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litterature amerique du nord

Wendy et Lucy de Jon RAYMOND

Publié le par Hélène

 

wendy et lucy

 ♥ ♥ ♥

  

L’auteur :

 

Jonathan Raymond est un romancier américain qui a publié de nombreuses nouvelles et en a adapté deux pour le grand écran : Wendy et Lucy et Old Joy.

  

L’histoire :

 

Les nouvelles de Jon Raymond, qui publie son premier recueil mais dont deux récits ont déjà été adaptés à l’écran, sont des fulgurances chargées de vie et d’émotion. Rien n’est aussi simple qu’il y paraît et le hasard entraîne le lecteur sur des chemins insoupçonnés. Vers l’Alaska, où Wendy, accompagnée de sa chienne Lucy, pense repartir de zéro. Dans les montagnes de l’Oregon, où deux amis, au cours d’une marche, tentent maladroitement de recréer une intimité autrefois partagée. Dans une banlieue de Portland où, pour tromper sa solitude, un homme invite à dîner les deux ouvriers mexicains qu’il a embauchés…

Directe et sensible, l’écriture de Jon Raymond saisit la profondeur d’une situation, la grâce d’un geste ou d’un regard, au-delà des apparences. Mais aussi la détermination secrète d’hommes et de femmes qui ne veulent pas céder à la fatalité.

Et c’est là toute la force de ce livre, à l’image de ses héros dérisoires et bouleversants. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Les personnages mis en scène par Jon Raymond ont tous en eux une fêlure admirablement mise à nu par la magie du récit. Ce sont des êtres à fleur de peau qu’un rien pourrait faire basculer et qui pourtant portent en eux une force salvatrice qui les retient au bord du gouffre.

 

« J’étais incapable de dire si nous étions en train de filer vers l’horizon ou de plonger droit dans le vide. » dit un des personnages de « Old Joy »

 

-          Le temps est comme suspendu entre les personnages et leurs paroles, leurs actions, comme s’ils n’étaient que des marionnettes soumises aux aléas des décisions divines ou créatrices. Ils sont souvent dans des périodes de transition, venues après ou pendant un grand changement dans leur vie et cela leur confère un halo de grâce magique.

 

- Un auteur à suivre sans nul doute... 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          J’aimerais beaucoup lire un roman écrit par Jon Raymond, je pense que le potentiel est là pour l’écriture d’un grand roman…

 

Premières phrases :

 

« Le son d’une cloche.

Les vibrations s’échappaient du bol martelé pour aller s’éteindre en douceur sur les murs de la pièce. Attentif à l’amplitude des sons entrelacés, qui frémissaient et qui chantaient comme pour eux –mêmes, j’ai écouté jusqu‘à ce que le dernier tintement s’amenuise et meure, et que se taise le flot de mes pensées. Une fois le silence revenu, j’ai levé de nouveau le maillet. »

 

Vous aimerez aussi :

 

 

D’autres avis chez Cathulu

 

Merci à Carol MENVILLE des Editions Albin Michel pour cette heureuse découverte.

 

Wendy et Lucy, Jon Raymond, traduit de l’américain  par Nathalie BRU, Albin Michel, Terres d’Amérique, octobre 2010, 284 p., 22 euros

  

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Le club Jane Austen de Karen Joy FOWLER

Publié le par Hélène

                                                club jane austen

♥ ♥ 

"Ce qui compte, c'est la simple habitude d'apprendre à aimer." (Jane Austen)

 

L’auteur :

 

Karen Joy Fowler est une écrivain américaine.

 

L’histoire :

 

La Californie, par un été caniculaire. Les grandes et les petites histoires d'un club singulier qui compte six membres. Soit un pour chaque livre de Jane Austen. Car, comme d'autres jouent au bridge, cinq femmes et un homme se rencontrent régulièrement autour de l'oeuvre de la plus grande romancière anglaise.  

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le prétexte du club de lecture offre une structure au roman : une réunion a lieu tour à tour chez un membre du comité de lecture pour parler d’un roman précis de Jane Austen. Ce chapitre est alors l’occasion de découvrir le passé de celui qui accueille les autres, par des flashbacks sur certaines parties de sa vie.

