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200 articles avec litterature amerique du nord

Stoner de John WILLIAMS

Publié le par Hélène

stoner

♥ ♥ ♥ 

 

L’auteur :

 John Williams (1922-1994), né au Texas a étudié au Colorado et obtenu son doctorat dans le Missouri où il a fait ses premiers pas de professeur. Après avoir servi dans l’armée de l’air de 1942 à 1945, il a enseigné la littérature et l’art d’écrire pendant trente ans à l’université de Denver. Il est l’auteur de deux recueils de poèmes, d’une anthologie sur la poésie anglaise de la Renaissance et de quatre romans, dont Stoner, publié en 1965.

 

L’histoire :

 Né pauvre dans une ferme du Missouri en 1891, le jeune William Stoner est envoyé à l’université par son père – et au prix de quels sacrifices –, pour y étudier l’agronomie. Délaissant peu à peu ses cours de traitement des sols, ce garçon solitaire découvre les auteurs, la poésie et le monde de l’esprit.

 

Présentation d’Anna Gavalda :

C’est en lisant une interview de Colum McCann parue dans le quotidien anglais The Guardian il y a quelques années que j’ai découvert Stoner de John Williams. McCann affirmait que ce roman, publié en 1965, était un grand oublié de la littérature américaine, ajoutait qu’il en avait déjà acheté plus d’une cinquantaine d’exemplaires pour l’offrir à ses amis et que c’était un texte qui touchait autant les écrivains que les simples lecteurs. Cette précision m’avait mis la puce à l’oreille et je m’étais empressée de le lire. De le lire, de l’aimer et d’avoir envie de le partager à mon tour. Hélas, il n’avait jamais été édité en français. La suite est simple : j’ai demandé à mon éditeur d’en acquérir les droits, ai vaguement cherché un traducteur patenté et ai fini par m’avouer ce que je savais déjà, à savoir que William Stoner, c’était moi, et que c’était à moi de m’y coller. Pour le meilleur, pour ce « vertige de l’orpailleur » évoqué dans le chapitre IX – expression qui n’est pas dans le texte original et que je me sais gré d’avoir inventée – ceux qui liront jugeront, et pour le pire: des heures et des heures passées arc-boutée sur un bout de phrase que je comprenais, que je « voyais » mentalement, mais qu’il m’était impossible de traduire… Pourquoi tant d’enthousiasme et tant de peines ? Je ne sais pas. Voilà un roman qui n’a rien de spectaculaire. Le récit d’une vie âpre, austère, une vie de prof, une vie passée sous silence et tout entière consacrée à la littérature, bref pas très sexy, j’en conviens et n’en espère aucun miracle, mais je suis bien heureuse d’avoir été au bout de ce projet. D’une part parce qu’il m’a beaucoup appris sur « le métier », toutes ces histoires de légitimité, de liberté, de respect dû à une voix plutôt qu’à une langue m’ont passionnée, d’autre part parce c’est un roman qui ne s’adresse pas aux gens qui aiment lire, mais aux êtres humains qui ont besoin de lire. Or, avoir besoin de lire n’est pas forcément un atout, ce peut être, même, souvent, un handicap. Se dire que la vie, bah… tout compte fait, n’est pas si importante que ça et que les livres pareront à ses manquements, c’est prendre le risque, souvent, de passer à côté. William Stoner donne cette impression de gâchis. D’ailleurs c’est une question qui le hante au moment de sa mort : parce que j’ai aimé lire plus que tout, j’ai déçu mes parents, perdu des amis, abîmé ma famille, renoncé à ma carrière et eu peur du bonheur, ai-je raté ma vie ?

Quelques battements de cils plus tard, il y répond et, en essayant de le servir le mieux possible, j’y ai répondu aussi. Car en vérité, et nous pouvons l’avouer, que nos vies soient ratées ou pas nous importe moins que cette question posée par un professeur à ce jeune homme gauche, fruste et solitaire qui n’a encore jamais mis les pieds dans une bibliothèque et qui deviendra mon héros :

« M.Stoner, M.Shakespeare s’adresse à vous à travers trois siècles. L’entendez-vous ? »

Anna Gavalda

   

Ce que j’ai aimé :

 Stoner est un roman brut, sans fioritures, qui va droit à l’essentiel,  bien campé dans un style direct et incisif. Il évoque la vie d’un homme ni plus brillant, ni plus intelligent qu’un autre, un homme qui se laisse porter par les évènements sans songer à résister et assume jusqu’à la fin l’implication de ses choix. Un homme ordinaire qui va placer la littérature au centre de son univers, parce qu’elle seule a ce pouvoir rédempteur et consolateur, insufflant ainsi aux vies qui la frôlent un semblant d’éternité et de bonheur.

 « Il comprenait le rôle de la grammaire et percevait comment, par sa logique même, elle permettait, en structurant un langage, de servir la pensée humaine. De même, en préparant de simples exercices de rédaction, il était frappé par le pouvoir des mots, par leur beauté, et avait hâte de se lancer enfin pour pouvoir partager toutes ces découvertes avec ses étudiants. » (p. 39)

 L’amour même sera souffrance pour Stoner, marié à une femme névrosée, profondément instable, il vivra une passion tumultueuse mais sans avenir avec une jeune étudiante. Sa femme lui offrira une enfant, Grace, qui aurait peut-être pu le sauver, mais qui s'éloignera inéluctablement, poussée par cette mère au mal-être cruel et assassin.  

