Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

documents - essais - et cie

La ballade du calame d'Atiq RAHIMI

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Une méditation sur ce qui reste de nos vies quand on perd sa terre d’enfance."

Atiq Rahimi livre en ces pages un portrait intime de son parcours en évoquant son exil, sa vie, son errance lui qui est "né en Inde, incarné en Afghanistan et réincarné en France". Ecrivain en mal d'inspiration, il évoque la difficulté de trouver ses marques dans son exil, et la nécessité de revenir vers ses origines qui l'ont construit pour mieux appréhender le présent. 

"Quand tu te perds dans un désert, disent les sages africains, cherche plutôt la trace des pas d'où tu viens.

L'origine est un repère, et non pas le but ni la fin." p. 59

Or quand les mots font défaut, l'auteur dessine avec ce calame, fin roseau taillé en pointe dont il se servait enfant pour tracer des lettres calligraphiées. La calligraphie a une immense influence sur sa vie, cet art a bercé son enfance. Lorsqu'il était élève à Kaboul, il devait déjà recopier des lettres divines que le jeune homme se plaisait déjà à déformer. Plus tard, quand l'inspiration fuyait, quand les mots se dérobaient le dessin, la calligraphie suppléait à ce silence intérieur. Il créera ainsi des callimorphies, dessins au fusain et au calame combinant la technique calligraphique perse et la gestuelle propre à la calligraphie japonaise, représentant des corps de femmes posés sur des lettres et des lettres sur les corps.

"En Chine, la calligraphie est en soi une religion, une spiritualité, parce que l'artiste, selon le grand maître François Cheng, "cherche à rejoindre l'immense par l'infime et à donner par là une présence à l'invisible."

Ou, comme confie Fabienne Verdier dans son entretien avec le sage Charles Juliet, c'est en pratiquant la calligraphie chinoise qu'elle a appris à peindre "la non-existence des choses"." p. 117

Essai autobiographique, réflexion sur l'exil, sur l'art et la calligraphie, La Ballade du Calame nous convie dans l'univers de cet auteur touchant dans ses hésitations. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions Iconoclaste 

Du même auteur :  Terre et cendres Syngué sabour, pierre de patience

D'autres avis : Jostein 

 

 

La ballade du Calame, Atiq Rahimi, L'iconoclaste, août 2015, 185 p., 18 euros 

 

 

La maison de la poésie à Paris propose une exposition jusqu'au 25 octobre "Atiq Rahimi - "Callimorphies"" et une performance autour de cet essai le 10 octobre 2015 à 19h  

 

Maison de la Poésie

Passage Molière
157, rue Saint-Martin - 75003 Paris
M° Rambuteau - RER Les Halles

 

Infos et réservations

tél : 01 44 54 53 00
du mardi au samedi de 15h à 18h

accueil@maisondelapoesieparis.com

Partager cet article
Repost0

Nous sommes tous des féministes suivi des Marieuses de Chimamanda NGOZI ADICHIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Mon avis :

«Partout dans le monde, la question du genre est cruciale. Alors j’aimerais aujourd’hui que nous nous mettions à rêver à un monde différent et à le préparer. Un monde plus équitable. Un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Et voici le point de départ : nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement.» 

Ce folio rassemble deux textes sur le même sujet du féminisme : l'un est un discours direct énoncé par Chimamanda Ngozi Adichie au TEDxEuston en 2012, modifié pour sa réédition, l'autre est une nouvelle fictive mettant en scène une femme nigériane victime d'un mariage arrangé. Les deux se complètent parfaitement.

Les hommes sont au pouvoir bien que la société ait évoluée. Nos idées sur le genre ont malheureusement stagné, enserrant les femmes dans des carcans démodés. Les hommes eux-mêmes peuvent souffrir de cette culture qui crée des êtres selon une théorie du genre ancestrale. Les mentalités doivent évoluer.

"La culture ne crée pas les gens. Les gens créent la culture. S'il est vrai que notre culture ne reconnaît pas l'humanité pleine et entière des femmes, nous pouvons et devons l'y introduire."

Comme souvent dans les discours de TED, l'ensemble est vivant et dynamique, agrémenté d'exemples issus de la vie de la jeune auteure. 

Néanmoins, j'ai trouvé plus fort le recours à la fiction. 

Les "marieuses" est tiré de l'excellent recueil de nouvelles Autour du cou. Chinaza a été mariée à un "mari tout neuf", nigérian émigré aux Etats-Unis pour devenir médecin. Elle le rejoint à son tour, mais se heurte à un homme bien loin de ses aspirations... Cette courte nouvelle nous fait vivre de l'intérieur la différence notoire qui peut exister entre les deux époux, en rendant palpable le désarroi de cette jeune femme prise au piège d'un mariage décevant.

