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documents - essais - et cie

Mon Amérique de Jim FERGUS

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

 Jim Fergus est né à Chicago en 1950 d'une mère française et d'un père américain. Il vit dans le Colorado. Journaliste réputé, il écrit des articles sur la gastronomie, la chasse, la pêche et la nature dans les magazines NewsweekThe Paris Review, Esquire sportmen, Outdoor Life, etc. Il est l'auteur de deux ouvrages consacrés à ses souvenirs, de chasse notamment, Espaces sauvages (A hunter's road), déjà considéré comme un classique dans le domaine de la littérature américaine et Mon Amérique, à paraître au cherche midi en 2013. Après son premier roman Mille femmes blanches (le cherche midi, 2000, vendu à près de 400 000 exemplaires en France, salué par l'ensemble de la critique américaine et dont les droits ont été achetés par Hollywood pour en faire une adaptation), La Fille sauvage (le cherche midi, 2004) et Marie Blanche (le cherche midi, 2011), Chrysis est son quatrième roman. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 Après Espaces sauvages, Jim Fergus nous raconte six années de « pérégrinations par monts et par vaux » à travers les États-Unis. De la beauté grandiose et désolée des paysages de l'Utah aux terres sauvages du Nebraska, en passant par quelques savoureux récits de pêche à la mouche dans les rivières de l'Ouest, il évoque une Amérique à la fois mythique et terriblement concrète. Célébrant ainsi la nature, la pêche, la chasse, les animaux, sauvages ou domestiques, mais aussi l'amitié, la culture indienne ou encore la cuisine, il nous livre les secrets d'un véritable art de vivre, qu'il partage volontiers avec des écrivains comme Jim Harrison ou Thomas McGuane. On retrouve, dans ces histoires itinérantes – classées par saisons –, tout le talent de conteur et toute l'humanité de l'auteur de Mille femmes blanches. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 Jim Fergus nous convie à ses parties de chasse ou de pêche avec bonhomie et gentillesse. Ses autres compagnons sont Rick Bass, Jim Harrison ou encore Thomas McGUane, des hommes qui ressentent un profond sentiment d’appartenance à cette nature américaine. Des êtres pour qui pêcher ou chasser permet d’établir une connivence essentielle avec la nature, loin de l’agitation des villes ou simplement des remous d’une vie bien remplie. Parenthèses enchantées, ces parties de chasse subliment l’amitié, le bonheur et le temps qui passe.

 « Hommes et chiens progressaient ensemble, concentrés sur le seul objectif de poursuivre ces oiseaux qui s’envolaient devant nous, partageant la joie pure de se sentir en vie de parcourir la prairie en toute liberté sur des kilomètres avec des compagnons animés du même esprit, de ressentir une simplicité, une légitimité, qui n’ont que peu d’équivalents dans le monde moderne. (…) Nous cuisinions, nous partagions des éclats de rire, dînions et buvions du vin, puis nous discutions sans fin dans une chambre de motel, calés par les oreillers des lits sur lesquels nos chiens, fourbus, affalés, dormaient du juste sommeil des chasseurs. Après tout, c’est peut-être à cause de ces moments-là que la chasse semble réduire nos vies à une chose très élémentaire dénuée de toute complication.» (p. 133)

 

« Au dîner de ce soir-là, au ranch à côté duquel nous campions, nous fîmes rôtir lentement au four du cochon sauvage parfumé d’une pâte d’herbes, d’ail et d’huile d’olive. Nous fîmes aussi griller, juste « rosées », quelques bécassines fraîchement tuées ainsi que des médaillons de filet de cerf. Il y eut aussi de la queue d’alligator frite avec des oignons, qu’on mangea arrosée du jus de  ces citrons aigrelets, plantés comme chacun sait par les Indiens séminoles.

Ce qui entraîna encore la fameuse question : « Qui d’autre en Amérique pourrait faire un dîner pareil. » «  (p. 180)

Durant ces quelques heures ou jours passés en pleine nature, le sentiment d’être dans un cocon, à part, en dehors d’un monde agité permet d'établir un accord harmonieux au monde et aux humains.

 

           colorado 

Jim Fergus nous fait partager son amour des grands espaces américains pour notre plus grand plaisir...

 

Ce que j’ai moins aimé :

 - Un peu répétitif au fil des chapitres.

- La qualité des photographies censées agrémenter le récit à chaque nouvelle saison est très mauvaise. 


Premières phrases :

 « Bon d’accord, je ne suis pas fauconnier ni, encore moins, à la vérité (que nous respecterons dans ce livre), un tombeur de femmes. Je ne sui pas non plus un chasseur de renom ni un homme dont on parle en ville. Je remplis rarement mon carnier, et par malheur, je ne suis pas non plus un beau parleur. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : 1000 femmes blanches, Espaces sauvages

Autre :  Hommes, bois, abeilles de Mario RIGONI STERN

 

D’autres avis :

 Keisha ; Folfaerie

 

 Mon Amérique, Jim Fergus, traduit de l’anglais (EU) par Nicolas de Toldi, Cherche Midi Editeur, collection Documents,  septembre 2013, 301 p., 20 euros

 

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Misere-sexuelle.com. Le livre noir des sites de rencontres de Stéphane ROSE

Publié le par Hélène

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     ♥ ♥ ♥

« J’attent toujours le miracle, et il se montre récalcitrant il est vrai mais j’insiste il est bien quelque part. »

 

L’auteur :

Connu pour être un des auteurs et présentateurs de la cérémonie des Gérard sur Paris Première, Stéphane Rose est aussi journaliste dans la presse magazine et sur le web, auteur pour Nicolas Canteloup, auteur de plusieurs livres en littérature jeunesse, humour ou sexualité. Après s’être attaqué à l’épilation intime à travers un vibrant plaidoyer, Défense du poil (La Musardine, 2010), il s’en prend cette fois aux sites de rencontres avec l’ironie et la sincérité qui sont ses marques de fabrique.

http://stephanerose.com/

 

Présentation :

Les publicités pour les sites de rencontres sont unanimes : qui que vous soyez, vous  rencontrerez l’amoureux ou le sexfriend de vos rêves. Relayée par des médias souvent complaisants, cette contre-vérité ne rend que plus pénible l’expérience que s’en fera le quidam qui s’y sera laissé piégé : prix élevés voire exorbitants (qui excluent de fait les moins riches), offre sexuelle masculine démesurée par rapport à la demande féminine, zapping relationnel, communautarisme amoureux et autres joyeusetés attendent souvent les clients, dont beaucoup repartent bredouilles ou désabusés. 

