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1205 résultats pour “vie parfaite

Hortensias de David THOMAS

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Les souvenirs ne sont pas faits pour être justes et vrais, ils sont faits pour être ces terriers dans lesquels on s'engouffre pour souffler un peu du présent."

Mon avis :

La patience des buffles sous la pluie  fut le premier titre dont j'ai parlé sur ce blog en 2010. Parce qu'il m'avait touché, parce que j'avais trouvé ses pages très justes, parce que j'avais ri, parce que j'avais été émue, parce que l'auteur était discret, parce que l'éditeur n'était pas connu... Je ne pouvais donc que revenir vers mes premières amours 5 ans après -parce que, oui, je l'affirme, je suis une femme fidèle- ! Et c'est avec un immense plaisir que j'ai retrouvé le discret David Thomas, toujours un peu dépressif, mais toujours drôle, décalé et intelligent. Cette alliance subtile entre le désespoir et la lucidité donnerait presque envie d'entamer une petite dépression tellement la lumière finit par jaillir des heures sombres, plus pure que jamais.

Il met en scène Gabriel Vialle, cinquante ans qui apprend la mort de sa mère et décide simultanément de mettre fin à une relation passionnelle aliénante. Pour ce faire, il choisit une méthode radicale visant à la fois à faire son deuil et à éviter la furie nommée Irène qui le poursuit : il s'enferme chez lui et se plonge dans ses souvenirs et son passé aux Baléares, à Formentera : "Je ne suis pas en vacances, je suis en ermitage, je suis avec mon père et ma mère, avec mes racines."

Il convie à ses côtés les êtres qu'il a aimés pour les faire revivre le temps de son exil, pour leur dire aussi un dernier adieu, mais aussi pour mieux comprendre ses propres failles, ses errances, ses folies :

"Quand on a connu ses premières années heureuses, l'enfance est un boulet rose que l'on traîne en chantant pour se convaincre que la vie n'est pas si noire." p. 19

Le passé ne s'efface pas d'un coup de crayon, il est profondément ancré en l'être humain, et Gabriel demeure un petit garçon perdu qui hurle dans un coin de sa tête d'homme mûr et adulte. Tétanisé par l'abandon de sa mère, il oscille entre l'envie d'enfouir ces années au plus profond de son esprit, mais reste assez lucide pour savoir que là n'est pas la solution.

"Voilà, au fond, c'était simple, si simple, il suffisait de décider et de ne plus réfléchir. Faire des gestes, s'en tenir aux gestes. Et si des questions angoissantes parvenaient à se glisser dans les interstices du cerveau, ne pas y répondre, faire le geste comme on empoigne une cavité sur la paroi et se hisser un peu plus haut. Penser, c'était glisser." p. 182

Il décide finalement de quitter sa chambre et de se rendre dans le village de son enfance, pour marcher sur les traces de l'enfant qu'il fut. 

"Non, ça n'allait pas me manquer, ce qui manque, c'est ce qu'on a perdu, mais moi je n'avais rien perdu, au contraire, j'avais tout récupéré. Je n'avais pas perdu mon père, ma mère, la maison, Anita, les gamins, les plages, les rochers, les hippies, Barcelone, Irène... J'étais rempli de toutes ces choses-là, composé de tout ce que j'avais vécu. rien n'est perdu quand on se souvient." p. 227

Alliant profondeur et humour, ce petit bijou d'autodérision est parfait pour fêter dignement ces 5 années de blog ! A lire !

Présentation de l'éditeur :

Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  La patience des buffles sous la pluie  ; Un silence de clairière Je n’ai pas fini de regarder le monde  ; On ne va pas se raconter d'histoires

D'autres avis :

 

Hortensias, David Thomas, Stock, avril 2015, 232 p., 18.50 euros

 

Merci à l'éditeur

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Au bonheur des dames de Emile ZOLA

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

« Ayez donc les femmes, dit-il tout bas au baron, en riant d’un rire hardi, vous vendrez le monde ! » p 69

Le XIXème siècle voit l'essor des grands magasins avec les travaux hausmanniens du second empire. Paris se transforme, les petits commerces souffrent de cette nouvelle concurrence avec laquelle ils ne parviennent pas à rivaliser. Ainsi, quand la jeune Denise Baudu arrive de la province pour travailler dans le petit commerce de son oncle, celui-ci lui fait comprendre qu'il n'a pas suffisamment de travail pour elle. La jeune femme se résout alors à se faire embaucher Au bonheur des dames, le grand magasin de prêt à porter qui se développe dans le quartier. Si Denise rencontre des difficultés à ses débuts, en butte à la cruauté des petites vendeuses qui connaissent des vies difficiles à cause de la précarité, et sur lesquelles pèsent sans cesse le spectre du licenciement,  elle prend peu à peu sa place, soutenue par Octave Mouret, le directeur du magasin, qui tombe peu à peu sous son charme.

Octave Mouret est un homme redoutable, qui maitrise parfaitement les coulisses de la vente, les stratégies commerciales, les nouveaux outils à sa disposition comme la réclame, et surtout, qui a compris combien son commerce devait s'appuyer sur la femme et ses désirs.

« Ils avaient éveillé dans sa chair de nouveaux désirs, ils étaient une tentation immense, où elle succombait fatalement, cédant d’abord à des achats de bonne ménagère, puis gagnée par la coquetterie, puis dévorée. En décuplant la vente, en démocratisant le luxe, ils devenaient un terrible agent de dépense, ravageaient les ménages, travaillaient au coup de folie de la mode, toujours plus chère. » p 69

Pour créer son grand magasin fictif "Au bonheur des dames", l’auteur des « Rougon-Macquart » s’est inspiré du triomphe du « Bon marché », créé à Paris vingt ans plus tôt par Boucicaut. Il met en valeur le rouleau compresseur que constituent les grands magasins pour les petits commerces, qui pourtant proposent souvent des articles de bien meilleure qualité, modelés par des artisans et non pas par des spéculateurs. Si les artisans résistent, ils se font petit à petit happer par cette machine infernale. Il montre aussi les dangers de la consommation à outrance à travers les portraits de quelques femmes prêtes à tout pour être à la pointe de la mode. Par le biais de la jeune Denise et de Octave, il offre aussi un point de vue plus nuancé : les deux personnages sont conscients de la nécessité de s'adapter à ce siècle en mouvement, qui doit nécessairement évoluer vers le progrès, quitte à laisser des êtres au bord de la route. L'auteur dira lui-même « Je n'attaque ni ne défends l'argent, je le montre comme une force nécessaire jusqu'à ce jour, comme une force de civilisation et de progrès. » (Zola, réponse à un journaliste cité dans Becker et Landes 1999, p. 90.)