 « Quand il était très jeune William Stoner pensait que l’amour était une sorte d’absolu auquel on avait accès si l’on avait de la chance. En vieillissant il avait décidé que c’était plutôt la terre promise d’une fausse religion qu’il était bon ton de considérer avec un scepticisme amusé ou un mépris indulgent, voire une mélancolie un peu douloureuse. Mais maintenant qu’il était arrivé à mi-parcours, il commençait à comprendre que ce n’était ni une chimère ni un état de grâce, mais un acte humain, humblement humain, par lequel on devenait ce que l’on était. Une disposition de l’esprit, une manière d’être que l’intelligence, le cœur et la volonté ne cessaient de nuancer et de réinventer jour après jour. » (p. 267)

 La vie universitaire lui apportera quelques brèves consolations bien que là aussi, les conflits passionnés grèvent souvent sa tranquillité… William est un homme faible qui cherche seulement à s'abstraire d'une réalité inadaptée pour connaître quelques fulgurances libératrices. 

 Stoner nous offre le portrait émouvant d’un homme passionné pour qui la littérature sera le dernier espoir…  

Ce que j’ai moins aimé :

 Les passages dédiés à la littérature pure sont plutôt rares, même si la passion de cet homme pour son domaine demeure en filigrane tout au long du roman.

 

 Premières phrases :

 « William Stoner est entré à l’université du Missouri en 1910. Il avait dix-neuf ans. Huit ans plus tard, alors que la Première Guerre Mondiale faisait rage, il obtient son doctorat et accepte un poste d’assistant dans cette même université où il continuera d’enseigner jusqu’à sa mort en 1956. »

 

Vous aimerez aussi :

 L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet de Reif LARSEN

 

D’autres avis :

 Presse : Télérama  Sur le site du Dilettante

 Blog : Papillon Antigone Kathel Théoma Nico

  

Stoner, John Williams, traduit de l’anglais (EU) par Anne Gavalda, Le Dilettante, août 2011, 384 p., 25 euros

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Du haut de la montagne, une longue descente de Dave EGGERS

Publié le par Hélène

du haut de la montagne

  

  L’auteur :

 Dave Eggers est un écrivain américain. Il est aussi fondateur du magazine littéraire The Believer et la maison d'édition McSweeney's. Sa femme Vendela Vida est rédactrice en chef du The Believer.


Il a écrit 3 livres populaires : A Heartbreaking Work of Staggering Genius (Une oeuvre déchirante d’un génie renversant) (Éditions Balland, Paris, 2001), You Shall Know Our Velocity(Suive qui peut ), How We Are Hungry (Pourquoi nous avons faim), et What Is the What: The Autobiography of Valentino Achak Deng (Le Grand Quoi : Autobiographie de Valentino Achak Deng).

Il vit à San Francisco Bay Area avec sa femme et leurs deux enfants.

Dave Eggers et Vendela Vida sont les scénaristes de Away We Go, film de Sam Mendes, sorti en 2009. (Source : Babélio)

  L’histoire :

Un groupe de randonneurs s’apprête à attaquer l’ascension du Kilimandjaro. Cinq Américains accompagnés d’un guide et d’une trentaine de porteurs. Rita, Shelly, Grant, Mike, et Jerry veulent se prouver à eux-mêmes ou au reste du monde, qu’ils sont capables de grimper jusqu’au sommet mythique de l’Afrique. Ils ne tardent pas à se rendre compte que la randonnée est loin d’être une partie de plaisir.  Dave Eggers, auteur du Grand Quoi (prix Médicis étranger 2009) signe une nouvelle haletante, dans laquelle l’angoisse et l’absurdité des hommes croissent à mesure que le sommet approche. (Présentation de l’éditeur)

  Mon avis :

Ce récit aurait peut-être gagné à être plus long : il souffre ici de défauts liés pour certains à sa brieveté : l'ascension manque de suspens, l'ensemble manque également de descriptions -et pourtant il me semble que l'ascension d'une montagne comme le Kilimandjaro, même sous la pluie, est sujet à descriptions -, et enfin la fin est décevante, comme s'il avait fallu conclure à tout prix. Reste une sensation d'inachevé, de superficialité, liée aussi au fait que les personnages sont assez sommairement décrits et cernés psychologiquement parlant. 

Une petite déception pour ce récit qui semblait pourtant très prometteur...

Kilimandjaro.jpg
Premières phrases :

« Elle est sur son lit, sur son lit, Rita est sur son lit, les yeux au plafond, dans une chambre tellement bruyante, à une heure tellement matinale, en Tanzanie. Elle est à Moshi. Elle est arrivée la nuit dernière, dans une Jeep conduite par un homme du nom de Godwill. La lumière est éclatante au matin alors que la nuit a été follement, incroyablement noire. »

 

Du haut de la montagne, une longue descente, Dave Eggers, traduit de l’américain par Laurence Viallet, Folio, 97 p., 2 euros

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Le lanceur de couteaux de Steven MILLHAUSER

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  « A l’orée du merveilleux »

  

L’auteur :

Steven Millhauser est un nouvelliste et romancier américain. Son écriture poétique, explorant les frontières entre rêve et réalité, lui a valu à plusieurs reprises les louanges de la critique. Ainsi, il obtient le prix Médicis étranger en 1975 pour 'La Vie trop brève d'Edwin Mulhouse' et le Prix Pullitzer en 1997 pour 'Martin Dressler ou Le roman d'un rêveur américain'. Son univers merveilleux teinté de fantastique est souvent comparé à celui de Franz Kafka, Thomas Mann, Edgar Poe ou encore à celui d'Italo Calvino. Il vit aujourd'hui à Saratoga Springs (État de New York) et enseigne l'anglais au Skidmore College.

 

L’histoire :

 Un lanceur de couteaux transgressant les limites de son art, un homme marié à une grenouille, un enfant virtuose du tapis volant…

Dans ces douze nouvelles mêlant la fable métaphysique et le récit d’aventure, l’auteur de Nuit enchantée entraîne le lecteur dans une visite fascinante et dérangeante de notre quotidien et de notre imaginaire. On retrouve ici ses thèmes favoris : l’artiste dévoré par son oeuvre pour avoir recherché la perfection ; l’enfance de plain-pied avec le surnaturel, le monde de la nuit et du songe ; le rêve américain, sa promesse du « tout est possible », ses échecs cruels ; l’irrésistible et dangereux attrait d’un envers du réel, un monde de ténèbres accessible aux seuls audacieux.