Ancien utilisateur de Meetic (et autres sites), Stéphane Rose se base sur ses nombreuses rencontres « en ligne » et un important stock de témoignages pour brosser ce petit livre noir de l’internet rose. Sans nier les possibilités réelles des sites de rencontres ni émettre le moindre jugement moral à l’égard de ceux qui les fréquentent (et pour cause, il en fut longtemps le premier client !), il se contente de pointer du doigt avec humour les nombreux vices cachés qu’il y a découvert et que les publicités oublient de montrer. Passant en revue les différentes typologies d'utilisateurs des sites, multipliant les exemples et déclarations plus vraies que nature, il nous entraîne dans les méandres des très nombreux sites de rencontres. Qui, non, n'offrent pas toujours l'amour au bout du chemin... Assorti d'un lexique, d'un inventaire comparatif des multiples sites de rencontres et d'un bêtisier édifiant des messages qu'on peut y trouver, ce livre-enquête est le premier à dénoncer l'un des grands mythes amoureux du 21e siècle. 

Révolution ou misère sexuelle ? Il appartient donc à chacun d’en juger. Stéphane Rose, lui, s’est définitivement désinscrit de Meetic… et drague désormais sur Facebook. (Présentation de l'éditeur)

 

Mon avis :

Stéphane Rose se base sur sa propre expérience pour écrire ces pages puisqu'il a lui-même « pratiqué » les sites de rencontres et a également recueilli le témoignage de nombreux témoins qui lui ont raconté « anecdotes, instants glauques, moments de déprime, petites ou grosses hontes et autres pétages de plomb en tous genres vécus sur des sites de rencontres. » (p. 11)

 Son objectif est clair : tirer à vue sur les idées reçues sur les sites de rencontres, à savoir :

- On y rencontre l’amour

- On y trouve facilement des partenaires sexuels

- Avec les sites de rencontres tout le monde a sa chance

- Les sites de rencontres sont rentrés dans les mœurs

 - Les sites de rencontres élargissent le champ de nos rencontres.

Il s’attarde dans un premier temps sur l’aspect faussement démocratique des sites de rencontres et la misère sexuelle qu’on y rencontre, puis à la tradition et à l’art du mensonge qui y règnent, à l’approche consommatrice, j’menfoutiste et déshumanisée de la relation amoureuse qu’ils induisent, et enfin aux dérives névrotiques qu’ils provoquent sur nos habitudes amoureuses. En bonus il nous offre un tour d’horizon  des différents sites avec comparatif à l’appui, et quelques annonces assez cocasses :

« Je te prends le Q mais ne me prend pas la tête, t’es OK pétasse ? »

« J’attent toujours le miracle, et il se montre récalcitrant il est vrai mais j’insiste il est bien quelque part. »

Stéphane Rose dénonce « l’un des plus grands mythes amoureux du XXIème siècle » Ceux qui s’inscrivent doivent développer selon lui un goût pour « l’éthologie humaine » dans le sens où "une diversité large, exotique, inattendue, fascinante, effrayante d’êtres humains" se présentera et qu'il faudra avoir le temps de se perdre pour slalomer entre tous les profils.

Il nous démontre également que le choix par affinités est loin d'être pertinent en effet :

« L’amour, disait Lautréamont est la rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie. » (p. 151)

« Des personnes qui n’ont a priori aucun point commun vont s’entendre à merveille car elles ont des univers fantasmatiques inconscients similaires ou complémentaires. » (p.151) explique Sarah Chiche psychanalyste et psychologue clinicienne.

Un bilan intéressant pour ce nouveau mode de drague. Un seul bémol, nul chapitre ne semble être consacré aux bénéfices -il doit bien y en avoir- des sites, l'ensemble demeurant résolument critique. Un point de vue assumé et expliqué. Au lecteur ensuite de se faire une idée...

 

Vous aimerez aussi :

Littérature érotique

 

D’autres avis :

Interview de l'auteur 

 

Misere-sexuelle.com. Le livre noir des sites de rencontres, Stéphane Rose, La musardine, 2013, 15 euros

 

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Désolé nous avons raté la piste - Désolé votre hôtel a brûlé ! de Stephan ORTH et Antje BLINDA

Publié le par Hélène

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Les auteurs :


Stephan Orth est rédacteur voyage pour Spiegel Online depuis 2008. 

Il a étudié l'économie et la psychologie à l'Université de Wuppertal et est titulaire d'un master en journalisme de l'Université de technologie du Queensland à Brisbane, en Australie.

 

L’histoire :

 

Désolé nous avons raté la piste : Ce petit ouvrage est le résultat désopilant d'un appel lancé par un grand magazine à ses lecteurs pour qu'ils racontent leurs expériences en vol les plus cocasses et les plus délirantes. Voici près de deux cents morceaux choisis, qui pourraient bien vous donner envie d'apporter votre propre témoignage, ou vous faire passer l'envie de prendre l'avion... Notre petit avion n'a que deux hôtesses de l'air à son bord: l'une est très aimable, la seconde, d'une humeur chagrine. Il semble y avoir de l'orage dans l'air, quand le pilote nous fait cette annonce: "Le commandant et la moitié de l'équipage vous souhaitent un agréable vol !" Après l'atterrissage, un des membres du personnel navigant commente: "Mesdames, messieurs, nous venons de percuter Nantes. " Sur ce, le pilote prend la parole: " Oh, ça n'a pas été violent à ce point-là."