Ce roman ambitieux brille par son intelligence, présentant le plus honnêtement possible cette mutation, en s'appuyant sur l'histoire de personnages attachants dont la jeune Denise, femme forte qui ne se laissera pas avilir par les hommes. Un grand moment de lecture !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur : Thérèse Raquin

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Rencontre avec Olivier Bourdeaut

Publié le par Hélène

Lundi dernier nous avons pu rencontrer Olivier Bourdeaut, le talentueux auteur de En attendant Bojangles et de Pactum Salis dans les salons de Ladurée Royale à Madeleine. La rencontre était organisée par La Fnac qui avait également convié certains de ses adhérents, et elle était menée par Karine Papillaud. Ce fut l'occasion de revenir sur le parcours atypique de cet écrivain au charme indéniable.

"Un jour je ferai un coup d'éclat"

Mauvais élève, je rassurais mes parents en leur certifiant qu'un jour, je ferai un coup d'éclat donnant un sens à toutes les lacunes accumulées. J'ai écrit En Attendant Bojangles en deux mois en Espagne. S'il a tout d'abord été refusé par les éditeurs, il a fini par rencontrer un succès foudroyant.

Pactum salis

Pactum salis signifie que l'amitié est un pacte de sel, et ce titre n'est pas représentatif du roman puisque les amitiés du roman sont fortement contrariées. J'ai personnellement des relations apaisées avec mes amis, contrairement aux personnages du roman !

Dans Pactum Salis les deux personnages s'opposent. Ils ont deux métiers antagonistes : l'un est agent immobilier et court après l'argent, l'autre est paludier, en accord avec la nature. Chacun a fait ses choix, et tous deux sont heureux, satisfaits de leur vie. Humour, étincelle, rugosité, voilà ce que j'attendais de cette rencontre et puis leur rencontre m'a échappé. Michel est moins sympathique a priori mais finalement son ridicule le rend attachant.

Le personnage d'Henri

Lui aussi est un personnage qui s'est imposé comme un "Dédé", c'est à dire un débauché de droite. J'en avais assez de cette scission entre deux groupes, les bobos et les beaufs, j'ai donc inventé les "Dédés" pour montrer qu'il y a d'autres tribus.

Des projets dans d'autres domaines ?

Non, je ne souhaite pas faire autre chose qu'écrire mes romans ! En France sitôt que vous faites quelque chose de bien, on vous propose de faire autre chose, d'écrire des articles pour les journaux, des pièces de théâtre. J'ai trouvé en quoi je suis bon, pourquoi aller ailleurs, je préfère me concentrer sur quelque chose que j'arrive à faire pas trop mal. Et puis j'aime l'écriture aussi parce que c'est une activité solitaire qui me convient très bien.

L'amour de la langue

J'aime le vocabulaire suranné, je déteste les anglicismes. Je dis cela et pourtant mon prochain roman aura un titre anglais mais j'ai réussi à justifier ce titre par une pirouette pour avoir la conscience tranquille.  Je suis admiratif de la façon dont ma grand-mère s'exprimait, ce vocabulaire châtié, ces tournures de phrases syntaxiquement parfaites. Cela a disparu. La langue n'est plus le support de l'élégance, il doit y avoir à notre époque plus de fond que de forme.  Je suis déçu par cet effondrement de la langue et de l'esprit. Un premier ministre fait maintenant des tweets avec ces émoticônes et c'est une grande défaite si une simple boule jaune donne le fond de la pensée. C'est catastrophique !

Le travail des éditeurs

Sur Bojangles les éditeurs ont enlevé dix lignes pour Pactum salis j'ai eu plus de travail, un mois et demi environ. L'éditeur dirige le travail, il nous guide avec honnêteté, par exemple je  rajoutais des fioritures à la fin de chaque chapitre et mon éditeur m'a conseillé de les supprimer pour un effet plus efficace. Dans En attendant Bojangles le garçon disait toujours "Et tout et tout et tout" et je ne m'en rendais pas compte. Néanmoins pour Pactum Salis je regrette une scène qui a : c'était une scène désuète avec un curé, je la trouvais charmante.

Le prochain roman

Je l'ai en tête mais il n'est pas encore écrit. Il se passera aux Etats-Unis. Mais actuellement je suis dans une frénésie qui nuit à mon écriture. J'ai besoin de me retirer de cette vie trépidante et d'ingérer tout ce que j'ai vécu. Avant j'avais du temps mais pas d'argent maintenant c'est l'inverse. L'écriture vient aussi de l'ennui et de l'observation. De fait je pense que mon prochain roman ne sortira que dans trois ans.

Pour conclure

Je laisserai le dernier mot à la maman d'Olivier Bourdeaut qui était présente :

"Il ne faut jamais désespérer de ses enfants : Olivier était plutôt mauvais élève, puis il a éprouvé des difficultés à trouver sa voie, mais finalement, il n'a pas menti et il a fini par accomplir son coup d'éclat !"

 

A lire : En attendant Bojangles et Pactum Salis

 

A déguster : Le ISPAHAN de chez Ladurée

 

 

Merci à Julie et à la Fnac pour l'invitation et à Eva pour sa radieuse compagnie.

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Petits bavardages sans importance de Elizabeth BOWEN

Publié le par Hélène

                                 

                                         petits-bavardages-sans-importance-elizabeth-bowen

 ♥ ♥ 

L’auteur :

 

 Elizabeth Bowen était une romancière irlandaise.

Elle perdit sa mère à douze ans et fit à partir de quatorze ans son éducation dans un pensionnat anglais. Son père s'étant remarié quand elle avait dix-neuf ans, elle mena à partir de ce moment une existence indépendante, vivant l'hiver à Londres, l'été en Italie. 
C'est pour tenter d'améliorer ses revenus qu'elle se décide à écrire, après avoir abandonné sa vocation première de peintre. 
Rencontres (1923), son premier livre, publié alors qu'elle n'a que vingt-quatre ans, est un recueil de nouvelles, genre dans lequel elle passera maître par la suite. 
Quatre ans plus tard, en 1927, elle compose son premier roman L'Hôtel, écrit à Bordighera, et les caractéristiques de son talent s'affirment : une pénétrante intuition, une redoutable perspicacité, un curieux mélange de sympathie et d'ironie envers les petitesses humaines, un esprit caustique, un style incisif.
Elle continuera à publier, à intervalles espacés, mais régulièrement, romans et recueils de nouvelles constituant peu à peu une œuvre abondante et originale, que l'on a parfois comparée à celles de Jane Austen ou de Virginia Woolf. 
On peut citer Septembre dernier (1929), roman dont l'action se déroule en Irlande ; Vers le nord (1932) ; Le chat saute (1934), un recueil de nouvelles ; et surtout La Maison à Paris (1935) et La Mort du cœur (1938). (Source : babélio)

 

L’histoire :

 

 Dans ces nouvelles douces-amères, Elizabeth Bowen – qui fut comparée à Jane Austen ou à Virginia Woolf –, glisse derrière le paravent des bonnes manières l’indifférence ou la cruauté d’une amie, d’une sœur, d’une jeune nièce. Sous les conversations anodines couvent des passions inavouées, où parfois s’invite l’ombre d’un fantôme…(Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Elizabeth Bowen fait montre d’une maîtrise stylistique qui sert admirablement les portraits psychologiques de ses personnages. Ces derniers sont des êtres aux multiples mystères, complexes, cachés derrière les apparences des convenances. 