L’écriture est comme toujours magistrale : acérée, précise et poétique à la fois, d’une grande musicalité. Avec son univers très particulier où réalité et imaginaire s’interpénètrent et se confondent, Millhauser demeure un virtuose du rêve éveillé. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 Steven Millhauser nous entraîne dans un univers nimbé d’une lumière oscillant entre chien et loup, à cette heure improbable où les limites se brouillent et où les esprits se perdent dans des limbes mystérieux. A ce moment-là, les femmes parfaites se transforment en grenouille, les enfants jouent sur des tapis volants, des nymphes apparaissent, des sociétés secrètes s’organisent, les contours entre vérité et illusion se brouillent pour laisser la place à un monde étrange et étranger. Les nouvelles sont comme en suspens dans l’air et dans la littérature, et doucement, elles  mènent vers des réflexions fondamentales sur le monde réel qui nous inonde et nous empêche bien souvent de  nous arrêter pour faire le point sur notre vision de l’univers.

 « Je suggère que les filles se rassemblent la nuit non pas pour observer quelque rite banal et titillant, procéder clandestinement à un acte qu’il serait aisé de mettre au jour, mais dans le simple but de se retirer du monde et de jouir du silence. Les membres de cette société désirent être inaccessibles. Elles désirent éviter notre regard, se soustraire aux investigations – elles désirent, par-dessus-tout, qu’on ne sache pas qui elles sont. Dans un monde que la compréhension rend étouffant, où pèsent les explications, les intuitions et l’amour, les membres de cette société du silence ressentent une ardente envie d’échapper à toute définition, de demeurer mystérieuses et insaisissables. » (p. 72)

 Servies par un style serti, ces nouvelles rompent avec les textes traditionnels et élèvent notre âme vers des régions insoupçonnées…

 « Alors que nous pressons le pas sur le trottoir, nous éprouvons la sensation absurde d’avoir à l’instant même pénétré dans un autre rayon encore, composé d’un ingénieux simulacre de rues extrêmement ressemblantes, où jouent artistement les ombres et les reflets – que nous sommes en route pour un recoin lointain de ce même rayon – que nous sommes éternellement condamnés à traverser à la hâte ces halls artificiels, tout illuminés par cette lumière de fin d’après-midi, à la recherche d’une issue. » (p. 190)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Les nouvelles descriptives sur le grand magasin ou le parc d’attractions.

 

Premières phrases :

 « Lorsque nous apprîmes que Hensch, le lanceur de couteaux, s’arrêterait dans notre ville pour une unique représentation le samedi soir à huit heures, nous fûmes pris d’hésitation, incertains de nos sentiments. »

 

Vous aimerez aussi :

 Sur les jantes de Thomas MCGUANE 

 

D’autres avis :

 Blogs : Jostein ;  Yves ; Clara ;  Cuné

Presse : L’express ; Libération  

Lire avec intérêt l’étude de Nathalie Cochoy « The knife thrower ant other stories : l’écriture au couteau » dans Etudes anglaises 2003/4 tome 53 http://www.cairn.info/revue-etudes-anglaises-2003-4-page-467.htm

 

Merci aux Editions Albin Michel pour cette belle découverte.

 

Le lanceur de couteaux et autres nouvelles, Steven Millhauser, traduit de l’anglais (EU) par Marc Chénetier, Albin Michel, 2012, 304 p., 22 euros

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Texasville de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

                                             texasville

 ♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

LARRY McMURTRY est né en 1936, au Texas. Il publie son premier roman à l’âge de 25 ans. Suivront plusieurs best-sellers dont six ont été adaptés à l’écran – notamment La dernière séance réalisé par Peter Bogdanovich et Tendres passions de James L. Brooks. Auteur de nombreux scénarios, il a reçu un Oscar pour Brokeback Mountain. Son roman Lonesome Dove a obtenu le prix Pulitzer en 1986 avant d’être adapté pour la télévision. Larry McMurtry vit à Archer City, au Texas, où il a ouvert une des plus grandes librairies indépendantes des États-Unis.

 

L’histoire :

 

Entre crise du pétrole et crise de nerfs, il ne reste plus une seule personne saine d'esprit dans la petite ville de Thalia où Duane aborde difficilement son passage à la cinquantaine. Il jongle entre une femme insolente, quelques maîtresses blasées, des enfants timbrés, un chien stupide, douze millions de dollars de dette et un jacuzzi. Mais entre deux frasques, les habitants sont pris d'une nouvelle lubie: fêter le centenaire de la ville. Tout ce petit monde verse alors un peu plus dans la folie...

Après La dernière séance, Larry McMurtry renoue avec ses personnages aussi loufoques qu'attachants. Cette comédie humaine hilarante est un portrait sans détour de l'Amérique contemporaine ! (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Duane est un être perdu, qui aime flirter, avec des femmes, mais aussi avec une forme de déprime confortable qui émane de sa vie qui lui échappe. Doté d’une famille atypique, d’une femme qu’il ne saisit pas toujours très bien, d’une maîtresse qui finit par le lasser, d’un fils beau comme un Dieu qui lui vole ses potentielles conquêtes, de deux jumeaux tonitruants, et d’une fille qui se marie aussi vite que son ombre, il essaie de vivre le plus harmonieusement possible alors que son entreprise fait faillite.  Il aime à tel point sa famille qu’il aimerait construire deux maisons, « une pour nous, et une autre, à plusieurs kilomètres de distance, pour les enfants et les petits-enfants. » (p. 87)

 

Quand la belle Jacy, son amour de jeunesse, revient dans la région, il se retrouve totalement désemparé.  Mais c’est de sa femme Karla dont s’est entichée Jacy. Et Duane reste seul avec ses dettes, des collègues dépassés qui s’amusent à tirer sur des grenouilles plutôt que de travailler à creuser sa faillite et une fête du centenaire de la ville à organiser...

