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197 articles avec litterature amerique du nord

Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel TREMBLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans le Montréal des années 50 Michel Tremblay grandit environné des mots magiques qu'il trouve dans les livres. Il lit sans relâche et découvre avec ravissement la comtesse de Ségur, Hergé et son Tintin au Congo, Jules Verne et ses aventures extraordinaires, des pièces classiques avec Eschyle... Tout en prenant plaisir à échanger avec lui sur ses lecteures, sa mère s'étonne de cette frénésie : 

"C'est ben beau de lire, j't'ai toujours encouragé mais le crâne va te péter ! Tu vas te rendre aveugle ! Tu vas devenir gros comme un éléphant, tu bouges pas des grandes journées de temps ! Y fait beau, sors un peu !

- Moman, c'qu'on nous fait lire à l'école est plate pour mourir, j'veux me faire une éducation tu-seul !" 

Petit à petit ses goûts s'affinent au gré de sa personnalité. Eduqué dans un établissement catholique, il se délecte de la liste des livres mis à l'index, par provocation et révolte contre cette éducation faite d'humiliation pour provoquer la culpabilité, fer de lance de cette religion. 

Années après années son esprit critique se forme et lui-même se prête au jeu de l'écriture. Il commence par réécrire la fin de "Blanche Neige et les sept nains" et finit par écrire et publier son propre recueil "Contes pour buveurs attardés". 

En évoquant son parcours de lecteur, Michel Tremblay nous communique sa passion lumineuse pour les livres et la lecture, élément constitutif de sa personnalité d'écrivain. "Ouvrir un livre demeure l'un des gestes les plus jouissifs, les plus irremplaçables de la vie." 

 

Présentation de l'édteur : Actes Sud 

Du même auteur La grosse femme d'à côté est enceinte 

D'autres avis : Découvert chez Karine:) ; Dasola 

 

Un ange cornu avec des ailes de tôle, Michel Tremblay, Actes sud, babel, 1994, 8.70 euros

 

Participation au mois québecois chez Karine:)

 

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Les aurores montréales de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥  

Ce que j'ai aimé :

27 histoires assez courtes s'enchaînent dans ce recueil de nouvelles mettant en vedette Montréal et ses habitants. Ces derniers sont scrutés par l'oeil acéré de Monique Proulx à qui rien n'échappe. De fait, une psychologie très fine des rapports humains s'ébauche sous nos yeux, avec la question du rapport à l'autre au centre des réflexions, que ce soit dans un rapport familial, amoureux, professionnel. Les êtres se frôlent et s'épaulent, mais ils se quittent également victimes des difficultés de communication ou de compréhension inhérentes aux rapports humains... Le couple est le catalyseur de ces tensions, les hommes et les femmes étant bien souvent aux antipodes les uns des autres : 

"Il serait agréable de vivre avec les femmes, elle sont la douceur, la beauté totale du monde, mais voilà, elles aiment l'inquiétude, elles la chérissent tant qu'elles lui inventent sans cesse des raisons d'exister. L'inquiétude attire les reproches qui éloignent l'amour, l'inquiétude fronce de rides les passions les plus jeunes. M'aimes-tu encore, à quoi tu penses, pourquoi tu ne téléphones pas, les pauvres questions de l'inquiétude créent, à partir de rien, des monstres qui deviennent réels. 

Entre toutes les voltiges possibles, toutes les voies aériennes, les femmes choisissent fatidiquement la pesanteur." ("Jouer avec un chat")

Dans "Léa et Paul par exemple" deux époques sont mises en parallèle : celle des temps heureux, de l'amour fou puis celle de l'après, avec la rupture et la douleur qu'elle engendre : 

"Ils sont là, au milieu de tout ça, le feu qui danse sur la grève, la lune, le lac engourdi par la nuit, le chant du huard, leurs doigts se trouvent sans se chercher, ils ont envie de crier tellement cet amour est un état de grâce qui ne peut pas ne pas durer toujours.

