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60 articles avec litterature asie

Une canne à pêche pour mon grand-père de GAO XINGJIAN

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

L’auteur :

 

Gao Xingjian est un écrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre français d'origine chinoise.

Gao Xingjian grandit durant les répercussions de l'invasion japonaise en Chine orientale. Sa mère éveilla très tôt l'intérêt de son fils pour les arts de la scène et l'écriture[. Il reçoit une formation de base dans les écoles de la République populaire et obtient un diplôme de français en 1962, à l'Institut des langues étrangères de Pékin.

Lors de la Révolution culturelle, il est envoyé durant six ans en camp de rééducation à la campagne et se voit forcé de brûler une valise dans laquelle il avait dissimulé plusieurs manuscrits. Il n'est autorisé à partir à l'étranger qu'après la mort de Mao, en 1979. Il se rend alors en France et en Italie. Entre 1980 et 1987, il publie des nouvelles, des essais et des pièces de théâtre mais son avant-gardisme et sa liberté de pensée lui attirent les foudres du Parti communiste chinois.

Ses théories littéraires, exposées dans Premier essai sur l'art du roman (1981) vont délibérément à l'encontre des dogmes d'État et du réalisme révolutionnaire prôné par le régime. Le caractère subversif de ses œuvres le confronte inéluctablement à la censure.

En 1987, il est contraint à l'exil et est depuis déclaré persona non grata sur le territoire chinois. Il vit en France depuis 1988, où il a obtenu l'asile politique. En 1997 il obtient la nationalité française.

Il est Chevalier des Arts et des Lettres.

 

L’histoire :

 

Souvenirs d'enfance, les bonheurs simples de l'amour et de l'amitié, le pays natal et ses lieux familiers, mais aussi les drames de la rue ou les tragédies vécues par la Chine, tels sont les thèmes de prédilection de ces six nouvelles choisies par l'auteur - avec la complicité de son traducteur. " (Quatrième de couverture)

 

Ce que j’ai aimé :

 

« Le temple » délabré est visité par un couple pendant leur voyage de noces, prétexte à une nouvelle poétique, cette période dorée de l’histoire du mariage étant mise en valeur.

« L’accident » s’attache à la suite de hasards qui réécrivent l’histoire des hommes…

« La crampe » survient brutalement pendant la nage d’un jeune homme.

« Dans un parc » se noue une conversation compliquée entre deux anciennes connaissances qui éprouvent des difficultés à communiquer et à se retrouver, le ton tournant rapidement au ressentiment.

« Une canne à pêche pour mon grand-père » : dans cette nouvelle le narrateur recherche son enfance perdue, il mène sa quête dans une nature ravagée par la modernité en se souvenant de la douceur de ses grands-parents. Hymne à l’enfance et au pouvoir du souvenir, cette nouvelle est un hommage rendu au passé.

Instantanés : simple évocation d’images faisant naître le rêve.

Des nouvelles qui permettent d’aborder l’œuvre de ce grand écrivain chinois auteur notamment de l’immense roman « La montagne de l’âme ».

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

Je n’ai rien compris à la dernière nouvelle « Instantanés »…

 

Premières phrases :

 

« Nous nagions dans un bonheur parfait, dans le désir, l’amour fou, la tendresse et le douceur du voyage de noces qui avait suivi notre mariage, bien que nous n’ayons eu qu’une quinzaine de jours de congé : dix jours accordés pour l’occasion et une semaine de congés normaux.

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur : La montagne de l'âme

Autre :  Littérature Asie de l'Est

 

Une canne à pêche pour mon grand-père, Gao Xingjian, traduit du chinois et préfacé par Noël Dutrait, Editions de l’Aube, 1997 et 2001, 7 euros

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Publié dans Littérature Asie

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Les nuits de Karachi de Maha Khan PHILLIPS

Publié le par Hélène

                                            nuits de karachi

  

Un roman ambivalent

   

L’auteur :

Maha Khan Phillips est née à Karachi en 1976. Elle est spécialiste de l’analyse des conflits internationaux, diplômée de l’Université du Kent (Canterbury). A 18 ans, elle est partie s’installer à Londres où elle est aujourd’hui journaliste spécialisée dans la finance. Elle partage son temps entre Londres, Karachi et Bordeaux (où vit sa belle-mère française). Les nuits de Karachi est son premier roman.

 

L’histoire :

Amynah Farooqui écume les soirées branchées de Karachi qu’elle chronique dans un journal people. Avec ses amies d’enfance Mumtaz et Henna, elle est le parfait symbole d’une certaine jeunesse dorée pakistanaise, à mille lieues d’une population misérable et opprimée, irrésistiblement attirée par les discours extrémistes. Lorsque les trois filles décident de réaliser un documentaire sur la violence faite aux femmes dans leur pays, le film, qui acquiert une notoriété aussi subite que surprenante, va bouleverser leur existence...