La jeune Contessina laisse M. Barlow la courtiser par lassitude et ennui. Mais sa jeunesse ne se cache pas loin derrière les minauderies...

Ann Lee, une jeune modiste accueille en parfaite professionnelle deux clientes, mais un invité inopportun va compliquer la situation, révélant aux deux femmes une vie personnelle complexe.

Dans "J'ai quelque chose  à vous dire", le jeune Terry semble profiter d'un moment d'intimité agréable allongé aux côtés de la belle Joséphine. Mais il ne faut pas se fier aux apparences, et la belle jeune femme étendue ne semble pas en grande forme... 

La subtilité de la psychologie des personnages met en valeur les recoins obscurs de l’âme humaine dans un éclair lucide aveuglant. Sous une conversation banale, se cachent des réflexions cruelles autour du badinage amoureux, de la découverte de la sensualité et de la séduction, de la complexité des sentiments amoureux, de la vie de famille, des rapports entre les êtres, et finalement des sombres profondeurs de l’humain.

Une poésie affleure entre les lignes :

 « Leur table se trouvait à côté d’une fenêtre ouverte ; une nuit d’un velours bleu sombre y pendait comme un rideau ; on pouvait sentir la présence endormie du lac, et sur l’eau quelqu’un se mit à chanter en s’accompagnant à la guitare. C’était une nuit de pouls enfiévrés, de battements de cœur oppressés, une nuit d’amour. Une nuit à poser les lèvres sur une peau satinée, chaude comme les grosses grappes de raisins mûrissant au soleil. Personne autour de lui, M. Barlow le savait, n’était capable ne fût-ce que d’entrevoir les possibilités d’une telle nuit. Tous ces couples mariés, ces gens nantis d’une famille – et jusqu’aux nouveaux époux – semblaient anémiques ; du reste, dès qu’une femme devenait l’épouse d’un homme, celui-ci cessai pour ainsi dire de se comporter en gentleman et se transformait en Joueur. » (p. 58)

 La comparaison avec Jane Austen n’est pas usurpée, Elizabeth Bowen est une grande romancière …

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

 Je ne sais s’il m’en restera grand-chose tant les nouvelles sont courtes et les conversations des protagonistes « sans importance », mais ce bref recueil m’a donné envie de découvrir plus avant l’œuvre de cette auteure.


Premières phrases :

 

 « « Votre imagination vous joue des tours. » s’écria Maurice.

Le reproche était amer. Il fourrageait dans ses cheveux, la dominant de toute sa taille, et ses mèches drues se dressaient, tremblantes, sur son cuir chevelu. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : Emmeline

Autre : Orgueil et préjugés de Jane AUSTEN

  

Petits bavardages sans importance, Elizabeth Bowen, traduit de l’anglais par Françoise Brodsky, Le livre de poche, Biblio romans, mai 2013, 168 p., 5.10 euros

 

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Les apparences de Gillian FLYNN

Publié le par Hélène

                                               apparences

 ♥ ♥ ♥

Préparez vos nuits blanches ! 

 L’auteur :

 Gillian Flynn est un auteur américain. Elle a grandi dans le Missouri et vit aujourd'hui à Chicago. (Source : Babélio)

 L’histoire :

« À quoi penses-tu ? Comment te sens-tu ? Qui es-tu ? Que nous sommes-nous fait l’un à l’autre ? Qu’est-ce qui nous attend ? Autant de questions qui, je suppose, surplombent tous les mariages, tels des nuages menaçants. »

Amy, une jolie jeune femme au foyer, et son mari Charlie, propriétaire d’un bar, forment, selon toutes apparences, un couple idéal. Ils ont quitté New York deux ans plus tôt pour emménager dans la petite ville des bords du Mississipi où Charlie a grandi. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, en rentrant du travail, Charlie découvre dans leur maison un chaos indescriptible : meubles renversés, cadres aux murs brisés, et aucune trace de sa femme. Quelque chose de grave est arrivée. Après qu’il a appelé les forces de l’ordre pour signaler la disparition d’Amy, la situation prend une tournure inattendue. Chaque petit secret, lâcheté, trahison quotidienne de la vie d’un couple commence en effet à prendre, sous les yeux impitoyables de la police, une importance inattendue et Charlie ne tarde pas à devenir un suspect idéal. Alors qu’il essaie désespérément, de son côté, de retrouver Amy, il découvre quelle aussi cachait beaucoup de choses à son conjoint, certaines sans gravité et d’autres plus inquiétantes. Si leur mariage n’était pas aussi parfait qu’il le paraissait, Charlie est néanmoins encore loin de se douter à quel point leur couple soi-disant idéal n’était qu’une illusion.

Considérée par une critique unanime comme l’une des voix les plus originales du thriller contemporain, Gillian Flynn dissèque ici d’une main de maître la vie conjugale et ses vicissitudes et nous offre une symphonie paranoïaque aux retournements multiples, dans un style viscéral dont l’intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller. (Source : Editeur)

 Ce que j’ai aimé :

Les apparences est un roman diaboliquement prenant, machiavélique, qui joue avec vos nerfs et vos analyses psychologiques. L’auteur alterne les chapitres : l’un adopte le point de vue de Nick, mari suspecté d’avoir tué sa femme, et le suivant retranscrit le journal intime de la jeune femme dans les mois précédant sa mystérieuse  disparition. Des indices dans le discours de l’un ou de l’autre orientent le lecteur vers une explication ou une autre, indices savamment disséminés dans le but de manipuler ledit lecteur.

 Puis un retournement de situation soudain renverse à nouveau les perspectives, offrant un tout nouvel éclairage sur la scène du « crime ». Cette construction orchestrée de mains de maître apporte du poids à ce roman centré sur le mariage et ses aléas.

