Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

420 résultats pour “ile du point némo

En cuisine avec Alain Passard de Christophe BLAIN

Publié le par Hélène

                                       en_cuisine_avec_alain_passard_bd_gallimard.jpg

 ♥ ♥ ♥

Une BD savoureuse...

 

L’auteur :

 

Christophe Blain naît en 1970 et se met à dessiner très vite. Mais pas de BD : pour les cases et les bulles, il a la flemme. Et il ne compte pas en faire un métier : "j'ai toujours dessiné, mais ça me semblait inaccessible. Les choses que j'aimais, j'imaginais à peine qu'elles étaient faites par des humains." Donc il essaie d'autres voies. Par exemple, trois semaines en fac de droit. Ça lui apprend au moins une chose : c'est "trop chiant" et le dessin est décidément la belle solution. Mais toujours pas la BD. À 17 ans, après avoir passé son enfance à potasser Lucky Luke et Tintin, il se détourne de la BD pour s’intéresser à la peinture. En 1989, il entre dans une école genre "arts appliqués". À l'époque, c'est très chic d'être directeur artistique dans la pub. Lui, il veut être dessinateur dans la presse et l'édition. Son prof lui demande : “Et tu veux faire barman le jour ou la nuit ?" Bref, il se fait virer. Puis, il passe un an aux Beaux-Arts de Cherbourg, immergé dans l'art contemporain "méchant", les sculptures conceptuelles et les mémoires sur Warhol ou Boltanski. Lui, ce qu'il aime, c'est Picasso, Lautrec, Bonnard, Serov, Repine, Gustave Doré et Daumier. En 1991, il part à l'armée avec l'idée d'en tirer un carnet de voyage sur la vie des troufions. Il se retrouve matelot. Comme Guibert dans Le Réducteur de vitesse, il est tout le temps malade, et comme Isaac sur son bateau pirate, il dessine tout ce qu'il voit. Il en ressort avec Carnet d'un matelot. (Le musée de la Marine est son musée préféré.). En 1997, il part sur une base scientifique au pôle Sud, en Terre Adélie. Il y vit un rêve de gosse : des camions, un hélicoptère et des manchots partout, comme des poules dans une basse-cour. Il en revient avec Carnet polaire. Entre-temps, sa rencontre avec Joann Sfar, Lewis Trondheim, David B. et Émile Bravo à l’Atelier des Vosges, lui a (enfin) donné envie de faire de la BD. Ils ont la même manière d'envisager le récit : l'intimisme et les complexités humaines glissés dans un cadre épique : ça devient presque une école. En 1999, après avoir dessiné sur les scénarios de David B., Sfar et Trondheim, il se met à écrire des histoires — l'une de ses préoccupations majeures étant: "Qu'est-ce que c'est, un mec bien?". Et il a le sens de l'émotion: à la fin du tome 2 d'Isaac le pirate, il tue Henri son personnage préféré. "Il fallait parce que si on tue quelqu'un dont on se fout, tout le monde s'en fout". Pour la suite de l'histoire, il hésite. "Quand j'ai commencé, je savais qu'Isaac allait revenir. Maintenant, je ne sais plus. Je veux qu'il continue le voyage, c'est tout." Et tout ça lui réussit : il récolte le Prix du meilleur album d’Angoulême en 2002 pour le premier tome d’Isaac le pirate. Ainsi, Blain continue de voyager pour recevoir les nombreux Prix qu'on lui décerne partout dans le monde, à Montreuil, Brive, Genève, Angoulême, Saint-Étienne, Vincennes, etc. Il poursuit Isaac le pirate aux éditions Dargaud (5 tomes à ce jour), et se destine à d’autres carnets de voyage. Dans la même collection, (« Poisson pilote »), paraissent les 3 premiers tomes de la série Socrate le Demi-chien et également les 3 premiers tomes de son autre série, Gus. En 2008, Blain s’essaie à la réalisation avec le clip vidéo du single Comme un manouche sans guitare de l'album éponyme de Thomas Dutronc. Il est également l'auteur de l'affiche du film Tournée de Mathieu Amalric en 2010. Il crée l’émoi dans toute la France avec son album Quai d’Orsay, en 2010. Aidé d’Abel Lanzac pour le scénario, ce dernier lui confie ses expériences au Ministère français des Affaires étrangères lors de l’ère Villepin, que Blain va retranscrire avec humour dans cette œuvre originale. En 2011, il réalise les illustrations de l'album "Je suis au paradis" de Thomas Fersen. Texte © Dargaud

 

L’histoire :

 

  Alain ne crie jamais. Lorsqu'il reprend un cuisinier, c'est sec et précis. Il a l'air décontracté puis il rentre soudain dans l'action. Il est rapide, tout à son geste. Lorsque le rythme s'accélère, il profite de l'énergie et de la tension. Il est totalement absorbé par sa cuisine, presque en transe.

Pendant plus de deux ans, Christophe Blain a suivi le chef trois étoiles Alain Passard (L'Arpège) du piano de ses cuisines à ses jardins potagers. Avec un sens de l'observation singulier, il nous livre le portrait passionnant d'un chef qui a su redonner aux légumes leurs lettres de noblesse. Un récit truculent et la découverte d'un personnage hors du commun. Avec 14 recettes inédites. (Présentation de l'éditeur)

en-cuisine-1.jpg

 

Ce que j’ai aimé :

En cuisine avec Alain Passard est un album qui nous plonge dans une vélléité de découvertes et d'apprentissages enrichissante : non seulement nous découvrons le métier de ce cuisinier hors pair, ses recettes, mais nous pénétrons aussi dans les coulisses d’un grand restaurant, avec ses habitués, ses clients hors du commun, ses coups de feu... 

La personnalité d’Alain Passard, amoureux de son métier, passionné, avide de découvertes, inventif, illumine les pages, son naturel puissant et passionné rend le récit terriblement vivant… Il est un esthète de la cuisine, un homme qui contemple la beauté intérieure des betteraves, s'émerveille devant un radis, aime la beauté des plats autant que leur goût, un homme pour qui travailler est un plaisir permanent lui permettant d'innover, d'inventer, d'embellir la vie ...

"- Tu ne prends jamais de vacances ?

- Jamais. Les vacances, c'est pour ceux qui travaillent."

Les recettes inédites qui crépitent au coin des pages sont variées : certaines très accessibles comme ces fraises aux "éclats" de berlingots à l'huile d'olive, d'autres plus pointues comme la fondue d'oignons blancs à l'oseille, fèves et chèvre frais, chutney de rhubarbe rouge. 

L’humour des dessins apporte la touche final à cet album goûtu, surtout quand l’auteur se peint lui-même en homme totalement soumis et conquis par la cuisine du grand chef.

 

Ce que j’ai moins aimé :

- Quelques passages m'ont semblé un peu longs et un peu techniques, notamment ceux avec le jardinier...

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Quai d’Orsay, chroniques diplomatiques, tome 1 de BLAIN et LANZAC

Autre : Les ignorants de Etienne DAVODEAU  

 

D’autres avis :

Presse : L’express  ; Le point 

Blogs : Malivo 

 

En cuisine avec Alain Passard, Christophe Blain, Gallimard, mai 2012, 96 p., 17.25 euros

 

 BD Mango bleu

 

 Top-bd-2012

Partager cet article
Repost0

Dernières nouvelles du Sud de Luis SEPULVEDA et Daniel MORDZINSKI

Publié le par Hélène

                                        dernières nouvelles du sud

♥ ♥ ♥

  Les auteurs  :

Portrait par Bernard Sesé à découvrir ici.