"Tout cela ne tient donc qu'à un fil, la beauté, l'ordonnance harmonieuse de nos visages et de nos corps que nous offrons aux autres comme des bouquets d'éternité, tant de soins et de maquillages pour un masque si précaire. (...) Oui, la légèreté est votre meilleure monture, la plus susceptible de vous emporter sans heurt où il faut aller, c'est la légèreté qui nous manque le plus dans cette vie de plomb où nous n'apprenons qu'à peupler de nos anxiétés l'univers merveilleux, merveilleusement vide." ("Blanc")

Monique Proulx s'interroge également sur la place des individus dans la société, elle mentionne les immigrants, les sans-abris, des êtres déracinés qui peinent à se mouvoir dans leur nouvelle vie. Dans ce contexte, il est difficile de rester soi-même, de "demeurer un être humain." comme le dit un jeune indien sans abri dans "Rouge et blanc". La double ou triple appartenance ethnique de ces montréalais provoque des difficultés prégnantes d'adaptation. 

L'altérité est vécue à la fois comme une chance et une difficulté, si bien qu'une tristesse latente s'échappe de ces nouvelles portées par un style lyrique précis.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boreal

Vous aimerez aussi : Du même auteur : Champagne

D'autres avis : Catherine 

 

Les aurores montréales, Monique Proulx, Boréal compact, 1997, 248 p., 13.95 euros

 

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Délivrances de Toni MORRISON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lula Ann connaît dés son enfance un rejet dû à sa couleur de peau puisque sa mère elle-même ne comprend pas sa couleur de la peau de sa fille et répugne à la toucher. Plus tard la petite Lula Ann se fera appeler Bride et transformera ce qu'elle a ressenti dans les premières heures comme une faiblesse en force. Devenue une femme brillante travaillant dans les cosmétiques, elle se construit une image mettant en valeur sa peau noire ébène. Mais le jour où son petit ami la laisse sur le bord de la route sans réelles explications, lui disant juste "T'es pas la femme que je veux", elle est perdue, comme si, à nouveau, elle revivait les rejets de son enfance. Elle part alors sur les traces de cet homme pour mieux comprendre qui elle devrait être, pour savoir, enfin, pourquoi on ne peut pas l'aimer pour ce qu'elle est. 

Se délivrer, ce sera sans doute alors faire le deuil de l'enfance et de ses stigmates : 

"Chacun va s'accrocher à une petite histoire triste de blessure et de chagrin : un problème et une douleur anciens que l'existence a lâchés sur leurs êtres purs et innocents. Et chacun va réécrire cette histoire à l'infini, tout en connaissant son intrigue, en devinant son thème, en inventant sa signification et en rejetant son origine. Quel gâchis. Elle savait d'expérience ô combien difficile, ô combien égoïste et destructible était le fait d'aimer." p. 176

La délivrance vient de la nécessité de se délivrer des rets de l'enfance et du passé pour avancer. Souvent dans ce roman, les enfants se retrouvent victimes des adultes, du racisme, des prédateurs sexuels, et ce n'est qu'au prix d'une lutte acharnée contre les autres et contre eux-mêmes qu'ils peuvent espérer conquérir un peu de quiétude dans ce monde tourmenté. 

Ce roman choral, porté de surcroît par une écriture fluide, touche à la pureté de l'identité. Essentiel. Au sens premier du terme. 

 

Présentation de l'éditeur : Christian Bourgois 

Du même auteur : Home

D'autres avis : Télérama  ; Jérôme  ; Noukette 

 

Délivrances, Toni Morrison, traduit de l'anglais (EU) par Christine Laferrière, Bourgois éditions, 2015, 196 p., 18 euros

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Le saloon des derniers mots doux de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

♥ ♥

 "Cette dernière ne regardait rien en particulier ; et il y avait beaucoup de rien à regarder sur cette vaste plaine ventée." p. 38

A la fin du XIXème siècle, à Long Grass, petite bourgade du bout du monde située entre le Kansas et le Nouveau-Mexique. Wyatt Earp et Doc Holliday traînent leur carcasse en regardant d'un oeil désabusé le monde qui les entoure. Le temps des cow boys et des indiens s'efface, à leur grand damne et ils se voient réduits à se donner en spectacle dans des foires. Ils regrettent les bisons qui arpentaient les plaines, le temps du Pony Express, et surtout les saloons peuplés de cow-boys prêts à se tirer dessus au moindre prétexte. Ainsi, ils se promènent avec leur enseigne de saloon à la recherche d'un endroit idéal pour l'accrocher, pour recréer un bon vieux bar pour cow-boys qui aiment le whiskey et les putains.

