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1199 résultats pour “vie parfaite

Le chapeau de Mitterand de Antoine LAURAIN

Publié le par Hélène

                                          chapeau-de-mitterand.JPG

♥ ♥ ♥

Prix relay des voyageurs 2012

« Le fait d'avoir un chapeau sur la tête vous confère une indéniable autorité sur ceux qui n'en ont pas. » (Tristan Bernard)

 

L'auteur :

http://antoinelaurain.blogspot.fr/

 

L'histoire :

Un soir à Paris, Daniel Mercier, comptable, vient dîner en solitaire dans une brasserie pour se consoler de l'absence de sa femme et de son fils. Sa vie en tout point banale, étriquée même, bascule quand un illustre convive s'installe à la table voisine : François Mitterrand, venu déguster des huîtres en compagnie de deux amis. Son repas achevé, le Président oublie son chapeau, que notre Français tout à fait moyen décide de s'approprier en souvenir. Or le célèbre feutre noir n'est pas un simple trophée : tel un talisman, il ne tarde pas à transformer le petit employé en véritable stratège au sein de son entreprise… Daniel aurait-il sans le savoir percé le mystère du pouvoir suprême ? (Source babélio)

 

Ce que j'ai aimé :

Le chapeau de Mitterand va voyager de tête en tête conférant à ceux qui le portent une aura particulière, remarquable et surtout motrice. Cette idée de départ originale est l'occasion d'un joli conte rondement mené par Antoine Laurain qui nous parle avec poésie des destins individuels modifiés par un détail infime et ridicule, et pourtant quelquefois lourd de conséquences dans la trajectoire d'une vie. L'être humain doit alors s'adapter au chemin élu,  conscient toutefois de ces autres vies parallèles laissées de côté.

« Avoir l'esprit assez flexible pour se tourner à toutes choses, selon ce que le vent et les accidents de la fortune commandent. » (p.148)

Mais la force du roman n'est pas seulement dans son thème, il offre également une plongée dans les années Mitterand au travers la trajectoire de personnages très différents, un parfumeur de talent, une jeune femme de son temps, un banquier issu des milieux bourgeois de la capitale, et Daniel, un homme somme toute banal que le chapeau va aussi transformer.

« Le chantier titanesque du Grand Louvre avait permis la découverte de vestiges remontant au néolithique et depuis les premiers coups de pioche, c'était tout un Paris englouti qu'avaient retrouvé avec passion les archéologues. A qui devait-on tout cela ? A Mitterand bien sûr, avec ses grands travaux : l'Opéra Bastille, la pyramide du Louvre, l'Arche de la Défense. Mitterand savait marquer son temps, il savait s'inscrire dans l'Histoire, et dans le présent. Poser une pyramide en verre devant le Louvre, des colonnes à rayure dans le Palais-Royal, une arche au bout de la perspective de l'Arc de Triomphe, relevait d'une volonté parfaitement anti-conservatrice, iconoplaste. Limite punk. » (p. 147)

Le minitel cotoie Ardisson, les tubes comme "C'est la ouate" de Caroline Loeb, Ardisson, l'émission "Droit de réponse"...

Ce court roman se lit avec plaisir, le sourire aux lèvres, et soudainement, nous aussi nous sentons légers et dotés d'un pouvoir particulier, comme à l'orée du monde.

Une très belle découverte que je dois à la blogosphère qui en a très largement parlé et chanté les louanges.

mitterrand-francois.jpg

 

Ce que j'ai moins aimé :

   - Rien 

Premières phrases :

« Daniel Mercier monta les escaliers de la gare Saint Lazare à rebours de la foule. Des hommes et des femmes descendaient autour de lui, attachés-cases à la main et même valises pour certains. Ils avaient le front soucieux et la démarche rapide. »

 

D'autres avis :

sur Babélio http://www.babelio.com/livres/Laurain-Le-chapeau-de-Mitterrand/333999/critiques

 

Le chapeau de Mitterand, Anttoine Laurain, J'ai lu, mars 2013, 6.50 euros

 

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Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages de Sylvain TESSON

Publié le par Hélène

                                       

♥ ♥ ♥

« Vivre, c’est rafler des instants. »

 

L’auteur :

 Sylvain Tesson est un écrivain voyageur. Il est le fils de Marie-Claude et Philippe Tesson et le frère de la comédienne Stéphanie Tesson et de la journaliste d'art Daphné Tesson.


Géographe de formation, il effectue en 1991 sa première expédition en Islande, suivie en 1993 d'un tour du monde à vélo avec Alexandre Poussin. C'est là le début de sa vie d'aventurier. Il traverse également les steppes d'Asie centrale à cheval avec l'exploratrice Priscilla Telmon, dont il fut le compagnon pendant de nombreuses années, sur plus de 3000 km du Kazakhstan à l'Ouzbekistan. En 2004, il reprend l'itinéraire des évadés du goulag en suivant le récit de Slavomir Rawicz : The Long Walk (1955). Ce périple l'emmène de la Sibérie jusqu'en Inde à pied.

Depuis quelques années, il écrit des nouvelles, dans un registre poétique où souvent l'absurde des situations humaines est montré avec humour. Il collabore également à diverses revues.

Aujourd'hui, Sylvain Tesson est membre d'honneur de l'INREES, Institut de recherche sur les expériences extraordinaires. Il est aussi administrateur de la Guilde européenne du raid et du comité directeur de la Société des explorateurs français.

