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litterature amerique du nord

Chercher le vent de Guillaume VIGNEAULT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Un beau matin, Jack décide d'embarquer son beau-frère maniaco dépressif pour prendre la route et se laisser porter par le vent. Ils quittent l'hopital décidés à vivre autrement, loin des angoisses, loin des souvenirs, des femmes, de la vie. Comme s'il fallait fuir. Comme si on pouvait fuir. Jack cherche-t-il à fuir son passé d'aviateur et les catastrophes qu'il a provoqués ? Fuir sa destinée de photographe ? Ou partir pour simplement trouver son identité ? 

Les deux comparses rencontrent en chemin Nuna qui se joint à eux dans leur road-movie. Leur quête aérienne ne sera pas sans heurts, tant la pesanteur du monde a tendance à nous amarrer au monde... Mais peut-être la légèreté est-elle possible malgré tout ? 

Mes réservesUn peu convenu dans le genre du road movie mais une lecture agréable.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boréal  ; Editions Points

D'autres avis : Babélio 

 

Chercher le vent, Guillaume Vigneault, Seuil,2005, 267 p., 18 euros

 

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Les grandes marées de Jacques POULIN

Publié le par Hélène

♥ ♥

Quand son patron demande à Teddy Bear ce qui le rendrait heureux, il n'hésite pas, il souhaite vivre sur une île déserte. Ainsi, il devient le gardien de l'île Madame, tout en assurant ses traductions de bandes dessinées. Toutes les semaines il reçoit la visite de son patron qui reprend ses traductions et lui amènent de nouvelles bandes dessinées ainsi que des provisions. Teddy Bear mène la vie sereine dont il avait rêvé. Il est heureux. Bonheur que vient troubler la visite tout d'abord de Marie qui, elle aussi s'installe dans l'île, bientôt suivie à chaque grande marée par d'autres individus plutôt loufoques. Peu à peu la tranquillité de Teddy Bear est affectée par ces visites et les égos des uns et des autres. Son bonheur vacille.

Comment vivre avec les autres harmonieusement alors qu'ils ont tendance à envahir notre espace physique et psychique ? Malgré son envie de solitude, Teddy a conscience que son bonheur peut aussi venir de ces rencontres lumineuses  qui enrichissent le coeur et l'âme. Quand Marie lui demande ce qui compte le plus pour lui, il répond :

"R. C'est difficile à dire.

Q. : Dieu ?

R. : Non.

Q : Les gens ?

R. : Non

Q : L'amour ?

R. : Je pense que non.

Q : La nature ?

R. : Non.

Q : Les livres ?

R. : Je pense que non.

Q : Les chats ?

R. : Non.

Q : Le tennis ?

R. : Non.

Q : Le gruau Quaker ?

R. : Tu ris de moi...

Q : Qu'est-ce qui reste ?

R. : Il y a une chose que j'aime bien. C'est quand, dans les yeux des gens, parfois, on voit passer quelque chose. Une sorte d'éclair qui brille, unesorte de chaleur. C'ets une chose que j'iame beaucoup." p. 184

Mais son bonheur est aussi mis à mal par ces mêmes autres, là réside un des paradoxes de la vie en société... Ces Grandes Marées fonctionnent comme une parabole, allégorie de la vie en société : Teddy apprendra que le paradis sur terre ne dure jamais longtemps et que le précepte de Sartre "l'enfer c'est les autres" peut malheureusement s'avérer tristement vrai...

Mes réserves : Ce texte est assez différent des autres oeuvres de Poulin, beaucoup plus pessimiste, comme si l'auteur lui-même avait perdu sa quiétude, envahi par le monde.  Même si on retrouve avec plaisir la poésie de l'auteur et son univers habité par la mer et les chats, une amertume lancinante court dans ces pages.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Du même auteur La tournée d'automne Le vieux chagrin  Volkswagen blues

D'autres avis : Babelio 

 

Les grandes marées, Jacques Poulin, Actes sud Babel, 1986, 213 p., 6.60 euros

 

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Le coeur est un muscle involontaire de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥ ♥

"On n'est jamais aussi heureux que lorsqu'on n'avait pas prévu de l'être." p. 146

Florence et Zéno dirigent une agence chargée de promouvoir des artistes en leur offrant un site Web "percutant". Si Florence semble blasée par ce projet, plus emportée par l'enthousiasme de Zéno et par son amour pour lui que par sa propre volonté, Zéno est quant à lui survolté, se démenant corps et âme pour ses artistes, un peu trop au goût de Florence.  Aussi quand par hasard, Florence se retrouve sur les traces du romancier mythique Pierre Laliberté qui cache son identité, Zéno l'encourage-t-il à poursuivre l'enquête pour découvrir qui se cache derrière lui. 

