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1199 résultats pour “vie parfaite

L'amie prodigieuse de Elena FERRANTE

Publié le par Hélène

♥ ♥

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Elles deviennent rapidement amies, même si leurs vies ne prennent pas les mêmes directions : Lila abandonne l'école pour travailler avec son père cordonnier tandis que Elena va au collège puis au lycée, soutenue par ses professeurs.

Sur la toile de fond de leur enfance se dessinent des conflits entre les familles, entre bandes rivales, entre catégories sociales... Une rivalité sous-jacente se joue sous les sentiments pourtant sincères d'Elena pour Lila. A l'adolescence, cette jalousie se cristallise autour des études ou de la beauté, dans un va-et-vient lié aux déboires adolescentes.

Là encore, leurs destins prennent des tournures différentes puisque Lila décide de se marier avec un homme riche qui lui apportera une aisance financière ainsi qu'à sa famille, quand Elena continue ses études et hésite en amour.

Cette peinture vibrante d'une amitié indéfectible est le premier tome d'une tétralogie consacrée au destin des deux femmes.

Ce que j'ai moins aimé : A trop rester rivée uniquement sur les deux femmes, une lassitude finit par se faire sentir. Des intrigues secondaires auraient peut-être apporté un souffle romanesque supplémentaire bénéfique au roman...

Bilan : L'amie prodigieuse décrit avec talent le destin des deux amies qui se nourrissent mutuellement des bonheurs et déceptions de l'une ou de l'autre.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

D'autres avis : Babélio ; Noukette

Vous aimerez aussi : la suite Le nouveau nom ; D'acier de Silvia Avallone

Sur l'identité de Elena Ferrante : Actualitté

 

L'amie prodigieuse, Enfance et adolescence, Elena Ferrante, traduit de l'italien par Elsa Damien, Folio, décembre 2015, 448 p., 7.99 euros

 

Lecture commune du Blogoclub

 

Publié dans Littérature Europe

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Un beau mariage de Molly Keane

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles pauvres choses désarmées la vie fait-elle de nous, avec ses tentations démoniaques !" p. 142

Les Sorrier vivent dans le domaine de Sorristown en Irlande depuis plusieurs générations. Le maître mot du domaine reste l'oisiveté dans laquelle se complaisent les habitants actuels : Roguey, Jer et leur soeur Maeve. Mais un évènement se prépare puisque la délicate Maeve doit épouser le Major Rowland Arthur Fountain, l'homme le plus populaire du comté de Westcommon, réalisant ainsi "un beau mariage". Les demoiselles d'honneur commencent à arriver, et l'équilibre apparent de cette bonne société vacille alors dangereusement ...

Molly Keane peint avec talent les sentiments humains et leur complexité, sachant traquer derrière les convenances le désir animal qui sème rapidement la panique dans l'équilibre fragile de cette bonne société. Les personnalités des uns et des autres ne sont pas toujours en adéquation avec leurs véritables sentiments et penchants, et la vertu elle-même dans toute sa splendeur en prend pour son grade. Dans le monde aigre-doux de Molly Keane, rien ne tient, tout file.

"Son propre coeur réclamait la justice, alors qu'il n'y a pas de justice, seulement des conséquences. Et les conséquences sont les choses les plus inconséquentes et les plus incalculables du monde. Elles peuvent tout aussi bien sauter par-dessus la tête du scélérat impénitent qui les a provoquées, et atterrir, lourdes de calamités, sur l'échine courbée d'une victime, dont le fardeau à porter est déjà au-dessus de ses forces." P. 294

Dans Un beau mariage, son premier roman, l'auteur insiste sur le mystère du mariage résidant sur des sentiments évaporeux qui peuvent s'envoler en quelques secondes ...

 

Du même auteur : Fragiles serments  ; Chasse au trésor 

Présentation de l'éditeur : Gallimard Editions de la Table Ronde

D'autres avis : Lettres d'Irlande et d'ailleurs

 

Un beau mariage, Molly Keane, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, La table ronde, 1997, 335 p., 8.70 euros

Publié dans Littérature Europe

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LOL est aussi un palindrome de Mathilde LEVESQUE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

- Madame c'est du gâchis que vous soyez prof.
- Ah.
- Vous auriez dû être avocate ou politicienne ou chef de gang, vous savez trop embrouiller."

