévoyait l'animation d'ateliers d'écriture. Un exercice vain. L'écrivain est un artisan. Son métier s'apprend, mais pas dans une classe. Il n'est ni un cordon bleu ni un féticheur possédant des recettes et des pouvoirs secrets à transmettre. C'est en lisant qu'on apprend à écrire.
[...]
Pas d'atelier d'écriture ni de conférence ex cathedra. Je lirai mes textes. C'est l'unique introduction à tout débat fructueux. La meilleure.
Paresse ? Fantaisie ? Un peu des deux. Avant tout une intime conviction. La préparation de conférences disperse, mord sur le temps réservé à l'écriture, n'est pas dans la nature de l'artiste. Toute ma philosophie s'exprime dans mes romans. Mes gloses ne peuvent éveiller l'écho que mes romans font résonner en vous."  (page 204)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

La deuxième partie centrée sur la relation triangulaire entre Pélagie, Kimia et Franceschini est beaucoup plus classique et de fait moins passionnante et enrichissante...

 

Premières phrases :

 

« Certains nous appelaient les enfants dipanda, un mot forgé pour traduire indépendance en langue. J’avais alors dix-huit ans, Pélagie un peu plus.

J’ai conservé le numéro de Courrier d’Afrique qui relate les festivités de la nuit de dipanda.

A la une, la photo d’une foule en liesse. L’épreuve est de mauvaise qualité. En bas, dans le coin gauche, quelqu’un lève deux doigts. C’est Pélagie. A sa gauche, c’est moi, Kimia. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Photo de groupe au bord du fleuve de Emmanuel DONGALA

 

D’autres avis :

 

Presse : Le point L'Humanité  

 

Une enfant de Poto-Poto, Henri LOPES, Gallimard, Continents noirs, janvier 2012, 272 p., 17,50 euros

 

Merci aux Editions Gallimard.

 

Publié dans Littérature Afrique

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A mon âge, je me cache encore pour fumer de RAYHANA

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 « SAMIA - D’être avec vous comme ça, je me sens forte comme un homme.

NADIA - Une femme  Samia, une femme ! » (p. 103)

  

L’auteur :

 Née dans le quartier de Bab el-Oued à Alger, Rayhana a suivi les cours de l’École des Beaux-Arts puis de l’Institut national d’Art dramatique et chorégraphique (Inadc) de Bordj el-Kiffan, avant de rejoindre la troupe du Théâtre de Béjaïa alors dirigée par feu Malek Bouguermouh. Comédienne sur plusieurs pièces et films pour la télévision et le cinéma, Rayhana a fait ses premiers pas d’auteure et de metteure en scène avec Fita bent el alouane, une pièce pour enfants créée en 1992, avant de quitter l’Algérie pour la France. A mon âge, je me cache encore pour fumer est sa première pièce écrite en français.

 

L’histoire :

A mon âge, je me cache encore pour fumer est une tragi-comédie qui rassemble 9 femmes d’âges et de conditions diverses dans un hammam à Alger. Dans l’intimité de cet espace protégé de l’extérieur, les regards et les points de vue se croisent, entre pudeur et hardiesse, dans le dévoilement violent, ironique, drôle et grave, des silences refoulés de femmes qui se sont tues trop longtemps. Peu à peu se révèlent leurs destins particuliers, à travers des histoires qui ont marqué et modelé leur chair, dévoilant progressivement la violence politique, sociale et sexuelle d’une Algérie en proie à la corruption, à la misère et à l’intégrisme meurtrier. Un enfant s¹apprête à venir au monde et par instinct et nécessité, toutes, d’une manière ou d’une autre se lèveront pour protéger et défendre cet être nouveau, symbole de leur foi inébranlable en l’avenir. Neuf femmes,neuf destins entre rébellion, rêve ou soumission, réunis au coeur de la matrice, le Hammam, ou le combat contre l’oppression, la violence, la guerre, se panse entre fous rires et pleurs, secrets et exaltation.

 

Ce que j’ai aimé :

Parce que les femmes se retrouvent au hammam, les hommes sont exclus de l'espace de la pièce. Ils restent à la porte et ils auront beau cogner pour entrer, les portes de la féminité resteraont solides... Mais si ces hommes sont absents, ils sont de au coeur de toutes les conversations. Pour Samia, ils représentent l'espoir juvénile d'un amour torride et complet, pour les autres, ils sont bien souvent porteurs d'oppression et d'incompréhension. Latifa aura beau essayer de réconforter la jeune naïve en lui vantant les qualités de son propre mari, les hommes auront tout de même raison des rêves rosés de la jeune Samia qui n'en sortira pas indemne... 

Les dialogues sont calibrés, intelligents et teintés d'humour, comme ces femmes qui pointent du doigt les aberrations de leur pays mais y sont néanmoins viscéralement attachées comme le souligne Fabien Chappuis, metteur en scène de la pièce :

« Même si des évènements récents ont donné toutes les raisons objectives de partir, la patrie reste le lieu de nos origines, de l’histoire dont nous sommes le fruit, de l’histoire de nos parents, de notre enfance. Une patrie qui a été source de souffrance mais que l’on ne peut s’empêcher d’aimer profondément. Une histoire difficile mais qui reste, malgré tout, notre histoire. Si Rayhana condamne certains aspects de l’histoire récente de l’Algérie, le portrait qu’elle fait de ces femmes est pour moi une déclaration d’amour. » (Préface de Fabian Chappuis)

En témoigne la dernière scène :

« VOIX OFF DE SAMIA – Moi, je ne fais pas comme ma mère, je ne me frappe jamais la tête quand je suis triste. Moi, je vais en haut, sur la terrasse de notre immeuble blanchi à la chaux, à l’occasion du grand nettoyage pour accueillir le printemps. Chez nous tout est blanc ; Alger la blanche, c’est comme ça que l’appellent les amoureux. Depuis ma terrasse je regarde, la mer, là-bas, au loin, coincée entre deux immeubles blancs eux aussi. Parfois il y a des bateaux, on dirait des goélands géants, chargés de poissons encore vivants dans leurs ventres, et je pense aux jeunes qui, tout comme ces poissons, se cachent dans les entrailles des bateaux qui rejoignent la France…

De ma terrasse, je regarde les autres terrasses, où d’autres femmes suspendent le linge de toutes les couleurs, délavé par la force des mains ! Ca ressort mieux, qu’elles disent : dix pantalons, douze chemises, vingt culottes… et des foulards surtout des foulards qui souvent se détachent et s’envolent, emportés par le vent, attirés vers la mer eux aussi.