DERnieres-nouvelles-du-sud-AUTEURS--.jpg

 

L’histoire :

« Nous sommes partis un jour vers le sud du monde pour voir ce qu’on allait y trouver. Notre itinéraire était très simple: pour des raisons de logistique, le voyage commençait à San Carlos de Bariloche puis, à partir du 42e Parallèle, nous descendions jusqu’au Cap Horn, toujours en territoire argentin, et revenions par la Patagonie chilienne jusqu’à la grande île de Chiloé, soit quatre mille cinq cents kilomètres environ. Mais, tout ce que nous avons vu, entendu, senti, mangé et bu à partir du moment où nous nous sommes mis en route, nous a fait comprendre qu’au bout d’un mois nous aurions tout juste parcouru une centaine de kilomètres. Sur chacune des histoires passe sans doute le souffle des choses inexorablement perdues, cet «inventaire des pertes» dont parlait Osvaldo Soriano, coût impitoyable de notre époque. Pendant que nous étions sur la route, sans but précis, sans limite de temps, sans boussole et sans tricheries, cette formidable mécanique de la vie qui permet toujours de retrouver les siens nous a amenés à rencontrer beaucoup de ces «barbares» dont parle Konstantinos Kavafis. Quelques semaines après notre retour en Europe, mon socio, mon associé, m’a remis un dossier bourré de superbes photos tirées en format de travail et on n’a plus parlé du livre. Drôles d’animaux que les livres. Celui-ci a décidé de sa forme finale il y a quatre ans : nous volions au-dessus du détroit de Magellan dans un fragile coucou ballotté par le vent, le pilote pestait contre les nuages qui l’empêchaient de voir où diable se trouvait la piste d’atterrissage et les points cardinaux étaient une référence absurde, c’est alors que mon socio m’a signalé qu’il y avait, là en bas, quelques-unes des histoires et des photos qui nous manquaient. » Luis Sepúlveda, avant-propos du livre

 dernières nouvelles du sud vieille dame

Ce que j’ai aimé :

Dernières nouvelles du Sud est un récit touchant, l'amour des gens transparaît dans chaque mot, chaque phrase, chaque chapitre. Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski  sont des hommes qui aiment aller à la rencontre des autres pour mieux les comprendre, les entendre, écouter leur histoire et se laisser charmer par la magie des récits... Ils réussissent à communiquer cet amour profond de l'humanité avec intelligence et simplicité.

"Car dans le conglomérat de croyances qui constituent la foi d'un écrivain, il y en a une en laquelle je crois tout particulièrement : celle qui nous avertit du danger de confondre la vie qui coule au fil des pages d'un livre avec l'autre, celle qui bouillonne de l'autre côté de sa couverture. Lire ou écrire, c'est une façon de prendre la fuite, la plus pure et la plus légitime des évasions. On en ressort plus forts, régénérés et peut-être meilleurs. Au fond, et malgré tant de théories littéraires, nous autres écrivains nous sommes comme ces personnages du cinéma muet qui mettaient une lime dans un gâteau pour permettre au prisonnier de scier les barreaux de sa cellule. Nous favorisons des fugues temporaires." (p. 36) 

Les personnages croisés durant ce périple sont comme irréels, nimbés d'une aura surnaturelle créée par le pouvoir de l'écriture, et pourtant, ils sont vrais : se croisent une vieille dame qui fait fleurir les fleurs en les effleurant du bout des doigts,  les hommes du Patagonia Express, un passionné qui cherche le bois de son prochain violon, le shérif parti à la recherche de Butch Cassidy, et tant d'autres êtres devenus des personnages grâce aux auteurs du récit... 

Le style de Luis Sepulveda agit tel un tapis volant, faisant naître sous nos yeux un univers magique insoupçonnable et pourtant bien réel...

"Presque à la tombée du jour, nous avons quitté dona Delia. Nous l'avons vue jeter des grains de maïs aux poules, caresser le chien, se pencher pour redresser une tige, rentrer dans sa maison, fermer la porte et allumer une bougie qui a baigné d'or son unique fenêtre.

Le soleil se couchait sur l'autre versant des Andes, l'orchestre des grillons accordait ses intruments. Un jour mourait en Patagonie mais, à l'aube suivante, une vieille dame de quatre-vingt-quinze ans, qui avait fêté son anniversaire avec deux hommes des grands chemins, garderait la merveilleuse habitude de vivre." (p. 87)

Les photos sont en parfaite adéquation avec ce récit magique conçu comme un dernier hommage à ces hommes et femmes de cette région du bout du monde ...

 

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien 

 

Premières phrases :

 « Nous nous sommes mis en route sans savoir que la quila avait fleuri cette année-là. Cela n’arrive pas plus de trois fois par siècle et peut donc être qualifié de prodigieux. La quila est une variété de bambou andin qui pousse dans les ravins profonds de la cordillère. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  Le vieux qui lisait des romans d’amour de Luis SEPULVEDA

Autre :  Récits de voyage

 

D’autres avis :

 Presse 

Blogs :  8 plumes 

 

Dernières nouvelles du Sud, Luis Sepulveda et Daniel Mordzinski, traduit de l’espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, Métailié, avril 2012, 250 p. dont 80 photos, 20 euros

dernieres-nouvelles-du-sud-train.jpg

Publié dans Récits de voyage

Partager cet article
Repost0

Rencontre Babélio avec Janis Otsiemi

Publié le par Hélène

Jeudi dernier, Babélio organisait une rencontre avec Janis Otsiemi à l'occasion de la sortie de son nouveau roman Tu ne perds rien pour attendre dans le tout récent label de Plon : Sang Neuf dirigé par Marc Fernandez qui souligne "Nous en sommes sûrs, pour comprendre la société actuelle, il faut lire noir."

Voici de quoi il a été question :

La superstition en Afrique :

En Afrique, la frontière entre le réel et l'irréel est tangente, il est tout à fait courant d'entendre des histoires comme celle du fantôme pris en stop par Jean-Marc. Ce sont des histoires qui existent, des faits divers, des fantasmes, des rumeurs.

Le personnage de Jean-Marc :

Je voulais un personnage nouveau qui soit dans la justice mais rebuté par les pratiques du pays. En Afrique la notion de mérite n'existe pas en tant que telle. Il faut avoir des fétiches, des marabouts pour réussir. Par exemple si votre fils va passer le bac et a des difficultés en cours, vous ne faites pas appel à un professeur particulier, vous prenez le bic et les cahiers et vous vous rendez chez le marabout. Ainsi, l'esprit de l'ancêtre viendra habiter l'élève et écrira à sa place le jour du bac.

Au début je voulais choisir un journaliste mais ce n'était pas possible le journalisme n'est pas objectif là-bas, soit il dépend du pouvoir, soit de l'opposition.

Les femmes :

Un bon gabonais a toujours un deuxième ou troisième bureau, plusieurs femmes.

L'intrigue :

Les corses : L'histoire banale est un prétexte pour dénoncer. Les corses sont très présents au Gabon, ils sont dans les jeux, les machines à sous. Moi-même je travaille dans l'aviation d'affaires et mon chef est un corse -qui n'a pas encore lu le roman, je ne sais pas s'il va me garder après l'avoir lu !- Le Gabon est la deuxième patrie des corses.

Les jeux : Les gabonais jouent beaucoup. Dans leur extrême misère, ils espèrent gagner des millions, surtout les retraités. C'est une machine à lessiver les gens.

La drogue : l'ancienne route de la drogue passait par le Sahel mais avec le terrorisme, ils ne peuvent plus passer par là, ils passent par chez nous car de plus le régime est facilement corruptible.

Mon rapport avec la langue :

L'africain a un rapport particulier avec la langue française  : c'est une langue que nous avons reçu en héritage, ce n'est pas une langue nationale nous avons plusieurs dialectes en fonction des ethnies. Le français est alors devenu langue nationale. Mais le problème étant que avec ses relents gaulois cette langue française ne peut pas traduire la réalité dans laquelle je vis. Je triture le français, c'est une espèce de vengeance contre les colonisateurs, nous nous approprions leur propre langue. Par exemple motamoter signifie apprendre par coeur ou encore la sans-confiance est une babouche chinoise en qui on ne peut pas avoir confiance car elle peut vous lâcher à tout moment.

Notre langue est pleine de richesses, elle traduit notre vécu, notre réalité. Ce n'est pas pour paraitre exotique mais c'est MA langue.

Dans cet opus, mon travail sur le style est plus classique. En effet, j'ai été touché par les critiques qui me reprochaient auparavant une intrigue un peu faible. J'ai voulu privilégier l'intrigue cette fois-ci.

Libreville :

A Libreville le front de mer est beau, mais c'est l'intérieur qui m'intéresse, quelques encablures plus loin on rencontre le peuple de l'intérieur, qui vit dans la précarité et la misère. Personnellement j'habite les Etats-Unis d'Akébé, un quartier populaire.

Comment tout a démarré :

Mes copains ont dit que j'écrivais comme un bourgeois, mes amis m'ont demandé d'écrire quelque chose dans lequel ils pourraient se reconnaitre.

Le polar africain :

Le polar africain est calqué souvent sur le mode occidental avec des médecins légistes qui pourtant n'existent pas chez nous. je voulais un roman réaliste. Ce n'est pas la réalité à 100 % mais MA réalité, nourrie de mon imaginaire, de ma manière de voir les choses.

