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litterature amerique du nord

The girls d'Emma CLINE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"On a tous envie d'être vus"

A la fin des années 60 en Californie un été brûlant cloue au sol la jeune Evie Boyd, adolescente de 14 ans. La jeune femme qui vit seule avec sa mère traîne sa solitude dans la ville, errant ici et là sans parvenir à trouver un point d'ancrage. Il y a bine Connie, son amie d'enfance, mais cet été-là, même elle semble terne et sans intérêt. L'ennui et la solitude s'invitent aux côtés de l'adolescente mal dans peau. Jusqu'à ce qu'elle croise le chemin de Suzanne, une jeune femme marginale qui attire irrésistiblement la jeune Evie en mal de reconnaissance. Suzanne l'a regardée, Suzanne l'a vue, lui a parlé, Evie est conquise et suit Suzanne juqu'au ranch où elle habite avec d'autres filles. S'ouvre alors devant elle un autre monde mené par le charismatique Russell, leader du groupe de jeunes filles, personnage étrange qui veut bâtir une nouvelle société , "Sans racisme, sans exclusion, sans hiérarchie." loin des modèles bourgeois en place. Comme un papillon désarçonné par la lumière, Evie fuit sa réalité insipide pour se fondre dans cette communauté.

"Je commençais à remplir tous les vides qui étaient en moi avec les certitudes du ranch. Le chouette bagou de Russell : plus d'ego, débrancher l'esprit. Capter le vent cosmique à la place. Nos croyances aussi légères et digestes que les petits pains et les gâteaux fauchés dans ne boulangerie de Sausalito, pour nous empiffrer de fécule." p. 190 

Elle voit la liberté et le faste derrière la crasse et le délabrement du ranch, prête à tout pour intégrer le groupe et être reconnue, regardée, et ne plus être cet être fade, cette adolescente qui traîne sa jeunesse sans but et sans motivation. Et pourtant, elle risque de se brûler les ailes à vouloir trop s'approcher ...

Emma Cline s'inspire ici de la secte de Charles Manson et du meurtre de Sharon Tate, épouse du réalisateur Roman Polanski et de quatre de ses amis tués sauvagement par les émissaires de Manson dans leur villa de Los Angelès en 1969. Mais au-delà du fait divers, la jeune auteure parvient à capter avec une acuïté de vue époustouflante les dérives de l'adolescence, offrant des personnages avec une vraie profondeur psychologique. Tout est juste, au bon endroit, chaque mot est pesé, maîtrisé, chaque phrase porte presque en elle les contradictions de la secte.

Du grand art, une perfection rare pour un premier roman !

 

Présentation de l'éditeur : Quai Voltaire 

D'autres avis : Sandra ; Noukette ; Keisha ; Léa ; Valérie 

 

Merci à Sandra et à Arnaud qui ont su être convaincants et m'ont permis de découvrir cette pépite ! 

 

The girls, Emma Cline, traduit de l'anglais (US) par Jean Esch, Quai Voltaire, août 2016, 300 p., 21 euros

 

Une adaptation est prévue : 

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Martin Eden de Jack LONDON

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"En vain il se demandait : où sont les grandes âmes ? Et parmi la foule d'êtres indifférents, informes, stupides qu'il évoquait, il ne trouvait rien." p; 294

Martin Eden vient de débarquer d'un bateau de pêche quand  il vole au secours d'un homme élégant malmené par des voyous dans une bagarre. Pour le remercier, Arthur Morse l'invite dans l'opulente demeure familial où il rencontre la soeur d'Arthur, Ruth. Martin est fasciné par le milieu qu'il découvre et il tombe immédiatement amoureux de Ruth. Il décide alors de s'instruire en audodidacte pou intégrer la communauté des intellectuels qui gravitent autour de la jeune femme, et pour, peut-être, espérer lui plaire un jour. Fasciné par le savoir, il progresse très rapidement, supplantant bien vite ces bourgeois aux idées conformistes. Ruth n'estime que les valeurs établies, incapable de réfléchir par elle-même, elle n'estime que  ceux qui ont réussi et rejette ceux qui échouent. Elle se laisse néanmoins séduire par la vitalité de Martin, l'exhortant à se fondre dans la société bourgeoise en prenant un travail honorable. Mais Martin n' a qu'une ambition : il veut écrire et vivre de la littérature. 