Il y a aussi d’autres filles suspendues à leurs terrasses. On regarde, on se regarde, on s’épie, on rêve… Puis d’un seul coup, en même temps, un cri attire notre attention vers la rue en bas, au pied de l’immeuble : (comme si elle commentait un match de foot) des enfants qui courent de partout, ils crient, ils gigotent, ils sautent… Et But ! L’équipe des enfants de l’immeuble de gauche vient de marquer un but à l’équipe de l’immeuble de droite avec leur ballon de fabrication locale, fait d’un sac poubelle bourré de vieux journaux que leurs pères ont fini de lire, et que leurs mères ont déjà utilisé pour faire briller les vitres. Les petites filles à côté, jouent à la mariée, elles font la fête, elles chantent tout en tapant sur les bidons d’huile en guise de derbouka, que leurs mères a essoré jusqu’à la dernière goutte dans le couscous familial de la veille.

Et puis d’un seul coup, des cris, des rires, des sourires et des youyous, des milliers de youyous à vous percer les tympans, des youyous de joie qui s’échappent de chaque immeuble, de chaque fissure, de chaque femme, de chaque gorge : l’eau est revenue !

A la fin de chaque pénurie on est tellement heureux ; et on en a des pénuries ! Il n’y a pas que de l’eau qui nous manque, l’électricité, la semoule, la patate et l’amour, surtout.

Moi je crois en l’amour.

C’est pour ça que je ne veux pas partir… »

Un magnifique cri d'espoir...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 D'avoir manqué sa représentation...

 

Premières répliques :

« FATIMA – Mon Dieu, qu’est-ce qui se passe !

MYRIAM – (essouflée et en pleurs ; elle parle en arabe) El Babe, aghelqui el bab, rabbi yiaychak eghelkiha !

Fatima se dirige vers la porte.

FATIMA – Ne crie pas, je vais la fermer cette porte ! (grognant, à elle-même) Il n’y a plus nulle part où l’on peut fumer tranquille dans ce pays… »

 

D’autres avis :

Jeune Afrique ; Marianne 

A mon âge, je me cache encore pour fumer, Rayhana, Les cygnes, décembre 2009, 11 euros

 

Publié dans Théâtre

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Ils ne sont pour rien dans mes larmes d’Olivia ROSENTHAL

Publié le par Hélène

ils ne sont pour rien dans mes larmes

 ♥ ♥ ♥

  « Le cinéma ouvre à une liberté qui est sans lieu, sans paroles, sans voix, c’est un véritable espace intérieur. » (p. 49)

 

L’auteur :

 Olivia Rosenthal a publié six récits (tous aux éditions Verticales) qui mettent aux prises des personnages obsessionnels, inquiets, décalés, avec un monde dans lequel ils ne se reconnaissent jamais tout à fait. Mes petites communautés (1999), Puisque nous sommes vivants (2000), L’Homme de mes rêves (2002) ou Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005) s’attachent aux formes étranges que prend la pensée d’un personnage quand, incertain de son identité, il est entièrement laissé à lui-même.

Olivia Rosenthal a également expérimenté des formes d’écriture plus directement adressées : fictions radiophoniques ou pièces de théâtre. Sa première pièce de théâtre Les Félins m’aiment bien éditée chez Actes Sud-Papiers a été mise en scène par Alain Ollivier au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis en 2005. Depuis elle a écrit deux autres pièces et travaille actuellement sur la part d’oralité que toute écriture recèle.
C’est dans cet esprit qu’elle s’est engagée dans des performances où elle dit en direct et en son nom propre des textes humoristiques, grinçants et décalés sur nos folies ordinaires. Ces textes écrits pour la scène en collaboration avec cinéastes, écrivains ou plasticiens, ont été présentés dans divers lieux artistiques et festivals (Lieu Unique à Nantes, festival des Intranquilles aux Subsistances, Ménagerie de Verre à Paris ou prochainement festival « Court toujours » à la Scène nationale de Poitiers).

Dans le cadre de ce travail qui associe l’écriture à des formes de lectures en direct, elle s’est engagée dans un projet sur l'« architecture en paroles ». Le premier volet est un récit-fiction réalisé pour le 104 : Viande Froide, aux éditions Lignes. Dans cette série toujours, elle a également publié Les Lois de l’hospitalité chez Inventaire-Invention.

Elle propose en mars 2012, dans la collection Minimales, Ils ne sont pour rien dans mes larmes, un récit morcelé qui explore les différentes relations, intenses et intimes, des personnages à leur film préféré. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

« Quel film a changé votre vie ? » C’est la question simple et vertigineuse que pose ce livre. Pour y répondre, quatorze voix singulières racontent comment le cinéma est entré par effraction dans leur existence. C’est un livre sur tous ceux qui fréquentent les salles obscures pour se rassurer, pour oublier, pour se divertir, pour comprendre, pour avoir peur. On y rencontre des acteurs, des couleurs et des sons, des histoires de famille, des exemples à suivre, des motifs de rupture, toute une intimité avec des images souvent anciennes qui, passées au crible de la mémoire, continuent à hanter nos esprits et nos corps.

