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3 articles avec litterature antilles

Gouverneurs de la rosée de Jacques ROUMAIN

Publié le par Hélène

♥ ♥ ♥ ♥

 "Nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force, tous les habitants, les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle."

Ce que j'ai aimé :

A l'ombre de sa case, la vieille Délira sent planer la misère au-dessus d'elle. Une sécheresse dévastatrice désespère les habitants affamés de son petit village de Fonds Rouge en Haïti. Délira espère juste le retour de Manuel, son fils parti à Cuba couper la canne à sucre il y a plusieurs années de cela. 

Quand Manuel revient, il ne reconnaît plus son village, enlisé dans la résignation, dans les rivalités claniques et fort de son expérience cubaine, décide de lutter contre l'enlisement ambiant, contre la sécheresse, contre la pauvreté en rassemblant les hommes :

"C'est traître la résignation ; c'est du pareil au même que le découragement. Ca vous casse les bras ; on attend les miracles de la Providence, chapelet en main, sans rien faire. On prie pour la pluie, on prie pour la récolte, on dit les oraisons des saints et des loa. Mais la Providence, laisse-moi te dire, c'est le propre vouloir du  nègre de ne pas accepter le malheur, de dompter chaque jour la mauvaise volonté de la terre, de soumettre le caprice de l'eau à ses besoins ; alors la terre l'appelle : cher maître, et l'eau appelle : cher maître, et il n'y a pas d'autre Providence que son travail d'habitant sérieux, d'autre miracle que le fruit de ses mains." 

Il part à la recherche de l'eau et rencontre en chemin la belle Anaïse, tous deux synonyme de rédemption : 

"L'eau. Son sillage ensoleillé dans la plaine ; son clapotis dans le canal du jardin, son bruissement lorsque dans sa course, elle rencontre des chevelures d'herbes ; le reflet délayé du ciel mêlé à l'image fuyante des roseaux ; les négresses remplissant à la source leurs calebasses ruisselantes et leurs cruches d'argile rouge ; le chant des lessiveuses ; les terres gorgées, les hautes récoltes mûrissantes."

Jacques Roumain clame ici un magnifique chant d'amour, amour de ses semblables, amour de son pays, amour de la lutte, amour de l'espoir qui palpite en nous.

"Ce que nous sommes ? Si c'est une question, je vais te répondre : eh bien, nous sommes ce pays et il n'est rien sans nous, rien du tout. Qui est-ce qui plante, qui est-ce qui arrose, qui est-ce qui récolte ? le café, le coton, le riz, la canne, le cacao, le maïs, les bananes, les vivres, et tous les fruits, si ce n'est pas nous, qui les fera pousser ? Et avec ça nous sommes pauvres, c'est vrai. Mais sais-tu pourquoi, frère ? A cause de notre ignorance : nous ne savons pas encore que nous sommes une force, une seule force, tous les habitants, les nègres des plaines et des mornes réunis. Un jour, quand nous aurons compris cette vérité, nous nous lèverons d'un point à l'autre du pays et nous ferons l'assemblée générale des gouverneurs de la rosée, le grand coumbite des travailleurs de la terre pour défricher la misère et planter la vie nouvelle."

Cet auteur hors du commun écrivit ce texte en 1944 :

"Président fondateur de la Ligue de la Jeunesse patriotique, Président d'honneur de la Fédération des Jeunesses haïtiennes, dirigeant du Comité de Grève qui sonna le glas de l'occupation et de la dictature de Borno, Jacques Roumain marchait à la tête de toutes les manifestations et participait à l'action directe des masses."

"Les peuples sont des arbres qui fleurissent malgré la mauvaise saison, à la belle saison notre arbre continue à vivre. Un peuple qui vient de produire un Jacques Roumain ne peut pas mourir. Roumain est une immortelle qui fertilise nos ramures par son amour universel. Tous les grands Haïtiens qui fleuriront désormais sur notre sol ne pourront pas ne pas lui devoir quelque chose." (Jacques Stéphen Alexis) 

Lisez-le !

                    

http://www.saintmarconline.com/

Ce que j'ai moins aimé :

-Rien.