Désolé, votre hôtel a brûlé! : Combien de pauvres voyageurs tout juste arrivés en Inde se sont-ils fait accueillir en ces termes par des chauffeurs de taxi désireux de les aiguiller vers l'hôtel de leur choix ? Tout comme Désolé, nous avons raté la piste, ce petit ouvrage est le résultat d'une compilation d'expériences, celle des voyages les plus désastreux. Erreurs de destinations, hôtels introuvables, rencontre avec de faux policiers, quand les  vacances virent au cauchemar... Entre rire et larmes, ces témoignages nous disent qu'un vacancier averti en vaut deux ! "

 

Mon avis :

 

Désolé nous avons raté la piste est une compilation d'anecdotes cocasses qui se sont déroulées à bord d'un avion : consignes de sécurité hors norme ("Saississez-vous d'une hôtesse et plaquez-la bien fort sur le nez"), décollages agités, turbulences, problèmes techniques traités à la légère par l'équipage, hôtesse taquine qui s'écrie en plein vol "Mon Dieu, l'aile !", pilote fier d'annoncer qu'il s'agit là de son premier vol, etc... On apprendra ainsi que les pilotes sont rarement des pros de la comunication...

 

La rédaction du Spiegel Online a en effet appelé ses lecteurs à relater leurs pires et leurs plus amusants souvenirs à bord d'un avion.  Certaines anecdotes sont assez drôles mais l’ensemble est tout de même relativement lassant et assez inégal.

 

Dans Désolé, votre hôtel a brûlé, les mêmes lecteurs témoignent de leur expérience en terme de voyage à l'étranger.

 

" Ce que les croisiéristes veulent savoir

Le navire produit-il son électricité ? Non. Vous ne voyez pas la rallonge, derrrière ? (...)

Cette île est-elle totalement entourée d'eau ? Non, un côté est entouré de sable, mais tout est bien balisé." ( p.356)

"On pourrait passer beaucoup de temps à essayer de comprendre la signification des nombreux avertissements affichés dans l'hôtel. Les deux plus utiles que nous ayons trouvés disaient : ""Ne marchez pas sur un crocodile si vous êtes pieds nus"" et ""Piscine interdite aux enfants hideux""...

 

Les histoires de cockpit sont plus drôles que celles des hôtels, ces dernières tombant bien souvent à plat.

 

Des récits divertissants, mais loin d'être indispensables... Un peu comme les compilations de musique, cousues de chansons agréables indépendamment les unes des autres, mais qui mises bout à bout mènent les nerfs à vif... 

  

Premières phrases :

 

« Le temps des vacances n'est pas la plus belle période de l'année seulement pour les touristes : il en va de même pour les voleurs et les escrocs. Les touristes veulent laisser vagabonder leur âme, oublier les problèmes du quotidien et se montrent souvent incroyablement insouciants et crédules à l'excès. Le réveil, toujours désagréable, arrive quand le gentil monsieur qui s'est offert pour prendre une photo de famille prend au contraire la fuite avec votre appareil numérique flambant neuf. Ou quand les billets que vous venez de changer dans la rue se révèlent de la fausse monnaie. Mais bien des escrocs sont encore plus imaginatifs lorsqu'il s'agit de dérober à des touristes imprudents leur pécule de vacances.

Si l'on observe bien leur comportement, on identifie à temps les signes avant-coureurs et l'on peut souvent éviter le pire. Les correspondants de Spiegel Onlinenous font revivre les filouteries les plus désagréables – à travers le monde entier. »

 

 

D’autres avis :


http://www.lexpress.fr/culture/livre/desole-votre-hotel-a-brule_1147151.html

  

  Désolé, nous avons raté la piste ! et Désolé votre hôtel a brûlé, Stephan Orth et Antje Blinda, traduits de l'allemand par Agnès Boucher et par Denis-Arnand Canal, Editions France Loisirs, 2011, 20 euros




 

 

 

 

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La tentation d’une île, Derrière les caméras de la téléréalité de Philippe BARTHEROTTE

Publié le par Hélène

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♥ ♥

Ils pensaient que ce n'était qu'un jeu...

 

L’auteur :

 Philippe Bartherotte, 32 ans, a été journaliste de téléréalité de 2001 à 2008. Il a mis fin à cette expérience en révélant dans la presse les méthodes de production de l’émission Pékin Express. Après L’avocat du diable, toujours sur la téléréalité, il a publié un roman Sugar Baby en 2011.

 

Quatrième de couverture :

 

 Philippe Bartherotte brise la loi du silence. Ce journaliste de téléréalité nous raconte son quotidien, aux côtés de candidats, exploités, trompés et manipulés par des producteurs de télévision qui ne reculent devant rien pour faire monter l'audimat. L'Ile de la Tentation, Star Academy, Pékin Express, une émission dantesque sur des chômeurs commandée par France 2... On suit son parcours à cent à l'heure, dans les méandres d'une gigantesque supercherie à laquelle il participe activement. En retournant les caméras de la téléréalité, Philippe Bartherotte tend à notre époque un miroir cruel.

 

Ce que j’en ai pensé :

 

 Philippe Bartherotte a travaillé 7 ans dans le secteur porteur de la téléréalité. Jusqu’à ce qu’un jour il décide de claquer la porte, écoeuré par tant d’agissements expédifs. Il décide par la suite de témoigner de son expérience sur les tournages de « L’île de la tentation » et de « Pékin Express » dans un livre choc.

Sur l’île de la tentation il doit interviewer les candidats fortement alcoolisés, privés de sommeil volontairement afin que l’on puisse les manipuler plus facilement par la suite. Acculés, ils deviennent des pantins au service de la production.

Puis sur Pékin Express il prouve comment le jeu est truqué d’avance : la production décide de privilégier tel ou tel binôme en fonction de son pouvoir télégénique pouvant influencer l’audimat.