On y apprend que l’art n’est pas nécessairement coupé de la vie et on se dit que c’est une information à retenir.  (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Les quatorze personnages qui s’expriment en ces pages ont un lien viscéral très fort avec le cinéma, ou à tout le moins, avec un film vu un jour un peu par hasard. Qu’il soit une claque monumentale, un miroir de nos émotions, qu’il offre une réponse à certaines questions et éclaire des zones d’ombre, qu’il densifie la vie, le film évoqué a laissé une marque indélébile chez le personnage qui en parle. Comme s'il s'était adressé directement à eux, par des voies mystérieuses :

 « Les enfants imaginent que leur père a quelque chose à leur dire. Ils imaginent que leur père n’arrive pas à le leur dire. Ils imaginent que le cinéma dira quelque chose à la place de leur père, que chaque film est une grande histoire parlée qui leur est directement adressée. Au lieu de regarder les images, ils écoutent et écoutent encore comme s’ils entendaient enfin la voix de leurs parents. » (p. 29)

 Le texte regorge d'aphorismes, de phrases lumineuses qui sonnent et résonnent en nous, lecteurs et spectateurs :

 « Quand on est habité par l’art cinématographique, on est plus fort que ses échecs, on croit qu’on pourra par sa seule générosité plier le monde à son désir. » (p. 41)

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Rouge de Krysztof KIESLOWSKI

Tout spectateur se souvient lui aussi d'une osmose parfaite entre lui et un film, il garde en lui la puissance d'une réplique, la force de larmes, la délivrance d'un rire. En cela, ce petit livre sans prétentions émeut profondément le lecteur et lui rappelle la force de cette émotion perdue. Olivia Rosenthal elle-même évoque dans une scène finale avec humour et sensibilité ses propres réactions devant Les parapluies de Cherbourg :

 « La première fois que je vois ce film

En compagnie de mon seul et unique amour

Et d’un couple d’amis

Je pleure tellement

Que je n’ose pas me lever

Ni regarder autour de moi

Ni parler

Et que je reste collée à mon fauteuil

Tête baissée

En faisant semblant d’être très occupée

A chercher quelque chose

Que je n’arrive pas à retrouver.

(…)

Avouer qu’on ne cherche pas ses clefs

Sous les fauteuils d’orchestre du dernier rang

Mais juste qu’on se cache

Pour pleurer

C’est sans doute pénible

Mais ça a l’avantage

D’être clair

Bien qu’à la vérité ça ne permette pas d’élaborer

Une analyse précise et poussée

Des raisons pour lesquelles on est à ce point-là

Affectée. » (p.100)

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Ce que chante Olivia Rosenthal à travers ces personnages n’est pas simplement un hymne au cinéma, mais bien un hommage poignant à la culture, à l’art qui transcende le réel pour mieux le pénétrer et l’imprégner. Cet art influe sur nos vies et dessine des trajectoires dans des destins humains, il est finalement indissociable de la vie même tant les fils qui tissent les fictions et la réalité sont entremêlés…

 

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

« J’ai le vertige.

Depuis que ma sœur s’est jetée par la fenêtre, j’ai le vertige.

Quand on se jette du septième étage d’un immeuble parisien, sans matériel particulier pour freiner sa chute, on le fait pour mourir.
Parachutes, deltaplanes, ballons, corde, mousquetons, aile, cape, filets, toiles, tapis, matelas
les moyens ne manquent pas d’éviter le pire
si donc on n’utilise pas tous les moyens pour survivre, c’est qu’on se jette pour mourir.

Je me penche, je vacille, je bascule, je lâche, je plonge, je me renverse, je chute, je tombe, je cogne, je percute, je me heurte, je me brise, je m’endommage, je me fracture, je me fracasse, je m’ouvre, je me défais, je me disloque, je me déchire, je me désagrège, j’éclate. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Que font les rennes après Noël

Autre : Nous aurons toujours Paris de Eric FAYE

 

D’autres avis :

Presse : Magazine littéraire  Télérama  L’express  

Blogs : Les 8 plumes  Antigone  

 

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal, Verticales, mars 2012, 109 p., 11.50 euros

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Arab jazz de Karim MISKE

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

Grand Prix de littérature policière 2012 

  L’auteur :

 Karim Miské est né en 1964 à Abidjan d’un père mauritanien et d’une mère française. Il grandit à Paris avant de partir étudier le journalisme à Dakar. De retour en France, il réalise depuis vingt ans des films documentaires sur des sujets aussi divers que la bio-éthique, les néo-fondamentalismes juifs, chrétiens et musulmans, en passant par la surdité (pour lequel il apprend le langage des signes).

Ses films sont diffusés sur Arte, France 2, Canal +, Channel four et bien d’autres chaines de télévision à travers le monde. En 1997, il publie dans l’ouvrage collectif Le livre du retour (éditions Autrement), un récit qui relate sa découverte du monde arabe, de l’Afrique et de l’Islam lors de son premier voyage en Mauritanie, à l’âge de quinze ans, ainsi que les rapports complexes qu’il entretient depuis avec les différentes composantes de son identité.

À partir de 2010, il écrit plusieurs tribunes sur la racialisation de la société française pour Rue 89 et Le Monde. Il tient à présent un blog, « Chronique des années dix », sur le site des Inrockuptibles. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 Dans le 19e arrondissement de Paris toutes les communautés, religieuses et ethniques, se côtoient au quotidien. Sushis casher, kebabs, restaurant turc – point de ralliement de tous les jeunes du coin –, la librairie d’occasion farcie de romans policiers jusqu’au plafond, coiffeur juif…

 Seul Ahmed Taroudant – qui a l’horrible privilège de découvrir le corps sanguinolent de sa voisine et amie, Laura Vignola, suspendu au-dessus de son balcon – se tient à distance de cette population cosmopolite : prisonnier d’une histoire personnelle traumatisante, rêveur, lecteur fou de polars… Il constitue le coupable idéal de ce crime abominable.