S'il est obligé de retourner travailler régulièrement pour gagner de l'argent, sa dernière expérience en blanchisserie le dégoûte définitivement de cette vie de labeur qui pousse les hommes vers la boisson et les transforme en brutes. Le travail l'aliène. 

Mais son ascension intellectuelle ira de pair avec une désillusion poignante.

"Autrefois, il s'imaginait naïvement que tout ce qui n'appartenait pas à la classe ouvrière, tous les gens bien mis avaient une intelligence supérieure et le goût de la beauté ; la culture et l'élégance lui semblaient devoir marcher forcément de pair et il avait commis l'erreur insigne de confondre éducation avec intelligence." p. 286

Martin se réclame de Nietzsche pour lui "Le monde appartient aux forts, à ceux qui allient la force à la noblesse d'âme, qui ne se vautrent pas dans les mares croupies des compromissions, dans les pots-de-vin et les affaires plus ou moins véreuses. " "Il ne faut être esclave que de la beauté". Il veut être aimé pour lui-même, par lui-même et non pas pour sa notoriété ou son argent. 

La conclusion de ce combat solitaire ne pouvait qu'être tragique, "La vie n'est, je crois, qu'une gaffe et une honte. C'est vrai, une gaffe et une honte." p. 396

S'il est certain que Martin Eden partage avec Jack London certains points communs, l'auteur ayant connu cette misère pour se consacrer lui aussi à la littérature, pour l'amour d'une femme, les deux hommes avaient deux conceptions de la vie bien différentes puisque Jack London était résolument socialiste, croyant en l'homme et fustigeant cette individualisme. Pour l'auteur, un individu seul ne peut l'emporter face à la société, le manque de solidarité poussant les hommes à leur perte.

Le récit de la trajectoire tragique de ce jeune ouvrier qui fait l'épreuve de l'incompréhension, de la misère du désespoir,  constitue à juste titre le chef d'oeuvre de Jack London.

 

Martin Eden, Jack London, traduit de l'anglais par Claude Cendréé, 10/18, 

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Les maraudeurs de Tom COOPER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

A Jeanette, en Louisiane, après le passage de Katrina, la marée noire sévit à son tour, ruinant de nombreux pêcheurs. Parmi ces derneirs, Gus Lindquist, pêcheur manchot accro aux anti-douleurs et traînant à ses heures perdues sur les îles avoisinantes, à la recherche du trésor caché de Jean Lafitte, célèbre flibustier. Wes Trench a subi aussi de plein fouet ces catastrophes naturelles puisqu'il a perdu sa mère dans l'ouragan. Il aide désormais son père sur son bateau, jusqu'à ce que la rupture entre les deux hommes soit définitivement consommée.  "Rita, Gustav et Katrina avaient fait sonner les trompettes de l'apocalypse, mais cette fois c'était la bonne. (...) La quantité de mazout et de poison dans la mer, les millions de dollars perdus pour l'industrie de la pêche." Les pêcheurs de crevettes sont parmi les premiers touchés, les restaurateurs préfèrant désormais servir des crevettes provenant de Chine, bien plus grosses que les minuscules crevettes de Louisiane, atrophiées par la marée noire...

De son côté, Brady Grimes surfe sur la vague :  il est mandaté par la compagnie pétrolière pour convaincre les familles snistrées de renoncer à toute poursuite en échange d'un chèque. En marge, les frères Toup, jumeaux psychopathes, font pousser de la marijuana sur une des îles du marécage, drogue convoitées par Hanson et Cosgrove, deux losers prêts à tout pour s'enrichir.

Ces personnages torturés survivent comme ils le peuvent, tant bien que mal, avec leur conscience en berne ou leur culpabilité marquée, chacun trouve un échappatoire.