 A quel point doit-on s’aliéner pour plaire à l’autre ? Le mari doit-il devenir le pantin de sa femme, celui qui accourt dès qu’on le siffle, la femme doit-elle être « cool » à tous prix et faire des concessions inconcevables, au prix d’y laisser son âme ? Le couple peut-il durer quand  il débute sur des compromis que le temps efface parce qu’ils deviennent ingérables au quotidien ?

 D'autres questions affleurent également comme le poids de l'opinion publique dans le cadre d'une enquête criminelle, le rôle des médias, l'image du coupable manipulée... Autant de pistes de réflexions qui densifient le propos.

Méfiez-vous des apparences…

 Ce que j’ai moins aimé :

La fin est plus faible, mais la question se pose aussi : comment finir ?

 Premières phrases :

« Quand je pense à ma femme, je pense toujours à son crâne. A la forme de son crâne, pour commencer. La toute première fois que je l’ai vue, c’est l’arrière de son crâne que j’ai vu, et il s’en dégageait quelque chose d’adorable. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Les lieux sombres

Autre : La maison d'à côté de Lisa GARDNER

  D’autres avis :

Canel ; Val ; Clara ; Stieg ; Véronique  

 

Les apparences, Gillian Flynn, traduit de l’anglais (EU) par Héloïse Esquié, Sonatine, 2012, 22 euros

grand prix lectrices de elle 

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Les femmes du braconnier de Claude PUJADE-RENAUD

Publié le par Hélène

femmes_braconnier.jpg

♥ ♥ ♥

 « Partie à la recherche de toi-même, dans l'obscurité, tu dansais,

Perdant pied lentement, pleurant doucement »
(Ted HUGHES, Que Dieu vienne en aide au loup)

 

 

L’auteur :

 

Claude Pujade-Renaud est une écrivaine française.. Elle a publié son premier roman La Ventriloque en 1978. Depuis, elle est l'auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles, remportant de nombreux prix.

 

L’histoire :

 

 C'est en 1956, à Cambridge, que Sylvia Plath fait la connaissance du jeune Ted Hughes, poète prometteur, homme d'une force et d'une séduction puissantes. Très vite, les deux écrivains entament une vie conjugale où vont se mêler création, passion, voyages, enfantements. Mais l'ardente Sylvia semble peu à peu reprise par sa part nocturne, alors que le "braconnier " Ted dévore la vie et apprivoise le monde sauvage qu'il affectionne et porte en lui. Bientôt ses amours avec la poétesse Assia Wevill vont sonner le glas d'un des couples les plus séduisants de la littérature et, aux yeux de bien des commentateurs, l'histoire s'achève avec le suicide de l'infortunée Sylvia. (Présentation de l’éditeur)

 

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Les femmes du braconnier offre au lecteur un éclairage neuf sur cette histoire, en disculpant notamment Ted et Assia. Claude Pujade-Renaud met en avant le mal-être ancré profondément en Sylvia, cette pieuvre qui la ronge de l'intérieur, venue d'on ne sait où, peut-être de la mort de son père, ou de sa relation à sa mère, sait-on vraiment finalement ce qui mène à la dépression. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas Ted et sa relation extraconjugale qui furent les seuls déclencheurs. La passion, le couple, la maternité ne peuvent pas tout résoudre, et si l'ensemble bascule, c'est aussi parce que la difficulté de vivre restait tapie, dans l'ombre, attendant son heure. 

 

« La faute originelle  avait été de renoncer à l’animalité, de devenir un couple banalement conjugal. Etranglé par le quotidien. Par la jalousie carcérale de Sylvia. Par cette maison, objet de tant de soins, proche de la nature mais non de la sauvagerie, cocon et non bauge p ou terrier. » (p. 251)

 

En évoquant ce couple mythique, l'auteure touche des points sensibles : la dépression, l'infidélité, le suicide d'un proche. 

 

« Accordez-lui au moins d’en avoir décidé ainsi, n’en faites pas  la victime du froid et d’une pneumonie, non elle n’est victime de rien, et surtout pas de son mari, elle a choisi, voulu, c’est elle qui signe ! » (p. 237)

 

La multiplicité des points de vue donne de l’épaisseur à l’histoire et entraîne le lecteur qui découvre peu à peu des personnalités complexes.

   

« Les songes reproduisent les mythes, on se  voudrait mage, chaman, magicien, hardi explorateur de l’Hadès, et on se retrouve stupide, sur un quai vide et, tout aussitôt, en sueur, en larmes, à côté d’un corps endormi respirant lentement. » (p. 250)

 

- Ce roman nous mène dans l'antichambre de la création de ces deux talentueux poètes :

 

«  Libres, les mots galopent vers leur vérité. A ras du vide. » (p. 224)

 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Le roman s’étire laborieusement après la mort de Sylvia pour atteindre plusieurs années plus tard celle d’Assia et de sa fille,  et je pense que le roman aurait pu s’arrêter là. Il n’était pas nécessaire à mes yeux de continuer jusqu’à l’ultime suicide de Nicholas.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Le désert et la grâce (qui m’a été conseillé plusieurs fois cette année…)

Autre :  Froidure de Kate MOSES (également sur Sylvia Plath)

 

D’autres avis :

 

Lecture commune avec : Valérie, Théoma , Aifelle, Aymeline, Miss Orchidée; 

  L'or des chambres 

 

Les femmes du braconnier, Claude Pujade-Renaud, Actes Sud, 2010, 349 p., 21 euros

 

verticale je suis (Sylvia Plath, 28 mars 1961)

 

Mais je préférerais être horizontale.

Je ne suis pas arbre avec mes racines dans le sol

suçant à moi minéraux et amour maternel

afin qu’à chaque mars je puisse être éclaboussure de feuilles

 

Non plus ne suis la beauté d’un jardin allongé

arrachant des ah enthousiastes et peint de façon baroque

sans savoir que je perdrai mes pétales

par rapport à moi, un arbre est immortel

et si petite la tête d’une fleur, mais plus saisissante

et tant je voudrais la longévité de l’un et la hardiesse de l’autre.

 

Cette nuit, dans l'infinitésimale lumière des étoiles,

les arbres et les fleurs ont déversé leurs odeurs froides

Je marche parmi eux, mais aucun ne me remarque.

Parfois je pense que lorsque je dormais

je devais parfaitement leur ressembler -

Pensées parties dans le sombre.

Cela serait si normal pour moi, de m'étendre.

Alors le ciel et moi parlons franchement,

et je serai enfin utile quand je reposerai pour de bon:

alors les arbres pour une fois me toucheront peut-être, et les fleurs auront du temps pour moi.