"On ne connaît personne. On a beau tâter chaque centimètre de peau, mémoriser la couleur de la voix et les soubresauts de l'humeur, étudier, comparer, analyser et croire enfin que ça y est, un être humain qui tient dans une éprouvette à nous étiquetée et familière, on ne connaît personne." p. 49

A travers le personnage de Pierre Laliberté, inspiré de l'écrivain québecois Réjean Ducharme qui lui aussi a choisi de vivre dans l'anonymat, Monique Proulx offre une belle réflexion sur les feux de la rampe qui exposent les artistes, sur l'art et finalement sur ce qui constitue le sel de la vie. La jeune Florence quant à elle est une jeune femme perdue, souvent révoltée dans un monde qu'elle ne comprend pas toujours : 

"Et de l'autre côté, à l'Ouest et au Nord, à Montréal et ailleurs, des hommes, des femmes, et bientôt des enfants, gaspillent en ce moment leur énergie vitale dans des boulots qui les rapetissent, courent après les heures extra et les contrats lucratifs, se morfondent d'impuissance dans leurs bureaux aseptisés, leurs usines débilitantes, se font pincer les nichons par des patrons crétins, s'agitent trop et vieillissent vite, bazardent leurs idéaux et leur intégrité d'antan pour parvenir à acheter ces tissus exotiques, ces meubles, ces parfums ruineux, ces bijoux en or, ces automobiles polluantes, ces voyages et ces fuites qui se révèlent insuffisants dés le départ et réclament des remplaçants. 

Où sont les perdants ? Au Nord ou au Sud ?" p. 223

Florence évolue au fil des pages et des rencontres, elle s'apaise pour plus d'harmonie, pour un passage en douceur vers l'âge adulte. 

"Les transitions sont des moments dangereux qui nous perchent au milieu de rien, désintégrés par la perte de l’instant fort auquel on s’était habitué et l’inexistence de celui qui suivra (manger ? travailler ? pleurer ?). C’est sûrement dans les transitions que les dépressifs sombrent dans la dépression, les criminels dans le crime, et les artistes dignes de ce nom dans des illuminations qui bousculeront leur vie et celle des autres."

Mes réserves : La voix à la première personne de la narratrice m'a gênée : mièvre, faible face à ses sentiments, elle ressemble à une adolescente à qui on aimerait donner des claques pour qu'elle se bouge...

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boréal 

Du même auteur Champagne Les aurores montréales 

D'autres avis : Topinambulle 

 

Le coeur est un muscle involontaire, Monique Proulx, Les éditions du Boréal, 2004, 398 p., 12.95 euros

 

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La foi du braconnier de Marc SEGUIN

Publié le par Hélène

"Les mots sont aussi une fuite rapide vers une incarnation de vérité." p. 130

Marc S. Morris est un chasseur errant. Après son suicide raté il raconte comment il en est arrivé à cette extrémité. Amoureux de la fuite en avant il a passé dix ans à sillonner l'Amérique à bord de son pick-up, suivant les méandres aléatoires d'un "FUCK YOU" tracé sur une carte routière. A l'âge où l'on devrait devenir "responsable", il cherche encore son identité :

"Quand, au milieu de toutes les nuits, la sensation lâche de ne pas savoir pourquoi on existe nous réveille, il est temps de s'anesthésier à coups de futur, d'espoir et de projets. Il faut que j'essaye." p. 102 

Il tente bien de se couler dans le moule d'une "normale" avec femme-enfants-chien-chat et une passion inutile comme le bridge, mais sans succés. Il peine à trouver sa place dans cette Amérique régie par la violence, et s'il essaie d'avoir foi en la nature humaine, il se trouve irrémédiablement fasciné par la mort, tuant les animaux pour ne pas tuer ses semblables. Le pays l'a façonné à aimer tuer. Il chasse les femmes comme il chasse les animaux, mais ne trouve jamais l'extase, insatisfait sitôt ses séances de jambes en l'air passées. Il pense un temps que la vraie foi pourra l'éclairer mais elle-même n'est que mystification. 

Portrait sans concession de la jeunesse américaine, ce road movie placé sous le signe du "fuck you" a des accents de révolte moderne...