 

"Le saloon des derniers mots doux est une ballade en prose dont les personnages flottent dans le temps ; leur légende et leur vie réelle correspondent rarement. En écrivant cet ouvrage, j'avais en tête le grand réalisateur John Ford : il est connu pour avoir déclaré qu'à choisir entre la légende et la réalité, mieux vaut écrire la légende. C'est donc ce que j'ai fait." (Larry McMurtry)

Le monde ne tourne plus très rond dans cette Amérique de carton dans laquelle les femmes prennent peu à peu le pouvoir. Cette "comédie postmoderne", comme le dit très bien Joyce Carol Oates, dégage un charme mélancolique indéfinissable...

Mes réticences : Dans cet univers comme figé, l'engourdissement a tendance à gagner le lecteur. Le manque de souffle prégnant entraîne une certaine frustration...

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

Du même auteur Lonesome dove  La dernière séance  ; Texasville 

D'autres avis : Electra

 

Merci à l'éditeur.

 

Le saloon des derniers mots doux, Larry McMurtry, traduit de l'américain par Laura Derajinski, Gallmeister, 2015, 211 p., 22.2 euros

 

 

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Canada de Richard FORD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles que soient les évidences d'une vie, la personne qu'on croit être, ce qu'on a à son actif, ce dont on est fier, ce dont on tire sa force vitale, tout peut toujours arriver à la suite de tout et du reste." p. 362

Great Falls Montana 1960. Dell Parsons et sa soeur jumelle Berner ont 15 ans quand se produit un évènement sismique qui influence leur vie de façon irrémédiable : leurs parents braquent une banque et se font arrêter. Pourtant rien ne prédispose ce couple à commettre l'irréparable : leur père est un ancien de l'Air force et leur mère est institutrice. Si l'un a tendance à se lancer dans des combines peu claires, l'autre semble avoir les pieds sur terre, et pourtant, une spirale difficilement contrôlable les mène vers l'illégalité. Le talent de Richard Ford est de décrire pas après pas, minutieusement, comment les êtres peuvent atteindre un point de non-retour, alors que rien ne les prédisposait à suivre cette direction. Il prend son temps pour suivre ses personnages, les décrire, les aimer malgré leurs failles, et les accompagner vers l'irrémédiable, laissant leurs deux enfants démunis, définitivement marqués par la destinée tragique de leurs parents. 

"C'est fou jusqu'où va la normalité. On peut ne pas la perdre de vue pendant très longtemps, tel le radeau qui quitte la côte et la voit s'amenuiser. Telle la montgolfière, happée par un courant ascendant au-dessus de la Prairie, d'où l'on voit le paysage s'agrandir, s'aplatir et perdre ses contours. On s'en rend compte ou pas. Mais on est déjà trop loin, tout est perdu. A cause des choix désastreux de nos parents, la "vie normale" me laisse sceptique, en même temps que j'y aspire désespérément. J'ai beaucoup de mal à faire coexister l'idée d'une vie normale avec la fin qui fut la leur." p. 111

En quoi les évènements influencent-ils nos destinées ? Le jeune Dell, enfant ordinaire passionné par les échecs et les abeilles va devoir apprendre à se construire loin de cette normalité, en laissant derrière lui cet évènement terrible qui n'a comme origine "qu'une déviation infime de la vie quotidienne."  Ce petit rien transforme pourtant sa vie. Il échoue au Canada, auprès d'un homme trouble, Arthur Remlinger, auquel il souhaite s'attacher, pour retrouver un point fixe, pour garder l'espoir qu'une vie normale est possible, que le bonheur est encore à portée de mains. Et contre toute attente, sa destinée mystérieuse suivra son cours...

"Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-entend Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intéger en un tout où le bien ait sa place, même si, avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie, comme disait ma soeur. On essaie, tous autant que nous sommes. On essaie." p. 476

Nombre de réflexions philosophiques se cachent dans les instestices des phrases et de l'histoire, bien plus grave, intense et enrichissante qu'elle n'y paraît au premier abord. Les faits bruts ne parlent pas, c'est comment l'être se construit, ce qu'il en fait qui crée l'humain. De la même façon que le lecteur construit son roman à l'aune des évènements racontés. En s'interrogeant sur les ressorts de l'être humain, sur son mystère, Richard Ford nous offre avec ce Canada une belle leçon d'humilité " Pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi — de tout ce bois, le feu d'une vie. » 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier  ; Points

D'autres avis : Télérama ; France CultureL'express Bibliobs 

BabélioSylireKathelClaire Jeanne 

 

Canada, Richard Ford, Editions de l'Olivier, août 2013, 480 p., 22.50 euros 

Canada, Richard Ford, traduit de l'anglais (EU) par Josée Kamoun,  Points, août 2014, 504 p. 8.5 euros

 

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Terreur apache de William Riley BURNETT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1886 Arizona. Le chef apache Toriano s'enfuit de la Réserve et sème la terreur dans la région. Walter Grein, éclaireur renommé est dépêché par l'armée pour le capturer. Il s'entoure des meilleurs pisteurs qu'il connaît pour partir sur les traces du sanguinaire apache, peuple connu pour être impitoyable :

" Savez-vous ce que veut dire "Apache" ? C'est un mot zuni qui signifie "ennemi". (...) Ennemis de la race humaine et de tout ce qui est humain." p. 188

Mais ces indiens ne sont pas les seuls à donner du fil à retordre à Grein, il se heurte également aux politiques de la région qui tirent les ficelles dans l'ombre sans réellement connaître les réalités du terrain. Face à eux, Grein est un personnage dense, un homme éternellement insatisfait qui court après le danger en autodidacte et hante les grands espaces sauvages. Pour le peindre, l'auteur s'est inspiré du célèbre chef des éclaireurs durant les guerres indiennes Al Sieber, tout comme il a puisé pour Toriano dans le personnage du grand chef de guerre apache Victorio. Ses portraits tout en subtilité refusent les amalgames et ne condamnent pas tous les indiens, juste les Apaches : 

"Autrefois les Pueblos possédaient une forme de civilisation. Ils vivaient en paix avec le monde. Mais ensuite les Navajos et les Apaches - qui étaient alors frères de sang- sont venus tout gâcher. Ils s'en sont pris aux Pueblos et ont anéanti leurs foyers." p. 50

Les espaces sauvages traversés par Grein et ses acolytes sont peu à peu conquis par la civilisation mais malgré tout la nature reste millénaire, laissant sa trace indélébile là où la civilisation s'efface. 

"Devant eux, à l'est, le désert étiré à l'infini s'abaissait lentement, kilomètre après kilomère, jusqu'à un bassin sableux nommé le Piège de la Mort. Il n'y avait pas un souffle d'air, tout n'était que chaleur, silence et lumière cuivrée." p. 238

Les descriptions du désert vibrent avec force de cette atmosphère de danger étouffante, de la fatigue ressentie par ces hommes qui ne peuvent plus rebrousser chemin, condamnés à avancer vers leur destin. "Un sentiment d'inéluctabilité, de fatalité s'impose au fur et à mesure qu'on approfondit, qu'on rentre à l'intérieur de ces personnages, avec les forces qui les motivent" analyse John Huston, grand admirateur de Burnett et de son Terreur apache. Les dialogues sonnent justes, résonnant dans les immensités américaines de ce grand western.  

"Idéalisme et réalité brute sont au coeur des romans de Burnett, ce mélange de grâce épurée et de précision impitoyable, cette vision nette, décapante, qui nous fait regarder le monde autrement." Bertand Tavernier dans sa postface.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Présentation de la collection "L'ouest le vrai" : Actes sud 

Vous aimerez aussi : Dans la même collection : La captive aux yeux clairs de GUTHRIE

Adaptations

 

 

Terreur apache, W.R. Burnett, roman traduit de l'anglais (EU) par Fabienne Duvigneau, postface de Bertrand Tavernier, Actes Sud Babel, juin 2015, 8.7 euros

 