Ces derniers ouvrages lui ont valu la reconnaissance critique et public. "Une vie à coucher dehors" chez Gallimard à reçu le Goncourt de la nouvelle en 2009, et "Dans les forêts de Sibérie " du même éditeur, le Prix Médicis essai 2011 (Source : Babélio)

 

Présentation :

 Chaque soir, en voyage, devant un paysage, après une rencontre, Sylvain Tesson piège sa pensée et l'épingle dans son carnet. Quelques mots forment un aphorisme et suffisent à décrire la cascade, les fleurs d'un alpage, l'odeur de l'aube dans les sous-bois, le plaisir de la marche. L'amoureux d'aphorismes est un peintre sans pinceau, un photographe sans appareil. Il saisit l'instant en entomologiste. L'aphorisme, lui, est comme le papillon : il éclot de la pensée et s'envole léger. (Source : Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

 Ce petit recueil rassemble des aphorismes, glânés au cours des voyages de l'auteur, selon l'inspiration du moment : 

« Un aphorisme est réussi lorsqu’il n’y a plus rien à ajouter à quelque chose dont il y avait beaucoup à dire. »

« Aphorisme : partie émergée de l’iceberg de la pensée."

 

 « La nuit, on cicatrise du jour."

« Une route serpente sensuellement vers l’échancrure d’un col. »

« Eclair : un orage a eu une idée. »

 

De nombreuses images permettent des rapprochement subtils, l'auteur maîtrise parfaitement l'art de la métaphore :

« Les mauvaises herbes : écume des terrains vagues. »

 

Certains aphorismes se font philosophiques :

« Le printemps devrait nous faire comprendre une bonne fois pour toutes que rien n’est jamais perdu. »

« Après avoir observé le monde extérieur, le hérisson a tiré les justes conclusions. »

« Le tourisme, c’est l’énergie dépensée en parcourant dix mille kilomètres pour se plaindre que les choses ne fonctionnent pas comme chez soi. »

 

Ils sont illustrés par Michel Spinoza qui a réalisé 24 peintures originales our acompagner ces éclats de pensée.

 

                                

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Il ne faut pas les lire tous d’un coup, il vaut mieux en faire son livre de chevet pour picorer, chaque jour ici ou là une pensée...

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur :  Une vie à coucher dehors Dans les forêts de Sibérie ;  Géographie de l’instant  ; S'abandonner à vivre

 

 D’autres avis :

 Mango 

 

Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages, Sylvain Tesson, pocket, 6.10 euros

Publié dans Poésie française

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Les chasseurs d’écume, 1909 les maîtresses du quai, tome 2 de François DEBOIS et Serge FINO

Publié le par Hélène

chasseurs-d-ecume-tome-2.jpg

 

 

 

♥ ♥ ♥ 

 

Les auteurs :

 

  François Debois est né en 1975 et a vécu toute son enfance en Bretagne. Dès l’âge de 7 ans, il se passionne pour les comics américains, et commence à écrire et dessiner des histoires de super-héros.  Dans les années 90 il intègre une association d’auteurs amateurs qui veulent créer des BD conciliant comics, manga et franco-belge. Amateur, c’est bien, mais pro, c’est mieux, alors sous l’impulsion de Jean-Luc Istin, François Debois commence à écrire plusieurs projets pour les éditions Soleil : Les Contes de Brocéliande, le Sang de la Sirène, le Gardien du Feu, Ash. En 2008, il signe deux nouvelles séries triptyques chez Glénat : Magus, série coécrite avec Cyrus et dessinée par Annabel, et Talisman, série dessinée par Montse Martin. Il prépare actuellement deux nouveaux projets pour Glénat, dont un en collaboration avec le grand-par-la-taille Cyrus. Il exerce en parallèle de son activité de scénariste un métier de consultant  en innovation, et est l’auteur du roman Qui a tué l’innovation ?.

 

Serge Fino, dessinateur autodidacte, est né en 1959 à Toulon. Il commence sa carrière de dessinateur par le fanzinat et l'illustration, notamment de nouvelles et de poèmes. En 1994, il dessine aux éditions Soleil Productions une trilogie intitulée Les Soleils rouges de l'Eden. De sa rencontre avec Tarquin naît le projet d'une nouvelle série, dont le premier tome paraît en janvier 1997 : Les Ailes du Phaéton. Il a également signé de son trait réaliste le dessin des BD Starblood, La Couronne de foudre, John Sorrow, Angeline (à partir du T2) ou plus récemment Quand souffle le vent des îles. Les Chasseurs d'Écume est sa première série aux éditions Glénat.

son blog : http://serge.fino.over-blog.com/ 

 

 

L'histoire :

 

 

La guerre est déclarée sur les quais de Douarnenez !

Après une période de disette, la sardine est enfin revenue. Cela fait bien les affaires de Jos Gloaguen, qui a besoin d’argent pour obtenir la main de Denise Guilcher… C’est sans compter sur la loi du plus fort, qui règne aussi au port ! Et à Douarnenez, les plus forts, ce sont les usiniers, qui fixent des prix indécents condamnant les pêcheurs à la pauvreté. Comme un peu partout en Europe, « L’Internationale » va bientôt retentir parmi les pêcheurs de Douarnenez…


François Debois nous raconte comment ces familles de pêcheurs à la vie rude ont acquis, sur plusieurs générations et sur tout le XXe siècle, une dimension héroïque, politique et romanesque. Serge Fino donne crédit et vie à ces Bretons de la mer, inscrivant Les Chasseurs d'écume dans la lignée des grands feuilletons historiques et familiaux, comme Les Maîtres de l'orge.