 Sa découverte l’oblige à sortir de sa torpeur et à collaborer avec le duo de la Crim’ désigné par le commissaire Mercator pour mener l’enquête sur le meurtre : le flamboyant lieutenant Rachel Kupferstein et le torturé lieutenant Jean Hamelot, fils d’un Breton communiste rationaliste, quelque peu égaré dans la capitale. Ensemble, ils ont toutes les cartes pour décrypter les signes et symboles de cette mort ignoble. S’agit-il d’un meurtre symbolique exécuté par un fou de Dieu issu des communautés loubavitch ou salafiste ? Qu’en est-il de l’étrange famille de Laura, originaire de Niort, qui étend son influence jusqu’à New York ? Et de l’apparition dans le quartier du « Godzwill » une nouvelle drogue redoutable ?

 La collaboration des meilleures amies de la victime, Bintou et Aïcha (les sœurs des caïds du quartier), Rebecca – partie à Brooklyn dans l’intention d’épouser un Juif orthodoxe –, avec les lieutenants Kupferstein et Hamelot se révèlera indispensable pour reconstituer la toile d’araignée gigantesque qui, de Paris à New York, tire ses fils entre réseaux de trafics de drogue et communautés religieuses… Arab Jazz, foisonnant, pétri de sons, de musiques et de parfums, est le premier roman de l’auteur : il en a fait un coup de maître. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Karim Miské est un professionnel de l’envol qui sait en quelques lignes nous plonger dans des univers parallèles dépaysant et planants. Son écriture unique, à la fois poétique et onirique,  résonne en parfaite adéquation avec le lieu bigarré dans lequel il place son intrigue. Dans ce 19ème arrondissement animé, se côtoient musulmans, chrétiens, juifs, pour le meilleur et pour le pire. Ahmed se tient à l’écart de cette foule et de sa vie, traumatisé par un évènement de son passé enfoui dans les limbes de son inconscient. Le meurtre de sa voisine va faire remonter les souvenirs honnis, et il n’aura d’autres choix que d’affronter ses démons qui sont aussi ceux du quartier.

 Les enquêteurs dévoyés dans ce nid vont se confronter à tous les fondamentalistes religieux : témoins de Jéhovah, musulmans extrémistes, juifs radicaux, manipulateurs experts capables d’abolir les volontés des plus faibles pour les rallier à leurs causes… Pour démêler les fils de cet imbroglio religieux, Ahmed leur sera d’une grande aide…

 Pour une fois les policiers ne sont pas des gentils blancs comme neige chargés de pourfendre le mal mais plutôt des êtres humains faillibles.

 Karim Miské fait preuve d’un art de l’esquisse dans la description de ses personnages laissant entrevoir les failles sans les sonder, densifiant les personnalités au fil des pages pour créer des silhouettes insaisissables, préservées.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 - Un peu confus vers la fin...

 Premières phrases :

 « Ahmed regarde les nuages dans le ciel, les nuages qui flottent là-bas, les merveilleux nuages.

Ahmed aime la poésie, pourtant il n’en connaît plus que des bribes qui lui reviennent fugitivement telles des bulles à la surface de l’âme. Souvent les vers arrivent seuls, sans auteur ni titre. »

 

Vous aimerez aussi :

 Passage du désir de Dominique SYLVAIN 

 

D’autres avis :

Presse : Lire  ; Télérama  

 

Arab Jazz, Karim Miské, Viviane Hamy éditions, mars 2012, 350 p., 18 euros

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Rue Darwin de Boualem SANSAL

Publié le par Hélène

                                              rue darwin

♥ ♥

« Le seul véritable inconnu, c’est soi-même. » (p. 46)

 

L’auteur :

 

Boualem Sansal est un écrivain algérien. Boualem Sansal a une formation d'ingénieur et un doctorat d'économie.Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère de l'Industrie algérien. Il est limogé en 2003 pour ses prises de positions critiques contre le pouvoir en place particulièrement contre l'arabisation de l'enseignement.

Son ami Rachid Mimouni (1945-1995), l'encourage à écrire. Boualem Sansal publie son premier roman Le Serment des barbares en 1999 qui reçoit le prix du premier roman et le prix des Tropiques. Son livre Poste restante, une lettre ouverte à ses compatriotes, est resté censuré dans son pays. Après la sortie de ce pamphlet, il est menacé et insulté1 mais décide de rester en Algérie. Un autre de ses ouvrages, Petit éloge de la mémoire est un récit épique de l'épopée berbère. Boualem Sansal est lauréat du Grand Prix RTL-Lire 2008 pour son roman Le Village de l'Allemand sorti en janvier 2008, roman qui est censuré en Algérie. Le 9 juin 2011, il remporte le Prix de la paix des libraires allemands.

Il habite près d'Alger.

L’histoire :

 

Après la mort de sa mère, Yazid, le narrateur, décide de retourner rue Darwin dans le quartier Belcourt à Alger, où il a vécu son adolescence. « Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu.

Son passé est dominé par la figure de Lalla Sadia, dite Djéda, sa toute-puissante grand-mère adoptive, qui a fait fortune installée dans son fief villageois – fortune dont le point de départ fut le florissant bordel jouxtant la maison familiale.