"C'est dans la soustraction du véritable Soi, de ce que l'on voudrait être, que se trouve l'identité humaine. Son identité. Plus la valeur tend vers le zéro, plus on est en voie d'être heureux." p. 79

Mes réserves : je me suis lassée du road movie absurde de cet éternel insatisfait et de ses parties de jambes en l'air ou de chasse. 

 

La foi du braconnier, Marc Séguin, Bibliothèque québesoise, 2012, 153 p., 11 euros

 

 

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Un ange cornu avec des ailes de tôle de Michel TREMBLAY

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Dans le Montréal des années 50 Michel Tremblay grandit environné des mots magiques qu'il trouve dans les livres. Il lit sans relâche et découvre avec ravissement la comtesse de Ségur, Hergé et son Tintin au Congo, Jules Verne et ses aventures extraordinaires, des pièces classiques avec Eschyle... Tout en prenant plaisir à échanger avec lui sur ses lecteures, sa mère s'étonne de cette frénésie : 

"C'est ben beau de lire, j't'ai toujours encouragé mais le crâne va te péter ! Tu vas te rendre aveugle ! Tu vas devenir gros comme un éléphant, tu bouges pas des grandes journées de temps ! Y fait beau, sors un peu !

- Moman, c'qu'on nous fait lire à l'école est plate pour mourir, j'veux me faire une éducation tu-seul !" 

Petit à petit ses goûts s'affinent au gré de sa personnalité. Eduqué dans un établissement catholique, il se délecte de la liste des livres mis à l'index, par provocation et révolte contre cette éducation faite d'humiliation pour provoquer la culpabilité, fer de lance de cette religion. 

Années après années son esprit critique se forme et lui-même se prête au jeu de l'écriture. Il commence par réécrire la fin de "Blanche Neige et les sept nains" et finit par écrire et publier son propre recueil "Contes pour buveurs attardés". 

En évoquant son parcours de lecteur, Michel Tremblay nous communique sa passion lumineuse pour les livres et la lecture, élément constitutif de sa personnalité d'écrivain. "Ouvrir un livre demeure l'un des gestes les plus jouissifs, les plus irremplaçables de la vie." 

 

Présentation de l'édteur : Actes Sud 

Du même auteur La grosse femme d'à côté est enceinte 

D'autres avis : Découvert chez Karine:) ; Dasola 

 

Un ange cornu avec des ailes de tôle, Michel Tremblay, Actes sud, babel, 1994, 8.70 euros

 

Participation au mois québecois chez Karine:)

 

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Les aurores montréales de Monique PROULX

Publié le par Hélène

♥  

Ce que j'ai aimé :

27 histoires assez courtes s'enchaînent dans ce recueil de nouvelles mettant en vedette Montréal et ses habitants. Ces derniers sont scrutés par l'oeil acéré de Monique Proulx à qui rien n'échappe. De fait, une psychologie très fine des rapports humains s'ébauche sous nos yeux, avec la question du rapport à l'autre au centre des réflexions, que ce soit dans un rapport familial, amoureux, professionnel. Les êtres se frôlent et s'épaulent, mais ils se quittent également victimes des difficultés de communication ou de compréhension inhérentes aux rapports humains... Le couple est le catalyseur de ces tensions, les hommes et les femmes étant bien souvent aux antipodes les uns des autres : 

"Il serait agréable de vivre avec les femmes, elle sont la douceur, la beauté totale du monde, mais voilà, elles aiment l'inquiétude, elles la chérissent tant qu'elles lui inventent sans cesse des raisons d'exister. L'inquiétude attire les reproches qui éloignent l'amour, l'inquiétude fronce de rides les passions les plus jeunes. M'aimes-tu encore, à quoi tu penses, pourquoi tu ne téléphones pas, les pauvres questions de l'inquiétude créent, à partir de rien, des monstres qui deviennent réels. 

Entre toutes les voltiges possibles, toutes les voies aériennes, les femmes choisissent fatidiquement la pesanteur." ("Jouer avec un chat")

Dans "Léa et Paul par exemple" deux époques sont mises en parallèle : celle des temps heureux, de l'amour fou puis celle de l'après, avec la rupture et la douleur qu'elle engendre : 

"Ils sont là, au milieu de tout ça, le feu qui danse sur la grève, la lune, le lac engourdi par la nuit, le chant du huard, leurs doigts se trouvent sans se chercher, ils ont envie de crier tellement cet amour est un état de grâce qui ne peut pas ne pas durer toujours.

