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200 articles avec litterature amerique du nord

Home de Toni MORRISON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

 Le jeune soldat Franc Money rentre "at home", aux Etats-Unis après avoir participé à la guerre de Corée. Profondément marqué par cette expérience, il peine à retrouver ses marques. Un appel au secours de sa soeur le pousse sur les routes. 

"Home" : ce titre court, direct, sans fioritures inutiles place dés les premières lignes ce roman sous le signe de la sobriété. Il agit comme un mantra, une vibration primordiale qui résonne en chaque être.  Franck veut retrouver sa soeur et rentrer chez lui, pour laisser derrière lui des souvenirs insoutenables qu'ils transforment pour ne pas avoir à les affronter. Sa jeune soeur travaille pour un médecin, et accepte des pratiques douteuses peut-être parce qu'elle a l'impression d'avoir trouvé une maison, un foyer au sein de cette maison pourtant démoniaque. Chacun cherche un endroit où se réfugier, une communauté dans laquelle se reconnaître au sein d'une époque violemment marquée par la ségrégation raciale.

Toni Morrison nous offre ici un précipité de sujets graves et essentiels : la ségrégation raciale, les traumatismes liés à la guerre, la violence de l'enfance et ses marques indélébiles... Des thèmes chers à l'auteur et traité ici au plus près, de façon très serrée. 

Cette concision menant au coeur des sujets est magistrale et insiste sur le talent sans commune mesure de Toni Morrison qui signe ici son dixième roman.

Home est aussi un roman sur la rédemption, sur les liens qui se tissent entre les êtres et qui les tiennent debout malgré l'adversité, malgré les différences de culture ou de peau, coûte que coûte, parce que dans ces rapports palpite le pouls de notre humanité.

  "Tu vois ce que je veux dire ? ne compte que sur toi-même. Tu es libre. rien ni personne n'est obligé de te secourir à part toi. Sème dans ton propre jardin. Tu es jeune, tu es une femme, ce qui implique de sérieuses restrictions dans les deux cas, mais tu es aussi une personne. Ne laisse pas Lenore ni un petit ami insignifiant, et sûrement pas un médecin démoniaque, décider qui tu es. C'est ça, l'esclavage. Quelque part au fond de toi, il ya cette personne libre dont je parle. Trouve-la et laisse-la faire du bien dans le monde." (p. 133) 

 Un roman pur inoubliable...

 

Présentation de l'éditeur :  10-18 

D'autres avis :  Presse : Le Figaro ; L’Express; Télérama ; Les Inrocks ; Bibliobs Blogs : Dasola   ; Choco ;Jérôme

 

Home, Toni Morrison, traduit de l’anglais (EU) par Christine Laferrière, Christian Bourgois Editeur, août 2012, 151 p.,  17 euros 

 

Lu en 2012, réédité dans le cadre du Blogoclub.

Ma première participation pour le :

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Dans l'oeil du faucon de Kathleen JAMIE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Kathleen Jamie est avant tout une poète, elle a reçu de nombreux prix littéraires pour sa poésie (22 à ce jour). Dans ce premier livre traduit en France, elle nous invite dans son univers dans le nord de l'Ecosse, dans le comté de Fife et nous éveille au monde qui nous entoure, nous éclairant sur des détails qui souvent nous échappent, "les choses secrètes, modestes, à demi cachées au milieu des toits, comme les animaux dans la forêt." p. 195 Son âme de poète illumine le monde qui l'entoure de ses mots simples et directs, le halo de beauté de la terre apparaissant alors, pages après pages. Elle dit peu, ses chapitres courts relatent des randonnées, des observations naturalistes, elle peut rester une journée entière à s'émerveiller devant des saumons persévérants. 

Tel le prince des nuées, elle se laisse porter par le vent de ses errances et de ses rencontres. C'est avec curiosité et amour qu'elle parcoure sa région, ses pas la portant aussi bien à Maes Howe, tumulus abritant une sépulture collective de la période néolithique, que dans les glens (en Ecosse petite vallée étroite et encaissée) à la recherche de shielings, anciennes habitations d'estive rencontrées dans les zones insulaires des îles britanniques et dont les plus anciens spécimens remontent à l'époque viking. 

