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litterature amerique du nord

La grosse femme d'à côté est enceinte de Michel TREMBLAY

Publié le par Hélène

                     

♥ ♥  

Ce que j'ai aimé :

Ce tome est le premier du cycle des chroniques du plateau Mont-Royal (auxquels appartiennent 5 autres romans). Il narre la journée du 2 mai 1942 dans un quartier populaire de Mont Royal à l'est de Montréal. Ainsi nous rencontrons pour la première fois Victoire la grand-mère et ses trois enfants Albertine, Edouard et Gabriel. Le mari d'Albertine est à la guerre et elle s'occupe seule de ses deux enfants Thérèse et Marcel. Vivent avec eux Gabriel et sa femme, la grosse femme enceinte dont il est question dans le titre, et leurs deux enfants Richard et Philippe. Tout ce petit monde vit ensemble dans un petit espace qui crée un étouffement pour tous, même si leur proximité crée des liens particuliers.

Il sera aussi question de deux prostituées Mercedes et Béatrice, de Marie Sylvia et son chat Duplessis, d'autres femmes enceintes (sept dans le quartier car cela permettait aux hommes de ne pas partir à la guerre), et de trois tricoteuses et leur mère, fil conducteur du récit, sentinelles attentives du quartier.

Les personnages sont suivis au quotidien, ils deviennent attachants, comme des voisins qu'on aimerait retrouver rapidement.

La transposition du parler québécois avec ses expressions populaires témoigne d'un travail important effectué par l'auteur sur le langage atypique de sa région :

"Comme disait si bien ma grand-mère : "Y'a rien qui est assez important pou remplacer le seul show gratis que le bon Dieu nous a donné. Si t'as de sproblèmes au coucher du soleil, laisse-les tomber pis va te pâmer devant l'orgie de coulerus que ton créateur se paye tou'es soirs, ça console, ça lave, ça purifie."

Ce que j'ai moins aimé :

Il s'agit d'une écriture serrée, dense, peu aérée, d'un style particulier, il faut rentrer dedans. J'avoue avoir préféré "Le coeur découvert" lu quand j'avais 20 ans...

Présentation du livre :

Actes sud

Premières phrases :

"Rose, Violette et Mauve tricotaient. Parfois Rose (ou Violette, ou Mauve) posait son tricot sur ses genoux, jetait un coup d'oeil mi-amusé mi-sévère sur le travail de ses soeurs et disait : "Tu tricotes trop lousse." ou bien "Si moman avait donné d'la laine de c'te couleur là, j'arais été ben désappointée !" ou bien encore elle ne disait rien."

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : 

Les autres chroniques du Plateau Mont Royal :
Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges (1980) ;
La Duchesse et le roturier (1982) ;
Des nouvelles d'Édouard (1984) ;
Le Premier Quartier de la lune (1989) ;
Un objet de beauté (1997).

Autre : Le magasin général tome 1

D'autres avis

Lecture commune autour de Michel Tremblay dans le cadre du mois au Québec

Yueyin ; Karine :)

 

Pioché dans ma pal.

 

La grosse dame d'à côté est enceinte, Michel Tremblay, Actes sud, babel, 8.70

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Retour à Little Wing de Nickolas BUTLER

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥ 

"Laisse la porte ouverte dans une grande ville et tu te réveilles à poil, sans un meuble. Laisse la porte ouverte ici et un coyote vient te demander l'aumône."

Ce que j'ai aimé :

Little Wing est une petite bourgade du Wisconsin, sertie de fermes et arpentées par les cerfs et les coyotes. Hank, Lee, Kip, Ronny et Beth sont nés là-bas et restent profondément attachés à leur terre. Mais tous ont fait des choix différents : Hank et Beth n'ont jamais quitté les terres familiales, Ronny ancien champion de rodéo a beaucoup voyagé, mais l'AVC qui l'a diminué l'a poussé à rester auprès des siens, tout comme Kip ancien trader à Chicago qui a choisi de revenir rénover la vieille fabrique de la petite bourgade. Lee quant à lui est devenu un musicien à la mode, le plus détaché de Little Wing mais il reste aussi irrémédiablement attiré par sa ville natale. 