 

-          L’étude des sentiments des personnages est fine, ils sont tous attachants et leurs histoires banales sont tout aussi passionnantes que les intrigues créées par Jane Austen.

 

« Chacun était un monde en soi, minuscule mais complet » dit un des personnages en parlant des petites nappes d’eau (p.273), mais cette réflexion pourrait aussi s’appliquer aux personnages de ce roman.

 

Ils sont tous confrontés à la difficulté d'aimer et à ses corollaires.

 

-          C’est un roman plutôt optimiste, au ton gai, denrée rare de nos jours. Une clarté crépusculaire émane de ces pages, et éclaire ensuite notre quotidien d’un halo romanesque…

 

-          La fin est agrémentée d’un « guide du lecteur » : l’auteur répertorie d’abord les romans de Jane Austen en y adjoignant un bref résumé, puis elle retranscrit les réactions de la famille et des critiques littéraires ou écrivains et personnalités célèbres à la lecture des romans de Jane Austen, et enfin elle propose des questions pouvant être posées dans une discussion ayant pour objet son propre roman. Parmi celles-ci :

 

« Vous arrive-t-il de souhaiter que votre partenaire ait été écrit par un autre écrivain, que son dialogue soit meilleur, et sa manière de souffrir plus attrayante ? Quel écrivain choisiriez-vous ? » (p.333)

 

A méditer…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Les personnages sont seulement croqués  dans un instant de leur vie, on aimerait en connaître quelquefois davantage sur eux.

 

Premières phrases :

 

« Chacun de nous possède sa propre Jane Austen.

Celle de Jocelyn a écrit de merveilleux romans sur l’amour et l’art de faire la cour, mais ne s’est jamais mariée. C’est elle qui a eu l’idée du club et c’est elle qui a choisi les membres. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Le goût des pépins de pomme de Katharina HAGENA

 

Le club Jane Austen, Karen Joy FOWLER, traduit de l’anglais (EU) par Sylvie DOIZELET, Quai Voltaire,

 

Je remercie Caoline CHABOT des éditions de la Table Ronde pour cetet charmante immersion dans l'univers des sentiments...

 

D'autres avis chez : Allie, Karine,Manu...

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Un autre monde de Barbara KINGSOLVER

Publié le par Hélène

un autre monde

  ♥ ♥ ♥

 Orange Prize 2010

   

L’auteur :

 

Barbara Kingsolver est une écrivaine américaine. Elle publie son premier roman en 1996 : L’arbre aux  haricots.

 

L’histoire :

 

"Il y a, en chacun de nous, un autre monde. La chose la plus importante est toujours celle que l'on ne connaît pas."

Un autre monde raconte l'histoire de Harrison William Shepherd, un personnage inoubliable, dont la recherche d'identité plonge le lecteur au coeur des événements les plus tumultueux du XXe siècle.

Barbara Kingsolver nous entraîne dans un voyage épique, de la ville de Mexico des années 30 - où le lecteur rencontre Frida Kahlo, Diego Rivera et Trotsky, leader politique en exil - à l'Amérique de Roosevelt et J. Edgar Hoover, en plein maccarthysme.

Avec des personnages profondément attachants, souvent émouvants, un vrai sens de la description des lieux et une analyse juste et intelligente de la façon dont les événements historiques et l'opinion publique peuvent façonner une vie, l'auteur a créé un bouleversant portrait d'artiste et s'interroge sur l'essence même de l'art. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Pouvoir découvrir un pan de l’histoire du monde à travers la distraction d’une fiction est un délice éclairé que nous offre ici même Barbara Kingsolver. Son narrateur côtoie ainsi le célèbre couple de peintre Frida Kahlo et Diego Rivera, nous dévoilant une partie de leur histoire orageuse, entre ruptures et réconciliations incessantes. Durant son séjour chez eux, il rencontrera Trotsky et sa femme, exilés politiques réfugiés dans la maison bleue comme dans un bunker, chaque habitant redoutant l’attentat qui pourrait effacer ce leader politique trop charismatique…

 

La seconde partie du roman se situe en Amérique pendant la chasse aux communistes régie par J. Edgar Hoover. Devenu un écrivain célèbre, Harrison Shepherd devra répondre de ses accointances avec les Rivera et leur hôte provisoire.