« Cette émission nous soumet au plus grand décalage qui soit. D’un côté l’extrême pauvreté des gens qu’on rencontre, leur beauté, leur honnêteté, leur dignité, leur générosité… Et de l’autre, le cynisme sans bornes, la vulgarité, la laideur, l’égoïsme, la cupidité d’une production à l’image de notre capitalisme sans morale. L’être humain et la machine. Nous sommes là pour faire de l’audience. De l’audimat. On triche, on trafique, pour mieux vendre de l’espace publicitaire à des annonceurs. Et les gens qui accueillent nos candidats ne savent rien de tout cela. Ce sont des gens sincères qui donnent ce qu’ils ont de bon cœur. On les trompe eux aussi en quelque sorte. Eux sont vrais. Nous, on triche. » (p.246)

Il fera une brève incursion sur les chaînes publiques, pour un reportage sur les chômeurs, mais « finalement avec le docutainment sur les chômeurs et l’émission de Jean-Luc, je me suis rendu compte que le service public était bien plus hard core que je ne l’imaginais. Plus hard core tout en étant moins divertissant. » (p. 155)

 La téléréalité est un monde impitoyable, truqué à la base par des producteurs avides de gains. Des êtres qui ne respecte aucunement l’humain, obnubilés par le matériel, le pouvoir, l’argent facile. Philippe Bartherotte  nous peint un monde de sexe, de drogue, d’argent, de futilités, un monde qui broie tout individu innocent pris dans ses filets. Lui-même a souhaité s’en extraire avant qu’il ne soit trop tard, et le rêve final qu’il raconte fait froid dans le dos quand on repense à l’épisode tragique de la mort de Gérard Badin : des candidats filmés se succèdent devant un homme armé d’une épée qui les combat pour qu’ils ne prennent pas sa place.  « Et entre les rounds, j’étais chargé de faire des ITV (interviews) des candidats, à qui parfois il manquait un bras ou un œil, quelquefois les deux. Alors qu’est-ce que tu ressens ? Tu as mal ? Où tu as mal ? Tu as peur ? A quoi penses-tu maintenant ? Est-ce que tu crois que tu as encore une chance ? Et quand ils agonisaient, je posais toujours la même question : « Alors, ça fait quoi d’être en train de mourir ? » Je relançais avec des « C’est-à-dire ? » » (p. 337)

 Glaçant...

 

Premières phrases :

 

 « Qu’est-ce que tu es prête à faire pour participer à cette aventure ?

Je suis prête à tout.

C’est-à-dire ?

La jolie jeune fille qui est assise en face de moi se lève avec un grand sourire aux lèvres. Elle passe derrière la caméra, que j’ai à peine le temps de faire pivoter sur son trépied, et m’embrasse sur la bouche. Devant l’objectif, bien sûr. Avec la langue, ça va de soi. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 Du même auteur : L’avocat du diable

 

La tentation d’une île, Derrière les caméras de la téléréalité, Philippe Bartherotte, Editions Jacob-Duvernet, 2008, 20 euros

 

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Notre force est infinie de Leymah GBOWEE avec Carol MITHERS

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

« Nous sommes fatiguées ! Nous sommes fatiguées de voir tuer nos enfants ! Nous sommes fatiguées d’être violées ! Femmes, réveillez-vous – Vous avez une voix à faire entendre dans le processus de paix ! »

 L’auteur :

Née en 1972 à Monrovia (Libéria), Leymah Gbowee est la directrice exécutive du Women Peace and Security Network Africa, basé à Accra (Ghana). Elle a fondé le Women Peacebuilding Program/WestAFrican Network for Peacebuilding (WIPNET/WANET). Elle a aussi officié en tant que commissaire désigné pour la commission Truth et Reconciliation du Libéria. Son engagement a contribué à chasser le président Charles Taylor du pouvoir, après quatorze ans de guerre civile. Leymah Gbowee vit aujourd’hui au Ghana avec ses six enfants.

Carol Mithers http://carolmithers.com/Carol_Mithers/Biography.html

 Présentation de l’éditeur :

 Les images de ces femmes en blanc héroïques qui ont réussi à chasser Charles Taylor du Libéria ont fait le tour du monde. Parmi elles, Leymah Gbowee, le chef de file du mouvement. Un témoignage renversant, poignant et criant de sincérité sur son combat pour la paix et la démocratie au Libéria et en Afrique de l'Ouest, doublé d'un magnifique portrait de femme. Leymah Gbowee s'est vu remettre le Prix Nobel de la Paix en 2011.

Inspirant et bouleversant, le témoignage unique d'une femme dont le courage, la passion et l'exceptionnelle force de conviction ont fait renaître l'espoir dans un pays ravagé.

Leymah Gbowee n'a que dix-huit ans quand la guerre civile éclate au Liberia. Pendant quatorze ans, les troupes de Charles Taylor vont semer la terreur et la mort. Premières victimes, les enfants dont le dictateur fait des soldats, et les femmes harcelées, parfois violées par les miliciens.

Au prix d'une volonté inouïe, Leymah Gbowee va relever la tête. Avec dans le coeur une conviction inébranlable : qu'importe l'ethnie, qu'importe la religion, si elles se rassemblent, les femmes peuvent défier la violence des hommes.

D'innombrables sittings en terrifiantes confrontations avec les seigneurs de guerre, en passant par une grève du sexe aussi spectaculaire qu'efficace, Leymah Gbowee et son armée de femmes en blanc vont réussir l'impensable : pousser Charles Taylor à l'exil et ramener la paix au Liberia.

Leymah Gbowee a reçu le prix Nobel de la paix en 2011.