 

L'humour percutant fait toujours mouche dans ce roman qui installe confortablement son lecteur dans la petite bourgade, l'assimilant rapidement à l'un de ses habitants. Si bien que quand les dernières pages se profilent, il est comme orphelin, attristé à l'idée de devoir quitter tout ce petit monde si attachant.

 

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Un peu long.

 

Premières phrases :

 

« Assis dans son jacuzzi, Duane tirait au .44 magnum sur la niche qu’il venait d’offrir : un édifice en rondins à deux étages censé reproduire un fortin du temps de la conquête de l’Ouest. Il l’avait achetée avec Karla dans une foire à Fort Worth, un jour où ils s’ennuyaient tous les deux. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La dernière séance , Lonesome Dove

 

D’autres avis :

 

Presse : Le point   

Blog : Keisha

 

Texasville, Larry McMurtry, Traduit de l’américain par Josette Chicheportiche, Gallmeister, Totem, janvier 2012, 554 p., 11 euros

 

Merci à Marie-Anne des Editions Gallmeister...

 

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Sur les jantes de Thomas MCGUANE

Publié le par Hélène

                                              sur les jantes

          

    ♥ ♥

 « Chacun doit savoir réexaminer sa vie et se demander quelles grosses erreurs il a commises. » (p. 397)

      

L’auteur :

 

Thomas McGuane est né de parents irlandais catholiques qui avaient déménagé du Massachusetts vers le Midwest. Son éducation primaire comprend des études à la Cranbrook Kingswood School, dont il obtient le diplôme en 1958, mais aussi le travail dans un ranch du Wyoming, la pêche et la chasse un peu partout.

 

Il commence à se consacrer sérieusement à l’écriture vers l’âge de 16 ans. Il étudie à la Michigan State University, où il rencontre son ami de longue date, Jim Harrison. À l’université Yale, il étudie l’écriture théâtrale et dramatique, et une bourse de la Wallace Stegner Fellowship pour l’université Stanford (1966-67) lui fournit le temps et les ressources pour finir son premier roman publié, The Sporting Club.

 

Il vit maintenant dans le Montana avec sa femme Laurie, dans un ranch situé au pied des montagnes Absaroka. Il y élève du bétail, ainsi que des chevaux de ranch, de course et de rodéo. Il a, par ailleurs, été trois années consécutives champion de rodéo du Montana.

Après de nombreuses expériences d'écriture pour Hollywood (The Missouri Breaks, Rancho Deluxe, Tom Horn...), McGuane a abandonné toute collaboration avec le cinéma pour se consacrer à la littérature. Ses principaux textes parus en France sont L'homme qui avait perdu son nom, Rien que du ciel bleu et La source chaude. (Source Babélio)

 

L’histoire :

 

Médecin à Livingston, une petite ville du Montana, Berl Pickett aurait pu mener une vie sans histoire. C'était compter sans les rencontres mémorables et les nombreux écueils qui ont marqué son existence. Poursuivi par la calomnie et abandonné de presque tous ses proches, il se voit contraint de renouer avec son activité antérieure de peintre en bâtiment. Son temps, désormais plus libre, lui laisse tout loisir de se remémorer les événements qui ont rythmé son passage à l'âge adulte.

 

Ce que j’ai aimé :

 

Berl est un être errant, éternel adolescent romantique et idéaliste, qui n’a pas encore tout à fait coupé les liens du cordon ombilical et qui se laisse porter par le rythme lancinant de l’univers. Il ne cherche pas à aller à l’encontre des évènements, ni à leur rencontre, et souvent, quand il pense mener enfin les brides de sa vie dans la bonne direction, il se fourvoie dans des chemins de traverse. Il est un être humain qui essaie au mieux de mener sa barque dans l’immensité mouvante des évènements.

 

« Je me dis que si je pouvais revivre toutes les forces qui avaient agi sur ma vie – mes parents, ma tante nymphomane, le Dr. Olsson, mes professeurs, mes avocats, collègues, voisins, Jocelyne, même mes patients, mes rêves les plus fous, mon amour de la terre, mes érections les plus fortuites, mes tentatives d’aller à l’église, et mon travail -, par déduction, je finirais par savoir qui j’étais. J’avais volontairement laissé Jinx hors de cette liste, parce que, pour l’y inclure, il m’aurait fallu sortir de l’ombre de toutes ces choses qui me disaient ce que j’étais pour tenter d’en émerger comme un véritable être humain. » (p. 482)

 

Les seuls moments de pause et de rédemption sont ceux passés au cœur d’une nature sauvage qui ne réclame rien. Ces pages sont l’occasion de descriptions des paysages lyriques magnifiques, qui contrastent avec le monde étriqué de cette petite ville de province dans laquelle tout le monde juge, espionne, se trompe.

 

Un beau roman sur la recherche de soi et le passage à la maturité.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-         Les errances psychologiques du narrateur, appelant à lui de multiples souvenirs, digressions, créent une œuvre longue, lente, à laquelle il faut s’accrocher pour espérer toucher à sa fin.

 

Premières phrases :

 

« Je suis Berl Pickett, le Dr. Berl Pickett. Mais je signe chèques et documents « I.B. Pickett », et il faut sans doute que je m’explique. Ma mère, une femme énergique qu’il en fut, ardente patriote et chrétienne évangélique, choisit mes prénoms en l’honneur du compositeur de God Bless America. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La source chaude

Autre : Mr.Peanut d’Adam ROSS 

  

D’autres avis :

 

Presse : le Monde , Les Echos 

  

Sur les jantes, Thomas MCGUANE, Traduit de l’anglais (EU) par Marc Amfreville, Christian Bourgois Editeur, 2012, 494 p., 23 euros

 

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Un été sans les hommes de Siri HUSTVEDT

Publié le par Hélène

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♥ ♥

  

L’auteur :

 

Siri Hustvedt est née de parents immigrés norvégiens. Poétesse, essayiste et romancière reconnue, elle est diplômée (PhD) en Littérature Anglaise de l'Université de Columbia.