 

Mathilde Levesque est agrégée de lettres modernes et docteur en langue et littérature françaises. Elle enseigne en zone sensible depuis 2011. Elle a recueilli ici les meilleures répliques de ses élèves de seconde, première et BTS du lycée Voillaume d'Aulnay-sous-Bois où elle enseigne depuis trois ans.

« Au début, je voulais juste garder une trace des échanges en classe qui m’avaient fait rire. Au fil de ces trois années, je me suis donc constitué un petit recueil de citations de mes élèves. C’est mon éditrice, ancienne camarade de classe, qui m’a proposé d’en faire un livre. Je me suis dit que c’était une bonne occasion de montrer que des élèves du 93 peuvent être aussi malins et intelligents que d’autres issus d’établissements plus favorisés », a expliqué Mathilde Levesque, dans une interview accordée à L’express.fr.

Et effectivement, l'ensemble est drôle et bien vu. Les rapports de complicité entre prof et élève sont flagrants, et pourront sans doute revaloriser un métier en perte de vitesse...

Quelques exemples :

En début d'année :

"Madame, "nous serons", ça s'écrit avec un s ou avec un t ?

- ...

- Ah mince... Vous savez pas."

 

 

Les occurrences bien connues de ceux qui côtoient les jeunes de "Madame, vous êtes sérieuse ?" ou les "Avouez" ou les tchip sont nombreuses :

-"A votre avis, quel enseignement peut-on tirer de l'histoire de Narcisse ?

-Qu'il faut avoir nager !

- ...

- Avouez !"

 

"-Mais Madame, comme dit le proverbe : "La vérité prend l'escalier quand le mensonge prend l'ascenseur, mais on verra bien là-haut".

- ...

- Avouez !"

Des questions essentielles :

"Madame, mais du temps de Zola, ils avaient des amendes quand ils conduisaient le tracteur en ayant bu ?"

» Pratiquer l’ironie ou l’auto-dérision avec les élèves, c’est leur enseigner comment ils peuvent prendre de la distance avec ce qu’ils entendent, ce qu’ils voient, ce qu’ils lisent… C’est finalement être capable de rire de tout, y compris de Ronsard et de Corneille! Une compétence essentielle. Quand ils quitteront le lycée, la plupart de mes élèves n’auront plus à faire des commentaires de texte; mais cette capacité à prendre du recul, que nous avons développée ensemble, elle leur servira toute leur vie. »

 

Présentation de l'éditeur : Editions First  Points

D'autres avis : Le Monde

 

Sorti en poche en septembre 2016 chez Points

Publié dans Jeunesse Documents

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La petite et le vieux de Marie-Renée LAVOIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"La réalité, discrètement, se faisait belle."

"La petite" se fait appeler Joe. Elle se plait en effet à être une fille qui vit comme un garçon, comme son idole de dessin animé Lady Oscar, capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Elle pense qu'en effet être un garçon dans sa famille pas très riche serait plus utile qu'être une fille, raison pour laquelle elle tente de rendre service en accomplissant des petits jobs comme distribuer des journaux ou servir des joueurs de bingo. Joe grandit dans les années 80 au Québec, elle a huit ans et trois soeurs : Jeanne, Margot et la petite Catherine. Ses problèmes se résument à "Comment faire pour courir aussi vite qu'Isabelle-12 à l'école, commente faire pour avoir les cheveux très longs rapidement, comment faire pour empêcher mes seins de pousser, comment faire pour que papa arrête de vomir le matin avant de partir travailler, etc." En effet, son père traine un mal-être lancinant qu'il noie dans l'alcool, et sa mère tient la maisonnée d'une main de maitre, ponctuant ses phrases d'un "C'est toute" qui interrompt immédiatement toute velléité de résistance.

Un beau jour, Joe rencontre Roger, "le vieux" qui s'installe à côté de chez eux. C'est un vieil homme un peu grincheux, ayant la fâcheuse habitude de jurer, mais il se révèle au fil du temps un ami précieux.

Avec tendresse et douceur, l'auteure peint le quotidien de cette jeune fille, entre déconvenues de l'enfance, découverte du monde quelquefois incompréhensible des adultes, angoisses et profondeur de l'amour de ses proches. Un roman touchant, qui rappelle que si la vie se veut quelquefois cruelle, la tendresse et l'amour portés par les autres sauve finalement de tout...