Né en 1949, Yazid a été aussitôt enlevé à sa mère prostituée, elle-même expédiée à Alger. Il passe une enfance radieuse au village, dans ce phalanstère grouillant d’enfants. Mais quand il atteint ses huit ans, sa mère parvient à l’arracher à l’emprise de la grand-mère maquerelle. C’est ainsi qu’il débarque rue Darwin, dans une famille inconnue. Il fait la connaissance de sa petite sœur Souad. D’autres frères et sœurs vont arriver par la suite, qui connaîtront des destins très divers.
La guerre d’indépendance arrive, et à Alger le jeune Yazid y participe comme tant d’autres gosses, notamment en portant des messages. C’est une période tourmentée et indéchiffrable, qui va conduire ses frères et sœurs à émigrer. Ils ne pourront plus rentrer en Algérie (les garçons parce qu’ils n’ont pas fait leur service militaire, les filles parce qu’elles ont fait leurs études aux frais de l’État algérien). Le roman raconte la diaspora familiale, mais aussi l’histoire bouleversante de Daoud, un enfant de la grande maison, le préféré de Djéda, dont Yazid retrouve un jour la trace à Paris.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Rue Darwin est le récit nostalgique d’un homme qui cherche des réponses à ses questions et décident de les résoudre maintenant qu’il n’a plus à se sacrifier pour les autres. Dans un style millimétré Boualem Sansal nous offre un texte puissant sur les origines et la vérité :

 

« C’est peut-être une loi essentielle de la vie qui veut que l’homme efface son histoire première et la reconstitue de mémoire comme un puzzle impossible, dans le secret, à l’aune de son expérience et après bien des questionnements et des luttes, ainsi et seulement ainsi il peut faire le procès du bien et du mal, ces forces qui le portent dans la vie sur le chemin de son origine. Vire serait donc cela, retrouver le sens premier dans l’errance et la quête… et l’espoir qu’au bout est le fameux paradis perdu, la paix simplement. » (p. 225)

 

-          Boualem Sansal est un écrivain censuré dans son pays pour ses opinions radicales sur l’islam et ses imams :

 

« La religion me paraît très dangereuse par son côté brutal, totalitaire. L'islam est devenu une loi terrifiante, qui n'édicte que des interdits, bannit le doute, et dont les zélateurs sont de plus en plus violents. Il faudrait qu'il retrouve sa spiritualité, sa force première. Il faut libérer, décoloniser, socialiser l'islam. »

« Finalement, aujourd'hui, je pense que c'est aux hommes du pouvoir de partir. On a trop cédé, il ne faut plus céder. » (Entretien avec Marianne PAYOT, l’Express, 24 août 2011)

 

Il évoque dans son roman ses prises de position ainsi que son rapport à la guerre :

 

« La guerre qui n’apporte pas une paix meilleure n’est pas une guerre, c’est une violence faite à l’humanité et à Dieu, appelée à recommencer encore et encore avec des buts plus sombres et des moyens plus lâches, ce ci pour punir ceux qui l’ont déclenchée de n’avoir pas su la conduire et la terminer comme doit s’achever une guerre : sur une paix meilleure. Aucune réconciliation, aucune repentance, aucun traité, n’y changerait rien, la finalité des guerres n’est pas de chialer en se frappant la poitrine et de se répandre en procès au pied du totem, mais de construire une paix meilleure pour tous et de la vivre ensemble. » (p. 108)

 

Il décrit notamment cette scène surréaliste durant laquelle Boumediene, en 1973 annonce dans un discours « plus il y a de morts, plus la victoire est belle. »  Et en déduit : « Je découvrais que les grands criminels ne se contentent pas de tuer, comme ils s’y emploient tout le long de leur règne, ils aiment aussi se donner des raisons pressantes de tuer : elles font de leurs victimes des coupables qui méritaient leur châtiment. » (p. 117)

 

Plus qu'un simple roman familial, Rue Darwin est un roman sur l'identité d'un être dans un monde difficilement habitable.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Je ne saurais dire exactement  pourquoi je n'ai pas été emportée par ce roman, mais il m'a manqué quelque chose, peut-être tout simplement un intérêt pour le sujet évoqué, je ne sais pas, un rien sans doute, qui fait que j'ai avancé péniblement dans cette lecture et que au final je ne m'y retrouve pas.

Ce qui ne m'empêche pas d'insister sur ses qualités indéniables...

 

Premières phrases :

 

« Tout est certain dans la vie, le bien, le mal, Dieu, la mort, le temps, et tout le reste, sauf la Vérité. Maiq qu’est ce que la Vérité ? La chose au monde dont on ne doute pas, dont on ne douterait pas un instant si on la savait. Hum… Ce serait donc une chose qui s’accomplit en nous et nous accomplit en même temps ? Elle serait alors plus forte que Dieu, la mort, le bien, le mal, le temps et le reste ?... mais devenant certitude, est-elle toujours la Vérité ? N’est-elle pas alors qu’un mythe, un message indéchiffré indéchiffrable, le souvenir de quelque monde d’une vie antérieure, une voix de l’au-delà ?

C’est de cela que nous allons parler, c’est notre histoire, nous la savons sans la savoir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le village de l’allemand

 

D’autres avis :

 

L’express

Marianne Desroziers ; Nina

 

Rue Darwin, Boualem SANSAL, Gallimard, août 2011, 17.50 euros

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Publié dans Littérature Afrique

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet de Reif LARSEN

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

 Reif Larsen a étudie à Brown University et enseigne actuellement à Columbia University, où il termine sa maîtrise en Fiction.

Il est également cinéaste et a réalisé de documentaires aux États-Unis, Royaume-Uni et en Afrique subsaharienne sur les étudiants qui travaillent dans le domaine des arts.
Il vit à Brooklyn.

 

L’histoire :

 T.S. Spivet est un enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, il reçoit un appel inattendu du musée Smithsonian lui annonçant qu'il a reçu le très prestigieux prix Baird et qu'il est invité à venir faire un discours. A l'insu de tous, il décide alors de traverser les Etats-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC... Mais là-bas personne ne se doute qu'il n'est qu'un enfant. Muni d'un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T.S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde... Notes, cartes et dessins se mêlent au récit avec un humour et une fantaisie irrésistibles. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

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        La première particularité de ce roman tient dans sa présentation : en parallèle du texte du jeune TS qui narre ses aventures rocambolesques, de multiples illustrations, réflexions, notes dignes des meilleurs carnets de scientifique…

 

 -          Cette famille est totalement atypique : en son centre TS qui passe son temps à tracer des cartes, des schémas, pour ordonner l’univers et brider sans doute des sentiments qu’il ne souhaite pas mettre à nu.