Le 23 février 1981, Siri Hustvedt se rend à une séance de lecture de poésie, à laquelle assiste aussi Paul Auster. Le coup de foudre est réciproque, elle épousera l'écrivain l'année suivante. Ils vivent à Brooklyn, New-York, et ont une fille, Sophie Auster.

 

Ses œuvres sont traduites dans seize langues à ce jour. En France les écrits de Siri Hustvedt sont traduits par Christine Le Bœuf et publiés chez Actes Sud.

 

L’histoire :


Incapable de supporter plus longtemps la liaison que son mari, Boris, neuroscientifique de renom, entretient avec une femme plus jeune qu'elle, Mia, poétesse de son état, décide de quitter New York pour se réfugier auprès de sa mère qui a, depuis la mort de son mari, pris ses quartiers dans une maison de retraite du Minnesota. En même temps que la jubilatoire résilience dont fait preuve le petit groupe de pétillantes veuves octogénaires qui entoure sa mère, Mia va découvrir la confusion des sentiments et les rivalités à l'oeuvre chez les sept adolescentes qu'elle a accepté d'initier à la poésie le temps d'un été, tout en nouant une amitié sincère avec Lola, jeune mère délaissée par un mari colérique et instable... Parcours en forme de "lecture de soi" d'une femme à un tournant de son existence et confrontée aux âges successifs de la vie à travers quelques personnages féminins inoubliables, ce roman aussi solaire que plaisamment subversif dresse le portrait attachant d'une humanité fragile mais se réinventant sans cesse. (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le personnage de Mia est attachant, elle a ce côté enfant des personnes déprimées, ne demandant qu’à être écoutée, câlinée, aimée. L’abandonner serait faire preuve de trop de cruauté, si bien qu’on l’écoute chanter sa renaissance au sein de ces groupes atypiques de femmes.

 

« Mais avant d’en arriver là, je veux vous dire, Gentil Lecteur, que si vous êtes ici avec moi maintenant, sur cette page, je veux dire : si vous avez atteint ce paragraphe, si vous n’avez pas renoncé, ne m’avez pas envoyée, moi, Mia, valdinguer à l’autre bout de la pièce ou même si vous l’avez fait, mais vous êtes demandé s’il ne se pourrait pas que quelque chose se passe bientôt et m’avez reprise et êtes encore en train de lire, je voudrais tendre les bras vers vous et prendre votre visage à deux mains et vous couvrir de baisers, des baisers sur vos joues et sur votre menton et partout sur votre front et un sur l’arête de votre nez (de forme variable), parce que je suis à vous, tout à vous.

Je voulais juste que vous le sachiez. » (p. 112)

 

Et elle nous entraîne dans un monde profond, intellectuel et lumineux, un monde introspectif à la puissance dévastatrice qui illumine aussi bien le couple que notre société patriarcale, que les relations entre un livre et son lecteur.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je n’ai pas fusionné avec ce roman comme d’autres blogueuses, j’ai passé certains passages trop psychologiques à mon goût. Il faut dire que je n’ai pas un goût prononcé pour l’introspection poussée à outrance dans les romans...

 

Vous aimerez aussi :

 

Les femmes du braconnier de Claude PUJADE-RENAUD

 

D’autres avis :

 

Blogs : Cathulu , Cuné  Stéphie , Clara l, Keisha 

Presse : Télérama , interview dans Madame Figaro  Le Magazine Littéraire , Le point 

 

Un été sans les hommes, Siri HUSTVEDT, traduit de l’américain par Christine LE BŒUF, Actes sud, mai 2011, 215 p., 18 euros

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L’extravagant voyage du jeune et prodigieux T. S. Spivet de Reif LARSEN

Publié le par Hélène

extravagant voyage

♥ ♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

 Reif Larsen a étudie à Brown University et enseigne actuellement à Columbia University, où il termine sa maîtrise en Fiction.

Il est également cinéaste et a réalisé de documentaires aux États-Unis, Royaume-Uni et en Afrique subsaharienne sur les étudiants qui travaillent dans le domaine des arts.
Il vit à Brooklyn.

 

L’histoire :

 T.S. Spivet est un enfant prodige de douze ans, passionné par la cartographie et les illustrations scientifiques. Un jour, il reçoit un appel inattendu du musée Smithsonian lui annonçant qu'il a reçu le très prestigieux prix Baird et qu'il est invité à venir faire un discours. A l'insu de tous, il décide alors de traverser les Etats-Unis dans un train de marchandises pour rejoindre Washington DC... Mais là-bas personne ne se doute qu'il n'est qu'un enfant. Muni d'un télescope, de quatre compas et des Mémoires de son arrière-arrière-grand-mère, T.S. entreprend un voyage initiatique qui lui permettra peut-être enfin de comprendre comment marche le monde... Notes, cartes et dessins se mêlent au récit avec un humour et une fantaisie irrésistibles. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

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        La première particularité de ce roman tient dans sa présentation : en parallèle du texte du jeune TS qui narre ses aventures rocambolesques, de multiples illustrations, réflexions, notes dignes des meilleurs carnets de scientifique…

 

 -          Cette famille est totalement atypique : en son centre TS qui passe son temps à tracer des cartes, des schémas, pour ordonner l’univers et brider sans doute des sentiments qu’il ne souhaite pas mettre à nu.