 

Mon avis :

 Leymah Gbowee est une femme exceptionnelle qui s’est battue pour les femmes de son pays et les femmes du monde entier, ces femmes en souffrance qui subissent la guerre au plus profond de leur être. Elle  se bat pour la paix a fondé et gère plusieurs associations de femmes

« Construire la paix ne signifie pas pour moi mettre fin aux combats en se dressant entre deux factions opposées mais soigner les blessures des victimes, leur rendre leur force, les faire redevenir ceux qu’ils ont été. C’est aider les bourreaux à redécouvrir leur humanité afin qu’ils soient à nouveau utiles à leur communauté. Construire la paix, c’est enseigner qu’on peut résoudre les conflits sans prendre les armes. C’est reconstruire les sociétés où on a utilisé des armes et les rendre meilleures. » (p. 129)

Les témoignages de ces femmes africaines sont durs, reflétant l’horreur quotidienne vécue par ces femmes victimes de viol, de violence, en raison de la guerre, mais aussi au sein de leur couple quelquefois. Pour Leymah Gbowee, aider ces femmes, les rassembler pour ne plus être seule fût une évidence,  et le bienfait répandu n’a pas de prix à ses yeux ni au nôtre. Ce choix lui a demandé des sacrifices, dont le plus coûteux fût celui de ses enfants qu’elle a dû laisser sur le carreau pour courir aux quatre coins du pays du continent puis du monde pour faire valoir le droit des femmes africaines.

 « Pourtant, si je devais tout recommencer, je ne suis pas certaine que je changerais quoi que ce soit. Je sais que mes enfants m’en veulent. (…) Si je me demande : « Aurais-je pu faire autrement ? » Ma réponse est : « Non. » Je ne vois toujours pas quel choix s’offrait à moi. » (p. 310)

 Malheureusement, Leymah Gbowee a fait appel à une collaboratrice pour retracer son destin et j’ai trouvé la forme et le style choisi par Carol Mithers bien faibles par rapport au propos.

« Quand on passe si vite de l’innocence à un monde de peur, de douleur et de perte, c’est comme si la chair de votre cœur et de votre esprit avait été arrachée, lambeau par lambeau, telles de tranches de jambon. » (p. 70)

Quelle comparaison !!

Là où le récit pouvait être bien plus fort, bien mieux construit, Carol Mithers a choisi la sobriété, la froideur d’un témoignage classique.

De même sa profondeur reste superficielle, sa vie est racontée, mais le fonds reste évoqué de façon sporadique

Il fallait ce témoignage, mais il aurait mérité plus de qualités d'écriture...

"Grâce à des femmes comme elle, grâce à des femmes comme nous, je crois qu'en fin de compte la tyrannie ne triomphera pas, la bonté vaincra toujours le mal. (...°

Le travail est ardu. QUand l'immensité de ce qu'il reste à accomplir me décourage, je me tourne vers ces femmes qui luttent au jour le jour : elles ne baissent pas les bras et, pour elle, nous sommes un symbole d'espoir. Vous aussi, vous devez aller de l'avant. Vous n'avez pas la liberté de renoncer.

N'arrête pas ! me répète l'écho de la viellie Libérienne.

N'arrête jamais. N'arrête jamais.

Je lui réponds : je n'arrêterai jamais." (p. 344)

 Premières phrases :

« Les histoires de guerre moderne se ressemblent souvent, non parce que les circonstances sont analogues, mais parce qu’elles sont racontées de la même manière. On cite les chefs qui prédisent en toute confiance la victoire. Les diplomates déclament des affirmations pompeuses. Les combattants, vantards, menaçants –toujours des hommes, qu’ils soient des soldats gouvernementaux ou des rebelles, qu’on les dépeigne comme des héros ou des bandits-, brandissent des trophées atroces et transforment leurs bouches en armes aussi dévastatrices que leurs kalachnikovs. »

 Vous aimerez aussi :

 Grand Prix des Lectrices de Elle  

 D’autres avis :

A propos des livres ; Audouchoc ; Nadael ; Mimipinson .

Directmatin 

 

Notre force est infinie, Leymah Gbowee, avec Carol Mithers, Traduit par Dominique LETELLIER, Belfond, octobre 2012, 352 p., 19 euros

grand prix lectrices de elle 

 

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Mélancolie ouvrière de Michelle PERROT

Publié le par Hélène

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L'auteur :

 

C’est au milieu d’une carrière universitaire brillante, d’abord consacrée au mouvement ouvrier, que Michelle Perrot s’est imposée comme une des grandes historiennes des femmes.

Née en 1928 dans la petite bourgeoisie catholique parisienne, élevée dans un collège religieux de jeunes filles, soit une « éducation typiquement féminine », Michelle Perrot (son nom d’épouse) découvre la Sorbonne en 1946 et l’histoire sociale tournée vers le mouvement ouvrier.

Catholique, elle connaît l’attraction du communisme, dont elle s’éloigne à partir de 1957, se consacrant comme beaucoup de ses proches à l’action contre la guerre d’Algérie. Marquée par Mai 1968 où elle participe comme maître-assistante aux multiples activités de la Sorbonne occupée, elle connaît ensuite sa « conversion féministe » en liaison avec l’essor du mouvement des femmes.

Après avoir soutenu, en 1971, sa thèse sur « Les Ouvriers en grève (1871-1890) », sujet « viril » tant la grève était domaine masculin, elle s’engage dans le domaine nouveau qu’est l’histoire des femmes, donnant ses premiers cours sur ce thème en 1973.

De ses multiples études, communications et conférences, dont beaucoup sont reprises dans son recueil Les Femmes ou les silences de l’Histoire (Flammarion, 1998) se dégage le souci de restituer, de reconstituer une histoire globale dont les femmes cesseraient d’être exclues.

Elle co-dirige ensuite avec Georges Duby la première grande synthèse que sont les cinq volumes de l’Histoire des Femmes en Occident, de l’Antiquité à nos jours (Plon, 1991-1992). (Source : Babélio)

 

Quatrième de couverture :

 

 « Je suis entrée comme apprentie chez MM. Durand frères. J'avais alors douze ans. » Ainsi commence le témoignage de Lucie Baud (1870-1913), ouvrière en soie du Dauphiné, femme rebelle et oubliée, en dépit de grèves mémorables. Une ouvrière méconnue peut-elle être une héroïne ? Michelle Perrot s'efforce de comprendre son itinéraire en renouant les fils d'une histoire pleine de bruits et d'ombres, énigmatique et mélancolique. Mélancolie d'un mouvement ouvrier qui échoue, d'une femme acculée au départ et peut-être au suicide, de l'historienne enfin, confrontée à l'opacité des sources et à l'incertitude des interprétations.