"Quand je n'avais nulle part d'autre où aller, je revenais ici. (...) C'est ici que j'entends tout : le monde qui palpite différemment, le silence qui résonne comme un accord joué il y a une éternité, la musique dans les trembles, les sapins, les chênes et même les champs de maïs desséchés." (p. 77)

Le mariage de l'un d'eux leur permet de se retrouver. 

Un charme infini s'échappe de ces pages apaisées et lumineuses. 

"Ici, le temps s'écoule lentement, divisé en moments à savourer, comme de délicieuses parts de dessert : mariages, naissances, réussites aux examens, inaugurations, funérailles. Rien ne change beaucoup, en général. (...) Des grues blanches et des grues du Canada, grosses comme des bombardiers dans le ciel, des myriades d'autres oiseaux revenant au bercail comme par retour de courrier, faisant un boucan céleste aussi fort qu'une fête de bienvenue digne de ce nom. Puis vient l'été avec une telle profusion de verts qu'on pense que l'hiver n'a jamais existé et ne reviendra jamais." (p. 199)

L'un après l'autre, les personnages évoquent leur vie, leur attachement profond à Little Wing, leurs valeurs, la solidarité, la confiance, l'amour et l'amitié. Ils parlent  aussi de leurs doutes, des choix que la vie amène à faire, des amours qui passent, de la vie qui coule laissant irrémédiablement son empreinte. Ce quotidien calme est réglé par les saisons, par la vie dans les champs, par les mariages, divorces des uns et des autres. Ce sont des héros ordinaires qui rayonnent par leur simplicité et leur amour. Ils résonneront longtemps après la fin de la lecture, illuminant le lecteur d'une aura particulière.

Ce que j'ai moins aimé :

La chute de l'épisode lié aux oeufs au vinaigre m'a semblé un peu exagérée.

Premières phrases :

"Nous l'invitons à tous nos mariages ; Lee était célèbre. Nous adressions les faire-part à sa maison de disques, dans un gratte-ciel new-yorkais, pour qu'elle lui transmette les enveloppes tape-à-l'oeil en papier doré lorsqu'il était en tournée à Beyrouth, Helsinki ou Tokyo."

Informations sur le livre :

Autrement

D'autres avis :

Ys

 

Retour à Little Wing, Nickolas Butler, traduit de l'anglais (EU) par Mireille Vignol, Autrement, août 2014, 22 euros

 

Merci à l'éditeur pour cette magnifique découverte qui m'a fait battre le coeur !

 

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Les filles de l'ouragan de Joyce MAYNARD

Publié le par Hélène

                        

Mon avis :

Deux enfants sont nées le même jour dans le même hôpital, à la même heure. Les deux familles ont gardé contact, même si tout tend à les séparer : Les Plank sont des fermiers et les Dickerson des artistes bohèmes. Et il se trouve par le plus grand des hasards que Ruth Plank est une artiste, douée pour le dessin, tandis que Dana Dickerson est proche de la terre. Mais quel peut bien être ce secret qui plane sur l'histoire des deux familles ? On se le demande cinq minutes et ensuite on est rapidement exaspéré par les indices gros comme des montagnes que nous donne l'auteur. Point de mystère par conséquent dans ce roman.

En suivant parallèlement les destins des deux jeunes filles, c'est toute leur vie qui défile :  leur enfance, les premiers émois de l'adolescence, la découverte du sexe, de la maternité, du couple, de la maladie (et des maladies, il y en aura !) Panorama de deux vies différentes, le roman plonge ses racines dans les années 50, la libération sexuelle, Woodstock, et c'est sans doute là qu'il est le plus intéressant. Evoquant le maladie et la mort avec beaucoup de tendresse et d'intelligence, l'auteure aurait pu se passer de ce secret de famille terriblement attendu pour s'intéresser simplement à la trajectoire des deux jeunes filles. Décrire des vies, tout simplement, sans alourdir...