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Le paradis des animaux de David James POISSANT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Les personnages qui hantent ces nouvelles sont tous à un tournant de leur vie, tous chancelants, risquant à tous moments de basculer vers une décision marquante. Qu'ils soient au bord du suicide dans "100% coton", vraiment bordelines dans "La fin d'Aaron", Aaron prédisant la fin du monde, au bord de l'implosion dans "les derniers des mammifères terrestres", au bord de la rupture dans "Remboursement", tous hésitent face à la complexité du monde qui les entoure et surtout face aux difficultés créées par les relations humaines. Il est si simple de baisser les bras devant l'incompréhension que représente l'autre ! C'est ce qu'a fait le narrateur de  en reniant son fils homosexuel, c'est ce qu'envisage de faire le narrateur de "Remboursement" quand il comprend que sa femme et lui sont diamétralement opposés face à leur fils surdoué, c'est aussi la solution envisagée par les parents de "La géométrie du désespoir" après la mort subite de leur bébé. Et pourtant, au moment où tout semblait sombrer dans une noirceur pessimiste, l'espoir renaît et les êtres se relèvent, plus forts d'avoir vacillés. SI la mort et le désamour rôdent, la rédemption et le pardon sont toujours possibles : après un road movie concluant, le père retournera vers son fils homosexuel dans la suite de "L'homme lézard", "Le paradis des animaux". 

Quand ces nouvelles pourraient être glauques, noires, déprimantes au vu des thèmes abordés, elles sont simplement puissantes. Les situations décalées rafraîchissent des univers trop réalistes :  dans "L'homme lézard" Crystal et le narrateur transportent un alligator dans le coffre, Arnie quant à lui se retrouve face à un bison dans "les derniers des mammifères terrestres" et le narrateur de "Ce que veut le loup" face à un loup qui réclame de surcroît ses mocassins !

La parfaite maîtrise de cet exercice difficile de la nouvelle alliant concision et précision dans l'écriture en font des nouvelles percutantes qui font toutes mouche ! 

 

Présentation de l'éditeur : Albin Michel 

D'autres avis : Caroline ; Augustin Trapenard  ; Valérie ; Cathulu 

Interview chez Lecturama 

 

Le paradis des animaux, David James Poissant, traduit de l'anglais (EU) par Michel Lederer, Albin Michel, terres d'Amérique, mai 2015, 352 p., 25 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

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Home de Toni MORRISON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

 Le jeune soldat Franc Money rentre "at home", aux Etats-Unis après avoir participé à la guerre de Corée. Profondément marqué par cette expérience, il peine à retrouver ses marques. Un appel au secours de sa soeur le pousse sur les routes. 

"Home" : ce titre court, direct, sans fioritures inutiles place dés les premières lignes ce roman sous le signe de la sobriété. Il agit comme un mantra, une vibration primordiale qui résonne en chaque être.  Franck veut retrouver sa soeur et rentrer chez lui, pour laisser derrière lui des souvenirs insoutenables qu'ils transforment pour ne pas avoir à les affronter. Sa jeune soeur travaille pour un médecin, et accepte des pratiques douteuses peut-être parce qu'elle a l'impression d'avoir trouvé une maison, un foyer au sein de cette maison pourtant démoniaque. Chacun cherche un endroit où se réfugier, une communauté dans laquelle se reconnaître au sein d'une époque violemment marquée par la ségrégation raciale.

Toni Morrison nous offre ici un précipité de sujets graves et essentiels : la ségrégation raciale, les traumatismes liés à la guerre, la violence de l'enfance et ses marques indélébiles... Des thèmes chers à l'auteur et traité ici au plus près, de façon très serrée. 

Cette concision menant au coeur des sujets est magistrale et insiste sur le talent sans commune mesure de Toni Morrison qui signe ici son dixième roman.

Home est aussi un roman sur la rédemption, sur les liens qui se tissent entre les êtres et qui les tiennent debout malgré l'adversité, malgré les différences de culture ou de peau, coûte que coûte, parce que dans ces rapports palpite le pouls de notre humanité.

  "Tu vois ce que je veux dire ? ne compte que sur toi-même. Tu es libre. rien ni personne n'est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C'est ça, l'esclavage. Quelque part au fond de toi, il ya cette personne libre dont je parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde." (p. 133) 

 Un roman pur inoubliable...