Ainsi ce petit livre indispensable nous rappelle combien ce combat pour les femmes doit être celui de tous !

Présentation de l'éditeur :

Gallimard 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur :  L'hibiscus pourpre  Autour du cou Americanah 

Sur les combats des femmes :

En Iran : Un jour avant Pâques ; Broderies 

En Inde : La colère des aubergines ; Mangue amère ;  L’année des secrets ;  Mes seuls dieux

En Europe : La joueuse d’échecs ; La femme gelée ; Karitas 

En Afrique : Photo de groupe au bord du fleuve ; Aya de Yopougon tome 1 ; Blues pour Elise ;   Celles qui attendent ; La cruche cassée ; Une si longue lettre ;   Les recluses ;  A mon âge, je me cache encore pour fumer  ; Loin des mosquées  ; Notre force est infinie ;  Americanah 

 

Nous sommes tous des féministes, suivi des Marieuses, Chimamanda Ngozi Adichie, traduit de l'anglais (Nigéria) par Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, 2015, Folio 2 euros

Partager cet article
Repost0

Le goût du Grand Nord

Publié le par Hélène

                         

♥♥♥

Présentation de la collection :

Depuis 2002, cette petite collection présente des anthologies littéraires consacrées à des villes, des régions, des pays ou des thèmes variés. Cela permet de découvrir des auteurs, des oeuvres, des idées sur un thème ou un pays précis. Parmi les derniers parus par exemple : Le goût de la Russie ou encore Le goût des vaches !

Pour plus d'informations : Mercure de France 

J'ai choisi un thème de saison pour découvrir cette collection : Le goût du Grand Nord

Ce que j'ai aimé  :

Le Grand Nord comprend bien sûr les glaces de l'Arctique, mais également les terres qui l'entourent : Sibérie, Alaska, Grand Nord canadien. Les textes choisis par Anne-Marie Cousin se regroupent autour de de trois grands thèmes : 

- les Couleurs du pôle  qui prouve que le grand Nord ne se résume pas au blanc de la neige, la neige prend aussi des teintes grisâtres, et les aurores boréales peuvent se transformer en une symphonie de couleurs.

Où est le pôle ?  présente quelques expéditions légendaires vers cette terre des confins dont les noms de ville comme Vladivostok sont imprégnés d'un imaginaire collectif dense. 

- Enfin la dernière partie Vivre dans le Grand Nord s'intéresse aux habitants de ces contrées du bout du monde : les Inuits, peuple aux ressources inépuisables et inventives. Le lecteur apprend ici comment fabriquer un igloo, comment chasser le phoque, et surtout comment survivre dans des températures aussi glaciales.

Smithsonian National museul of Natural History (Washington USA) Photo @Bryan and Cherry Alexander Photography

Elément plus sordide de l'histoire du Grand Nord, il sera aussi question de la Kolyma où Staline avaient relégués les éléments hostiles au régime.

Le mélange des genres, la rencontre d'écrivains aux horizons très différents comme Vassili Golovanov, Cédric Gras, Fridtjof Nansen, Grey Owl, Gontran de Poncins, Jean Malaurie, Andreï Makine, Varlam Chalamov, Jack London, Pete Hoeg, Jorn Riel permettent d'aborder ces territoires selon différents points de vue. Ce faisceau de textes crée ainsi une image vivante et enrichissante de ces territoires du bout du monde. 

Ce que j'ai moins aimé :

Les textes sont courts, de fait le recueil est lui aussi très court (103 pages) pour un prix de 7.80 euros.

Vous aimerez aussi :

Sur le même thème :  Profondeurs glacées de Wilkie COLLINS ;  Au nord du monde de Marcel THEROUX ;Dans les forêts de Sibérie de Sylvain TESSON ;  La maison de mes pères de Jorn RIEL  ; La vierge froide et autres racontars de Jorn RIEL ; Imaqa de Flemming JENSEN ; Un petit détour et autres racontars de Jorn Riel

 

Le goût du Grand Nord, textes choisis et présentés par Anne-Marie Cousin, Mercure de France, avril 2014, 7.80 euros

Partager cet article
Repost0

Hokusaï les trente-six vues du Mont Fuji de Jocelyn BOUQUILLARD

Publié le par Hélène

                        

♥ ♥ ♥ ♥ 

Mon avis :

Dès sa publication en 1830, la série des 36 vues du Mont Fuji, série d'estampes de paysage, connaît un succès fulgurant. A la fin du XIX ème siècle les Occidentaux découvrent le japonisme et se passionnent pour cet art. Ce petit bijou de Jocelyn Bouquillard est la première monographie française dédiée à cette série.