Elle en profite pour observer les habitants de ces espaces naturels, prenant plaisir à suivre les pérégrinations des faucons pélerins et des balbuzards pêcheurs. La présence de ces beautés ailées à la périphérie de son monde l'apaise,  comme s'ils étaient la garantie d'un monde harmonieux :

"Le pélerin vacille à la limite de nos sens, au bord du ciel, aux confins de l'existence même." p. 64 

Sur l'île de Coll, elle écoute le râle des genêts et rencontre les garde réserves qui partagent avec elle leur amour du métier :

"Cette vie en vaut la peine, c'est une excellente situation, compter les râles des genêts la nuit et étudier les nids des vanneaux huppés dans un champ marécageux le jour -c'est quand même mieux que d'être claquemurée dans un bureau."

Au fil de ses rencontres animalières ou humaines, cette amoureuse de la nature puise la force d'avancer de d'aimer le monde pour mieux le protéger. En filigrane, avec délicatesse et respect, elle nous invite à exercer notre regard de poète sur les beautés qui nous entourent. 

 

Présentation de l'éditeur : Hoebëke 

D'autres avis : Dominique

 

Dans l'oeil du faucon, Kathleen Jamie, traduit de l'anglais par Béatrice Vierne, Hoëbeke, avril 2015, 248 p., 18 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Lettres pour le monde sauvage de Wallace STEGNER

Publié le par Hélène

♥ ♥ 

"Nous devons apprendre à écouter la terre, entendre ce qu'elle dit, comprendre ce qu'elle peut et ne peut pas faire à long terme." 

Dans ce recueil, Wallace Stegner, écrivain majeur de l'ouest américain, évoque son enfance nomade. Il a en effet vécu en divers endroits : à Whitemud au Saskatchewan, dans le village d'Eastend dans le Saskatchewan en passant par Great Falls dans le Montana, ou encore à Salt Lake City dans l'Utah. Difficile de trouver sa place quand son monde est tellement en mouvement permanent, en raison d'un père "aussi libre qu'un virevoltant dans une tempête". Malgré tout, il se définit comme un américain de l'Ouest "Je venais des contrées arides, et j'aimais l'endroit d'où je venais. J'étais habitué à une clarté sèche et à un air cristallin. Mes horizons, des étendues déchiquetées, bordaient le cercle géométrique du monde. J'étais habitué à voir au loin. J'étais habitué aux couleurs de la terre -brun, roux, blanc cassé -, et le vert infini de l'Iowa me heurtait. J'étais habitué à un soleil qui s'élevait au-dessus des montagnes et descendait derrière d'autres montagnes. Les couleurs et l'odeur de l'armoise me manquaient, tout comme la vue du sol nu." (Trouver sa place : une enfance de migrant)

S'il est émouvant quand il parle de son enfance (Lettre bien trop tard), ces souvenirs sont avant tout prétextes pour livrer une réflexion sur la nature et ses trésors, tellement délicats et éphémères qu'ils doivent absolument être protégés. Même s'il garde un souvenir ébloui par exemple d'une randonnée idyllique, il reste prêt à renoncer à ces visites au jardin d'Eden pour les préserver. Dans Au jardin d'Eden il parle de tempérance :

"Notre meilleure leçon, après environ cinq siècles de contact avec la vie sauvage en Amérique, est celle de la tempérance, la volonté de retenir notre main : visiter ces endroits pour le bien de nos âmes, mais ne pas laisser de traces." 

Plus loin, il est même plus radical : 

"Même quand je ne peux me rendre dans la nature, la pensée des déserts colorés du sud de l'Utah, ou le réconfort de savoir qu'il existe encore des étendues de prairie où le monde peut instantanément figurer un disque ou une cuvette, et où, l'être humain, petit mais intensément important, se trouve exposé qux cinq directions et aux trente-six vents, est une consolation positive. cette seule idée suffit à me rassasier. (...) Nous avons simplement besoin que ce pays sauvage nous soit accesible, même si nous ne faisons jamais rien d'autre que de rouler jusqu'à sa bordure pour en contempler l'intérieur. Car ce peut être un moyen de nous rassurer quant à notre santé mentale, un élément d'une géographie de l'espoir."  Coda : lettre pour le monde sauvage. 