Le talent de Maha Khan Phillips éclate dans ce premier roman étincelant d’un humour noir subversif, qui dynamite l’image de soumission des femmes dans les sociétés islamiques. Rien de tel que ce cocktail Chanel, sexe et cocaïne pour comprendre la décadence qui s’est emparée d’une certaine élite dans l’un des pays les plus instables du monde. (Présentation de l’éditeur)

 

Mon avis :

Maha Khan Phillips explique en ces termes son projet : « Je me suis aussi rendue compte que j’en avais marre de cette idée selon laquelle les femmes des pays islamistes sont toutes des victimes, ou toutes impuissantes d’une certaine manière. Alors j’ai pensé qu’il serait amusant d’inverser un peu l’idée de l’exploitation, et d’avoir des personnages féminins qui aimeraient exploiter d’autres femmes, et aussi des médias crédules. (…) J’ai l’impression que la violence envers les femmes est institutionnalisée, et que la religion est un outil pour maintenir les choses comme elles sont. A moins que le Pakistan n‘arrive à gérer le problème de la violence structurelle, nous allons devoir lutter pour avancer. Parce que souvent, ce sont aussi les femmes qui non seulement en sont victimes, mais perpétuent ces violences. (…) J’ai aussi un regard très cynique sur la manière dont les histoires d’oppression des femmes sont commercialisées. » (propos recueillis pour thehungyreader.wordpress.com, septembre 2010, traduction d’Aliénor Arnould)

La réflexion sur le rôle quelquefois diabolique des médias est assez bien mise en scène au travers de jeunes femmes insouciantes qui souhaitent à la fois défendre une femme opprimée et en profiter pour gagner en notoriété avec un reportage-choc. Si ces propos n’ont rien de nouveau, ils ont le bénéfice d’éclairer une logique commerciale pouvant mener au pire.

 Le discours sur l’oppression des femmes est beaucoup plus ambivalent : cette oppression est une réalité qui est comme atténuée par l’auteur en ces pages, comme si elle était exagérée par les médias et par les femmes elles-mêmes. En présentant des jeunes femmes insouciantes, notamment Amynah, jeune femme superficielle indifférente à l’actualité de son pays, l’auteur éclaire sans doute une partie de la population pakistanaise, surprotégée, égoïste, plongée dans des mondes artificiels qui les éloignent de la réalité. Mais le personnage de Nilofer ne dessert-il pas la cause des femmes ? En souhaitant traiter le sujet avec cynisme et humour, l’auteur prend le risque d’être mal comprise de ses lecteurs.

 Car quelle est la cible de l’auteure ? En choisissant une écriture facile, des personnages superficiels, une narration rendue fluide en multipliant les supports (articles de journaux, narration à la première personne, extrait du roman que rédige Amynah), il semble qu’un lectorat avide de lectures futiles soit visé. La violence, l’horreur sont soigneusement évitées au profit d’une légèreté de ton flirtant avec des sujets difficiles. Ce lectorat fera-t-il la part des choses et ira-t-il chercher au-delà des apparences ironiques du roman ?

 Les nuits de Karachi est un roman dérangeant pour ces raisons…

 Je vous renvoie à un article d’Amnesty International datant de 2010 sur les femmes parkistanaises : http://www.amnesty.ch/fr/actuel/magazine/2010-4/pakistan-femmes-enfermees-dans-la-tradition

 

Mustafa Qadri, chercheur sur le Pakistan pour Amnesty, explique à TF1 News en quoi la situation des femmes dans le pays est très difficile. :

 http://lci.tf1.fr/monde/asie/pakistan-les-violences-contre-les-femmes-restent-trop-souvent-6797472.html

 

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  Premières phrases :

« Courrier des lecteurs

Un lecteur d’Austin en colère

Cher Monsieur,

Je suis abonné depuis peu à votre publication. En tant qu’expatrié pakistanais, j’appréciais votre analyse des évènements du pays, jusqu’à ce que je tombe sur la chronique « Nuits de Karachi ». Monsieur, je suis absolument scandalisé que l’on puisse autoriser la parution d’une telle chronique dans un journal destiné aux Pakistanais résidant non seulement au Pakistan mais à l’étranger. »

 

Vous aimerez aussi :

 Quand viennent les cyclones de Anita NAIR

 

D’autres avis :

Yves ;  Jostein

 

 Les nuits de Karachi, Maha Khan Phillips, traduit de l’anglais (Pakistan) par Sabine Porte, Albin Michel, avril 2012, 315 p., 20 euros

 Merci aux Editions Albin Michel.  

Publié dans Littérature Asie

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Chaman de Galsan TSCHINAG

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

L’auteur :

Galsan Tschinag est né en 1944 dans une famille d’éleveurs nomades touvas en Mongolie occidentale et a passé sa jeunesse dans les steppes du Haut-Altaï, aux confins de l'Union Soviétique.
Après son bac à Oulan-Bator, bénéficiant des programmes de coopération entre les pays communistes, Galsan Tschinag a la possibilité d’étudier la linguistique à Leipzig, en RDA. Il écrit soit en mongol soit en allemand. Son premier ouvrage, Ciel bleu, est publié en Allemagne en 1994. Il obtient le prix Adalbert von Chamisso, récompensant un auteur étranger écrivant en allemand.