La prise de pouvoir de Bongo :

C'était difficile on se planquait tous... A cause de la susceptibilité de certains politiques africains, je m'autocensure. Je n'ai pas peur mais je protège aussi ma famille.

Par exemple un article est sorti dans le Point intitulé "Gabon maudit" qui a eu des conséquences, on m'a accusé de véhiculer une mauvaise image du Gabon. J'ai répondu que je n'étais pas fonctionnaire du tourisme.

Je crains des réprésailles, pour l'instant je ne suis pas inquiété par contre j'ai des pressions extérieures des voisins des collègues j'essaie de garder mon indépendance, je dis tout de même les choses.

Le rapport avec les services de la police ?

Pour les observer, je débarque dans leur commissariat et j'invente un histoire, je dis que mon frère a disparu, on m'envoie au sous-sol voir un enquêteur qui me laisse dans un coin le temps de régler d'autres affaires. L'enquêteur a encore une machine à écrire du temps de De Gaulle, il est là, il fait son truc, et j'observe.

Les bars

En Afrique, le Gabon et le Cameroun sont les pays où l'on consomme le plus d'alcool. mais on boit pour se saouler, non par goût comme en France. Par exemple le whisky frelaté marche bien chez nous.

L'édition au Gabon ?

Il existe quelques maisons d'édition à compte d'auteurs, mais cela reste rare. De même, il y a peu de librairies, il n'y a pas de réseau de distribution. Les librairies sont souvent des librairies scolaires, si je voulais diffuser mon livre là-bas je devrais le commander à perte en France. De fait pour être connu là-bas, un auteur doit être "blanchi" passé par la France. En plus le livre est cher, il n'y a pas de culture du livre.

Quand j'étais petit, je lisais des romans à l'eau de rose car j'avais neuf soeurs. Puis j'ai découvert "Le lac" de Lamartine et j'ai eu une révélation, j'ai appris à écrire en recopiant des pages de Balzac. La littérature m'a sauvé. Sans elle je serais peut-être devenu délinquant, bandit, dans les quartiers où j'ai grandi tout est fait pour que tu ailles dans le mur.

Mon parcours dans l'édition tient à une question de rencontres : j'avais publié un petit livre à compte d'auteur  et j'avais un blog de littérature africaine. Jigal a lu mon livre, m'a contacté et m'a demandé un manuscrit.

Ma vie là-bas :

Pour le moment j'ai fait le choix de rester au pays. Et puis "l'Afrique est un polar à ciel ouvert" Des histoires dingues nous arrivent en Afrique, si ton voisin meurt on peut t'accuser de l'avoir assassiné ! Pour moi c'est de la matière, c'est un filon en or.
 

Partager cet article
Repost0

Les yeux d’Elsa de Louis ARAGON

Publié le par Hélène

yeux-d-elsa.jpg

♥ ♥ ♥ ♥

 « Mon amour n’a qu’un nom c’est la jeune espérance » (Elsa-Valse)

L’auteur :

Après une brillante scolarité, Louis Aragon entame des études de médecine. Incorporé en 1917, il part pour le front où il rencontre André Breton. La guerre finie, il se consacre avec une énergie décuplée à l'écriture et publie 'Feu de joie', 'Mouvement perpétuel', ou encore 'Anicet ou le panorama'. Il participe à la création du mouvement artistique Dada, puis à la naissance du surréalisme qu'il théorise dans 'Une vague de rêve'. Sa notoriété ne cesse de s'accroître notamment avec 'Le Paysan de Paris'. En 1928, il rencontre Elsa Triolet : c'est le début d'un mythe largement mis en scène par ses protagonistes. Inscrit au Parti communiste dès 1927, Aragon s'engage dans la lutte politique et rompt définitivement avec Breton et les surréalistes. Journaliste à L' Humanité, il entame une nouvelle carrière de romancier avec le cycle romanesque 'Le Monde réel' (' Les Voyageurs de l'Impériale', 'Aurélien' ou encore 'Les Communistes'). Pendant la Seconde Guerre mondiale, Aragon devient l'un des poètes de la Résistance, célébrant l'amour absolu et l'action politique. Après la guerre, il fonde le Comité national des écrivains avec Jean Paulhan. Combats politiques et publications (' Le Fou d'Elsa') rythment la fin de sa vie. Se clamant 'réaliste socialiste', il prône l'avènement du communisme. Les dénonciations des atrocités commises sous le régime stalinien et la mort de sa compagne le désarçonnent mais n'altèrent en rien son credo : assimiler l'écriture à une quête de soi.


Présentation de l'éditeur :

A la gloire de la femme aimée, Aragon, le dernier poète courtois, a composé ses plus merveilleux poèmes " Ma place de l'étoile, à moi, est dans mon cœur, et si vous voulez connaître le nom de l'étoile, mes poèmes suffisamment le livrent. " Pétrarque a chanté Laure, Ronsard Hélène, Lamartine, Elvire, c'est à Elsa qu'Aragon donne ses poèmes qui sont au nombre des plus beaux chants d'amour qu'un poète ait écrits. La présente édition intègre la préface que Louis Aragon rédigea en février 1942, ainsi que trois textes en prose particulièrement éclairants " La leçon de Ribérac ", " La rime en 1940 " et " Sur une définition de la poésie ". Les Yeux d’Elsa est l'une des œuvres majeures de la poésie française.

Ce que j’ai aimé :

Aragon nous offre une poésie de l’engagement, pour lui il n'existe pas de dichotomie entre aimer et se battre : aimer Elsa c’est s’engager, libérer le pays des occupants ennemis.

Les yeux d'Elsa est à la fois un chant d’amour et un chant national « Mon amour n’a qu’un nom / C’est la jeune espérance » (Elsa-Valse)

Ni occupants ni collaborateurs ne pourront dissoudre l’identité nationale contenue dans les chansons populaires, aussi Aragon s'en inspire-t-il pour chanter son amour du pays et faire acte de résistance, il souhaite sauver le passé pour construire l’aveni. 

Chacun de ses poèmes est un long rappel douloureux de la défaite, de l'exode, puis de l'armistice, et de la coupure de la France. Mais si le Mal occupant peut freiner le tourbillon de la vie, la valse continuera malgré tout, Elsa continuera de tourner.

Par ce recueil, Aragon a conçu un pari un peu fou : tenter de susciter l’espoir  au moment où l’on touche le fond du désespoir :

« Ils ont la force et nous sommes le nombre

Vous qui souffrez nous nous reconnaissons

On aura beau rendre la nuit plus sombre

Un prisonnier peut faire une chanson. » (Richard Cœur De Lion)

louis-aragon-et-elsa-triolet-copie-1.jpg

«  La nuit plus que le jour aurait-elle des charmes
Honte à ceux qu'un ciel pur ne fait pas soupirer
Honte à ceux qu'un enfant tout à coup ne désarme
Honte à ceux qui n'ont pas de larmes
Pour un chant dans la rue une fleur dans les prés
(…)

Que ton poème soit l'espoir qui dit A suivre
Au bas du feuilleton sinistre de nos pas
Que triomphe a voix humaine sur les cuivres
Et donne une raison de vivre
A ceux que tout semblait inviter au trépas
Que ton poème soit dans les lieux sans amour
Où l'on trime où l'on saigne où l'on crève de froid
Comme un air murmuré qui rend les pieds moins lourds
Un café noir au point du jour
Un ami rencontré sur le chemin de croix
Pour qui chanter vraiment en vaudrait-il la peine
Si ce n'est pas pour ceux dont tu rêves souvent
Et dont le souvenir est comme un bruit de chaînes
La nuit s'éveillant dans tes veines
Et qui parle à ton cœur comme au voilier le vent
Tu me dis Si tu veux que je t'aime et je t'aime
Il faut que ce portrait que de moi tu peindras
Ait comme un ver vivant au fond du chrysanthème
Un thème caché dans son thème
Et marie à l'amour le soleil qui viendra »

 (Ce que dit Elsa)

Un magnifique chant d'amour pour Elsa, pour la France, pour la Résistance, contre l'oppression...

Ce que j’ai moins aimé :

 Quelquefois un peu hermétique.