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Mon avis :

 

Que de circonvolutions pour arriver dans le vif du sujet !  L’auteur s’évertue pendant quarante pages à nous répéter qu’on ne sait rien de cette Lucie Baud, que les renseignements sont difficiles à glâner, et en tant que lecteurs on aurait envie de lui dire « Mais change de sujet bon sang ! ». Sauf que comme il s’agit d’une commande de la part de l’éditeur voulant lancer une nouvelle collection « Nos héroïnes », peut-être que Michelle Perrot n’ose pas changer son fusil d’épaule. Alors elle persévère. Elle entre enfn dans le vif du sujet à la page 44, mais en ponctuant son propos de « sans doute », « on a d’assez fortes présomptions sur.. » « j’ignore si… », « je ne sais pas davantage », « on ne le sait pas très bien »… Parce que, on l’aura compris, on ne sait pas grand-chose de Lucie Baud…

 Donc, erreur sur le sujet. Mais erreur aussi sur l’écrivain qui n’a pas le talent nécessaire pour faire vivre son personnage, qui use de phrases simples rapidement ennuyantes : « Il s’agissait de former de bonnes ouvrières : l’école préparait à l’usine ; et au-delà, de bonnes épouses et mères. »  Car même la syntaxe est approximative…

 Le seul intérêt de cet essai tient dans le dossier final dans lequel la voix de Lucie Baud se fait enfin entendre... Il aurait peut-être été préférable de commencer par là... 

 

D’autres avis :

 Une lecture commune avec Clara

 Télérama  

 

Mélancolie ouvrière, Michelle PERROT, Grasset, octobre 2012, 192 p., 11 euros 

 

grand prix lectrices de elle 

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Bric à brac hopperien de Thomas VINAU

Publié le par Hélène

                                                        bric-a-brac 

♥ ♥ ♥ ♥

« Intérieur/Extérieur 

 Je voudrais que les yeux

Qui se promènent

Sur mes tableaux

Servent de fenêtre

Ou d’escalier

Entre mon cœur

Et les grands vents. » (p.49) 

  

 L’auteur :

Thomas VINAU est né en 1978 à Toulouse.

Il habite au pied du Luberon. Il est entre autres supporter des poussières, militant du minuscule, anomaliste, brautiganiste et etc-iste... (Source babélio)

 http://etc-iste.blogspot.fr/

 L’histoire :

 "À neuf ans, Ed s'est perdu en plein centre de Nyack. Il n'avait jamais pensé qu'il pourrait y avoir d'autres rues et d'autres maisons autour de sa rue et de sa maison... Lorsqu'il est arrivé à New York, Ed a commencé à se perdre mais cette fois avec un certain plaisir et sans aucune peur. Dans les dernières années de sa vie, il inscrivait parfois au dos de ses peintures la phrase suivante : "Il est préconisé de se perdre dans une ville inconnue pour comprendre ce tableau""


Portrait interne du peintre Edward Hopper réalisé à partir de listes, de notes et de chutes autobiographiques par Thomas Vinau, l'auteur de "Nos cheveux blanchiront avec nos yeux" (Alma, 2011) et "Ici ça va" (Alma 2012) (Source Babélio)

 

Ce que j’ai aimé :

 

  Edward Hopper apparaît en filigrane entre ces pages, son portrait se crée sous nos yeux, mille petites touches évoque l'homme, l'artiste, l'époux, et, peu à peu, il nous devient familier, amical, intime. Là réside le talent de Thomas Vinau qui, avec une sensibilité extrême, réussit, tel un marionnettiste à faire vivre un homme sous nos yeux. 

Son écriture poétique sert le destin de l'artiste qui cherchait à saisir ce qui se tramait en-deçà de la réalité, au coeur du monde et des choses, pour ensuite mieux peindre cette réalité flamboyante, tout comme Thomas Vinau, dans son oeuvre cherche à partager les brindilles du quotidien pour chanter la beauté de ce qui l'entoure.

 

« Point de vue

Ed regarde les gens comme il regarde le ciel.

Ed regarde les lieux comme il regarde les gens.

Lorsque Ed regarde quelque chose, il cherche

A voir ce qui le remplit et ce qui le vide.

Ce qui le modifie. » (p. 24)

 

« Partie de chasse

La première fois qu’il est allé chasser dans

la vallée du Yaak, Ed a clairement apprécié

le rythme de la marche dans les bois du

Montana. Le fusil encombrant l’empêchait de

se servir de ses mains  et l’affût lui interdisait

de laisser traîner ses yeux sur les formes

mouvantes des nuages. La seconde fois,

il trouva plus commode d’y aller sans fusil. » (p. 53)

 

  Une magnifique rencontre d'artistes, une symbiose parfaite qui élève l'âme !

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Trop court

 Premières phrases :

 

« Punch

Enfant, Ed lisait et relisait l’almanach

De Punch qu’un oncle lui avait rapporté

D’Angleterre. Il passait de longues heures

A rêver devant les dessins humoristiques

De Georges du Maurier. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Ici ça va de Thomas VINAU

Autre :  Hopper, Ombre et lumière du mythe américain de Didier OTTINGER

 

Bric à brac Hoppérien, Thomas Vinau, Alma Editeur, septembre 2012, 13 euros

 

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Réanimation de Cécile GUILBERT

Publié le par Hélène

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 « La mort ne possède aucun savoir-faire.

Seule la vie résolvant les contraires, quand elle repart de plus belle, l’été dans le jardin. » (p. 270)

 

L’auteur :

Cécile Guilbert est l'auteur de plusieurs essais publiés chez Gallimard comme Saint-Simon ou l'encre de la subversion (1994), Pour Guy Debord (1996), L'Ecrivain le plus libre (2004), Sans entraves et sans temps morts (2009). Elle a obtenu le prix Médicis de l'Essai pour Warhol Spirit (Grasset, 2008), et cosigné avec Nicolas Guilbert Animaux & Cie (Grasset, 2010). Après Le Musée national (Gallimard, 2000), Réanimation est son deuxième roman.