Parallèlement à l'écriture, Galsan Tschinag se consacre à la protection des coutumes de son peuple, menacées par les dangers de la modernisation.

L’histoire :

Après de nombreuses années passées à sillonner le monde, Galsan Tschinag revient vers son peuple, les Touvas, des nomades du Haut- Altaï au nord de la Mongolie, pour y passer le soir de sa vie. Mais la situation est délicate, ses deux disciples chamans, ainsi que son peuple, ne sont pas d’accord sur le chemin à prendre pour affronter l’avenir. La vie nomade traditionnelle et le XXIe siècle se dressent face à face comme deux géants inconciliables.


Pour apaiser les esprits, une caravane est envoyée au Lac Jaune où une colline sacrée doit être consacrée. La narration tisse des rêves et des souvenirs du narrateur qui passe sa vie en revue pour en retenir les moments les plus importants : scolarité pendant les années 50 staliniennes, études supérieures à Leipzig dans les années 60, la première rencontre avec le Dalaï-lama en 1981, et la réalisation de son souhait le plus cher : la grande caravane avec laquelle son peuple retourne en 1985 dans le Haut- Altaï pour reprendre le mode de vie traditionnel nomade.

 

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Ce que j’ai aimé :

 

Chaman est un texte pur mené par une voix hypnotique qui nous invite dans son univers, à la rencontre des siens. Le lecteur est comme gêné au début, décalé dans un monde qui n'est pas le sien, puis, petit à petit, le talent de conteur et ses qualités indéniables d'hôte mettent à l'aise ses invités passionnés alors par ce qu'ils découvrent. 

 Les textes de Galsan Tschinag sont toujours une plongée en apnée dans un univers lointain dépaysant et fascinant. Ici, il nous livre son histoire et nous permet de mieux comprendre les clés de cette Mongolie en pleine mutation, oscillant entre tradition et modernité. Son texte est nimbé de son intelligence et de sa clairvoyance de chaman.

"Ma yourte palpite dans la steppe

cette autre grande yourte qui est mienne

Le mince filet de fumée

Qui tourbillonne dans la petite

S'élève à travers la grande

Et s'enfonce parmi les nuages

Est le cordon de ma naissance

Je suis l'oeuvre commune

De notre père le Ciel, de notre mère la Terre

Et pour trois vies de cheval

Je me chauffe au foyer fougueux des nomades." (p. 115) 

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

 Il est quelquefois difficile de rentrer dans ce texte, il faut se laisser bercer par le chant hypnotique de l'auteur et faire abstraction de ce qui nous entoure pour que se crée la vraie rencontre. Galsan Tschinag demande de la concentration, mais la beauté du texte vaut les efforts fournis... 


Premières phrases :

« Voici l’histoire d’un rêve opiniâtre. Un rêve qui, pendant tout un hiver, s’est emparé de moi presque chaque nuit, parfois même le jour, pour me ravir et me tourmenter tout à la fois. J’ai dû et pu le coucher sur le papier avant même de savoir si j’allais pouvoir lui aussi le réaliser comme nombre de ses prédécesseurs, tout d’abord vagues chimères, songes bouillonnants et bariolés. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Du même auteur :  Ciel bleu : une enfance dans le Haut Altaï 

Autre : deux films magnifiques Les deux chevaux de Gengis Khan de Byambasuren Davaa et Urga de Nikita MiKhalkov

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D’autres avis :

 

LA QUINZAINE LITTERAIRE, Jean-Luc Tiesset
« Galsan Tschinag nous entraîne une fois de plus vers les paysages lointains et grandioses de l’Asie centrale, là où la réalité le dispute au fabuleux ». Lire l'article entier ici.

KAELE, Fabien Franco

« Ce qui frappe dans ce texte littéraire, c’est la force de son réalisme, la richesse de sa pensée, et la profondeur de son humanisme. Comment ne pas accepter un tel cadeau ».

BOOKS, Suzi Vieira

" Son dernier livre revient sur son incroyable parcours, mais surtout sur son retour au sein du clan Touva, une minorité turkmène de Mongolie, dont il es le chef et le chaman".

LE MONDE DIPLOMATIQUE, Sophie Divry

« Passeur de frontières ». Lire la suite ici

MEDIAPART, Aliette Armel
« Je suis issu d'un peuple nomade et j'ai appris à maîtriser la culture occidentale. Je me considère donc comme un pont liant l'Est et l’Ouest.» Lire la suite ici

 

Chaman, Galsan Tschinag, Métaillié, traduit de l’allemand (Mongolie) par Isabelle Liber, mars 2012, 252 p., 20 euros

Merci à Valérie Guiter des Editions Métailié

Publié dans Littérature Asie

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Les plus beaux contes zen de Henri BRUNEL

Publié le par Hélène

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♥ ♥ ♥ ♥

« Chacun de nos instants, s’il est juste, est une goutte d’éternité. » (La femme de glace)

 

L’auteur :

Ancien proviseur de lycée, Henri Brunel a été professeur de yoga pendant plus de trente ans. Il est notamment l'auteur de Restez zen : la méthode du chat et du Guide de relaxation pour ceux qui n'ont pas le temps (le Seuil, 2003), des plus beaux contes zen (Calmann-Lévy, trois tomes, et une version illustrée parue en 2002) de Je confie mes traces aux nuages (Calmann-Lévy, 2002).de Humour Zen et de l'Année zen (Calmann-Lévy, 2003) et du Conte du chat maître zen (Calmann-Lévy, 2004).