 

Présentation de l'éditeur : XYZ Editeur ; Folio

D'autres avis : Babelio

Vous aimerez aussi : Mon top ten à la québécoise ; Karine

 

La petite et le vieux, Marie-René Lavoie, Folio, juillet 2015, 7.7 euros

 

 

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Coups de coeur 2017

Publié le par Hélène

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Les voyages d'Anna de Emmanuel LEPAGE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Je revois encore le jeune Abdellah nous servir le thé à la menthe dans le soleil couchant ; je sens encore le sable chaud du désert au creux de ma paume..."

Entre 1885 et 1910, Anna parcourt le monde en compagnie de Jules Toulet, le célèbre peintre voyageur. Pour le peintre, la belle jeune femme agit comme une muse, et bien souvent, il la prend comme modèle. Les années passent, puis Anna quitte un Jules qu'elle laisse désoeuvré. Aujourd'hui, alors qu'elle parcourt les carnets que Jules lui a laissés, Anna lui écrit la lettre qu'il a attendue toute sa vie.

Par le biais des dessins, elle revient sur les voyages qu'ils ont accompli ensemble à travers quinze pays, de Venise à l'Antarctique en passant par le Cameroun, le Maroc, le Mexique... Par ses lettres, elle retrace son histoire et livre son état d'esprit.

Emmanuel Lepage signe là un superbe carnet de voyage "scénarisé" entre le carnet et la bande dessinée, avec des textes écrits par Sophie Michel.

Ce que j'ai moins aimé : Malheureusement, pour moi, le style de l'histoire n'est pas à la hauteur des dessins : "J'ai connu toutes sortes d'amours, mais ai-je connu l'Amour avec un grand A ? " / " En fait, je le sais maintenant, tu étais venu me chercher, tu espérais que j'aie mûri, tu souhaitais plus que tout que je visse ton amour. Et moi... Je ne connaissais pas d'attache, je ne connaissais même pas d'attache, je ne connaissais même pas le mot "demain" et j'ai continué d'être le feu-follet que je suis toujours."

J'aurais aimé plus de poésie pour s'accorder aux dessins, mais je reconnais que la barre était haute !

A noter qu'il existe une suite : Les voyages d'Ulysse

 

Présentation de l'éditeur : Daniel Maghen

Du même auteur :  Un printemps à Tchernobyl ♥ ♥ ♥ Voyage aux îles de la Désolation ♥ ♥ 

 

Les voyages d'Anna, Emmanuel Lepage, Editions Galerie Daniel Maghen, 2005, 23 euros

 

C'était ma BD de la semaine hébergée cette semaine par Moka

 

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Huis clos de Jean-Paul SARTRE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Tu n'es rien d'autre que ta vie."

Dans un salon empire, débarquent trois personnages, trois pécheurs, Garcin, Inès et Estelle. Ils en se connaissent pas, ne se sont jamais croisés, sont issus de milieux différents, mais vont devoir apprendre à vivre ensemble, dans cette pièce. Chacun des trois personnages sera jugé par les deux autres sur les actes qui ont constitué son existence. La pièce ne comporte pas de miroir, de fait c'est le regard de l'autre qui sert de jugement. Pas de bourreau dans cette antichambre des enfers, l'autre se chargera bien assez facilement du travail !

"Ouvrez ! Ouvrez donc ! J’accepte tout : les brodequins, les tenailles, le plomb fondu, les pincettes, le garrot, tout ce qui brûle, tout ce qui déchire, je veux souffrir pour de bon. Plutôt cent morsures, plutôt le fouet, le vitriol, que cette souffrance de tête, ce fantôme de souffrance, qui frôle, qui caresse et qui ne fait jamais assez mal."

L'enfer c'est le regard que nous portons sur les autres, du fait de l'image que nous leur renvoyons. cela ne signifie pas que tout rapport à l'autre est impossible,  mais qu'il faut s'abstraire de cette dépendance au jugement d'autrui.

"- Estelle, est-ce que je suis un lâche ?

- Mais je n'en sais rien, mon amour, je ne suis pas dans ta peau. C'est à toi de décider."