Premiers vers :

« Tes yeux sont si profonds qu’en me penchant pour boire

J’ai vu tous les soleils y venir se mirer

S’y jeter à mourir tous les désespérés

Tes yeux sont si profonds que j’y perds la mémoire »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :Le roman inachevé

Autre : les poésies de Paul ELUARD

 

Les yeux d’Elsa, Louis ARAGON, Seghers, avril 2004, 15 euros

Publié dans Poésie française

Partager cet article
Repost0

Le dernier lapon d’Olivier TRUC

Publié le par Hélène

dernier-lapon

♥ ♥ ♥ ♥ 

 L’auteur :

 Journaliste depuis 1986, il vit à Stockholm depuis 1994 où il est le correspondant du Monde et du Point, après avoir travaillé à Libération. Spécialiste des pays nordiques et baltes, il est aussi documentariste pour la télévision. Il est l’auteur de la biographie d’un rescapé français du goulag, L’Imposteur (Calmann-Lévy).

 

L’histoire :

 L’hiver est froid et dur en Laponie. À Kautokeino, un grand village sami au milieu de la toundra, au centre culturel, on se prépare à montrer un tambour de chaman que vient de donner un scientifique français, compagnon de Paul-Emile Victor. C’est un événement dans le village. Dans la nuit le tambour est volé. On soupçonne les fondamentalistes protestants laestadiens : ils ont dans le passé détruit de nombreux tambours pour combattre le paganisme. Puis on pense que ce sont les indépendantistes sami qui ont fait le coup pour faire parler d’eux.

La mort d’un éleveur de rennes n’arrange rien à l’affaire. Deux enquêteurs de la police des rennes, Klemet Nango le Lapon et son équipière Nina Nansen, fraîche émoulue de l’école de police, sont persuadés que les deux affaires sont liées. Mais à Kautokeino on n’aime pas remuer les vieilles histoires et ils sont renvoyés à leurs courses sur leurs scooters des neiges à travers l’immensité glacée de la Laponie, et à la pacification des éternelles querelles entre éleveurs de rennes dont les troupeaux se mélangent. Au cours de l’enquête sur le meurtre Nina est fascinée par la beauté sauvage d’Aslak, qui vit comme ses ancêtres et connaît parfaitement ce monde sauvage et blanc.

Que s’est-il passé en 1939 au cours de l’expédition de P-E. Victor, pourquoi, avant de disparaître, l’un des guides leur a-t-il donné ce tambour, de quel message était-il porteur ? Que racontent les joïks, ces chants traditionnels que chante le sympathique vieil oncle de Klemet pour sa jeune fiancée chinoise ? Que dissimule la tendre Berit malmenée depuis cinquante ans par le pasteur et ses employeurs ? Que vient faire en ville ce Français qui aime trop les très jeunes filles et a l’air de bien connaître la géologie du coin ? Dans une atmosphère à la Fargo, au milieu d’un paysage incroyable, des personnages attachants et forts nous plongent aux limites de l’hypermodernité et de la tradition d’un peuple luttant pour sa survie culturelle. Un thriller magnifique et prenant, écrit par un auteur au style direct et vigoureux, qui connaît bien la région dont il parle.

rennes.jpg

 

Ce que j’ai aimé :

L'immersion dans un monde totalement différent du nôtre est immédiate et fulgurante : bienvenue dans la nuit polaire illuminée par quelques minutes d'ensoleillement courtes et intenses ("Jeudi 13 janvier. Lever du Soleil : 10h41 ; coucher du soleil : 12h15. 1h34 d'ensoleillement." p. 64)

Dans ces contrées éloignées, les policiers eux-mêmes ont une mission atypique : Nina et Klemet appartiennent à la police des rennes chargés de régler aussi bien les errements des rennes de troupeaux à troupeaux que les accidents :

"Nina avait rempli pour la première fois un constat d'accident de renne.  Elle avait été surprise de voir le formulaire spécifique où il fallait entourer sur le dessin du renne les parties où la bête avait été accidentée. " (p. 53) 

Mais ici comme ailleurs, la mort rôde et peut soudainement prendre ses aises : Mattis, éleveur de rennes est retrouvé mort. Ce qui ressemble au premier abord à un règlement de compte entre propriétaires de rennes se revèle finalement bien plus complexe : la disparition simultanée d'un tambour lapon densifie l'enquête et  aiguille les deux policiers vers un faisceau de pistes remontant à une expédition de Paul Emile Victor dans la région en 1939.

En s'intéressant aux chants lapons, les joïks qui permettent de perpétrer les histoires et traditions des peuples, ainsi qu'aux motifs dessinés sur les tambours, Nina et Klemet vont découvrir que sous la neige, se cachent des trésors attirant la convoitise universelle des hommes...

Le lecteur découvrira pour sa part une communauté divisée en quête de son identité : les samis "dernière population aborigène d'Europe" (p.134) en butte contre l'église suspicieuse face à leur chamanisme, et persécutés encore à notre époque par un racisme ordinaire...

Olivier Truc réussit à allier subtilement des données ethnologiques denses à une intrigue passionnante, et parvient ainsi à tenir le pari difficile de divertir tout en instruisant...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 -          Rien.

 

Premières phrases :

 « Aslak trébucha. Signe de fatigue. Normalement, ses pas trouvaient toujours. Le vieil homme n’avait pas lâché son paquet. Il roula sur lui-même. Le choc fut amorti par la couche de bruyère. Un lemming s’en échappa. »

 

Vous aimerez aussi :

Imaqa de Flemming JENSEN

D’autres avis :

Lire les billets de Michel, Yv, Dominique Keisha;  Dasola 

Presse 

 

Le dernier lapon, Olivier Truc, Métailié noir, septembre 2012, 456 p., 22 euros

Merci à Valérie des éditions Métailié.

 Un roman policier à chaudement recommander...

Partager cet article
Repost0

Que ma joie demeure de Jean GIONO

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Une seule étoile, dit Bobi.

- Où ?

Un petit point rouge, clignotant sur l'horizon, du côté du nord.

"Non, dit Jourdan, ça doit être une lampe dans la montagne.

- On pourrait s'y diriger dessus.

- A quoi ça servirait ? dit Jourdan.

(...)

"Ca servirait à aller vers une étoile qui est une lampe dans la montagne, dit Bobi. Pas plus." 

Sur le plateau provençal de Grémone Jourdan laboure son champ en pleine nuit, mû pour il ne sait quel instinct. Il sent que quelqu'un va venir et changer sa vie, chasser l'ennui. Et quelqu'un vient : Bobi, acrobate poète qui lui demande du tabac. Bobi va changer la vie des habitants du plateau en réveillant leur appétit de vivre. Désormais Jourdan refuse de faire du "travail triste" , il veut de la joie, parce que les hommes ont besoin de cette joie. Ainsi il décide de planter un champ de narcisses pour égayer le plateau et de prendre un cerf : 

"Aujourd'hui le cerf, c'était goûter le goût de l'hiver, de la forêt nue, des nuages bas, marcher dans la boue, entendre les buissons qui griffaient sa veste de velours , avoir froid au nez, chaud dans la bouche; Il se sentait libre et agréablement seul." p. 339

@france3 

De petits gestes aux grands rassemblements, les hommes apprennent le bonheur de l'inutile, ils reprennent leur juste place dans le grand ordonnancement de la terre, accordés aux rythmes des saisons et de la nature, dans une sorte de panthéisme cosmique : 

"Toujours, toujours, sans arrêt, parce que le sang ne s'arrête pas de battre, et de fouler, et de galoper, et de demander avec son tambour noir d'entrer en danse. Et il appelle, et on n'ose pas. Et il appelle, et on ne sait pas s'il faut... Et on a dans tout son corps des désirs, et on souffre. On en sait pas et on sait. Oui, vaguement on se rend compte que ce serait bien, que la terre serait belle, que ce serait le paradis, le bonheur pour tous et la joie. Se laisser faire par son sang, se laisser battre, fouler, se laisser emporter par le galop de son propre sang jusque dans l'infinie prairie du ciel lisse comme un sable." p. 189

Ils se font présents à eux-mêmes et au monde grâce à Bobi, figure christique pourvoyeur d'espérance, de solidarité, d'amour... 

Et pourtant, l'inquiétude continue de les ronger : 

"L'inquiétude. Toujours attendre. Toujours vouloir, avoir peur de ce qu'on a, vouloir ce qu'on n'a pas. L'avoir, et puis tout de suite avoir peur que ça parte. Et puis, savoir que ça va partir d'entre nos mains, et pus ça part d'entre nos mains. J'allais dire : " comme un oiseau qui s'échappe" non, comme quand on serre une poignée de sable, voilà. Ca, je crois que c'est obligé, qu'on l'a en naissant, comme les grenouilles qui en naissant ont une coeur trois fois gros que la tête." p. 254

La joie n'est-elle pas une utopie éphémère qui file entre les doigts de celui qui cherche à la retenir ? 