"Wes se disait que tout le monde, d'une manière ou d'une autre, cherchait un trésor. Un ticket de loterie, une carte de joueur de base-ball, la photo égarée d'un amour de jeunesse. Un bateau." p. 162

Malmenés par la vie et la nature, les uns et les autres font des choix aléatoires sur la route de la vie, conscients de la difficulté de prendre des décisions bancales pouvant sceller leurs destins. Au sein du bayou, la pression monte peu à peu. Si l'entraide perdure, ce qui les rive à cette région sinistrée est surtout leur amour inconditionnel pour ce lieu :

"Chez lui : la saveur amère des huïtres fraîches qu'on vient de tirer de l'eau. Les invasions de termites au début du mois de mai. La cacophonie des grenouilles des marais en été. Les grillons toute la journée. Les criquets pendant la nuit. Les averses éclairs de fin juillet, cinq minutes de pluie diluviennes. Les pick-up chargés de canne à sucre qui traversent la ville en bringuebalant, à l'automne. La joie du carnaval de Mardi Gras. La bénédiction de la flotte des bateaux de pêche. La guirlande des petites barques dans la baie. La minuscule constellation de leurs phares, brillant comme des lampions de Noël à l'horizon. L'étrange lueur verte, d'un éclat presque surnaturel, émanant des cyprès à l'heure du crépuscule au printemps. Le parfum terreux du ragoût d'écrevisses. Les pralines de pécan, le boudin, le gombo. Les alligators et les hérons et les sébastes et les crevettes. Les voix cajuns, profondes et rocailleuses. Les vieux visages aux rides étranges, sinueuses cmme des empreintes digitales. " p. 392

@easyvoyage

L'auteur voulait faire entendre la tonalité du lieu là bas à notre époque. Une tonalité sombre, seules quelques touches de lumière réussissent à percer à travers la végétation dense du bayou, mais elles sont d'autant plus précieuses... Un très beau roman !

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

D'autres avis : Blogs :  Jérôme Electra ; Presse : France Inter 

 

Merci à l'éditeur. 

 

Les maraudeurs, Tom Cooper, traduit de l'anglais (EU) par Pierre Demarty, Albin Michel, mai 2016, 398 p., 22 euros 

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La vallée des poupées de Jacqueline SUSANN

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

En 1945 Anne Welles quitte sa Nouvelle Angleterre natale pour rejoindre les fastes de New York. Elle est embauchée comme secrétaire par un cabinet d'avocats spécialisé dans le théâtre et trouve une chambre dans une pension. Elle rencontre alors Neely, qui se destine à la chanson, et Jennifer, une femme sublime bien décidée à se servir de sa beauté pour réussir dans le milieu du show-biz. 

Les poupées pourraient désigner ces jeunes filles si parfaites qu'elles semblent artificielles, mais dans le langage codé du showbiz, ce sont des tranquilisants, excitants et somnifères qui aident les trois héroïnes à tenir émotionnellement et physiquement face à la pression exercée sur elles. Devenues des icônes, elles deviennent grisantes aux yeux des autres, mais portent en elle ce grain de folie hors norme qui fait aussi partie intégrante des artistes. Arrivées en haut de l'affiche,  le monde étant à portée de leurs mains, elles perdent l'espoir qui alimentait leur jeunesse et errent de déception en déception. L'amour pourrait constituer un espoir, mais les hommes eux mêmes se révèlent peu à la hauteur, souvent lâches et tyranniques, déstabilisés par ces femmes carnassières. 

Publié en 1966, ce roman résonne comme une critique virulente du rêve américain faisant rêver les jeunes filles, cet Hollywood, ce Broadway, ces cabarets où coule l'argent et où règne la puissance de la notoriété. Mais tout a un revers, et les jeunes héroïnes vont en faire la cruelle expérience. L'auteure a elle-même tenté sa chance dans le showbiz comme actrice à New York, expérience qui s'est révélée éprouvante et lui a inspiré son roman.

Ce que j'ai moins aimé :

Une petite lassitude vers la fin, en raison de la répétition des désillusions des jeunes femmes. Neely semble un personnage assez improbable, elle qui tombe dix fois et se relève tout autant de fois. 

Malgré tout, les pages se tournent vite, portée par un style simple très dialogué. 