 

-          Un autre monde est un roman riche qui abonde de sujets traités intelligemment et de phrases qui sonnent comme des proverbes ou des sentences.

 

« Voilà ce que signifie être seul : tout le monde est relié à tout le monde, les corps, vie liquide éclatante qui flotte autour de vous, partagent un seul et même cœur qui les fait se mouvoir tous ensemble. Si le requin approche ils s’échapperont tous, et vous laisseront vous faire dévorer. » (p. 245)

 

 « Une histoire c’est comme un tableau, Soli. Il n’a pas besoin de ressembler à ce que l’on voit par la fenêtre. » (p. 260)

 

« Pour moi, écrire des livres est une façon de gagner ma vie ne restant en pyjama. » (p. 506)

 

-          Sa construction est elle-même très originale : le roman est composé principalement des carnets de Shepherd, dont certains seront effacés, perdus sciemment, offrant des ellipses temporelles intrigantes, et entre ces carnets s’intercalent les commentaires de Violet Brown, secrétaire assistante de Shepherd à qui l’on doit la survivance de ces carnets. Des articles de journaux fictifs agrémentent ces écrits aux sources déjà variées.

 

Ce patchwork construit un récit vivant, ancré dans le réel, à tel point que l’on se demande en fin de lecture si cet écrivain mystérieux n’aurait pas réellement existé…

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Un peu long (664 pages quand même…)

 

Premières phrases :

 

« Au commencement étaient les hurleurs. Ils démarraient toujours leur tapage dès la première heure de l’aube, juste au moment où l’ourlet du ciel commence à blanchir. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : L’arbre aux haricots

Autre : L’été de la vie de John Maxwell COETZEE

 

Un autre monde, Barbara KINGSOLVER, traduit de l’anglais (EU) par Martine Aubert, Payot Rivages, août 2010, 664 p., 24.50 euros

 

Je remercie Solène TOULY des Editions Payot et Rivages pour cette belle découverte.

 

Zarline l’a lu également

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En attendant Babylone de Amanda BOYDEN

Publié le par Hélène

En-attendant-babylone

♥ ♥ ♥

« Nous aimons un lieu qui ne peut être sauvé par des digues. » (p. 13)

  

L’auteur :

 

Amanda Boyden est une écrivaine américaine enseignante à l’université de la Nouvelle-Orléans. Elle vit là-bas avec son mari Joseph BOYDEN, l’écrivain canadien. En attendant Babylone est son deuxième roman, le premier traduit en français.

 

L’histoire :

 

Le véritable personnage de ce roman est la ville elle-même, La Nouvelle-Orléans, vue à travers la vie d’une dizaine d’habitants d’un des quartiers populaires, Orchid Street, pendant un an. Un an avant l’ouragan Katrina.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          Le portrait vivant de ces habitants aux contours variés dynamise la narration : la famille de Fearius, jeune délinquant vendant de la drogue, le couple de retraités Roy et Cerise, la famille indienne nouvellement arrivée dans la rue, le couple étrange formé par Joe, malade, et sa femme Prancie, et enfin la famille d’Ariel, gérante d’un hôtel, et de Ed, homme dévoué à sa famille. Tous habitent dans la même rue, ils se côtoient, se jaugent, se jugent, et des  liens subtils se nouent au fil de l’année. Le récit est réaliste, la psychologie de tous ces personnages attachants est finement travaillée au sein d’une construction ample et carrée.

-          En refermant le roman, le lecteur se rend compte que c’est la ville elle-même qu’il a appris à connaître au travers de la vie des personnages évoqués. Par leur intermédiaire, Amanda Boyden rend hommage à cette ville capable du meilleur comme du pire.