 L’histoire :

« Blaise vient de fêter ses cinquante printemps. Quelque chose en lui refuse-t-il de naître ? De céder ? De s’ouvrir ? Une délivrance ? Une douleur ? Un remords ? Peut-être. Car soudain tonne le canon qui abat tout, renverse tout, démolit tout. »

 La narratrice et Blaise, mariés, vivent comme des adolescents, des Robinson parisiens, artistes accrochés l’un à l’autre, insouciants. Jusqu’au jour où Blaise est atteint d’une maladie rare, la « cellulite cervicale », forme de nécrose parfois mortelle des tissus du cou. Hospitalisé d’urgence à Lariboisière, Blaise se mue du jour au lendemain en « homme-machine » plongé dans le coma. Alors la peur s'installe. De le perdre. De voir le bonheur disparaître. S'installe aussi la curiosité fascinée de la narratrice pour ce service spécial – la « réa » – tandis que son existence se détraque et se ranime elle aussi...

Récit intelligent et sensible, exercice de mise à distance du malheur, méditation d'une grande douceur sur le temps et l'espérance, les pouvoirs de l'art et de la médecine, les pièges de l'image et les sortilèges de l'imagination, le livre de Cécile Guilbert, traversé de mythes et de contes, et aussi – surtout ? – une lettre d'amour à Blaise.

Mon avis :

Ce mois-ci les lectrices de Elle ont choisi un autre témoignage sur la maladie, du point de vue des proches laissés sur le bord de la route. Je dois avouer que je n’avais nulle envie de lire à nouveau un livre sur la maladie après La tête à Toto le mois dernier –sans parler de La réparation  et Cher Gabriel du mois précédent – d’autant plus que la photo de l’auteure en bandeau fait franchement peur...

 Néanmoins, j’ai été très agréablement surprise par la profondeur du propos et par la beauté du style, mais il n’en reste pas moins que je ne saisis toujours pas bien l’intérêt de ce type de lecture : il s’agit pour l’auteur de se purger, de partager, je le conçois entièrement, mais pour les lecteurs ? Si encore il s’agit d’un lecteur lui-même atteint de ce type de maladie –ou d’une autre- et qui reste avide de trouver un témoignage, une bouffée d’espoir, pourquoi pas. Mais pour les autres ? Entretenir la paranoïa de la maladie, du malheur, se dire que finalement on n’est pas à plaindre ?

Je n’ai rien appris en lisant ce témoignage, j’en ressors indemne…

 Premières phrases :

« Cette année-là, dans les derniers jours de mars, quelque chose a lieu.

Le temps balance entre giboulées hargneuses et fulgurantes éclaircies.

Le soleil s’allume d’un coup dans le bleu lavé pour s’éteindre dans la cendre. »

 

D’autres avis :

Presse : Le monde Le Magazine Littéraire

Blogs : Clara A propos des livres  Nadael  Mango    Théoma

Réanimation, Cécile Guilbert, Grasset, août 2012, 272 p., 18 euros

grand prix lectrices de elle 

 

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Hopper, Ombre et lumière du mythe américain de Didier OTTINGER

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥ ♥

 « Ce que je voulais faire, dit Hopper, c’était peindre la lumière du soleil sur le côté d’une maison. » 

L’auteur :

 Conservateur, commissaire d'exposition et critique d'art français. 

 

Quatrième de couverture :

 Nighthawks, New York Movie, Gas, House by the Railroad, les images d'Edward Hopper incarnent nos mythologies américaines. À l'instar des scènes les plus mémorables du cinéma d'Hollywood, nous avons fini par croire à leur vérité, sans jamais cependant oublier qu'elles sont taillées dans l'étoffe des rêves. L'art d'Edward Hopper s'enracine dans le naturalisme des peintres de l'Ash Can School ; il se développe pendant les années 1920 et 1930, dans un contexte soucieux d'identité nationale, qui referme sur lui le piège étroit du réalisme.

Didier Ottinger analyse cette œuvre qui présente de singulières affinités avec le surréalisme le plus fondamental, se rapproche des précurseurs d'un art conceptuel, expose des scènes apparemment banales et réalistes mais qui retrouvent l'intimisme de Vermeer, la spiritualité de Rembrandt, la théâtralité de Watteau ou de Degas.

 

Mon avis :

Une belle introduction au travail d’Edward Hopper.

 S’attachant davantage au peintre qu’à l’homme, Didier Ottinger le confronte avec les autres mouvements artistiques de son siècle, le rapprochant pour mieux l’éloigner.  

 « Ottinger montre comment loin des images d'énergie, de dynamisme, et d'architecture verticale souvent associées à l'Amérique du XXe siècle, Hopper compose des atmosphères de solitude, de méditation, "de villes figées dans les formes immobiles d'un âge d'or antérieur à la mutation industrielle des Etats-Unis". » (AFP)

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 Il nous raconte son chemin de l’illustration aux galeries de peinture. En filigrane une peinture de l’homme s’ébauche, tel ce Pierrot triste nostalgique de ces années parisiennes.

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 « « La vie privée », la possibilité ou la nostalgie de la solitude et du recueillement sont bien les sujets permanents de l’œuvre d’Edward Hopper. Dans un cadre urbain tentaculaire, dans une architecture domestique ouverte aux quatre vents, il ne reste aux « résistants » de ses tableaux que l’espoir ou la consolation de la chaleur solaire, vecteur symbolique de la plénitude des sensations et de la vie de l’esprit. » (p. 95)

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 Un petit livre écrit pour découvrir un grand peintre...

 

Vous aimerez aussi :

L’arrière-saison de Philippe BESSON

  

Hopper, Ombre et lumière du mythe américain de Didier OTTINGER, Découvertes Gallimard, Coédition Gallimard/Réunion des Musées Nationaux - Grand Palais

septembre 2012, 128 p.,  13.60 euros

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Cher Gabriel de Halfdan W. FREIHOW

Publié le par Hélène

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 ♥ ♥

 

L’auteur :

 Halfdan W. Freihow est norvégien. Il est né en 1959 à Mexico et a partagé ses années de jeunesse entre la Norvège, l’Espagne et la Belgique. Il a d’abord travaillé comme reporter, traducteur et critique littéraire avant de co-fonder la maison d’édition norvégienne Font Forlag. De l’exploration de sa vie intime et familiale est né son premier récit, Cher Gabriel, nominé pour le prestigieux prix Brage (2004).