 

Présentation de l'éditeur : 10-18 

D'autres avis : Babelio

 

Merci à l'éditeur 

 

La vallée des poupées, Jacqueline Susann, traduit de l'anglais (EU) par Michèle Lévy-Bram, 10-18, juin 2016, 480 p., 8.80 euros 

 

Le roman a fait l'objet d'une adaptation cinématographique en 1968

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Le nom des étoiles de Pete FROMM

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Après avoir rêvé pendant des années de s'établir en pleine montagne dans une cabane "introuvable car trop isolée", Pete Fromm s'est installé dans les plaines, à Great Falls, avec sa femme et ses deux fils, passant ainsi "De la nature sauvage à la vie bien sage". Vingt cinq ans ont passé depuis son expérience de gardien d'oeufs de saumon qu'il conte dans Indian Creek, quand on lui propose de s'installer un mois au coeur de la Bob Marshall Wilderness afin de surveiller à nouveau la croissance d'oeufs de poissons. Il voit là l'occasion de renouer avec ses rêves de vie sauvage, et surtout, il pense pouvoir partager cette expérience unique avec ses fils, leur inculquant ainsi davantage encore son goût pour l'aventure et la nature. C'est sans compter sur sa femme et le garde forestier du district, la première n'étant guère enthousiasmée à la perspective d'envoyer ses petits en pleine nature à la merci "des sales bêtes sournoises" comme les grizzlys, "Et il y avait aussi les loups. l'eau rapide et glacée. Les chutes. Les blessures. Les maladies.", et le deuxième avançant des questions de responsabilité en cas d'accident pour poser son veto à la venue des enfants. Pete part donc seul, déçu tant il souhaitait partager sa passion pour l'aventure avec ses enfants.

Mais les premiers vingt kilomètres à cheval pour rejoindre sa cabane font déjà vaciller ses certitudes : ses fils auraient-ils été vraiment à leur place dans cet univers sauvage, où même des chevaux peuvent devenir dangereux, parce qu'ils "sont grands, ils sont cons, et tôt ou tard ils vous flanquent un coup de pied." Quant au grizzly, son omniprésence devient obsédante, le moindre bruit devenant alarme, obligeant Pete à chanter à tue-tête pour chasser l'ombre du danger. Il reste bien conscient que toutes les précautions ne pourront pas empêcher une malencontreuse rencontre. Ainsi, jour après jour, il se résigne et à accepte le bien-fondé des craintes de sa femme et du garde.

Fort de sa solitude, son activité ne lui prenant que peu de temps, il a tout le loisir de se remémorer d'autres aventures, vécues tout au long de sa vie, du temps où il était maître nageur dans le Nevada, guide de rivières sans le parc national de Grane Teton, ou garde forestier au coeur du parc national de Big Bend. Au fil de ses souvenirs il s'interroge sur ce qui a fait de lui un homme, un père, et sur ce qu'il peut transmettre à ses enfants. 

"Je me retrouve au milieu de ma vie, déjà si pleine, où les regrets sont rares, comme de petits tourbillons au sein du courant principal, aucun qui me hante, et pas un, pas un seul qui concernne les jours passés en pleine nature sauvage." 

Les espaces infinis qui l'entourent font naître de vastes questions en son âme sur le sens de sa vie ou sur la direction étrange que peut prendre nos destinées pourtant soumises à un faisceau d'options.  Niché dans sa cabane en tête à tête avec lui-même, il découvrira qui il est vraiment...

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis : Litteraventures 

Du même auteur : Indian Creek ; Avant la nuit

 

Merci à l'éditeur.

 

Le nom des étoiles, Pete Fromm, traduit par Laurent Bury, Gallmeister, avril 2016, 272 p., 23 euros

 

 

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Rencontre avec Tracy Chevalier

Publié le par Hélène

Grâce à l'agence de presse D'Anne et Arnaud nous sommes plusieurs blogueuses a avoir eu le plaisir de rencontrer Tracy Chevalier, une auteure très accessible et agréable. Voici le compte rendu de cette rencontre : 

 

Pourquoi cette chronologie ?

Pour entretienir le mystère. Je ne voulais pas une saga-western très longue, j'ai donc choisi d'entremêler deux époques : celle de l'Ohio et celle du Robert adulte. Les lettres sont un pont, un lien entre l'Ohio et la Californie.

 

Comment vous est venue l'idée de ce roman ?