"Pourtant, des fois, le soir, seul au bord des routes, assis à côté de mon petit sac, en regardant venir la nuit, regardant s'en aller le petit vent dans la poussière sentant l'herbe, écoutant le bruit des forêts, j'avais parfois presque le temps de voir mon bonheur. C'était comme le saut de la puce : elle est là, elle est partie, mais j'étais heureux et libre." p. 265

Si la joie ne dure pas, elle est pourtant là, tout près, palpable dans des instants fulgurants qui transcendent l'être humain. 

"Il faudrait que la joie soit paisible. Il faudrait que la joie soit une chose habituelle et tout à fait paisible, et tranquille, et non pas batailleuse et passionnée. Car moi je ne dis pas que c'est de la joie quand on rit ou quand on chante, ou même quand le plaisir qu'on a vous dépasse le corps. Je dis qu'on est dans la joie quand tous les gestes habituels sont des gestes de joie, quand c'est une joie de travailler pour sa nourriture. Quand on est dans une nature qu'on apprécie et qu'on aime, quand chaque jour, à tous les moments, à toutes les minutes tout est facile et paisible. Quand tout ce qu'on désire est là." p. 427

Dans ce texte sensuel Giono revisite notre façon de voir le monde. Il propose une autre façon de travailler sans accumuler l'argent ou le pouvoir, en le partageant plutôt pour embellir l'environnement et les conditions de travail. La mise en commun presque communiste des champs permet d'évoluer. En changeant l'homme il sera possible de changer la société qui le régit et de rétablir un rappport harmonieux avec la nature même si cette entreprise utopique se heurte à l'égoïsme des hommes et au plaisir charnel. La liberté créatrice doit éclater. 

"Ce n'est pas vrai. S'il n'y avait pas de joie, il n'y aurait pas de monde. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de joie. Quand on dit qu'il n'y a pas de joie, on perd confiance. Il ne faut pas perdre confiance. Il faut se souvenir que la confiance c'est déjà de la joie. L'espérance que ça sera tout à l'heure, l'espérance que ça sera demain, que ça va arriver, que c'est là, que ça attend, que ça se gonfle, qua ça va crever tout d'un coup, que ça va couler dans notre bouche, que ça va nous faire boire, qu'on n'aura plus soif, qu'on n'aura plus mal, qu'on va aimer." p. 494

 

Présentation de l'éditeur : Livre de poche  ;  Grasset 

D'autres avis : Dominique 

 

Que ma joie demeure, Jean Giono, Le livre de poche, 1974, 6.60 euros

Partager cet article
Repost0

Conférence avec Scholastique MUKASONGA

Publié le par Hélène

Hier avait lieu une conférence avec Scholastique Mukasonga au centre des arts d'Enghien les Bains, avec la médiathèque George Sand d'Enghien 

Envahie par l'émotion, l'auteure a répondu aux questions avec le souffle court, comme si les mots ne pouvaient pas aller jusqu'au bout du souffle, comme si la suffocation créée par ce génocide l'empêchait de s'exprimer. L'écrit a sans doute permis de dire ce que la parole n'autorisait pas...

LES VOIX MULTIPLES DU RWANDA


Scholastique Mukasonga est née en 1956 au sud-ouest du Rwanda, dans la province de Gikongoro. En 1960, sa famille est déportée, avec d’autres Tutsi. Elle réussit à survivre en dépit des persécutions et des massacres à répétition. En 1973, elle part en exil au Burundi. Elle achève ses études d’assistante sociale et travaille pour l’UNICEF.

Animé par Pierre Edouard Peillon

 

Pouvez-vous nous présenter Notre Dame du Nil et Kibogo est monté au ciel ?

J'ai  écrit mon premier roman Notre Dame du Nil parce que j'avais une histoire à raconter, plus douloureuse que ce que ce que j'ai vécu. Cette histoire est inspirée de de ma propre expérience, j'ai créé ces personnages pour me décharger de cette histoire.

Kibogo se passe dans les années 40 que je n'ai pas connues. Je suis partie en quête du passé, j'ai consulté pour ce faire le livre du père Pagès et celui du père Delmas. J'ai alors découvert l'histoire de Kibogo déjà racontée par ma mère dans mon enfance. Il s'est sacrifié pour sauver son peuple de la sécheresse. Au Rwanda, à cette époque, colonisation et évangélisation avaient partie liée. En 1931, la destitution du roi Musinga qui refusait le baptême entraîna la conversion massive de la population. Souvent, ces baptêmes à la chaîne, pour beaucoup opportunistes, aboutirent à un syncrétisme qui constituait une forme de résistance. Le roman s'attache à montrer de façon satirique cette jonction difficile entre la culture ancestrale et l'évangélisation imposée.

 

Pourquoi ce passage de l'autobiographie à la fiction avec Notre Dame du Nil ?

Au départ je ne voulais écrire qu'un livre Inyenzi ou les Cafards,

Il s'agissait d'un devoir de mémoire, j'avais été choisie pour être la mémoire. Le drame du génocide est que l'on a des morts sans corps et sans sépulture. Inyenzi était un tombeau de papier, un lieu où je mettrai les miens. Je ne pensais pas écrire autre chose, j'écrivais juste pour sauver la mémoire, j'étais survivante, c'était comme un devoir.

J'ai souhaité publier à nouveau pour recruter d'autres gardiens de la mémoire. Vous, les lecteurs. L'écriture et les rencontres avec les lecteurs m'ont soulagée, il n'existe pas d'autre thérapie possible.

Après La femme aux pieds nus, hommage à ma mère, j'ai repris des forces, je revivais, parce que c'était un récit tendre, que j'ai écrit avec plaisir. Après je ne pouvais pas ne pas écrire.

Dans Inyenzi il y avait des passages que je n'avais pas pu écrire, dans Iguifou mon recueil de nouvelles, la première nouvelle est autobiographique, je ne pouvais pas parler de cette petite dans Inyenzi, j'en ai parlé dans la nouvelle.

Je voulais ensuite écrire un roman qui ne serait pas moi.

AInsi j'ai atteint la résilience.
 

Pourquoi ce choix du pensionnat dans Notre Dame du Nil ?

Ce pensionnat est comme un microcosme de tout le Rwanda, de tout ce qui va l'embraser. J'ai pris ce lycée pour montrer la préparation du génocide, ce huis clos montre que ce n'étaient pas des massacres mais un génocide, pas de la folie, mais un crime préparé.

 

Quelle est l'origine de votre nom ?

Au Rwanda, chaque nom a une signification. Le prénom n'a pas de sens, il est choisi pas le prêtre, mais le nom est donné par le père. Il y a un message dans le nom.

Maman a déjà eu une fille. Or les filles sont souhaitables au Rwanda pour l'ainée et la cadette : l’ainée parce qu'elle va seconder la mère, la cadette comme bâton de vieillesse. Alors Mukasonga veut dire "encore une fille", c'est un reproche à ma mère. Mais j'ai transformé mon nom avec tout ce que j'ai fait, cela signifie maintenant culminant, "muka" c'est "la femme de" et "songa" c'est "le point culminant  la haute colline", je ne suis plus la fille de trop mais celle qui a accompli sa mission.

 

Est-ce que vous vous imposez l'humour dans vos livres ?

L'humour fait partie de la tradition rwandaise, c'est l'élégance rwandaise. Les choses graves passent plus facilement surtout avec une histoire aussi lourde. Le lecteur saisit mieux le message.

De plus quand j'ai voulu publier, j'ai dû retravailler mes manuscrits, or quand on écrit sur le génocide on se doit de préserver les lecteurs pour qu'ils ne souffrent pas, C'est pour ça que dans chacun de mes livres il y a des plages de répit, de plaisir, par exemple j'inclus des recettes de cuisine.

 

Voyez-vous une embellie dans les relations franco rwandaises ?

Pendant longtemps il n'y a pas eu d'ambassadeur français au Rwanda, or il vient d'être nommé, c'est plutôt bon signe.

De plus le déplacement de notre président Emmanuel Macron le 27 mai 2021 était attendu depuis 27 ans. Sarkozy est venu en 2010, il a parlé d'"aveuglement", un mot peu clair pour nous. Mais cette fois-ci Macron a initié une commission pour chercher la vérité de ce qui s'est passé au Rwanda durant la présence de la France au Rwanda. Lors de son discours, il a dit "je viens reconnaitre les responsabilités accablantes et lourdes de la France pendant le génocide des tutsis au Rwanda". Il a dit utiliser le mot "nuit", il a dit "Seuls ceux qui ont traversé la nuit peuvent nous faire le don du pardon". Il a dit "Ibuka"  (souviens toi) puis  il a dit "Diibuka" (je me souviens), ça veut dire qu’il était là avec nous, c’est un bon début.