 

 « Qu’est ce qui faisait un adulte ? On est un vrai adulte si :

  1. On est toujours fatigué.
  2. On n’a pas hâte que ce soit Noël.
  3. On a très peur de perdre la mémoire.
  4. On travaille dur toute la semaine.
  5. On porte des lunettes de vue autour du cou et on oublie toujours qu’on porte des lunettes de vue autour du cou.
  6. On prononce les mots : « Je me rappelle quand tu étais grand comme ça » et on secoue la tête en faisant une UA-1, UA-24, UA-41, qu’on peut traduire grossièrement par « je suis très triste parce que je suis déjà vieux et que je ne suis toujours pas heureux. »
  7. On paie des impôts et on aime bien s’énerver avec d’autres adultes en se demandant « ce qu’ils peuvent bien faire avec tout le fric qu’on leur file. »
  8. On aime boire de l’alcool tous les soirs seul devant la télévision.
  9. On se méfie des enfants et de ce qu’ils peuvent avoir derrière la tête.
  10. On ne se réjouit de rien. » (p. 325)
  11.  

 Sa jeune sœur Gracie « une femme formidable » est liée très tendrement à TS, la mère est  « une entomologiste saugrenue qui cherchait depuis vingt ans une espèce fantôme de coléoptère –la cicindèle vampire, Cicindela nosferatie – dont elle-même doutait qu’elle existât vraiment » (p. 21), une mère aux conseils d’ailleurs souvent très judicieux…

 

 « « La prochaine fois qu’Angela Ashworth te dit quelque chose comme ça, réponds-lui que ce n’est pas parce que sa condition de petite fille dans une société qui fait peser sur ses semblables une pression démesurée afin qu’elles se conforment à certains critères physiques, émotionnels et idéologiques – pour la plupart injustifiés, malsains et tenaces – lui ôte toute confiance en elle qu’elle doit reporter sa haine injustifiée d’elle-même sur un gentil garçon comme toi. Tu fais peut-être intrinséquement partie du problème, mais ça ne veut pas dire que tu n’es pas un gentil garçon avec de bonnes manières, et ça ne veut absolument pas dire que tu as le sida.

-          Je suis pas sûr de pouvoir tout me rappeler, avait répondu Layton.

-          Alors, dis à Angela que sa mère est une grosse plouc alcoolique de Butte.

-          OK. » Avait dit Layton. » (p. 49)

 

Le père quant à lui est un  « dresseur silencieux et maussade de jeunes mustangs fougueux, c’était le genre d’homme à entrer dans une pièce et à marmonner quelque chose comme : « On peut pas couillonner une sauterelle » puis à partir sans autre explication, un cow-boy dans l’âme, visiblement né cent ans trop tard. » (p. 21)

 

 Et au-dessus de ce joyeux petit monde plane Layton, le frère disparu dont la perte marque profondément le jeune TS.  Ils sont tous farfelus, drôles et émouvants, marqués par cet univers scientifique sans doute hérité d’Emma, l’arrière-arrière-grand-mère de TS, l’une des premières femmes géologue de tout le pays.

 

Le jeune TS découvre son histoire dans un des carnets de sa mère et ce récit enchâssé rythme son voyage vers la capitale. 

 

 Ce roman fourmille de surcroît de réflexions éclairées sur divers sujets rythmées par les rencontres du jeune TS :

 

 « « Mais ce que je voudrais savoir, c’est comment on peut mettre toute sa foi dans un seul texte qui n’a jamais été révisé ni amélioré. Un texte est évolutif par nature. (…) Mais à mes yeux, on ne peut faire plus grand honneur à un texte qu’en le reprenant, en réexaminant son contenu et en se demandant : « Ceci est-il toujours vrai ? » Lire un livre puis l’oublier n’a aucun intérêt. Mais lire un livre et le relire, ce qu’on ne fait qu’avec les grands livres, c’est montrer qu’on a foi dans le processus d’évolution. » (p. 213)

 

 L’arrivée à Washington nous plonge dans un tout autre monde, bien loin du Montana et du ranch protecteur, le jeune TS est aux prises avec des adultes attirés par l’argent et le pouvoir bien plus que par l’avancée de la science.

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Rien

 

Premières phrases :

 

« Le téléphone a sonné un après-midi du mois d’août, alors que ma sœur Gracie et moi étions sur lavéranda en train d’éplucher le maïs doux dans les grands seaux en fer-blanc. Les seaux étaient criblés de petites marques de crocs qui dataient du printemps dernier, quand Merveilleux, notre chien de ranch, avait fait une dépression et s’était mis à manger du métal. »

 

blogoclub

 

Lu dans le cadre du Blogoclub que je remercie vivement pour m'avoir permis de découvrir ce livre que je n'aurais jamais ouvert sans elles...

 

Blog : karine , Cuné , Cathulu ,Keisha

 

Presse : Le point , Les Inrocks  

 

Il semblerait qu’une adaptation se prépare  

 

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal, Nils Edition - avril 2010 -374 pages, 21 euros

POCHE :  L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hannah Pascal, Le livre de poche, juin 2011, 7.50 euros

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La dernière séance de Larry McMURTRY

Publié le par Hélène

                                                                  dernière séance

♥ ♥ ♥

 

 L’auteur :

 

LARRY McMURTRY est né en 1936, au Texas. Il publie son premier roman à l’âge de 25 ans. Suivront plusieurs best-sellers dont six ont été adaptés à l’écran – notamment La dernière séance réalisé par Peter Bogdanovich et Tendres passions de James L. Brooks. Auteur de nombreux scénarios, il a reçu un Oscar pour Brokeback Mountain. Son roman Lonesome Dove a obtenu le prix Pulitzer en 1986 avant d’être adapté pour la télévision. Larry McMurtry vit à Archer City, au Texas, où il a ouvert une des plus grandes librairies indépendantes des États-Unis.