L'art de l'estampe s'essoufle à cette époque dans ses thèmes, jusqu'à ce que Hokusaï s'intéresse aux sites natrels, aux paysages pour renouveler le genre. Le Mont Fuji est le thème central, et non plus simplement un décor dans lequel évolueraient des personnages. Ancien volcan qui a connu sa denrière éruption en 1707, associé à la divinité du feu, il est vénéré par les japonais. Des croyances lui attribuent le secret de l'immortalité, d'où les nombreux pélerinages qui y étaient effectués.

Le village de Sekiya au bord de la rivière Sumida

@source BNF

A l'époque, l'édition est luxueusement imprimée, destinée à une bourgeoisie aisée, elle comporte quarante-six planches. Le Mont Fuji apparaît sous différentes saisons, sous l'orage, au lever du jour ou au coucher,sous le vent, sous la neige, avec toujours ce désir de capter l'instant présent et d'insister sur sa fugitivité en s'attachant à un même théme. Quand des personnages apparaissent, ce sont souvent des hommes et des femmes pris dans leur vie quotidienne, dans leur travail, des paysans, des artisans, des ouvriers. 

Le col d'Inume dans la province de Kai 

@source BNF

Les planches présentées ici sont conservées à la réserve du département des Estampes et de la Photographie de la Bibliothèque Nationale de France. 

La plage de Shichiri dans la province de Suruga

@source BNF

Plastiquement, il utilise pour certaines planches les modes de représentation occidentaux. Il affirme également son goût pour la géométrie avec un travail sur les lignes, et use du bleu de Prusse importé de Hollande récemment. Il attache une grande importance aux détails, insistant sur la nécessaire communion entre la nature et l'homme, caractéristique de l'esprit japonais empreint de spiritualité shintoïste. La nature est toute puissante et doit être respectée. 

Une très belle façon de découvrir ce peintre hors norme, si vous n'avez pas pu profiter de l'exposition qui se termine ce dimanche au Grand Palais.

Présentation de l'éditeur :

Seuil 

Vous aimerez aussi :

Bd Hokusai de Shotaro Ishnomori  

Le roman d'Hokusai de Aude FIESCHI

BNF Les 36 vues du Mont Fuji 

 

Hokusaï, les 36 vues du Mont Fuji, Jocelyn Bouquillard, Seuil/BNF, 2010, 19.30 euros

Partager cet article
Repost0

Ingrédients pour une vie de passions formidables de Luis SEPULVEDA

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥

"Narrer...résister"

Ce que j'ai aimé :

Au gré de courts chapitres, Luis Sepulveda évoque ici ses souvenirs d'enfance, ses luttes pour les travailleurs, son amour pour la littérature, pour son pays, ses désillusions...

Il témoigne notamment de son admiration pour Salvator Allende, pour son pays natal le Chili, pour son pays d'adoption l'Espagne, bref de son amour inconditionnel pour le Sud. Il dénonce les dérives financières avant la crise, les spéculateurs, et fait preuve d'un engagement qui fait partie de lui-même, pour lui qui ne comprend pas ses amis qui se désintéressent de la politique. Il convoque à ses côtés les personnes qu'il admire : Pablo Neruda, Gabriel Garcia Marquez (Gabo), Tonino Guerra grand scénariste italien et mondial, et nous livre les déambulations de ses réflexions au fil du temps et des pages.

"Il m'est particulièrement difficile d'imaginer une littérature où le conflit entre l'homme et ce qui l'empêche d'être heureux serait absent. Je ne pourrais m'attaquer à la littérature, à l'écriture, sans la conscience d'être la mémoire de mon pays, de mon continent et de l'humanité." p. 21

Il veut témoigner à tout prix, pour ceux qui ne peuvent pas, pour les faibles, pour les muets, pour les morts... Quand il visite le camp de concentration de Bergen-Belsen il lit ces mots :

"Dans un coin de Bergen-Belsen, près des fours crématoires, quelqu'un, je ne sais qui ni quand, a écrit des mots qui sont la pierre angulaire de mon moi d'écrivain, l'oriigne de tout ce que j'écris. Ces mots disaient, disent et diront tant qu'existeront ceux qui s'obstinent à bafouer la mémoire : "J'étais ici et personne ne racontera mon histoire."