@http://www.mccowans.com/

L'homme doit s'adapter à son environnement et non l'inverse. Ainsi un architecte capable de construire une maison dans le désert reste immoral pour l'auteur : 

"Cette maison dans le désert me paraissait, et me paraît toujours , un paradigme - plus qu'un paradigme, une caricature - de notre présence dans l'Ouest au cours de ma vie. Au lieu de nous adapter, comme nous avions commencé à le faire, nous avons tenté de faire correspondre la terre et le climat à nos habitudes et à nos désirs. Au lieu d'écouter le silence, nous avons hurlé dans le vide. Nous avons fait de l'Ouest aride ce qu'il ne fut jamais censé être et ne peut demeurer, le Jardin du Monde et le foyer de millions de personnes. " (Frapper le rocher)

Le risque en agissant ainsi est de perdre notre humanité en perdant contact avec la terre naturelle. D'où la nécessité d'enseigner aux enfants l'amour de la planète par des "initiations au monde sauvage", des voyages dans des sanctuaires préservés, plus pertinents que le service militaire ! 

"Nous devons garder à l'esprit ce que sont ces précieux endroits : des terrains de jeu, des salles de classe, des laboratoires, certes, mais avant tout des sanctuaires dans lesquels nous pouvons apprendre le monde naturel, apprendre sur nous-mêmes, et nous réconcilier, au moins à moitié, avec ce que nous voyons." (Des bienfaits du monde sauvage)

Pour finir il chante les bienfaits du monde sauvage :

"On aimerait entendre Thoreau disserter sur la question de savoir combien de temps l'optimisme, la liberté, l'égalité, la foi dans le progrés et la perfectibilité, voire l'assouvissement de l'avidité des entreprises et des individus, peuvent survivre aux ressources qui en sont à l'origine. Combien de temps la liberté survit-elle aux richesses ? Combien de temps la démocratie peut-elle survivre à l'amenuisement des possibles et à l'élargissement du fossé entre riches et pauvres ? (...) "Thoreau croyait que les forêts autour des Grands Lacs demeureraient sauvages pendant de nombreuses générations. Elles ont été décimées en quarante ans. A l'exception de rares survivantes, comme celle de la réserve Menominee, dans le Wisconsin, il n'existe plus aucune des magnifiques forêts d'antan dans le Midwest." (Des bienfaits du monde sauvage)

Un manifeste touchant et essentiel ! 

 

Présentation de l'éditeur Gallmeister 

D'autres avis : Keisha ; Folfarie 

 

Lettres pour le monde sauvage, Wallace Stegner, traduit de l'américain par Anatole Pons, Gallmeister, mai 2015, 187 p., 22 euros

 

Merci à l'éditeur

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L'homme du verger d'Amanda COPLIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

L'homme du verger s'appelle Talmadge. Il vit dans la vallée de Wenatchee au nord-ouest des Etats-Unis, et ne souhaite qu'une chose : pouvoir cultiver son verger en toute tranquillité, loin des vicissitudes de la vie qui lui ont déjà volé sa jeune soeur. Mais quand deux jeunes filles se présentent chez lui, perdues et traquées, il décide de les protéger envers et contre tout...

Si Jane et Della restent méfiante envers les hommes, elle feront malgré tout confiance à Talmadge et bouleverseront à jamais sa vie. Les liens qui se tissent jour après jour, épreuve après épreuve, et bonheur après bonheur entre les deux soeurs et un Tamaldge solitaire ,ressemblent de plus en plus à des liens familiaux... De même la belle amitié fidèle qui unit le vieil homme démuni à Caroline Middey, du village voisin ou encore à Clee, l'indien avec qui il commerce est d'une profondeur qui l'accompagnera toute sa vie. 