 

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Soulfood équatoriale de Léonora MIANO

Publié le par Hélène

                                               soulfood-equatoriale.JPG

♥ ♥ ♥

« Au départ, ça n’a l’air de rien. »

 

L’auteur :

 

Léonora Miano est une auteure camerounaise. Elle a reçu un accueil enthousiaste et de très nombreux prix pour L'Intérieur de la nuit (2005). Après Contours du jour qui vient (2006), lauréat du prix Goncourt des lycéens, son troisième roman, Tels des astres éteints (2008), a confirmé la qualité et l'ampleur de son inspiration.

 

L’histoire :

 

La soul food est la nourriture de l'âme des Afro-Américains.
Soulfood, nom d'une gargotte qui fut l'âme de Douala, donne son titre à cet " Exquis " d'une grande densité, où Léonora Miano se livre à une réjouissante chasse aux trésors du langage gourmand sur les rivages du Cameroun : le jazz, sauce tomate glissée dans les sandwichs saxophones, le solo, plat de morue présidant à un destin amoureux... Entre légendes intemporelles et saynètes prises sur le vif, entre secrets culinaires et conseils pleins d'humour pour détourner les traditions, nous sommes ici conviés à un envoûtant voyage en Afrique équatoriale. (4ème de couverture)

 

Présentation de la collection :

 

Petite bibliothèque gourmande contemporaine, cette collection de livres courts propose à des auteurs contemporains d’horizons très différents de donner libre cours à leur imagination gourmande, en s’inspirant d’un jeu à la fois simple et dynamique de mots clefs. Exquis d’écrivains souhaite rendre hommage à la richesse de la langue française pour dire les plaisirs de la nourriture et constituer la mémoire littéraire de la gastronomie. Fictions, rêves et souvenirs, chaque auteur y livre ses voyages personnels au pays de la nourriture, sous différentes formes narratives (récits, nouvelles, dialogues, contes, poèmes…), qui donnent envie de passer à table ou de se mettre aux fourneaux.  Exquis d’écrivains, première collection demandant à des auteurs contemporains de livrer
leurs plaisirs de table et de bouche, s’adresse à tous les lecteurs gourmands et gourmets auxquelles elle propose des textes intimistes et variés, émouvants ou drôles, résolument appétissants et agréables à lire…

 

Ce que j’ai aimé :

 

- « Au départ, ça n’a l’air de rien. » : un petit recueil léger comme un soufflé qui nous parle de recettes et de souvenirs culinaires. Mais Léonora Miano a su épaissir ses anecdotes en leur ajoutant le piment nécessaire à une recette réussie. Si bien que bien loin de n’évoquer que des plats et  des habitudes culinaires, elle nous convie à un voyage chamaré au cœur de son univers.

 

« Ce que sont les peuples, cela ne s’écrit pas dans les livres, et c’est d’ailleurs sans rapport avec leur production en la matière. La civilisation est avant tout dans l’assiette. » (p. 15)

 

«  La sève des plantains tache les vêtements, difficiles à ravoir après. Pendant la préparation, la pluie continue de tomber. On a ouvert la fenêtre de la cuisine.

Une odeur de terre mouillée se mêle à celle des beignets ou à celle des plantains coupés en fine rondelles avant d’être plongés dans l’huile chaude.

Au moment de la dégustation, accoudé sur le rebord  de la fenêtre, on se dit que c’est beau, un orage, quand on n’est pas dessous. » (p. 25)

 

« Dans les BH [beignets-haricots], il y a l’endurance joyeuse de nos peuples. La capacité à fabriquer de la vie avec ces petits riens. Le désir de savoir ce que demain apportera. La foi dans la vie. » (p. 36)

 

- Les récits et les personnages sont variés : un jeune voleur qui fantasme sur un avocat ou un plat de gari aux crevettes, une jeune femme sommée de choisir entre deux prétendants et qui les départagera en les faisant cuisiner un plat  typique, explications sur  l’origine de certains plats, conseils matrimoniaux cocasses « Nul ne doit goûter de votre ndole sans avoir fait ses preuves au préalable. Dans tous les domaines. » (p. 69)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          J’attends maintenant l’invitation dans mon restaurant africain préféré car toutes ces nouvelles m’ont mis l’eau à la bouche… 

 

Premières phrases :

 

« Il est des jours comme celui-ci, où une fringale de rivage me prend. En un rien de temps, je l’aperçois. Le voici. Là, sous mes mains qui cherchent, dans le placard de la cuisine, le gros palet plat et sa petite pierre ronde. Une pierre dense et solide. Elle sert à écraser, une fois posés sur le galet, les ingrédients de la sauce qui me ramènera chez moi. Je la laisse épouser parfaitement le creux de ma main.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Blues pour Elise de Léonora MIANO

Autres : Tous les autres livres de cette collection.

 

D’autres avis :

 

Cathulu

 

Soulfood équatoriale, Léonora Miano, Nil Editions, Exquis d’écrivains,  2009, 100 p.,  12 euros

 

 defi Afrika Choupynette

 

 

Publié dans Littérature Afrique

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Les vagues de Virginia WOOLF

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 « Quand une tremblante étoile apparaît dans le ciel clair, j’en viens à penser que seul l’univers est plein de beauté, et que nous ne sommes que des reptiles dont la luxure souille même les arbres. »

 

L’auteur :

 

Virginia Stephen a grandi dans une famille recomposée dont le père, à la personnalité fantasque mais illustre, sera longtemps le modèle. Elevée dans une atmosphère très cultivée, Virginia développe très tôt une personnalité angoissée avant même que la mort prématurée de sa mère ne l'entraîne sur la pente de la dépression. Avec ses frères et sa soeur, elle fréquente rapidement les milieux artistiques, et à la mort de son père, son rythme créatif s'accélère. Elle est l'auteur de romans, comme 'Mrs Dalloway' ou 'La Chambre de Jacob' qui, en rupture avec les règles classiques littéraires, se veulent des tableaux 'impressionnistes' des méandres de l'âme. Elle a aussi, grâce au soutien permanent de son mari, Léonard Woolf, édité de grands auteurs étrangers, comme Fiodor Dostoïevski ou Freud. Mais sa souffrance psychique est trop forte, Virginia Woolf se suicide en 1941.