Premières phrases :

"Cela commence par un vent humide, qui souffle du nord-est à travers les champs, un vent étrangement chaud pour cette période de l'année. Avant même qu'il atteigne la maison, Edwin Plank le voit venir, ondulant sur l'herbe sèche et les dernières rangées de maïs dans le champ en contrebas de la grande, là où le tracteur n'est pas encore passé."

Présentation de l'éditeur :

Philippe Rey 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : L'homme de la montagne

D'autres avis :

Lu dans le cadre du Blogoclub

Télérama  ; Le magazine littéraireLe figaro

SylireClara - Kathel - Théoma - Val 

 

Les filles de l'ouragan, Joyce Maynard, traduit de l'anglais (EU) par Simone Arous, Editions Philippe Rey, 2012, 20 euros

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Miss Alabama et ses petits secrets de Fannie FLAGG

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Tant qu'on respire, on a une longueur d'avance."

Ce que j'ai aimé :

A 60 ans, Maggie décide d'en finir avec la vie, préférant se passer des soucis inhérents à la vie pour conquérir une paix éternelle. Ancienne Miss Alabama elle court après la perfection, si bien que son départ est planifié jusque dans les détails. Le jour J approche. Sauf que rien ne se passe comme prévu et qu'elle se voit obligée de remettre au jour suivant ses funestes projets. 

Chez Maggie, tout est calibré, pensé, anticipé. Elle est un modèle pour Brenda, son amie et collègue, beaucoup plus encline au lâcher prise, notamment devant des glaces à la menthe et pépites de chocolat. Boulimique inconditionnelle, elle aimerait régler aussi sa vie, son poids et son apparence, mais sans succés. Toutes les deux vont apprendre à conquérir leur liberté, loin des carcans que chacun s'impose ou que la société assène. Aux côtés de Ethel, 88 ans, blasée, elles luttent contre la transformation immobilière de leur ville, Birmingham. Leur agence immobilière est en effet concurrencée par celle de Babs, qui a des méthodes bien peu recommandables...

Lecture agréable, sans prétention, Miss Alabama offre une galerie de personnages attachants au coeur d'une ville en pleine transformation. Un livre léger parfait pour l'été !

                

@http://blog.al.com/ 

Ce que j'ai moins aimé :

Le mystère autour de l'ancien propriétaire de Crestview m'a semblé superflu, déconnecté de l'intrigue principale. De fait la deuxième partie du roman est moins attirante que son début !

Je cherche encore les secrets annoncés par le titre... 

Présentation de l'éditeur :

Cherche Midi

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Beignets de tomates vertes

D'autres avis :

Caroline ; CathuluKarineKeishaClara ; Sandrine ; Stephie ; Karine

 

Miss Alabama et ses petits secrets, Fannie Flagg, traduit par Jean-Luc Piningre, Cherche Midi, mai 2014, 21 euros

 

Pioché à la bibliothèque

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La vie de Lillian, mode d'emploi de Alison Jean LESTER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

Lillian est une femme célibataire de 57 ans pour qui les hommes, la séduction, le plaisir, ont toujours compté. Et c'est avec tendresse et plaisir qu'elle se souvient des hommes importants qui ont marqué sa vie jusqu'à aujourd'hui. Des hommes seuls, des hommes mariés, des hommes enfants, des hommes virils, des hommes faibles ou fort, une galerie que Lillian se plaît à revisiter les soirs de solitude. Pour peut-être approcher le mystère du sentiment, et enfin, comprendre pourquoi on aime, puis tout à coup pourquoi l'amour s'en va...

Le style fluide dénote des facilités d'écriture évidente pour ce premier roman prometteur. Les chapitres sont brefs, dépassant rarement cinq pages, évoquant des rencontres, des scènes marquantes, des ruptures décevantes...