 

« Si nous le souhaitons, nous pouvons vous dire qui est La Nouvelle Orléans. La Nouvelle Orléans, c’est ce vieil homme qui ne sait pas lire mais achète quand même le journal tous les jours. Il touche le visage des criminels et le grave dans sa mémoire. Et c’est cette femme à la mâchoire pendante, trop gavée pour quitter la table après le repas  du dimanche, fixant dans son assiette une meule de petits os de dinde. Et c’est aussi, toujours, l’enfant terrible, notre enfant terrible, celui qui ne rentre jamais à l’heure, celui à qui les parents ne demandent jamais d’explications. Des paroles de chanson injurieuses, une bagarre à l’épicerie du coin. Musique et violence. L’enfant raffole des deux. » (p.13)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

- Quelques longueurs peut-être, liées à la nonchalance qui rythme la vie des habitants comme celle du récit.

 

Premières phrases :

 

« Nous avons choisi La Nouvelle-Orléans.

Nous avons choisi de vivre à Uptown, sur orchid Street, dans le grand lasso du fleuve, bien que nous regardions rarement ses vastes eaux brunes tumultueuses. »

 

Vous aimerez aussi :

 

La malédiction des colombes de Louise ERDRICH

 

Je remercie Judith OTT des Editions Albin Michel pour cette immersion dans cette ville tonitruante…

 

En attendant Babylone, Amanda BOYDEN, Traduit de l’américain par Judith ROZE et Olivier COLETTE, Albin Michel, Terres d’Amérique, août 2010, 438 p., 22 euros

 

1pourcent

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Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper LEE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥ 

«Le courage, c’est savoir que tu pars battu, mais d’agir quand même sans s’arrêter. » (p. 171)

 L’auteur :

Harper LEE est une romancière américaine. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur est son unique roman, publié en 1960.

L’histoire :

A Maycomb, dans une petite ville de l’Alabama, vit la petite Scout aux côtés de son père Atticus FINCH, de son frère Jem et de leur cuisinière Calpurnia. Ils ont perdu leur mère jeune et sont élevés de façon plutôt libérale par leur père avocat. Scout va raconter comment leur vie bien rangée a basculé le jour où Atticus a choisi de défendre un noir accusé du viol d’une blanche.

 

Ce que j’ai aimé :

-          Le portrait d’un homme exceptionnel : Atticus élève seul ses enfants et tente de leur inculquer une humanité qui pour lui devrait être inhérente au genre humain. C’est un homme droit qui n’hésite pas à défendre un noir dans un contexte tourmenté, même s’il se doute que ce ne sera pas sans retombées sur sa vie et sur sa famille. Mais il voit en Tom Robinson un être humain qui mérite autant qu’un blanc son soutien.

« Tu ne comprendras jamais aucune personne tant que tu n’envisageras pas la situation de son point de vue… » (p.51)

- Un superbe roman d'initiation : Scout et son frère vont mûrir au cours de ces années, et leur passage vers l'adolescence est subtilement orchestré par ces évènements si forts.

-          Le portrait d’une époque :

L'ambiguité de ces hommes et de ces femmes qui condamnent Tom est prégnante : ils réprouvent le comportement d’Hitler envers les Juifs mais n’hésitent pas à agir de même envers les Noirs.

« Comment peut-on tellement détester Hitler si c’est pour se montrer odieux avec les gens de son pays ? » demande Scout désarmée devant le comportement de son institutrice. (p.367)

monsieur-smith-au-senat.jpg-          Un magnifique plaidoyer  pour la tolérance et la justice qui n’est pas sans rappeler le film de Franck CAPRA « Monsieur Smith au Sénat » 

 « Nous savons que tous les hommes  ne naissent pas égaux au sens où certains voudraient nous le faire croire – certains sont plus intelligents que d’autres, certains ont plus de chances parce qu’ils sont nés ainsi, certains hommes gagnent plus d’argent que d’autres, certaines femmes font de meilleurs gâteaux que d’autres-, certains sont plus doués que la moyenne.