 

 « Qu’est ce qui faisait un adulte ? On est un vrai adulte si :

  1. On est toujours fatigué.
  2. On n’a pas hâte que ce soit Noël.
  3. On a très peur de perdre la mémoire.
  4. On travaille dur toute la semaine.
  5. On porte des lunettes de vue autour du cou et on oublie toujours qu’on porte des lunettes de vue autour du cou.
  6. On prononce les mots : « Je me rappelle quand tu étais grand comme ça » et on secoue la tête en faisant une UA-1, UA-24, UA-41, qu’on peut traduire grossièrement par « je suis très triste parce que je suis déjà vieux et que je ne suis toujours pas heureux. »
  7. On paie des impôts et on aime bien s’énerver avec d’autres adultes en se demandant « ce qu’ils peuvent bien faire avec tout le fric qu’on leur file. »
  8. On aime boire de l’alcool tous les soirs seul devant la télévision.
  9. On se méfie des enfants et de ce qu’ils peuvent avoir derrière la tête.
  10. On ne se réjouit de rien. » (p. 325)
  11.  

 Sa jeune sœur Gracie « une femme formidable » est liée très tendrement à TS, la mère est  « une entomologiste saugrenue qui cherchait depuis vingt ans une espèce fantôme de coléoptère –la cicindèle vampire, Cicindela nosferatie – dont elle-même doutait qu’elle existât vraiment » (p. 21), une mère aux conseils d’ailleurs souvent très judicieux…

 

 « « La prochaine fois qu’Angela Ashworth te dit quelque chose comme ça, réponds-lui que ce n’est pas parce que sa condition de petite fille dans une société qui fait peser sur ses semblables une pression démesurée afin qu’elles se conforment à certains critères physiques, émotionnels et idéologiques – pour la plupart injustifiés, malsains et tenaces – lui ôte toute confiance en elle qu’elle doit reporter sa haine injustifiée d’elle-même sur un gentil garçon comme toi. Tu fais peut-être intrinséquement partie du problème, mais ça ne veut pas dire que tu n’es pas un gentil garçon avec de bonnes manières, et ça ne veut absolument pas dire que tu as le sida.

-          Je suis pas sûr de pouvoir tout me rappeler, avait répondu Layton.

-          Alors, dis à Angela que sa mère est une grosse plouc alcoolique de Butte.

-          OK. » Avait dit Layton. » (p. 49)

 

Le père quant à lui est un  « dresseur silencieux et maussade de jeunes mustangs fougueux, c’était le genre d’homme à entrer dans une pièce et à marmonner quelque chose comme : « On peut pas couillonner une sauterelle » puis à partir sans autre explication, un cow-boy dans l’âme, visiblement né cent ans trop tard. » (p. 21)

 

 Et au-dessus de ce joyeux petit monde plane Layton, le frère disparu dont la perte marque profondément le jeune TS.  Ils sont tous farfelus, drôles et émouvants, marqués par cet univers scientifique sans doute hérité d’Emma, l’arrière-arrière-grand-mère de TS, l’une des premières femmes géologue de tout le pays.

 

Le jeune TS découvre son histoire dans un des carnets de sa mère et ce récit enchâssé rythme son voyage vers la capitale. 

 

 Ce roman fourmille de surcroît de réflexions éclairées sur divers sujets rythmées par les rencontres du jeune TS :

 

 « « Mais ce que je voudrais savoir, c’est comment on peut mettre toute sa foi dans un seul texte qui n’a jamais été révisé ni amélioré. Un texte est évolutif par nature. (…) Mais à mes yeux, on ne peut faire plus grand honneur à un texte qu’en le reprenant, en réexaminant son contenu et en se demandant : « Ceci est-il toujours vrai ? » Lire un livre puis l’oublier n’a aucun intérêt. Mais lire un livre et le relire, ce qu’on ne fait qu’avec les grands livres, c’est montrer qu’on a foi dans le processus d’évolution. » (p. 213)

 

 L’arrivée à Washington nous plonge dans un tout autre monde, bien loin du Montana et du ranch protecteur, le jeune TS est aux prises avec des adultes attirés par l’argent et le pouvoir bien plus que par l’avancée de la science.

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien

 

Premières phrases :

 

« Le téléphone a sonné un après-midi du mois d’août, alors que ma sœur Gracie et moi étions sur lavéranda en train d’éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s’était mis à manger du métal. »

 

blogoclub

 

Lu dans le cadre du Blogoclub que je remercie vivement pour m'avoir permis de découvrir ce livre que je n'aurais jamais ouvert sans elles...

 

Blog : karine , Cuné , Cathulu ,Keisha

 

Presse : Le point , Les Inrocks  

 

Il semblerait qu’une adaptation se prépare  

 

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal, Nils Edition - avril 2010 -374 pages, 21 euros

POCHE :  L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal, Le livre de poche, juin 2011, 7.50 euros

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Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

  oranges ne sont pas le seul fruit

♥ ♥ ♥ ♥

L’auteur :

 Jeanette Winterson est une romancière britannique.
Connue pour ses romans surtout Les Oranges ne sont pas les seuls fruits, cette romancière est née à Manchester et fut élevée à Accrington dans le Lancashire, au nord de l'Angleterre. 
Oranges est en partie autobiographique : elle raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent acidement humoristique. Adapté pour la télévision, il a eu un réel succès au Royaume-Uni. Il a été traduit en français et en plusieurs autres langues.
Elle est l'auteure de nombreux romans dont certains sont sortis en France notamment: "Arts et mensonges", "Ecrit sur le corps", "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", "Le sexe des cerises", "Le roi de Capri", "Garder la flamme" et "Pourquoi être heureux quand on peut être normal"... (Source : babélio)

L’histoire :