"Si je regrette une chose, rétrospectivement, ce sont toutes les fois où j'ai autorisé de gens à penser ce qu'ils voulaient penser. J'aurais dû les arrêter tout de suite. J'aurais dû me moquer de leurs suppositions. J'aurais dû éclater de rire, "Ha ha ha !" et enchaîner avec un sourire malicieux et pétillant, uniquement pour les déstabiliser, pour qu'ils continuent à s'interroger. Le problème, c'est qu'ils observent ce que vous faites, qui vous aimez, comment vous cuisinez ce que vous lisez et ce que vous ne lisez pas, et ils décident ce que ça signifie, et parfois vous n'êtes pas là pour les arrêter, ou vous choisissez mal le moment. Je me suis toujours demandé pourquoi les gens cherchent du sens dans les actes. Quand une personne vous raconte une histoire, une chose qui lui est arrivée, une chose importante, ne lui demandez pas ce qu'elle a fiat. Demandez-lui ce qu'elle voulait faire. Ce qu'elle veut faire, c'ets ce qu'elle est. Les actes sont des murmures comparés aux rêves."

Ce que j'ai moins aimé :

Le fait de résumer la vie de Lillian à une suite d'évocations de sa vie sentimentale est finalement assez réducteur, et peut créer une certaine lassitude liée à un manque de consistance dans l'intrigue.

Pour résumer, c'est un roman plaisant à lire, au charme mélancolique. Je suivrai néanmoins le prochain roman de l'auteur avec plaisir !

Premières phrases :

"Chaque fois que je me réveille à côté d'un homme, avant d'être totalement éveillée, je crois que c'est Ted. Evidemment, ce n'est jamais lui.

Tant pis. Ce matin, j'ai regardé Pandora marcher su rle corps nu de Michael. Alors qu'elle remontait le long de sa cuisse, il a commencé à avoir la chair de poule."

Informations sur le livre :

Chez Autrement

Vous aimerez aussi :

L'histoire d'un mariage de ANdrew Sean Greer 

 

La vie de Lillian, mode d'emploi de Alison Jean Lester, traduit de l'anglais EU) par Jean ESCH, Autrement, août 2014, 17 euros

 

Merci à l'éditeur.

 

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L'ange sur le toit de Russell BANKS

Publié le par Hélène

                      

♥ ♥

"Le temps est venu, le temps est passé, le temps ne reviendra jamais, voilà ce que je me dis. Et je conclus  que ce qui est devant moi, là, c'est tout ce que j'ai."

 

Mon avis :

Le point commun qui relient les nouvelles de ce recueil tient dans le fait que les personnages vont tous connaître un évènement qui constituera un point de non-retour, un bouleversement subtil ou évident qui changera à jamais leur existence. Ce tsunami intérieur peut avoir sa source dans le passé, et la prise de conscience ne survient alors que bien plus tard :

"Ca aurait pu se produire n'importe quel soir. Ca s'est même peut-être produit il y a longtemps, ais nous ne nous en sommes pas aperçus sur le coup. Comme une de ces étoiles qui s'embrasent et qui meurent, et on ne s'en rend compte que bien des années plus tard tellement elles sont loin.

- Il vaut peut-être mieux que nous ne l'ayons pas vu quand ça s'est produit, a dit Larry. Peut-être que comme ça on a davantage de paix." (Juste une vache)

Issu bien souvent su hasard des coïncidences, la vie prend sa revanche et ce qu'on croyait acquis, stable s'écroule. "Une chose en entraîne une autre, faut croire." dit un des personnages de "Juste une vache" au seuil d'une rupture du couple. Ce changement soudain de trajectoire est souvent rédempteur, même si sur le moment il est source de douleur. Synonyme de lâcher prise comme dans "Juste une vache" ou "Djinn", il permet ausssi une remise en question intérieure. Dans "Moments privilégiés", un père et sa fille constatent soudain le vide qui s'est installé entre eux : 

"Il voit qu'il a été quelqu'un de tout à fait à l'opposé de ceui qu'il avait cru être."