Les non-dits peuplent les rares conversations, et grâce au talent de l'auteur qui signe pourtant là son premier roman, l'indicible devient palpable. Les sentiments s'expriment davantage dans les actes que dans les mots, et viennent bouleverser les plus âpres solitudes, à l'insu des protagonistes qui avancent fiers, avec leurs traumatismes passés bien cachés au fond de leurs coeurs. 

Un roman bouleversant, à découvrir ! 

 

Présentation chez Christian Bourgois  et 10/18 

D'autres avis : DominiqueClara Tant qu'il y aura des livres ; Papillon ; Brize

 

Merci à l'éditeur.

 

L'homme du verger,  traduit de l'anglais (EU) par Laurence Kiefé, 10/18, juin 2015, 552 p., 9.10 euros

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La colline des potences de Dorothy M. JOHNSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Adieu Aventure ! Tu es une amante volage." 

Le grand Ouest américain au XIXème siècle. Ses paysages à couper le souffle, ses hommes affluant dans l'espoir de trouver le filon qui les enrichira, ses brigands prêts à voler au premier venu son butin, ses indiens chevauchant dans les plaines. Ses westerns inoubliables. 

Dans un style taillé au cordeau, Dorothy M. Johnson explore ces contrées hantées par les prospecteurs et les indiens. Mais au-delà du simple conflit entre cow-boys et indiens, elle nous convie surtout aux confins de l'âme humaine. Derrière le western se tapit en effet tout un réseau de questionnements profondément humains, provoquant le lecteur pour le mener vers davantage de lumière et l'amener à, peut-être, comprendre et accepter sa destinée.

Une soeur disparue racontant le retour de Bessie dans sa famille après avoir vécu plusieurs années chez les Indiens permet de s'interroger sur ce qui forge notre identité : est-ce notre naissance, de l'inné, ou est-ce l'éducation, l'acquis ? Comment devenons-nous ce que nous sommes ? N'est-ce que le hasard qui décide pour nous ? Le destin est au coeur de ce Montana mythique : le cow boy de Au réveil, j'étais un hors-la-loi a rejoint par hasard des bandits délinquants mais John Rossum dans L'homme qui connaissait le Buckskin Kid manque son rendez-vous avec une légende de l'ouest Buckskin Kid, sauvé par une femme. Dans L'histoire de Charley comme dans les autres nouvelles, les destinées humaines se séparent, se retrouvent au hasard de la vie, des trajectoires se manquent quand d'autres s'unissent. Dans un tel flou, il importe de mettre en avant la morale, ce qui fait de nous des êtres humains. 

Les relations complexes tissées entre les êtres se densifient encore davantage quand l'amour s'en mêle. Amour et dignité ne font pas bon ménage et certains s'interdisent d'aimer parce qu'ils ne se sentent pas digne de l'être, comme Caleb dans Un présent sur la piste qui aurait aimé être un héros aux yeux de la belle Fortune, et va pourtant comprendre que l'héroïsme a différentes acceptions. Comme Wolfer Joe Kennedy dans Une dernière fanfaronnade qui se souvient au moment de sa mort se souvient avoir fait une seule chose de bien dans sa vie : avoir trahie une femme. Pour son bien. Parce qu'un prospecteur suit l'or pas les femmes, parce qu'un prospecteur a peur du temps qui passe et de l'amour qui s'étiole. Parce qu'un prospecteur est un homme. Ou encore comme Steve, l'homme amoureux d'Une squaw traditionnelle.  Dans Journal d'aventure, le chercheur d'or Edward Morgan contracte une dette envers une jeune indienne, et par dignité, il l'honorera même s'il doit là encore sacrifier son amour. 

La colline des potences est évidemment la nouvelle du recueil la plus aboutie, regroupant l'ensemble de ces pistes pour mener le western à son sommet.  La relation entre la fière Elizabeth et Joe Frail dans l'atmosphère inquiétante du campement de Skumm Creek vibre de sincérité et de profondeur. Frail est hanté par la potence qui semble le guetter, par sa mort qu'il croit reconnaître dans les yeux de ceux qu'il croise, seule une femme, Elizabeth, pourra peut-être le sauver de ses démons et le pousser à accepter la vie et l'amour. 

