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197 articles avec litterature amerique du nord

La perle de John STEINBECK

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥

Kino et sa femme Juana Kino, vivent au sein de la nature au bord de la côte californienne. Malheureusement, leur bébé Coyotito est mordu par un scorpion et le couple de pêcheurs n'a pas l'argent nécessaire pour le faire soigner par le médecin qui refuse de les aider. Fou de douleur, Kino repart à la chasse aux perles, dans l'espoir de faire fortune. La chance lui sourit alors, et il pêche la plus grosse perle du monde. Mais est-ce réellement une chance ?

Dans ce récit allégorique la différence de classe est prégnante : les pauvres restent pauvres, car le système le décide ainsi, et il est impossible de braver le système. Tous se liguent contre Kino pour l'empêcher de faire fortune et de réaliser ses rêves. Tous veulent le voler, le spolier, ceux qui se pensent trop faibles observent de loin. Dans cette société capitaliste, les pauvres resteront des laissés pour compte, sans aucune chance. Comme chez les animaux, les prédateurs triomphent et l'homme, attiré par les lueurs de l'argent, perd ses attributs humains pour redevenir une bête...

Mais ce gain tant convoité est-il synonyme de bonheur ? Le rêve américain est en effet ici dénoncé. La perle représente le Mal, et il faut s'en éloigner, comme il faut s'éloigner de cette société créatrice d'inégalités, de conflits de violence au sein même de l'individu. Les seuls moments calmes et sereins vécus par la famille sont ceux vécus dans la nature, en accord avec les éléments, en accord avec leurs chants intimes. En cela, Steinbeck propose une vision rousseauiste de la vie : la société pervertit les hommes.

Pour retrouver sa dignité, il faut affirmer la primauté de l'esprit comme lorsque Kino se révolte et refuse de vendre sa perle, de la brader.

John Steinbeck propose ici un récit fort, très lucide et relativement pessimiste sur la société et sur l'homme en général.

 

Présentation de l'éditeur : Folio

Du même auteur Des souris et des hommes

 

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Au bord de la terre glacée de Eowyn IVEY

Publié le par Hélène

♥ ♥

"Nous sommes complexes, brouillons, magnifiques."

En 1885, les terres d'Alaska sont encore inexplorées. Le colonel Allen Forrester décide de monter une expédition qui remonte la Wolverine River pour se rendre aux confins de cette région et la cartographier. Il s'entoure des soldats Pruitt et Tillman, d'un trappeur et de guides indiens, laissant derrière lui sa femme enceinte. Les deux époux communieront à distance en racontant dans leur journal leur quotidien. Pour le colonel, le journal est l'occasion de noter l'avancée de l'expédition, pour Sophie, il est une façon de lui raconter tout ce qu'elle vit pendant son absence.

La jeune femme ne reste pas longtemps désoeuvrée et choisit de se lancer dans l'art naissant de la photographie. Elle s'intéresse ainsi aux oiseaux qui peuplent son univers, et cherche à capter l'essence de la lumière et du mouvement à travers eux. 

"Je cherche certains jeux de lumière et d'ombre, certaines lignes brisées et un équilibre des masses qui me feraient percevoir une chose située au-delà de la raison."

Elle opte ainsi pour une certaine forme de liberté, mal vue des femmes de la société du fort, peu habituées à tant d'indépendance.

Parallèlement, son mari s'avance vers les territoires inexplorés, rencontrant les indiens qui y ont déjà élu domicile. Si les paysages sont magnifiques, ils recèlent aussi leur lot de dangers que les hommes devront braver pour mener à bien leur mission...