Qunad j'ai effectué des recherches sur La dernière fugitive j'ai lu un livre sur les relations entre les humains et plantes pour me documenter sur des détails sur la vie dans l'Ohio au XIXème siècle.Dans ce livre il y avait un chapitre sur les pommes et sur Appleseed, un commerçant. J'ai été amusée par la différence entre ce que l'on apprend sur cet homme aux enfants, qu'il donnait des pommes pour promouvoir la santé, alors qu'en fait il les vendait pour faire de l'alcool. La différence entre la réalité et la fiction m' a amusée. Puis j'ai eu l'image de ce couple qui se déchirerait parce que l'un voudrait cultiver des pommes sucrées et l'autre des pommes acides pour faire de l'alcool.

C'est l'histoire de gens qui bougent, ceux qui émigrent mais aussi le mouvement des arbres. On pense que les arbres ne bougent pas mais en fait c'est faux, les gens les font voyager. Les pommiers sont originaires du Kazakstan par exemple. L'arbre est le miroir de la migration humaine. 

 

Sur quel projet travaillez vous actuellement ?

Un roman qui se passe aussi aux Etats-Unis en rapport avec le projet Shakespeare : une maison d'édition en Angleterre a demandé à plusieurs écrivains de choisir une pièce de Shaespeare et d'écrire un roman inspiré par cette pièce. Margaret Atwood a choisi la Tempête et pour ma part j'ai choisi Othello. Cela se passera dans une école américaine en 1974. Tous les écoliers seront américains sauf un jeune enfant noir qui arrive un jour dans l'école venant d'Afrique. 

 

Pourquoi avoir choisi d'offrir le point de vue de Sadie à la première personne quand les autres personnages sont présentés à la 3ème personne ?

AU début j'avais pensé que ce serait l'homme l'ivrogne puis je me suis dit que cela était trop stéréotypé et j'ai choisi la femme. Dans ma tête j'entendais sa voix et sa manière de parler. J'ai pensé qu'elle était si forte que j'ai su qu'elle devait s'exprimer à la première personne. Si l'histoire était à la troisième personne uniquement, le personnage serait devenu nul. Inversement tout le roman avec seulement son point de vue aurait été trop. Un petit peu c'était mieux. Sadie est un personnage que l'on déteste ou que l'on adore. Il ne faut pas que tous les personnages soient gentils dans un roman. Elle est forte mais elle a ses raisons : elle perd un enfant chaque hiver, elle est isolée, n'a pas d'amis, elle est un peu égoïste. 

 

Pourquoi était-ce la première réelle fois que le héros était masculin ?

Ce qui m'intéresse sont les effets qu'ont pu avoir la famille sur les enfants. Il fallait la réaction d'un des enfants qui partirait vers l'Ouest. Il fallait un homme car pour une fille cela aurait été trop difficile de partir seule à travers le pays.

 

Pourquoi des histoires d'amour tourmentées ?

Parce que l'amour est compliqué. Robert est influencé par la relation de ses parents. Il faut toujours des compromis.

 

Quelles sont vos relations avec Faulkner ?

Faulkner et ses structures narratives ont indubitablement influencé de nombreux auteurs. J'ai étudié Faulkner à l'université, j'ai lu tout ce qu'il a publié et j'ai adoré Le bruit et la fureur et Tandis que j'agonise. J'ai été impressionnée, c'est toujours là, je pense. J'ai aussi eu d'autres influences comme celle de Toni Morrison, par Beloved et le Chant de Salomon. Elle aussi utilise les différents points de vue des personnages. 

 

Quels sont vos rapports avec votre traductrice ?

Je ne lis jamais les traductions. Quand c'est fini, c'est fini, le livre est pour vous, lecteurs, pas pour moi. Pour la traduction, je regarde quelques pages par ci et par là, mais je ne peux pas juger la traduction. On m'a dit que c'était bon. Anouk - la traductrice- a rencontré quelques problèmes en raison de l'utilisation de beaucoup de vocabulaire spécifique à la culture des pommes, et quelquefois elle m'a posée des questions.

 

Avez-vous des romans en cours d'adaptation cinématographique ?