"Tout cela ne tient donc qu'à un fil, la beauté, l'ordonnance harmonieuse de nos visages et de nos corps que nous offrons aux autres comme des bouquets d'éternité, tant de soins et de maquillages pour un masque si précaire. (...) Oui, la légèreté est votre meilleure monture, la plus susceptible de vous emporter sans heurt où il faut aller, c'est la légèreté qui nous manque le plus dans cette vie de plomb où nous n'apprenons qu'à peupler de nos anxiétés l'univers merveilleux, merveilleusement vide." ("Blanc")

Monique Proulx s'interroge également sur la place des individus dans la société, elle mentionne les immigrants, les sans-abris, des êtres déracinés qui peinent à se mouvoir dans leur nouvelle vie. Dans ce contexte, il est difficile de rester soi-même, de "demeurer un être humain." comme le dit un jeune indien sans abri dans "Rouge et blanc". La double ou triple appartenance ethnique de ces montréalais provoque des difficultés prégnantes d'adaptation. 

L'altérité est vécue à la fois comme une chance et une difficulté, si bien qu'une tristesse latente s'échappe de ces nouvelles portées par un style lyrique précis.

 

Présentation de l'éditeur : Editions Boreal

Vous aimerez aussi : Du même auteur : Champagne

D'autres avis : Catherine 

 

Les aurores montréales, Monique Proulx, Boréal compact, 1997, 248 p., 13.95 euros

 

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Délivrances de Toni MORRISON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Lula Ann connaît dés son enfance un rejet dû à sa couleur de peau puisque sa mère elle-même ne comprend pas sa couleur de la peau de sa fille et répugne à la toucher. Plus tard la petite Lula Ann se fera appeler Bride et transformera ce qu'elle a ressenti dans les premières heures comme une faiblesse en force. Devenue une femme brillante travaillant dans les cosmétiques, elle se construit une image mettant en valeur sa peau noire ébène. Mais le jour où son petit ami la laisse sur le bord de la route sans réelles explications, lui disant juste "T'es pas la femme que je veux", elle est perdue, comme si, à nouveau, elle revivait les rejets de son enfance. Elle part alors sur les traces de cet homme pour mieux comprendre qui elle devrait être, pour savoir, enfin, pourquoi on ne peut pas l'aimer pour ce qu'elle est. 

Se délivrer, ce sera sans doute alors faire le deuil de l'enfance et de ses stigmates : 

"Chacun va s'accrocher à une petite histoire triste de blessure et de chagrin : un problème et une douleur anciens que l'existence a lâchés sur leurs êtres purs et innocents. Et chacun va réécrire cette histoire à l'infini, tout en connaissant son intrigue, en devinant son thème, en inventant sa signification et en rejetant son origine. Quel gâchis. Elle savait d'expérience ô combien difficile, ô combien égoïste et destructible était le fait d'aimer." p. 176

La délivrance vient de la nécessité de se délivrer des rets de l'enfance et du passé pour avancer. Souvent dans ce roman, les enfants se retrouvent victimes des adultes, du racisme, des prédateurs sexuels, et ce n'est qu'au prix d'une lutte acharnée contre les autres et contre eux-mêmes qu'ils peuvent espérer conquérir un peu de quiétude dans ce monde tourmenté. 

Ce roman choral, porté de surcroît par une écriture fluide, touche à la pureté de l'identité. Essentiel. Au sens premier du terme. 

 

Présentation de l'éditeur : Christian Bourgois 

Du même auteur : Home

D'autres avis : Télérama  ; Jérôme  ; Noukette 

 

Délivrances, Toni Morrison, traduit de l'anglais (EU) par Christine Laferrière, Bourgois éditions, 2015, 196 p., 18 euros

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Le saloon des derniers mots doux de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

♥ ♥

 "Cette dernière ne regardait rien en particulier ; et il y avait beaucoup de rien à regarder sur cette vaste plaine ventée." p. 38

A la fin du XIXème siècle, à Long Grass, petite bourgade du bout du monde située entre le Kansas et le Nouveau-Mexique. Wyatt Earp et Doc Holliday traînent leur carcasse en regardant d'un oeil désabusé le monde qui les entoure. Le temps des cow boys et des indiens s'efface, à leur grand damne et ils se voient réduits à se donner en spectacle dans des foires. Ils regrettent les bisons qui arpentaient les plaines, le temps du Pony Express, et surtout les saloons peuplés de cow-boys prêts à se tirer dessus au moindre prétexte. Ainsi, ils se promènent avec leur enseigne de saloon à la recherche d'un endroit idéal pour l'accrocher, pour recréer un bon vieux bar pour cow-boys qui aiment le whiskey et les putains.