 

L’histoire :

« Est-ce que tu apprendras un jour à jouer avec les mots, Gabriel ? Le paysage plaisante sans cesse avec nous. Les nuages sont des visages ou des animaux effrayants, mais ils n’arrêtent pas pour autant d’être des nuages ? Ça ne fait rien si de temps en temps tu as envie de boire un cheval ou un pantalon d’eau — le verre ne reste pas moins un verre. »

Cher Gabriel est une lettre intime et émouvante d’un père à son fils. Gabriel est autiste. Il vit avec sa famille dans une maison située sur la côte norvégienne, en pleine nature sauvage et balayée par les vents. H. W. Freihow met en lumière une relation complexe, un amour inconditionnel. Tel un château de sable qui tantôt prend des allures de palais étincelant, tantôt se laisse engloutir à la première houle, et qui sans cesse demande à être reconstruit. (Quatrième de couverture)

 

 

Ce que j’ai aimé :

L'auteur nous offre un témoignage émouvant qui ne cache rien et qui montre les différents stades par lesquels peuvent passer des parents aux prises avec un enfant autiste : la volonté de se battre,  d’aimer leur enfant, de l’aider de le préserver du monde tout en le rendant autonome, mais aussi la souffrance, les difficultés du couple face à tant d'instabilité... En décrivant son quotidien autour de scènes clés, il nous apporte un regard neuf et franc sur cette maladie mal connue et nous permet de mieux appréhender le monde des enfants autistes au fonctionnement si particulier et à l'univers si fragile.

 "Paralysé par cet immense besoin de sécurité, le besoin de savoir que tout se tient, que chaque chose a sa place dans la chaîne ininterrompue des causes et des effets, que tout est comme d'habitude, il te faut un pont, une main pour te guider hors du labyrinthe." (p. 12)

 L'ensemble est porté par un style poétique et doux qui évite le pathos pour effleurer avec tendresse son sujet et tenter de comprendre le mode de pensée d'un enfant autiste. Au-delà de la maladie seule de l'autisme, l'auteur nous ouvre plus largement vers un apprentissage de l’altérité.

 

   Ce que j’ai moins aimé :

 La description de l'univers de cet enfant et de ce qu"il doit affronter est comme édulcorée, peut-être parce qu'il est ultra protégé par ses parents. Il me semble que tout enfant différent doit aussi affronter des difficultés autrement supérieures à celles décrites ici. Le témoignage de cet homme est tendre, mais il reste un peu trop linéaire à mon goût.

 

 Premières phrases :

 « Sur le faîte du hangar à bateaux, une mouette médite.

Son plumage gris et blanc se détache sur la mousse vert-de-gris ponctuée de taches de vieillesse marron. Ca fait bien cinquante ans que cette touffe de mousse s’agrippe là, à l’abri du vent du nord, juste pour donner couleur et texture au toit de fibrociment. C’est beau, et quelque part dans l’univers, cela doit avoir un sens. »

 

 Vous aimerez aussi :

Où on va papa de Jean-Louis FOURNIER

 

 D’autres avis :

 Théoma ; Nadael  Clara 

 

Dagbladet « Ce livre compte parmi les plus beaux livres jamais écrits en norvégien. »

 

Le Monde « Chronique d'un père, Cher Gabriel est aussi celle de la naissance d'un écrivain. Ni un roman, ni un essai, certes. Mais un très beau texte, assurément. »

 

Paris Match « Un récit bouleversant. […] La quête de ce père touche au cœur dans cet ouvrage qui ne fait étalage de rien, mais raconte, entre souvenirs et avenir, ce que Gabriel connaît de la vie, c'est-à-dire ni le calcul ni la stratégie. […] Gabriel n'est pas seulement ce jumeau du paysage, il est une voix, une musique, une langue. »

Site Actualitte « Voici une lecture à partager de toute urgence, presque vitale même tant elle tend vers la voie de la sagesse, l’acceptation de l’autre (et de soi, finalement) dans sa différence la plus complexe, malgré toutes les difficultés quotidiennes, la douleur immense, souvent présente, les doutes permanents et le chagrin, parfois même le désespoir. […] C’est le cheminement d’un être tout entier, livré ici, par ces mots, qui se fortifie à mesure que son fils grandit. Une remise en question perpétuelle, admirable, qui donne du sens à l’existence. Un livre d’amour intense où l’émotion et la réflexion philosophique s’assistent et s’enrichissent réciproquement. »

Paperblog « Un acte d'amour sans miel et sans sucre, de foi en la vie mais aussi une ode à la vibration du paysage norvégien, à cette nature, pourtant impitoyable, qui le porte, le soutient, l'élève. […] Un sublime témoignage de père, d'homme. »

Var matin « Dans cette lettre, il y a de l'amour à toutes les pages. »

L'est-éclair « Un récit poétique au ton juste et sincère, qui met délicatement en lumière les problèmes de l'autisme et ses conséquences dans la vie quotidienne. »

La Libre Belgique « Halfdan W. Freihow déploie toute sa sagesse pour poser d’universelles questions. […] À ce fils pour qui les mots ont un sens unique s’enracinant hors de tout contexte, il offre un texte pétri de grâce et de poésie, de générosité et d’émotion, de vérité et d’absolu, de fragilité et de victoires, d’humilité et d’amour. »

Écho magazine « Cette belle lettre se lit comme un passionnant dialogue entre deux êtres qui s’efforcent, entre patience et colère, rire et désespoir, de se comprendre. »

 

Cher Gabriel, Halfdan W. Freihow, traduit du norvégien par Ellen Huse Foucher, Gaïa, mars 2012, 16 euros

 grand prix lectrices de elle 

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