 

chasseurs d'écume 1 

 

 

Ce que j’ai aimé :

 

Un épisode mené tambour battant, entre la passion qui unit Denise et Jos, l’ombre du futur mari de Denise qui rôde, les luttes pour la sardine, les grèves, pas un instant le rythme ne se ralentit.

  

La vie est une lutte de chaque instant lutte contre les femmes du quai qui refusent de payer cher ce poisson revenu en masse, lutte contre les éléments, la mer, les poissons, lutte entre des familles rivales, marquées par un lourd passif, lutte pour une femme, pour s'extraire de la pauvreté et espérer se construire un avenir radieux...

 

Les dessins magnifiques de François Dubois servent parfaitement cette très belle adaptation du roman de Jean-Claude Boulard L'Épopée de la sardine, un siècle d'histoires de pêches.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien   

 

 chasseurs-decume-2.jpg

Vous aimerez aussi :

 

Des mêmes auteurs : Les chasseurs d'écume tome 1 1901 les premières sardines de François DEBOIS et Serge FINO  

 

 

Les chasseurs d’écume, tome 2, 1909 les maîtresses du quai, Glénat, 48 p., 13.90 euros

  

BD Mango bleu

 

 

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Le singe de Hartlepool de Wilfrid LUPANO et Jérémie MOREAU

Publié le par Hélène

                                             singe_de_hartlepool_couverture.jpg

  

"La nation est une société unie par des illusions sur ses ancêtres et par la haine commune de ses voisins." (Dean William R. Inge)


 

Les auteurs :

 

Wilfrid Lupano est né le 26 septembre 1971 à Nantes mais a passé une grande partie de sa vie à Pau, et réside maintenant à Toulouse. Après un Bac littéraire et une année de philosophie à la Sorbonne, il passe finalement une licence d'Anglais. La BD a toujours fait partie de sa vie, et ce depuis son enfance où ses parents en consommaient beaucoup. Cela lui a permis de s'immerger très jeune dans les techniques narratives et la construction de scénario inhérentes à la BD. Mais c'est surtout par une pratique assidue du jeu de rôle en tant que maître de jeu qu'il s'est forgé de réelles compétences en matière d'imaginaire et de narration. Dans un des bars où il travaillait pour payer ses études, il a rencontré ses deux associés actuels : Roland Pignault et Fred Campoy. C'est ce dernier, devenu son ami, qui lui a proposé de se lancer dans l'écriture de nouvelles et de scénarios, en développant avec lui un personnage dans l'Amérique de XIX° siècle : ainsi est né Little Big Joe. Il puise son inspiration dans les bars (puisqu'il tient maintenant Le Filochard à Toulouse) et autres lieux de vie nocturne. Ce sont pour lui de formidables laboratoires de la nature humaine, où la réalité dépasse bien souvent la fiction. Ses influences sont nombreuses et vont du cinéma, avec les frères Cohen, Mc Quarrey, Audiard, Blier, à la littérature classique et la science-fiction. Même s'il a une énorme culture BD, il avoue préférer puiser dans un autre univers la matière nécessaire à son travail. Aujourd'hui, excepté la poursuite des aventures de Little Big Joe, il a de nombreux projets en tête et désire changer de registre pour travailler l'aventure, le polar ainsi que d'autres genres moins conventionnels.

 Jérémie Moreau est dessinateur et coloriste de BD.

Son blog http://mor-row.blogspot.fr/

  

L'histoire :

 

 En pleine guerre napoléonienne, un navire français fait naufrage au large de Hartlepool. Parmi les débris, un seul survivant : un chimpanzé, mascotte de l'équipage portant l'uniforme tricolore. Mais, dans ce petit village d'Angleterre, où personne n'a jamais vu de Français, l'animal correspond assez bien à l'idée qu'on se fait de l'ennemi. Aussitôt, le singe est traîné en justice, accusé d'espionnage...

 

Ce que j'ai aimé :

 

Les deux comparses nous content une histoire vraie pourtant invraisemblable traitée sur un ton vivave rapide et efficace !

Cette histoire cocasse illustre avec intelligence les méfaits de la haine ordinaire liés à une appréhension de la différence : ces hommes sont ridicules à tenter de prouver envers et contre tout que le singe est bien un français. Sous prétexte qu'il est vêtu de l'uniforme des troupes napoléoniennes, qu'il mange des  grenouilles et des escargots, ils persévèreront dans leur erreur, trop fiers et idiots pour se rétracter !  

  "Des hommes petits, imbibés de nationalisme, ont pendu un singe ! Ah, elle est encore loin la modernité, c'est moi qui te le dis. On est en pleine préhistoire !" (p. 91)

 singe_patterson-dessin-2.jpg

Les dessins s'accordent parfaitement à cet épisode de l'histoire, les personnages sont croqués avec talent, telles des caricatures de racistes ordinaires.

 Un très bel album pour commencer l'année...

 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien

 singe-de-hartlepool-dessin-1.jpg

D'autres avis :

 Presse : Lire

 Blogs : Mango  Noukette Yvan ; Mango 

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Le singe de Hartlepool, Lupano et Moreau, Delcourt, septembre 2012, 14.95 euros

 

BD Mango bleu

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D'après une histoire vraie de Delphine De VIGAN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Le point de démence de quelqu'un, c'est la source de son charme."

Delphine, la narratrice, raconte rétrospectivement la relation particulière qui s'est ébauchée entre elle et L. rencontrée dans une soirée. Cette  L. la séduit peu à peu et les deux femmes deviennent amies, L. sachant se rendre indispensable. Nécessaire. Toujours là quand on a besoin d'elle. L'incarnation vivante de l'amie parfaite. Avec un côté inquiétant, presque aliénant, peut-être la marque indélébile de la véritable amitié ?