Les contes :

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Le Zen s'adresse en ses commencements à des populations de tradition orale. Les moines zen ont souvent recours au conte pour mettre à la portée des plus humbles "la pensée zen", si difficile à saisir en raison même de sa simplicité. Le conte zen : ses histoires de dragons, d'éléphants, de jeunes femmes belles et sages, moines vivant dans des huttes de branchages, d'empereur mélancolique, de truelle enchantée ou de grue cendrée... Derrière le chatoiement du merveilleux récit : le cœur des choses, l'absolu, la "nature du Bouddha". L'intégralité des quatre-vingts contes zen d'Henri Brunel est réunie ici, avec une quarantaine d'illustrations en couleurs des maîtres de l'estampe japonaise des XVIIIe et XIXe siècles.

Ce que j’ai aimé :

Henri Brunel nous offre une série de contes courts puisés dans la littérature zen, d’origine japonaise, quelquefois indienne ou chinoise.  Les personnages peuvent être des animaux, ou des êtres humains, mais leurs aventures sont toujours assorties d'une conclusion s'inscrivant dans la tradition zen : « Rien ne doit faire obstacle à l'expérience personnelle », ou « Chacun de nos instants, s'il est juste, est une goutte d'éternité ».

Les contes de Henri Brunel permettent d’aborder l’univers du zen de façon très ludique et accessible : il est possible de ne lire ces contes que pour leur intérêt littéraire et de puiser ensuite les morales qui s'accordent aux nôtres sans pour autant se déclarer adepte du zen. Les estampes choisies pour illustrer ces contes sont magnifiques,


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« Le Zen,  cette lame nue, cette lumière insolente et impitoyable qui me contraignait à me faire face à ma vie et me renvoya plus ouvert, plus tolérant, plus profond à la foi chrétienne de mon enfance. Vivre, zen, c’est être plus lucide, trier ce qui passe et ce qui demeure, c’est goûter le bonheur du présent, et, coque de noix sur l’océan de l’Absolu, s’arrimer d’instant en instant à l’éternel. » (Préface)

« J’ai jeté cette toute petite chose
Que l’on appelle « Moi »
Et je suis devenu le monde immense » (Sosëki)

« Le Zen unit le visible et l’invisible, l’humble quotidien et la réalité ultime, le relatif et l’Absolu. Le « cyprès dans la cour », la fleur devant soi, le caillou sous nos pas sont les chemins qui mènent à l’au-delà, de l’au-delà, du par-delà. »  (La bannière et le vent)

« Chaque goutte d’eau contient l’océan. » (L’humble moine)


Ce que j’ai moins aimé :


-Rien.


Un conte :


plus beaux contes 2En guise d’au revoir


« Un moine zen se disposait à parler sur la grande place du village. Il avait soigneusement rédigé son discours, et il s’apprêtait à le lire, quand un brusque coup de vent fit s’envoler les feuillets dans les branches du citronnier. Pris au dépourvu, incapable de retrouver le fil de son harangue, il dit :
« Mes amis, voici en résumé, ce que je voulais vous exposer : quand j’ai faim, je mange, quand je suis fatigué, je dors.
-    Mais tout le monde ne fait-il pas comme vous, maître ? interroge quelqu’un dans la foule.
-    Non ! pas de la même façon !
-    Pourquoi, maître ?
-    Quand les gens mangent, ils pensent à mille choses, quand ils s’endorment, ils pensent à leurs problèmes. Voilà pourquoi ils ne font pas comme moi ! »
Alors le moine descendit au milieu d’eux, recueillit les dons, et, à ceux qui le questionnaient encore, il répondit : « Quant aux détails, vous les trouverez dans les branches du citronnier… » »

Vous aimerez aussi :

Petits contes de printemps de Natsume SOSEKI

 

Les plus beaux contes zen, Edition illustrée, Henri Brunel, Calmann-Lévy, janvier 2003, 25.90 euros
POCHE : Librio

 ChallengeDragonFeu
 

Publié dans Littérature Asie

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Le coupeur de roseaux de Junichirô TANIZAKI

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

 L’auteur :

 

Tanizaki Junichirō grandit dans une famille aisée de marchands. Il fait de brillantes études à l'Université impériale de Tôkyô, mais en 1910 la ruine de son père le contraint à les interrompre. La même année, il publie son premier texte, une nouvelle cruelle et raffinée, Le Tatouage, dans la revue qu'il a fondée avec quelques amis. L'histoire de la belle courtisane et de son tatouage en forme d'araignée fait scandale et lance sa carrière d'écrivain.

En 1913, il rassemble toutes ses nouvelles dans un recueil intitulé Le Diable et subit les foudres de la censure qui les juge « immorales ». Il publie sans trêve drames, comédies et scénarios à une époque où le cinéma en est encore à ses balbutiements, il traduit également la pièce d'Oscar Wilde L'Eventail de Lady Windermere.