Premières phrases :

"Nous mourrons tous... - et elle plonge sa main dans la poussière ; la vieille Délira Délivrance dit : nous mourrons tous : les bêtes, les plantes, les chrétiens vivants, ô Jésus-Marie la Saint Vierge ; et la poussière coule entre ses doigts. La même poussière que le vent rabat d'une haleine sèche sur le champ dévasté de petit-mil sur la haute barrière de cactus rongés de vert-de-gris, sur les arbres,ces bayahondes rouillés." 

Informations sur le livre :

Zulma 

D'autres avis :

Chez Babélio

 

Gouverneurs de la rosée, Jacques Roumain, Zulma, 2013, 224 p., 8.50 euros

Publié dans Littérature Antilles

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Le papillon et la lumière de Patrick CHAMOISEAU

Publié le par Hélène

                                     papillon.jpg

 ♥ ♥ ♥

 « C’est cela la vraie définition du courage : ne pas renoncer à vivre ce qu’on est de la manière la plus élevée, à être tout ce qu’on est de la manière la plus décente. » (p. 89)

  

L’auteur :

 Écrivain majeur de la littérature française contemporaine, prix Goncourt 1992 pour Texaco, Patrick Chamoiseau est l'auteur d'une vingtaine d’ouvrages dont Chronique des sept misères ( 1986) ou encore Les neuf consciences du Malfini (2009). (Présentation de l’éditeur)

 L’histoire :

« C'est une soirée très ordinaire, dans un coin de la ville. Les papillons sont là. Ils tourbillonnent autour des lampadaires. Comme la lune est absente, les ampoules électriques s'emparent de l’idée de lumière : ils apparaissent alors mille fois plus fascinants. Les papillons s’en exaltent, s’en approchent, et en reviennent parfois. Le plus souvent, ils s’y brûlent les ailes. L’hécatombe est massive. Des centaines de dépouilles gisent au pied des pylônes.

Les survivants tourbillonnent encore autour des lampadaires, mais ils ont les ailes plus ou moins estropiées. Rares sont ceux qui n’arborent pas quelque chose d’abîmé. Pour les papillons de nuit, l’aile délabrée est l’emblème du courage : le signe d’un début d’expérience du grand secret de la lumière. »

Un jeune papillon se tient à l’écart des réverbères et préserve sa vie. Mais il sent bien qu’une expérience fondamentale lui échappe. Il s’en ouvre à un vieux papillon, lui aussi aux ailes intactes. Ce dernier n’en est pas forcément plus heureux et semble éluder ses questions, avant de l’entraîner dans un voyage initiatique à travers la ville, dans la nuit d’abord, puis au lever du jour vers le soleil.

Ce conte philosophique, délicatement illustré par les dessins à l’encre de Chine d’Ianna Andréadis, mène le jeune papillon (et le lecteur avec lui) vers la résolution de la lancinante énigme de toute existence : quel est le sens d’une vie où l’on ne se met pas en danger ? (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Accompagner le vol de ces papillons de nuit permet d'accéder à un monde spirituel dense, riche en questionnements philosophiques incessants. Le jeune papillon ne veut pas se contenter de vivre comme les autres et risquer de se brûler les ailes aux lumières artificielles si attirantes, il préfère comprendre, réfléchir et non pas subir. Dans sa quête de la vérité, le vieux papillon va le guider, non pas en lui offrant des réponses formatées, mais en le menant vers sa propre vérité, vers son être unique et irremplaçable, vers ce qu’il est réellement. Il va le faire accoucher de lui-même comme Socrate avec ses disciples.  Et peut-être qu’alors, il pourra frôler du bout des ailes la beauté… 

papillon-deux.jpg

Patrick Chamoiseau nous offre un récit original au charme indéniable, un récit nourri d’aphorismes qui pourront mener le lecteur à son tour vers sa propre lumière… 

  « Je n’attends rien ni personne. C’est pourquoi je ne suis jamais surpris de ce qui arrive. (…) Attendre quelque chose, s’attendre à quelque chose, soupire le vieux, n’est-ce pas fermer la porte à tout ce que l’on n’attend pas : à tous les autres possibles ? » (p. 22)

 « Les croyances sont des petites traces de fortune qui permettent de conjurer l’abîme et de se donner l’impression d’avancer… » (p.24)

 « La vieillesse est le lieu de l’ultime connaissance. (…) c’est elle qui permet de de donner du sens à ce que l’on a réussi, mais aussi et surtout à tout ce que l’on a raté, tout ce que l’on a jusqu’alors été incapable d’oser, de tenter ou bien d’imaginer. C’est donc le seul moyen de vivre non pas longtemps mais…complètement. » (p. 48)

 papillon-et-lumiere.jpg

 

Ce que j’ai moins aimé :

-          Rien

 

Premières phrases :

« Chaque nuit, dans les villes, sur les routes, ensorcelés par les lumières artificielles, des millions d’insectes s’écrasent contre les ampoules brûlantes.