"Peut-être était-ce d'ailleurs cela, une rencontre, qu'elle soit amoureuse ou amicale, deux démences qui se reconnaissent et se captivent." p. 178

Les deux amies sont souvent en harmonie sauf sur un point : Delphine est une  écrivain entre deux romans, elle a connu le succés avec son roman précédent très autobiographique, et aimerait maintenant revenir à la fiction, ce à quoi s'oppose fortement L : 

"Les gens s'en foutent. Ils ont leur dose de fables et de personnages, ils sont gavés de péripéties, de rebondissements. Les gens en ont assez des intrigues bien huilées, de leurs accroches habiles et de leurs dénouements. Les gens en ont assez des marchands de sable ou de soupe, qui multiplient les histoires comme des petits pains pour leur vendre des livres, des voitures ou des yaourts. Des histoires produites en nombre et déclinables à l'infini. Les lecteurs, tu peux me croire, attendent autre chose de la littérature et ils ont bien raison : ils attendent du Vrai, de l'authentique, ils veulent qu'on leur raconte la vie, tu comprends ? La littérature ne doit pas se tromper de territoire."  sinon les personnages "seront comme des mouchoirs en papier, on les jettera après usage dans la première poubelle venue." p. 139

Pour Delphine sonner juste suffit : 

"Je crois que les gens savent que rien de ce que nous écrivons ne nous est tout à fait étranger. Ils savent qu'il ya toujours un fil, un motif, une faille, qui nous relie au texte. Mais ils acceptent que l'on transpose, que l'on condense, que l'on déplace, que l'on travestisse. Et que l'on invente. " Elle ne croit pas que le réel suffise : "Le réel, si tant est qu'il existe, qu'il soit possible de le restituer, le réel, comme tu dis, a besoin d'être incarné, d'être transformé, d'être interprété. Sans regard, sans point de vue, au mieux, c'est chiant à mourir, au pire c'est totalement anxiogène. Et ce travail-là, quel que soit le matériau de départ, est toujours une forme de fiction." p. 331

Débat sans fin durant lequel les passions de l'une et l'autre s'exacerbent, instillant le doute dans l'esprit de la narratrice comme du lecteur : L. aurait-elle un projet plus vaste en tête que de simplement conquérir l'amitié de Delphine ? Est-elle une jeune femme équilibrée rencontrée par hasard ou une manipulatrice de génie ? Qui est-elle vraiment ? Et finalement existe--t-elle réellement ? Dans quelle réalité ? celle du roman de Delphine de Vigan ? Dans la vie de l'auteur ? Dans la vie de la narratrice ? Les frontières s'estompent et la narratrice-auteure nous met au défi de démêler le vrai du faux "D'ailleurs, ce pourrait être un projet littéraire, écrire un livre entier qui se donnerait à lire comme une histoire vraie, un livre soi-disant inspiré de faits réels, mais dont out, ou presque, serait inventé." p.448 

Avec génie, Delphine de Vigan revisite le Misery de Stephen King et ce rapport intense qui s'établit entre le lecteur et l'auteur. Elle nous rappelle que l'important n'est pas de démêler le vrai du faux mais d'être pris par une histoire, emporté, coupé du monde pendant le laps de temps que l'on passe immergé dans les pages. Pari réussi !

 

Présentation de l'éditeur : JC Lattès  

D'autres avis : Babelio

Du même auteur Rien ne s’oppose à la nuit 

Prix Renaudot et Prix Goncourt des lycéens. 

 

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Remèdes à la mélancolie d'Eva BESTER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Eva Bester anime une émission sur France Inter le dimanche à 10h dans laquelle elle recueille les remèdes de son invité pour se soustraire à la mélancolie, "le morne regret des chimères absentes" (Baudelaire) . Dans le prolongement de son émission, elle rassemble ici certains remèdes proposés par ses invités et nous propose de piocher des instants de plaisir.

Certains remèdes sont cocasses comme celui de Dany Lafferrière pour qui balayer est un palliatif efficace à la mélancolie. Qu'il s'agisse de cuisiner avec des amis (Adrien Bosc), de savourer un plat de spaghettis aux palourdes, de rire des chatouilles (Antonin Peretjatko), de lire ce qui est écrit sur les paquets de céréales (Christophe Bourseiller), des textes de Desproges, se cacher sous les tables dont les nappes vont jusqu'au sol (s'il est recouvert de moquette), chacun nous offre une étincelle de bonheur.

Mes préférés : 

- Regarder des gens en train de faire de l'aquagym de Babx

"Oui, en fait, donc là je dois l'avouer, j'ai eu pendant un mois l'idée que j'allais faire un peu de sport parce que j'étais ressorti d'un été un peu abominable après une tournée et donc j'allais me remettre en forme dans une salle tout ce qu'il y a de plus absurde, alors là c'est génial en plus et avec des machines et des trucs pour se remettre en forme, et il y avait cette piscine, ce bassin plus exactement, où, derrière une vitre, je voyais des gens régulièrement sautiller sans jamais s'arrêter sur une musique, tout ça dans l'eau. Et tout d'un coup je me suis arrêté et je me suis dit : " Au milieu de l'univers, il se passe ça !", c'est à dire au milieu de tous ces schismes permanents, des guerres, des planètes qu'on n'a pas encore découvertes, il y a un endroit dans tout cet infini où il y a des gens en train de faire dong-dong-dong dans de l'eau avec des bonnets de bain, totalement persuadés de ce qu'ils sont en train de faire et ça m'a fasciné ! Je me suis vraiment dit que l'humain était d'une poésie incroyable pour pouvoir se mettre comme ça dans des pareilles situations et surtout croire dur comme fer à ce qu'il est en train de faire."