Installé à Yokohama, il fréquente les résidents étrangers et découvre l'image de la femme occidentale. Lorsqu'un terrible tremblement de terre détruit la ville en 1923, il s'installe définitivement dans le Kansai. Le séisme le bouleverse profondément : alors qu'il puisait son inspiration dans un Occident et une Chine exotiques, il revient vers le Japon à partir de 1924, date à laquelle paraît son premier roman, Un amour insensé.

Il consacre la seconde partie de sa vie à traduire en japonais moderne le Genji monogatari, œuvre classique de la romancière du XIe siècle, Murasaki Shikibu. En 1943, la publication en feuilleton de son chef-d'œuvre Quatre sœurs est interdite car jugée inconvenante en temps de guerre.

Après la guerre, Tanizaki publie des romans audacieux au centre desquels il place la vieillesse, l'impuissance et la mort.

Tanizaki meurt en juin 1965, laissant une œuvre importante, unanimement considérée comme majeure, du XXe siècle japonais. (Source : Babélio)

 

L’histoire :

 

Lors d'une promenade autour d'un ancien palais impérial, le sanctuaire de Minase, le narrateur rencontre un homme étrange. Est-ce un fantôme, un esprit qui hante les lieux ? Celui-ci lui offre du saké et lui raconte l'histoire de la belle O-Yû, perverse et inaccessible..

 

Ce que j’ai aimé :

 

 Le récit s’ouvre sur une errance du narrateur qui décide de visiter le sanctuaire de Minase. Ce désir est nourri de littérature, de références à des récits mentionnant ce lieu mythique. Le texte est imprégné de ces réminiscences de poèmes, de passages de récits impériaux, créant ainsi une atmosphère fine et lettrée comme toile de fond à la rencontre étrange que le narrateur va faire en ce lieu.

L’atmosphère est fantomatique, presque irréelle, baignée par les rayons de la lune, propice à l’apparition de cet homme étrange, tapi dans les roseaux. L’homme va alors lui conter l’histoire fascinante des relations de son père avec la belle O-Yû et sa sœur  O-Shizu.  Junichirô Tanizaki s’inspire ici d’un conte traditionnel  japonais.

Cette collection permet de rencontrer des auteurs à moindre coût et sans un engagement de durée trop long, elle permet de « flirter » avec l’auteur et nous invite à en découvrir davantage en cas d’affinités…

 

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Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Rien de particulier si ce n’est l’impression que je l’oublierai facilement…

 


Premières phrases :

 

« C’était un mois de septembre, quand j’habitais encore à Okamoto. Il faisait un temps superbe ce jour-là et vers le soir, ou plutôt après trois heures de l’après-midi, j’eus soudain envie de faire une promenade à pied dans la région. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Littérature Asie de l'Est

 

D’autres avis :

 

 Choco

 

 Le coupeur de roseaux, Junichirô Tanizaki, traduit du japonais par Daniel Struve, Folio 2€, janvier 2004, 119 p., 2 euros

 

10-jours-japonais 

ChallengeDragonFeu

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Petits contes de printemps de Natsume SOSEKI

Publié le par Hélène

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♥ ♥

 

 L’auteur :

 Né avec cette Restauration de Meiji qui oUvre le Japon sur le monde, Sôseki (1867-1916) – c’est ainsi qu’on le désigne, traditionnellement, par son prénom de plume – est considéré comme un des plus prestigieux écrivains de son temps. Je suis un chat, qui l’a rendu célèbre, et ses autres romans, qui ont contribué à l’élaboration d’une littérature moderne au Japon, sont maintenant devenus des classiques dans son pays et en Occident. (Présentation éditeur)

 

L’histoire :

Sôseki écrivit pour un journal le feuilleton de ses Petits contes de printemps au printemps 1909. Ces fragments de journal intime ont chacun une tonalité très différente, tantôt intime et familière, tantôt d'une drôlerie délicate, étrange, ou encore empreinte de nostalgie. Ils donnent à voir le temps qui passe, la douceur d'un soir de neige ou la beauté des flammes. Une façon de lire l'impermanence des choses. (Présentation éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

Ces petits contes très courts apportent fraîcheur et douceur comme une bouffée de printemps. Ils nous parlent de la vie qui passe, des journées aux mille détails insignifiants, qui, mis bout à bout sont ce qui s’approche le plus du bonheur.