Ce roman d'aventures très prenant allie ainsi journal intime, correspondance entre un descendant du couple et un conservateur de musée, photographies d'époque... De fait, ces différentes sources rendent la lecture incroyablement fluide et passionnante. Les chapitres courts s'enchaînent, et le lecteur n'a de cesse de plonger dans ces univers si différents, ponctués de découvertes fascinantes. Ces découvertes ne seraient pas possibles sans l'art d'observer propres aux deux époux. Ils comprennent peu à peu l'importance de regarder ce qui les entoure pour se reconnecter à la nature et aux cultures qui les fondent. Les légendes indiennes ainsi tiennent une place importante dans leur univers, entre une jeune femme qui emporte la brume avec elle, un vieil homme qui se change en oiseau, un geai qui indique où sont les caribous, la légende des femmes qui étaient des oies, toutes ces légendes parlent d'un temps où les hommes et la nature étaient connectés, d'un temps où les hommes respectaient les signes de la nature et apprenaient à son contact sans chercher à tout prix à l'asservir.

Plus qu'un roman d'aventures, il s'agit aussi d'un roman d'amour. Tout d'abord autour de cette belle histoire d'amour et exemple de force, de volonté, entre les deux époux : alors que le colonel aurait pu sombrer dans le désespoir, dans la folie, alors que Sophie aurait pu se complaire dans sa mélancolie, l'un et l'autre bravent les éléments, la nature, le sort, pour se fabriquer leur propre destin, leur place dans le monde. Mais surtout, histoire d'amour pour ce qui nous entoure, pour le monde qui, si on sait l'écouter, a des secrets fondateurs à nous murmurer...

 

Présentation de l'éditeur : Editions 10/18

Du même auteur : La fille de l'hiver

D'autres avis : Jérôme

 

Merci à l'éditeur.

 

Au bord de la terre glacée, Eowyn Ivey, Isabelle CHAPMAN (Traducteur), 10-18, juin 2018, 544 p., 19.90 euros

 

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Demande à la poussière de John FANTE

Publié le par Hélène

"Tout le mal de par le monde n'était donc pas mauvais en soi, mais inévitable et bénéfique ; il faisait partie de cette lutte éternelle pour contenir le désert."

Dans les années 30 Arturo Bandini quitte le Colorado pour un Los Angeles idéalisé, teinté de l'auréole du rêve américain. Arturo est persuadé que la gloire l'attend après la publication de sa nouvelle "Le petit chien qui riait" dans une revue. Mais c'est une toute autre réalité qu'il va connaitre, la faim, ses privations, les rencontres de hasard avec des êtres tout aussi perdus que lui... Bandini est habitué à vivre dans ses fictions et quand il rencontre Camilla, une femme en chair et en os, il ne sait comment s'y prendre et saborde à plaisir cette relation qui, pourtant, prendra de plus en plus d'importance pour lui.

Au fil de ses déceptions et de l'aléa de l'existence, il comprend peu à peu que chaque être humain connait le même sort, prenant conscience de l'humaine condition propre à sombrer à tout moment à cause de sa fragilité pour redevenir poussière...

"Il y aura moults confusions, il y aura famine ; il y aura une solitude que seules mes larmes pourront consoler comme autant de petits oiseaux mouillés tombant soulager mes lèvres sèches. Mais il y aura aussi parfois consolation et beauté, beauté comme l'amour d'une fille disparue. Il y aura des rires, mais avec beaucoup de tenue le rire, on attendra tranquillement dans la nuit et on aura doucement peur de la nuit comme d'un prodigue et taquin baiser de mort." p.142

Un roman d'initiation aux accents autobiographiques placé sous le patronage de Charles Bukowski

"Un jour, j’ai sorti un livre, je l’ai ouvert et c’était ça. Je restais planté un moment, lisant et comme un homme qui a trouvé de l’or à la décharge publique. J’ai posé le livre sur la table, les phrases filaient facilement à travers les pages comme un courant. Chaque ligne avait sa propre énergie et était suivie d’une semblable, et la vraie substance donnait sa forme à la page, une sensation de quelque chose de sculpté dans le texte. Voilà enfin un homme qui n’avait pas peur de l’émotion.
L’humour et la douleur mélangés avec une superbe simplicité. Le début du livre était un gigantesque miracle pour moi. J’avais une carte de bibliothèque. Je sortis le livre et l’emportai dans ma chambre. Je me couchais sur mon lit et le lus. Et je compris bien avant de le terminer qu’il y avait là un homme qui avait changé l’écriture. Le livre était "Ask the Dust" et l’auteur, John Fante. Il allait toute ma vie m’influencer dans mon travail". Charles Bukowski, 1979, préface
 