Maintenant nous attendons les actes, nous avons besoin de la communauté internationale. Il a inauguré le nouveau centre culturel francophone pour les trois pays des grands lacs, je suis française et rwandaise, je voudrais que ces eux pays se donnent la main.

Les rwandais attendent que la justice puisse se suivre aussi.

 

Que pense la jeunesse de ces rapports franco-rwandais ?

La jeunesse veut que la justice fasse le travail contre les génocidaires. Sans rancœur. Si la France avait réagi en 1994 il n'y aurait pas eu de génocide, des massacres sans doute mais pas de génocide. Nous ne sommes pas rancuniers, les jeunes veulent que la vérité soit dite et que les actes soient posés.

 

A lire : L'iguifou ♥ ♥ ♥ ♥ ; Notre-Dame du Nil ♥ ♥ ♥ ; Un si beau diplôme ♥ ♥ 

Publié dans Littérature Afrique

Partager cet article
Repost0

La nuit des femmes qui chantent de Lidia JORGE

Publié le par Hélène

nuit-des-femmes-qui-chantent

♥ ♥

« La fin naturelle de tous les épisodes collectifs, joyeux ou tragiques, ce sont des chansons. » (p. 228)

 

  L’auteur :

Lídia Jorge est née à Boliqueim dans l’Algarve en 1946. Diplômée en philologie romane de l’université de Lisbonne, elle se consacre très tôt à l’enseignement.

En 1970, elle part pour l’Afrique (Angola et Mozambique), où elle vit la guerre coloniale, ce qui donnera lieu, plus tard, au portrait de femme d’officier de l’armée portugaise du Rivages des murmures (Métailié, 1989).

La Couverture du soldat, 2000 a eu le Prix Jean Monnet 2000 (Cognac) Le Vent qui siffle dans les grues, 2004 a eu le Grand Prix du Roman de l’Association Portugaise des Ecrivains 2003, Premier Prix « Correntes d’escritas » 2004 (Povoa da Varzim, Portugal), Prix Albatros de la Fondation Günter Grass 2006 (Allemagne).

 

L’histoire :

1987. Cinq jeunes femmes autour d’un piano, cinq survivantes du naufrage de l’Empire colonial portugais, elles sont là pour chanter. Il y a Gisela, qui les a convoquées et va mettre toute son audace et son énergie à leur transformation en un groupe vocal qui enregistre des disques et se produit sur scène. Il y a les deux sœurs Alcides, Maria Luisa la mezzo-soprano et Nani la soprano qui sortent du conservatoire. Il y a Madalena Micaia, The African Lady, à la sublime voix de jazz, noire et serveuse dans un restaurant, et enfin la plus jeune, Solange de Matos. Elle a 19 ans, elle découvre la vie et la ville, elle n’a pas une grande voix mais un grand talent « pour les petites choses », elle compose des paroles de chansons inoubliables qui vont faire la gloire du groupe. Puis il y aura l’amour aérien et ambigu du chorégraphe international Jõao de Lucena.

Il y a les relations de pouvoir si particulières des femmes, les pressions psychologiques, la façon de tout sacrifier à la réalisation d’un objectif. Elles ont travaillé dans un garage, elles ont appris à chanter, à composer des chansons, à danser sur scène, à marcher comme on danse, elles ont enregistré un disque, et l’impensable s’est produit.
Vingt ans après, la télévision, le royaume de l’instantané, leur consacre une émission et elles se retrouvent là, entre émotion et mensonge.
Romancière au sommet de son art, dominant une langue raffinée et subtile pour aller au plus profond des sentiments et de l’histoire des changements d’une société, Lídia Jorge écrit ici un roman puissant et limpide.  (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 Pour Lidia Jorge les mots ont un pouvoir immense, celui non seulement d’enfanter un monde, mais aussi de recréer le monde.

  « Je m’associe à ceux qui pensent que narrer, quelles qu’en soient les modalités, est toujours une façon de perpétuer l’enfance du monde. » ( A propos de ce livre)

 Aussi Solange, la narratrice réécrit-elle l'histoire du groupe de chanteuses auquel elle a appartenu pour mieux comprendre leurs trajectoires, pour mieux cerner leurs personnalités, et pour mieux appréhender le drame qui les a ébranlées. 

"C'était le passé qui était imparfait, et pour ce qui s'y était produit s'adapte à la compréhension du présent, il fallait que le récit qu'on en ferait soit modifié. C'était tout. On ne pouvait même pas parler d'imagination. Non, il ne s'agissait pas d'imagination. Il s'agissait simplement d'une vérité différente." (p. 23)

Il faut, pour créer l'harmonie, la perfection, quelquefois travestir la réalité. Solange va revenir aux origines en avançant à tâtons, à la rencontre de personnalités marquantes comme Gisela, ou Joao, des êtres passionnés qu'elle approche avec douceur, dans un profond besoin de tolérance et de compréhension. 

« J’avais compris alors que le charisme pouvait être un flux qui aveugle et séduit en même temps. Qui provoque des oublis et des arrêts dans le temps, des hiatus irrécupérables, comme on le raconte des apparitions bienfaisantes. » (p. 113)

«  Gisela veut atteindre le domaine qui est le sien, connaître le pouvoir, le chemin menant au pouvoir, elle aspire à faire partie de cette force obscure qui va de l’avant seule, comme la pointe d’un diamant aveugle fendant le monde en vue d’un triomphe, quel qu’il soit. C’est pour ça qu’elle est si dangereuse. Elle semble ignorer que tout, qu’il s’agisse des armes ou des effets du pouvoir pour le pouvoir, tout un jour sera oublié. » (p. 309)

  Servie par un style poétique aux élans lyriques, cette histoire de chant et d'amour charme profondément l'âme et le coeur de ses mots envoûtants :

« Ma vie est un intervalle que je veux remplir de la matière la plus lumineuse qui existe dans ce monde. L’amour. » (p. 232)

  Ce que j’ai moins aimé :

-  J'aurais aimé que quelquefois Solange se fonde plus dans son récit, n'anticipe pas autant, de façon à nous plonger entièrement dans cette narration des années passées. Les verbes tels que "Je revois, "Je me souviens", ainsi que  l'emploi de l'imparfait mettent un frein à l'action.

   Premières phrases :

« Pendant deux jours de suite, le vent fustigea les arbres de la place des Fleurs, le dol fut jonché de feuilles et de brindilles, et toutes sortes d’objets qui avaient été cachés pour toujours au fond de sacs en plastique se montrèrent une dernière fois, roulant sur les pavés. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le vent qui souffle dans les grues

 

D’autres avis :

BLOG : Anis 

  PRESSE : 

LE NOUVEL OBSERVATEUR, Claire Julliard
« Dans ce roman sombre et poétique, la Portugaise Lídia Jorge envisage l’écriture comme un acte de rédemption » »

LA MONTAGNE, Daniel MArtin
« Le passé et ce que l’on en fait. Comment il se transforme, s’embellit ou non, au fil du temps, est une des grandes thématiques de Lídia Jorge, auteure portugaise d’une rigueur extrême, ce qui lui a permis de s’imposer comme une des grandes prosatrices dans le monde entier.

LE MATRICULE DES ANGES
Entretien à lire ici.

THE LION, Pierre Schavey
« Un roman qui fouille avec finesse la psychologie féminine, et peint avec justesse les rapports de personnalités qui s’affrontent au sein d’un groupe apparemment uni par la même ambition. Un roman qui chante et enchante »

M LE MAGAZINE
« Le Lisbonne de Lidia Jorge ». Lire l'article entier ici.

LIRE, André Clavel
« Un beau roman sur les rapports entre les femmes et, surtout, sur la magie de la musique, dont la grande dame des lettres portugaise montre qu’elle est à la fois un lien social, un instrument de libération et une fenêtre ouverte sur l’absolu »

LIVRES HEBDO
« La prose dense contient ici une nouvelle force d’envoûtement, boucle toujours hypnotique mais plus lisible, qui donne un de ses romans les plus fascinants.»

BOOKS
« La Nuit des femmes qui chantent est une parabole qui enseigne comment la vie a eu raison de notre optimisme et réduit nos aspirations en miettes, pour mieux les broyer.»