"Ma mère n'avait pas d'opinions nuancées. II y avait ses amis et ses ennemis. Ses ennemis étaient : le Diable (sous toutes ses formes), les Voisins d'à côté, le sexe (sous toutes ses formes), les limaces. Ses amis étaient : Dieu, notre chienne, tante Madge, les romans de Charlotte Brontë, les granulés antilimaces, et moi, au début." Les oranges ne sont pas les seuls fruits recrée sur le mode de la fable l'enfance de Jeanette, double fictionnel de l'auteur. A la maison, les livres sont interdits, le bonheur est suspect. Seul Dieu bénéficie d'un traitement de faveur. Ce premier roman nourri par les légendes arthuriennes ou la Bible célèbre la puissance de l'imaginaire. Tout semble vrai dans ce récit personnel mais tout est inventé, réécrit, passé au tamis de la poésie et de l'humour. Publié en 1985 en Angleterre, Les oranges ne sont pas les seuls fruits a connu un immense succès, devenant rapidement un classique de la littérature contemporaine et un symbole du mouvement féministe. (Présentation de l’éditeur)

Ce que j’ai aimé :

Dès les  premières pages, le ton est donné : Jeanette Winterson nous plonge dans sa vie de famille pentecôtiste avec un humour et un ton décalé entraînant... Elle évoque sa mère, religieuse jusqu'au bout des ongles, personnage un peu fantasque prête à croire le premier pasteur qui passe et interprétant les épisodes de la Bible à sa façon... Les autres êtres croisés en ces pages sont tout aussi surréalistes, comme par ce pasteur Finch et son vieux van :  

« Sur les portes arrières et le capot, il avait inscrit en lettres vertes : ME PARADIS OU L'ENFER ?  AVOUS DE CHOISIR. (…) A l’intérieur, il y avait six sièges, pour que la chorale puisse voyager avec lui, avec suffisamment d’espace pour transporter les instruments d emusique et une volumineuse trousse de matériel de premier secours au cas où le démon tenterait de consumer quelqu’un.

« Qu’est ce que vous faites quand il y a des flammes ? avons-nous demandé.

J’ai un extincteur » a-t-il expliqué.

On a été très impressionnés. » (p. 116)

Parallèlement à ses souvenirs, le talent de conteuse de l'auteur, très prégnant dans son recueil "Garder la flamme", s'épanouit aussi ici : elle nous conte des légendes qui éclairent le roman d'une aura philosophique extraordinaire.  

« Elle était parfaite, parce que, en elle, ses qualités et ses forces s’équilibraient parfaitement. Elle était symétrique en tous points. La quête de la perfection, lui avait-elle dit, était en réalité une quête de l’équilibre, de l’harmonie. (…) « C’est la clé du secret, avait-elle dit. Tout est là, dans cet équilibre premier et intime. » » (p. 92)

Derrière l'humour, se cache une critique virulente du fanatisme et de l'errance de la religion qui conduit cette mère adoptive à renier sa fille habitée par Satan parce qu’elle préfère les femmes aux hommes…

Face à tant d'épreuves, la force de cette jeune fille est admirable, l'auteur trouve le ton juste, tout en retenu, intelligent, clairvoyant, faisant mouche à chaque page...

Cette réécriture d'un passage clé de son enfance met en valeur le grand art de l'auteur qui, par l'écriture, nous conte une émancipation physique et intellectuelle prodigieuse...

Jeanette Winterson a réécrit récemment ce pan de son histoire dans Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? : 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, aujourd'hui réédité, est la version romanesque de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Le second a plus de force, une ampleur chronologique plus grande — il inclut notamment le récit des retrouvailles de l'auteur avec sa mère biologique, il y a tout juste quatre ans. Mais surtout la dimension médi­tative y est omniprésente. C'est cette réflexion protéiforme sur l'enfance, sur les origines, sur l'amour et le temps, qui, au-delà de l'énoncé des faits biographiques, donne au récit son épaisseur, sa belle et universelle valeur. Un prix qui a trait à la sincérité, au pardon, à la confiance. Osons le mot : à la foi en une possible rédemption. « On peut revenir en arrière. On peut reprendre les choses là où on les a laissées. On peut réparer ce que d'autres ont brisé. On peut parler avec les morts. »" — Nathalie Crom, Télérama

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien, je vais lire dans la foulée "Pourquoi être normal" tant j'ai aimé cette lecture !!

Premières phrases :

« Comme la plupart des gens, j’ai longtemps vécu avec ma mère et mon père. Mon père aimait regarder les combats de catch, ma mère, elle, aimait catcher : peu importe contre qui ou quoi. Elle était toujours prête à monter sur le ring. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

D’autres avis :

Lire 

 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Kim Tran, édition révisée par Hélène Cohen, Editions de l’Olivier, mai 2012, 234 p., 18 euros

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Publié dans Littérature Europe

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En cuisine avec Alain Passard de Christophe BLAIN

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

Une BD savoureuse...

 

L’auteur :

 