Mais ce pays met en application l’idée que tous les hommes naissent égaux dans une institution qui fait du pauvre l’égale d’un Rockefeller, du crétin l’égal d’un Einstein, et de l’ignorant l’égal de n’importe quel directeur de lycée. Cette institution, messieurs les jurés, c’est le tribunal. » (p. 306)

Ce que j’ai moins aimé :

- C’est un roman parfait devenu à juste titre un classique…

- Mais pourquoi Harper Lee n'a-t-elle écrit qu'un seul roman ?????

 

Premières phrases :

« Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes dde na jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. »

 

Vous aimerez aussi :

  Jim Glass de Tony EARLEY

 

 Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper LEE, Editions de Fallois, janvier 2005, 345 p., 19.80 euros

POCHE : Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper LEE, Le livre de poche, août 2006, 447 p., 6.50 euros

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Féroces de Robert GOOLRICK

Publié le par Hélène

féroces 

  ♥ ♥

Un très grand roman.

 

L’auteur :

 

Robert Goolrick est un écrivain américain dont Féroces est le premier roman.

 

L’histoire :

 

Le narrateur porte un regard aiguisé sur sa famille, les Goolrick. Dans les années 50, tout le monde enviait ce couple uni qui courait les cocktails et fêtes en tous genres, toujours sophistiqués, toujours gais, toujours brillants. Leurs trois enfants semblaient eux aussi promis à un bel avenir.

Mais l’envers du décor est rarement aussi clinquant que l’endroit…

 

Ce que j’ai aimé :

 

-          La puissance de l’écriture nous emmène allègrement sur les traces de cette famille si tourbillonnante. Le récit est passionnant, envoûtant, drôle quelquefois, tragique souvent, décalé tout le temps.

-          Le narrateur entre dans le vif du sujet de façon subtile et délicate : il plante le décor, parle de lui avec sincérité, peint quelques scènes familiales pour permettre au lecteur de cerner sa famille avant de véritablement ouvrir la porte qui mène aux vérités effrayantes… Ces vérités sont alors d’autant plus puissantes qu’il ne se perd pas dans le pathos et nous livre un récit très pur de ce qu’il a vécu.

-          C’est un homme qui souffre profondément et souhaite si ce n’est panser, du moins penser ses blessures pour que d’autres souffrent moins. Un grand homme…

 

« Ce que j’achetais ce jour-là ne changea strictement rien, et j’ai passé ma vie entière à en parcourir, des kilomètres à pied, à chercher une chose ou une autre, la chose qui ferait la différence entre ce que j’étais et ce que je voulais être. […] Quelque chose qui me dirait qu’enfin je n’étais plus sans espoir, que je n’étais ni petit, ni faible, ni laid, ni pauvre […].

Quelque chose qui viendrait apaiser la terrible beauté et l’inconsolable tristesse de la vie.

Je ne l’ai jamais trouvé. Je ne cesserai jamais de la chercher. » (p. 169)

 

« Je la raconte [cette histoire] parce que j’ai dans le coeur une douleur poignante en imaginant la beauté d’une vie que je n’ai pas eue, de laquelle j’ai été exclu, et cette douleur ne s’estompe pas une seconde.

[…]

Je la raconte pour tous les garçons, pour la vie qu’ils n’ont jamais eue.

Je la raconte car je tente de croire, car je crois de tout mon cœur, que toujours demeure l’écho obstiné d’une chanson. » (p. 249)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Je dois avouer avoir quand même reçu un coup au cœur quand la « férocité » fut dévoilée. Mais une fois le temps du choc passé, je ne peux que m’incliner devant la puissance de ce texte essentiel.

-          Le titre français est mal choisi. Robert Goolrick avait intitulé ce roman : La fin du monde telle que je l’ai connue : scènes d’une vie, bien loin de ce « Féroces »…

 

Premières phrases :

 

« Mon père est mort parce qu’il buvait trop. Six ans auparavant, ma mère était morte parce qu’elle buvait trop. Il fut un temps où moi-même je buvais trop. Les chiens ne font pas des chats. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Sukkwan island de David VANN

 

 

 

Un très beau billet de La Ruelle Bleue 

 

Féroces, Robert GOOLRICK, Traduit de l’anglais (EU) par marie DE PREMONVILLE, Editions Anne Carrière, août 2010, 20.50 euros

 

 

Merci à Julia GALLET des Editions Anne Carrière pour m'avoir permis de découvrir ce très beau roman. 