 

"Le saloon des derniers mots doux est une ballade en prose dont les personnages flottent dans le temps ; leur légende et leur vie réelle correspondent rarement. En écrivant cet ouvrage, j'avais en tête le grand réalisateur John Ford : il est connu pour avoir déclaré qu'à choisir entre la légende et la réalité, mieux vaut écrire la légende. C'est donc ce que j'ai fait." (Larry McMurtry)

Le monde ne tourne plus très rond dans cette Amérique de carton dans laquelle les femmes prennent peu à peu le pouvoir. Cette "comédie postmoderne", comme le dit très bien Joyce Carol Oates, dégage un charme mélancolique indéfinissable...

Mes réticences : Dans cet univers comme figé, l'engourdissement a tendance à gagner le lecteur. Le manque de souffle prégnant entraîne une certaine frustration...

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

Du même auteur Lonesome dove  La dernière séance  ; Texasville 

D'autres avis : Electra

 

Merci à l'éditeur.

 

Le saloon des derniers mots doux, Larry McMurtry, traduit de l'américain par Laura Derajinski, Gallmeister, 2015, 211 p., 22.2 euros

 

 

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Canada de Richard FORD

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

"Quelles que soient les évidences d'une vie, la personne qu'on croit être, ce qu'on a à son actif, ce dont on est fier, ce dont on tire sa force vitale, tout peut toujours arriver à la suite de tout et du reste." p. 362

Great Falls Montana 1960. Dell Parsons et sa soeur jumelle Berner ont 15 ans quand se produit un évènement sismique qui influence leur vie de façon irrémédiable : leurs parents braquent une banque et se font arrêter. Pourtant rien ne prédispose ce couple à commettre l'irréparable : leur père est un ancien de l'Air force et leur mère est institutrice. Si l'un a tendance à se lancer dans des combines peu claires, l'autre semble avoir les pieds sur terre, et pourtant, une spirale difficilement contrôlable les mène vers l'illégalité. Le talent de Richard Ford est de décrire pas après pas, minutieusement, comment les êtres peuvent atteindre un point de non-retour, alors que rien ne les prédisposait à suivre cette direction. Il prend son temps pour suivre ses personnages, les décrire, les aimer malgré leurs failles, et les accompagner vers l'irrémédiable, laissant leurs deux enfants démunis, définitivement marqués par la destinée tragique de leurs parents. 

"C'est fou jusqu'où va la normalité. On peut ne pas la perdre de vue pendant très longtemps, tel le radeau qui quitte la côte et la voit s'amenuiser. Telle la montgolfière, happée par un courant ascendant au-dessus de la Prairie, d'où l'on voit le paysage s'agrandir, s'aplatir et perdre ses contours. On s'en rend compte ou pas. Mais on est déjà trop loin, tout est perdu. A cause des choix désastreux de nos parents, la "vie normale" me laisse sceptique, en même temps que j'y aspire désespérément. J'ai beaucoup de mal à faire coexister l'idée d'une vie normale avec la fin qui fut la leur." p. 111

En quoi les évènements influencent-ils nos destinées ? Le jeune Dell, enfant ordinaire passionné par les échecs et les abeilles va devoir apprendre à se construire loin de cette normalité, en laissant derrière lui cet évènement terrible qui n'a comme origine "qu'une déviation infime de la vie quotidienne."  Ce petit rien transforme pourtant sa vie. Il échoue au Canada, auprès d'un homme trouble, Arthur Remlinger, auquel il souhaite s'attacher, pour retrouver un point fixe, pour garder l'espoir qu'une vie normale est possible, que le bonheur est encore à portée de mains. Et contre toute attente, sa destinée mystérieuse suivra son cours...