  « Le cortège a défilé sans bruit devant moi. Au moment où je sentais la tristesse de la lumière éphémère du soleil que la porte entrouverte envoyait dans mon bureau, d’une largeur de plus d’un mètre sur la véranda, le grincement d’un violon a retenti du côté opposé. En même temps, des éclats de rire ont jailli à l’unisson des gorges enfantines. » (P 105)

« La suite restait enfouie au fond de mon cœur, comme si l’ensemble était légèrement brouillé. S’il était possible, à l’aide d’un pouvoir mystérieux, de rassembler au même endroit tout ce qui recouvre le fond du cœur, et d’en distinguer nettement les contours, cette forme… eh bien , je crois que ce serait quelque chose de la même couleur que l’oiseau que je tenais à présent, là, dans le creux de ma main, oui, la même chose. Je mis immédiatement  l’oiseau dans une cage et me perdis dans sa contemplation, jusqu’à ce que l’ombre du soleil printanier fût devenue oblique. » (p.120)

 

Ce que j’ai moins aimé :

 Je ne pense pas que ces textes me marqueront d’une façon durable, ils sont très volatiles

 

Premières phrases :

« Après avoir avalé un bol de zôni, je me suis retiré dans mon bureau. Peu après, trois ou quatre visiteurs sont arrivés. Tous sont jeunes. L’un d’eux porte une redingote. Ce n’est probablement pas son vêtement de tous les jours, car ses gestes sont empruntés, on sent qu’il cherche à ménager le tissu de son molleton. »

 

Vous aimerez aussi :

Sélection littérature japonaise

 

  POCHE : Petits contes de printemps, Natsume SOSEKI, traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Picquier, 5.50 euros

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challengeQuatreSaisons

 

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10 jours japonais

Publié le par Hélène

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Le salon du Livre consacré au Japon ferme ses portes ce soir mais Choco nous propose de prolonger les japonaiseries quelques jours encore.

 

Rendez-vous demain pour les premiers billets...

Publié dans Littérature Asie

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L’aiguillon de la mort de SHIMAO Toshio

Publié le par Hélène

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♥ ♥

« L’eau qui a été renversée une fois ne retourne plus jamais au récipient. » (p. 17)

 

L’auteur :

 

Shimao Toshio (1917-1986) sera confronté à la mort en 1944 en qu'officier de commando kamikaze, une expérience qui sera à la source de nombreux romans qu'il écrira après la guerre. Mais la folie qui s'empare de sa femme lorsqu'elle découvre son infidélité le conduira à écrire L'Aiguillon de la mort, long roman autobiographique rédigé durant dix-sept années et qui connaît toujours une grande célébrité au Japon. (Présentation de l’éditeur)

 

L’histoire :

 

L’entremêlement inextricable de la littérature et de la vie peut donner parfois des oeuvres magistrales. Ainsi en est-il de L’Aiguillon de la mort, un roman autobiographique d’une sincérité stupéfiante où le narrateur tente de révéler ce qu’est l’amour dans une écriture vécue comme une expérience des limites.

Un couple s’est lié autrefois d’amour passionné dans une petite île du Japon pendant la guerre. Elle apprend un jour que son mari a une maîtresse. Pour elle, qui croyait à sa vie d’amour et de confiance absolus, tout à coup, l’univers s’effondre et l’emporte progressivement vers la folie. Commence alors l’histoire extraordinaire d’un couple vivant l’extrémité du possible, au rythme d’une vie quotidienne faite de suppliques, d’aveux et de dévouement que nous fait partager le narrateur dans le même souffle où lui les a éprouvés au quotidien. Et le lecteur en vient à entrer avec fascination au coeur de cette histoire et à vivre de l’intérieur cette vertigineuse descente dans les abîmes du désespoir, qui est aussi une recherche obsessionnelle, éperdue, de la vérité. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Shimao Toshio emprunte le titre de son œuvre à la Première Epitre de saint Paul aux Corinthiens (chap. 15, 55-56) :

« Où est-elle, ô mort, ta victoire ? Où est-il, ô mort, ton aiguillon ? L’aiguillon de la mort, c’est le péché, et la puissance du péché, c’est la Loi. » (p. 41)

Cet aiguillon est donc le péché, ici l’infidélité du narrateur, qui, pendant dix ans a cédé à la tentation et  a connu différentes maîtresses. Le jour où sa femme l’apprend, commence alors une lente descente aux enfers.  Les différents stades sont décrits méthodiquement, minutieusement, de l’intérieur : l’ impression de vivre en cage, la peur des crises imminentes, les interrogations sans fin nourries par des fatigues liées aux nuits d’insomnie, les mensonges inévitables,  la jalousie insidieuse, l’autre femme, toujours présente, quoi qu’il arrive, ombre de malheur planant sur le couple… Le narrateur espère que le temps atténuera les douleurs, mais sa femme ne fait que s’emmurer dans sa folie, loin de relâcher son étreinte fatale, elle emprisonne son mari jour après jour.

« Je dois me dire que tout ce qui m’entoure, sans exception, est passé au crible de la sensibilité anormale, obsessionnelle de ma femme. » (p.86)

 « La gaieté qui était revenue sur le visage de ma femme grâce qu plaisir de la journée s’ajoutait à cette impression, nous étions joyeusement  animés, mais il m’était impossible de perdre ma méfiance, car c’était comme si j’avais tenu dans mes mains une chose aussi fragile qu’un jouet en verre. » (p. 205)

Les enfants, âgés de quatre et six ans, pauvres témoins innocents de ces batailles sans fin, sont les dernières victimes de ce duel, êtres en souffrance qui ne se relèveront probablement pas d’une telle tension quotidienne.