Présentation de l'éditeur : 10-18

D'autres avis : Ys ;

Merci à l'éditeur

 

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Une jolie fille comme ça de Alfred HAYES

Publié le par Hélène

A Hollywood, lors d'une soirée sur la plage, un scénariste sauve de la noyade une jeune actrice en quête de reconnaissance. Commence alors une relation particulière entre ces deux êtres, cette jolie fille qui attend sagement que la gloire s'offre à elle et ce scénariste en vogue. Peu à peu les fêlures se découvrent, révélant le revers de ce monde doré. L'insatisfaction rode autour de ces êtres en quête de sens, découvrant un monde absurde, dans lequel les rêves se brisent sur une réalité brutale.

"Avions-nous gâché cette chose qui avec un peu de courage, de détermination et une honnêteté partagée aurait pu être sauvée ? "

De l'autre côté du désespoir ils ne trouvent que le désespoir et la folie...

Raymond Chandler parlait d'Hollywood dans des termes assez désabusés, comme dans cette lettre de 1946 à son éditeur new-yorkais, Albert A. Knopf, « Toute cette saloperie est inhumaine (...) la prétention, l'enthousiasme de circonstance, les beuveries continuelles, les coucheries, les discussions sordides à propos d'argent... »

En ses pages Alfred Hayes ne peut que lui donner raison...

 

Présentation de l'éditeur : Gallimard ; Folio

D'autres avis : Télérama

 

Une jolie fille comme ça, Alfred Hayes, Trad. de l'anglais et préfacé par Agnès Desarthe, Collection Folio (n° 6376), Parution : 05-10-2017, 6.60 euros

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Face au vent de Jim LYNCH

Publié le par Hélène

"Les bateaux incarnent les rêves mieux que n'importe quoi d'autre, pas vrai ?"

Josh répare les bateaux sur un chantier naval à Olympia, au coeur de la baie de Seattle, tout en multipliant les rencontres sur Internet pour le plus grand plaisir de ses collègues à qui il raconte ses expériences avortées. Son quotidien se résume à écouter les rêves inaccessibles de plaisanciers fous, sans expériences de la navigation, amoureux inconditionnels d'un bateau qui prend l'eau, et tellement fanatiques qu'ils sont prêts à tout risquer pour réparer leur bateau et s'engouffrer à nouveau vers l'aventure, quel qu'en soit le prix à payer.

La navigation a toujours été au coeur de l'univers familial de Josh puisque son grand-père dessine les voiliers, son père les construit, et sa mère, admiratrice inconditionnelle d'Einstein, utilise ses connaissances scientifiques pour calculer leur trajectoire. Ainsi, la famille participaient à des régates, Josh, son frère Bernard et sa soeur Ruby s'épaulaient pour gagner les courses, jusqu'au jour où Ruby décide d'abandonner sa carrière toute tracée pour s'engager dans l'humanitaire en Afrique. La famille se distend alors, Bernard décidant lui aussi de partir à l'autre bout du monde et Josh se consacrant à son chantier.

Aussi, quand son père se présente sur le chantier avec le projet fou de rassembler toute la famille pour une nouvelle régate, Josh reste tout d'abord sceptique.

Malgré les dissensions et la distance creusée par le temps, les sentiments familiaux ne s'évanouissent jamais. Bien des années plus tard, Josh se souvient toujours avec tendresse de ce jour où les parents étaient partis participer à une régate alors que c'était le jour de son anniversaire. Voyant sa peine, sa soeur avait convaincu Bernard de l'aider à gonfler deux cent ballons pendant que Josh dormait : "En me réveillant le jour de mon anniversaire, j'ai découvert une pièce entièrement remplie de ballons, du sol au plafond, je pouvais à peine avancer."