Parmi eux, les papillons de nuit. »

 Vous aimerez aussi :

Du même auteur : Texaco

Autre : Le poids du papillon de Erri DE LUCA

  

Le papillon et la lumière, Patrick Chamoiseau, Illustrations de Ianna Andreadis, Philippe Rey éditeur, 109 p., 15.50 euros

Publié dans Littérature Antilles

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Le cœur à rire et à pleurer, contes vrais de mon enfance de Maryse CONDE

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥

 Des contes qui éclairent l’œuvre de Maryse Condé ainsi que sa personnalité.  

 

 L’auteur :

Maryse CONDE est une écrivaine guadeloupéenne. Elle est enseignante et journaliste. Son roman le plus connu est Ségou. Elle a obtenu de nombreux prix pour ses romans qui souvent traitent des thèmes liés à l’Afrique, et à la question de l’identité noire.

L’histoire :

Maryse Condé nous livre ici quelques scènes marquantes de son enfance en Guadeloupe dans les années 50. C’est une enfant rebelle qui se dessine, une enfant qui essaie de comprendre le monde qui l’entoure mais ne possède pas encore toutes les clés.

Aussi, elle cherche souvent des réponses auprès de son frère Sandrino qui lui délivre un jour cette phrase énigmatique « Papa et Maman sont une paire d’aliénés ». Ces parents sont en effet bien plus empreints de culture occidentale que antillaise, et c’est cette culture uniquement qui est inculquée aux enfants si bien que quelques années plus tard, quand un professeur demande à Maryse un exposé sur un écrivain de son pays, elle doit encore une fois se tourner vers Sandrino pour découvrir l’écrivain en question.

Ce que j’ai aimé :

-          La question raciale qui est au cœur de ces contes : l’enfant Maryse à peine consciente de sa couleur de peau, semble perdue face à ces subtilités d’adulte. Mille petits détails lui feront comprendre son erreur. Cette éclosion de sa lucidité est décrite par touches subtiles et évocatrices.

-          Le deuxième aspect principal de ces contes concerne la famille de Maryse, et surtout ses rapports passionnels avec cette mère qu’elle aime tant, mais qui ne sait être à la hauteur de l’affection que son enfant lui porte. Cette mère qui aime répéter que Maryse n’est bonne à rien mais dont Maryse veut garder un souvenir heureux, comme celui de cette nuit qui les aura réuni pour quelques instants :

« Je glissai la main entre ses seins qui avaient allaité huit enfants, à présent inutiles, flétris, et je passai toute la nuit, elle agrippée à moi, moi roulée en boule contre son flanc, dans son odeur d’âge et d’arnica, dans sa chaleur. C’est cette étreinte-là dont je veux garde le souvenir. »

-          Enfin Maryse évoque brièvement son rapport à l’écriture, son amour pour l’imaginaire, ses « rêveries éveillées » qui l’amèneront vers le roman.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Certains chapitres m’ont moins plu que d’autres, mais l’ensemble sauve les détails…

Premières phrases :

« Si quelqu’un avait demandé à mes parents leur opinion sur la Deuxième Guerre mondiale, ils auraient répondu sans hésiter que c’était la période la plus sombre qu’ils aient jamais connue. Non pas à cause de la France coupée en deux, des camps de Drancy ou d’Auschwitz, de l’extermination de six millions de Juifs, ni de tous ces crimes contre l’humanité qui n’ont pas fini d’être payés, mais parce que pendant sept interminables années, ils avaient été privés de ce qui comptait le plus pour eux : leurs voyages en France. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Peau noire, masques blancs de Frantz FANON

 

POCHE : Le cœur à rire et à pleurer, Maryse CONDE, Pocket, juin 2002, 154 p.

  

Publié dans Littérature Antilles

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