Je me suis agenouillé devant ces mots et j'ai juré à celui ou celle qui les avait écrits que je raconterais son histoire, que je lui donnerais ma voix pour que son silence ne soit plus une lourde pierre tombale, celle du plus infâme des oublis. Voilà pourquoi j'écris." p. 22

Certains textes sont plus comiques, comme "La première cigarette" racontant son expérience avec une jeune fille qui refuse de l'embrasser sous prétexte que ce n'est guère hygiénique...

"Tout en tirant sur ma cigarette, j'ai compris que la vie était complexe, que tout était complexe, même l'amour et les bactéries." (p. 105)

En filigrane apparaît l'homme Sepulveda, page après page, anecdote après anecdote, se profile un homme généreux, profondément humain, engagé, passionné jusqu'au bout de ses expériences...

Ce que j'ai moins aimé :

- Un peu décousu, nous passons de considérations politiques, économiques à des souvenirs d'enfance. Il manque une cohérence pour moi, un fil conducteur que ne fournit malheureusement pas le titre (en sachant que le titre original était "Escrituras en tiempos de crisis ")

Premières phrases :

"J'ai six enfants, cinq enfants et une fille, tous adultes, ils m'ont fait cinq fois grand-père et, quand je parviens à réunir toute la famille autour de la table, j'aime qu'ils m'appellent viejo."

Présentation de l'éditeur :

Metailié 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le vieux qui lisait des romans d'amour ; Dernières nouvelles du Sud

D'autres avis :

Marilyne

 

Ingrédients pour une vie de passions formidables, Luis Sépulveda, traduit de l'espagnol (Chili) par Bertille Hausberg, Métailié, avril 2014, 144 p., 16 euros

Partager cet article
Repost0

Tout ce que je sais de l'amour de Michela MARZANO

Publié le par Hélène

                     

"Même si je me suis rendue compte qu'à force de courir après l'absolu, c'est le quotidien qu s'échappe." p. 74

Mon avis :

Partant du principe qu'on ne peut pas parler d'amour sans parler de soi, Michela Marzano part de sa propre expérience pour tenter de cerner ce mystère absolu et ses corollaires : désir, passion, durée dans le temps...

Malheureusement son propos ne s'élève guère, les remarques qui naissent de son expérience sont certes pertinentes, mais nullement révolutionnaires. Elle tourne autour de l'idée selon laquelle ce qu'on a vécu détermine notre façon d'aimer et d'être aimé, et le propos tourne rapidement en rond autour du nombril de l'auteur mal comprise par son père et en mal d'enfant.

"Ce n'est jamais l'autre qui peut nous aider à "désenvoûter la maison hantée que nous sommes," comme l'écrit Anne Dufourmantelle. Cette maison "hantée par des plaintes dont on ne sait plus à qui elles apartiennent, mais qu'on a faites nôtres". Au contraire. Bien souvent c'est l'autre qui fait resurgir nos peurs. Toutes celles qui demeurent dans un coin de notre être.

La peur du jugement de notre père. La peur de l'abandon de notre mère. La peur de na pas être à la hauteur des attentes des autres. Ce sentiment d'inutilité. Cette envie de mieux faire mais cette impossiblité à y parvenir. Ce pardon qui n'arrive pas..." p. 59

Elle souligne également qu'il est impossible de tout avoir et si cela arrivait, nous n'aurions plus rien à désirer. Ainsi, si la personne qui aime a tendance à trop projeter dans l'autre, elle sera irrémadiablement déçue par le décalage entre l'image idéale de l'autre et sa réalité.

"Qui, dès lors, est le véritable responsable ?

Lui, qui est toujours égal, terriblement égal, identique à lui-même, ou nous, qui avons cru qu'il changerait pour devenir ceomme nous avons toujours rêvé qu'il soit, comme il aurait dû être ?" p. 87

Ses pistes de réflexion se révèlent ainsi relativement banales et évidentes, n'apportant pas de neuf au sujet...

Elle appuie aussi sa réflexion sur de brèves citations d'écrivains ou philosophes, décortiquant l'idée pour la démonter ou l'infirmer. En quelques pages, elle glose sur une idée qui en aurait mériter largement le double et réduit ainsi la pensée de l'auteur cité. 

Si quelquefois la phrase frappe par sa justesse et sa poésie au détour d'une page, l'auto-apitoiement psychanalytique et les phrases convenues refond rapidement surface, créant une déception chez le lecteur !

Premières phrases :

"Enfant, je rêvais de l'amour. Je passais des heures entières le nez plongé dans des livres débordants d'histoires parfaites. J'imaginais des journées sans failles. Je rêvais de réécrire l'histoire de mes parents. 

La vie ne povait être disputes et fractures. Elle devait miroiter. Pareille à la surface de la mer au printemps.