- L'absurde "L'absurde drôlatique est la parfaite application de la leçon nietzschéenne : certes, la vie est tragique mais au lieu de nous lamenter, on peut transcender la bassesse de notre condition par l'imagination au service de l'art et du rire. l'absurde est un moyen d'élévation." p. 171

Neige de nuit à Kambara de Hiroshige (Chantal Thomas)

- L'espace et les étoiles car " Je crois que penser aux étoiles, pour moi, c'est l'occasion de se replonger dans le cosmos, dans l'univers : dés qu'on songe à son immensité, même s'il n'est pas infini, dés qu'on songe à cet espace absolument sans commune mesure avec notre corps et nos habitudes terrestres, on ne peut plus se contenter de macérer dans sa seule petite tristesse, ni dans son seul horizon, même s'il est joyeux." Roger-Pol Droit

- la citation choisie par Cécile Sciamma

"Peut-être tous les dragons de notre vie sont-ils des princesses qui n'attendent que le moment de nous voir un jour beaux et courageux. Peut-être que toutes les choses qui font peur sont au fond des choses laissées sans secours qui attendent de nous le secours. Pourquoi voulez-vous exclure de votre vie toute inquiétude, toute souffrance, toute mélancolie alors que vous ignorez leur travail en vous." Rainer Maria Rilke Lettres à un jeune poète

- La chanson choisie par Agnès Desarthe :

- Les films comme The big Lebowski des frères Coen (Christophe Bourseiller et Agnès Desarthe), Chantons sous la pluie pour la scène de danse (Agnès Jaoui et Robin Renucci), Stardust memories de Woody Allen.

Ce que j'ai moins aimé : les arts visuels, les arts sonores ne rendent pas tellement à l'écrit.

Bilan : Une bouffée de bonheur à prescrire de toute urgence !

 

Présentation de l'éditeur : Autrement

D'autres avis :Cathulu, repéré chez elle en début d'année, merci à elle !

 

Merci à l'éditeur pour cette belle découverte !

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Lectures pour la Saint Valentin

Publié le par Hélène

 baiser 

  

Si vous cherchez :

 

Une histoire d’amour :

  

Le scandale de la saison ; La double vie d’Anna Song ; Letraducteur amoureux ; Les années douces Purge ; Un jour ; Traversée ;  Tours et détours de la vilaine fille ; L'île des oubliés ; L’arrière-saison

BD : Chico et Rita ; 

Poésie : Les yeux d’Elsa

  

Une réflexion sur le couple :

  

La patience des buffles sous la pluie  ; La colère des aubergines ; Le traducteur amoureux La tournée d'automne  Les déferlantes ;  Quand viennent les cyclones  ; La fortune de Sila ; La double vie d’Anna Song ; Syngué sabour, pierre de patience ; En attendant Babylone ; Le club Jane Austen ; La délicatesse ;  Le mec de la tombe d’à côté ;  Ce qu’on peut lire dans l’air  ;   Les femmes du braconnier ; Mr.Peanut  ; Désolations  ; L’amant ; Des vies d’oiseaux ; La fille du cannibale ; Texasville ;  L’aiguillon de la mort ; Le jeu des ombres ; L’arrière-saison   

BD : Cinq mille kilomètres par seconde ; Loin d’être parfait

Policier : Intrusion ; Les apparences

 

De l’érotisme :

  

Eros dans un train chinois  ; Sex in America ; Le mardi c’est permis Alice et autres nouvelles ;  Permis pour le rendre fou de plaisir sans passer pour un nympho ; Premières fois ; Diane et autres stories en short  ; Osez pimenter la sexualité de votre couple ; Cinquante nuances de Grey

  

   Une vision du mariage :

  

Drôle de temps pour un mariage  ; Confessions de Paul VERLAINE ; Broderies ; Une si longue lettre ; Une bonne épouse indienne ; Mr.Peanut ; Désolations de David VANN ; 

Une partie de campagne  Ma brillante carrière  ; Madame Bovary ; Certaines n’avaient jamais vu la mer

 

 D’autres idées dans les idées cadeaux :

 

 Envie de volupté :

  

Faire l’amour, Jean-Philippe Toussaint  (suggéré par Carole Fives) 

  

La Comtesse de Ricotta, Milena Agus ; La mariée mise à nu, de Nikki Gemmell ( suggéré par Sophie Adriansen)    

  

Les belles endormies de Kawabata (suggéré par Pierre Frémaux)

 

Premières fois, ouvrage collectif aux éditions Delcourt. 

Cet album est un recueil de nouvelles érotiques très bien écrites, intelligentes et très éloignées de la pornographie brutale et lobotomisante que l’on trouve sur Internet. C’est un livre qui sonne juste, qui sonne vrai. Les auteurs sont variés, proposent des dessins différents ? Si l’on veut s’offrir un album érotique, je recommande vraiment celui-ci.  (suggéré par Yaneck)

  

« Le sexe pour les Nuls ». ( suggéré par Dominique Sylvain)

  

 

Un livre pour donner envie d'aimer :

 

Comment interprêter la question ? Je n'ai pas trop de référence alors je dirai Monsieur Papa de Patrick Cauvin qui parle du lien père fils avec beaucoup de tendresse. (suggéré par Loo)

  

Là aussi une référence s'impose à moi : Marcus Malte avec "Les harmoniques" (série noire) ou Carnage constellation (folio). (suggéré par Jean-Marc Laherrère)

  

Loin de Chandigarh, TEJPAL   (suggéré par Marie-Anne Lacoma)

  

Doomboy par Tony SANDOVAL aux éditions Paquet.