 

L’histoire :

 

Publié en 1931, Les Vagues se compose d'une succession de monologues intérieurs entrecroisés de brèves descriptions de la nature. Chaque personnage donne sa voix et se retire dans un mouvement rythmé qui évoque le flux et le reflux des marées. « J'espère avoir retenu ainsi le chant de la mer et des oiseaux, l'aube et le jardin, subconsciemment présents, accomplissant leur tâche souterraine... Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter ; la vie elle-même qui s'écoule. » (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Virginia Woolf transcrit ici des courants de conscience avec un art de l’esquisse parfaitement maîtrisé. La pensée pure des personnages afflue à la surface des pages nous menant par contrebalancement dans les profondeurs de l'âme et de l'identité des êtres. Se découvre alors un monde complexe, tissé de mille fils inextricablement entremêlés, un monde dans lequel les êtres ne peuvent communiquer, condamnés à rester prisonnier de leurs mots, de leurs pensées, de leur incapacité à créer des liens.

 

L'évolution des personnages au fil du temps nous parle des échecs qui apparaissent quand la vie coule sans qu'on s'en aperçoive, et de la difficulté de trouver son identité, si identité il y a.

 

Les interludes lyriques ponctuent superbement ces pensées soumises aux aléas du temps qui passe :

 

 « Sur la maison, le soleil déversait des rayons plus larges. La lumière toucha quelque chose de vert au coin d’une fenêtre, et en fit un bloc d’émeraude, une grotte du vert le plus pur, tel un fruit dénoyauté. La lumière aiguisait le rebord des tables, des chaises, et ourlait de délicats fils d’or les nappes blanches. A mesure que le jour croissait, les bourgeons éclatèrent çà et là, dépliant brusquement leurs fleurs veinées de vert palpitantes comme si l’effort fait pour s’ouvrir les avait mises ne branle, et leurs frêles battants frappant contre leurs parois blanches fit un vague carillon. Les choses se fondaient, perdaient doucement leur forme ; on eût dit que l’assiette de porcelaine s’écoulait, et que le couteau d’acier devenait liquide. Et, tout le temps, le bruit des brisants retentissait, pareil aux grands coups sourds de bûches tombant sur le rivage. »

« Maintenant, je mesure la farine, je fais des confitures. Le soir, je m’assieds dans le fauteuil et je tends la main vers mon ouvrage ; j’entends mon mari ronfler ; je relève la tête quand le passage d’une charrette met dans les vitres le reflet d’une lanterne, et je sens les vagues de ma vie se presser, se briser contre moi comme autour d’un tronc d’un arbre. Et j’entends des cris, et je vois d’autres vies flotter comme des brins de paille autour des piles d’un pont, tout en faisant courir mon aiguille à travers mon calicot. »

 

Un  très beau roman qui nous mène aux portes de la conscience...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

C’est une lecture difficile, qui demande concentration et abnégation pour une plongée en apnée dans les affres de la conscience...

 

« Pour lire ce poète, il faut mettre de côté ses antipathies, sa jalousie et surtout ne pas l’interrompre. Il faut avoir beaucoup de patience, et des soins infinis, et laisser venir à la surface les découvertes de la lumière, qu’il s’agisse de pattes d’araignée délicatement posées sur une feuille ou de l’eau qui gargouille dans un malpropre tuyau d’égout. Rien de doit être rejeté avec crainte, avec horreur. (…) et c’est ainsi (tandis que ces gens continuent leur conversation) qu’on laisse descendre son filet de plus en plus loin de la surface, pour le retirer ensuite avec précaution, et ramener à la lumière ce que ces hommes et ces femmes ont dit, et en faire un poème. »

 

Premières phrases :

 

« Le soleil ne s’était pas encore levé. La mer et le ciel eussent semblé confondus, sans les mille plis légers des ondes pareils aux craquelures d’une étoffe froissée. Peu à peu, à mesure qu’une pâleur se répandait dans le ciel, une barre sombre à l’horizon le sépara de la mer, et la grande étoffe grise se raya de larges lignes bougeant sous sa surface, se suivant, se poursuivant l’une l’autre en un rythme sans fin. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La promenade au phare

Autre : Enfance de nathalie SARRAUTE

 

D’autres avis :

 

Lecture commune avec Keisha et Flo

 

Télérama 

 

 

Les vagues, Virginia Woolf, traduction de Marguerite Yourcenar, Le livre de poche, Biblio romans, 288 p., 1982, 6 euros

Publié dans Littérature Europe

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La promesse de l’aube de Romain GARY

Publié le par Hélène

promesse de l'aube

♥ ♥ ♥

 « Je prenais encore la vie pour un genre littéraire ; » (p. 352)

 

L’auteur :

Romain Gary, de son vrai nom Roman Kacew est un romancier français originaire de Pologne septentrionale, unique double lauréat du Prix Goncourt.

Roman Kacew est le fils de Arieh Leib Kacew et de Mina Owczynska. Kacew est le deuxième époux de la mère de Gary. Gary est élevé par sa mère après le départ de son père du foyer conjugal lorsqu'il était enfant. Gary était juif par ses deux parents.

Après la séparation des parents, Gary arrive avec sa mère en France, à Nice, à l'âge de 14 ans. Il étudie le droit à Paris. Naturalisé français en 1935, il est appelé au service militaire pour servir dans l'aviation où il est incorporé en 1938.

Engagé dans les Forces Aériennes Françaises Libres, durant la Seconde Guerre mondiale, Roman prend le pseudonyme de Gary comme nom de résistant. Décoré commandeur de la Légion d'honneur à la fin de la guerre, il embrasse la carrière diplomatique en 1945. Cette même année, paraît son premier roman L'Education européenne. Pendant sa carrière diplomatique, il écrit de nombreuses œuvres, dont le roman Les racines du ciel, pour lequel il reçoit le Prix Goncourt en 1956. Il quitte le Quai d'Orsay en 1961, après avoir représenté la France en Bulgarie, en Suisse, en Bolivie, aux Etats-Unis.

Désireux de surprendre et se renouveler, Romain Gary utilise, tôt dans sa carrière littéraire, des pseudonymes. Ainsi, publie-t-il L'Homme à la colombe, sous le nom de Fosco Sinibaldi, en 1958. Dans les années 1970, il utilise à la fois les noms de Romain Gary, de Shatan Bogat et d'Emile Ajar.

Las d'être la cible de critiques le considérant réactionnaire, du fait de son passé de diplomate gaulliste, il invente une écriture vive et drôle, à rattacher au courant post-moderniste, sous le nom de plume d'Emile Ajar. Son cousin Paul Pawlovic prête corps à cette allégorie et, en 1975, reçoit le Prix Goncourt pour La Vie devant soi. La supercherie est révélée par Romain Gary dans son œuvre posthume Vie et mort d'Emile Ajar.

Époux de l'actrice Jean Seberg de 1963 à 1970, Romain Gary est aussi lié au cinéma pour la réalisation de deux films Les Oiseaux vont mourir au Pérou (1968) et Kill (1971) ainsi que par des adaptations de ses œuvres, telles que Clair de femme (Costa-Gavras) ou La Vie devant soi (Moshé Mizrahi).