 

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Sukkwan island de David VANN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ 

Un roman marquant…

 

L’auteur :

David Vann est un jeune auteur américain (je rajouterai pour avoir eu le privilège de le rencontrer « très sympathique ») né en Alaska. Sukkwan island est son premier roman traduit en français.

L’histoire :

Un père demande à son fils de l’accompagner durant un an sur une île coupée du monde, au sud de l’Alaska, peut-être pour resserrer des liens distendus par un divorce, peut-être pour ne pas être seul dans cette épopée surréaliste. Le fils accepte à contrecoeur, parce que refuser signifierait accepter une culpabilité qui pourrait devenir fatale.

Ce que j’ai aimé :

-          Les relations entre le fils et le père sont très finement évoquées : si les toutes premières pages du roman laissent supposer que les retrouvailles viriles auront effectivement lieu, la suite nous détrompe rapidement. Le fils est perdu et indécis face à ce père rapidement dépassé par les évènements et surtout rattrapé par de vieux démons. Aussi, si, au final, l’amour d’un père et d’un fils est bien au centre du roman, ce ne sera pas tout à fait de la façon prévue au départ…

-          Sukkwan Island est un roman noir, qui ne tombe néanmoins jamais dans le pathos : il reste juste, évoquant avec beaucoup de subtilité les difficultés des rapports humains

Un grand roman.

 

Ce que je n’ai pas aimé :

 

-          Ce qui constitue l’originalité et la puissance de ce roman est susceptible aussi de choquer certains lecteurs qui pourraient trouver sordide cette histoire improbable.

Premières phrases :

« On avait une Morris Mini, avec ta maman. C’était une voiture minuscule comme un wagonnet de montagnes russes et un essuie-glaces était bousillé, alors je passais tout le temps mon bras par la fenêtre pour l’actionner. Ta maman était folle des champs de moutarde à l’époque, elle voulait toujours qu’on y passe quand il faisait beau, autour de Davis. Il y avait plus de champs alors, moins de gens. C’était le cas partout dans le monde. Ainsi commence ton éducation à domicile. »

Vous aimerez aussi :

Indian creek : un hiver au coeur des Rocheuses de Pete FROMM  

Sukkwan island, David VANN, Editions Gallmeister, 2010, 192 p., 21.70 euros  

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Le ver dans la pomme de John CHEEVER

Publié le par Hélène

  

ver dans la pomme

♥ ♥ ♥ ♥

Une peinture acérée de la middle class américaine.

  

 L’auteur :

 

John CHEEVER est un écrivain américain mort en 1982. Il est un des plus grands nouvellistes américains, et a également publié des romans dont « The Wapshot chronicle » en 1957.

 

L’histoire :

 

Le ver dans la pomme est un recueil de nouvelles publiées dans The New Yorker de 1946 à 1978. Ces nouvelles s’attachent au destin de la middle class américaine en nous offrant des portraits touchants de ces hommes et femmes qui peinent à trouver leur place dans une société compartimentée.

A noter que la traduction est de Dominique Mainard.

 

Ce que j’ai aimé :

 

-       La peinture très juste de ces êtres profondément humains.  Ils cherchent tous quelque chose et eux-mêmes ne savent pas bien quoi. Pour que le vide ne les rattrape pas, ils s’agitent, courent, parlent, et fuient la simplicité d’une vie sans histoires.  