Christophe Blain naît en 1970 et se met à dessiner très vite. Mais pas de BD : pour les cases et les bulles, il a la flemme. Et il ne compte pas en faire un métier : "j'ai toujours dessiné, mais ça me semblait inaccessible. Les choses que j'aimais, j'imaginais à peine qu'elles étaient faites par des humains." Donc il essaie d'autres voies. Par exemple, trois semaines en fac de droit. Ça lui apprend au moins une chose : c'est "trop chiant" et le dessin est décidément la belle solution. Mais toujours pas la BD. À 17 ans, après avoir passé son enfance à potasser Lucky Luke et Tintin, il se détourne de la BD pour s’intéresser à la peinture. En 1989, il entre dans une école genre "arts appliqués". À l'époque, c'est très chic d'être directeur artistique dans la pub. Lui, il veut être dessinateur dans la presse et l'édition. Son prof lui demande : “Et tu veux faire barman le jour ou la nuit ?" Bref, il se fait virer. Puis, il passe un an aux Beaux-Arts de Cherbourg, immergé dans l'art contemporain "méchant", les sculptures conceptuelles et les mémoires sur Warhol ou Boltanski. Lui, ce qu'il aime, c'est Picasso, Lautrec, Bonnard, Serov, Repine, Gustave Doré et Daumier. En 1991, il part à l'armée avec l'idée d'en tirer un carnet de voyage sur la vie des troufions. Il se retrouve matelot. Comme Guibert dans Le Réducteur de vitesse, il est tout le temps malade, et comme Isaac sur son bateau pirate, il dessine tout ce qu'il voit. Il en ressort avec Carnet d'un matelot. (Le musée de la Marine est son musée préféré.). En 1997, il part sur une base scientifique au pôle Sud, en Terre Adélie. Il y vit un rêve de gosse : des camions, un hélicoptère et des manchots partout, comme des poules dans une basse-cour. Il en revient avec Carnet polaire. Entre-temps, sa rencontre avec Joann Sfar, Lewis Trondheim, David B. et Émile Bravo à l’Atelier des Vosges, lui a (enfin) donné envie de faire de la BD. Ils ont la même manière d'envisager le récit : l'intimisme et les complexités humaines glissés dans un cadre épique : ça devient presque une école. En 1999, après avoir dessiné sur les scénarios de David B., Sfar et Trondheim, il se met à écrire des histoires — l'une de ses préoccupations majeures étant: "Qu'est-ce que c'est, un mec bien?". Et il a le sens de l'émotion: à la fin du tome 2 d'Isaac le pirate, il tue Henri son personnage préféré. "Il fallait parce que si on tue quelqu'un dont on se fout, tout le monde s'en fout". Pour la suite de l'histoire, il hésite. "Quand j'ai commencé, je savais qu'Isaac allait revenir. Maintenant, je ne sais plus. Je veux qu'il continue le voyage, c'est tout." Et tout ça lui réussit : il récolte le Prix du meilleur album d’Angoulême en 2002 pour le premier tome d’Isaac le pirate. Ainsi, Blain continue de voyager pour recevoir les nombreux Prix qu'on lui décerne partout dans le monde, à Montreuil, Brive, Genève, Angoulême, Saint-Étienne, Vincennes, etc. Il poursuit Isaac le pirate aux éditions Dargaud (5 tomes à ce jour), et se destine à d’autres carnets de voyage. Dans la même collection, (« Poisson pilote »), paraissent les 3 premiers tomes de la série Socrate le Demi-chien et également les 3 premiers tomes de son autre série, Gus. En 2008, Blain s’essaie à la réalisation avec le clip vidéo du single Comme un manouche sans guitare de l'album éponyme de Thomas Dutronc. Il est également l'auteur de l'affiche du film Tournée de Mathieu Amalric en 2010. Il crée l’émoi dans toute la France avec son album Quai d’Orsay, en 2010. Aidé d’Abel Lanzac pour le scénario, ce dernier lui confie ses expériences au Ministère français des Affaires étrangères lors de l’ère Villepin, que Blain va retranscrire avec humour dans cette œuvre originale. En 2011, il réalise les illustrations de l'album "Je suis au paradis" de Thomas Fersen. Texte © Dargaud

 

L’histoire :

 

  Alain ne crie jamais. Lorsqu'il reprend un cuisinier, c'est sec et précis. Il a l'air décontracté puis il rentre soudain dans l'action. Il est rapide, tout à son geste. Lorsque le rythme s'accélère, il profite de l'énergie et de la tension. Il est totalement absorbé par sa cuisine, presque en transe.

Pendant plus de deux ans, Christophe Blain a suivi le chef trois étoiles Alain Passard (L'Arpège) du piano de ses cuisines à ses jardins potagers. Avec un sens de l'observation singulier, il nous livre le portrait passionnant d'un chef qui a su redonner aux légumes leurs lettres de noblesse. Un récit truculent et la découverte d'un personnage hors du commun. Avec 14 recettes inédites. (Présentation de l'éditeur)

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Ce que j’ai aimé :

En cuisine avec Alain Passard est un album qui nous plonge dans une vélléité de découvertes et d'apprentissages enrichissante : non seulement nous découvrons le métier de ce cuisinier hors pair, ses recettes, mais nous pénétrons aussi dans les coulisses d’un grand restaurant, avec ses habitués, ses clients hors du commun, ses coups de feu... 

La personnalité d’Alain Passard, amoureux de son métier, passionné, avide de découvertes, inventif, illumine les pages, son naturel puissant et passionné rend le récit terriblement vivant… Il est un esthète de la cuisine, un homme qui contemple la beauté intérieure des betteraves, s'émerveille devant un radis, aime la beauté des plats autant que leur goût, un homme pour qui travailler est un plaisir permanent lui permettant d'innover, d'inventer, d'embellir la vie ...

"- Tu ne prends jamais de vacances ?

- Jamais. Les vacances, c'est pour ceux qui travaillent."

Les recettes inédites qui crépitent au coin des pages sont variées : certaines très accessibles comme ces fraises aux "éclats" de berlingots à l'huile d'olive, d'autres plus pointues comme la fondue d'oignons blancs à l'oseille, fèves et chèvre frais, chutney de rhubarbe rouge. 

L’humour des dessins apporte la touche final à cet album goûtu, surtout quand l’auteur se peint lui-même en homme totalement soumis et conquis par la cuisine du grand chef.

 

Ce que j’ai moins aimé :

- Quelques passages m'ont semblé un peu longs et un peu techniques, notamment ceux avec le jardinier...

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques, tome 1 de BLAIN et LANZAC

Autre : Les ignorants de Etienne DAVODEAU  

 

D’autres avis :

Presse : L’express  ; Le point 

Blogs : Malivo 

 

En cuisine avec Alain Passard, Christophe Blain, Gallimard, mai 2012, 96 p., 17.25 euros

 

 BD Mango bleu

 

 Top-bd-2012

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