Une histoire d’amour, comment vivre après la mort de celle qu’on a aimé. C’est extrêmement touchant, très bien écrit, très poétique. Cette tristesse, cette passion, est vraiment bien illustrée. Les effets d’aquarelle contribuent bien à cela. (suggéré par Yaneck)

 

Le Hussard sur le toit, Jean Giono (suggéré par Aliette Armel)

 

« Out Of Sight » d’Elmore Leonard, et pour se calmer, « La Duchesse de Langeais » de Honoré de Balzac (quoique…). (suggéré par Dominique Sylvain)

 

Il faurait une histoire d'amour qui finisse bien, et là, finalement, il n'en existe pas tant que ça. Eviter absolument Belle du Seigneur, brrr! (suggéré par Keisha)

 

 L’amant de Marguerite DURAS (suggéré par Hélène)

 

Publié dans Idées cadeaux

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Déceptions et abandons

Publié le par Hélène

7 de Tristan Garcia

Pitch : Sept fois le monde. Sept romans miniatures.
Il y sera question d’une drogue aux effets de jouvence, de musique, du plus beau visage du monde, de militantisme politique, d’extraterrestres, de religion ou d’immortalité. Sept récits indépendants dont le lecteur découvrira au fil des pages qu’ils sont étroitement liés.
Peu à peu, comme un mobile dont les différentes parties sont à la fois autonomes et solidaires, 7 compose une image nouvelle de la psyché de l’homme contemporain, de ses doutes et de ses croyances nécessaires.

Mon avis : Une collègue me l'a prêté en me disant qu'elle n'avait rien lu de plus réjouissant depuis longtemps. Je n'ai pas été ferrée pour ma part, je n'ai pas aimé le style, les personnages...

La servante écarlate de Margaret Atwood

Pitch : Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, « servante écarlate » parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler… En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté.

Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s'est vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n'est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n'a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d’oeuvre de Margaret Atwood, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.

Mon avis : Un univers trop glauque pour moi, sans compter que ce roman appartient au genre de la dystopie auquel j'ai tendance à ne pas adhérer.

Le sport des rois de CE MORGAN

Pitch : Riche propriétaire terrien du Kentucky, Henry Forge dédie sa vie à la recherche de la combinaison génétique idéale pour créer le cheval parfait, une machine de course imbattable et grandiose. Digne héritier d’une famille autoritaire habituée depuis des décennies à posséder, commander, dominer, il fait tout plier à sa volonté, la génétique comme sa fille unique, Henrietta, à qui il transmet son obsession. Dans une ville voisine, Allmon Shaughnessy, un jeune homme noir élevé dans les quartiers pauvres par une mère souffrante, grandit dans un monde de discriminations et d’injustices où les violences policières sont légion. Déterminé à changer le cours de son destin et à conquérir la fortune qu’il mérite, Allmon arrive chez les Forge : garçon d’écurie au talent rare et à l’ambition dévorante, il va mener à la victoire une pouliche de légende, Hellsmouth, bouleverser l’équilibre malsain de la famille et découvrir l’envers du rêve américain.
Œuvre monde, Le sport des rois nous emporte dans son impétueux courant, profond et violent comme le fleuve Ohio. C. E. Morgan nous offre une plongée vertigineuse dans les abysses de l’esclavage et de son héritage, entremêle avec brio les époques et les lieux et livre, par la force unique de son souffle, une exceptionnelle épopée américaine sur plus de trois générations.

Mon avis : J'avais lu tant d'avis positifs que j'avais envie de l'aimer. Mais les personnages sont profondément antipathiques, marquants en raison de leur manque d'humanité. de plus, l'action n'avance pas, l'autre personnage principal (Allmon) n'apparait qu'après la page 100.

Paris mille vies de Laurent Gaudé

Pitch : Guidé par une ombre errante, l'écrivain-narrateur déambule de nuit dans un Paris étrangement vide, se remémorant des scènes proches ou lointaines, des existences anonymes ou fameuses, des personnalités tutélaires (Villon, Hugo, Artaud...).
Mille vies l'ont précédé dans cette ville qui l'a vu naître et mettre au monde lui-même tant de personnages. Un récit sur la présence des absents, qui mêle l'autofiction au fantastique pour esquisser un art poétique.

Mon avis : Je n'ai pas réussi à accrocher, rien ne me happait, je devais relire trente fois la même page pour avancer, tout coulait

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Top 20 des livres

Publié le par Hélène

Sur Instagram court un challenge organisé par Un livre chacune qui consiste à citer les vingt livres qui nous ont le plus marqués / secoués . Je me suis prêtée au jeu. Je me suis rendue compte que ces choix étaient souvent dus à des rencontres marquantes, des partages harmonieux...

Les contes d'Enid Blyton, et La série des Alice, lus et relus en rallumant en douce la lumière bien après l'extinction officielle des feux...

Jane Eyre, lu très tôt - en 6ème je crois - d'un romantisme parfaitement adapté à mon adolescence !

Le vent sombre, lecture partagée avec ma sœur et mon père, je le relis actuellement, je l'aime toujours autant !