« Chaque jour après l’autre était une image de l’enfer, mais ce n’était ni la souffrance d’un être humain en proie à la torture, ni la douleur de celui qui attend dans la solitude d’être jugé. Le tribunal n’était pas un endroit où tous les liens étaient coupés, c’était le lieu de vie d’un couple et de deux enfants. (.. .) Ce monde restait creux, obscur, et j’ignorais quand il m’attaquerait à coups de tentations et de châtiments qui venaient se superposer à mes péchés. » (p.123)

Un roman puissant sur l’infidélité, mais surtout sur la jalousie maladive qui peut ronger les êtres plus sûrement que la plus tenace des maladies mentales.

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Ce que j’ai moins aimé :

 

Un peu trop long à mon goût.

 

Premières phrases :

 

« Ce soir-là, nous avons cessé de suspendre la moustiquaire. Les insectes avaient disparu, sans qu’on sache pourquoi. Il y avait trois jours que nous ne dormions pas, ma femme et moi. J’ignore si c’est une chose réellement possible. Peut-être nous étions-nous assoupis sans nous en rendre compte, en tous cas ma mémoire n’en a pas gardé trace. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Sélection littérature japonaise

 

D’autres avis :

 

Télérama

 

L’aiguillon de la mort, Shimao Toshio, roman traduit du japonais par Elisabeth Suetsugu, Picquier, 2012, 640 p., 23 euros

 

Merci aux Editions Picquier.

Publié dans Littérature Asie

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Les ombres de Kittur de Aravind ADIGA

Publié le par Hélène

                                           ombres de kittur

 ♥ ♥

  « Vous ne comprenez pas que ce monde déraille ? » (p. 192)

  

L’auteur :

 

Aravind Adiga est né à Chennai en 1974. Il a été couronné par le prestigieux Booker Prize en 2008 pour Le Tigre blanc traduit en trente-cinq langues, Romancier avant tout, il écrit aussi pour le New Yorker, le Financial Times et le Sunday Times. Il vit à Bombay.

 L’histoire :

 Kittur est une petite ville imaginaire de l’Inde du sud située sur la côte du Karnataka - entre Goa et Calicut - dont l’auteur du Tigre blanc fait le théâtre de ses dernières histoires. Avec ses castes supérieures et inférieures, ses religions multiples, ses immigrés tamouls, ses enfants des rues, ses rikshawallahs, ses fonctionnaires corrompus, Kittur contient l’Inde tout entière.

On y croise Ziauddin, un de ces garçons faméliques qui hantent toutes les gares de l’Inde, Ramakrishna Xerox, arrêté pour vente illégale de photocopies des Versets Sataniques, Shankara, qui fait exploser une bombe dans son école jésuite, Abbasi, propriétaire musulman d’un atelier de confection qui résiste aux pressions des fonctionnaires corrompus, Soumya, petite fille d’un ouvrier en bâtiment que son père envoie à l’autre bout de la ville chercher sa dose d’héroïne, George D’Souza le jardinier catholique de Madame Gomes, qui peine à établir la juste distance entre maîtresse et serviteur, Murali, le brahmane devenu communiste qui a laissé la vie passer…
Quatorze destinées attachantes, puissantes, envoûtantes, qui incarnent les mêmes enjeux terribles de castes, de classe et de pouvoir que dans Le tigre blanc. Quatorze personnages émouvants, que l’injustice et la misère obligent à accepter l’inéluctable, et dont on suit les épreuves entre 1984 et 1991, années marquantes de l’assassinat d’Indira Gandhi et de son fils Rajiv.

 Ce que j’ai aimé :

 Ces nouvelles offrent une image juste et percutante de l’Inde contemporaine à travers le portrait de ces hommes et ces femmes perdus dans une ville gangrenée par la corruption, l’immoralité ambiante, le Mal serpentant parmi les consciences.  Certains choisiront l'honnêteté quand d'autres abdiqueront devant tant de tentations et de pressions insoutenables... 

La pauvreté règne en effet au cœur du pays et du livre, avec des conséquences désastreuses pour tous :

  "Tu sais quelle est la plus grande différence entre les riches et les pauvres comme nous? Les riches peuvent commettre des erreurs encore et encore. Les pauvres, à la moindre erreur, ils perdent tout." (p.258)

 Les nouvelles courent des années 1980 à 1990, marquées par l'assassinat de Indira Gandhi et de son fils Rajiv, et la situation politique offre une toile de fond non négligeable :

« La seule erreur, Mr Bhatt, rétorqua Mr D’Mello, a été commise le 15 août 1947, lorsque nous avons cru que ce pays pouvait être gouverné par une démocratie au lieu d’une dictature militaire.

-          Oui, oui, c’est juste, acquiesça le jeune professeur. Mais quid de l’état d’urgence ? N’était-ce pas une bonne chose ?

-          Nous avons gaspillé cette chance. Et, maintenant, ils ont assassiné la seule personnalité politique qui savait comment administrer à ce pays les remèdes dont il a besoin. » ( p. 96)

 Les ombres de Kittur nous plonge dans une réalité indienne bien plus sombre que ne le laisse voir le beau monde de Bollywood... 