Pour rattraper un peu du temps perdu, Josh acceptera finalement cette ultime folle régate.

Chacun a ses forces et ses faiblesses, apportant une pierre à l'édifice fragile de la famille, mais à l'heure des épreuves, leur entraide et leur amour sans conditions les tient finalement debout sur le pont, contre vents et marées.

"Regarde autour de toi" "Les arbres, les oiseaux, les chiens, les maisons, les gens. Rien ne dure toujours !"

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister 

 

Face au vent, Jim Lynch, Gallmeister, traduit par Jean Esch, janvier 2018, 368 p., 23.20 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Six degrés de liberté de Nicolas DICKNER

Publié le par Hélène

Lisa, est une jeune fille de 15 ans qui s'ennuie passablement dans sa banlieue et aide son père à vider des maisons, espérant peut-être trouver un trésor. Un jour, dans l'une de ces maisons, Lisa découvre une chambre secrète dans laquelle quelqu'un semble avoir vécu, à l'abri du monde. Cette idée s'inscrit en elle et s'épanouit petit à petit... Son meilleur ami se nomme Eric, agoraphobe il ne sort guère de sa chambre, mais ses inventions scientifiques et ses talents en informatique occupent largement ses journées. 

Dans une autre ville, Jay policière en liberté conditionnelle s'intéresse tout à coup à un container fantôme nommé "Papa Zoulou".

Les destins de ces personnages vont se croiser au seuil de la liberté...

Ce que j'ai moins aimé :

- Ce roman est poussif, long à se mettre en place.

- La quatrième de couverture en dit trop, si bien que l'évènement mentionné est attendu tout au long de la lecture, mais il n'intervient que très tardivement...

Bilan : une déception !

 

Présentation de l'éditeur : Seuil, Points

 

Six degrés de liberté, Nicolas Dickner, Points, 2017, 309 p., 7.50 euros

Sélectionné pour le Prix du meilleur Roman Points

 

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Les furies de Lauren GROFF

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

"C'est vrai, la plupart des opéras racontent des histoires de mariage. Mais rares sont les mariages qui ressemblent à un opéra."

Lancelot et Mathilde. Leur rencontre tient du mythe : alors que Lancelot court de conquêtes en conquêtes, le soir où il croise la belle Mathilde, il sait, intuitivement, qu'il ne la quittera plus. Il lui demande immédiatement de l'épouser et la légende veut que Mathilde accepte tout aussi rapidement.

Outrée par ce mariage, la mère de Lancelot lui coupe les vivres, et le jeune homme se retrouve au pied du mur avec ses aspirations théâtrales. Il se fait acteur, puis dramaturge. Soudés dans l'adversité, le couple passe sans encombres les orages, les dépressions, les périodes de doute. Mathilde reste aux côtés de son époux, épouse modèle d'un soutien indéfectible. Et pourtant, l'image modèle qu'ils renvoient a son revers...

"Question de point de vue. Après tout, vue du soleil, l'humanité est une abstraction. La terre, un confetti qui tourne. De plus près, une ville est un point lumineux parmi d'autres ; d'un peu plus près, des bâtiments étincelants se détachaient peu à peu."

Peut-on tout savoir de l'autre, est-ce souhaitable, à quoi tient le couple ? Les fondements restent souvent fragiles, basés sur un passé mouvant. Le roman met en avant l'antithèse marquante entre le personnage lisse et prévisible de Lancelot et la personnalité tellement complexe de Mathilde alors même que les apparences portent les projecteurs sur Lancelot et laisse dans l'ombre la timide Mathilde.