PSYCHOLOGIES MAGAZINE, Christine Salles
« Chanter pour exister, revendiquer sa place, s’affirmer ou simplement suivre le mouvement fut une expérience intense pour certaines… mais aussi un drame pour d’autres. Ce que ces femmes sacrifièrent, perdirent ou offrirent se dévoile lentement. Musique ou chant, ne choisissez pas : prenez les deux.»

VERSION FEMINA, Anne Smith
« Roman subtil à la voix originale. »

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES
« L’écriture délicate et nuancée exprime une grande palette de sentiments. »

FRANCE CULTURE, « Le rendez-vous », entretien avec Laurent Goumarre le 26 janvier 2011
Plus d'infos ici

FRANCE INTER, « L’humeur vagabonde », entretien avec Katleen Evin le 26 janvier 2011
Plus d'infos ici

FRANCE INTER, « Le 7/9 du weekend »,Patricia Martin
Plus d'infos ici

ESTUDOS LUSOPHONOS
Plus d'infos ici.

La nuit des femmes qui chantent, Lidia Jorge, traduit du portugais par Geneviève Leibrich, Metailié, 2012, 309 p., 21 euros

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

La promesse de l’aube de Romain GARY

Publié le par Hélène

promesse de l'aube

♥ ♥ ♥

 « Je prenais encore la vie pour un genre littéraire ; » (p. 352)

 

L’auteur :

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew est un romancier français originaire de Pologne septentrionale, unique double lauréat du Prix Goncourt.

Roman Kacew est le fils de Arieh Leib Kacew et de Mina Owczynska. Kacew est le deuxième époux de la mère de Gary. Gary est élevé par sa mère après le départ de son père du foyer conjugal lorsqu'il était enfant. Gary était juif par ses deux parents.

Après la séparation des parents, Gary arrive avec sa mère en France, à Nice, à l'âge de 14 ans. Il étudie le droit à Paris. Naturalisé français en 1935, il est appelé au service militaire pour servir dans l'aviation où il est incorporé en 1938.

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres, durant la Seconde Guerre mondiale, Roman prend le pseudonyme de Gary comme nom de résistant. Décoré commandeur de la Légion d'honneur à la fin de la guerre, il embrasse la carrière diplomatique en 1945. Cette même année, paraît son premier roman L'Education européenne. Pendant sa carrière diplomatique, il écrit de nombreuses œuvres, dont le roman Les racines du ciel, pour lequel il reçoit le Prix Goncourt en 1956. Il quitte le Quai d'Orsay en 1961, après avoir représenté la France en Bulgarie, en Suisse, en Bolivie, aux Etats-Unis.

Désireux de surprendre et se renouveler, Romain Gary utilise, tôt dans sa carrière littéraire, des pseudonymes. Ainsi, publie-t-il L'Homme à la colombe, sous le nom de Fosco Sinibaldi, en 1958. Dans les années 1970, il utilise à la fois les noms de Romain Gary, de Shatan Bogat et d'Emile Ajar.

Las d'être la cible de critiques le considérant réactionnaire, du fait de son passé de diplomate gaulliste, il invente une écriture vive et drôle, à rattacher au courant post-moderniste, sous le nom de plume d'Emile Ajar. Son cousin Paul Pawlovic prête corps à cette allégorie et, en 1975, reçoit le Prix Goncourt pour La Vie devant soi. La supercherie est révélée par Romain Gary dans son œuvre posthume Vie et mort d'Emile Ajar.

Époux de l'actrice Jean Seberg de 1963 à 1970, Romain Gary est aussi lié au cinéma pour la réalisation de deux films Les Oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et Kill (1971) ainsi que par des adaptations de ses œuvres, telles que Clair de femme (Costa-Gavras) ou La Vie devant soi (Moshé Mizrahi).

Un peu plus d'un an après le suicide de Jean Seberg (30/08/1979), il se donne la mort 108 rue du Bac. (Source : Babélio)

 

romain-gary.jpg

 

L’histoire :

 Ce récit coïncide sur bien des points avec ce que l'on sait de l'auteur des Racines du ciel, et Romain Gary s'est expliqué là-dessus : " Ce livre est d'inspiration autobiographique, mais ce n'est pas une autobiographie. Mon métier d'orfèvre, mon souci de l'an s'est à chaque instant glissé entre l'événement et son expression littéraire, entre la réalité et l'oeuvre qui s'en réclamait. Sous la plume, sous le pinceau, sous le burin, toute vérité se réduit seulement à une vérité artistique. "

Le narrateur raconte son enfance en Russie, en Pologne puis à Nice, le luxe et la pauvreté qu'il a connus tour à tour, son dur apprentissage d'aviateur, ses aventures de guerre en France, en Angleterre, en Ethiopie, en Syrie, en Afrique Equatoriale, il nous raconte surtout le grand amour que fut sa vie. Cette " promesse de l'aube " que l'auteur a choisie pour titre est une promesse dans les deux sens du mot : promesse que fait la vie au narrateur à travers une mère passionnée ; promesse qu'il fait tacitement à cette mère d'accomplir tout ce qu'elle attend de lui dans l'ordre de l'héroïsme et de la réalisation de soi-même.
Le caractère de cette Russe chimérique, idéaliste, éprise de la France, mélange pittoresque de courage et d'étourderie, d'énergie indomptable et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, prend un relief extraordinaire. La suprême preuve d'amour qu'elle donne à son fils est à la hauteur de son coeur démesuré.

Mais les enfants élevés par ces mères trop ferventes restent toujours, dit l'auteur, " frileux " de coeur et d'âme, et chargés d'une dette écrasante qu'ils se sentent incapables d'acquitter. Rarement la piété filiale s'est exprimée avec plus de tendresse, de sensibilité, et cependant avec plus de clairvoyance et d'humour. Et rarement un homme a lutté avec plus d'acharnement pour démontrer " l'honorabilité du monde ", pour " tendre la main vers le voile qui obscurcissait l'univers et découvrir soudain un visage de sagesse et de pitié ". (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Dans ce roman magnifique, Romain Gary rend un hommage troublant à sa mère  qui nourrissait de hauts espoirs pour lui et qu’il n’a jamais voulu décevoir. Elle l’a porté vers ce qu’il est devenu avec un dévouement et un amour inconditionnel, unique.

 « [...] Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes

.romain-gary-promesse-aube.jpg On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. » (p. 38)

 Cette mère entière et passionnée lui a aussi communiqué une vision du monde idéalisée, difficile ensuite à  mettre en adéquation avec une réalité bien moins parfaite…

 « (…) elle continua d’évoquer, avec le même sourire confiant, ce pays merveilleux qu’elle avait apporté avec elle dans son baluchon ; quant à moi, élevé dans ce musée imaginaire de toutes les noblesses et de toutes les vertus, mais n’ayant pas le don extraordinaire de ma mère de ne voir partout que les couleurs de son propre cœur, je passai d’abord mon temps à regarder autour de moi avec stupeur et à me frotter les yeux, et ensuite, l’âge d’homme venu, à livrer à la réalité un combat homérique et désespéré, pour redresser le monde et le faire coïncider avec le rêve naïf qui habitait celle que j’aimais si tendrement. 

Oui, ma mère avait du talent – et je ne m’en suis jamais remis. » (p. 45)

 Pour panser ces blessures encore bien prégnantes dans le cœur de l’auteur, il utilise un humour dévastateur pour désarmer la réalité. Ainsi, il raconte ses exploits amoureux avec décalage et bonhomie, comme cette fois où il est allé jusqu’à manger un soulier en caoutchouc pour sa bien-aimée, puis « un éventail japonais, dix mètres de fil de coton, un kilo de noyaux de cerises – Valentine me mâchait, pour ainsi dire, la besogne, en mangeant la chair et en me tendant les noyaux – et trois poissons rouges, que nous étions allés pêcher dans l’aquarium de son professeur De musique. » (p. 85)

 Il explique combien l’humour est salvateur pour lui :

  « Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. Instinctivement, sans influence littéraire particulière, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. (…) L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. » (p.160)

 Ce roman magnifique est un chant d’amour touchant et profond en souvenir de cette mère entière, passionnée par son fils, dévouée entièrement à son bonheur, cette femme unique qui a permis à Romain Gary de devenir celui qu’il est encore aujourd’hui, au-delà du temps et de la mort, un auteur classique incontournable…

 « La création littéraire  devînt pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grand moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. » (p.175)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les années de guerre se font plus longues : le récit se fait plus dense, plus long, plus ennuyeux, moins humoristique.