L'enfer, ce sera de trop porter attention au moindre haussement de sourcil de l'autre, au moindre mot à double sens, alors qu'au fond, notre vérité est en nous et non pas en l'autre.

"Alors c'est ça l'enfer. je n'aurais jamais cru... Vous vous rappelez : le soufre, le bûcher, le gril... Ah ! Quelle plaisanterie. Pas besoin de gril : l'enfer, c'est les Autres."

L'homme est englué dans sa mauvaise foi, Garcin dans la pièce est lâche quand Estelle n'assume aucunement ses actes. Inès seule assume l'entièreté de ses actes, elle est la seule "authentique" de la pièce. Et sans ce réveil nécessaire, nous sommes des morts vivants, des "encroutés", nous sommes libres de nous détacher de ces contingences

"On est ce qu'on veut. (...) Seuls les actes décident de ce qu'on a voulu"

Nous pouvons changer des actes par d'autres actes, nous pouvons briser le cercle infernal, l'homme est libre et responsable de son existence, comme le répète les existentialistes. L'homme existe et se construit ensuite, et de fait, il est responsable de ses actes.

Un texte terriblement d'actualité au regard des réseaux sociaux, l'Autre par excellence...

 

Présentation de l'éditeur : Folio

 

Huis clos, Jean-Paul Sartre, Folio, 256 p., 7.80 euros

 

Publié dans Théâtre

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Sapho de Alphonse DAUDET

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Quel maléfice tenait donc, dans cette vie à deux ?"

Jean Gaussin tombe amoureux de Sapho dans les milieux interlopes du Paris bohème et s'attache à cette femme plus âgée que lui. Il découvre qu'elle est en fait une courtisane et comprend que cette femme issue d'un tout autre milieu que le sien fera son malheur, mais il se rassure en se disant qu'il la quittera, quand sa nomination à l'étranger arrivera. Mais les liens sont difficiles à couper quand l'amour s'invite...

Sapho, Moeurs parisiennes paraît pour la première fois sous forme de feuilleton dans l’Echo de Paris en 1884 puis chez G.Charpentier aussi en 1884. Ce roman permet de s'interroger sur les rouages du sentiment amoureux et du couple. Jean est un jeune amoureux impétueux, freiné souvent par Sapho, plus expérimentée. Il offre finalement une vision sans concession du couple avec notamment cette métaphore de la première montée des escaliers quand Jean choisit de porter sa femme jusqu'aux étages :

"Il monta le premier étage d'une haleine, heureux de ce poids que deux beaux bras, frais et nus, lui nouaient au cou.

Le second étage fut plus long, sans agrément. la femme s'abandonnait, se faisait plus lourde à mesure. Le fer de ses pendeloques, qui d'abord le caressait d'un chatouillement, entrait peu à peu et cruellement dans sa chair.

Au troisième, il râlait comme un déménageur de piano ; le souffle lui manquait, pendant qu'elle murmurait, ravie, la paupière allongée : "Oh ! m'ami, que c'est bon ... qu'on est bien..." Et les dernières marches, qu'il grimpait une à une, lui semblaient d'un escalier géant dont les murs, la rampe, les étroites fenêtres tournaient en une interminable spirale. ce n'était plus une femme qu'il portait, mais quelque chose de lourd, d'horrible, qui l'étouffait, et qu'à tout moment il était tenté de lâcher, de jeter avec colère, au risque d'un écrasement brutal."

Sapho est-elle une femme corruptrice ? La ville de Paris serait-elle corruptrice également, lieu de perdition, par rapport à la province, plus saine et  simple ? Pour écrire ce roman Alphonse Daudet se serait inspiré de son expérience tumultueuse qu’il vécut, étant jeune, avec Marie Rieu. Il hantait également les milieux bohèmes de l'époque et sa peinture de Paris rayonne de réalisme.

 

Présentation de l'éditeur : Flammarion

 

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Thérèse Desqueyroux de François MAURIAC

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Elle incarne la difficulté d'être"

Thérèse Desqueyroux sort libre du Palais de Justice, un "Non lieu" décide de son destin. Sur la route qui la ramène vers son époux, elle prépare les mots qui expliqueront, peut-être, sa conduite et qui la rachèteront aux yeux de celui qu'elle a voulu empoisonner, mais qui l'a soutenue en vue de son acquittement. La narration plonge à la fois dans le passé, dans l'avenir et l'espoir, pour mieux auréoler ce présent en attente durant lequel tout est encore possible. Le trajet solitaire est propice à l'introspection, mais face à cet homme pétri de respectabilité, Thérèse se refermera sur elle-même.