Que ma joie demeure est l'un de mes livres préférés, il incarne ma vision de la vie :

"Ce n'est pas vrai. S'il n'y avait pas de joie, il n'y aurait pas de monde. Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de joie. Quand on dit qu'il n'y a pas de joie, on perd confiance. Il ne faut pas perdre confiance. Il faut se souvenir que la confiance c'est déjà de la joie. L'espérance que ça sera tout à l'heure, l'espérance que ça sera demain, que ça va arriver, que c'est là, que ça attend, que ça se gonfle, qua ça va crever tout d'un coup, que ça va couler dans notre bouche, que ça va nous faire boire, qu'on n'aura plus soif, qu'on n'aura plus mal, qu'on va aimer." 

Un été dans l'ouest a provoqué en moi des velléités de voyages et m'a fait comprendre combien la liberté comptait à mes yeux.

Christian Bobin marque ma rencontre avec Fanette, une amitié forte, inoubliable.

Proust fut un éclair fulgurant quant à la place de la littérature dans ma vie, lecture partagée avec Julie cette fois-ci.

"Le rôle de la littérature est de révéler des réalités cachées sous des vérités acquises."

Saint John Perse : le sujet de mon mémoire, suggéré par Henriette Levillain, présente à une période importante de ma vie

Une année à la campagne et Jacques Poulin sont en relation avec ma rencontre avec Bénédicte que je garde toujours dans mon cœur, tendrement.

François Cheng a une sensibilité qui me parle et là encore je partage cette passion avec ma mère et ma sœur.

Jorn Riel m'a sorti de la déprime plus d'une fois !

Swan Peak est un de mes romans policiers préférés.

Ma famille et autres animaux et les autres romans de la série sont des bols d'air tellement drôles et tonifiants !

La patience des buffles sous la pluie est un jalon essentiel puisque il est le premier article de ce blog. Le texte suivant m'accompagne souvent :

"Quand je l’ai rencontrée, j’étais tellement heureux que je me suis écrit une longue lettre dans laquelle j’ai raconté tout mon bonheur dans les moindres détails, je n’ai rien oublié, tout ce qu’on a vécu, tout ce que j’éprouvais, tout ce que je pensais, tout ce qu’elle disait, tout, même les  choses les plus insignifiantes. Ensuite je me suis envoyé la lettre en recommandé avec accusé de réception, et quand je l’ai reçue, je l’ai rangée dans un coin. Quelques années plus tard, on était
toujours ensemble et, franchement c’était plus pareil. On avait tous les deux changé, on s'aimait
plus du tout de la même façon, notre amour était beaucoup plus sourd, enfoui, tellement enfoui
que c'était à se demander si on s'aimait encore. À tel point que j’ai pensé à me barrer.  Alors
j’ai décacheté la lettre. Ça m’a suffi pour me convaincre de rester. "

Comment Wang Fo fut sauvé et Le héron de Guernica : deux textes qui allient poésie et engagement, ils rappellent le rôle essentiel de l'art et de la beauté.

Petit Pays : ce roman m'a permis de découvrir les chansons de Gaël Faye, des textes magnifiques !

Mike Horn : L'aventurier par excellence, qui nous rappelle de ne jamais perdre la foi en nos projets. Son parcours est extraordinaire. Chacune de ses phrases me touchent.

"Au cœur de la longue nuit polaire, je me suis laissé guider par mon instinct. Tout était simple : vivre, chercher un endroit pour se reposer, manger. C'est dans les grandes épreuves que se révèle l'étincelle humaine. c'est devant l'immensité de la montagne que je suis moi-même, petit, mais bien là. Il serait bien sûr illusoire de rejeter notre civilisation moderne. Mais il faudra bien retrouver le sens premier des choses. Le miracle des feuilles au printemps, le parfum du vent, le bourdonnement des abeilles, la beauté de l'horizon... Toutes nos puces électroniques, nos ordinateurs, nos écrans et nos robots ne nous donneront jamais le bonheur. "

 

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Ils ne sont pour rien dans mes larmes d’Olivia ROSENTHAL

Publié le par Hélène

ils ne sont pour rien dans mes larmes

 ♥ ♥ ♥

  « Le cinéma ouvre à une liberté qui est sans lieu, sans paroles, sans voix, c’est un véritable espace intérieur. » (p. 49)

 

L’auteur :

 Olivia Rosenthal a publié six récits (tous aux éditions Verticales) qui mettent aux prises des personnages obsessionnels, inquiets, décalés, avec un monde dans lequel ils ne se reconnaissent jamais tout à fait. Mes petites communautés (1999), Puisque nous sommes vivants (2000), L’Homme de mes rêves (2002) ou Les Fantaisies spéculatives de J.H. le sémite (2005) s’attachent aux formes étranges que prend la pensée d’un personnage quand, incertain de son identité, il est entièrement laissé à lui-même.

Olivia Rosenthal a également expérimenté des formes d’écriture plus directement adressées : fictions radiophoniques ou pièces de théâtre. Sa première pièce de théâtre Les Félins m’aiment bien éditée chez Actes Sud-Papiers a été mise en scène par Alain Ollivier au théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis en 2005. Depuis elle a écrit deux autres pièces et travaille actuellement sur la part d’oralité que toute écriture recèle.
C’est dans cet esprit qu’elle s’est engagée dans des performances où elle dit en direct et en son nom propre des textes humoristiques, grinçants et décalés sur nos folies ordinaires. Ces textes écrits pour la scène en collaboration avec cinéastes, écrivains ou plasticiens, ont été présentés dans divers lieux artistiques et festivals (Lieu Unique à Nantes, festival des Intranquilles aux Subsistances, Ménagerie de Verre à Paris ou prochainement festival « Court toujours » à la Scène nationale de Poitiers).