 

« Mais à observer ce charmant couple qui recevait ses amis ou lisait les livres qu’ils aimaient, on finissait par se demander si le ver n’était pas plutôt dans l’œil de l’observateur qui, par crainte ou lâcheté morale, ne pouvait supporter la longue liste de leurs bonheurs et refusait de concéder que, même si Larry ne jouait que médiocrement Bach et au football américain, son plaisir à s’adonner à l’un et à l’autre était bien réel. » (p. 145)

 

-       Les nouvelles sont magnifiquement ciselées, rondes, elles évoquent avec beaucoup de charme  « les fragrances de la vie : l’eau de la mer, la fumée du bois de sapin, les seins des femmes. » (p. 264). Les mots de l’auteur se coulent dans l’interstice des sentiments de ses personnages pour créer un univers en seulement quelques pages. Les premières nouvelles du recueil, « Un jour ordinaire », « Le jour où le cochon est tombé dans le puits », « Les enfants » ou encore « Le ver dans la pomme » sont de ce point de vue remarquables.

  

Ce que j’ai moins aimé :

 

-       Les nouvelles dans lesquelles le narrateur s’exprime à la première personne comme « Un garçon à Rome », « Mené Mené Téqel ou-Parsîn » m’ont moins plu. L’emploi du « je » m’a semblé alourdir la narration pourtant si légère dans les autres nouvelles.

 

 

Premières phrases :

 

« Un jour ordinaire

Quand Jim s’éveilla, à 7 heures, il se leva et fit le tour de toutes les fenêtres de la chambre. Il était tellement habitué au bruit et à l’agitation de la ville que, bien qu’il fût arrivé six jours plus tôt dans le New Hampshire, la beauté des matins à la campagne lui paraissait encore poignante et singulière. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Gastby la magnifique de Francis SCOTT FITZGERALD

 

Merci à Lise CHASTELOUX des Editions Folio Gallimard.

 

Le ver dans la pomme, John CHEEVER, Editions Joëlle Losfeld, mai 2008, 274 p., 23 euros

POCHE, Le ver dans la pomme, John CHEEVER, Gallimard, Folio, juin 2010, 346 p., 7.10 euros

 

TAGS : Littérature américaine - Nouvelles- Emigration

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La tendresse des loups de Stef PENNEY

Publié le par Hélène

tendresse les loups poche 

♥ ♥

 Un très bon roman d’aventures dans le grand Nord canadien.

  

L’auteur :

Stef PENNEY est écossaise, elle a écrit et réalisé deux films. La tendresse des loups est son premier roman.

 

L’histoire :

1867, Nouvelle Ecosse, à Dove River, petit village à la frontière du grand nord Laurent Jammet, un trappeur de la région, est retrouvé mort assassiné dans sa cabane. Or parallèlement, Madame Ross constate la disparition de son jeune fils de 17 ans, Francis, qui devient de fait le suspect numéro un. Elle va alors partir à sa recherche vers le Nord aux côtés de Parker, un trappeur indien entouré de mystère. Donald Moody, dépêché par la Compagnie de la baie d’Hudson part également sur ses traces.

 

Ce que j’ai aimé :

-       L’aventure avec un grand A, à la Jack London, avec des indiens, une nature intransigeante, des méchants qui ressemblent à des méchants et des gentils angéliques, mais par contre pas de loups (allez comprendre…).

-       Le mystère aiguille bien sûr la lecture : est-ce Francis qui a tué Laurent Jammet, peut-on faire confiance à sa mère qui est convaincue de son innocence, que s’est-il passé entre eux, qui le retrouvera en premier…Les mystères annexes enrichissent cette intrigue principale : un chapitre sur deux est consacré à Donald quand l’autre l’est à Madame Ross.

-       La relation ambigüe qui se noue entre Madame Ross, femme mariée, et l’indien qui l’accompagne est subtile et apporte la juste touche romantique au roman.

-       Le choc des cultures indiens / émigrés qui s’installent sur leur territoire est plutôt bien rendu.

 

Ce que j’ai moins aimé

 -       La psychologie des personnages est quelquefois un peu sommaire soit, mais l’Aventure tellement captivante efface les minces traces de défauts…

 

Premières phrases :

 « La dernière fois que j’ai vu Laurent Jammet, c’était dans la boutique de Scott et il portait un loup mort sur l’épaule. Moi, j’étais venue acheter des aiguilles, et lui, il était déjà là pour chercher la récompense. »

 

Vous aimerez aussi :

Smoke Bellew de Jack LONDON (je dois préciser que c’est le seul roman de Jack London que j’ai lu… Et je l’ai adoré, si bien que j’en ai tout un stock dans ma bibliothèque, ils attendent sagement leur tour…)

 

Un grand merci à Magali JACQUES des Editions 10/18.