Un producteur a acheté les droits de Prodigieuses créatures il y a 5 ans mais a finalement refusé de tourner l'adaptation. On a décidé que peut-être quelqu'un d'autre aura cette chance. C'ets diffcile de faire un film, il y a tant de monnaie en jeu. Quand on publie un livre il n'y a que moi et le lecteur, c'est simple. Avec un film il y a les différentes compagnies, les différents pays, il faut plusieurs personnes les acteurs, producteurs, etc... Il est difficile que tout ce monde se mette d'accord. Sans doute que cette adaptation n'a pas vu le jour car le roman est très anglais et que le producteur intéressé était australien.

A l'orée du verger est difficile à adapter à cause des différentes époques, il faudrait des flashbacks, ce serait compliqué. 

Je n'imagine pas en écrivant que ce que j'écris pourra devenir un film. Il faut écrire pour le lecteur pas pour quelqu'un qui va voir un film. Néanmoins quelques scènes restent très visuelles comme celle durant laquelle Robert est avec Nancy et Marthe et descend la montagne et voit à distance Molly et son parapluie jaune et rouge. C'était un film dans ma tête. Cela ne signifie pas que cela ferait un bon film.

 

Avez-vous été influencée par Les soeurs Brontë ?

J'ai travaillé sur un projet pour célébrer le bicentenaire de Charlotte Brontë avec des expositions et des livres. J'ai beaucoup lu les soeurs Brontë et j'ai remarqué que Jane Eyre ressemblait un peu à ma jeune fille à la perle. 

 

Merci à Anaïs et Arnaud pour cette soirée très enrichissante et merci à Tracy Chevalier pour sa proximité et sa gentillesse !

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A l'orée du verger de Tracy CHEVALIER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Des pommes de la discorde aux arbres de l'espérance...

En 1838, dans l'Ohio, James Goodenough cultive des pommes. Mais les malheurs s'accumulent sur sa famille : à chaque fin d'hiver un de ses enfants meurt à cause de la fièvre des marais, les caprices du temps peuvent détruire en un instant ses récoltes, sa femme, Sadie, a tendance à trop apprécier l'eau de vie, les voisins sont rares bref, la vie est rude pour cette famille de cultivateurs... Les dissenssions s'exacerbent au sein du couple, James souhaitant cultiver avant tout une variété de pommes chère à son coeur la reinette dorée, pomme sucrée "au parfum de noix, de miel avec une note finale d'ananas" quand sa femme préfère les pommes à cidres qui lui permettent de fabriquer son eau de vie, encouragée en cela par John Chapman, vendeur d'arbres fruitiers itinérant. Leurs conflits permanents impacteront durablement leurs enfants. 

Enfants que l'on retrouve des années plus tard, après l'éclatement de la famille. Robert a quitté l'Ohio pour tenter sa chance dans l'Ouest. Il suit William Lobb, un exportateur chargé de prélever des pousses de séquoia pour les envoyer en Angleterre. Martha, quant à elle sillonne le pays à la recherche de son frère tant aimé.

Dans ce roman foisonnant très documenté, les arbres, tout comme les hommes voyagent : les pommiers à reinettes dorées viennent d'Angleterre et les séquoias géants ainsi que les redwoods font le chemin inverse. Mêlant savamment personnages fictifs et personnages réels, Tracy Chevalier rend hommage à la mémoire de ces pionniers venus construire l'Amérique. Si les êtres qui parcourent A l'orée du verger parlent peu, leur silence dit l'essentiel. Les rapports humains, amoureux ne coulent pas de source et demandent eux aussi des sols fertiles. Chacun est méfiant, comme pour se protéger d'un monde trop grand. 

Ce que j'ai moins aimé : Dans la première partie l'alternance de point de vue est déconcertante : d'abord celui de James à la troisième personne, puis celui de Sadie le personnage le plus détestable du roman -selon moi, d'autres comme Séverine l'ont adorée- qui, elle, parle à la première personne, dans un style qui se veut le sien. 

La construction est elle aussi déconcertante, avec des retours en arrière, des échanges épistolaires entrecoupant l'action et permettant des ellipses temporelles de plusieurs années.