Un magnifique recueil qui nous rappelle combien le western est un genre essentiel !

 

Présentation chez Gallmeister

 

La colline des potences, Dorothy M. Johnson, traduit de l'américain par Lili Sztajn, Gallmeister, juin 2015, Totem, 301 p., 10.00 euros

 

Adapté au cinéma par Delmer Daves en 1959 :

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Champagne de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"Champagne et campagne, même combat. Mêmes bulles d'allégresse. Même mot, fondamentalement. Qui sait encore qu'au Moyen-Age tout ce qui n'était pas la ville, tout ce qui était territoire sauvage s'appelait la champagne ?" p. 207

Ce que j'ai aimé :

Au bord du lac de l'Oie dans les Laurentides se cotoient des amoureux de la nature venus se réfugier loin des contingences bruyantes et aliénantes de la ville. Lila Szach est la propriétaire de ce domaine qu'elle défend jalousement. D'autres écorchés de la vie sont venus se réfugier sur ces terres préservées : Claire qui écrit des scénarios, Simon et son kayak, Jérémie le neveu de Simon, Violette qui fuit l'horreur de sa vie. Autour d'eux rôdent les Clémont, prédateurs inquiétants.

En pleine nature, l'être humain a tendance à revenir à l'essentiel, à retrouver l'accord perdu avec ce qui l'entoure. Si Lila aime se rouler dans la mousse, Simon préfère se laisser porter par l'eau sur son kayak pour que ses soucis coulent dans les tréfonds du lac. Dans l'innocence de l'enfance, Jérémie quant à lui communique avec les exprits de la nature. La forêt devient à la fois lieu de guérison et d'émerveillement pour ces êtres déracinés, perdus dans un monde trop grand pour eux. 

"C'était l'été, comment avait-elle osé douter de l'été ? c'était l'été dans son infinie luxuriance, trente degrés à l'ombre et le soleil au zénith, c'était l'aboutissement grandiose de toutes les explosions commandées par le jeune roi été, et elle Lila Szach, mortelle si incomplète, on lui permettait de se rouler dans la jeunesse parfaite de l'été aux côtés des grives solitaires, des frédérics mélodieux, des rudbeckias, des marguerites foisonnantes, de la sève ruisselant aux doigts des épinettes, des petits chevreuils sur leurs pattes de deux mois, des vanesses amiral aux robes de satin noir et blanc, des maringouins à la musique aigrelette et des chanterelles recommencées, des sublimes chanterelles..." p. 180

Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Portail:Laurentides/Panorama

La nature qui entoure les êtres est aussi source d'apprentissage, ils retrouvent leur statut animal, avec ses pulsions, ses heurts, la paix intérieure ne s'offrant pas si facilement.  Mais ils prennent aussi conscience de la beauté du monde à préserver, à observer dans un amour inconditionnel pour l'infiniment petit.

"Elle se voyait affalée sur elle-même à dorloter sa noirceur et à en redemander et ça lui faisait soudain horreur. Quitte ça, quitte ça. Elle sortait de sa tête à grands coups de respiration et elle recommençait à voir et à entendre, les fougères, les monotropes et les pyroles, et tout ce temps la cigale qui n'avait pas cessé de l'interpeller ni les frédérics et les troglodytes de s'épuiser en récital, et elle se redressait vite au risque de s'occasionner des étourdissements - quel sacrilège d'ignorer les vrais spectacles réjouissants pour s'en inventer des douloureux, quel sacrilège et quelle sottise." p. 173

Cette nature millénaire leur apprend la vie qui passe et ne revient pas, comme les saisons, la mort qui les guette au détour d'un chemin, les épreuves de la vie, faites de hasards et d'aléas... 

Lila est comme la grande prêtresse des lieux, sauvage et humaine à la fois. Elle enseigne au petit Jérémie la sagesse , en transformant par exemple son "Faites que le mois d'août n'arrive jamais." en "Faites que je traverse le mois d'août sans encombre." "Tout était dit dans cette formule en apparence anodine. Ne crois jamais que les obstacles - en l'occurence le mois d'août- vont se dissiper par miracle. Ne crois jamais que tu ne pourras pas les affronter." p. 175

Un récit magnifique aux confins du monde qui nous enjoint à ne pas perdre notre capacité d'émerveillement !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, je suis sous le charme !