Ce que j’ai moins aimé :

 L'ensemble est très sombre, comme dans Le tigre blanc, seulement ici la longueur réduite des nouvelles ne permet pas au lecteur de s'attacher suffisamment aux personnages, si bien qu'une lassitude finit par s'installer au fil de la lecture, les histoires étant somme toute assez similaires.

 

Premières phrases :

« Kittur se trouve sur la côte occidentale de l’Inde du Sud, entre Goa et Calicut, à égale distance ou presque de ces deux villes. Elle est bordée par la mer d’Oman à l’ouest, et par la rivière Kaliamma au sud et à l’est. Le relief est vallonné, le sol noir et légèrement acide. »

 

Vous aimerez aussi :

 Du même auteur : Le tigre blanc de Aravind ADIGA

 Autre : La colère des aubergines de Bulbul SHARMA

 

D’autres avis :

Kathel ;  Fransoaz ; Brize ; Lounima  

Les ombres de Kittur, Aravind ADIGA, Traduit de l’anglais (Inde) par Annick LE GOYAT, Buchet Chastel, août 2011, 354 p., 21 euros

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Le goût de la pluie de Shi ZHECUN

Publié le par Hélène

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♥ ♥ 

 

L’auteur :

 

Shi Zhecun (1905-2003) appartient à cette génération d'écrivains chinois des années 1930 malmenés par les bouleversements politiques qu'a connus la Chine. Après un long silence de plusieurs décennies, durant lequel il enseigna à l'université de Shanghai, il reprit son activité d'écrivain au début des années 1980.

 

Les histoires :

 

La plupart des quatorze nouvelles présentées ici remontent à l'effervescence des années 1920-1930 à Shanghai où, grand lecteur de Freud et de Havelock Ellis, traducteur de Boccace, de Sienkiewicz et surtout de Schnitzler, Shi Zhecun s'attache à explorer les pensées et les tensions intérieures de personnages – ordinaires ou légendaires – confinant souvent au délire et aux hallucinations. Les deux essais, nommés ici « prose de circonstance », illustrent un genre littéraire très prisé en Chine et traitent aussi bien de questions historiques et stylistiques que de sujets anodins tirés de l'observation de la vie quotidienne. Plus qu'un fil conducteur ou un décor, la pluie, qui revient si souvent dans ces pages, est un personnage à part entière. Souvent teintée d'érotisme, elle imprègne subtilement et avec élégance les écrits de Shi Zhecun de ses sons, de ses couleurs, de ses parfums. (Présentation de l’éditeur)

 

Ce que j’ai aimé :

 

Les nouvelles côtoient des univers très variés : si la première nouvelle « L’éventail » semble orienter le recueil vers des souvenirs d’enfance teintés de mélancolie, d’autres évoquent simplement la vie quotidienne, « Chronique d’un automne à Minhang » nous plonge dans une atmosphère pseudo-policière, « Au théâtre Le Paris » décrit le frôlement de l’adultère,  une apparition surnaturelle dans « Le yaksha » mène un homme aux portes de la folie, folie également évoquée avec une crise de paranoïa à « L’auberge », « L’amour de Shi Xiu » quant à elle semble être une parodie d’un roman traditionnel chinois, « Crépuscule à la saison des pluies » parle juste du partage d’un parapluie, et le recueil se clôt superbement avec un  essai sur la pluie « Le goût de la pluie ».

 

« La pluie de la saison des prunes est un moment de majesté : le vert des feuilles s’est assombri, lespluie.jpg fleurs se sont retirées, coucous et loriots subsistants chantent à l’unisson l’élégie du printemps. Cinq à dix jours durant vous êtes entouré du frémissement paisible de la pluie. Au sortir d’une longue promenade, après avoir franchi les parterres de fleurs, regardez, écoutez : appréciez-vous cette saveur ? Vous n’aurez plus, je crois, la moindre aversion et vous ne pourrez réprimer en vous un sentiment de plénitude. » (p. 304)

 

L’ensemble crée malgré tout une unité sertie par le talent de conteur de Shi Zhecun qui nous promène allègrement dans ces différents mondes avec aisance et intelligence.

 

Ce que j’ai moins aimé :

 

-          Quelques nouvelles ont moins remporté mon adhésion que d’autres, ce qui est somme toute assez logique dans un recueil de nouvelles. J’ai souvent été déçue par la fin, qui ne sonnait pas assez comme un chute de nouvelle mais clôturait la nouvelle de façon plutôt ouverte.

 

Premières phrases :

 

« Le temps redevenait chaud, hommes et femmes agitaient leurs éventails en marchant dans la rue. Après avoir donné ma vieille veste doublée, je me dis que le moment était venu d’en prendre un à mon tour pour aller au-dehors. »

 

Vous aimerez aussi :

 

Stéphane FIERE La promesse de Shanghaï

 

D’autres avis :

 

http://www.les-lettres-francaises.fr/wp-content/uploads/2010/09/LF-88-Dec2011.pdf

 

Le goût de la pluie, Nouvelles et prose de circonstance, Shi Zhecun, Gallimard, Bleu de Chine, 2011, 337 p., 24.50 euros

 

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Publié dans Littérature Asie

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