Mais d'autres évènements restent ancrés dans la souffrance, particulièrement quand ils ont eu lieu dans l'enfance. "La visite" est celle d'un homme à la maison de son enfance, prétexte pour se remémorer des souvenirs peu heureux en raison d'un conflit latent qui perdurait entre sa mère et son père, conflit dont les enfants payaient les conséquences. 

Les hommes sont souvent responsables, alcooliques, infidèles, ils font souffrir leur entourage et remettent en question insidieusement les relations fragiles qui existent entre les êtres. 

"L'une des choses les plus difficiles à dire à quelqu'un est celle-ci : j'espère que vous m'aimerez sans raison particulière. C'est pourtant ce que nous voulons tous dire les uns aux autres - à nos enfants, à nos parents, à nos copagnons, à nos amis et à des inconnus - en ne l'osant que rarement."

Les êtres se manquent, la vie passe et les éloigne irrémédiablement, les laissant sur le seuil de leur vie, dans une solitude désoeuvrée. Tout choix inclut un renoncement, et à l'aune de la vieillesse, les regrets ou les remords refont surface. Si nous pouvions réécrire le passé, agirions-nous à l'identique ? Vaut-il mieux tout savoir de son passé et des choix qui ont conditionnés notre existence, ou rester dans l'illusion qui nous a tenu debout jusqu'ici ? 

Le temps qui passe, la vieillesse, la recherche du bonheur souvent avortée avant l'heure, sont les thèmes inhérents à ce petit recueil comme à la vie...

Premières pages :

"Il y a quelques années, avant que je me marie et prenne un poste das une société dépourvue de succursale étrangère (avant que je rentre à la maison, en somme), j'étais employé par une entreprise de Hopewell, dans le New Jersey, laquelle appartenait à un consortium multinational dont le siège était à Amsterdam."

Infos sur le livre :

Actes sud 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : De beaux lendemains

 

L'ange sur le toit, Russell Banks, J'ai Lu (Actes Sud pour la première édition), traduit de l'anglais (EU) par Pierre Furlan, 156 p. 4.50 euros

 

Pioché chez Gibert Joseph

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L'histoire d'un mariage de Andrew Sean GREER

Publié le par Hélène

                                

♥ ♥ ♥

"Aussi déconcerté par mes mystères que je l'étais par les tiens, aussi disposé à me les pardonner : deux personnes voilées se guidant l'une l'autre, main dans la main. C'est peut-être cela, un mariage." p. 107

Ce que j'ai aimé :

Pearlie est mariée à Holland Cook depuis plusieurs années, vivant un bonheur calme et paisible avec leur fils Sonny. Jusqu'à ce que surgisse un beau jour un homme trouble, nommé Charles Drumer, tout droit sorti du passé de Holland. Les certitudes de Pearlie oscillent alors dangeureusement...

Andrew Sean Greer fait preuve d'une analyse pointue du couple, de ce qu'on se dit, de ce qu'on ne dit pas, de la dificulté de communiquer, puis finalement de l'importance de s'aimer.

"Car l'être aimé n'existe qu'en fragments, une douzaine au début de l'idylle un millier si nous l'avons épousé, et le coeur construit à partir de ces fragments une personne entière. Ce que nous créons chacun, puisque notre imagination compense les lacunes, cest la personne que nous souhaitons. moins nous connaissons l'être réel, plus nous l'aimons." p. 93

"Nous hésitons jusqu'à ce qu'un jour nous voyions clair : les chances sont rares, et la mort approche vite. Saisis le ravissement s'il est à ta portée ; saisis l'amour si tu peux l'atteindre." p. 264

L'histoire se déroule en 1953, à San Francisco, période trouble qui suit la guerre de Corée. S'amorce ainsi une réflexion sur ceux qui n'ont pas fait la guerre, qui sont restés dans l'ombre , ceux qui n'ont pas voulu faire la guerre : "Ils sont éliminés de l'Histoire, car rien n'est plus corrosif que la honte." Souvent oubliés des récits, ils sont ici mis en avant. La ségrégation raciale, l'affaire Rosenberg sont aussi des éléments intrinsèques à ces années mentionnées ici avec subtilité et intelligence.