Présentation de l'éditeur :

Editions Boréal 

Vous aimerez aussi :

Un été prodigue de Barbara Kingsolver

D'autres avis :

Karine:) VeniseBiblioblogTopinambulleSuzanne et Malice

 

Champagne, Monique Proulx, Boréal, 2008, 21 euros

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Rivière Mékiskan de Lucie LACHAPELLE

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Lauréate au prix France-Québec 2011

Ce que j'ai aimé :

Alice est une jeune femme métisse blanche-amérindien. Quand son père devenu clochard est retrouvé mort sur un banc, dans un premier élan, elle décide de jeter ses cendres dans une décharge publique. En effet, la jeune femme a des comptes à rendre avec le disparu qui s'est si peu occupé d'elle enfant, a fini par dériver à cause de l'alcool, représentant  "tout ce que les autres pensent des Amérindiens. Isaac était un fainéant, un alcoolique fini.", et a poussé sa mère à quitter le village et à couper tous les ponts avec cette famille paternelle. Sa fille est en colère "parce qu'Isaac l'avait abandonnée, colère parce qu'il s'était détruit jusqu'à en mourir, colère parce qu'elle avait honte, colère parce qu'elle aurait voulu vivre autre chose, colère parce qu'elle n'avait pas pu le sauver." Contre toute attente, Alice revient sur sa décision première : "Elle retournerait son père d'où il venait. Elle irait à Mékiskan, à douze heures de train de Montréal. Un petit village perdu et oublié, effacé de la carte, le lieu où Alice avait vu le jour et où Louise avait emmagasiné de la rancoeur pour le reste de sa vie." 

Dans le petit village de Mékiskan, elle rencontre Lucy, une cousine de sa grand-mère qui vit dans une cabane et s'occupe de ses petits-enfants quand sa fille Jeannette se saoule à l'hôtel avec un blanc. Partie pour vingt-quatre heures, Alice reste finalement une semaine, semaine qui la transforme profondément. Elle découvre ainsi une autre facette de l'histoire amérindienne, les difficultés pour ce peuple de s'adapter aux moeurs des blancs qui veulent les parquer dans des réserves, et surtout, leur volonté vivace de préserver leur culture malgré tout. Cette confrontation avec son autre culture rendra la jeune métisse entière dans sa recherche d'identité. Malgré ses peurs quant à l'hérédité et au destin qui peut-être l'accompagne, elle osera aller de l'avant, portée par son amour des autres.

Un récit profondément humain, à découvrir !

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien, j'ai adoré ! 

Présentation de l'éditeur :

Editions XYZ 

site de l'auteur 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Histoires nordiques 

D'autres avis :

Anne Karine ; Marilyne ;  Claire Jeanne ; Lili 

 

La rivière Mékiskan, Lucie Lachapelle, Editions XYZ, 2010, 23.55 euros

 

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Les luminaires de Eleanor CATTON

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Messieurs - (le titre rendait, certes, un son étrange, appliqué à la compagnie hétéroclite réunie dans la salle) - j'affirme qu'il n'y a pas de vérité entière, il n'y a que des vérités pertinentes... Or la pertinence, vous en conviendrez, est toujous une affaire de perspective."

Ce que j'ai aimé :

Tout commence dans le port de Hotokika sur la côte ouest de la Nouvelle Zélande en 1866, au temps de la ruée vers l'or. Après un éprouvant voyage, Walter Moody accoste dans le petit port, bien décidé à faire fortune sur ces terres prometteuses. Il rencontre en ce lieu une assemblée mystérieuse, réunie dans le fumoir de son hôtel. Douze hommes vont alors tour à tour lui raconter ce qui les réunit en ce lieu : ils cherchent à démêler certains mystères qui pèsent sur le port. Un riche notable a disparu, une jeune prostituée aurait tentée de se suicider, et une fortune a été retrouvée dans la cabane d'un homme qui vient de mourir. Fortune qu'une veuve émergeant de nulle part souhaite s'approprier. 