Un peu plus d'un an après le suicide de Jean Seberg (30/08/1979), il se donne la mort 108 rue du Bac. (Source : Babélio)

 

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L’histoire :

 Ce récit coïncide sur bien des points avec ce que l'on sait de l'auteur des Racines du ciel, et Romain Gary s'est expliqué là-dessus : " Ce livre est d'inspiration autobiographique, mais ce n'est pas une autobiographie. Mon métier d'orfèvre, mon souci de l'an s'est à chaque instant glissé entre l'événement et son expression littéraire, entre la réalité et l'oeuvre qui s'en réclamait. Sous la plume, sous le pinceau, sous le burin, toute vérité se réduit seulement à une vérité artistique. "

Le narrateur raconte son enfance en Russie, en Pologne puis à Nice, le luxe et la pauvreté qu'il a connus tour à tour, son dur apprentissage d'aviateur, ses aventures de guerre en France, en Angleterre, en Ethiopie, en Syrie, en Afrique Equatoriale, il nous raconte surtout le grand amour que fut sa vie. Cette " promesse de l'aube " que l'auteur a choisie pour titre est une promesse dans les deux sens du mot : promesse que fait la vie au narrateur à travers une mère passionnée ; promesse qu'il fait tacitement à cette mère d'accomplir tout ce qu'elle attend de lui dans l'ordre de l'héroïsme et de la réalisation de soi-même.
Le caractère de cette Russe chimérique, idéaliste, éprise de la France, mélange pittoresque de courage et d'étourderie, d'énergie indomptable et de légèreté, de sens des affaires et de crédulité, prend un relief extraordinaire. La suprême preuve d'amour qu'elle donne à son fils est à la hauteur de son coeur démesuré.

Mais les enfants élevés par ces mères trop ferventes restent toujours, dit l'auteur, " frileux " de coeur et d'âme, et chargés d'une dette écrasante qu'ils se sentent incapables d'acquitter. Rarement la piété filiale s'est exprimée avec plus de tendresse, de sensibilité, et cependant avec plus de clairvoyance et d'humour. Et rarement un homme a lutté avec plus d'acharnement pour démontrer " l'honorabilité du monde ", pour " tendre la main vers le voile qui obscurcissait l'univers et découvrir soudain un visage de sagesse et de pitié ". (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Dans ce roman magnifique, Romain Gary rend un hommage troublant à sa mère  qui nourrissait de hauts espoirs pour lui et qu’il n’a jamais voulu décevoir. Elle l’a porté vers ce qu’il est devenu avec un dévouement et un amour inconditionnel, unique.

 « [...] Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes

.romain-gary-promesse-aube.jpg On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu’une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son cœur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné. Jamais plus, jamais plus, jamais plus. Des bras adorables se referment autour de votre cou et des lèvres très douces vous parlent d’amour mais vous êtes au courant. Vous êtes passé à la source très tôt et vous avez tout bu. Lorsque la soif vous reprend vous avez beau vous jeter de tous côtés, il n’y a plus de puits, il n’y a que des mirages. Vous avez fait, dès la première lueur de l’aube, une étude très serrée de l’amour et vous avez sur vous de la documentation. Partout où vous allez, vous portez en vous le poison des comparaisons et vous passez votre temps à attendre ce que vous avez déjà reçu. Je ne dis pas qu’il faille empêcher les mères d’aimer leurs petits. Je dis simplement qu’il vaut mieux que les mères aient encore quelqu’un d’autre à aimer. » (p. 38)

 Cette mère entière et passionnée lui a aussi communiqué une vision du monde idéalisée, difficile ensuite à  mettre en adéquation avec une réalité bien moins parfaite…

 « (…) elle continua d’évoquer, avec le même sourire confiant, ce pays merveilleux qu’elle avait apporté avec elle dans son baluchon ; quant à moi, élevé dans ce musée imaginaire de toutes les noblesses et de toutes les vertus, mais n’ayant pas le don extraordinaire de ma mère de ne voir partout que les couleurs de son propre cœur, je passai d’abord mon temps à regarder autour de moi avec stupeur et à me frotter les yeux, et ensuite, l’âge d’homme venu, à livrer à la réalité un combat homérique et désespéré, pour redresser le monde et le faire coïncider avec le rêve naïf qui habitait celle que j’aimais si tendrement. 

Oui, ma mère avait du talent – et je ne m’en suis jamais remis. » (p. 45)

 Pour panser ces blessures encore bien prégnantes dans le cœur de l’auteur, il utilise un humour dévastateur pour désarmer la réalité. Ainsi, il raconte ses exploits amoureux avec décalage et bonhomie, comme cette fois où il est allé jusqu’à manger un soulier en caoutchouc pour sa bien-aimée, puis « un éventail japonais, dix mètres de fil de coton, un kilo de noyaux de cerises – Valentine me mâchait, pour ainsi dire, la besogne, en mangeant la chair et en me tendant les noyaux – et trois poissons rouges, que nous étions allés pêcher dans l’aquarium de son professeur De musique. » (p. 85)

 Il explique combien l’humour est salvateur pour lui :

  « Attaqué par le réel sur tous les fronts, refoulé de toutes parts, me heurtant partout à mes limites, je pris l’habitude de me réfugier dans un monde imaginaire et à y vivre, à travers les personnages que j’inventais, une vie pleine de sens, de justice et de compassion. Instinctivement, sans influence littéraire particulière, je découvris l’humour, cette façon habile et entièrement satisfaisante de désamorcer le réel au moment même où il va vous tomber dessus. (…) L’humour est une déclaration de dignité, une affirmation de la supériorité de l’homme sur ce qui lui arrive. » (p.160)

 Ce roman magnifique est un chant d’amour touchant et profond en souvenir de cette mère entière, passionnée par son fils, dévouée entièrement à son bonheur, cette femme unique qui a permis à Romain Gary de devenir celui qu’il est encore aujourd’hui, au-delà du temps et de la mort, un auteur classique incontournable…

 « La création littéraire  devînt pour moi ce qu’elle est toujours, à ses grand moments d’authenticité, une feinte pour tenter d’échapper à l’intolérable, une façon de rendre l’âme pour demeurer vivant. » (p.175)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les années de guerre se font plus longues : le récit se fait plus dense, plus long, plus ennuyeux, moins humoristique.