Comme si l'harmonie pouvait exister."

Présentation du livre :

Chez Stock 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Légère comme un papillon

Autre : Le goût de la vie commune

D'autres avis :

Le point  ; Leiloona

 

Tout ce que je sais de l'amour, Michela Marzano, Stock, août 2014, 216 p., 18.50 euros

 

 

Partager cet article
Repost0

Indian Roads de David TREUER

Publié le par Hélène

                             

♥  ♥ ♥

"Comprendre les Indiens d'Amérique, c'est comprendre l'Amérique."

Ce que j'ai aimé :

David Treuer a grandi sur une réserve au nord du Minnesota et c'est donc de l'intérieur qu'il nous livre son expérience. Mais il reste dans la mesure et adopte les points de vue alternativement des indiens et des blancs de façon à mettre à jour les logiques et origines de la difficile cohabitation. 

"Les opinions sont présentées comme des opinions, et les faits comme des faits. Lorsque la frontière entre les deux devenait floue, je me suis efforcé de faire la part des choses au mieux."

"Comme les réserves elles-mêmes; ce livre est hybride. Il contient des éléments journalistiques, historiques et autobiographiques.  A ce titre, il se veut plus évocateur qu'exhaustif. Son but est de saisir une part d'histoire et une part de vérité que la vie des réserves - phénomène multiple et non unique; qui dépend de l'angle de vue et des personnes auxquelles on parle."

Ainsi David Treuer entremêle ses propres souvenirs à des données historiques, à des expériences précises, des situations concrètes qui permettent de comprendre les enjeux. Son analyse est éclairée, intelligente. Les idées reçues volent en éclat.  

Il aborde des sujets variés comme le fonctionnement du gouvernement tribal, les réticences et méfiances des nombreux indiens face au gouvernement américain, la violence qu'elle soit due à la drogue ou pas. Mais il s'attache surtout à ce qui fonde l'identité des indiens, le lien parents/enfants indiens et la recherche de ce que sigbifie une appartenir à une culture. En effet, les cultures indiennes se meurent malgré l'accroissement démographique des indiens, preuve en est dans la disparition des langues : 

"La mort culturelle est une chose grave, car si la culture meurt nous aurons raté l'occasion non seulement de vivre selon les termes que nous avons choisi (et nos ancêtres se sont battus longtemps, avec acharnement pour cela), mais aussi de vivre nos propres termes."

Il faut être un militant de la langue et comprendre que si l'assimilation a été forcée il y a nécessité de fonder son identité. 

"Si la langue meurt, nous perdrons quelque chose de personnel, un degré de compréhension qui, pour les locuteurs qui parlent couramment, relève de l'inconscient. Nous perdrons la perception que nous avons de nous-mêmes et de notre culture."

"Quand des cultures disparaissent, nous perdons avec elles la pluralité de l'Amérique, le délicieux malaise productif qu'apporte une authentique conscience."

David Treuer présente un livre intelligent qui cherche à démeler l'écheveau des rivalités, la logique des conflits, sans s'arrêter aux préjugés, il expose globalement la situation, les tenants, les aboutissants et éclaire ainsi cette histoire indienne d'un oeil neuf et spirituel. Parce que "Comprendre les Indiens d'Amérique, c'est comprendre l'Amérique."

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Premières phrases :

"Dans le nord du Minnesota, non loin des sources du Mississippi, vous verrez peut-être un panneau. Lorsqu'on passe en voiture, il est facile de le rater : l'été, le feuillage de arbres le long des champs et l'herbe des fossé en bordure de route menacent de l'engloutir ; en hiver, quand la neige a été déblayée, qu'elle comblre les fossés, le panneau se fond si bien dans le décor qu'on ne le voit plus du tout. Vu ou pas, on y lit ces mots : "BIENVENUE SUR LA RESERVE INDIENNE DE LEECH LAKE? TERRE DE LA BANDE DES OJIBWES DE LEECH LAKE. MERCI DE RESPECTER NOTRE ENVIRONNEMENT, DE PROTEGER NOS RESSOURCES NATURELLES, PAS BESOIN DE PERMIS POUR CHASSER, PECHER OU POSER DES PIEGES;"

Informations sur le livre :

Chez Albin Michel

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Little

Autre : La terre pleurera de James WILSON

D'autres avis :

France Inter ; Télérama

 

Indian Roads, Un voyage dans l'Amérique indienne, David Treuer, traduit de l'américain par Danièle Laruelle, Albin Michel, 2014, 419 p., 24 euros

 