Chaque personnage raconte ce qu'il sait des faits, faits qui s'éclairent ou s'assombrissent au fur et à mesure du récit. Les personnalités évoluent au fil du temps, ceci en fonction des versions racontées, offrant ainsi plusieurs strates d'interprétations. Un concept original... 

Mais... 

Ce que j'ai moins aimé :

L'ensemble est beaucoup trop long (992 pages s'il vous plaît...), surtout dans la première partie. Les jalons posés, tout tournera désormais autour de ces mystères, l'intrigue ne consistant qu'en une réécriture incessante des mêmes évènements.  Bien sûr de nouveaux éléments sont découverts au fur et à mesure, mais cela n'efface pas l'effet de lassitude. La réécriture des évènements aurait pu être intéressante sur 300 pages, mais 992 c'est trop pour une seule intrigue qui finit par tourner en boucles. 

De plus, de trop nombreux personnages (une vingtaine) défilent si bien qu'on a rapidement tendance à se perdre.

L'astrologie est au centre du roman, mais il faut être spécialiste du sujet pour en saisir les nuances : chaque personnage représenterait un corps astral et chaque chapitre s'ouvre sur la position des astres à un moment donné... Et ? Et c'est tout. 

Un roman qui aurait gagné à être plus court et simplifié. 

Présentation de l'éditeur :

Buchet Chastel 

Vous aimerez aussi : 
Les romans de Wilkie Collins

D'autres avis :

Zarline

 

Les luminaires, Eleanor Catton, traduit par Erika Abrams, Buchet Chastel, janvier 2015, 992 p., 27 euros

 

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Petit miracle et autres essais de Barbara KINGSOLVER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

Indispensable !

Ce que j'ai aimé :

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, Barbara Kingsolver a été sollicitée pour partager ses émotions et réflexions. Face à l'horreur indicible, incompréhensible et inexplicable, elle se tourne vers une vie réfléchie, pensée, active.

"Le désespoir que je crains le plus n'est plus la peur, mais le désespoir - la sensation oppressante, sombre, que plus les choses changent, plus elles restent les mêmes ; que chacun de nous, avec un coeur glacé "comme un sauvage de l'âge de pierre armé", va continuer à se mouvoir dans l'obscurité, soulevant des rochers, patrouillant aux firmaments de la colère et de la discorde." p. 31

Mettre en avant des valeurs matérielles n'est qu'un leurre, seules les valeurs spirituelles la sauvent.

"Les trésors que je porte au plus près de mon coeur sont des choses que je ne peux pas posséder : la courbe du front d'une petite fille de cinq ans, de profil, et l'espérance vulnérable de la main qui prend la mienne pour traverser la rue. Le chant matinal des oiseaux dans une forêt. L'intensité de la lumière un quart d'heure avant la fin du jour ; la nuance d'un coucher de soleil sur la montagne ; la sphère mûre de ce même soleil bas dans un ciel poussiéreux, dans une photographie saisissante prise en Afghanistan." p;  37

Aimer le monde et ses merveilles inclut un profond respect pour la nature. Ainsi cette amoureuse de la nature a choisi de vivre de mai à août avec sa famille dans une cabane en rondins dans une profonde vallée boisée de Walker Mountains au sud des Appalaches. Elle réapprend la place de l'homme dans l'univers et milite pour la protection de cette nature millénaire si fragile, et tente de sensibiliser ses filles au sujet. Elle leur apprend notamment les principes d'une consommation responsable, et glorifie le magnifique ordonnancement de la nature que corrompent les OGM :