 

L’histoire :

 

En 1951, la petite ville texane de Thalia, aux confins du désert, hésite entre un puritanisme de bon ton et la quête d'un plaisir encore tabou. Du cinéma à la salle de billard, les jeunes gens du coin jouent aux amoureux éperdus et feraient tout pour être le sujet des derniers ragots. Livrés à eux-mêmes, Duane et Sonny gagnent après le lycée de quoi animer leurs samedis soir grâce à de petits jobs sur la plate-forme pétrolière. Ils s'ennuient sec et rêvent de filles belles comme le jour qu’ils enlèveraient à leurs riches parents pour les épouser dans une épopée romanesque. Reste pour cette petite bande à découvrir que la vie n'a finalement rien d'un scénario hollywoodien.

 

Ce que j’ai aimé :

 

De la même façon que j’avais développé une addiction aux cow-boys avec Lonesome Dove, j’ai été conquise par ces jeunes gens désoeuvrés errant dans la ville comme dans leur vie sans réellement savoir que faire de leur grand corps de jeune adulte. Les personnages sont tellement attachants, leur univers tellement prenant qu’ils installent littéralement le lecteur au cœur de la ville. Larry McMurtry nous offre une peinture très juste de ces êtres qui doucement basculent dans l’âge adulte et se lassent des activités habituelles des jeunes de leurs villes. Ils sont prêts à vivre de nouvelles expériences, et même si leur audace ne les mènent pas plus loin que le Mexique, ils reviendront grandis de leur périple, comme ils mûrissent durant cette année-frontière entre l’adolescence et l’âge adulte. Grâce à leurs aînés, comme Sam Le Lion ou Geneviève,  ils apprennent les vraies valeurs et deviennent, pas après pas, des gars biens…

 

« Une fois qu’on est riche, il faut passer tout son temps à le rester, et c’est un boulot dur et ingrat. » (p. 81)

 

La suite intitulée Texasville devrait paraître en janvier 2012, c’est avec plaisir et impatience que je l’attends…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien.

  

Premières phrases :

 

« Sonny avait l’impression d’être parfois la seule créature vivante de la ville. C’était une sensation désagréable qu’il ressentait le matin de bonne heure, quand les rues sont complètement vides, comme c’était le cas par un certain samedi vers le afin du mois de novembre. La veille au soir, Sonny avait participé au dernier match de football en date du lycée de Thalia, mais ce n’était pas pour cela qu’il se sentait si bizarre et si seul. Ca venait seulement de l’atmosphère de la ville. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : Lonesome Dove de Larry McMURTRY

 

D’autres avis :

 

Blog : Keisha , Jostein

Presse : Télérama  

 

Merci à Marie-Anne LACOMA des Editions Gallmeister.

 

 La dernière séance, Larry McMURTRY, Traduit de l’américain par Simone HILLING, Gallmeister, Totem, 2011, 321 p., 9.50 euros

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Inconnu à cette adresse de Katherine KRESSMANN TAYLOR

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

 

L’auteur :

Née en 1903 à Portland (Oregon), Katherine Kressmann Taylor est issue d’une famille d’origine allemande. Elle suit des études de lettres et de journalisme, puis travaille dans le domaine de la publicité. C’est en 1938 qu’elle publie, sous le pseudonyme de Kressmann Taylor, son premier roman, Inconnu à cette adresse. Celui-ci connaît un grand retentissement. Ce succès lui permet de vivre de sa plume. Première femme nommée professeur titulaire à l’université de Gettysburg (Pennsylvanie), elle a également enseigné l’écriture romanesque, le journalisme et la littérature anglaise. Katherine Kressmann Taylor est décédée en 1997. (Source : Le livre de poche)


L’histoire :

Max et Martin vivent tous les deux en Californie et sont amis de cœur ainsi qu'associés autour du commerce de tableaux. Martin décide de revenir dans son pays d'origine, l'Allemagne, tandis que Max, juif américain, demeure en Amérique. Ils vont alors s'écrire régulièrement pour garder contact. Cette correspondance commence le 12 novembre 1932 et s'achèvera le 3 mars 1934.

 

Ce que j’ai aimé :

Inconnu à cette adresse est un petit livre court et puissant, un roman essentiel dans la littérature de cette période. Totalement accessible à tous âges, à partir de l'adolescence, il traite intelligemment de la montée du nazisme en Europe.

Le genre épistolaire apporte beaucoup à l'intérêt et à l'originalité du roman. Les lettres sont courtes, concises et plantent rapidement le décor et les interrogations des protagonistes dans ces années trente qui voient peu à peu le nazisme s'installer dans une atmosphère lourde de suspicions et de non-dits.

Un roman vivant qui économise ses mots et met admirablement en scène la stupidité inhérente au nazisme...

  

Ce que j’ai moins aimé :

- Rien.

 

Premières phrases :

« Mon cher Martin,

Te voilà de retour en Allemagne. Comme je t’envie… je n’ai pas revu ce pays depuis mes années d’étudiant, mais le charme d’Unter den Linden agit encore sur moi, tout comme la largeur de vues, la liberté intellectuelle, les discussions, la musique, la camaraderie enjouée que j’ai connues là-bas. »

 

Vous aimerez aussi :

Maus d’Art SPIEGELMAN  

 

D’autres avis :

Babélio

 

 Inconnu à cette adresse, Kressmann TAYLOR, traduit de l’anglais (américain) par Michèle LEVY-BRAM, Editions Autrement,

POCHE : Inconnu à cette adresse, Kressmann TAYLOR, traduit de l’anglais (américain) par Michèle LEVY-BRAM, Livre de poche.  