Ce que j'ai moins aimé :

- Un peu statique.

Premières phrases :

"Nous croyons connaître ceux que nous aimons.

Nos maris, nos femmes. Nous les connaisons, nous nous identifions à eux, parfois ; séparés lors d'une soirée en bonne compagnie, nous nous surpenons à exprimer leurs opinions, leurs goûts culinaires ou littéraires, à raconter une anecdote sui ne sort pas de notre mémoire, mais de la leur."

Présentation de l'éditeur :

http://www.editionsdelolivier.fr/catalogue/9782879296258-l-histoire-d-un-mariage

Vous aimerez aussi :

Drôle de temps pour un mariage de Julia STRACHEY

D'autres avis :

Babélio ; Télérama ; France Culture

ManuPapillonCathulu ; Dasola

 

L'histoire d'un mariage, ANdrew Sean Greer, traduit de l'anglais (EU) par Suzanne V. Mayoux, Points, 2009, 263 p., 7 euros

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Montana 1948 de Larry WATSON

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Ce que j'ai aimé :

L'été de ses douze ans marquera à jamais le narrateur David Hayden. Il va en effet apprendre à regarder le monde qui l'entoure et les gens qu'il aime d'un oeil neuf, soudain conscient que chacun cache sa zone d'ombre et que le monde est bien plus complexe que l'enfance ne le laisse supposer. Son père, shérif, devra faire des choix cruciaux entre justice et loyauté envers sa famille. Dans un contexte marqué par le racisme envers les indiens considérés par certains blancs comme "ignorants, paresseux, supersttieux et irresponsables." comme le pense lui-même le père du narrateur, ce shérif épris de justice hésitera sur la conduite à suivre. Sera-t-il juste envers les siens ? Ou juste envers la morale ? Des choix cruciaux qui marqueront à jamais son jeune fils qui l'observe et l'espionne dans l'ombre, fasciné par les secrets des adultes. 

L'écriture fluide et directe emporte irrémédiablement le lecteur dans sa lecture, au coeur du Montana aux côtés de ce jeune narrateur qui va mûrir et quitter l'enfance non sans heurts. 

        

http://www.montanadra.com/

Ce que j'ai moins aimé :

Je ne sais pas si ce court roman me marquera durablement. Je l'avais déjà lu dix ans auparavant, sans m'en souvenir !

Premières phrases :

"De l'été de mes douze ans, je garde les images les plus saisissantes et les plus tenaces de toute mon enfance, que le temps passant n'a pu chasser ni même estomper.

Une jeune femme sioux est étendue sur un lit dans notre maison. Elle a de la fièvre, elle délire et tousse si fort que j'ai peur qu'elle ne meure."

Infos sur le livre :

Gallmeister

Vous aimerez aussi :

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur de Harper LEE

D'autres avis :

Lire 

Jérôme 

 

Montana 1948, Larry Watson, traduit de l'américain par Bertrand Péguillan, Gallmeister, Totem, 2010, 176 p., 8.20 euros

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Mon vieux et moi de Pierre GAGNON

Publié le par Hélène

                                     

♥ ♥

"Si tu l'aimes, pourquoi tu la prends pas avec toi, ta tante ? Tu serais pas obligé de faire tout ce trajet..."

Mon avis :

Tout commence avec cette simple question : pourquoi ne pas prendre chez lui sa vieille tante qui périclite en maison de retraite ? Quand sa tante décède, le narrateur décide d'adopter un autre vieux qu'il a rencontré en maison de retraite en rendant visite à sa tante : Léo. Léo s'installe alors chez lui et au début la cohabitation est harmonieuse. Le narrateur se sent utile, enrichit par cette relation. Mais rapidement, Léo a beau être formidable, il n'en est pas moins vieux, avec tout ce que cela implique. 