En conclusion : Même si ce roman ne bénéficie pas des qualités narratives ni du souffle romanesque de La dernière fugitive, il aborde d'un point de vue original l'histoire de ces nomades anonymes qui ont contruit les Etats-Unis. 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de la Table Ronde

Du même auteur : Mon préféré La dernière fugitive ;  Prodigieuses créatures

D'autres avis : Séverine

Télérama

 

A l'orée du verger, Tracy Chevalier, traduit de l'anglais par Anouk Neuhoff, éditions la Table Ronde, mai 2016, 336 p., 22.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

Ma rencontre avec l'auteure est ICI : rencontre avec Tracy Chevalier

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Va et poste une sentinelle de Harper LEE

Publié le par Hélène

♥ ♥

"J'ai besoin d'une sentinelle à mes côtés qui me montre la différence entre ce que les hommes disent et ce qu'ils veulent dire, qui trace une ligne de partage et me montre qu'ici a cours telle justice et là telle autre et me fasse comprendre la nuance." p. 22

Comment est-il possible qu'Atticus, l'homme qui défendait le droit des opprimés dans le magnifique Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, le père exemplaire qui tentait de transmettre des valeurs essentielles à ses enfants, le modèle de tant d'avocats, cet homme bon, moral et intègre, comment est-il possible disais-je que cet homme soit devenu raciste 25 ans plus tard ? 

Michiko Kakutani, critique littéraire du  New York Times a résumé, dans son article consacré au roman, la stupeur ressentie par le lecteur américain face à cette métamorphose d'Atticus : « De manière choquante, dans le roman tant attendu de Mrs Lee, [...] Atticus est un raciste qui a déjà assisté à une réunion du Ku Klux Klan, qui dit des choses comme "notre population noire est arriérée", ou demande à sa fille : "Souhaites-tu voir des cars entiers de Noirs débouler dans nos écoles, nos églises et nos théâtres ? Souhaites-tu les voir entrer dans notre monde ?" [...] Dans Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Atticus était un modèle pour ses enfants, Scout et Jem [le frère de Scout, NDLR] — leur étoile Polaire, leur héros, la force morale la plus puissante dans leurs vies. Dans La Sentinelle, il devient source de douleur et de désillusion pour la Scout de 26 ans (ou Jean Louise, comme on l'appelle à présent). » De fait, les critiques de la presse américaine étaient souvent mitigées, mais le livre a connu néanmoins un beau succés, comme si chaque lecteur voulait vérifier, comme si on continuait à penser qu'il devait y avoir une erreur, que les autres n'avaient pas bien compris...  Et pourtant... 

Il faut savoir que si Va et poste une sentinelle se passe 25 ans après l'intrigue de Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, dans les années 50, il a été ecrit avant Ne tirez pas mais refusé, si bien que l'éditirice conseilla à l'auteur de déplacer son intrigue vingt ans plus tôt. Et elle aurait dû s'en tenir là... 

Bref, que dire de cet opus ? Que Scout découvre tout aussi attérée que nous, lecteurs les thèses ségregationnistes de son père et dans un premier temps, elle se perd dans des souvenirs d'enfance pour se rassurer. Puis, petit à petit, cet ébranlement violent lui permet de mûrir et d'assumer ses choix de vie. En tant que New-yorkaise, elle brandit sa soif de liberté et ne se reconnaît plus dans les valeurs de son petit village natal d'Alabama. Chacun défend ses thèses, et là encore la déception se fait ressentir, quand dans Ne tirez pas, tout était suggéré, subtilement, ici tout est assené, maladroitement... Alors oui, compréhension et respect sont encore au coeur du roman, mais la démonstration est tellement forcée qu'elle en devient artificielle. Rendez-nous notre Atticus et replacez-le sur son piédestal, s'il vous plaît... 