"Ce que je sais, c'est qu'on a plus de chances dans la vie, plus de chances de survivre, quand on tolère bien la perte et le deuil et qu'on réussit à ne pas devenir cynique pour autant ; quand on parvient à hiérarchiser, comme le sous-entend Ruskin, à garder la juste mesure des choses, à assembler des éléments disparates pour les intéger en un tout où le bien ait sa place, même si, avouons-le, le bien ne se laisse pas trouver facilement. On essaie, comme disait ma soeur. On essaie, tous autant que nous sommes. On essaie." p. 476

Nombre de réflexions philosophiques se cachent dans les instestices des phrases et de l'histoire, bien plus grave, intense et enrichissante qu'elle n'y paraît au premier abord. Les faits bruts ne parlent pas, c'est comment l'être se construit, ce qu'il en fait qui crée l'humain. De la même façon que le lecteur construit son roman à l'aune des évènements racontés. En s'interrogeant sur les ressorts de l'être humain, sur son mystère, Richard Ford nous offre avec ce Canada une belle leçon d'humilité " Pratiquer la générosité, savoir durer, savoir accepter, se défausser, laisser le monde venir à soi — de tout ce bois, le feu d'une vie. » 

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier  ; Points

D'autres avis : Télérama ; France CultureL'express Bibliobs 

BabélioSylireKathelClaire Jeanne 

 

Canada, Richard Ford, Editions de l'Olivier, août 2013, 480 p., 22.50 euros 

Canada, Richard Ford, traduit de l'anglais (EU) par Josée Kamoun,  Points, août 2014, 504 p. 8.5 euros

 

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Terreur apache de William Riley BURNETT

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

1886 Arizona. Le chef apache Toriano s'enfuit de la Réserve et sème la terreur dans la région. Walter Grein, éclaireur renommé est dépêché par l'armée pour le capturer. Il s'entoure des meilleurs pisteurs qu'il connaît pour partir sur les traces du sanguinaire apache, peuple connu pour être impitoyable :

" Savez-vous ce que veut dire "Apache" ? C'est un mot zuni qui signifie "ennemi". (...) Ennemis de la race humaine et de tout ce qui est humain." p. 188

Mais ces indiens ne sont pas les seuls à donner du fil à retordre à Grein, il se heurte également aux politiques de la région qui tirent les ficelles dans l'ombre sans réellement connaître les réalités du terrain. Face à eux, Grein est un personnage dense, un homme éternellement insatisfait qui court après le danger en autodidacte et hante les grands espaces sauvages. Pour le peindre, l'auteur s'est inspiré du célèbre chef des éclaireurs durant les guerres indiennes Al Sieber, tout comme il a puisé pour Toriano dans le personnage du grand chef de guerre apache Victorio. Ses portraits tout en subtilité refusent les amalgames et ne condamnent pas tous les indiens, juste les Apaches : 

"Autrefois les Pueblos possédaient une forme de civilisation. Ils vivaient en paix avec le monde. Mais ensuite les Navajos et les Apaches - qui étaient alors frères de sang- sont venus tout gâcher. Ils s'en sont pris aux Pueblos et ont anéanti leurs foyers." p. 50

Les espaces sauvages traversés par Grein et ses acolytes sont peu à peu conquis par la civilisation mais malgré tout la nature reste millénaire, laissant sa trace indélébile là où la civilisation s'efface. 

"Devant eux, à l'est, le désert étiré à l'infini s'abaissait lentement, kilomètre après kilomère, jusqu'à un bassin sableux nommé le Piège de la Mort. Il n'y avait pas un souffle d'air, tout n'était que chaleur, silence et lumière cuivrée." p. 238

Les descriptions du désert vibrent avec force de cette atmosphère de danger étouffante, de la fatigue ressentie par ces hommes qui ne peuvent plus rebrousser chemin, condamnés à avancer vers leur destin. "Un sentiment d'inéluctabilité, de fatalité s'impose au fur et à mesure qu'on approfondit, qu'on rentre à l'intérieur de ces personnages, avec les forces qui les motivent" analyse John Huston, grand admirateur de Burnett et de son Terreur apache. Les dialogues sonnent justes, résonnant dans les immensités américaines de ce grand western.  

"Idéalisme et réalité brute sont au coeur des romans de Burnett, ce mélange de grâce épurée et de précision impitoyable, cette vision nette, décapante, qui nous fait regarder le monde autrement." Bertand Tavernier dans sa postface.

 

Présentation de l'éditeur : Actes Sud 

Présentation de la collection "L'ouest le vrai" : Actes sud 

Vous aimerez aussi : Dans la même collection : La captive aux yeux clairs de GUTHRIE

Adaptations

 

 

Terreur apache, W.R. Burnett, roman traduit de l'anglais (EU) par Fabienne Duvigneau, postface de Bertrand Tavernier, Actes Sud Babel, juin 2015, 8.7 euros

 

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