"Réfléchissez à la chose suivante : en moyenne, un produit alimentaire servi à un consommateur américain a parcouru deux mille kilomètres pour arriver jusqu'à lui. SI l'individu moyen mange à peu près dix produits par jour (et la plupart d'entre nous en mangent plus), en l'espace d'une année sa nourriture aura parcouru presque huit millions de kilomètres sur la terre, sur la mer et dans les airs. Représentez-vous un camion chargé de pommes, d'oranges et de laitues iceberg qui ferait dix fois l'aller-retour de la Terre à la Lune rien que pour vous. Multipliez par le nombre d'Américains qui aiment manger -représentez-vous cette flotte de 285 millions de camions en route pour la Lune - et osez me dire que ce n'est pas le moment de revoir le scénario !" p. 166

Au travers de ses textes, elle aborde également des sujets très divers tels que sa haine de la télévision "la boîte à cons" qui fait pénétrer le meurtre dans notre salon, le massacre de Columbine, la peur de l'avion, les sans abris, et prend également des positions jugées "non patriotiques", menant ainsi une croisade contre la guerre en Irak.

Barbara Kingsolver nous invite à sortir de notre zone de confort et à prendre conscience des mouvements nécessaires et vitaux. Des choses ont été accomplies et le sont encore, le progrés est possible, les solutions existent pour espérer une vie et un monde meilleur, à nous de faire le nécessaire. Se pose en effet la question de ce que l'on souhaite léguer à nos enfants : à quoi ressemblera leur planète ? Quelles valeurs seront les leurs ?

"J'ai des enfants qui me sont plus précieux que ma vie, et chaque molécule en moi veut leur promettre que nous nous en sortirons."

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien.

Présentation de l'éditeur :

Payot et Rivages

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Un autre monde L'arbre aux haricots

 

Petit miracle et autres essais, Barbara Kingsolver, traduit de l'anglais (EU)par Valérie Morlot, Rivages poche, août 2010, 352 p., 9.15 euros

 

Barbara Kingsolver a 60 ans aujour'hui.

Pour découvrir d'autres titres de cette auteure, c'est aujourd'hui sur le blog de Sandrine, à l'initiative de cet anniversaire !

Sandrine nous parle Des yeux dans les arbres

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Toute la terre qui nous possède de Rick BASS

Publié le par Hélène

Ce que j'ai aimé :

Dans un style lyrique, Rick Bass chante la terre en observant les abords du lac salé Juan Cordona à 20 km de Castle Gap dans le désert texan. Il fait vivre ce lieu mythique sur plusieurs générations : Max et Marie Omo s'installe au bords des rives du lac dans années 30, puis dans les années 60, Richard, géologue chargé de forer les sols pétrolifères, s'y intéresse à son tour. Il y emmène Clarissa, une jeune femme à la pâleur surnaturelle. Tous se penchent sur cette terre millénaire, que ce soit pour y chercher des fossiles, des traces du passé, des richesses avec ce sel exploité par Max Omo, des animaux, que ce soit pour s'implanter, y planter ses racines ou juste l'effleurer au passage...

"Malgré son jeune âge, Richard avait l'intuition qu'il n'y avait en ce monde qu'un souffle, d'un type unique, qui se répétait encore et encore, aussi régulier et réfléchi que la respiration d'un animal endormi - et pourtant le monde, pas seulement le monde vivant mais le vieux monde en dessous, paraissait avoir son mot à dire dans le choix des histoires qui devaient évoluer, être modelées et remodelées, et de celles qui disparaissaient dans l'abysse ainsi que du combustible et du carburant dans la gueule de quelque machine cruelle, avançant avec un bruit sec et métallique." p. 100

Chacun va tenter de trouver sa place dans un environnement à la fois fascinant et hostile. Mais le paysage parviendra-t-il à combler le vide abyssal qui perdure en eux ?

Ce que j'ai moins aimé :

Plusieurs couches de sédiments se superposent pour atteindre le coeur du roman, et il faut avoir la patience et la concentration nécessaire pour y parvenir. Cette lenteur alliée à l'atmosphère étrange sont assez déconcertantes...

Présentation de l'éditeur :

Christian Bourgois

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Du même auteur : Winter

D'autres avis :

TéléramaLibérationPage 

 

Toute la terre qui nous possède, Rick Bass, traduit de l'anglais (EU) par Aurélie Tronchet, Christian Bourgois éditeur, 2014, 448 p., 22 euros

 

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