"Les êtres que nous connaissons le mieux, comme nous les déformons dès qu'ils ne sont plus là !"

Thérèse Desqueyroux est cette femme traquée aperçue par Mauriac lors d'une audience d'un procès, la jeune Henriette Blanche Canaby, mais c'est aussi cette femme croisée un soir dans le salon d'une maison de campagne, cette femme enfermée entre un mari naïf et des parentes pressantes, et ce seront finalement toutes les femmes captives, derrière les "barreaux vivants d'une famille", ces femmes qui croulent sous le poids de la parentèle, de "l'esprit de famille".

"Je sais que le drame de Thérèse Desqueyroux, c'est le drame de l'inadaptation à la vie, le "nous ne sommes pas au monde."" dira l'auteur

Thérèse est différente de son milieu natal, il y a en elle ce quelque chose d'ardent et de brûlant qui s'oppose à la mollesse de la campagne. Cette ardeur se tourne un temps vers Anne, sa belle-soeur, avant d'être déçue, trahie, et renvoyée à sa solitude clairvoyante.

"Les femmes de la famille aspirent à perdre toute existence individuelle. C'est beau, ce don total à l'espèce ; je sens la beauté de cet effacement, de cet anéantissement... Mais moi, mais moi..."

Ce roman et cette héroïne, profondément touchante dans son désoeuvrement, sont d'une intensité inoubliable...
 

Présentation de l'éditeur : Le livre de poche

 

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Les mouches de Jean-Paul SARTRE

Publié le par Hélène

"Car je suis un homme, Jupiter, et chaque homme doit inventer son chemin."

Alors qu'Agammemnon et Clytemnestre règnent sur la ville d'Argos, Egisthe et Clytemnestre, fomentent l'assassinat du roi pour vivre au grand jour leurs amours illicites. Après le meurtre sanglant, les mouches envahissent la ville, incarnant les remords des habitants. Oreste, le fils d'Agammemnon et Clytemnestre revient à cette période dans la ville. Il ne révèle pas son identité, préférant se faire passer pour Philèbe, habitant de Corinthe. Il retrouve sa soeur Electre, malmenée par le couple royal. Le rôle d'Oreste se dessine peu à peu : il se doit de venger la mort de son père et d'assassiner Clytemnestre, sa mère et son amant Egisthe. Seul contre tous, il prend les armes pour délivrer la cité.

Oreste devra faire des choix cruciaux : à partir du moment où il se défait de l'influence de Jupiter, il devient libre, libre de ses choix, libre d'être qui il souhaite. Mais le prix à payer est sa solitude... En effet, les mouches peuvent personnifier la tyrannie. Un seul homme peut résister, même s'il y a un prix à payer, comme Jean dans Rhinocéros de Ionesco, comme Diego dans L'état de siège de Camus. Mais l'espoir est permis car l'effort d'un seul peut changer la donne.

Jean-Paul Sartre explique : « Ce que j’ai voulu démontrer dans Les Mouches, c’est qu’il faut être lucide pour pouvoir dépeindre la liberté individuelle des comédies où elle se perd. Et le seul outil possible dans ce cas, c’est la responsabilité. Il faut savoir juger du degré de responsabilité individuelle que nous mettons dans nos actes. C’est ce que vivra d’ailleurs Oreste. Oreste ne prendra pas conscience qu’il peut être libre, mais qu’il l’est. Si j’ai utilisé un cadre mythique, c’est pour montrer l’absolu de la liberté, à travers le temps et l’espace. La liberté n’est pas une invention du XXe siècle. Elle est là depuis que l’Homme est Homme. Il ne faut qu’en prendre conscience. ».

Oreste assume ses responsabilités car pour lui la vie commence de l'autre côté du désespoir. "Le plus lâche des assassins, c'est celui qui a des remords" dira-t-il. Il faut écouter sa conscience, oser devenir ce que l'on veut et en assumer les conséquences sans faire oeuvre de mauvaise foi, principes de la philosophie existentialiste...

Un très beau texte à lire et relire !

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Publié dans Théâtre

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