 

Premières phrases :

 « C’est fini. La plage de Big Sur est vide, et je demeure couché sur le sable, à l’endroit même où je suis tombé. La brume marine adoucit les choses ; à l’horizon, pas un mât ; sur un rocher, devant moi, des milliers d’oiseaux ; sur un autre, une famille de phoques : le père émerge inlassablement des flots, un poisson dans le gueule, luisant et dévoué. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Une éducation européenne

Autre : Le livre de ma mère de Albert COHEN

 

 

 D’autres avis :

 Blogs : Théoma  Zarline, A girl from earth, Alex, Maggie, Sylvie, Luocine... 

 

La promesse de l’aube, Romain GARY, folio, avril 1973, 7.50 euros

 

12 d'Ys 

  catégorie : Classiques français

Partager cet article
Repost0

La valse aux adieux de Milan KUNDERA

Publié le par Hélène

                                               valse aux adieux

 ♥ ♥ ♥

"Si quelque chose m'a toujours profondément écœuré chez l'homme, c'est bien de voir comment sa cruauté, sa bassesse et son esprit borné parviennent à revêtir le masque du lyrisme."

 

L’auteur :

 

La vie de Milan Kundera pourrait se résumer en deux temps : auteur dissident en Tchécoslovaquie, il devient, en 1975, une figure importante de la vie littéraire française et internationale. Dissident, Kundera ne l'a pas toujours été : inscrit au Parti communiste, les premiers écrits de cet étudiant en littérature, en esthétique et en cinéma s'inscrivent dans une vison marxiste du monde. Pourtant, le lyrisme et la poésie sensible d'ouvrages comme 'Le Dernier mai' ou 'Monologues' ne tardent pas à l'éloigner du réalisme socialiste prôné par le régime. Ce n'est qu'à partir des années 1960 que sa critique se fait plus virulente : 'La Plaisanterie' et 'Risibles amours' incarnent avec force le souffle de liberté qui s'exprime lors du printemps de Prague, auquel il participe activement. Déchu de sa nationalité tchèque, la France lui réserve un accueil chaleureux et il devient enseignant à l'université de Rennes et à l'EHESS de Paris. C'est dans la langue de Molière qu'il signe ses plus grands succès dont son chef-d' oeuvre : 'L' Insoutenable légèreté de l'être', paru en 1984. Il y poursuit sa réflexion sur la parole, l'illusion et la condition humaine, ainsi que sur l'éternel retour nietzschéen. Cet ouvrage contient également sa définition du 'kitsch', devenue une référence. Analyste de son propre travail, Milan Kundera signe plusieurs écrits théoriques comme 'L'Art du roman', qui le place parmi les plus grands penseurs contemporains de la littérature. Le 24 mars 2011, l'auteur de 'L' Insoutenable légèreté de l'être' voit ses oeuvres complètes publiées dans la prestigieuse collection de Gallimard. Il en est le seul écrivain vivant à faire son entrée dans La Pléiade. Kundera canonisé côtoie désormais Proust et Balzac, Rabelais et Molière, Goethe et Conrad. (Source : Evene)

 

L’histoire :

 

Dans une ville d'eaux au charme suranné, huit personnages s'étreignent au gré d'une valse qui va en s'accélérant : une jolie infirmière ; un gynécologue fantaisiste ; un richard américain (à la fois saint et don Juan) ; un trompettiste célèbre ; un ancien détenu, victime des purges et sur le point de quitter son pays... Un 'songe d'une nuit d'été'. Un 'vaudeville noir'. Les questions les plus graves y sont posées avec une blasphématoire légèreté qui nous fait comprendre que le monde moderne nous a privés même du droit au tragique.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Cette valse nous entraîne dans un tel tourbillon que l’on ne peut que succomber au charme des destins des habitants de cette petite ville d’eau. Mais une fois l’ivresse passée, reste un faisceau de réflexions qui s’épanouit dans l’esprit du lecteur et instillent leur philosophie.

 

Si le thème de la tromperie est au cœur du roman, bien d’autres ramifications philosophiques s’offrent à nous.

 

Un nouveau regard porté sur elle illumine la belle Mme Klima aspirée tout à coup par la liberté : elle se demande si son mari n’est pas juste auréolé par la jalousie et non pas par l’amour :

 

 « La jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique d'intenses rayons et de maintenir les autres hommes dans une totale obscurité. »

 

Jakub cherche sa liberté dans l’apprivoisement de la mort, se promener avec un cachet de poison lui permet de maîtriser sa vie. Mais n’est-ce pas là encore qu’une illusion ? Ce petit cachet bleu va l’amener à s’interroger sur la vie et le mort, mais aussi sur le meurtre… La vie et la mort restent intrinsèquement liés.

 

De même que sont irrémédiablement  liés  les doubles thèmes de l’avortement et la fécondité.

 

"Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne pourrai jamais dire avec une totale conviction : l’homme est un être merveilleux et je veux le reproduire."

 

« Avoir un enfant, c'est manifester un accord absolu avec l'homme. Si j'ai un enfant, c'est comme si je disais : je suis né, j'ai goûté à la vie et j'ai constaté qu'elle est si bonne qu'elle mérite d'être multipliée. »

« [...] je dois me demander dans quel monde j'enverrais mon enfant. L'école ne tarderait pas à me l'enlever pour lui bourrer le crâne de contre-vérités que j'ai moi-même vainement combattues pendant toute ma vie. Faudrait-il que je voie mon fils devenir sous mes yeux un crétin conformiste ? ou bien, devrais-je lui inculquer mes propres idées et le voir souffrir parce qu'il serait enchaîné dans les mêmes conflits que moi ? »

 

Faut-il mettre au monde un enfant dans un contexte politique plus que bancal. Ce contexte n’est guère développé, mais la menace sous-jacente reste bien présente. Derrière la futilité de certaines scènes ou de certains dialogues se cachent une tragédie en cours :

 

 « Une blonde s'adapte inconsciemment à ses cheveux. Surtout si cette blonde est une brune qui se fait teindre en jaune. Elle veut être fidèle à sa couleur et se comporte comme un être fragile, une poupée frivole, une créature exclusivement préoccupée de son apparence, et cette créature exige de la tendresse et des services, de la galanterie et une pension alimentaire, elle est incapable de rien faire par elle-même, elle est toute délicatesse au-dehors et au-dedans toute grossièreté. Si les cheveux noirs devenaient une mode universelle, on vivrait nettement mieux en ce monde. Ce serait la réforme sociale la plus utile que l'on ait jamais accomplie. » (p. 56)

 

« [...] le désir de l'ordre veut transformer l'univers humain en un règne inorganique où tout marche, où tout fonctionne, où tout est assujetti à une règle supérieure à l'individu. Le désir de l'ordre est en même temps désir de mort, parce que la vie est perpétuelle violation de l'ordre. Ou, inversement, on peut dire que le désir de l'ordre est le prétexte vertueux par lequel la haine de l'homme justifie ses forfaits. » (p. 126)

 

Milan Kundera réussit là encore à allier subtilement tragédie et comédie, à l’image d’une vie qui oscille sans cesse entre vie et mort…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières phrases :

 

« L'automne commence et les arbres se colorent de jaune, de rouge, de brun ; la petite ville d'eaux, dans son joli vallon, semble cernée par un incendie. Sous le péristyle, des femmes vont et viennent et s'inclinent vers les sources. Ce sont des femmes qui ne peuvent pas avoir d'enfants et elles espèrent trouver dans ces eaux thermales la fécondité.
Les hommes sont ici beaucoup moins nombreux parmi les curistes, mais on en voit pourtant, car il paraît que les eaux, outre leurs vertus gynécologiques, sont bonnes pour le coeur. Malgré tout, pour un curiste mâle, on en compte neuf de sexe féminin, et cela met en fureur la jeune célibataire qui travaille ici comme infirmière et s'occupe à la piscine de dames venues soigner leur stérilité ! C'est ici qu'est née Ruzena, elle y a son père et sa mère. Échappera-t-elle jamais à ce lieu, à cet atroce pullulement de femmes ? »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L’insoutenable légèreté de l’être

 

La valse aux adieux, Milan Kundera, traduit du tchèque par François Kérel, Folio,  juillet 1978, 363 p., 7.30, euros

 

Publié dans Littérature Europe

Partager cet article
Repost0

<< < 10 20 30 40 41 42