 

La tendresse des loups, Stef PENNEY, Belfond, octobre 2008, 445 p., 22 euros

POCHE : La tendresse des loups, Stef PENNEY, 10/18, juin 2010, 599 p., 9.40 euros 

TAGS : Littérature américaine - Aventures - Indiens

kathel en parle aussi.

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Une année à la campagne de Sue HUBBELL

Publié le par Hélène

                             

♥ ♥ ♥ ♥

Comme le dit J.M.G LE CLEZIO dans la préface :

voici un livre complet.

   

L’auteur :

Sue Hubbell était bibliothécaire et biologiste avant de tout quitter avec son mari pour les Ozarks, une région montagneuse au sud est du Missouri. Là, loin de la société de consommation qu’ils réprouvent, ils  vivent du produit de leurs ruches. Quelques années plus tard, son mari la quittera et c’est désormais seule qu’elle évoluera dans le monde des « fervents de la vie simple ».

L’histoire :

Sue Hubbell vit depuis douze ans dans sa ferme aux abeilles quand elle commence ce récit. Elle nous fait partager une année de sa vie (d’où le titre…), saisons après saisons. 

Ce que j’ai aimé :

-       L’harmonie avec la nature : Sue Hubbell respecte et admire le monde qui l’entoure, du coyote au serpent venimeux en passant par les parasites et les moustiques. Elle nous apprend à comprendre le cercle de la nature, cercle dans lequel les humains ont un rôle particulier à jouer, puisqu’ils sont les seuls nantis d’un cerveau

« qui me permet de m’apercevoir que lorsque je manipule et modifie n’importe quelle partie du cercle, il y a des répercussions sur tout l’ensemble. » (p. 106)

 

-       L’humilité de Sue Hubbell : humilité presque socratique :

« Pendant ces douze années, j’ai appris qu’un arbre a besoin d’espace pour pousser, que les coyotes chantent près du ruisseau en janvier, que je peux enfoncer un clou dans du chêne seulement quand le bois est vert, que les abeilles en savent plus long que moi sur la fabrication du miel, que l’amour peut devenir souffrance, et qu’il y a davantage de questions que de réponses. » (p. 22)

-       L’hymne à la vie

« Nous sommes toutes deux [l’araignée tisseuse de toiles et Sue] des amalgames animés de produits chimiques communs à tous les êtres vivants : carbone, hydrogène, oxygène, azote, soufre et phosphore. Toutes deux sommes confrontées à une série de problèmes posés par notre chimie et notre sensibilité propre, entre autres comment grandir et comment gagner notre vie. Ce sont là de grandes questions et comme c’est souvent le cas avec les Grandes Questions, nous avons trouvé des réponses différentes. (…)

Vivre dans un monde où les réponses aux questions peuvent être si nombreuses et si valables, voilà ce qui me fait sortir du lit et enfiler mes bottes tous les matins. » (p. 85)

Ce que j’ai moins aimé :

-       Absolument rien.

Premières phrases :

« Le mur sud de mon chalet est occupé par trois grandes baies qui vont du sol au plafond. J’aime être assise au creux du fauteuil en cuir marron, dans le crépuscule des soirées d’hiver, à regarder les oiseaux voleter autour de la mangeoire installée en travers des fenêtres. »

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Un été prodigue de Barbara KINGSOLVER

 

Merci à Bénédicte qui fut la première à m’avoir fait découvrir ce sublime récit. Un autre avis chez Keisha, aussi enthousiaste que moi…

Une année à la campagne, Sue HUBBELL, Gallimard, Sept. 1988, 248 p.

POCHE : Une année à la campagne, Sue HUBBELL, Folio, juin 1994, 259 p., 5,60 euros   

TAGS : Littérature américaine - Nature - Solitude

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