"Mais elle se promit à elle-même que jamais il ne découvrirait l'étendue de ses ténèbres intérieures, que jamais elle ne montrerait le mal qui l'habitait, qu'il ne connaîtrait d'elle que la lumière et le grand amour. Et elle voulait croire qu'il en serait ainsi toute leur vie."

Alors oui le thème est couru, et chacun sait que les apparences sont trompeuses, d'autant plus sous le vernis de ceux qui veulent imposer aux autres leurs brillantes réussites, mais Lauren Groff sait jouer des codes habituels pour nous mener au coeur du couple, dans son intimité la plus profonde. Porté par un style irréprochable, doté d'un souffle romanesque admirable, Les Furies a été choisi à juste titre comme meilleur roman de 2015 par Barack Obama, et fut le succès littéraire de l’année aux États-Unis.

 

Présentation de l'éditeur : Editions de l'Olivier ; Points

D'autres avis : Télérama ; France Inter ;

Blogs : Nadège ; Papillon ; Cuné et Cathulu 

Interview de Lauren Groff Humanité

 

Livre reçu dans le cadre de l'opération Masse Critique de Babélio

tous les livres sur Babelio.com

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Dernière saison dans les Rocheuses de Shannon BURKE

Publié le par Hélène

♥ ♥

En 1820 le commerce de fourrures est pour les trappeurs le moyen de faire fortune même si les risques sont conséquents. Malgré ces risques, et pour braver les commentaires désobligeants de son père, le jeune William Wyeth s'engage auprès d'une compagnie de trappeurs. Mais la mort le frôle, l'obligeant à rester en convalescence au fort, aux côtés de la belle Alene. Néanmoins, l'instinct le poussant vers l'aventure sera le plus fort, et il n'aura de cesse de vouloir repartir. Il trouve sur sa route le fascinant Layton, capable du pire comme du meilleur et c'est à ses côtés qu'il choisit de reprendre le chemin des montagnes pour ce qui sera, peut-être, sa dernière saison dans les Rocheuses...

L'aventure court dans le sang du jeune William, et ses attentes ne sont pas déçues : rencontre avec les tribus indiennes, tempête de neige, compagnons peu fiables prêts à tout pour faire fortune, chasse au bison, les épreuves s'enchainent. Heureusement, l'amitié et l'entraide permettent au jeune homme d'avancer, envers et contre tout...

Ce que j'ai moins aimé : Bizarrement, alors que tous les "ingrédients" du roman d'aventure sont là, j'ai trouvé l'ensemble artificiel, ne parvenant pas à m'emporter vers ces contrées.

Bilan : Un roman d'aventures bien mené.

 

Présentation de l'éditeur : 10-18

Du même auteur : l'inoubliable 911

 

Dernière saison dans les Rocheuses, Shannon Burke, traduit de l'anglais (EU) par Anne-Marie Carrière, 10-18, janvier 2018, 288 p., 17.50 euros

 

Merci à l'éditeur.

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Derniers feux sur Sunset de Stewart O'NAN

Publié le par Hélène

♥♥♥

"Tel était bien le problème avec Hollywood : tout se transformait en scénario."

1937. Francis Scott Fitzgerald ne le sait pas encore mais il vit ses dernières années.

Zelda est internée et si elle espère sortir, ses crises constantes n'oeuvrent pas en ce sens... Scott a beau lui rendre visite avec ou sans Scottie, il ne peut que constater le fossé qui s'installe entre eux et les sépare irrémédiablement. Zelda vit dans un autre univers, et même si elle le surnomme encore "mon bécasseau" et que tous les deux tentent de se rassurer avec des "te souviens-tu", ils s'éloignent indubitablement l'un de l'autre. Scott part alors pour Hollywood acculé par ses dettes et ses problèmes avec l'alcool, acceptant le métier peu glorieux de scénariste à La Metro Goldwyn Mayer. Là-bas, il rencontre la jeune Sheilah Graham, journaliste au charme irrésistible !