 

Présentation de l'éditeur : Grasset 

D'autres avis : Babélio 

 

Va et poste une sentinelle, Harper Lee, roman traduit de l'anglais (Eu) par Pierre Demarty, Grasset, octobre 2015, 336 p., 20.90 euros 

 

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Le pique-nique des orphelins de Louise ERDRICH

Publié le par Hélène

Lors d'une fête foraine, Adélaïde s'envole vers de nouveaux horizons, laissant à terre ses trois enfants, Jude, Karl et Mary. Jude n'est encore qu'un nouveau-né et il est miraculeusement volé par un couple en mal d'enfant, quand Karl et Mary se retrouvent livrés à eux-mêmes. Ils décident de rejoindre leur tante dans la ville d'Argus dans le Dakota du Nord. Malheureusement Karl se perd en chemin et c'est seule que Mary arrive chez sa tante Fritzie qui tient une boucherie. Là, elle devient amie avec Célestine, une indienne qui était déjà l'amie de Sita, sa cousine. Les enfants vont grandir et évoluer dans ce nouvel environnement et par la suite Mary reprendra la boucherie aux côtés de Célestine quand Karl retrouvera finalement son chemin jusqu'à Argus, pour le meilleur et pour le pire.

Cette chronique familiale qui court sur plusieurs années alterne les narrateurs de façon à densifier le monde décrit. Les épreuves ne manquent pas sur le chemin de la matûrité, et chacun utilisera ses propres ressources pour grandir et s'épanouir, bon an mal an...

Mes réticences : Je ne suis pas parvenue à m'intéresser réellement au sort des protagonistes ni à comprendre où voulait en venir l'auteur. 

Une déception...

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

Du même auteur : La malédiction des colombes 

D'autres avis : Léa  ; Jérôme  ; Cathulu  ; Clara  ; Aelys 

 

Le pique-nique des orphelins, Louise Erdrich, traduit de l'anglais (EU) par Isabelle Reinharez, Albin Michel, janvier 2016, 

 

Merci à l'éditeur. 

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La dernière frontière de Howard FAST

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1878. Les indiens cheyennes parqués en territoire indien en Oklahoma ne supportent plus leurs conditions de vie âpres, passés dans cette "étendue poussiéreuse, brûlante et cuite au soleil, de terre sèche, d'herbes jaunies, de pins rabougris et de rivières asséchées." Malades, affamés, désespérés, ils décident de regagner leur terre sacrée des Black Hills.  Trois cent d'entre eux partent, avec à leur trousse des soldats et des civils qui refusent que ces hommes fiers bafouent les traités que les blancs ont mis en place, traités qui ont spolié les indiens de leurs terres et les ont parqués dans des réserves. La dernière frontière conte l'odyssée de ceux qui n'avaient que le tort de penser que le sol sur lequel ils avaient vécu était le leur, le voyage tourmenté d'hommes et de femmes qui voulaient juste rentrer chez eux ! 

"Le mot freedom -liberté-, savez-vous d'où il vient ? Du vieux saxon, free (libre), et doom (mort). Alors songeons à ce qu'il a signifié : le droit pour tout homme de choisir la mort plutôt que la servitude." p. 120

Alors même si 1600 km les séparent de leur terre promise, les cheyennes ont décidé de se battre pour leur dignité, Leur chef Little Wolf estimant que la mort est toujours  préférable au statut d'esclave.

Little Wolf @http://www.digitalhistoryproject.com/

C'est la fin d'un monde qui s'ouvre sous nos yeux. Une page se tourne, laissant derrière elle une époque révolue où les bisons peuplaient les plaines et les indiens cheyennes étaient des êtres arrogants, fiers et beaux. A présent, ils ne sont plus que des ombres décharnées et traquées par l'administration américaine. La cavalerie qui les piste est étonnée de rencontrer des êtres qui ne sont plus que l'ombre d'eux-mêmes, des êtres glaçants, déjà des fantômes de l'histoire. 

La question centrale du roman apparaît rapidement : "pourquoi un groupe minoritaire dans notre République ne peut-il légalement occuper le pays qu'il a habité pendant des siècles ?" L'égalité n'est qu'un leurre, la démocratie américaine a ses revers meurtriers pointés brillamment du doigt par Howard Fast dans ce roman poignant de 1941, roman inspiré de faits historiques et réédité ici en français dans une nouvelle traduction par les éditions Gallmeister. 

Un grand roman sur l'anéantissement d'un peuple.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

D'autres avis :  Babélio

 

La dernière frontière, Howard Fast, traduit par Catherine de Palaminy, Gallmeister, mai 2014, 320 p., 10.20 euros

 

 

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