 

Présentation de l'éditeur :  10-18 

D'autres avis :  Presse : Le Figaro ; L’Express; Télérama ; Les Inrocks ; Bibliobs Blogs : Dasola   ; Choco ;Jérôme

 

Home, Toni Morrison, traduit de l’anglais (EU) par Christine Laferrière, Christian Bourgois Editeur, août 2012, 151 p.,  17 euros 

 

Lu en 2012, réédité dans le cadre du Blogoclub.

Ma première participation pour le :

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Dans l'oeil du faucon de Kathleen JAMIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Kathleen Jamie est avant tout une poète, elle a reçu de nombreux prix littéraires pour sa poésie (22 à ce jour). Dans ce premier livre traduit en France, elle nous invite dans son univers dans le nord de l'Ecosse, dans le comté de Fife et nous éveille au monde qui nous entoure, nous éclairant sur des détails qui souvent nous échappent, "les choses secrètes, modestes, à demi cachées au milieu des toits, comme les animaux dans la forêt." p. 195 Son âme de poète illumine le monde qui l'entoure de ses mots simples et directs, le halo de beauté de la terre apparaissant alors, pages après pages. Elle dit peu, ses chapitres courts relatent des randonnées, des observations naturalistes, elle peut rester une journée entière à s'émerveiller devant des saumons persévérants. 

Tel le prince des nuées, elle se laisse porter par le vent de ses errances et de ses rencontres. C'est avec curiosité et amour qu'elle parcoure sa région, ses pas la portant aussi bien à Maes Howe, tumulus abritant une sépulture collective de la période néolithique, que dans les glens (en Ecosse petite vallée étroite et encaissée) à la recherche de shielings, anciennes habitations d'estive rencontrées dans les zones insulaires des îles britanniques et dont les plus anciens spécimens remontent à l'époque viking. 

Elle en profite pour observer les habitants de ces espaces naturels, prenant plaisir à suivre les pérégrinations des faucons pélerins et des balbuzards pêcheurs. La présence de ces beautés ailées à la périphérie de son monde l'apaise,  comme s'ils étaient la garantie d'un monde harmonieux :

"Le pélerin vacille à la limite de nos sens, au bord du ciel, aux confins de l'existence même." p. 64 

Sur l'île de Coll, elle écoute le râle des genêts et rencontre les garde réserves qui partagent avec elle leur amour du métier :

"Cette vie en vaut la peine, c'est une excellente situation, compter les râles des genêts la nuit et étudier les nids des vanneaux huppés dans un champ marécageux le jour -c'est quand même mieux que d'être claquemurée dans un bureau."

Au fil de ses rencontres animalières ou humaines, cette amoureuse de la nature puise la force d'avancer de d'aimer le monde pour mieux le protéger. En filigrane, avec délicatesse et respect, elle nous invite à exercer notre regard de poète sur les beautés qui nous entourent. 

 

Présentation de l'éditeur : Hoebëke 

D'autres avis : Dominique

 

Dans l'oeil du faucon, Kathleen Jamie, traduit de l'anglais par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 248 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Lettres pour le monde sauvage de Wallace STEGNER

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Nous devons apprendre à écouter la terre, entendre ce qu'elle dit, comprendre ce qu'elle peut et ne peut pas faire à long terme." 

Dans ce recueil, Wallace Stegner, écrivain majeur de l'ouest américain, évoque son enfance nomade. Il a en effet vécu en divers endroits : à Whitemud au Saskatchewan, dans le village d'Eastend dans le Saskatchewan en passant par Great Falls dans le Montana, ou encore à Salt Lake City dans l'Utah. Difficile de trouver sa place quand son monde est tellement en mouvement permanent, en raison d'un père "aussi libre qu'un virevoltant dans une tempête". Malgré tout, il se définit comme un américain de l'Ouest "Je venais des contrées arides, et j'aimais l'endroit d'où je venais. J'étais habitué à une clarté sèche et à un air cristallin. Mes horizons, des étendues déchiquetées, bordaient le cercle géométrique du monde. J'étais habitué à voir au loin. J'étais habitué aux couleurs de la terre -brun, roux, blanc cassé -, et le vert infini de l'Iowa me heurtait. J'étais habitué à un soleil qui s'élevait au-dessus des montagnes et descendait derrière d'autres montagnes. Les couleurs et l'odeur de l'armoise me manquaient, tout comme la vue du sol nu." (Trouver sa place : une enfance de migrant)