Merci à l'éditeur

Partager cet article
Repost0

Le mystère de la chaussette orpheline et autres tracas du quotidien de Colombe LINOTTE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Où il est question d'un chat démoniaque, d'un Mâle despotique et de moutons de poussière (entre autres)"

 

Mon avis :

J'ai découvert le blog de Colombe Linotte chez Keisha. Et j'ai été conquise par son ton humoristique décalé, par sa capacité à embellir avec drôlerie le quotidien pas toujours passionnant. Avec elle tout devient drôle et léger. On en vient presque à souhaiter les aléas de la vie quotidienne, pour, nous aussi, en rire avec détachement et intelligence (oui, pôrfaitement, Monsieur, je saurais faire ça... )

Bref, quand j'ai vu qu'elle avait aussi édité un livre (quelle femme...) j'ai dit banco. Sauf que ô déception, (qui m'apprendra à dire banco à chaque fois qu'on me parle d'un livre) le livre en question est beaucoup moins drôle que le blog. Les choix ne sont pas forcément très judicieux, et de fait l'humour gouaillier de Colombe perd des plumes. 

"J'ai lu sur un blog de mode que c'était le grand retour des jeans imprimés.

Alors j'ai aussi essayé. J'ai créé le bourrage papier du siècle au bureau."

 

"- Mais pourquoi tu n'imprimes pas recto verso ? ai-je demandé à mon collègue tatoué.

- Avec tout le pollen qu'ils me balancent, je me venge des arbres."

 

"-Carré ou long ? ai-je dit au Mâle.

- Carré, tu as déjà eu ?

- Carré, c'est ce que j'ai depuis des LUSTRES. Mais je pourrais les laisser pousser, par exemple. Qu'est ce que tu préfères, toi ?

- Qu'importe. Quelque chose qui ne bouche pas les baignoires.

J'ai annulé chez Dessange. J'irai chez Décathlon m'acheter un bonnet de bain."

 

Sur le blog :

"J’ai été émerveillée

par la description du petit-déjeuner quotidien de ma copine Ginette, qui se compose invariablement d’un kiwi, d’un verre de jus d’oranges pressées et de fromage sur du pain aux graines. J’ai donc pris l’immédiate décision de changer mes habitudes et de prendre moi aussi un petit déjeuner parfait, et dans les douze heures qui ont suivi, j’ai acheté une barquette de kiwis.

Le premier matin, j’ai oublié de manger le kiwi et je suis partie au bureau. Le deuxième matin, j’ai oublié de manger le kiwi mais je l’ai emmené au bureau et j’ai collé un post-it dessus. Le troisième matin, j’ai oublié de manger le kiwi alors j’ai programmé une sonnerie à 10h pour penser à lire le post-it du kiwi du bureau. Le quatrième matin, j’ai oublié de manger le kiwi alors une fois dans la voiture je me suis envoyée un mail pour m’ordonner de manger le kiwi du bureau dès mon arrivée. Le cinquième matin, j’ai emmené tout le reste de la barquette au bureau pour créer un effet 3D à côté du téléphone. Le sixième matin, on était samedi, j’avais oublié tous les kiwis rabougris au bureau. Dans les douze heures qui ont suivi, j’ai acheté une cagette d’oranges à jus."

                         

- on m’avait plutôt parlé d’une épreuve avec des gros vers blancs…
- estime-toi heureux qu’on ne porte pas de bandana.

#KohLanta

 

Par conséquent , je vous invite plutôt à lire son blog que son livre, en espérant qu'un prochain titre sortira, plus proche de l'esprit spirituel de la demoiselle. Les trois coeurs prouvent que je suis quand même fan, et que si vous n'avez pas Internet, ou que votre connexion free déconne parce que vous avez un Mâle chez vous incapable de réparer ne fut-ce qu'une ampoule, ou si vous préférez la version papier à la version blog, n'hésitez pas, vous découvrirez un univers optimiste et intelligent !

 

Informations sur le livre :

Sur son blog 

 

Le mystère de la chaussette orpheline et autres tracas du quotidien, Colombe Linotte, First, 2013, 9.95 euros

Partager cet article
Repost0

Apprendre autrement avec la pédagogie positive de Audrey AKOUN et Isabelle PAILLEAU

Publié le par Hélène

 

                                 pedagogie-positive.jpg

♥ ♥

« Un bon fou rire et une bonne nuit sont les deux meilleurs remèdes. »

 

Les auteurs :

Audrey Akoun est thérapeute cognitivo-comportementaliste et Isabelle Pailleau est psychologue clinicienne du travail et des apprentissages. Thérapeutes familiales et formatrices certifiées en Min Mapping et gestion mentale, elles sont très actives sur les réseaux sociaux : www.lafabriqueabonheurs.com et la page Facebook associée. A elles deux elles ont sept enfants.