L'histoire est simple, courte (92 pages) et directe en racontant une expérience humaine qui se heurte à ses propres limites. L'idée est belle et profondément humaine, elle est une leçon de vie et d'humanité à méditer en ces temps relativement égoïstes. Toutefois l'auteur ne fait pas l'impasse sur les limites de ce système qui semble pourtant évident à première vue. Mais pour quelques temps, deux solitudes se seront rejointes, et deux âmes se seront épanouies au contact l'une de l'autre. C'est déjà beaucoup...

Un récit charmant.

Premières phrases :

"Je viens d'adopter...

Pensionné, je vivias seul, sans enfant ni parent. J'ai des amis, bien sûr, que je vois à l'occasion. Cela me suffit. Taciturne ? Pas du tout."

Infos sur le livre :

chez Babélio

D'autres avis :

DominiqueChocoClaraNouketteDominique.

Télérama 

Vous aimerez aussi :

Il pleuvait des oiseaux de Jocelyn Saucier

 

Mon vieux et moi, Pierre Gagnon, J'ai Lu, 2010, 4.50 euros

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Homesman de Glendon SWARTHOUT

Publié le par Hélène

                                  

♥ ♥ ♥ ♥

Un western époustouflant

 

Ce que j'ai aimé :

Au coeur des grandes plaines de l'ouest de l'Amérique au milieu du XIXème siècle, des couples ont rejoint ce qu'ils pensaient être "la terre promise". Seulement les jeunes couples se heurtent à des conditions difficiles, la solitude de ces grands espaces, la maladie, les loups qui rôdent et la mort qui les attend inéluctablement derrière les collines. Dans ces régions infinies du Nébraska, chaque année, au bord de la rivière Kettle, des femmes deviennent folles dans un tel environnement hostile. Quatre d'entre elles doivent être ramenées à leur famille vers l'est puisque aucun asile n'existe dans ces nouvelles terres. Mary Bee Cuddy, une ancienne institutrice célibataire, se dévoue pour convoyer le charriot qui les ramènera vers les leurs. Elle fait appel à Briggs, un bandit de grand chemin voleur pour l'accompagner dans cette tâche délicate.  Ensemble ils vont affronter un voyage hors du commun, aux portes de la folie. 

    

Il s'agit d'un sujet peu abordé dans la littérature qui préfère mettre en avant la formidable aventure des pionniers au courage sans faille plutôt que les déconvenues de ces femmes obligées de tout quitter pour se retrouver dans des no man's land arides aux côtés d'hommes qui ne sont pas toujours à la hauteur. Homesman est le dernier roman de Swarthout qui nous offre avant de prendre sa retraite un superbe western passionnant, porté par deux personnages emblématiques.

"Il avait  envie de lui dire, bon sang, gamine, ne grimpe pas dans un chariot pour aller vivre dans une maison en terre, faire une portée de marmots et vieillir avant ton heure, perdre la boule et obliger quelqu'un à t'attacher dans  un autre chariot pour te ramener à ton papa et ta maman qui seront morts et enterrés d'ici là. Mais il ne dit rien, ne put rien dire."

 

Ce que j'ai moins aimé :

- Rien 

Premières phrases :

"A la fin de l'été, Line lui apprit qu'elle était enceinte de deux mois. Encore une bouche à nourrir. Et puis, dit-elle, elle était trop vieille à quarante-trois ans. Il aurait une tête comme un melon, dit-elle, ou un bec-de-lièvre, ou il serait infirme car Dieu devait être en colère après eux, après tout, voyez ce qui leur était déjà arrivé cette année."

 

Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Le tireur

Autres : La saga des émigrants

 

Homesman, Glendon Swarthout, nouvelle traduction de l'américain par Laura Derajinski, Gallmeister, Nature writing, mai 2014, 336 p., 23.10 euros

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