S'il est émouvant quand il parle de son enfance (Lettre bien trop tard), ces souvenirs sont avant tout prétextes pour livrer une réflexion sur la nature et ses trésors, tellement délicats et éphémères qu'ils doivent absolument être protégés. Même s'il garde un souvenir ébloui par exemple d'une randonnée idyllique, il reste prêt à renoncer à ces visites au jardin d'Eden pour les préserver. Dans Au jardin d'Eden il parle de tempérance :

"Notre meilleure leçon, après environ cinq siècles de contact avec la vie sauvage en Amérique, est celle de la tempérance, la volonté de retenir notre main : visiter ces endroits pour le bien de nos âmes, mais ne pas laisser de traces." 

Plus loin, il est même plus radical : 

"Même quand je ne peux me rendre dans la nature, la pensée des déserts colorés du sud de l'Utah, ou le réconfort de savoir qu'il existe encore des étendues de prairie où le monde peut instantanément figurer un disque ou une cuvette, et où, l'être humain, petit mais intensément important, se trouve exposé qux cinq directions et aux trente-six vents, est une consolation positive. cette seule idée suffit à me rassasier. (...) Nous avons simplement besoin que ce pays sauvage nous soit accesible, même si nous ne faisons jamais rien d'autre que de rouler jusqu'à sa bordure pour en contempler l'intérieur. Car ce peut être un moyen de nous rassurer quant à notre santé mentale, un élément d'une géographie de l'espoir."  Coda : lettre pour le monde sauvage. 

@http://www.mccowans.com/

L'homme doit s'adapter à son environnement et non l'inverse. Ainsi un architecte capable de construire une maison dans le désert reste immoral pour l'auteur : 

"Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours , un paradigme - plus qu'un paradigme, une caricature - de notre présence dans l'Ouest au cours de ma vie. Au lieu de nous adapter, comme nous avions commencé à le faire, nous avons tenté de faire correspondre la terre et le climat à nos habitudes et à nos désirs. Au lieu d'écouter le silence, nous avons hurlé dans le vide. Nous avons fait de l'Ouest aride ce qu'il ne fut jamais censé être et ne peut demeurer, le Jardin du Monde et le foyer de millions de personnes. " (Frapper le rocher)

Le risque en agissant ainsi est de perdre notre humanité en perdant contact avec la terre naturelle. D'où la nécessité d'enseigner aux enfants l'amour de la planète par des "initiations au monde sauvage", des voyages dans des sanctuaires préservés, plus pertinents que le service militaire ! 

"Nous devons garder à l'esprit ce que sont ces précieux endroits : des terrains de jeu, des salles de classe, des laboratoires, certes, mais avant tout des sanctuaires dans lesquels nous pouvons apprendre le monde naturel, apprendre sur nous-mêmes, et nous réconcilier, au moins à moitié, avec ce que nous voyons." (Des bienfaits du monde sauvage)

Pour finir il chante les bienfaits du monde sauvage :

"On aimerait entendre Thoreau disserter sur la question de savoir combien de temps l'optimisme, la liberté, l'égalité, la foi dans le progrés et la perfectibilité, voire l'assouvissement de l'avidité des entreprises et des individus, peuvent survivre aux ressources qui en sont à l'origine. Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres ? (...) "Thoreau croyait que les forêts autour des Grands Lacs demeureraient sauvages pendant de nombreuses générations. Elles ont été décimées en quarante ans. A l'exception de rares survivantes, comme celle de la réserve Menominee, dans le Wisconsin, il n'existe plus aucune des magnifiques forêts d'antan dans le Midwest." (Des bienfaits du monde sauvage)

Un manifeste touchant et essentiel ! 

 

Présentation de l'éditeur Gallmeister 

D'autres avis : Keisha ; Folfarie 

 

Lettres pour le monde sauvage, Wallace Stegner, traduit de l'américain par Anatole Pons, Gallmeister, mai 2015, 187 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur

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