Dans le cadre de ce travail qui associe l’écriture à des formes de lectures en direct, elle s’est engagée dans un projet sur l'« architecture en paroles ». Le premier volet est un récit-fiction réalisé pour le 104 : Viande Froide, aux éditions Lignes. Dans cette série toujours, elle a également publié Les Lois de l’hospitalité chez Inventaire-Invention.

Elle propose en mars 2012, dans la collection Minimales, Ils ne sont pour rien dans mes larmes, un récit morcelé qui explore les différentes relations, intenses et intimes, des personnages à leur film préféré. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

« Quel film a changé votre vie ? » C’est la question simple et vertigineuse que pose ce livre. Pour y répondre, quatorze voix singulières racontent comment le cinéma est entré par effraction dans leur existence. C’est un livre sur tous ceux qui fréquentent les salles obscures pour se rassurer, pour oublier, pour se divertir, pour comprendre, pour avoir peur. On y rencontre des acteurs, des couleurs et des sons, des histoires de famille, des exemples à suivre, des motifs de rupture, toute une intimité avec des images souvent anciennes qui, passées au crible de la mémoire, continuent à hanter nos esprits et nos corps.

On y apprend que l’art n’est pas nécessairement coupé de la vie et on se dit que c’est une information à retenir.  (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 Les quatorze personnages qui s’expriment en ces pages ont un lien viscéral très fort avec le cinéma, ou à tout le moins, avec un film vu un jour un peu par hasard. Qu’il soit une claque monumentale, un miroir de nos émotions, qu’il offre une réponse à certaines questions et éclaire des zones d’ombre, qu’il densifie la vie, le film évoqué a laissé une marque indélébile chez le personnage qui en parle. Comme s'il s'était adressé directement à eux, par des voies mystérieuses :

 « Les enfants imaginent que leur père a quelque chose à leur dire. Ils imaginent que leur père n’arrive pas à le leur dire. Ils imaginent que le cinéma dira quelque chose à la place de leur père, que chaque film est une grande histoire parlée qui leur est directement adressée. Au lieu de regarder les images, ils écoutent et écoutent encore comme s’ils entendaient enfin la voix de leurs parents. » (p. 29)

 Le texte regorge d'aphorismes, de phrases lumineuses qui sonnent et résonnent en nous, lecteurs et spectateurs :

 « Quand on est habité par l’art cinématographique, on est plus fort que ses échecs, on croit qu’on pourra par sa seule générosité plier le monde à son désir. » (p. 41)

  rouge.jpg

Rouge de Krysztof KIESLOWSKI

Tout spectateur se souvient lui aussi d'une osmose parfaite entre lui et un film, il garde en lui la puissance d'une réplique, la force de larmes, la délivrance d'un rire. En cela, ce petit livre sans prétentions émeut profondément le lecteur et lui rappelle la force de cette émotion perdue. Olivia Rosenthal elle-même évoque dans une scène finale avec humour et sensibilité ses propres réactions devant Les parapluies de Cherbourg :

 « La première fois que je vois ce film

En compagnie de mon seul et unique amour

Et d’un couple d’amis

Je pleure tellement

Que je n’ose pas me lever

Ni regarder autour de moi

Ni parler

Et que je reste collée à mon fauteuil

Tête baissée

En faisant semblant d’être très occupée

A chercher quelque chose

Que je n’arrive pas à retrouver.

(…)

Avouer qu’on ne cherche pas ses clefs

Sous les fauteuils d’orchestre du dernier rang

Mais juste qu’on se cache

Pour pleurer

C’est sans doute pénible

Mais ça a l’avantage

D’être clair

Bien qu’à la vérité ça ne permette pas d’élaborer

Une analyse précise et poussée

Des raisons pour lesquelles on est à ce point-là

Affectée. » (p.100)

  parapluies-de-cherbourg-1963-10-g

Ce que chante Olivia Rosenthal à travers ces personnages n’est pas simplement un hymne au cinéma, mais bien un hommage poignant à la culture, à l’art qui transcende le réel pour mieux le pénétrer et l’imprégner. Cet art influe sur nos vies et dessine des trajectoires dans des destins humains, il est finalement indissociable de la vie même tant les fils qui tissent les fictions et la réalité sont entremêlés…

 

 Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

« J’ai le vertige.

Depuis que ma sœur s’est jetée par la fenêtre, j’ai le vertige.

Quand on se jette du septième étage d’un immeuble parisien, sans matériel particulier pour freiner sa chute, on le fait pour mourir.
Parachutes, deltaplanes, ballons, corde, mousquetons, aile, cape, filets, toiles, tapis, matelas
les moyens ne manquent pas d’éviter le pire
si donc on n’utilise pas tous les moyens pour survivre, c’est qu’on se jette pour mourir.

Je me penche, je vacille, je bascule, je lâche, je plonge, je me renverse, je chute, je tombe, je cogne, je percute, je me heurte, je me brise, je m’endommage, je me fracture, je me fracasse, je m’ouvre, je me défais, je me disloque, je me déchire, je me désagrège, j’éclate. »

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Que font les rennes après Noël

Autre : Nous aurons toujours Paris de Eric FAYE

 

D’autres avis :

Presse : Magazine littéraire  Télérama  L’express  

Blogs : Les 8 plumes  Antigone  

 

Ils ne sont pour rien dans mes larmes, Olivia Rosenthal, Verticales, mars 2012, 109 p., 11.50 euros

 dialogues-croises

 

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