 

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Désolations de David VANN

Publié le par Hélène

                                           

 ♥ ♥

 « On peut choisir ceux avec qui l’on va passer sa vie, mais on ne peut choisir ce qu’ils deviendront. » (p. 109)

  

L’auteur :

 

DAVID VANN est né sur l'île Adak, en Alaska. Après avoir parcouru plus de 40 000 milles sur les océans, il travaille actuellement à la construction d’un catamaran avec lequel il s'apprête à effectuer un tour du monde à la voile en solitaire. Auteur de plusieurs livres, il vit en Californie où il enseigne également à l'Université de San Francisco. Sukkwan Island fut son premier roman traduit en français. Site de l'auteur

 

L’histoire :

 

Sur les rives d’un lac glaciaire au cœur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Irene se résout à l’accompagner en dépit des inexplicables maux de tête qui l’assaillent et ne lui laissent aucun répit. Entraînée malgré elle dans l’obsession de son mari, elle le voit peu à peu s’enliser dans ce projet démesuré. Leur fille Rhoda, tout à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

- Désolations nous offre tout un faisceau de réflexions sur le couple : la question du mariage, sa durée, la fidélité, l’engagement, les concessions nécessaires et aliénantes…

 

« L’attention devait être la suite logique de l’amour. Cela paraissait pourtant évident. » (p. 205)

 

Irène et Gary sont mariés depuis trente ans et les fissures commencent à devenir des gouffres entre eux, Rhoda et Jim envisagent le mariage, même si cette perspective semble effrayer Jim, quant à Mark et Karen ils vivent des expériences extrêmes peut-être pour combler un vide sous-jacent. Vient se greffer sur cette famille particulière un couple électron : Monique et Carl, deux êtres qui se laissent porter par le vent de la vie. Les choix que chacun de ces couples doit faire bouleverseront l'ordre pré-établi de leurs vies bien réglée.

 

« Nous vivons pour bâtir. C’est ce qui nous définit. C’était vrai, pensa-t-il. Imaginer quelque chose, le tourner en tous sens dans son esprit, l’arpenter encore et encore dans ses rêves, puis le rendre réel dans la vraie vie. Rien de plus satisfaisant que cela. » (p. 73)

 

 « La vraie question concernait sa vie et son but ultime. Il ne croyait pas en Dieu, il n’avait pas choisi le bon domaine pour devenir célèbre ou puissant. C’était pourtant les trois éléments indispensables : la foi, la célébrité et le pouvoir. Ils justifiaient une existence tout entière, ou du moins vous donnaient l’illusion que votre vie avait un sens. Toutes ces conneries, être un bon gars, traiter les gens correctement, passer du temps en famille, c’était de la merde parce que ce n’était pas ancré dans quelque chose de solide. Il n’existait aucune échelle de valeur universelle. Avoir des enfants semblait fonctionner pour certains, mais pas complètement. Ils mentaient parce qu’ils avaient perdu leur vie d’antan et qu’il était trop tard. Et l’argent à lui seul n’avait aucun sens. Il ne restait donc que le sexe, et l’argent pouvait y être d’un grand secours. » (p. 169)

 

 - L’expérience de Carl sommé de travailler pour gagner de quoi manger et optant pour une usine de poissons est désarmante de réalité et assez glaçante...

 

« Pour Carl, toutes les leçons de la vie s’illustraient là. (…) :

  1. Ne travaille pas avec d’autres personnes.
  2. N’exerce pas un travail manuel.
  3. Sois content de ne pas être une femme que le marché du travail.
  4. Le contrôle de qualité n’existe pas. Tous les autres termes du monde des affaires sont aussi des conneries. Le monde des affaires est le cimetière de la pensée et de la parole.
  5. Le travail ne sert qu’à gagner de l’argent. Alors trouve-toi un boulot qui aille au-delà, un boulot qui, dans l’idéal, ne te donne pas la sensation d’en être un. » (p. 190)

- Les éléments sont omni-présents dans ce roman, mais la nature est elle aussi en proie à une tempête qui rend peu accueillante cette île perdue au milieu du lac Skilak. Cette nature sauvage qui avait tant attiré Gary se révèle menaçante, déprimante, mettant à mal ses projets de construction. La pluie incessante joue aussi sur le moral vacillant d'Irène qui suit mécaniquement son mari jusqu'à ce qu'un trop plein de non-dits et de déceptions les terrassent... Loin du monde, coupé de leur entourage inquiet, isolés sur cette île, ils seront face à eux-mêmes et à leurs démons.

 

Caribou_island.jpg 

@Dominic Ryan, Caribou island 

 

 Ce que j’ai moins aimé :

 

- Pendant toute ma lecture, j’ai redouté le phénomène de la page 113 (ceux qui ont lu Sukkwan island comprendront) et plus j’avançais dans ma lecture, plus j’étais soulagée  de ne pas la rencontrer…

 

Jusqu’à ce que la fin du roman bouleverse toute l’histoire  et fasse éclater en mille morceaux les vies désolantes des protagonistes. D’un sens cette fin sauve le roman de l’ordinaire en frappant un grand coup, mais de l’autre, elle laisse un goût amer proprement désespéré au lecteur, une sensation de gâchis immense. Aucune once d’espoir dans ce roman qui entremêle dépression, vacuité des vies vouées à l’échec, mort, infidélité… Je dirais juste que pour se confronter à ce « Caribou island », il faut être prêt à affronter ses propres démons…

 

Premières phrases :

 

« Ma mère n’était pas réelle. Elle était un rêve ancien, un espoir. Elle était un lieu. Neigeux, comme ici, et froid. Une maison en bois sur une colline au-dessus d’une rivière. Une journée couverte, la vieille peinture blanche des bâtiments rendue étrangement brillante par la lumière emprisonnée, et je rentrais de l’école. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Sukkwan island 

 

D’autres avis :

 

Babélio 

 

 

Désolations, David Vann, Traduit de l’américain par Laura Derajinski, Gallmeister, 2011, 296 p., 23 euros

 

challenge 1% littéraire

 

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