 

Présentation :

Votre enfant a des difficultés pour se concentrer et retenir ses leçons ? Vous en avez assez des "crises de tête" qui finissent en pleurs ? Vous rêvez de faire rimer travail scolaire avec plaisir, découverte et réussite ? La Pédagogie positive est faite pour vous. Facile à mettre en oeuvre, cette pédagogie offre une démarche pour apprendre à apprendre, mémoriser, comprendre et structurer... Elle aide les enfants à retrouver le goût de faire leurs devoirs et les ados à adopter une méthode de travail efficace grâce à des outils innovants et simples tels que le Mind Mapping, la gestion mentale... Dans cet ouvrage gaiement illustré, les auteures, psychologues spécialistes de l'éducation, réhabilitent le questionnement et la curiosité des enfants de la maternelle à la fin de leurs études et redonnent confiance aux adultes qui les accompagnent. Leur mission est de révolutionner les méthodes d'apprentissage pour permettre à chacun de réveiller son profond désir d'apprendre, dans la joie et la bonne humeur !

 

Mon avis :

Le constat de départ est évident : la pression liée à l'apprentissage est de mise dans notre société, la réussite scolaire apparaissant comme une priorité dans les préoccupations parentales. Cette course à la réussite laisse de côté le plaisir de découvrir, le plaisir d'apprendre et de s'enrichir et le désir tout court.

De fait ces dames vont nous proposer d'apprendre avec notre tête, notre cœur et notre corps. Ainsi avant d'opter pour une méthodologie d'apprentissage il est essentiel de savoir quel type de mémoire nous privilégions : visuelle, verbale ou kinesthésique. Ainsi recopier un texte dix fois ne servira à rien à un enfant qui a plutôt une mémoire verbale tout comme réciter à haute voix ne sera d'aucune utilité à un autre bénéficiant d'une mémoire visuelle.

« Profil visuel : je vois des images dans ma tête comme des photos ou comme un film.

« Profil auditif ouverbal » : je réentends des sons ou des paroles avec al voix des autres ou je me parle dans ma tête.

« Profil kinesthésique » : je ressens les mouvements, les sensations, les odeurs, les goûts...

Un autre point essentiel est de pouvoir développer attention et concentration, et pour entraîner les enfants à la concentration, elles nous proposent entre autres solutions des mandalas qui semblent en ce moment avoir toutes les vertus de la terre...

Les émotions ont bien sûr un rôle essentiel dans l'apprentissage et les conseils prodigués pour apprendre à gérer les émotions de nos enfants sont des lapalissades : ne pas s'énerver, prêter plus d'attention aux comportements positifs qu'aux comportements négatifs, leur apporter attention écoute et amour pour donner à l'enfant confiance en soi et assurance.

« L'important est de toujours juger les actes et non la personne ».

Autre évidence, faire en sorte d'avoir un esprit sain dans un corps sain... 

Puis vient l'aspect le plus intéressant de ce petit livre : une présentation du mind mapping « cartographie du cerveau qui réfléchit », une technique d'apprentissage que j'ai personnellement vite adopté... 

mouvements-litteraires-map.jpg

 

Un petit guide qui a son importance en rappelant des principes de base et en éveillant aux cartes heuristiques. 

 

Apprendre autrement avec la pédagogie positive. A la maison et à l'école, (re)donnez à vos enfants le goût d'apprendre. de Audrey AKOUN et Isabelle PAILLEAU, Eyrolles, mars 2013, 18,90 euros

 

Partager cet article
Repost0

L’œil américain. Histoires naturelles du Nouveau Monde de Pierre MORENCY

Publié le par Hélène

                                 oeil-americain.jpg

 

♥ ♥ ♥ 

« Que jamais ne nous déserte cet éclair qui nous tient aux aguets. » (p. 23)

 

L’auteur :

 