Dans les décors en carton pâte d'Hollywood, Francis Scott Fitzgerald évolue en titubant, la plupart des projets de scénarios qu'on lui confie tombe à l'eau, il doit repartir de zéro et donner de la consistance à des intrigues et des personnages qui en sont initialement dépourvus. La plupart de ces scénarios ne sera pas tourné, à l'exception de Trois camarades. Il hante les fêtes de la ville mythique, aux côtés de ses collègues Dorothy Parker et Robert Benchley, croisant ses stars si facilement déchues, ces acteurs mythiques de l'époque, de Marlène Dietrich à Clark Gable, ou ses écrivains comme Hemingway.

Portrait d'une époque et de ce milieu des scénaristes, Derniers feux sur Sunset évoque avec brio malgré quelques longueurs "l'envers du paradis", évoquant aussi la montée du nazisme, et dressant le portrait émouvant de cet homme qui, sentant ses derniers instants venir avec ses problèmes cardiaques, s'attelle sans relâche à la rédaction de son dernier roman Le Dernier Nabab, qu'il laissera inachevé.

 

Présentation de l'éditeur : Points ; Editions de l'Olivier

D'autres avis : Télérama ; La cause littéraire

Du même auteur : Emily

 

Derniers feux sur Sunset, Stewart O'NAN, Points, août 2017, 456 p., 8 euros

 

Sélectionné pour le prix du meilleur roman Points 2018

 

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En lieu sûr de Wallace STEGNER

Publié le par Hélène

♥ ♥

Deux couples d'enseignants à l'âge de la retraite se retrouvent dans une maison en pleine forêt. Ces retrouvailles tardives sont l'occasion de revenir sur l'histoire de leur rencontre et sur les liens amicaux qui les ont unis au fil des années.

Sally, Larry, Sid et Charity se rencontrent alors qu'ils débutent leur vie de jeunes adultes, à Madison dans le Wisconsin. Sid et Charity, issus d'un milieu aisé prennent immédiatement Sally et Larry sous leur coupe. Les deux hommes sont professeurs d'université, soumis aux aléas des nominations, tous les deux écrivent conjointement, mais leur destinée littéraire ne sera pas la même. La narration est prise en charge par Larry, du haut de la galerie de cette maison qui les a accueillis si souvent, à l'heure où la mort s'invite parmi eux, il réécrit leur histoire, gommant les aspérités, pour ne laisser voir que la pureté d'une relation amicale que les années n'a pas altérée.

« Laisser notre marque sur le monde. Au lieu de cela, c’est le monde qui nous a laissé des marques. Nous avons avancé en âge. La vie s’est chargée de nous assagir, en sorte qu’aujourd’hui nous gisons dans l’attente de mourir ou marchons avec des cannes ou séjournons sur des galeries où jadis les fluides de la jeunesse circulaient  puissamment, et  nous nous sentons vieux, mal fichus et désemparés. Il m’arrive parfois d’affirmer d’un ton chagrin que nous nous sommes tous fait piéger, alors que bien évidemment piégés, nous ne le sommes pas plus que la majorité des gens. »

Faut-il nécessairement de grands drames et des disputes pour faire un grand roman ? Peut-on peindre seulement la vie qui s'écoule, cahin-caha, mais toujours illuminée par des rencontres humaines qui nous transcendent ? Là réside le talent de Wallace Stegner, figure incontournable de la littérature américaine, et couronné par de nombreux prix ; il a su capter l'essence des relations humaines dans ce roman qui sera son dernier.

 

Présentation de l'éditeur : Gallmeister

D'autres avis : Nadège ; Chinouk ; Luocine ; Dominique

Du même auteur : Le goût sucré des pommes sauvages ♥ ♥ ♥ (Nouvelles)  Lettres pour le monde sauvage ♥ ♥ ♥

 

En lieu sûr, Wallace Stegner, Gallmeister, traduit par Eric Chédaille, septembre 2017, 416 p., 11 euros

 

Merci à l'éditeur.

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