 

Premières phrases :

 « C’est fini. La plage de Big Sur est vide, et je demeure couché sur le sable, à l’endroit même où je suis tombé. La brume marine adoucit les choses ; à l’horizon, pas un mât ; sur un rocher, devant moi, des milliers d’oiseaux ; sur un autre, une famille de phoques : le père émerge inlassablement des flots, un poisson dans le gueule, luisant et dévoué. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Une éducation européenne

Autre : Le livre de ma mère de Albert COHEN

 

 

 D’autres avis :

 Blogs : Théoma  Zarline, A girl from earth, Alex, Maggie, Sylvie, Luocine... 

 

La promesse de l’aube, Romain GARY, folio, avril 1973, 7.50 euros

 

12 d'Ys 

  catégorie : Classiques français

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Les oranges ne sont pas les seuls fruits de Jeanette WINTERSON

Publié le par Hélène

  oranges ne sont pas le seul fruit

♥ ♥ ♥ ♥

L’auteur :

 Jeanette Winterson est une romancière britannique.
Connue pour ses romans surtout Les Oranges ne sont pas les seuls fruits, cette romancière est née à Manchester et fut élevée à Accrington dans le Lancashire, au nord de l'Angleterre. 
Oranges est en partie autobiographique : elle raconte son enfance dans une famille très religieuse et ses premières relations homosexuelles. Le ton du roman est parfois surréaliste, souvent acidement humoristique. Adapté pour la télévision, il a eu un réel succès au Royaume-Uni. Il a été traduit en français et en plusieurs autres langues.
Elle est l'auteure de nombreux romans dont certains sont sortis en France notamment: "Arts et mensonges", "Ecrit sur le corps", "Les oranges ne sont pas les seuls fruits", "Le sexe des cerises", "Le roi de Capri", "Garder la flamme" et "Pourquoi être heureux quand on peut être normal"... (Source : babélio)

L’histoire :

"Ma mère n'avait pas d'opinions nuancées. II y avait ses amis et ses ennemis. Ses ennemis étaient : le Diable (sous toutes ses formes), les Voisins d'à côté, le sexe (sous toutes ses formes), les limaces. Ses amis étaient : Dieu, notre chienne, tante Madge, les romans de Charlotte Brontë, les granulés antilimaces, et moi, au début." Les oranges ne sont pas les seuls fruits recrée sur le mode de la fable l'enfance de Jeanette, double fictionnel de l'auteur. A la maison, les livres sont interdits, le bonheur est suspect. Seul Dieu bénéficie d'un traitement de faveur. Ce premier roman nourri par les légendes arthuriennes ou la Bible célèbre la puissance de l'imaginaire. Tout semble vrai dans ce récit personnel mais tout est inventé, réécrit, passé au tamis de la poésie et de l'humour. Publié en 1985 en Angleterre, Les oranges ne sont pas les seuls fruits a connu un immense succès, devenant rapidement un classique de la littérature contemporaine et un symbole du mouvement féministe. (Présentation de l’éditeur)

Ce que j’ai aimé :

Dès les  premières pages, le ton est donné : Jeanette Winterson nous plonge dans sa vie de famille pentecôtiste avec un humour et un ton décalé entraînant... Elle évoque sa mère, religieuse jusqu'au bout des ongles, personnage un peu fantasque prête à croire le premier pasteur qui passe et interprétant les épisodes de la Bible à sa façon... Les autres êtres croisés en ces pages sont tout aussi surréalistes, comme par ce pasteur Finch et son vieux van :  

« Sur les portes arrières et le capot, il avait inscrit en lettres vertes : ME PARADIS OU L'ENFER ?  AVOUS DE CHOISIR. (…) A l’intérieur, il y avait six sièges, pour que la chorale puisse voyager avec lui, avec suffisamment d’espace pour transporter les instruments d emusique et une volumineuse trousse de matériel de premier secours au cas où le démon tenterait de consumer quelqu’un.

« Qu’est ce que vous faites quand il y a des flammes ? avons-nous demandé.

J’ai un extincteur » a-t-il expliqué.

On a été très impressionnés. » (p. 116)

Parallèlement à ses souvenirs, le talent de conteuse de l'auteur, très prégnant dans son recueil "Garder la flamme", s'épanouit aussi ici : elle nous conte des légendes qui éclairent le roman d'une aura philosophique extraordinaire.  

« Elle était parfaite, parce que, en elle, ses qualités et ses forces s’équilibraient parfaitement. Elle était symétrique en tous points. La quête de la perfection, lui avait-elle dit, était en réalité une quête de l’équilibre, de l’harmonie. (…) « C’est la clé du secret, avait-elle dit. Tout est là, dans cet équilibre premier et intime. » » (p. 92)

Derrière l'humour, se cache une critique virulente du fanatisme et de l'errance de la religion qui conduit cette mère adoptive à renier sa fille habitée par Satan parce qu’elle préfère les femmes aux hommes…

Face à tant d'épreuves, la force de cette jeune fille est admirable, l'auteur trouve le ton juste, tout en retenu, intelligent, clairvoyant, faisant mouche à chaque page...

Cette réécriture d'un passage clé de son enfance met en valeur le grand art de l'auteur qui, par l'écriture, nous conte une émancipation physique et intellectuelle prodigieuse...

Jeanette Winterson a réécrit récemment ce pan de son histoire dans Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? : 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, aujourd'hui réédité, est la version romanesque de Pourquoi être heureux quand on peut être normal ? Le second a plus de force, une ampleur chronologique plus grande — il inclut notamment le récit des retrouvailles de l'auteur avec sa mère biologique, il y a tout juste quatre ans. Mais surtout la dimension médi­tative y est omniprésente. C'est cette réflexion protéiforme sur l'enfance, sur les origines, sur l'amour et le temps, qui, au-delà de l'énoncé des faits biographiques, donne au récit son épaisseur, sa belle et universelle valeur. Un prix qui a trait à la sincérité, au pardon, à la confiance. Osons le mot : à la foi en une possible rédemption. « On peut revenir en arrière. On peut reprendre les choses là où on les a laissées. On peut réparer ce que d'autres ont brisé. On peut parler avec les morts. »" — Nathalie Crom, Télérama

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien, je vais lire dans la foulée "Pourquoi être normal" tant j'ai aimé cette lecture !!

Premières phrases :

« Comme la plupart des gens, j’ai longtemps vécu avec ma mère et mon père. Mon père aimait regarder les combats de catch, ma mère, elle, aimait catcher : peu importe contre qui ou quoi. Elle était toujours prête à monter sur le ring. »

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Pourquoi être heureux quand on peut être normal ?

D’autres avis :

Lire 

 

Les oranges ne sont pas les seuls fruits, Jeanette Winterson, traduit de l’anglais par Kim Tran, édition révisée par Hélène Cohen, Editions de l’Olivier, mai 2012, 234 p., 18 euros

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Publié dans Littérature Europe

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