Né à Lauzon près de Québec en 1942, Pierre Morency a fait ses études au Collège de Lévis, où il a animé de 1961 à 1964 le théâtre étudiant, et à l’Université Laval, où il a obtenu en 1966 sa licence ès lettres. C’est en 1967 qu’il a décidé de vivre de sa plume et est devenu auteur radiophonique à Radio-Canada. C’est là qu’il a animé et écrit les séries Les Grands Aliments,Bestiaire de l’étéL’Œil américainLa Vie entièreÀ l’heure du loup qui l’ont fait connaître du grand public. C’est également en 1967 qu’il a publié son premier recueil,Poèmes de la froide merveille de vivre, qui sera suivi de plusieurs autres. Considéré comme l’un des plus  importants poètes de sa génération, Pierre Morency s’est aussi illustré au théâtre avec son adaptation de Charbonneau et le Chef, sa pièceLes Passeuses et ses nombreuses pièces pour les enfants. Son activité dans le milieu littéraire l’a amené à organiser des spectacles de poésie, à participer à la fondation de revues (Inédits et Estuaire) et à la création de L’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ). En 1989, il a amorcé avec L’Œil américain, histoires naturelles du Nouveau Monde, la publication d’une série d’ouvrages sur ses expériences de naturaliste et d’observateur, ouvrages qui traitent sur un mode littéraire des plantes, des oiseaux et des paysages du Québec. Lumière des oiseaux (1992) et La Vie entière (1996) complètent la trilogie. Pour l’ensemble de son œuvre, Pierre Morency a reçu le prix Claude Sernet (1975); le Prix de l’Institut canadien de Québec (1979); le prix Duvernay (1991); le Grand Prix de poésie de Guillevic-Ville de Saint-Malo (2002). On lui a décerné le titre de chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française en 1993 et il a reçu le prix Athanase-David en 2002 pour l’ensemble de son œuvre et de sa carrière. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 

L'œil américain c'est une célèbre série d'entretiens radiophoniques que Pierre Morency a réunis. Il nous invite à explorer les marais, les lacs, les forêts, les champs, les îles du fleuve, les rivages.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Avoir l’œil américain, c’est « avoir des yeux et des oreilles tout le tour de la tête ! » (p. 18) , « avoir l’œil américain, n’est-ce pas également se pourvoir de l’aptitude à entendre ce que nous écoutons, à voir ce qui est derrière quand on regarde devant ? » (p. 18)

 

Cela signifie pour l’auteur être attentif au monde qui nous entoure, l’honorer, le célébrer et apprendre ainsi beaucoup de cet animaux et végétaux qui s’adaptent tellement naturellement et harmonieusement au monde…

 

« Tout a été découvert, sommes-nous portés à penser dans nos moments de lassitude. Pendant ce temps-là, dehors, une exubérance à chaque seconde se renouvelle, les racines travaillent, les sources montent, les poissons fulgurent dans les torrents, les écorces crient, les feuillages se peuplent de nids, les nids répandent des chants, les gazouillis répondent à des feulements, des plaintes s’enroulent dans les creux du silence, les arbres inventent des musiques, les champs ondulent et crépitent à midi, les fleuves d’odeurs comblent des museaux, chaque aube a ses soleils à nul autre semblable, chaque soir soulève des tours de sons inouïs, la nuit porte des lueurs, des oreilles se tendent pour tout saisir, des yeux cherchent des yeux, on marche sous les pierres, on pousse à la l lisière, tout va mourir bien sûr, tout va partir en poudre sous la terre ou dans le vent, mais tout cherche à naître encore et toujours. Que jamais ne nous déserte cet éclair sui nous tient aux aguets ! » (p. 23)

 

bruant.des.neiges.rabi.1g.jpg

 

Pierre Morency observe, les oiseaux des marais, les hirondelles, la cigale, le coyote, mais aussi l’érable, le pissenlit, l’érable, le cèdre. Il nous raconte leur histoire les éclaire de son point de vue, les illumine de ses connaissances et tout à coup un monde entier prend vie sous nos yeux ébahis.

 

« Soyez si peu distrait, gardez vos pensées si claires, vos rendez-vous si rares, votre attention si libre, votre existence si universelle que, dans tous les lieux et à toutes les heures, vous puissiez entendre le chant du grillon dans la saison où il chante. C’est une preuve de sérénité et de santé d’esprit que de pouvoir entendre ce chant facilement. » (HD THOREAU)

 

« Un livre à lire, à goûter, à écouter à respirer, à vivre, l’exceptionnelle histoire d’amour entre un écrivain et la nature de son pays » (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien.

 

Premières phrases :

 

« Ecoute ! – Je n’entends rien. – Là, dans les sapins, derrière la maison blanche… - C’est un oiseau qui chante ? – Une grive des bois. –En pleine ville ? –Oui, une grive des bois en pleine ville, tu te rends compte ! »

 

Vous aimerez aussi :

 

Mon Amérique de Jim FERGUS

 

 Repéré chez Dominique. Merci...

 

 

L’œil américain, Pierre Morency, préface de Jean-Jacques Brochier, Illustrations de Pierre Lussier, Editions Boréal / Seuil, 1989, 23 euros

 

 

Partager cet article
Repost0

<< < 1 2 3 4 5 > >>